Codex de Predis

Cristoforo De Predis (1440-1486), miniatures des histoires de Saint Joachim, Sainte Anne, la Vierge Marie, Jésus, Baptiste et la fin du monde (1476). Bibliothèque nationale de Turin.

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The Walking dead

Je me dois d’avouer d’emblée que je n’ai jamais lu les bandes dessinées de la série The Walking dead, je ne connais que la série télévisée qui en est inspirée, ainsi que son spin-off, Fear the Walking dead, dont je parlerai, je pense, dans un futur article1.
On m’a dit que le comic-book valait le détour et que la série s’en écarte progressivement2.

Les walkers. Il est recommandé d’aller dans l’autre sens.

Dans The Walking dead, le mot « zombie » n’est jamais prononcé. Les concernés se font appeler « walkers », « rotters », « biters », « eaters », « infected », « wasted », « dead », « empties », « has-beens », et autres noms imagés. C’est une chose assez bien vue, d’ailleurs : selon les lieux, selon les groupes de survivants, ce ne sont pas forcément les mêmes mots qui sont employés, ce qui semble plutôt logique puisque les survivants sont isolés les uns des autres, sans médias de masse, sans support pour faire circuler un vocabulaire.
On ne sait pas ce qui s’est produit exactement, mais le monde entier (semble-t-il) est victime d’une pandémie (microbe ? parasite ? champignon ?) qui ranime les morts récents et les transforme en prédateurs laborieux qui réagissent au son, au mouvement et aux odeurs, et qui aiment dévorer ce qui vit. Leur morsure cause une infection que rien ne guérit (quoiqu’il existe des cas d’amputations précoces ayant permis d’empêcher l’infection de s’étendre) et qui tue la personne mordue en quelques heures. On peut donc dire que la morsure d’un « walker » transformera la personne mordue en « walker » elle-même. Rien ne peut enlever leur « vie » rudimentaire à ces morts, si ce n’est de détruire leur cerveau.

La première chose que font les militaires face aux morts-vivants… C’est de massacrer les vivants. La peur ne rend pas très malin. Les autorités (État, Police, Armée) ne durent pas bien longtemps, dans la série.

Ma description peut suffire à vous en donner une idée : The Walking Dead n’hésite pas à se complaire visuellement dans l’épouvante, et le talent des maquilleurs, des cascadeurs, des acteurs et des créateurs d’effets spéciaux rend parfois la chose assez crédible. On finit néanmoins par oublier un peu l’aspect « gore » de l’ensemble. En tant que spectateur, je me surprends désormais à me sentir pour le moins insensibilisé aux visions de mutilations, morsures et autres violences sanguinolentes qui font l’ordinaire des survivants dont la série suit les aventures. La vraie souffrance, pour le spectateur, est psychologique et elle est le fruit de l’injustice, de la cruauté ou de la bêtise qui sont parfois à l’œuvre.
D’un point de vue cinématographique, je remarque que les réalisateurs ne s’interdisent pas certaines facilités, comme de faire subitement apparaître un mort-vivant dans le champ à l’instant où le héros est montré en plan rapproché, alors qu’en toute logique, nous aurions dû voir la menace lorsque le plan était plus large, et alors que le héros lui-même n’aurait pas dû pouvoir ignorer sa présence. La manière dont un lieu se remplit subitement de morts-vivants et le manque de jugeote des vivants (qui ne sont pas toujours attentifs ou tacticiens, qui oublient parfois qu’ils savent courir, qui oublient que les morts-vivants ne sont pas très agiles face à des obstacles aussi banals que de simples escaliers) sont d’autres éléments qui, au début de mon visionnage de la série, m’ont un peu agacé, ou du moins, m’ont fait vivre certaines séquences de manière moins intense.
Mais après tout, c’est peut-être aussi bien.

