Filles nues

Des activistes féministes qui exposent leur poitrine comme symbole d’un corps assumé et sans entraves s’inscrivent dans une certaine tradition et véhiculent une symbolique qui ne peut-être que positive ; douceur, amour, maternité, fragilité, nature, et bien entendu séduction,… Et puis, comme l’a dit Louis Scuternaire, « Les femmes nues n’ont jamais fait de mal à personne ».
Par ailleurs, on ne me soupçonnera pas de complaisance envers les religions, je n’en respecte aucune — mais je respecte, malgré tout, finalement (ce n’est pas mon premier réflexe, je l’avoue), les croyants, car il me semble que leur foi ne relève pas réellement d’un libre-choix, elle semble irrésistible à ceux qui en sont victimes, ils éprouvent un besoin vital de croire, comme on peut devenir tabagique ou alcoolique.

La première fois que j’ai entendu parler des Femen, féministes et anti-religieuses, ma sympathie leur était acquise d’office. Mais à chaque nouvelle apparition depuis leur acclimatation parisienne, je comprends moins la manière dont elles fonctionnent : quelle que soit la cause défendue (il y en a beaucoup), le but final semble être d’obtenir des photographies où l’on voit de très jolies filles topless se faisant frapper par des hommes. Cette semaine, elles sont venues devant la Grande Mosquée de Paris brûler un drapeau orné de la profession de foi de l’Islam, que les médias ont un peu vite qualifié de « salafiste ». Je n’ai pas vu de vidéo de l’évènement, donc j’ignore dans quel ordre exact s’est déroulée l’action, mais les photos prises constituent une séquence un peu burlesque :

femen

…Deux vigiles de la Mosquée tentent d’empêcher l’action, et l’un, qui n’est visiblement pas tout jeune, tente de chasser les jeunes femmes à coup de cageots et de bouteilles en plastique, avant d’envoyer un coup de pied aux fesses à l’une d’elles, coup de pied qui deviendra l’événement Femen de la semaine pour plusieurs médias. Si des jeunes femmes étaient venues, seins nus, brûler un drapeau rasta devant l’entrée de Disneyland, je pense que des vigiles auraient également tenté de l’empêcher, sans arrières-pensées politiques ou religieuses, mais pas forcément avec moins de vigueur. L’action était cette fois destinée à soutenir la jeune Femen tunisienne Amina qu’on dit être à demi-séquestrée par sa famille depuis ses prises de position contre le contrôle de son corps par la morale religieuse.
La cause est juste, peut-être urgente, mais que prouve cette action ? Pourquoi choisir la Grande Mosquée de Paris, qui a plutôt la réputation de promouvoir un islam intégré à la société française et dont le recteur est souvent critiqué par les défenseurs de l’islam « fondamentaliste » ? On sent que ce qui compte, c’est moins d’être juste que de produire des images irrésistibles pour les médias, des images où des mondes apparemment incompatibles se télescopent avec une petite dose de violence. Et tant pis pour la subtilité.

...

Dans « Monty Python : Meaning of life » (1983). Arthur Jarrett, condamné à mort pour le crime au premier degré d’avoir mis des plaisanteries sexistes gratuites dans un film, a choisi les conditions de son exécution : il est poursuivi par des jeunes femmes presque nues jusqu’au bord d’une falaise d’où il fait une chute qui l’amène directement dans sa tombe, autour de laquelle sont rassemblés ses proches, prêts à le pleurer. J’ai hésité à placer cette séquence dans l’article hier mais je l’ai finalement fait, car elle est drôle.

Jouer des médias et de leurs faiblesses, pourquoi pas : on n’y a pas toujours accès autrement. Mais je trouve malgré tout le résultat irresponsable, au sens où les images qui restent de chacun de ces happenings font moins réfléchir que réagir : on doit être pour, ou bien contre, ami ou ennemi, on n’est pas censé avoir le droit de débattre, ni d’étudier les points de vue des uns et des autres, ni réfléchir aux moyens employés, il faut accepter ou refuser, y compris quand les causes défendues, comme l’abolition de la prostitution ou de la pornographie, sont extrêmement complexes.
Je comprends la sympathie qu’on peut éprouver pour les Femen mais j’espère que, à présent qu’elles ont été vues et revues, leur façon de s’attaquer à telle ou telle grande cause se fera un peu moins dans l’affrontement et un peu plus dans la réflexion et même, le dialogue.

Like a foule

Dans le billet précédent, je disais du mal du foot. Je m’en veux toujours un peu de faire ça, c’est un peu bourgeois finalement, un peu snob. Après tout c’est le sport du tiers-monde, le seul qui donne une dignité internationale à des nations d’Afrique ou d’Amérique du Sud qui, le reste du temps, ne sont connues que pour les ressources naturelles que les pays plus fortunés y exploitent. Les publicités de la marque Puma racontent ça de manière admirable.

puma

Émouvantes, ces publicités, non ? Puma appartient à Pinault, dégage un chiffre d’affaires de trois milliards de dollars annuels et est connu pour les faibles salaires que ses ouvriers d’Inde, d’Indonésie ou du Cambodge perçoivent, autant que pour les produits chimiques mortifères que ses usines déversent dans le Yang Tse. Ces scandales environnementaux et sociaux, dénoncées par des ONG, semblent avoir poussé la marque à changer de pratiques. Reste que montrer des sportifs jouer au foot dans la poussière des rues de Lagos ou de Kinshasa avec des chaussures fabriquées pour une misère par des asiatiques, ensuite vendues dans le monde entier pour enrichir un conseil d’administration européen, ça semble un rien obscène. Et pourtant, cette mythologie de sport du tiers-monde, de sport des cités, n’est pas usurpée.

Au delà du fric et de la place médiatique délirante que prend le football (combien d’hommes politiques perdent un temps fou à faire croire qu’ils se passionnent pour les tribunes du Stade de France ?), je le disais, ce qui m’angoisse, c’est la foule des spectateurs.
Mais au fond, je dois le dire, ce n’est pas spécifique au football. Je me souviens des manifestations étudiantes de 1986. Je n’étais pas étudiant, mais j’y allais, j’ai dormi dans l’amiante de la fac de Jussieu, j’ai chanté des slogans (« Devaquet, au pi-quet, Monory au-ssi »), sans comprendre vraiment les tenants et les aboutissants de la réforme combattue. Mais nos profs au lycée nous laissaient plus ou moins aller manifester, c’était la fête — enfin jusqu’à la mort de Malik Oussékine, qui a fait prendre un tour grave aux événements.
À cette période, j’ai vécu une charge de CRS. Je me souviens de la peur que j’ai ressenti, de la manière dont je courrais, dont je m’arrêtais, dont je me protégeais la tête, dont je criais. Et je me rappelle aussi qu’autour de moi, tout le monde avait exactement les mêmes gestes, et ressentait visiblement exactement la même chose. Je ne sais pas si on dégage des phéromones lorsqu’on a peur (sans doute ?), mais tout le monde semblait être dans le même état d’esprit, ou même pas d’esprit, ce sont nos corps qui agissaient, nos réflexes, plus tellement nos têtes.

