Pourquoi le Front National ? Le parti-catastrophe.

J’aurais presque pu placer cet article sur mon blog Fins du Monde, car il me semble que les motivations du quart des électeurs qui se sont déplacés pour voter aux élections du parlement européen et l’ont fait en faveur du Front National ont un rapport avec l’envie de catastrophes qui, précisément, rend plaisants les récits de fin du monde.

Mon oncle d'Amérique

Alain Resnais, Mon Oncle d’Amérique. S’il a l’impression de ne pouvoir répondre au stress d’une électrocution annoncée ni par la fuite ni par l’agressivité envers un de ses congénères, le rat voit sa santé décliner.

J’ai toujours été frappé par une expérience mentionnée par Henri Laborit1 dans le film Mon Oncle d’Amérique, d’Alain Resnais, qui montre que, soumis à un stress (en l’occurrence, des chocs électriques annoncés par des signaux sonores), les rats voient leur santé décliner et la qualité de leur pelage s’altérer. Tout change malgré tout si une action est possible en réponse à l’électrocution. Cette action peut être une solution (passer dans une partie de la cage où on sait que le choc électrique n’aura pas lieu) ou au contraire n’apporter aucune solution positive (se battre avec un autre rat présent) sinon un défoulement. Cette expérience très frappante montre que, à un niveau neurologique, l’évolution nous a amenés à favoriser l’action comme moyen de répondre à une situation pénible, indépendamment de l’efficacité de ladite action à régler le problème subi. Cette expérience montre aussi que l’agressivité envers autrui peut servir à échapper à ses angoisses.
C’est pour ça que l’on peut casser une assiette, insulter, s’enfuir2, et sans doute bien d’autres actions, y compris créatives : écrire des insultes ou tracer un dessin obscène, au marqueur, sur la porte intérieure d’un W.C. public ; écrire un roman ; danser ou chanter ; regarder un film catastrophe ; etc.
Vu sous cet angle, l’irrationalité de certaines de nos actions prend son sens : pourquoi manifester ou pétitionner, par exemple ? À de rares exceptions près, ces actions ne peuvent en aucun cas avoir une influence sur les faits qu’elles combattent, puisqu’elles ne fédèrent et ne convainquent que des gens qui sont déjà d’accord entre eux3. Mais au moins, ce sont des actions, et le fait d’agir, donc, permet de sortir de l’état de stress et de prostration.

...

Impuissant à empêcher son électrocution, le rat de l’expérience de Laborit conservera malgré tout sa bonne santé s’il trouve un congénère avec qui se battre.

On voit où je veux en venir, j’imagine : soumis à un stress médiatique constant, l’électeur veut agir, mais son action ne sera pas forcément rationnelle (c’est à dire apte à régler les problèmes auxquels elle répond). Voter pour le Front National n’est pas très rationnel, ne serait-ce que parce que sa ligne politique est loin d’être lisible, notamment du point de vue économique, où les discours de la gauche altermondialiste sont mêlés sans scrupules à un appel à l’autarcie économique et humaine, ainsi qu’à un ultralibéralisme difficilement applicable — suppression des impôts et des taxes. Tout comme Nicolas Sarkozy en son temps, le FN promet le beurre et l’argent du beurre, et assure que cela est immédiatement tenable au prix d’un changement de monnaie et d’une expulsion des étrangers. Cette expulsion des étrangers n’est plus expliquée très clairement, elle non plus : à une époque encore récente, le Front National considérait toute personne n’ayant pas quatre grands parents français comme étrangère. Ce qui fait beaucoup d’étrangers, mais c’était la manière de persister à considérer comme étrangères des populations d’enfants ou de petits-enfants d’immigrés, qui ont grandi en France, ont le Français comme langue maternelle et, au fond, n’ont pas de lien avec les pays de leurs ancêtres, qu’ils ne connaissent que pour les vacances qu’ils y ont passé et où on les appelle, à juste titre, « français ».
On remarquera que le Front National, mais aussi, et c’est plus gênant, les médias qui lui servent la soupe continuellement, s’abstiennent prudemment de traiter ces questions de manière détaillée. Les électeurs eux-mêmes ne semblent pas demandeurs, et peut-être savent-ils au fond que les propositions du Front National n’ont aucune logique. Et peut-être est-ce que ça ne les gène pas, parce que ce qu’ils veulent, ce n’est pas une résolution de leurs problèmes, mais qu’on y apporte une réponse.
Cela me rappelle l’interview d’une personne dont l’enfant avait été assassinée des années plus tôt. Un homme avait à l’époque été arrêté et condamné à la prison à perpétuité, alors qu’il s’affirmait innocent. Des années plus tard, l’innocence de ce condamné a finalement été démontrée de manière irréfutable, et il a été libéré. Au lieu de se réjouir qu’un innocent sorte de prison, le père en deuil regrettait qu’aucune réponse pénale ne soit apportée au meurtre de sa fille : ce n’est pas la justice qu’il voulait profondément, mais le fait que quelque chose soit fait, et peu importe quoi. Bien qu’à un niveau intellectuel il comprenne qu’on relâche l’innocent, à un niveau émotionnel, il aurait préféré continuer à ignorer l’innocence de cet homme, et que celui-ci reste en prison.