Quand les survivants espéraient encore comprendre et guérir l’épidémie…

Le propos de The Walking Dead n’est de toute façon pas d’être un film d’horreur réaliste puisque l’épidémie zombie n’est pas ici le sujet mais juste le cadre. Dans les premières saisons de la série sont évoqués un laboratoire de recherche, qui dispose peut-être de clefs permettant de guérir le monde, et plus tard des informations secrètes sur l’épidémie dont affirme disposer un prétendu scientifique qui exige à ce titre de se faire escorter jusqu’à Washington… Les deux pistes se révèlent décevantes et les protagonistes renoncent finalement à toute forme d’espérance : rien ne s’arrangera, il faut survivre malgré tout. Si par deux fois on nous a fait croire qu’il existait peut-être une solution scientifique à l’épidémie, c’était précisément pour mieux nous décevoir et nous faire abandonner tout espoir sur ce plan.
Certains survivants ont tenté de conserver avec eux les morts qu’ils ont aimés de leur vivant, certains ont tenté de les comprendre, de communiquer avec eux ou de les utiliser, mais pour la plupart, les vivants cessent assez vite d’étudier le fonctionnement de Walkers. Une fois connue la manière de les neutraliser, et une fois admis que les tuer ne constitue pas un véritable meurtre, pas un problème moral — car rien de l’humain qu’ils ont été de leur vivant ne subsiste —, ils ne sont plus traités que comme une espèce nuisible.
L’enjeu de la série devient alors la survie non seulement parmi les morts, mais surtout parmi les survivants, qui sont systématiquement des menaces.

L’action se déroule aux États-Unis et chaque personne que l’on croise est un danger, soit parce qu’elle est clairement mal intentionnée, soit parce qu’elle redoute que les inconnus qu’elle rencontre le soient. Je trouve étonnant de voir à quel point l’ensemble des protagonistes du récit semble dès le début juger logique, naturel, qu’au lieu de créer spontanément une sympathie parmi les vivants et un sens de la coopération, la nouvelle situation du Monde transforme tout autre humain en menace, prête à tirer à vue non seulement pour se défendre, non seulement pour détrousser ceux qui ont des vivres ou de l’eau, mais simplement par peur de l’autre. Il faut dire que quand chacun est susceptible d’être armé, on apprend vite à faire des phrases courtes, voire pas de phrases du tout. Je suis curieux de ce que donnerait une série issue de l’univers de The Walking Dead qui se passerait dans un pays où les armes à feu ne prolifèrent pas actuellement.

Comme dans toute fiction de zombies, le point de départ est une hypothèse absurde (qu’elle soit traitée de manière fantastique ou pseudo-scientifique, peu importe), et ce qui compte c’est ce que ce postulat permet de faire apparaître.
Dans The Walking Dead, la première victime de l’Apocalypse, c’est le lien social.
Bien entendu l’État a disparu, et les seules autorités tentant de réguler la société, de créer et de maintenir des communautés (le gouverneur, les gens de Terminus, l’Hôpital d’Atlanta, Negan, Alpha), sont des monstres ou des despotes mégalomanes qui semblent convaincus que seules bénéficieront au groupe les décisions les plus cruelles, les « tough call », comme on dit. Et la plupart de ces groupes ne semblent pouvoir être soudés que par l’abaissement des libertés individuelles, par l’absence de démocratie, par les décisions arbitraires, des sacrifices, et souvent aussi par le massacre d’autres groupes : ceux qui ont ensemble commis un crime sont liés pour toujours.

On remarquera que le scénario punit souvent la confiance, laquelle ne parvient à exister qu’au niveau de la famille, ou plutôt la tribu : des gens qui ne se sont pas forcément choisis mais qui sont suffisamment habitués les uns aux autres pour être solidaires. Souvent, ce qui lie des personnes est d’avoir combattu ensemble, de s’être retrouvés, parfois complètement par hasard, parfois après avoir été ennemis mortels, en position de frères (ou sœurs) d’armes : liés par le sang qu’ils ont fait couler ensemble. Je n’ai jamais vécu de guerre, de tragédie, j’ignore si tout cela se tient d’un point de vue psychologique, mais la fiction rend la chose plutôt crédible. Un aspect intéressant ici c’est qu’il n’est jamais ou quasiment jamais question de racisme ou de questions nationalistes, sociales, et même le sexisme ou l’homophobie sont en grande partie évacués par la situation : plus vraiment le loisir de se haïr artificiellement lorsqu’on doit ensemble résister à des périls concrets. Ce n’est pas du tout le cas avec la série dérivée Fear the Walking Dead, où les questions nationalistes ou racistes (le mépris des Étasuniens envers les Mexicains, par exemple), sexistes, sociales, sont le cœur même du récit, qui se construit à mon sens avant tout comme une critique saignante des États-Unis d’Amérique.