En 1986, j'étudiais dans un LEP de photographie, j'ai donc pris un certain nombre de clichés des manifestations, mais je ne retrouve rien de bien intéressant si ce n'est cette image de couple au milieu de la foule.

En 1986, j’étudiais dans un LEP de photographie, j’ai donc pris un certain nombre de clichés des manifestations, mais je ne retrouve rien de bien intéressant si ce n’est cette image de couple au milieu de la foule.

Cette expérience m’a terriblement vexé, parce que je sais qu’à un moment, je n’ai plus été ni un individu, ni un être véritablement pensant. Et depuis, j’évite les manifestations. Enfin depuis ça et depuis d’autres événements comme le fait d’être allé défiler, deux ans plus tôt, pour que la radio NRJ ait le droit de diffuser de la publicité (et amène ce modèle économique aux autres stations). Évidemment, on ne nous avait pas présenté la chose comme ça à l’époque, mais le fait d’avoir fait partie des centaines de milliers d’idiots qui ont défilé ce jour-là m’a, rétrospectivement, fait comprendre qu’un manifestant ne maîtrise pas forcément la cause qu’il défend et n’est qu’un agent non-intelligent au cœur d’un rapport de force. En même temps, enfant, j’ai défilé contre le nucléaire avec un masque blanc et pour le Larzac avec un masque de mouton : ça reste des bons souvenirs de manifestations familiales et liées à une cause que j’aurais soutenue sans l’aide de mes parents si j’avais eu l’âge pour comprendre de quoi il était question, je ne dis pas que ça ne peut pas exister, une manifestation utile et juste, mais je me tiens à l’écart de ces rassemblements.

On me dira qu’un concert musical n’est pas loin d’un match de foot ou d’une manifestation : l’individu se fond dans la foule, avec qui il partage des émotions puissantes. Mais je vois des différences importantes. Dans le football, deux équipes s’affrontent, et si du point de vue des joueurs l’affrontement semble généralement plutôt pacifique — sportif, comme on dit —,  leurs partisans, eux, semblent souvent atteints d’une folie patriotique furieuse qui les amène à haïr le camp adverse et qui rappelle tout simplement la guerre : des gens capables de s’entre-tuer parce qu’ils croient à des contes absurdes, comme le fait qu’un homme qui court derrière un ballon est investi, en quelque sorte, d’une partie d’eux-mêmes, parce qu’ils portent une écharpe aux couleurs de son équipe. La neurologie l’a montré : si on voit le supporter de l’autre équipe de prendre un coup, notre cerveau ne se montre pas empathique, n’éprouve pas de douleur, non, il active ses circuits du plaisir !

paris

Le cas des manifestations est différent, il en existe de très diverses, certaines sont légitimes et utiles, d’autres sont les instruments de ceux qui savent les encadrer. Elles ne sont pas ouvertes au débat, à la réflexion, aux pensées inattendues, alors je ne les pense utile que de manière ponctuelle et justifiant une unité.

Le concert musical est bien différent : là aussi, la foule éprouve les mêmes affects de manière synchrone, est parcourue des mêmes frissons, des mêmes plaisirs. Mais il n’y a pas de camp adverse, pas de combat, une compétition où le public s’identifie aux concurrents (hors Eurovision), juste un plaisir sain et qu’il est agréable de partager. En général, bien sûr (je me rappelle d’avoir vu des artistes sifflés en première partie de concert, terrifiant : des hyènes en meute). On dit souvent que la musique n’a pas de frontières, pas de patrie, et je pense que c’est vrai. Bon, on me dira que les armées font défiler des musiciens pour encourager les troupes à gaiement aller tuer des gens…

Pas grand chose à foot

En parlant de la taxe de 75% appliquée aux salaires supérieurs à un million d’euros par an, le Figaro explique que : « À l’heure où les déficits des clubs hexagonaux se creusent, cette nouvelle ponction devrait ainsi accélérer la fuite des talents vers l’étranger ». Au Grand Journal et sur Twitter, Jean-Michel Apathie s’émeut lui aussi et prophétise que la France va devenir une nation de seconde zone dans le football mondial :

foot_apathie

Personnellement, j’ai envie de dire : chiche !
Si les gens qui perçoivent un salaire de plus d’un million d’euros annuels (une centaine, apparemment) ne veulent plus le faire sur les pelouses des stades français, eh bien qu’ils aillent le faire ailleurs, quel est le problème ?
Bien entendu, s’ils partent effectivement, les caisses de l’État ne se rempliront pas pour autant puisque l’argent sera gagné dans d’autres pays et donc, ne sera pas taxé ici. Mais on y aura gagné autre chose : un football moins riche !
Évidemment, je suis mal placé pour critiquer les dérives du football professionnel, je n’ai jamais aimé ce sport, j’ai douté de ma normalité dans la cour de récréation quand, enfant, je devais constater que je n’avais aucune idée sur rien en football, que je n’avais pas d’équipe préférée, que je ne comprenais rien aux règles, et que je ne voyais pas trop à quoi tout ça servait, finalement. En fait, il y a même une dimension fasciste qui m’effraie dans le football, pas tant pour le sport lui-même que pour ce qui l’entoure : des gens qui se réunissent dans des stades pour adorer les uns et haïr les autres, qui hurlent, qui ont l’air de macaques enragés. Ces gens me font peur, et l’endroit d’où ils tirent leurs émotions collectives me fait peur, j’ai l’impression que c’est du même cloaque émotionnel que viennent les plus abominables choses que peut la foule.
Bon, mais imaginons que j’aie été un autre, et que j’aie aimé le football. Est-ce que j’aurais aimé voir des exploits sportifs, des performances, des beaux gestes, ou est-ce que j’aurais voulu voir des investissements financiers (plus que des millionnaires) courir sur de l’herbe, terrorisés à l’idée de prendre des risques au point de n’arriver à marquer qu’un but par match1 ? Je me souviens avoir suivi les scores des équipes norvégiennes lors de la coupe nationale, il y a une vingtaine d’années. Le football y était semi-professionnel, et l’enjeu était, visiblement, le jeu et rien d’autre, car les scores étaient surprenants, plusieurs dizaines de buts pouvaient être marqués pendant un seul match.

Au delà du plaisir du jeu, l’argent pourrit aussi la vie des footballeurs. Imaginez des gamins que l’on repère adolescents dans un pays en voie de développement ou dans une cité française, que l’on colle dans des centres de formation, à qui l’on fait mener une vie étrange, loin de leur famille, et qui se retrouvent subitement à gagner deux, trois, ou vingt fois plus que leurs parents, mais qui ne sont aimés par le public et par le club que tant que leur corps fonctionne bien : ce sont les prolétaires ultimes, ils n’existent que tant qu’ils courent vite, on leur dit où aller, quoi manger, on leur dit parfois quand ils ont le droit de voir leur fiancée, on gère leur argent,… Mais un jour ils se blessent, ou un jour on découvre que les promesses de leur adolescence ne seront pas tenues, et on les abandonne. C’est ce qui était arrivé à mon beau-père Franko, passé sans transition d’une vie misérable sur une île de Yougoslavie à une époque où il pouvait acheter (me disait-il) une voiture par mois, où il se sentait tellement riche qu’il prêtait des sommes impossibles à des gens qu’il n’a jamais revus,…

Franko

Il n’évoluait qu’en deuxième division, mais il se sentait millionnaire. Et puis un soir, mauvaise blessure son genou, le football « pro », c’était terminé. Il a perçu une petite pension, jamais réévaluée, quelque euros par mois à la fin de sa vie. Ensuite, il a traîné, il a été soudeur, dans une France qui allait avoir besoin de moins en moins d’ouvriers non-qualifiés… Bon.
Il paraît qu’on accompagne mieux les jeunes footballeurs en France aujourd’hui : qu’on leur donne un peu d’éducation, qu’on leur apprend à connaître les limites de leur corps, qu’on leur apprend à gérer leur argent, à préparer l’après,… C’est une bonne chose même si ça ressemble plus à de la gestion d’investissement et d’image qu’à un authentique souci humaniste.

