Je vais encore me faire des amis. Mais bon, il faut bien que quelqu’un dise certaines choses et c’est tombé sur moi, je choisis pas.
J’ai bien des griefs envers La France Insoumise, mais le procès opportuniste qui lui est fait1 au prétexte de l’assassinat de Quentin Deranque (que beaucoup nomment par son seul prénom, « Quentin », comme s’il était de leur famille !?! Je n’ai pas le souvenir qu’il en ait été ainsi après la mort de Clément Méric) est assez obscène et bien sûr injuste.
L’utilisation du mot « antifascisme » comme nouvel épouvantail est franchement dérangeant, puisque selon la logique aristotélicienne la plus élémentaire, attaquer l’antifascisme reviendrait à défendre son contraire, le fascisme2. Est-ce qu’il aura suffi de quatre-vingt ans pour retourner toutes les valeurs nées du bilan de la Seconde guerre mondiale ? Une telle idée m’angoisse un peu, je dois dire.
Par ailleurs, il me semble voir clair dans le jeu de ceux qui disent « il n’y a pas de différences entre les extrêmes donc soyons d’extrême-droite ». C’est la bonne vieille histoire du jambon en carton.

« Cette violence politique ne vient pas de nulle part. Aujourd’hui l’extrême-gauche a du sang sur les mains. L’extrême-gauche a du sang sur les mains lorsqu’elle cautionne Notre-dame des Landes… »
(Laurent Wauquiez, le 17/02/2026)
Pour autant, je suis très mal à l’aise face à la manière dont des gens qui se réclament de l’antifascisme ont traité la mort de Quentin Deranque, je me souviens notamment d’un « ça me fait rien, c’était un facho » lu sur un réseau social. Bien sûr, la mort de quelqu’un dont on n’avait jamais entendu parler un jour plus tôt et qu’on ne connaît que pour ses opinions nauséabondes3 et sa mort tragique n’a pas de raison de provoquer une vive et sincère compassion, mais pourquoi le dire ? Au delà du mépris pour la fin d’une jeune vie, j’entends ici l’envie de se convaincre que l’affaire n’a pas de raison de mettre en question ses certitudes.
L’embarras actuel me rappelle celui d’une partie du peuple « de gauche » lorsque des voix timides — rapidement oubliées, d’ailleurs —, ont évoqué l’existence de violences sexuelles et sexistes parmi les militants progressistes4. Dire du mal des gens qui sont dans le camp du bien, ce serait « désespérer Billancourt », quoi, alors il faut se taire.
Certaines positions m’amusent un peu comme lorsque les défenseurs spontanés de la Jeune Garde de Raphaël Arnault5 déroulent exhaustivement l’argumentaire habituellement convoqué par ceux qui défendent une bavure policière : « on manque de contexte, il s’est passé des choses avant » ; « c’est l’extrême-droite qui avait provoqué le conflit, c’était un piège ((De fait, une enquête de l’Humanité montre qu’il existe une stratégie bien rôdée de provocation, échafaudée par les « féministes » identitaires de Nemesis et leurs camarades masculins à Lyon : les filles tractent ou font une action quelconque sous le nez des « antifas », qui à la moindre réaction se font attaquer par des fascistes postés en embuscade : « On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper, un peu pour faire l’appât ». Un véritable guet-apens avec des jeunes femmes en appâts volontaires. Mais bon, il n’est écrit nulle part qu’on soit forcé de tomber dans les pièges.)), ils ont tout fait pour en arriver là » ; « une bagarre de rue qui a mal tourné » ; « les anti-fascistes n’ont jamais eu l’intention de tuer » ; « c’est un accident » ;… Je ne peux m’empêcher de me dire, comme avec les bavures policières, que si il n’y avait eu personne pour filmer le meurtre lui-même, c’est un récit bien différent qui aurait été diffusé. Mais bon, quelqu’un a filmé. Et ce qui a été filmé, ce sont six jeunes gens bourrant de coup de pieds le crâne d’un autre jeune homme à terre, en fait déjà inconscient, jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune chance de survivre.
On peut retourner la question dans tous les sens, un tel meurtre ne semble pas vraiment « antifasciste ». En revanche, c’est un drame pour l’idée même d’antifascisme, qui est ramenée à la seule action brutale et symétrique : bande de garçons contre bande de garçons6 en ordre de bataille rangée, tous masqués ou cagoulés, tous avec les mêmes bottes militaires aux pieds, qui fréquentent des salles de sport semblables où ils s’entraînent de la même manière pour aller ensuite rouler des mécaniques et « tenir le terrain » dans des quartiers de Lyon.