Daryl (à gauche), un des deux seuls protagoniste à avoir survécu de la première à la dixième saison de la série. À droite, Judith, dont les parents biologiques sont morts, dont le père officiel a disparu, et dont la mère adoptive n’existe plus que comme voix dans un wakie-talkie. Elle a appris assez tôt à survivre et même à tuer, mais elle amène souvent les adultes à conserver un peu de leur humanité et aussi, à se rappeler qu’il reste encore des choses à sauver dans ce monde de désespoir.

Dans The Walking dead, La confiance en l’autre est souvent sanctionnée, mais avec le temps, le groupe que nous suivons, dont il ne reste plus que deux survivants des tout premiers épisodes — un peu secondaires au départ —, et qui a régulièrement gagné ou perdu des membres, tente de construire quelque chose, et, non sans difficultés ni sans défiance, accueille régulièrement de nouvelles personnes voire de nouveaux groupes, de nouvelles communautés. Je remarque que le très relatif assouplissement des comportements, cet abandon partiel de la méfiance, qui ne supprime pas les menaces mortelles, loin de là, va de pair avec la progressive disparition des armes à feu, des munitions ou des véhicules motorisés. Peu à peu se construit une organisation politique rudimentaire où les personnalités les plus respectées pour leurs faits d’arme, généralement, tiennent conseil, prennent des décisions collectives. Plusieurs groupes se fédèrent afin de mener des projets en commun, d’essayer d’offrir un monde viable aux enfants. Ceux-ci apprennent bien trop tôt que la vie est courte et cruelle. Le spectateur accepte la même chose, d’ailleurs : la mort arrive, la violence existe, et toutes les injustices ne peuvent pas se réparer ou être vengées. Vivre, survivre, c’est aussi accepter de mourir, de voir d’autres mourir, de souffrir et d’être frustré.

Le dépit de Lisa Mandel… (image utilisée avec l’autorisation de son autrice)

À l’heure où j’écris cet article, la diffusion de l’ultime épisode de la dixième saison de la série a été reportée à une date inconnue, pour cause de pandémie de coronavirus, car la postproduction n’a pas pu être achevée à temps ! Belle mise en abîme3.
Je dois dire que je suis assez impatient de voir comment va évoluer la série, qui est censée continuer pendant des années je crois, car, au delà des enjeux philosophiques ou politiques que l’on trouve dans toute série de zombies, celle-ci développe sur la longueur quelques personnages vraiment marquants, et la palpitante autant qu’angoissante sensation que toutes les péripéties sont possibles, même et surtout les plus tragiques.

  1. Mise à jour octobre 2020 : une autre série dérivée, The Walking dead: World Beyond vient de commencer à être diffusée sur Amazon Prime. Extrêmement prometteuse, elle commence en opposant une République de savants qui peut rappeler la base alpha de la série Cosmos 1999 à son allié de circonstance, un gouvernement autoritaire et cruel. Comme souvent dans l’univers de The Walking Dead, la confiance et la bonne volonté ne sont pas forcément récompensées. []
  2. Amusant : je me rends compte que je choisis le dimanche de Pâques, en pleine pandémie de Coronavirus, pour parler d’une série où une épidémie résurrectionne les morts… []
  3. Anecdote toute personnelle, dans le même registre : le 14 mars j’étais programmé comme conférencier dans le cadre des Carrefours de la pensée, au Mans, pour parler de fin du monde… Séance annulée in extremis pour cause de fin du monde, deux jours avant que la France entière ne soit confinée. []
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[Appel à textes] Anthropocène mon amour

On me contacte afin que je donne un écho à cet appel à contribution pour un recueil de fiction dans le registre utopie post-apocalyptoque/collapsologie.

La maison d’édition associative Le Chien à deux queues lance un appel à textes dont le titre est Anthropocène mon amour.
Les textes doivent être envoyés avant le 13 octobre 2019.
Ils doivent faire 40 000 signes au maximum, aux formats .doc, .docx, .pdf.
Corps de caractère : 12, interligne 1.5.