Que le foot français devienne pauvre, que les villes ne se ruinent pas pour lui construire des stades, que les chaînes ne s’endettent pas pour acquérir des droits de diffusion, que les joueurs s’amusent sur le terrain,… Je ne vois pas trop le problème, en fait.

  1. Le footballeur Vikash Dhorrasoo a publié l’an dernier un bon article où il raconte son parcours, mais aussi la manière dont le football professionnel refuse les beaux gestes et la virtuosité : Ici, on ne fait pas de petit-pont. []

Élisabeth Badass

J’ai entendu Élisabeth Badinter sur Europe 1, hier. Quelle femme ! Toujours aussi convaincante, droite, et digne quand elle raconte des idioties.
Son combat du jour, c’est d’appeler à créer une nouvelle loi sur les signes religieux : elle semble profondément affectée par le fait que le licenciement d’une employée de la crèche « Baby-Loup »,  à Chanteloup-les-Vignes, ait finalement été annulé par la cour de cassation, au motif que cette crèche relève du droit privé tandis que la loi qui interdit d’arborer des signes religieux dans les administrations publiques ne s’applique qu’aux administrations publiques, et que la loi sur le port du voile intégral dans l’espace public ne s’applique qu’au voile intégral.
Pauvre Élisabeth Badinter ! Elle veut une loi entre-deux, et elle est pour cela la première signataire d’une pétition défendue par des gens dont la signature n’est pas étonnante (Alain Finkielkraut,  Caroline Fourest, Harlem Désir), et d’autres un peu plus décevants (qui se reconnaîtront).

J’aimais bien Élisabeth Badinter, quand j’étais jeune adulte, il y a bien longtemps. Grâce à elle, j’ai découvert, par exemple que les hommes et les femmes appartenaient plus ou moins à la même espèce animale, que le sexe était une question largement sociale, que la virilité ou la féminité n’étaient pas des évidences. Merci madame Badinter pour ça, je n’en n’avais aucune idée, je n’avais pas lu Simone de Beauvoir, et votre manière très pédagogique d’expliquer tout ça était parfaitement adaptée à ma jeunesse d’alors. Peut-être que je prendrai un jour le temps de relire L’Un est l’autre et XY, de l’Identité masculine. Je me demande si je trouverais ça différent, car vingt ou vingt-cinq ans plus tard, j’ai sans doute évolué de mon côté. Par exemple, je ne me satisfais plus des positions droits-de-l’hommistes ultra-théoriques qui traitent les individus en faisant abstraction du contexte, de l’histoire, en ne cherchant pas à comprendre ce qui a mené à une situation avant de le juger et de le condamner, au nom de grands principes.
D’Élisabeth Badinter, j’ai beaucoup aimé aussi Les passions intellectuelles, qui parle si bien de la naissance de la science, mais c’est une autre affaire (quoique). Bizarrement, je n’en ai lu que le premier tome, mais il m’a captivé.
Puisque j’ai évolué, je suis aussi écologiste, et sans vénérer la mère-nature Gaïa (même si j’ai mon petit côté new-age, sans aucun doute : je lisais Actuel, voyez vous), je crois que l’allaitement maternel est plus adapté au régime alimentaire du nourrisson que le lait en poudre. Je rejoins Élisabeth Badinter lorsqu’elle dit qu’il ne faut pas culpabiliser les mères qui n’allaitent pas, mais le sentiment de culpabilité ne vient pas forcément des promoteurs de l’allaitement au sein, il vient d’une société contemporaine où l’enfant est devenu un investissement si précieux qu’on veut que tout, dans son développement, soit parfait, optimal, idéal, et qui nous pousse à culpabiliser pour chacun de nos manquements. C’est Élisabeth Badinter qui défend les idéaux plus que la pratique, pas moi. Et lorsqu’elle compare, d’interview en interview, les femmes allaitantes à des « guenons », il y a un problème. Ceci dit, en pensant insulter, elle oublie que les femmes sont bel et bien des guenons, puisque les humains sont des singes — enfin l’homme est génétiquement plus proche du chimpanzé que le chimpanzé n’est proche de l’oran-outang, alors si oran-outang et chimpanzé appartiennent à la même classe d’animaux, l’humain aussi.
Et puis je ne suis pas de la génération d’Élisabeth Badinter, ce qui crée un autre hiatus : pour elle, la conquête féministe du siècle (passé) c’était que les femmes deviennent des hommes, enfin qu’elles soient prises au sérieux dans le monde du travail avec des qualités « viriles » et en sacrifiant leur existence à leur vie professionnelle. Cette vision des choses, issue des trente glorieuses, ne tient à mon avis plus trop dans ce monde d’abondance et de gâchis dont les fondements économiques absurdes donnent raison à des « rêveurs » comme feu Ivan Illich plus qu’à tous les « réalistes » que le poste de télévision nous vend et qui nous jurent, les yeux emplis de terreur, qu’il faut s’approcher toujours plus près du précipice parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Bon, revenons à la crèche « Baby-Loup ». Personnellement je n’aime pas le foulard, le hijab, et encore moins les voiles religieux plus couvrants, comme le niqab, parce que j’y vois la même chose qu’Élisabeth Badinter : une violence faite à l’égalité des sexes, souvent soutenue par un projet politico-religieux régressiste assez abject. On a vu les pays où ces vêtements, dont l’abandon avait été le signe de la modernisation des pays musulmans, revenir en force par l’Iran, puis s’imposer dans de nombreux pays comme « traditionnels », y compris dans les pays où ils n’avaient jamais existé, ou jamais été systématiques. Oui, ce que ça renvoie n’est pas très beau. Mais il n’y a pas que le refus de la modernité, il y a aussi le refus de la modernité occidentale et de toutes les promesses qu’elle n’a jamais tenues envers ses ex-colonies émancipées. Question dérangeante, mais qui doit nous faire réfléchir à notre (nous : européens bien nourris) propre responsabilité et aussi, à ce que nous pourrions améliorer dans notre rapport au reste du monde. Ce retour du religieux, c’est aussi une manière, pour certains, de répondre au crachat par le crachat. Je me comprends.
Que l’on soit d’accord avec cette analyse ou que l’on pense que le foulard est avant tout une sorte d’accessoire publicitaire pour encourager et cristalliser le communautarisme, je ne vois pas en quoi il est intelligent d’interdire à une femme qui porte le voile de travailler, c’est à dire de faire partie de la société. Le communautarisme se fait là où les gens ne se voient plus, ne se fréquentent plus. En quoi serait-il malin d’interdire des emplois aux gens en fonction de leurs positions religieuses ou politiques affirmées ? En quoi sert-on la condition de la femme en luttant pour que certaines femmes n’aient pas le droit de travailler ? Et si le hijab est sexiste, c’est aussi le cas de nombreux vêtements non-religieux mais imposés par le regard social, l’entreprise ou la publicité.
La publicité, on va y revenir.