L’affaire a été l’occasion de rappeler que l’extrême-droite identitaire est responsable de bien plus de violences que ne le font les groupes antifascistes, ce qui est logique puisque les seconds existent pour combattre les premiers, lesquels ont bien plus de cibles que ça7. Dominique Galouzeau de Villepin a plutôt bien dit les choses dans une de ses envolées coutumières :
« Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. ».
L’affaire a aussi été l’occasion d’entendre de nombreux témoignages concordants sur le contexte lyonnais et sur l’implantation de groupes d’extrême-droite radicale qui y a lieu. Et elle est aussi le prétexte à un déchaînement d’identitaires et de hooligans. Ce sujet ne doit certainement pas être traité à la légère. Je comprends l’idée d’une action antifasciste « réactionnelle » pour défendre des personnes victimes de violences racistes ou pour protéger des lieux LGBT et ceux qui les fréquentent lorsqu’on sait que les forces de l’ordre sont bien moins promptes à intervenir voire à seulement enregistrer les plaintes.
Mais le jour où on se retrouve à six contre un à bastonner un homme inconscient, tout ce qui précède ressemble plutôt à un prétexte pour épuiser sa testostérone et son adrénaline.

Mon grand-père paternel a été résistant et déporté. Résistant par antifascisme, antifasciste parce que pacifiste, et déporté (Buchenwald, Mauthausen, Ebensee) parce que résistant. Bien sûr je me suis toujours demandé si moi aussi j’aurais eu son courage, eu-je été en position de faire un tel choix. J’imagine que cette question est le moteur de l’antifacisme façon Jeune Garde : vouloir être non seulement du bon côté, mais être un héros du camp du bien en s’exposant, en prenant volontairement des risques, en s’engageant physiquement dans la lutte pour les idées que l’on défend. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que si personne, absolument personne, n’avait envie d’être un héros (de sa nation, de sa religion, de son bord idéologique,…) de ce genre là, il n’y aurait pas lieu de se défendre des héros.
Bien sûr, on n’a pas toujours le choix, face à un fusil, on sort un fusil. Mais le meilleur moyen pour lutter contre le fascisme ne me semble pas de donner aux fascistes le miroir de la violence qu’ils exercent ni de valider le modèle de société basé sur la force qu’ils promeuvent. Le faire est une erreur tactique, puisqu’on se bat sur le terrain choisi par l’adversaire, et une erreur philosophique, puisque cela revient à se définir par lui.
Proposer un avenir positif, un modèle de société sans violence, sans mesquinerie, sans frustrations artificielles et sans oppression, où les mots ne sont pas vidés de leur sens, où la masculinité ne serait pas toxique, où apprendre, comprendre, partager et faire seraient des valeurs supérieures à forcer, craindre, accaparer et détruire, me semble tout à fait antifasciste. Convaincre un paroissien intégriste de vingt-trois ans qu’il n’a pas besoin de haïr le monde où il a peur de ne pas trouver sa place est mieux que de l’assassiner. Je ne dis pas que c’est facile, mais c’est mieux. En fait, participer à un monde où personne n’aura envie d’être fasciste me semble bien plus anti-fasciste que tout, car après tout, c’est une forme d’antifascisme qui n’a pas besoin que le fascisme existe pour exister en réaction. Mais je suis un peu baba cool, comme on disait à mon époque.

Pendant l’entre-deux guerres, une action anti-fasciste efficace aurait pu être de ne pas négliger le danger existentiel posé par Mussolini et Hitler. Cela aurait pu être de soutenir les Tchèques ou les Républicains espagnols avant qu’il ne soit trop tard. Aujourd’hui en 2026, l’inspirateur du mouvement LFI8, Jean-Luc Mélenchon, déplore la mort de Quentin Deranque mais assure qu’il conserve pour la Jeune Garde « une grande affection » et veut même relier les élections municipales qui arrivent à leur combat, affirmant que « Chaque commune gagnée deviendra un bastion9 antifasciste ! ». On ne peut pas lui en vouloir d’être fidèle en amitié, d’être opposé au fascisme, et à son âge, on ne va pas lui apprendre à reconnaître les erreurs de jugement que son orgueil lui impose. Je rejoins Catherine Tricot, de la bientôt centenaire revue Regards, qui dit que cette attitude ne creuse pas seulement la tombe de LFI, mais aussi celle de tout projet véritablement ancré à gauche. L’extrême-droite aux portes du pouvoir, c’est une œuvre collective, ce n’est pas seulement Bolloré et Pierre-Édouard Sternin, ce n’est pas seulement Steve Bannon et Elon Musk, ce ne sont pas seulement les ultra-riches qui redisent « plutôt Hitler que le Front Populaire » (et n’ont pas l’excuse d’ignorer ce qui en résultera), ce n’est pas seulement les réseaux sociaux, ce n’est pas seulement la stratégie électorale cynique d’Emmanuel Macron, ce n’est pas que la consternante dérive de LR — où on peine à retrouver des indices de scories de Gaullisme —, c’est aussi en partie l’œuvre de LFI, avec sa stratégie de conflictualisation, son refus des suggestions imprévues et son refus de toute remise en question stratégique.