Voici le texte de l’appel :

La civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est effondrée: plus d’Etat. Le capitalisme: pfouit! De petites communautés humaines se sont auto-organisées à l’échelle d’un village, d’un quartier, d’une ville. L’effondrement a laissé place à de nouveaux modes d’organisation politique. Dans ces communautés, la vie reprend. Tout doit être repensé : les relations humaines (entre voisins, avec nos enfants, nos amitiés, nos amours, etc), notre rapport à la terre, au monde animal, la place des techniques et technologies, la santé, l’éducation… et la gestion des conflits. Dans ce monde nouveau, où tout est à (ré)inventer, sur quels Récits nous appuierons-nous pour vivre, pour donner espoir et perspectives à nos semblables et à nous-mêmes ? Quelles anciennes mythologies nous aideront ? À quoi ressembleront celles qui émergeront du chaos ?

Nous ne voulons ni zombies ni dystopies définitives, un peu d’optimisme, que diable ! Mais attention, le Chien ne supporte pas la mièvrerie, un aspect sombre est bienvenu… On veut du dark-positif, de l’enthousiasme méfiant. C’est pourtant pas compliqué !
A vos plumes, et n’hésitez pas à nous surprendre!
L’équipe du Chien à deux Queues

Ce qu’on attend, ce qui vous attend :
Les textes sélectionnés seront publiés en recueil sur le site du Chien à deux queues. Un tirage papier, limité, sera également réalisé. Chaque auteur recevra un exemplaire.
Un texte comportant peu d’erreurs de langue et autres coquilles aura davantage de chances d’être retenu. Nous accordons de l’importance au style, qui devra être travaillé.
Chaque auteur pourra envoyer plusieurs textes, dans la limite de trois.

Les textes sont à envoyer à l’adresse e-mail : edition (chez) lechienadeuxqueues (point) fr

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Les zombies

Le nom « zombie » a été popularisé par des films tels que White Zombie (Victor Halperin 1932) ou le saisissant I Walked with a Zombie (Jacques Tourneur, 1943), qui faisaient explicitement référence à la culture Vaudou haïtienne et à son processus de zombification. Les zombies sont des personnes intentionnellement empoisonnées avec un neurotoxique extrait d’un tétraodon1. Plongées dans un état de catalepsie, elles sont tenues pour mortes et enterrées vives, puis clandestinement déterrées, ranimées, et maintenues par une privation totale de sel dans un état d’hébétement qui leur ôte toute capacité à quitter le statut d’esclave dans lequel ils sont ensuite gardés jusqu’à leur mort. Lentes, complètement abruties, ces personnes ne sont pas transformées en esclaves pour leur force de travail mais dans le cadre de vengeances familiales, par exemple. Aussi incroyable que cela paraisse, il ne s’agit pas d’une légende urbaine, les zombies existent bel et bien en Haïti, mais cela ne fait que quelques décennies qu’ils sont étudiés scientifiquement. La bande dessinée Les Zombies, par Philippe Charlier et Gérard Guérineau à la Petite bédéthèque des savoirs le raconte de manière passionnante.

