Poste Bancale et facteur humain

Mon compte courant est à La Banque Postale depuis absolument toujours. Enfin presque, puisque longtemps cette banque s’appelait tout simplement La Poste, et c’était un service public, et la seule banque avec une agence par village ou presque — mais qui mettaient environ deux semaines pour se transmettre un chèque ou une information bancaire d’un département à l’autre, enfin c’est une autre histoire, mais cela m’avait causé en son temps bien des problèmes. Il y a quelques années, cette banque a tenté de m’imposer l’usage d’un téléphone mobile, censé prouver mon identité pour toutes les opérations telles que des virements. Je n’ai pas de téléphone mobile et je ne compte pas en avoir, mais j’ai finalement pu installer l’application idoine sur ma tablette — car ça, j’ai — après avoir reçu un code confidentiel par courrier postal. Récemment, j’ai acheté une nouvelle tablette, j’y ai installé l’application de la banque, mais impossible de l’utiliser, il fallait que je change d’« appareil de confiance ». Je comprends le principe.

Mais un mois et des relances plus tard, toujours aucun code n’arrive par voie postale.
Dans mon bureau de poste, un employé me dit que c’est sans doute lié à la mise-à-jour de mes informations personnelles, qu’il faut que je fournisse mon avis d’imposition. Hmmm. Si c’est ça, pourquoi est-ce que ce n’est pas le site de la banque qui me le dit ?
J’appelle la banque, où une jeune femme pense connaître l’astuce qui va tout débloquer :

« — Ce que je vous propose c’est de faire trois fois un code erroné pour vous connecter au site…
— allons bon !
— …À la troisième tentative, ça vous bloquera…
— hmmm, okay… [je n’aurai même plus accès à mes relevés mensuels dématérialisés]
— …Et là vous recevrez automatiquement un nouveau code d’activation par e-mail.
— Bon, ok. Une, deux, trois fois… C’est fait, mais ça ne me donne pas de message disant que je suis bloqué.
— …Vous êtes sûr de l’avoir fait ?
— Ben oui ! [ok, je réessaie une fois, dans le doute]
— Ah mais là je vois que vous avez fait quatre tentatives. Du coup ça bloque tout, ça ne vous enverra pas de courrier1.
— allons bon !
— Oui. Alors ce que je vous propose c’est d’attendre lundi, pour avoir à nouveau le droit de faire trois codes erronés. Mais juste trois.
— Et vous vous ne pouvez vraiment rien faire, de votre côté ?
— Ah non, il faut que vous recommenciez lundi. »

J’ai dit — sans manifestation excessive de mauvaise humeur, je sais bien que cette personne n’y est pour rien — que la banque postale était vraiment un service branquignol. Et j’ai pensé très fort qu’il faudra un jour que je cède à la merdification de ce service semi-public, programmée de longue date par toute la classe politique, pour prendre un compte courant chez un concurrent privé.

Au guichet, un employé du même service m’avait vanté le fait que j’avais, comme interlocuteurs, des humains, et que c’était l’avantage d’être client de cette banque plutôt que d’une autre. Mais sont-ce vraiment des humains, qui nous répondent au téléphone ou derrière un guichet, s’ils sont contraints par un ensemble de procédures mal conçues, sans aucune marge de manœuvre pour remédier à quoi que ce soit ? Si leur conversation suit un script qui leur échappe (et plus encore avec les LLMs) ? Leur seule utilité en tant qu’humains, c’est, j’en ai peur, que les clients excédés peuvent se défouler sur eux verbalement (ou pire).
Le monde moderne, ma bonne dame.



  1. Je suis peut-être un peu idiot mais si je comprends, toute personne connaissant le numéro de mon compte peut s’amuser à m’en bloquer l’accès ! []

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