Reste une énigme : parmi les nombreuses listes qui étaient proposées pour l’élection (trente-et-une dans ma circonscription), pourquoi est-ce le Front National qui a fédéré les votes ? Si l’idée était juste de sanctionner les partis qui se partagent le pouvoir depuis des décennies, pourquoi ne pas avoir choisi un quelconque parti spécialisé, puisqu’il y en avait pour tous les goûts ? (souverainistes, religieux, royalistes, europhobes, europhiles, fédéralistes, écologistes, féministes, humanistes, rooseveltistes, internationalistes, internetistes,,…).

Les nouvelles

Toute la journée, le spectateur est bombardé d’images anxiogènes de drames et de tragédies auxquelles il ne peut rien : une épidémie de gale dans un camp de réfugiés à Calais ; Pôle-emploi qui s’avère moins compétente pour trouver du travail que Le Bon Coin ; La sœur du terroriste et assassin Mohammed Merah serait en Syrie ; On peut continuer longtemps : économie, guerres, etc. En réponse à ce flux, le président n’a qu’une chose à dire : il ne changera rien, il n’est pas capable de changer quoi que ce soit, et il appelle ça « garder le cap », histoire de faire croire que son inertie est le fruit de sa volonté.

J’imagine plusieurs raisons, la première étant l’omniprésence médiatique du Front National qui, tout en continuant à s’estimer « bâillonné », est systématiquement invité aux talk-shows politiques et y occupe une place de plus en plus grande. «Plus votre nom est dans les journaux, plus on vous entend à la radio, plus on vous voit à la télé, plus vous êtes crédible», avait dit Dominique Martin, le directeur de campagne de Marine Le Pen lorsque cette dernière briguait la présidence du parti fondé par son père4.
Une autre raison est l’oubli. Pour les gens de mon âge ou plus vieux, le Front National est un parti plus que douteux, ostensiblement inspiré du néofascisme italien, fondé par des parachutistes patibulaires, par des théoriciens de l’antisémitisme, par d’anciens collabos et même, par un gradé de la division SS Charlemagne, Pierre Bousquet ! Les plus jeunes ne peuvent pas voir ça : il n’identifient pas les scories de la Guerre d’Algérie dans la société actuelle, et la seconde guerre mondiale est encore plus éloignée dans le temps. Ils voient juste que Marine Le Pen est présentée comme l’alternative aux partis traditionnels, et puisqu’ils considèrent que ce qui ne va pas aujourd’hui est le fait de ces partis traditionnels, le calcul est vite fait : 30% des moins de trente-cinq ans qui ont voté ont donné leur voix au Front National, et la moitié des Français ne jugent pas comme un danger la perspective de voir ce parti accéder au pouvoir.
Bien entendu, l’état de délabrement idéologique des partis « traditionnels » pèsent dans la balance : ils semblent incapables d’apporter la moindre réponse crédible au chômage, à la crise économique autant qu’aux incertitudes géopolitiques diverses, paraissent courir derrière un monde qu’ils ne comprennent pas, et ont fini par accepter de se placer sur le terrain du Front National pour bien des sujets, par opportunisme ou par intoxication médiatique, je ne sais pas — l’un et l’autre sans doute.