Il y a quelques jours, on célébrait un triste anniversaire : les quatre ans de la guerre d’agression menée par un Vladimir Poutine impérialiste, viriliste, destructeur et revanchard en Ukraine, avec plus d’un million et demi de victimes (tués, blessés, disparus) et des conséquences incalculables sur l’avenir de l’Europe.
Peut-être que le premier anti-fascisme, aujourd’hui, serait d’admettre que l’Ukraine est la victime de la voracité de la Russie plutôt que de faire toutes sortes d’analyses périlleuses qui, quoi qu’en s’en défendant, valident systématiquement le récit poutinien comme le fait Mélenchon sur son blog.
- L’extrême-droite prend un plaisir évident à détourner l’arme qui a si longtemps servi contre elle, le fameux « barrage républicain », le « cordon sanitaire », mais elle n’est pas la seule. Au nom de la mort de Quentin Deranque, Éric Naulleau suggère (avec d’autres) que « la question de l’interdiction de LFI se pose ». Comme lui, de nombreux politiciens ou éditorialistes se signalent comme étant fin prêts à la Kollaboration, puisqu’on leur dit que cette fois c’est sûr, l’Élysée va passer à l’extrême-droite : Bruno Retailleau, ancien villiériste et directeur du Puy du Fou dit sans surprise : « Pour moi, le cordon sanitaire, c’est contre LFI. Je ne mets pas un signe d’équivalence entre [RN et LFI] de façon objective ». Gerald Darmanin (ancien collaborateur d’un organe de l’Action Française) demande que « la gauche républicaine, laïque et démocratique, celle qu’on aime et qui a donné des grandes heures à notre pays [fasse] enfin le cordon sanitaire avec LFI ».
Déclarations qui, au passage, s’inscrivent dans une séquence de plusieurs années à marteler que toute compassion envers les Gazaouis exterminés relèverait de l’antisémitisme, et que LFI, très engagé sur la question, serait donc « passionnément antisémite » (Raphaël Enthoven). L’instrumentalisation de la mort de Quentin Deranque dépasse même largement les frontières de la France puisque toute l’« internationale réactionnaire » (pour reprendre le mot, très approprié, de Jean-Noël Barrot) se saisit de l’occasion pour fustiger la répression du fascisme en France. [↩] - « L’antifascisme est une opposition au fascisme. L’opposition à l’antifascisme, c’est du fascisme » (Johann Chapoutot sur France Culture). [↩]
- Quentin Deranque était clairement à la droite de l’extrême-droite, défilant avec des néo-nazis. Il était membre du groupe Allobroges Bourgoin (« Bourgoin » car originaires de Bourgoin-Jailleu, et « Allobroges » du nom d’une tribu gauloise célèbre pour sa richesse autant que pour sa brutalité). Son pédigrée politique a été résumé par Médiapart ici. [↩]
- Lire Violences sexistes et sexuelles : pour que la gauche se regarde en face, par Sarah Andres, sur Mr. Mondialisation. [↩]
- À propos de Raphaël Arnault, ce dernier a été condamné pour avoir brutalisé un type qui se promenait à proximité d’une manifestation de militants identitaires : la badaud avait été forcé (à six contre un, c’est apparemment le modus operandi de la Jeune Garde) à se déshabiller pour prouver qu’il n’avait pas de tatouages d’extrême-droite — un peu comme les policiers d’ICE déshabillent les latino-américains pour vérifier s’ils ont des tatouages de gangs —, puis, puisque ses agresseurs ne trouvaient pas ce qu’ils cherchaient, s’est vu intimer l’ordre de déverrouiller son téléphone mobile — comme le font les douanes des États-Unis depuis Trump. [↩]
- Nota : les attentats d’extrême-droite ne sont pas forcément le fait de jeunes énervés tels que ceux que la Jeune Garde combat. Ce sont en fait souvent des gens plus âgés, inconnus des services de renseignement et sans antécédents de violence, comme le raconte ce documentaire sur Arte. [↩]
- On notera cependant que les néo-nazis et autres identitaires actuels se considèrent souvent eux aussi comme étant des défenseurs plutôt que des agresseurs. Leurs rangs ont énormément gonflé avec les attentats islamistes de 2015, et les terroristes fascistes se voient comme les soldats d’une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée. [↩]
- LFI n’est pas un parti mais un mouvement. Cette organisation n’a… que trois adhérents (Mélenchon, Pannot, Bompart), comme l’avait révélé une enquête du Parisien. [↩]
- toujours cette rhétorique territoriale et guerrière… [↩]
Laisse moi t’indiquer l’angle mort de ton billet: Quentin était posté en défense d’un groupe de féministes françaises dénonçant l’islamopho-gauchisme dans nos facultés avec pour seule arme une banderole qui ne l’a pas empêchée d’être projetées vers le sol par les cheveux par les soi disant anti-fascistes tous les mêmes collabos aujourd’hui traités à la gauche laïc qui pour le coup en sont de vrais des fascistes. Pas grave !