Élisabeth Badinter se justifie en expliquant qu’on ne doit pas confier ses enfants à une femme dont on ne voit pas le visage. Je suis complètement d’accord avec elle ! Comme les chimpanzés, les humains communiquent beaucoup par le biais des muscles de leur visage et par leurs mimiques, il est capital de pouvoir se jauger et se comprendre par là, autant que par les gestes, la modulation de la voix et le discours intellectuel. Pour cette raison, je trouve très dérangeant que l’on accepte les vitres fumées sur les automobiles : quand je passe à proximité d’un véhicule occupé, j’aime bien savoir qui s’y trouve, et être un peu averti de ses intentions (ou même tout bêtement, savoir s’il m’a vu et s’il ne risque pas de m’écraser). Je ne vois pas très bien pourquoi quelqu’un qui n’a rien à se reprocher aurait une automobile dont les vitres sont teintées.
Mais, chère madame Badinter, ça n’a rien à voir avec le hijab, qui permet de voir le visage de la personne qui le porte. Une loi (aux motivations douteuses, à mon avis) interdit déjà le voile intégral (niqab, burqa) dans l’espace public, donc pour ce point précis, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Demander une loi surnuméraire pour combattre autre chose que ce que l’on veut légiférer est absurde.
La philosophe explique aussi que la crèche « Baby-Loup » est victime de pressions (lesquelles ? De la part de qui ?), et que ses employés sont régulièrement forcés de déposer des mains-courantes (à quel sujet ?). Tout cela semble bien grave, mais là encore il existe des lois et des règlements : les menaces, les agressions, le harcèlement, ne font pas partie des choses admises.
Enfin, Élisabeth Badinter, toujours sur Europe 1, est partie dans une évocation terrorisante de « certaines universités » (on s’éloigne un peu des crèches), où des jeunes femmes qui portent le voile intégral (comment sait-on que ce sont des femmes, du coup, au fait ?) au premier rang impressionnent les autres étudiants et font la loi, en exigeant de soutenir leurs diplômes face à des examinateurs de leur sexe. Bon. Une telle chose est effectivement effrayante, mais ça se passe où ? Dans quelle université est-ce que les étudiants choisissent leur jury ? Personnellement j’enseigne dans une université de Seine-Saint-Denis, où on peut voir des jeunes femmes porter le voile et parfois même le tchador (vêtement iranien qui couvre tout le corps et ne laisse voir que l’ovale du visage et rappelle celui de certains ordres de bonnes-sœurs), mais je n’y ai jamais vu de niqab ou de burqa, et surtout, je n’ai jamais entendu parler de profs qui abandonnent le contrôle de leur salle de cours ou de leur méthode d’évaluation à des étudiants.
Pour ma part, j’ai eu une seule étudiante qui insistait pour garder un foulard sur la tête pendant les cours, malgré un gros problème de chauffage impossible à réguler. J’ai aussi des étudiants qui gardent des bonnets sur la tête. Je n’aime pas trop ça, en fait, comme je n’aime pas les pantalons qui se portent sous la taille, comme je n’aime pas qu’on se ronge les ongles, qu’on mâche des chewing-gums ou autres tics qui me rendent un peu vieux con. Mais ce sont des adultes, je n’ai pas à les éduquer, je suis là pour les ouvrir à un savoir.

Donc les raisons qui motivent la demande d’une nouvelle loi par Élisabeth Badinter n’ont rien à voir avec le point de départ : une femme qui se couvre les cheveux dans une crèche privée et dont la loi a estimé qu’elle pouvait conserver un emploi qu’on lui aurait sans doute refusé si elle s’était présentée à l’entretien d’embauche dans la même tenue.
Élisabeth Badinter est un personnage atypique car si on la connaît comme philosophe dix-huitièmiste, on ignore souvent qu’elle est aussi la propriétaire de plus de 10% de la société Publicis (qui possède Saatchi et Saatchi, qui contrôle Metrobus, etc.), ce qui fait sans doute d’elle la philosophe la plus riche du monde : 1031e fortune mondiale et 18e fortune française, selon le classement de la revue Forbes. En fait, avec près d’un milliard et demie de fortune estimée, elle pourrait rembourser la dette publique d’Haïti et même celle de la ville de Levallois-Perret, qui est supérieure.

L’actionnaire principale de l’agence de publicité qui si je ne m’abuse a le budget des laits en poudre Nestlé qui se bat contre l’allaitement maternel, c’est bizarre, non ? Une féministe-de-gauche qui tire ses rentes de l’industrie de propagande sexiste la plus odieuse qui existe, la publicité, ça pose encore question. Et une milliardaire féministe qui s’engage pour interdire son emploi à une femme, c’est curieux aussi, non ?
J’aimais bien, Élisabeth Badinter, il y a très très longtemps.

Grrrr

Autrefois, quand je voulais écrire un article « de société » ou purement politique, je le proposais à Owni. Mais Owni, snif, n’existe plus. Donc je lance ce blog « de combat », avec des articles éditoriaux, partiaux, bêtes et méchants, peut-être, vous verrez bien.

Jacob et les jacobins

(article du 16/02/2011, originellement publié sur Owni. J’y prenais la défense de Christian Jacob, qui n’est pourtant pas ma tasse de thé en politique mais dont je trouvais injuste qu’on l’accuse d’allusions antisémites. J’aurais pu dire la même chose, en mars 2013, du traitement fait à Jean-Luc Mélenchon après une phrase mal transcrite par l’AFP qui, de la même manière, avait été présentée par certains comme une allusion antisémite)

Les faits : sur Radio J (une radio communautaires juive à Paris), le président du groupe parlementaire UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, a déclaré à propos de la candidature de Dominique Strauss-Kahn :

« Ce n’est pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché ».

Un certain nombre de représentants socialistes sont alors tombés sur le râble du député, considérant que cette phrase cachait des arrières-pensées antisémites.

L’historien Serge Klarsfeld, pourtant généralement assez prudent dans les comparaisons historiques, s’est autorisé à rapprocher la phrase de Christian Jacob d’une réflexion faite par Xavier Vallat, futur commissaire général aux questions juives sous le gouvernement de Vichy, qui avait dit à Léon Blum en 1936 : « Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif. » Christophe Cambadélis s’est permis la même comparaison et Pierre Moscovici a rappelé la devise pétainiste : « La terre ne ment pas. »
En l’absence de contexte particulier (on ne sait pas ce que Christian Jacob a dit avant ou après et, pour ma part, j’ignore si ce monsieur a un passif particulier dans le registre), il est difficile de comprendre comment tant de gens sont parvenus à imaginer que Christian Jacob ait pu sciemment chercher à faire de l’œil aux électeurs antisémites, ce qui serait infiniment plus coûteux que rémunérateur, politiquement parlant.