Mais j’ai une dernière théorie, qui fait que le Front National est de moins en moins un parti « protestataire » pour qui certains votent non par foi en son programme mais pour punir la concurrence. Cette théorie, c’est que le Front National promet une catastrophe : arrivé au pouvoir, il prétend pouvoir chambouler brutalement le fonctionnement économique autant que social du pays, en redistribuant les cartes sur une base ethnique, nationale, en l’isolant du reste du monde, en prenant des mesures autoritaires à tous les niveaux, etc.
Or, je suis certain qu’un grand nombre de gens, parmi ceux qui votent effectivement pour le Front National, comprend en quoi ce genre de proposition est déraisonnable, et sait que l’effet d’une application du programme annoncé serait, en réalité, tragique. Mais peut-être est-ce précisément ce qu’ils veulent, parce que la catastrophe, c’est la promesse de beaucoup de douleurs, mais c’est aussi la promesse d’une discontinuité, d’un changement radical, d’une remise à zéro, c’est la promesse que plus rien ne sera comme avant.

Capable de s'enfuir

Capable de s’enfuir, le rat de l’expérience garde une bonne santé : sa tension artérielle ne monte pas, son poil reste beau. La fuite permet d’échapper au stress.

Si j’ai raison, avec mon hypothèse d’une envie de catastrophe, alors la responsabilité des politiques au pouvoir est immense : ils ont construit une société française désespérée, ils ont convaincu les Français que leur situation ne changera jamais tant qu’ils géreront le pays. Le discours médiatique dominant, qui présente l’avenir comme bouché, partage évidemment cette responsabilité. La réalité démocratique elle-même, où le résultat d’une élection peut être piétiné (mandat des maires rallongé d’un an en 2007 ; résultat du référendum de 2005 confisqué), donne raison à ceux qui ne croient pas que la classe politique aient envie de les associer à ses décisions. Or cela se passe à un moment où, merci Internet, le public est de moins en moins prêt à se faire « représenter » par une poignée de gens qui semblent vouloir avant tout gérer leurs petites carrières sans rendre de comptes à qui que ce soit et en ne proposant, au fond, rien de concret.
La conclusion, évidente à mon sens, c’est que nous nous trouvons à un tournant : il faudra que la vie politique change radicalement, en donnant une vraie place aux citoyens non plus seulement dans son discours mais aussi dans ses décisions,. Il faudra que le citoyen ait l’impression de voir le bout du tunnel, qu’il ait l’impression que son avenir est ouvert. Faute de quoi, l’envie d’une catastrophe, qui est une autre manière de faire en sorte que le futur soit ouvert, ne fera que croître, jusqu’au jour où elle adviendra vraiment, aux dépens exorbitants de tous.

Lire ailleurs : Pourquoi le FN ? Un début de reponse par la littérature et le polar, sur le blog Zone Générale d’urgence relative ; La colère est muette sous la camisole de la peur d’être encore plus pauvre, par rienderien, chez Paul Jorion ; La Rançon du mépris, par Agnès Maillard ; Bernard   Stiegler «Le Front national prospère
dans le désert des idées politiques», sur le site de L’Humanité.

  1. Henri Laborit était neurobiologiste, éthologue et est l’inventeur du premier neuroleptique. Il est mort en 1995. J’ignore quelle place a son œuvre pour la communauté scientifique actuelle. Son travail était particulièrement « transversal » (il s’intéressait à l’urbanisme, à la sociologie, etc.) et un peu à part du monde académique médical français, dont on dit qu’il l’a empêché d’obtenir le prix Nobel. []
  2. La fuite est est une forme d’action capitale, selon Henri Laborit, cf. son essai Éloge de la fuite. []
  3. Manifester permet, bien sûr, de compter les troupes et de constater que l’on n’est pas seul, ce qui est en soi réconfortant. Dans le cas des manifestations massives, elles permettent, évidemment, de peser dans les rapports de force. Mais quand trois cent personnes manifestent pour dénoncer les agissements d’un gouvernement de pays lointain, comme cela se passe à Paris chaque jour, seuls ceux qui manifestent, et qui sont déjà mobilisés (puisqu’ils manifestent) en seront informés.
    Tout cela me rappelle Vladimir Jankélévitch, le « marcheur infatigable de la gauche », qui, à côté d’une philosophie métaphysique et morale très fine, tenait à être de toutes les manifestations, dont les slogans sont rarement aussi réfléchis : d’un côté il réfléchissait, et de l’autre, il était dans l’action, sans stratégie autre que de ne pas rien faire. []
  4. Lire Quand le directeur de campagne de Marine Le Pen moque le «client-électeur», sur Mediapart, qui dévoile le contenu d’une bande enregistrée où le cynisme des méthodes politiques et le mépris de l’électeur se manifestent sans ambiguïté. Je ne me rappelle pas que David Pujadas ait interrogé Marine Le Pen sur le sujet, il préfère lui parler d’immigration, cf. cet article récent d’Acrimed. []