À côté de ces zombies véritables, qui relèvent de l’anthropologie, le genre fantastique (notamment bande dessinée chez EC comics, puis cinéma de série Z) a proposé plusieurs versions du zombie, présenté comme un authentique mort-vivant capable d’agir tandis que ses chairs sont en pleine décomposition. Généralement, ces zombies récents sont capables de transmettre leur état à d’autres personnes en les mordant. Cette multiplication constitue un péril permanent pour les vivants qui, à chaque instant, savent qu’ils risquent de rejoindre la cohorte des morts-vivants, et qui savent aussi que les zombies peuvent finir par remplacer l’humanité toute entière. Virus, bactérie, champignon, contrôle mental opéré par des parasites extra-terrestres, comète qui passe dans le ciel, ondes ou substances capables de réveiller les morts, conséquences d’un accident sanitaire ou médical, les déclencheurs évoqués sont nombreux, mais il me semble qu’ils ne sont jamais faits pour être pris au sérieux, bien qu’ils puissent s’inspirer faits réels : la rage qui pousse certains mammifères infectés à changer de comportement et à en infecter d’autres ; la manipulation des foules par les régimes totalitaires ; les démonstrations de « lavage de cerveau » pendant la guerre de Corée puis avec le célèbre projet MK-Ultra ; les cas réels de parasites (des vers, notamment) capable de prendre le contrôle de leur hôte afin de les forcer à servir leurs intérêts ; et bien sûr l’effroi qu’ont de tout temps provoqué les personnes déclarées mortes qui reprennent subitement vie ou semblent le faire. Bien qu’il y ait de nombreux précédents, de l’antiquité à H.P. Lovecraft, on fait souvent du film Night of the living dead (George A. Romero, 1968) une sorte de point de départ d’un genre : les zombies modernes. La particularité de ce film, comme de beaucoup de ceux qui ont suivi, c’est que l’on peut considérer les zombies non comme le sujet mais comme un cadre, voire une contingence : ce n’est pas tant eux ou leur raison d’être qui compte, c’est la manière dont les non-zombies vont se comporter, c’est tout ce que l’existence des morts-vivants modifie ou révèle des rapports humains, du rapport au deuil, au groupe, à l’espoir,… On parle souvent d' »Apocalypse zombie », et la locution est bien choisie : le mot Apocalypse signifie littéralement « dévoilement », et on l’a traduit par « révélation ».
Cette « fin du monde » est donc avant tout l’occasion de faire apparaître une réalité.

Duane Jones dans Night of the living dead (1968)

Pris sous cet angle, le prétexte farfelu que constitue l’idée d’une invasion de morts-vivants se révèle d’une grande richesse. Dans le cas de La Nuit des morts vivants, certains ont cru percevoir un discours sur la guerre du Vietnam ou encore sur le racisme et la ségrégation. Même si l’auteur a toujours nié2 avoir voulu faire autre chose qu’un divertissement, on ne peut qu’être frappé par le fait que le héros, qui est le seul noir et aussi le seul survivant d’une nuit passée à lutter contre des zombies, finit abattu au petit matin par des policiers qui n’ont même pas cherché à vérifier s’il était devenu un zombie ou non.

J’ignore ce qui m’a poussé à passer l’année à le faire, mais j’ai visionné des milliers d’heures de films et de séries reposant sur le thème du zombie. Je compte désormais publier sur le présent blog les réflexions que ces œuvres ont suscité chez moi.

  1. Les tétraodons sont une famille de poissons à laquelle appartient notamment le célèbre fugu japonais. Ils sont connus pour leur capacité à se gonfler et pour le poison qu’ils contiennent. []
  2. Les auteurs américains de films de divertissement répugnent souvent à admettre que leurs œuvres ont un propos politique – pensons à James Cameron qui affirmait que son Avatar ne parlait ni de la politique extérieure américaine ni du complexe militaro-industriel, alors que ces thèmes sont flagrants dans le film. On peut supposer que le but de ce genre de dénégations est d’éviter de donner une vocation militante aux films, mais aussi d’éviter de s’aliéner le public non-acquis aux idées que l’on porte. Il vaut parfois mieux faire les choses que de dire qu’on les fait, et c’est ainsi que de nombreux auteurs d’œuvres dites « de masse » parviennent à faire passer des messages forts, avec le tact de ne pas expliquer par avance au public ce qu’il est censé comprendre. []
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How I met your mother, saison 7, épisode 5

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Second salon du survivalisme à Paris

Je n’avais pu assister à la première édition de Survival Expo, le salon du survivalisme à Paris. Cette année, j’ai fait le déplacement jusqu’à la Porte de la Villette, accompagné d’une amie qui elle était venue la première fois et pouvait comparer les deux éditions. Sa première remarque a été que le nombre d’exposants était bien plus important cette fois.
Ni aux alentours de l’entrée du salon ni à l’intérieur je n’ai vu de représentants de sectes apocalyptiques – il m’est arrivé plus d’une fois d’être en contact avec ce genre de personnes lorsque je faisais la promotion de mon livre Les Fins du Monde. On ne voit pas non plus de fédérations de scoutisme, qui auraient pourtant eu leur place ici. En revanche il y a des gens qui proposent des stages de survie dans les Vosges ou sur des îles lointaines, et des formations paramilitaires.