Il me semble évident que, si Christian Jacob n’aime pas Dominique Strauss-Kahn, c’est surtout parce que ce dernier appartient au parti concurrent et qu’il est jugé crédible dans le domaine de l’économie, ce qui est rare pour les personnalités réputées de gauche. Il est bien possible que Christian Jacob voie surtout Dominique Strauss-Kahn comme un haut fonctionnaire international, ce qu’il est, et un Parisien, ce qu’il est aussi (tandis que Christian Jacob est un authentique paysan, enfin il l’a été), mais s’il n’aime pas DSK et qu’il ressent le besoin de le dire, c’est évidemment parce qu’il appartient à la concurrence. Du reste, rappeler que Strauss-Kahn est, de par ses fonctions, bien loin de la France, est la ligne actuelle de ses détracteurs et, notamment, de l’UMP.

L’importance de la réaction contre Christian Jacob fait émerger des questions de civilisation intéressantes. La culture juive de France (mais pas celle de nombreux pays de l’Est ou d’Israël) est essentiellement urbaine, et inversement, les campagnes sont réputées chrétiennes et conservatrices. Je trouve amusant que le député pris à partie s’appelle Christian Jacob, puisque « Christian » est un prénom dérivé du christianisme, et que Jacob est le nom d’un patriarche de la Torah – Hugues Serraf, en commentaire à un article deSlate sur le sujet, parie d’ailleurs que beaucoup de gens pensent que Christian Jacob est juif.

Même si l’histoire justifie, et pour longtemps, une hyper-vigilance vis-à-vis des indices d’antisémitisme, je trouve la polémique ridicule, et pourtant, Zeus sait que je ne me sens pas particulièrement d’atomes crochus avec les personnalités haut-placées à l’UMP comme ce monsieur Jacob.

Ce qui m’intéresse, et que je trouve triste finalement, c’est la détestation des paysans qui transparaît dans cette affaire. Serge Klarsfeld, par exemple, a dit ceci :

« Dans une France qui n’est plus rurale, ni antisémite, nombreux sont les noms et les personnalités qui ne s’identifient pas à la France de Jean Giono et de Philippe Pétain, à commencer par le président de la République et le secrétaire général de l’UMP ».

Je ne suis pas sûr de ce que veut dire Klarsfeld à propos de Sarkozy et Copé, mais l’association entre « rural » et « antisémite », présentée comme allant de soi, est plutôt désagréable à lire, surtout de la part de quelqu’un de valeur. Quand à prétendre que la France n’est « plus rurale » ? C’est curieux, c’est dérangeant, c’est faux, mais il est bien possible que des millions de Français urbains soient persuadés que la campagne est une affaire classée.

Dans un article au second degré écrit sur Slate, Laurent Sagalovitsch affirme que Christian Jacob n’est pas antisémite et que « La France, ça se mérite. La France, ça se respire. Ça se hume. Un Français devant le postérieur d’une vache, ça pleure toutes les larmes de son cul. Un Français devant une église robuste comme un trois quarts gascon ça s’agenouille et ça remercie Le Seigneur Tout-Puissant, à s’en faire péter les cordes vocales, de l’avoir fait naître dans cette contrée bénie des dieux. » C’est du « second degré », comme on dit, mais il trahit chez son auteur une vision assez terrible de la France rurale : simplette, idiote, bigote, et donc antisémite… Ailleurs il se moque des vaches ahuries et des lignes de chemin de fer mal entretenues.

Mais voilà, la France rurale, si maltraitée, si méprisée du pouvoir jacobin, si délaissée (il ne reste que trois ou quatre gares SNCF pour tout le bucolique – et socialiste ! – département du Gers, par exemple), elle existe bien toujours. Elle produit ce que nous mangeons, ce qui nous fait vivre, elle construit le paysage, elle a fait la gastronomie française, qu’il n’est pas exagéré de présenter comme une des plus riches au monde, et pourtant elle crève à petit feu empoisonnée par les ententes entre distributeurs, par la concurrence des serres d’Almeria, par les pesticides et par le désespoir.

L’agriculture n’est pas un mauvais souvenir que l’on doit chasser, un fantôme à exorciser, c’est un des sujets les plus importants du siècle qui commence, c’est un trésor menacé que l’on doit absolument protéger. La première chose à faire serait peut-être de ne pas insulter l’intelligence des paysans : on peut aimer ses champs sans être pour autant nostalgique du Pétainisme.

La quinzaine du rrom

(Cette tribune a été publiée sur Owni le 8 août 2010. Elle est née de mon indignation face au traitement des rroms par le gouvernement sarkozyste. J’avais poursuivi cette réflexion sur Le Dernier blog.) 

Nous voici sommés d’oublier mesdames Bettencourt et Thiboult, messieurs Banier et de Maistre et, bien sûr, monsieur Woerth et madame. La justice a pris le relais, une foultitude d’enquêtes a été lancée, le ministre a été entendu par un juge dans son bureau du ministère (les salons du Fouquet’s étaient-ils tous pris ?), nous n’avons plus désormais qu’à attendre la pluie de non-lieux qui à coup sûr, lavera l’honneur des uns et les condamnations qui frapperont les indélicats majordomes, comptables et peut-être journalistes… Enfin on en prend le chemin. Madame Bettencourt subira sans doute un redressement symbolique sur l’argent de poche (quatre-vingt millions d’euros) placé en Suisse. Quand aux conditions exactes de financement de la dernière campagne présidentielle, nous devons cesser de poser trop de questions à leur sujet.
Oublié l’Oréal, donc, c’est la quinzaine du rrom.

Les faits sont les suivants : deux membres de la « communauté des gens du voyage » auraient volé vingt euros à un distributeur. Enfin ça, on l’a appris plus tard. Luigi Duquenet avait un petit passé judiciaire et il était bien connu des forces de l’ordre qui auraient pu, selon ses proches, venir l’interroger le lendemain. Les gendarmes chargés de l’enquête ont tenté de bloquer les deux hommes à deux endroits successifs. Un gendarme serait même monté sur le capot de la voiture en marche pour stopper l’équipage, sans succès. Les fonctionnaires auraient finalement fait feu, en état de légitime défense disent-ils, sur Luigi, qui se trouvait sur le fauteuil du passager, et qui n’y a pas survécu.

La famille et/ou des amis de Luigi, révoltés par le drame et considérant à tort ou à raison l’affaire d’un point de vue nettement moins avantageux pour les gendarmes, sont venus s’en prendre, cagoulés, à l’enseigne « Gendarmerie » de la gendarmerie de Saint-Aignan. J’ignore ce que ça fait de voir un de ses enfants tués par des gendarmes, mais je peux imaginer la violence des sentiments qui en découlent. Ils ont aussi abîmé des panneaux de signalisation, mis le feu à des véhicules et attaqué des arbres à la hache. L’un d’entre eux a plus tard avoué, en marge des déprédations auxquelles il avait effectivement participé, le vol de quelques croissants dans une boulangerie de la ville. La boulangère, encore sous le choc, avait témoigné sur plusieurs chaînes. Une semaine plus tard, l’homme sortait du tribunal pour entrer en prison : dix mois fermes.