26 réflexions sur « Pourquoi le Front National ? Le parti-catastrophe. »

  1. Karl-Groucho D.

    Très bien. merci.
    Je suis un vieux groupy de l’Éloge de la fuite.
    Mézélasse, mézélasse… Pourquoi filer un lien Amazon ? !
    C’est en totale contradiction avec ton ton article :-(((

    K.-G. D.

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Karl-Groucho D. : Avec un lien, il y a une petite chance que les gens achètent le livre. Je ne fais pas partie des gens qui jugent qu’Amazon est le diable, mais je sais que ce n’est pas une position très compréhensible ces derniers temps.

      Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Loïc : Laborit s’intéressait aux aspects neurochimiques du stress mais il était aussi éthologue (science du comportement animal) et donc psychologue social. Il y a plein de travaux passionnants dans la psychologie sociale, j’aurais pu citer, concernant les chaînes d’inffo en continu, un fait intéressant : notre cerveau fait des statistiques en permanence, alors si on nous montre dix fois un même sujet d’une minute sur une femme voilée, notre cerveau aura l’impression d’avoir vu dix femmes voilées. Si on entend parler d’un meurtrier dix fois, notre cerveau sera stressé comme si on avait entendu parler de dix meurtriers. etc.

      Répondre
  2. claude estebe

    Excellente analyse. Où l’on voit bien que le racisme n’est pas le moteur principal du vote FN (et ce n’est pas forcement une bonne nouvelle par rapport au « réservoir » d’électeurs…). Ta théorie des catastrophes nous rappelle opportunément qu’il ne faut pas sous-estimer l’aspect « irrationnel » de la politique. En tout cas la catastrophe FN a déjà réussi à faire imploser l’UMP. Pas mal pour un vote irresponsable…
    PS : sinon, l’éloge de la fuite a longtemps été mon livre de chevet. On y apprend que les fuites ne sont pas toujours des catastrophes…

    Répondre
  3. EdzeronK

    Les petites phrases ordinaires des électrocutés :

    « Rah, y a même plus le service militaire pour les jeunes… »

    « Et surtout, fermez vos portes, y a les manouches qui rôdent… »

    « De toute façon, on peut rien faire, ils ont les lois de leur côté… »

    « Et pis on accepte trop de gens que la France ne peut pas supporter économiquement… »

    Et cela sans empêcher de prôner le (néo/ultra) libéralisme…

    Les politiques, les politiques…
    Moi j’ai peut-être une autre vision, qui sont que les possédants sont moins nombreux que les « petites gens » ce qui fait qu’ils doivent ruser, il suffit juste de revenir en arrière, https://fr.wikipedia.org/wiki/Élection_présidentielle_française_de_2002

    Pourquoi ?

    Le peuple vote à gauche (attention, ils votent pour les valeurs de gauche pas pour le parti/candidat, qui lui est au centre-gauche car avec nous, https://www.youtube.com/watch?v=W1Y5ypZ4wp0 )

    Donc étant un riche, je fais monter les faits divers + l’extrême droite pour faire ramener le peuple vers la droite conserva-triste.
    Cela peut expliquer la montée dans les médias, telle un coup de marteau sur les idéaux, pour reforger l’opinion avec des « neuro-statistiques » biaisées (Stratégie du choc style).