Le premier stand que nous avons visité proposait toute une panoplie d’objets pratiques : des scies de poche, des allume-feu, des purificateurs d’eau, des kits médicaux et même, un kit dentaire permettant aux néo-sauvages de réparer une dent fendue. C’est bête, mais j’avais envie de tout acheter. J’aime les gadgets. Je me suis retenu.
Le second stand était celui de la revue Survival, consacrée comme son nom l’indique aux techniques de survie. Avec parfois des articles inattendus, tels que celui-ci :

Au long des allées, on croise de nombreuses solutions pour être autonome : moulin à grain fait avec un ancien vélo, fours solaires (dont deux, exposés en extérieur, aux performances impressionnantes même avec un temps couvert), panneaux solaires, éoliennes pour recharger son portable, générateurs à essence, et enfin, des micro-fermes aquaponiques qui semblent réclamer une énergie et une infrastructure considérables juste pour produire trois laitues.

On entend vanter la fuite de Paris : « venez dans le Cantal ! », dit un trentenaire qui a quitté le développement de jeux vidéos pour vivre en prise avec la nature.
Plusieurs stands proposent de la nourriture, ou des solutions pour déshydrater ou conserver des aliments. Parmi les tendances, je note les insectes (incompréhensiblement mélangés à des épices ou du chocolat, ce qui donne un goût un peu chimique à des aliments qui auraient fait d’excellents apéritifs) et les flaques d’eau croupies dans lesquelles les visiteurs sont invités à boire, une fois l’eau purifiée par quelque appareil.

On voit aussi des vêtements (de pluie, de sécurité,…), des accessoires de couchage (matelas, hamacs), et des sacs. Presque tous ces objets sont hors de prix, mais 200 euros pour un sac à dos, s’il est assez solide pour permettre à son propriétaire de survivre à une apocalypse, c’est un investissement.
Les soins médicaux d’urgence sont un des grands thèmes que l’on croise dans les allées du salon, avec la présence d’associations dédiées (secourisme, pompiers volontaires pour exporter leur savoir-faire) et d’accessoires divers. On voit par exemple des mannequins mal en point :

Il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi les urbains qui quittent le périphérique pour devenir hommes des bois risquent de se blesser quand on voit le nombre d’outils dangereux qui sont vendus, et surtout, le nombre d’armes : arcs et flèches, lance-pierres, et puis couteaux, couteaux, couteaux. Mais aussi matériel policier : matraques télescopiques, boucliers, gilets pare-balles, etc.
Il y a même plusieurs stands où le public est invité à apprendre à tirer à l’arc, au pistolet, ou encore à lancer des haches !

L’ambiance générale, il faut le dire, est un peu virile et régressive, on sent beaucoup le plaisir du petit garçon qui joue à la guerre, qui s’habille en treillis, qui exhibe son gros couteau. De grands types tatoués racontent que leur bouclier résiste à tant d’impacts de « kalach » et à du 9 millimètres, ce qui fait siffler d’admiration les connaisseurs.
Il y a des femmes dans les allées du salon, et sur les stands, mais on sent que, pour nombre de gens dans le petit milieu survivaliste, appartenir à la gent féminine est au minimum un handicap, comme dans cet article du magazine Survival, consacré au choix du couteau pour une femme :

Étourdie, la femme oublie régulièrement qu’elle a un couteau dans son sac et ne sait pas comment le plier, parce qu’elle ne l’utilise pas assez souvent. Dans un éclair de lucidité, la personne qui rédige l’article se fait la réflexion que toutes les femmes n’ont pas la même taille, la même corpulence ou des mains de même format. Eh oui, chez les femmes aussi il n’y a pas deux personnes identiques !

Si l’on met de côté l’ambiance « plein air » (le Vieux campeur ou Décathlon ont des stands), c’est la peur qui semble (assez logiquement ?) être le premier argument de nombreux exposants, et peut-être la première motivation du public. La peur d’un avenir incertain bien entendu, mais aussi la peur de l’autre. Dans un stand consacré aux armes, on pouvait par exemple entendre cette prédiction : « vous êtes autonome énergétiquement, vous avez vos conserves, vous avez tout prévu et là, paf, quelqu’un arrive avec un fusil et vous dit : merci, c’est pour moi tout ça, maintenant ».
Eh oui, si l’économie et l’ordre social s’effondrent, il ne suffira pas de pouvoir survivre aux éléments, il faudra encore survivre à ses congénères, et être suffisamment équipé pour que ce soient eux qui aient peur. Brrrr.