On les tondra à la libération et Merluche en premier suppôt de l’extrême droite islamiste en France
Tu n’as pas dû voir passer l’enquête de l’Humanité qui démontre que les identitaires de Nemesis font des actions dans le but précis de provoquer des rixes. Je sais qu’elles ont déjà été brutalisées, mais il ne me semble pas que ça ait été le cas il y a dix ans. Par ailleurs, le monde qu’elles promeuvent est assez laid. Je pense que mon billet dit le mal que je pense de la version « virile » de l’antifascisme, mais de là à trouver de beaux yeux aux nazis, il y a un gap.
Effwctivement je ne lis pas la presse subventionnée des cocos mais j’en ai entendu parlé ils nazifient l’opposition idéologique comme au temps de Staline
“Nazis”la ficelé de l’inversion accusatoire est un peu grosse concernant un platoon de 10 nanas de 60 kilos chacune au milieu de gauchistes les plus intolérants et brutaux qui soient n’hésitant pas à molester des femmes et faire des penalties dans la tête d’un pauvre gars de 23 ans à 5 contre 1.
Donc il y a la version viriliste de l’anti Fa et l’autre alliée qui se contente de mettre des cibles et faire des listes avec un continuum idéologique ?
car traiter quelqu’un de nazi est l’anti chambre avant les coups, tu ne l’ignores pas, sur quiconque est à la droite de l’oreille de l’extrême gaucheintersectionelle qui n’a rien de féministe et c’est cette imposture que Némésis vient de démontrer par le fait accompli.
@Stéphane Pejic : l’Humanité nazifiait les nazis, surtout, sauf pendant la période trouble du pacte germano-soviétique. Je n’ai pas de raison personnelle de douter de la qualité de l’enquête de l’Humanité. Je crois que le vrai journalisme existe y compris chez les militants. Le premier journaliste assassiné par les nazis, Xavier de Hauteclocque, était d’extrême-droite et écrivait dans Le Crapouillot et Gringoire. On ne peut pas compter sur la presse militante pour tout, elle a ses angles morts, mais elle peut tout à fait être honnête. L’Humanité n’est plus l’organe officiel du PCF, mais bien sûr ce n’est pas un journal de droite. Effectivement, l’Huma reçoit des subventions, moins que Le Figaro, Le Parisien, Le Monde, Ouest France et La Croix mais plus que le Journal du Dimanche, Franc Tireur, Libération et Picsou Magazine. Le but de ces subventions est de maintenir une diversité. C’est un peu suspect et arbitraire, mais ça ne me semble pas suffire à disqualifier x ou y.
Du reste, la presse de gauche comme de droite a repris les informations données par l’enquête de l’Humanité.
Les opinions de Nemesis sont clairement à droite de l’extrême-droite, c’est peut-être toi que ça embête de te rendre compte que tu y es désormais (si je comprends bien) aussi ? Contrairement à beaucoup de gens, je ne dénie pas à Némésis l’adjectif « féministe », mais c’est aussi un mouvement clairement xénophobe dont la présidente a été en couple avec un néonazi notoire et assumé, elle collabore avec des groupes néo-fascistes assumés… Féministes parce qu’identitaires ou identitaires parce que féministes (au fond un peu intersectionnelles à leur manière), je ne sais pas, mais Némesis est un groupe extrêmement d’extrême-droite, je pense que ça n’est un scoop pour personne.
Il est vrai que traiter l’autre de nazi peut être le prétexte à des violences et il est vrai que c’est exactement ce qui est arrivé à Quentin Deranque. Mais quand des gens portent des tatouages nazis, font des saluts nazis, ont des valeurs nazies, je veux bien que c’est malpoli de les qualifier de nazis mais ils ne font pas d’efforts !