    Bingo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Siècle#Personnalit.C3.A9s_politiques

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @EdzeronK : le peuple ne vote pas forcément à gauche, il a toujours existé un vote populaire de droite, et d’ailleurs, un vote bourgeois de gauche, voire révolutionnaire. Les traditions varient aussi selon les milieux (paysans, ouvriers, commerçants) et les zones (Nord, Sud-Ouest,…). Je ne sais pas s’il y a besoin de calculs complexes pour amener les « modestes » à se tirer une balle dans le pied en votant. Il faut dire aussi que derrière le vote de droite on peut lire un amour déçu de la gauche, qui a pas mal trahi ses propres idéaux – ce qui est plus grave que de ne pas tenir ses promesses. Ces temps-ci, j’ai l’impression que le fait-divers est moins important que la peur de l’avenir économique. Peur qui a souvent fait voter à droite (la droite conventionnelle), mais peut-être que les gens finissent par comprendre que la droite ne gère pas très bien l’argent.
      J’imagine que la droite parlementaire a instrumentalisé le FN, mais c’est le cas aussi du PS, qui s’est servi de Le Pen comme épouvantail universel… Reste qu’aujourd’hui, le monstre a échappé à ceux qui croyaient pouvoir l’utiliser.

      Répondre
      1. EdzeronK

        Quand je dit que le peuple vote à gauche, c’est juste de quoi les faire élire.
        Je sais bien que ce n’est pas unanime, 51% suffit bien !
        Pour moi ça n’a pas été la gauche qui est passée mais un « épouvantail » dit de gauche.
        Et puis y a pas d' »instruments » en politique mais plutôt une place plus ou moins grande selon les envies des médias.

        Répondre
  4. Maaliciann

    Merci! Enfin un bout de réponse. On peut aussi ajouter que les français étant plutôt de droite ils ont aussi choisi le FN pour ça. Qd on compare à l’Espagne, en réaction à la politique de rigueur, ils ont voté extreme gauche! Ms sans doute pcq ils ont bcp vu/entendu parler des Indignés dans leur média. Ces 2 réactions opposées m’intriguent aussi sans doute pcq j’aurais préféré que les Français réagissent plus comme les Espagnols :/

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Maaliciann : comparer les deux pays doit donner un résultat intéressant. Enfin il faut ajouter une variable à la situation : la forte poussée nationaliste catalane.

      Répondre
      1. Jaromil

        … sans compter que les Espagnols ont eu l’occasion d’expérimenter l’extrême-droite pendant une quarantaine d’années (je dis ça sans savoir à quoi ressemble l’extrême droite espagnole actuellement, je suis peut-être complètement à côté de la plaque)

        Répondre
  5. Lager Feld

    Le FN recrute massivement chez les jeunes, qui ne regardent pas la TV, et d’une manière générale ne subissent pas de prescription médiatique ou culturelle.

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Lager Feld : les jeunes ne regardent pas la télé, première nouvelle ! Ils la regardent moins, et différemment de leurs aînés. Quant à la prescription médiatique ou culturelle, je doute que les jeunes y échappent. Peut-être que les moins de vingt ans sauront moins dire le détail des guerres dans le monde ou des scandales politiques en France, mais leur angoisse diffuse vis à vis de l’avenir me semble pourtant bien palpable, et si elle ne passe pas directement par BFM TV, elle peut être transmise par divers canaux, à commencer bien sûr par Facebook, mais aussi l’école, la publicité, l’hypermarché, etc.

      Répondre
  6. Miso-Soup

    Analyse intéressante, peut-être deux petites choses pour la mettre en perspective cependant :

    1) il n’y a pas de poussée du FN en nombre de voix absolu, puisqu’il recule comme tous les autres, bien que moins spectaculairement (quoi qu’en disent les études sondohallucinées qui prétendent mesurer le vote des abstentionnistes par un très grossier tour de passe-passe) ;
    2) il faut prendre en compte le caractère européen du scrutin, qui je pense se prête bien à votre analyse : si vous voulez bousiller l’UE telle qu’elle se construit en ce moment et que peu vous importe si oui ou non on va trouver des moins qu’hypothétiques alternatives ou réorientations à 28, le FN est un sicaire de choix. Pour ce qui est du national, les Régionales seront le vrai test pour savoir si on est bien entré dans une logique globale de grosse gamelle au fin fond du trou.

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Miso-Soup : bien sûr, dire ce que les abstentionnistes auraient voté est curieux (est-ce que l’opinion des abstentionnistes qui ne souhaitent même pas s’exprimer du tout est pris en compte ?), reste qu’il y a des gens qui ont voté : on peut minimiser le vote du FN pour se rassurer, mais en nombre absolu de voix, le vote pour d’autres partis n’est pas fameux non plus.
      Bien sûr, les européennes sont un scrutin particulier, contrairement à Marine Le Pen qui chante partout que son parti est le premier de France. Son score sera évidemment plus faible pour d’autres élections.