Je remarque une quasi totale-absence de livres — appareil de lecture pourtant bien pensé, solide et autonome énergétiquement —, bien que soient édités chaque année de nombreux ouvrages sur la collapsologie, l’écologie, l’autonomie, etc., ou des fictions post-apocalyptiques diverses et variées, qui auraient pu constituer une belle librairie spécialisée.

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Dix méthodes pour détruire la Terre par Mekon

Le personnage représenté est Mekon de Mekonta, ennemi juré de Dan Dare dans le magazine britannique 2000 AD. Le dessin est probablement de Dan Gibbons et date de la fin des années 1970 ou du début de la décennie suivante.

On retiendra tout particulièrement la dixième méthode proposée pour détruire le monde : laisser les humains se débrouiller avec leurs armes, leurs famines et leur pollution…

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Le testament de l’Humanité

Le New York Times a demandé à plusieurs personnalités (Jane Goodall, Mohsin Hamid, Oscar Murillo, James Dyson, Richard Dawkins, Kyung-sook Shin et Daniel Humm) quel dernier message celles-ci aimeraient envoyer à l’univers…

On peut lire leurs réponses en cliquant ici.
Et vous, quel serait votre dernier message ?

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La fin du monde en un court-métrage d’une minute

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The Last Day of Manhtattan (Winsor McCay)

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Apocalypse digitale

J’ai vu passer cette publicité plusieurs fois sur Internet, notamment sur Twitter (où elle est accompagnée d’une question en forme de défi : « Étes-vous prêt ? »), et il me semble l’avoir vue aussi en quatre par trois dans le métro. Il s’agit d’une réclame pour l’EM Business school, une des plus anciennes écoles privées de management, puisque celle-ci a été fondée en 1872. Je dois dire que je ne connais rien aux écoles de commerce, mais cette campagne de communication m’a interpellé car il me semble qu’elle convoque une ambiance de fin du monde :

Analysons l’image : la silhouette d’un homme surplombe une ville que je suppose être Lyon : pas de gratte-ciels mais une grande étendue, une certaine densité et un large fleuve.
La silhouette pourrait être le reflet d’une personne en train de regarder la ville derrière une baie vitrée située à une certaine altitude. Le « manager » tel que le vend ce genre d’école, ne vit pas au ras du sol. Si on regarde attentivement cette silhouette, on remarque néanmoins qu’il ne s’agit pas d’un reflet mais de la surimpression d’une photographie d’homme de dos — s’il s’était agi d’un reflet, il serait de face —, ce que l’on peut vérifier à son col de chemise. Même s’il ne s’agit pas d’un reflet, nous supposerons que cette figure est censée permettre à celui qui regarde l’affiche de se projeter et de se dire : « cet homme qui possède la ville, ça pourrait être moi ». J’imagine que l’école est mixte, mais il s’agit bien ici d’un homme (ce que l’on vérifie à la forme du crâne), et même, d’un homme chauve, bien que vraisemblablement jeune : le manager se doit d’être viril — la calvitie précoce est généralement provoquée par la testostérone (mais aussi par un stress intense ou des traumatismes divers : choc psychologique, maladie, abus de certaines drogues, etc.). L’absence de cheveux permet sans doute de dessiner une silhouette parfaitement claire et dont la coupe de cheveux ne sera pas datée : il est plus facile de s’identifier à un personnage sans cheveux (comme un smiley !) qu’à une personne dont nous n’aimerions pas avoir la coupe de cheveux. Et même si la calvitie naturelle est liée à la virilité, l’absence de cheveux permet aussi de dé-genrer partiellement une personne.
Mais la calvitie, c’est aussi un classique de l’imagerie du futur :

En haut les dystopies THX 1138, Le Transperceneige, Bald new world. En bas, quelques extraterrestres familiers : le martien de Frederic Brown, le watcher (Marvel), Sam dans Alien Nation, l’extra-terrestre de Extraterrestrial, et enfin l’ingénieur du film Prometheus.