Entre temps, l’État avait fait déployer pas moins de trois cent militaires pour sécuriser la région ! Le ministre Hortefeux, passé en coup de vent, avait acquiescé (sans bien entendre, espérons) lorsqu’un badaud lui avait recommandé de faire savoir au chef de l’état que ce n’est pas le Kärscher qu’il convenait d’employer, mais l’eau de javel.

Le préfet, lui, s’est juste étonné devant les caméras car selon lui, les gitans établis dans la vallée du Cher vivent généralement en de bons termes avec le reste de la population. Ce n’est pas l’image qui a été diffusée le plus souvent.

À la suite de cette lamentable affaire, le régime s’est lancé dans un festival de déclarations imbéciles.

Harry Roselmack (TF1, 27/07/2010), par exemple, se demande s’il n’y a pas un « problème gitan en France » et présente un reportage qui donne la parole à « Luc », qui « habite la région depuis vingt ans », et qui « a préféré parler à visage caché » pour déblatérer des clichés : « une partie des gitans ne veulent pas s’intégrer (…) vivent un peu à part (…) c’est difficile pour nous à supporter, on est toujours dans la crainte des représailles, des vols et compagnie ». Qui est ce témoin-mystère ? Qu’a-t-il vu, connu, su, vécu ? On qualifie le saccage de la place de Saint-Aignan de “représailles”, mais de quelles autres “représailles” est-il question ? Mystère et boule de gomme. Apparemment, ce témoin ne sait rien de plus que des clichés. Sans doute ne fait-il que répéter ce qu’il a entendu ailleurs sur TF1, justement.

Luc Chatel (l’Oréal), semble s’étonner que les « gens du voyage » soient « parfois même français ». Benoîst Apparu (sous-ministre au logement) a quand à lui ressorti des placards une vieille réflexion autrefois exprimée par Nicolas Sarkozy puis par Brice Hortefeux, qui se demandaient comment des gens « qui ne déclarent quasiment aucun revenus » pouvaient bien avoir d’aussi grosses voitures pour tirer d’aussi grosses caravanes. Ça les étonne apparemment plus de voir que des gens qui vivent dans des caravanes aient des caravanes que de voir que Jean Sarkozy (fils de Nicolas, filleul de Brice) puisse être envisagé sans rire comme président de la plus grosse zone d’activités économiques d’Europe.

Frédéric Lefebvre, toujours fidèle au poste quand il faut se montrer odieux, explique que les «gens du voyage » sèment des « pics de délinquance » partout où ils passent. Bien entendu, les faits, les études, toute considération objective et impartiale est ici remplacée par des phrases tellles que « les français le savent bien » ou « c’est bien connu ».

Chacune de ces déclarations est accompagnée de la prudente mention que les problèmes ne concerneraient « qu’une partie des membres de cette communauté ».

Pourtant, même si on pouvait (je n’en sais rien personnellement) de manière certaine pointer du doigt des statistiques particulièrement élevées en termes de crimes et délits et qui sembleraient liées à l’appartenance des auteurs des faits à telle ou telle communauté, le rôle des politiques ne saurait se limiter au constat, au « c’est bien connu », à la rumeur, aux préjugés. Le premier rôle du politique devrait être de se pencher sur les faits, puis d’en comprendre la mécanique, et enfin, de proposer des solutions. Ici, pas de solutions, juste quelques propositions réactionnaires qui n’ont d’autre vertu que de provoquer des débats sur des sujets trop peu évoqués.

Le désormais célèbre Luigi Duquenet avait beau être « du voyage », sa famille n’en est pas moins sédentaire depuis la dernière guerre mondiale et française depuis des siècles. Cela n’a pas empêché le ministre Hortefeux de promettre que la moitié des « camps illicites » de nomades seraient démantelés et que les Roms auteurs d’atteintes à l’ordre public ou de fraudes seraient reconduits en Bulgarie ou en Roumanie. Dix inspecteurs des impôts seraient même affectés à la vérification des comptes des gitans qui vivent dans des campements illicites. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, quoi. La logique est tordue : qu’un camp illicite ait vocation à être démantelé, que des bulgares qui vivent à Paris de la mendicité dussent être raccompagnés à la frontière ou que les inspecteurs des impôts inspectent les déclarations des contribuables constitue l’application de la loi – même si on peut discuter du détail : si les maires ne se conforment pas à l’obligation d’aménager des lieux adaptés, comment se plaindre que certains gens “du voyage” s’installent ailleurs que dans le néant qui a été prévu pour eux ?
Présenter l’application de la loi comme une sorte de brimade, comme une vengeance, une punition, voilà qui semble assez éloigné de ce qu’est une république démocratique saine. On pouvait sentir les prémisses de cette manière de traiter les problèmes dans le rétablissement des sanctions collectives à l’école par le ministre de l’éducation nationale de l’époque, un dénommé François Fillon.

Tout ça n’est peut-être pas grand chose à côté du déchaînement de haine qui émane des gens qui commentent les articles de la presse en ligne et qui expriment noir sur blanc ce que nos politiques ont tant de difficultés à contenir ces temps-derniers. Certains journaux, comme 20 minutes, ont préféré fermer la section commentaires des articles en rapport avec le sujet, car les dérapages racistes y étaient permanents et impossibles à juguler.

On se souviendra des infirmières bulgares, emprisonnées en Lybie où Cécilia (rappelez-vous de Cécilia) Sarkozy était allée négocier leur libération. De ces infirmières bulgares, Nicolas Sarkozy avait dit de manière un peu grandiloquente : “ces infirmières, elles étaient françaises”. Par contre, il n’avait prêté aucune nationalité imaginaire au médecin palestinien qui partageait le sort de ces femmes.

Bref il existe des bulgares qui sont français sans l’avoir demandé, et il existe des français qui sont bulgares ou roumains à leur insu et malgré ce qu’en dit leur carte d’identité et malgré le fait qu’ils ne savent strictement rien de la Bulgarie.

Après l’immigration choisie, c’est le maintien de la nationalité qui est conditionné à la tête du client ?

Il y a cette même idée d’une citoyenneté variable dans la proposition de déchoir de leur nationalité certains délinquants, proposition qui sous-entend que les auteurs d’actes délictueux seraient des français d’adoption récente. Dès son installation, le régime actuel avait d’ailleurs proposé que le fait d’être étranger soit une circonstance aggravante pour les travailleurs “au noir”. Distinguer les délits selon l’origine de leurs auteurs, peu de pays normaux ont proposé ou appliqué ce genre de choses.

Je vais mériter mon “point Godwin” (comment parler de France en ce moment sans recevoir de point Godwin, demandait quelqu’un sur Twitter) mais tout ça rappelle la célèbre phrase de Goebels à Fritz Lang, qui s’étonnait que le IIIe Reich lui propose un emploi : “C’est nous qui décidons qui est juif et qui ne l’est pas”.