      Répondre
  7. sulliman

    Le FN n’a pas eu plus de voix que lors des élections précédentes, sa progression n’est qu’en en pourcentage.
    La question n’est pas « pourquoi on vote FN ? » mais « pourquoi on ne vote plus socialiste ? »
    Une tentative de réponse : le PS a fait la part trop belle aux idées franc-maçonnes – i.e. tout contre la famille et un minimum de morale et de respect – : les croyants (principalement catholiques, protestants et musulmans) répugnent à voter PS.
    Par ailleurs, le « français moyen » est plutôt anti-européen ( se rappeler le rejet de la constitution européenne lors du referendum). Logique que les partis pro-européens soient battus !
    Enfin, les connaissances en économie et en finances de l’électeur sont insuffisantes pour démasquer le FN sur ce plan.
    Pour améliorer la démocratie, les médias et les personnalités en vue devraient cesser de diviser et semer la haine entre les citoyens…

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Sulliman : les Français (moyens ?) n’ont pas toujours été contre l’UE. En fait ils ont été pro-européens jusqu’au débat sur le référendum. Effectivement, c’est le sens de ce vote : un rejet de l’UE. Un rejet par la catastrophe, c’est ma thèse.
      Je ne pense pas que les catholiques, protestants, musulmans et socialistes fassent une fixation sur « les idées franc-maçonnes » (!?). Mettre tous les croyants dans un seul panier est par ailleurs une grosse erreur : les luthériens français sont historiquement promoteurs d’une république laïque (ils ont abandonné leurs écoles confessionnelles à la fin du XIXe), il existe, bien que très différente, une forte traditions de catholiques progressistes (le Sillon, etc.). L’Islam, je ne sais pas, ou plutôt cette religion n’a pas une histoire intellectuelle aussi longue en France et donc, peu de courants identifiables (malgré sa diversité historique) si ce n’est les courants radicaux. Mais existe-t-il pour autant une seule et unique opinion musulmane en France ? Certainement pas !

      Répondre
      1. Miso-Soup

        @Jean-no : il ne s’agit pas tant de se rassurer que de garder la tête froide en donnant aux choses leurs justes proportions. Marine Le Pen a convaincu bien plus d’électeurs lors des dernières présidentielles, de même que son père face à Chirac en 2002 (et dans ce dernier cas on peut difficilement plaider un vote de simple protestation).
        Le résultat des dernières élections n’est certes pas une bonne nouvelle, mais je trouve bien plus inquiétante une certaine résignation ambiante, alimentée en partie par la quête sensationnaliste des médias, qui glosent jusqu’à plus soif sur ce soi-disant choc et habillent de fait le FN en parti à l’inexorable ascension (rappelons qu’aux présidentielles de 2007, Bayrou cumulait sur son nom 2 millions de voix de plus que le FN dernièrement, lui aussi assurait alors qu’on ne ferait plus jamais de la politique de la même manière en France, on sait ce qu’il en a été depuis).

        Répondre
        1. Jean-no Auteur de l’article

          @Miso-Soup : de fait, Bayrou a été lâché par les médias, on voit le résultat. Le FN « rénové » est leur nouveau joujou, tout nouveau tout beau, ils nous en rebattent les oreilles, et ça porte ses fruits.
          Bien sûr, s’il n’y a que x millions de votants à une élection, ils ne représentent qu’un certain pourcentage de l’opinion – je crois que les 25% de votants FN représentent en réalité 8% des gens, enfin un truc du genre. Mais n’oublions pas que dans une dictature, le despote ne représente que lui-même (et éventuellement sa garde rapprochée, son aristocratie,…), soit un pourcentage infime du peuple. Cela ne l’empêche pas d’avoir une action.

          Répondre
    2. Amsterdammer

      Va falloir expliquer en quoi la politique du PS est ‘franc-maçonne’, anti-famille, anti-morale et anti-respect.
      Vous en êtes encore à penser que l’émancipation des femmes et des homos, c’est un complot franc-maçon contre la famille et la morale? Vous n’êtes dans ce cas peut-être pas sur le bon site, alors.