La calvitie, en science-fiction, est souvent présentée comme une évolution, comme notre futur, ou comme l’état naturel d’espèces extra-terrestres supérieurement intelligentes. On peut aussi voir dans la calvitie, lorsqu’elle est utilisée comme signe, un abandon de notre héritage animal : Desmond Morris qualifiait l’humain de « singe nu », et il est vrai que notre pelage est discret, comparément à celui de nos cousins primates, mais nous n’en sommes pas moins couverts de poils. Perdre jusqu’à nos cheveux, c’est s’éloigner de notre famille biologique, voire de notre état biologique.

De gauche à droite : femmes tondues à la Libération ; Une membre de l’ordre des Bene Gesserit dans le film Dune ; Ripley dans Alien ; G.I. Jane, avec Demi Moore ; Une femme moine bouddhiste (image piquée sur ce site)

Chez les femmes, l’absence de cheveux peut avoir plusieurs significations, mais c’est toujours la disparition d’un attribut de la féminité, qu’il s’agisse d’un renoncement volontaire destiné à revendiquer une indifférenciation sexuelle, un renoncement aux passions matérielles ou à la séduction (femmes moines bouddhistes, épouses dans le judaïsme hassidique), ou une punition infligée (femmes tondues, femmes déportées).
Dans le visuel de la publicité qui nous intéresse, si la calvitie permet à une femme de s’identifier au personnage, c’est, à mon avis, en acceptant un certain ordre viril — mais j’admets que ces questions méritent d’être traitées de manière bien plus fine, je m’arrête avant qu’on m’accuse d’élucubrer.

Reste, me semble-t-il, que le calvitie du personnage figuré répond au concept de « transformation » annoncé par le slogan. Il serait ici question d’une transformation radicale, voire d’un renouveau, d’une renaissance (qui dit renaissance dit naissance : le bébé est — typiquement en tout cas — chauve !). Cette transformation est « digitale », il s’agit de se « propulser dans l’ère numérique », mais aucun accessoire high-tech ne nous est présenté, c’est clairement l’humain (ses habitudes mais aussi sa nature) dont on nous promet une brutale transformation à venir : c’est l’homme qui va changer pour s’adapter à la machine et non le contraire. D’une bête publicité pour une école de commerce, il me semble que nous glissons vers une propagande transhumaniste vaguement menaçante !

(la publicité telle que diffusée sur Twitter)

Le paysage, quant à lui, est passablement intriguant aussi, à cause de son ambiance chromatique et lumineuse. Si l’image de la ville elle-même est un peu brumeuse et délavée, elle est traversée par une langue de lumière assez forte qui évoque le soleil levant ou couchant.
Lorsque l’on demande à Google de comparer cette image à d’autres, le résultat est plutôt éloquent :

…On trouve quelques belles photos de nature dans les brumes du petit matin, mais aussi quelques images macabres de catastrophes, comme une photographie des restes des tours jumelles du World Trade Center, mais aussi des images issues de diverses œuvres de science-fiction post-apocalyptique, des illustrations de cataclysmes écologiques, ou encore des évocations religieuses. Ce paysage urbain n’est donc pas neutre. Associé au message (« la transformation ») et à la figure d’homme qui se trouve au centre de l’image, il promet un bouleversement radical. Bouleversement qui peut même constituer une menace vitale pour ceux qui n’auront pas su l’anticiper : qui veut être un « left-behind », c’est à dire un de ceux qui, au moment de l’Apocalypse, ne feront pas partie des élus « ravis » par leur divinité de tutelle ?
La fin d’un monde, voilà qui semble peu plus excitant et que de présenter des hommes luttant contre la trabspiration dans de ternes costume-cravate en faisant semblant, d’un œil, de s’extasier devant des powerpoints, tandis que l’autre œil est libidineusement rivé sur le décolleté d’une belle stagiaire qui distrait son ennui en guettant les notifications Facebook sur son smartphone — ce qui me semblerait pourtant pourtant (de loin, car je connais bien mal) une description plus réaliste de la vie de bureau à l’ère de la « transformation digitale ».

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