Certains ont cru que Nicolas Sarkozy récupérait cyniquement les voix du FN, mais il est possible que la réalité soit bien pire, et que le sarkozysme ne soit rien d’autre qu’une récupération des voix de la droite parlementaire au profit des idées du FN, ou en tout cas au profit des idées d’une droite bien rance et incapable de comprendre les principes constitutionnels les plus élémentaires. C’est sans doute un affreux hasard si Nicolas Sarkozy est passé par le parti qui se réclamait du gaullisme pour accéder au pouvoir.

Chaque fois que l’on parle à Nicolas Sarkozy du caractère anti-constitutionnel de ses lois, il réagit comme si des juristes astucieux profitaient d’une loi oubliée pour le coincer : il semble ne même pas vraiment comprendre la critique.

Une certaine partie de la droite a appris à lire dans le Figaro, Nicolas Sarkozy s’est contenté de lire le courrier des lecteurs du Figaro. D’un point de vue moral, littéraire et intellectuel, ce n’est pas le même niveau. Rendez-nous la bonne vieille droite !

Donc ça y est, c’est reparti, on tape sur les gitans, les rroms, les tziganes, les manouches, les romanichels, les bohémiens… On en fait un seul « peuple » comme s’il y avait le moindre rapport entre les conditions d’existence d’un roumain qui mendie en famille dans le métro et d’un français nomade habitué à faire tamponner son livret de circulation par des gendarmes. En fait, ce qui lie le plus fortement tous ces gens, semble-t-il, ce sont les tracasseries administratives, les persécutions policières et la méfiance populaire.

Les gitans sont-ils autant habitués au malheur que dans les films d’Emir Kusturica ? Je n’en sais rien, je n’en connais pas, enfin je n’en connais, je crois, qu’un seul, ce qui ne constitue pas un échantillon très représentatif. Je ne pense pas que les ministres qui ont des choses à dire sur les gitans en ce moment en connaissent beaucoup eux-mêmes, du moins en dehors des questions administratives telles qu’elles se posent dans les communes qu’ils administrent, pour ceux qui exercent ce genre de fonctions.

L’administration encadre l’existence des “gens du voyage” de manière acharnée, tout en leur retirant aussi tout moyen de subsistance. Si certains ministres se demandent de quoi vivent les gitans en France, c’est qu’ils sont bien placés pour savoir le peu d’espace qui leur est laissé (à peine tolérés “à côté”, certainement pas admis “parmi”), et parce qu’ils savent, aussi, que personne ou presque ne les défendra.

Les nomades “roms” sont aussi liés bien sûr par un passé millénaire, lorsque leurs lointains ancêtres ont (pense-t-on) quitté l’Inde où ils effectuaient des métiers impurs (équarrisseurs, ferronniers, chiffonniers, ferrailleurs…) et étaient de ce fait contraints au nomadisme et considérés comme “hors caste”, comme parias. Au proche-Orient et en Europe, ils ont circulé avec leur savoir-faire artisanal, leur musique et leurs langues, récupérant au passage des religions et de nouveaux savoir-faire. Mille ans plus tard, ils ont les mêmes métiers, sont toujours nomades ou considérés tels, et toujours parias. On les a génocidés en Allemagne, on les a stérilisés en Suisse, et lorsque la guerre a pris fin en Croatie, ils avaient disparu du pays sans que les populations s’en émeuvent. L’histoire des gitans est une longue tragédie.

Mais il y a pire à présent : ils sont devenus inutiles.

Dans le monde d’aujourd’hui, on ne rempaille plus les chaises : Ikea ou autres en fabriquent dans des matériaux destinés à se casser un jour et à être remplacées plutôt que réparés – le design n’aime pas toujours que les objets aient une existence. En fait beaucoup des métiers des « gens du voyages » ont été rendus caducs par l’industrie. C’est assez étrange d’ailleurs parce que, du point de vue de nos préoccupations en matière d’environnement, on n’a jamais connu une telle urgence à ce que les choses soient récupérées, recyclées, réparées…

Contre la burqa, contre la loi

(Cette tribune est parue sur Owni le 19 mai 2010. Il s’agissait de réagir aux arrières-pensées qui soutenaient la loi « anti-burqa » votée une semaine plus tôt)

La burqa est le nom donné dans beaucoup de pays occidentaux à un vêtement féminin traditionnel, généralement de couleur bleue, que l’on porte en Afghanistan, où on l’appelle en fait tchadri.
Ce vêtement recouvre le corps de celle qui le porte et masque son visage par un grillage de tissu. La première incongruité de la résolution dite « anti-burqa », adoptée le 11 mai dernier à l’Assemblée, c’est que la burqa n’existe sans doute en France que dans des musées dédiés au costume traditionnel. En effet, les rares femmes d’origine afghane qui vivent en France ne portent pas ce costume puisqu’une femme musulmane de toute autre origine n’aura pas plus de raison de porter un costume traditionnel afghan qu’une chrétienne américaine n’aura de raison de s’habiller en paroissienne bigoudaine.

Ce que vise ce texte, et qui existe bel et bien, c’est le niqabun vêtement qui masque le visage de celles qui le portent et qui, malgré de nombreuses variantes morphologiques et chromatiques, prend en France la forme d’un vêtement noir assez lugubre qui ne laisse passer que le regard par une fente, fente parfois obstruée par un autre voile d’étoffe plus transparente.
Je suppose que l’on peut dire que la burqa et le niqab sont comme le dromadaire et le chameau : le premier est un cas particulier du second.

Le niqab générique n’est pas très beau, il est constitué de tissu synthétique et est, dit-on,  extrêmement inconfortable en cas de grosses chaleurs, contrairement aux niqabs ou aux tchadris traditionnels qui sont souvent faits d’étoffe assez épaisse apte à protéger des trop fortes températures extérieures.

Ce problème de dénomination s’est déjà posé lors des différentes affaires concernant le voile islamique qui ont secoué quelques collèges français depuis la fin des années 1980 : des jeunes filles voulaient se rendre à l’école vêtues d’un hijab, mais la presse ne parlait que de tchador.

Le hijab est un voile qui cache les cheveux et qui est extrêmement répandu dans le monde musulman, tandis que le tchador est un voile intégral, c’est à dire une sorte de niqab qui laisse néanmoins apparaître l’ovale du visage de celle qui le porte et qui est essentiellement utilisé en Iran. Le tchador ressemble à l’uniforme de certains ordres de sœurs catholiques, si ce n’est que les vêtements de ces dernières sont généralement composés d’au moins deux couleurs (du blanc et du noir, du blanc et du gris ou du blanc et du marron).

Tout ça a été dit et répété par une bonne partie de la presse, mais les politiques, les philosophes médiatiques et l’homme de la rue parlent tous de burqa et parfois même encore de tchador. La presse elle-même utilise donc le mot burqa en le sachant erroné.

La pseudo-loi (si j’ai bien compris, une « résolution » est une sorte de loi sans pouvoir de contrainte), votée par une assemblée atypique (cela faisait longtemps qu’un membre du parti communiste n’avait pas été applaudi par des parlementaires UMP !) ne parle évidemment pas de burqa, puisqu’un texte de la République ne saurait viser une religion, une ethnie ou une communauté en particulier.