      Pour votre information, les loges maçonniques ne sont ni anti-famille, ni anti-morale. En revanche il est vrai – on ne saurait le nier – elles ne sont pas très favorables à la bigoterie obscurantiste, laquelle est, elle, d’un point de vue humaniste profondément immorale.

      Le PS poursuit une politique néo-libérale de soumission aux marchés, à la religion libre-échangiste et aux grandes entreprises, c’est bien ce qu’on peut reprocher à ce parti : d’avoir trahis les petites gens.

      Répondre
  8. Liquid

    il y a une différence entre l’action et la réaction. La première fait référence à la préméditation, dans le cas du vote , c’est le choix par la réflexion. Pour ce qui concerne la réaction, elle est spontanée dénuée de préméditation. Concernant l’analyse conséquente à ce constat, le vote FN doit être analysé comme un vote d’adhésion et certainement pas comme un vote de réaction. Evidemment si vous vous contentez de ressassé l’argumentation du 20H00 made in TF1 ou FranceXX vous citerez un tas de gogo qui nous disent  » si j’avais su, j’aurais pas voté FN »… consternants ces gens, consternants ces médias et ces explications dignes du café du commerce

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @Liquid : la distinction entre réaction, habitude ou réflexion dans les intentions de vote est difficile à faire, mais le vote FN est bien sûr un vote réactionnaire, au sens où c’est un parti qui ne communique que sur ce à quoi il s’oppose : contre l’étranger, contre le chômeur, contre l’UE, contre l’État, contre l’impôt, contre les autres partis, contre, contre contre,…

      Répondre
  9. xaccrocheur

    Puisque le fond est indigent (et n’appellent pas plus de commentaire que le film de Resnais) et que monsieur fait le malin, parlons de la forme :

    Paragraphe 01
    J’aurais presque pu placer cet article sur mon blog (…)
    Paragraphe 02
    J’ai toujours été frappé par une expérience mentionnée par (…)
    Paragraphe 03
    On voit où je veux en venir, j’imagine (…)
    Paragraphe 04
    (…)
    Paragraphe 05
    J’imagine plusieurs raisons, la première étant l’omniprésence médiatique du Front National qui, (…)
    Paragraphe 06
    Mais j’ai une dernière théorie, (…)
    Paragraphe 07
    Si j’ai raison, avec mon hypothèse d’une envie de catastrophe (…)

    Et sans ça, comme dit la chanson de Blessed Virgins, TU fais quoi au juste pour la France ? Bizoux à tous.

    Répondre
    1. Jean-no Auteur de l’article

      @xaccrocheur : un blogueur qui parle à la première personne, le scoop !
      Sinon, indigent en quoi ? On est bien forcé d’argumenter, si on veut être crédible.
      Quant à faire quelque chose pour la France, je ne sais pas, je n’ai jamais prétendu que c’était ma mission.

      Répondre
  10. Croa

    Je ne suis pas du tout d’accord !
    L’abstention, pour commencer, me parait un choix rationnel parce que de plus en plus de gens se rendent compte de l’inutilité des votes, les résultats étant prévus d’avance et le scrutin largement manipulé par les médias.
    Le vote FN ne fait plus peur et pour cause : De plus en plus de gens se rendent compte que ce « monstre » est UN LEURRE guerre dangereux en fait. La véritable extrême droite, celle des banques et de l’argent roi, est au pouvoir depuis belle lurette ! (Masquée certes.)

    Reste incompréhensif le faible vote pour les listes alternatives : Moi non plus je ne comprends pas !

    Répondre
  11. soph

    Intéressant, mais je ne suis pas d’accord avec la fin : « Il faudra que le citoyen ait l’impression de voir le bout du tunnel, qu’il ait l’impression que son avenir est ouvert. »
    C’est impossible.
    La très grand majorité de nos concitoyens a décidé qu’on allait aller dans le mur en surconsommant des ressources non renouvelables. Elle est même prête à risquer de se faire arracher la main pour foncer dans ce mur (je pense aux bonnets rouges pour s’assurer le droit de rouler le moins cher possible).
    Sans doute qu’au fin fond d’elle-même elle sait aussi que ça ne peut pas se terminer bien.
    Peut-être veut-elle provoquer la catastrophe car de toute façon c’est ce qui se passera, et là au moins elle en sera l’acteur, et en plus elle pourra se faire plaisir en tapant sur plus faible ou différent que soi, avant de s’écraser dans le mur.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.