Il s’agit juste d’affirmer que:

«les pratiques radicales attentatoires à la dignité et à l’égalité entre les hommes et les femmes, parmi lesquelles le port d’un voile intégral, sont contraires aux valeurs de la République ».

Déclaration qui feint d’être générale mais qui glisse tout de même le terme « voile intégral » et n’oublie pas de préciser qu’il s’agit de pratiques « radicales » (quoique ça signifie) et de distinction sexuelle, ce qui ne concerne pas, je suppose, les gens qui se déguisent en fantômes pour Halloween, les ninjas, les policiers du GIGN ni peut-être même les indépendantistes corses.
On s’étonne presque que le texte ne dise pas « excepté dans le cas des épouses de milliardaires saoudiens venus faire leurs courses sur les Champs-Élysées ».

Le premier pas pour établir une égalité entre hommes et femmes eût peut-être été d’abolir enfin la loi du 26 brumaire de l’an VIII qui force les femmes à réclamer une autorisation préfectorale lorsqu’elles souhaitent porter un pantalon. Cette loi n’est plus appliquée depuis longtemps, mais elle est toujours en vigueur, et régulièrement un député de droite ou de gauche propose de l’abolir, mais ça n’arrive pas : aucune urgence. Par contre pour le « voile intégral », il y avait urgence. Urgence à légiférer sur un vêtement dont on estime qu’il n’est porté que par quelques centaines de personnes en France.

Est-ce que les femmes qui portent actuellement le niqab resteront cloîtrées chez elles pour éviter une amende de plusieurs centaines d’euros, au nom de leur émancipation républicaine ? Affecter de défendre une personne en lui interdisant de circuler librement, ça peut sembler contradictoire, mais il est vrai que la France est un pays assimilationniste et non communautariste : comme dans la Légion étrangère, on doit abandonner son passé pour être accueilli.

La prohibition du voile peut finir par être efficace : quand leurs maris barbus en auront marre de faire les courses et d’aller chercher les enfants à l’école, les femmes concernées sortiront sans leur niqab. Enfin peut-être. On peut aussi imaginer que ces mêmes femmes sortiront de chez elles avec leur niqab, qu’elles écoperont d’amendes et parviendront à médiatiser leur cas plus que jamais jusqu’ici.

Mais qui se trouve sous ce vêtement fantômatique, au fait ? On nous parle de « pratiques radicales »… Effectivement, avant la révolution islamique iranienne (qui a imposé le tchador), la montée du salafisme (qui a popularisé le niqab) et la prise du pouvoir en Afghanistan (qui a imposé le tchadri), ces vêtements très couvrants concernaient essentiellement les habitants des campagnes les plus reculées des pays musulmans. Ils étaient pittoresques et, partant, ne gênaient personne.

En trente ans, tout a changé : soucieux de retrouver (c’est à dire de réinventer) une tradition, divers groupes politico-religieux ont imposé ces vêtements qui concernent à présent une population urbaine souvent constituée, en France, de personnes fraîchement converties. Les femmes voilées ne sont pas forcément d’origine magrhébine, on serait surpris sans doute de voir combien d’entre elles se prénomment Soizic et ont grandi dans une famille très catholique bretonne. Du peu que laisse apparaître le voile, on remarque aussi beaucoup de jeunes femmes à la peau très foncée, que l’on supposera originaires d’Afrique sub-saharienne.

Pourtant je ne pense pas que la loi en question vise les conversions brutales et les pratiques extrêmes. Les groupuscules politico-religieux à caractère sectaire sont généralement surveillés par les services de renseignement intérieur, avec discrétion, efficacité, et donc sans débats à l’assemblée. Ce petit monde souterrain reste gérable et on évite généralement de lui faire de la publicité.

Cette fois, il s’agissait au contraire de faire un maximum de bruit (Nicolas Sarkozy aurait menacé d’organiser un référendum si le conseil d’état continuait d’être défavorable à la loi) et les quelques centaines de femmes qui portent le niqab n’ont jamais été le sujet.

Les a-t-on entendues, ces femmes, au fait ? Leur a-t-on demandé d’expliquer si elles étaient forcées à se vêtir ainsi par leur époux, si elles s’y forçaient elles-mêmes par conviction religieuse, ou encore si elles portaient ce vêtement comme un drapeau, comme un symbole revendicateur, ou comme un épouvantail – avoir le pouvoir de faire trembler dans les chaumières juste en choisissant une apparence vestimentaire, on n’avait pas vu ça depuis la vague punk.

A-t-on vérifié si le niqab gênait la visibilité des conductrices qui le portent ? (ça me semble bien probable, mais encore faut-il expérimenter la chose pour le dire).

À titre personnel, je suis très contre le niqab, pour tout ce qu’il symbolise (une régression, une prison portable,…), mais je suis aussi contre cette loi.

Bien sûr, beaucoup de gens très dignes ont eu du mal à ne pas soutenir la « résolution anti burqa », par convictions humaniste ou féministe, mais je pense qu’ils se sont trompés de guerre, qu’il fallait au contraire garder son sang froid et porter le combat sur un autre terrain, car tout cela n’est pas si grave, le « voile intégral », ce n’est pas une mutilation rituelle comme l’excision ou la circoncision, ce n’est pas un meurtre irréparable comme les « crimes d’honneur » (terrifiant oxymore), c’est quelque chose de tout à fait réversible.

On peut porter un voile sur la tête un jour, comme on peut porter une coupe de cheveux ridicule ou un tee-shirt dont on aura honte… C’est embêtant, mais rien de tout ça n’est permanent. L’urgence ne me semble pas évidente, à moins que la vraie question soit ailleurs.

Et la vraie question, j’ai peur que ce soit toujours la même : pour la majorité des députés qui ont adopté la résolution, pour la majorité des gens qui l’ont soutenu, il s’agit d’un message dirigé vers l’ensemble des musulmans de France, les fameux « z’arabes » (qui peuvent être perses, turcs, kurdes ou berbères mais peu importe), c’est-à-dire trois ou quatre millions de gens, à qui on dit ici une fois de plus qu’ils doivent raser les murs, que leur nombre inquiète.

On vise officiellement une population négligeable avec une fausse loi faussement générale pour stigmatiser une population importante qui n’a aucun mal à comprendre que c’est à elle que le message est destiné…  très mauvais message, donc, car comment pourrait-il être reçu positivement ?

Beaucoup y verront un motif à se révolter ou à se laisser tenter par l’islam radical, un islam accueillant qui fonctionne comme une nasse à poissons : on y entre facilement et les appâts sont tentants. Sait-on par exemple que les groupes salafistes donnent du travail ? (dans des pizzérias, des kébabs, des boutiques de téléphonie…).

Dans certains endroits en France, la conversion à un islam plus ou moins radical est même un facteur d’intégration, de cette intégration que la République ne parvient plus ou ne veut plus assurer, de cette intégration que l’on achève à coup de décrets iniques.

Le jour où être un banlieusard (notamment d’origine maghrébine, mais pas seulement) n’empêchera pas d’obtenir un emploi correct, alors beaucoup de problèmes seront réglés.