Non cela ne m’embête pas de te dire que je ne suis ni de droite not my culture et encore moins d’extrême gauche vu les milices alliées de lfi, ces nouveaux gardes rouges sang !
@Stéphane ben, si tu ne vois pas que Nemesis (dont l’action féministe se résume à dire que 1. les femmes doivent rester à leur place et que 2. les étrangers doivent tous quitter la France) est très à droite, c’est peut-être que tu as un peu dérivé dans ton positionnement. LFI est un mouvement compliqué, car son positionnement idéologique est plutôt moins à gauche que le Programme Commun qui a amené Mitterrand au pouvoir, mais sa stratégie politicienne est en revanche populiste, conflictuelle, insultante (journalistes, adversaires), globalement assez agressive. Je pense que c’est un grand tort car les programmes sont des promesses alors que les actions sont des actes, et en tant qu’enseignant en design, je ne crois pas complètement à la distinction entre le fond et la forme. Après, la Jeune Garde n’a rien à voir avec les Gardes rouges pour une raison bête : ils sont trois, ils ne représentent pas un pouvoir. En ce moment c’est plutôt l’importance des groupuscules d’extrême-droite qui monte, même si eux aussi ne sont que quelques milliers.
Tu dois suivre la commission parlementaire sur la tv publique sur subventionnée et bien je suis comme une majorité de français pour la privatisation ainsi que pour les facs. On ne peut subventionner ad vitam eternam des choses inutiles qui ressassent la lutte des classes des genres etc
La seule diversité est celle de la pensée , le reste l’idéologie gauchisante on s’en fout carrément !
@Stéphane les universités ont toujours été des lieux de politisation : on met ensemble des jeunes gens de vingt ans, l’âge idéaliste, l’âge où on s’insurge face aux injustices, l’âge de la découverte de disciplines qui font réfléchir à l’Histoire et à la société… J’ai pourtant l’impression qu’elles se dépolitisent, les universités, que les étudiants d’aujourd’hui sont surtout flippés pour leur avenir. Plus de stands de partis politiques dans le hall de ma fac depuis longtemps… Quoiqu’en dise des médias qui n’y mettent pas les pieds. Ensuite, est-ce que l’Université est de gauche ? Ben oui, en moyenne, plus les gens font d’études et plus ils votent à gauche, mais ce n’est pas parce qu’on leur apprend à être de gauche à l’université, c’est parce qu’il y a un lien apparemment mécanique (des centaines d’études le disent en tout cas) entre intelligence, éveil intellectuel et préoccupations progressistes. Ça ne dit pas forcément pour quoi on vote mais ça dit pourquoi.
Et puis l’Université ça sert d’abord à enseigner, apprendre, chercher, et on le fait bien malgré la tension des budgets. L’Université privée ne fait pas grand chose d’autre que l’université publique, il me semble, la différence est juste qu’elle n’est pas démocratique. Mais c’est un débat fréquent à droite : faut-il laisser les gens des classes populaires accéder aux diplômes ou ne vaut-il pas mieux réserver ça aux gens qui n’ont pas intérêt à ce que leur monde change ? Pourquoi vouloir élever les gens des classes populaires, surtout depuis que les bourgeois ont massivement décidé d’être médiocres, sans culture.
Quant à la TV publique, puisque plein de gens la trouvent trop à gauche et d’autres trop à droite, que certains la jugent aux ordres du pouvoir et d’autres la trouvent trop critique du pouvoir, puisque personne n’est content, quoi, elle doit avoir une forme de pluralité, ce qui n’est pas vraiment le cas de CNews. Ensuite, il faut voir ce que l’audiovisuel public apporte concrètement. Je n’écoute pas la radio et je ne regarde pas la télé, mais ce qui me frappe quand je le fais quand même, c’est surtout que l’audiovisuel public est sans publicité. Et ça, c’est un autre modèle de société. Car la privatisation c’est surtout qu’on se retrouve uniquement face à des gens qui ont un truc à nous vendre (et pareil dans l’enseignement supérieur privé). Ce n’est pas un monde qui m’attire trop. J’aime bien l’idée des biens communs, inaliénables, qui permettent de constituer une société où chaque chose et chaque personne ne sont pas des marchandises.
Plus profondément on ne désigne jamais un adversaire politique comme une cible à abattre avec des mots performatifs comme “buttez le…tuez le ce Nazi.
C’est la frontière de la civilisation !
@Stéphane Pejic Mais si la personne se dit nazie, tu fais quoi ? C’est ce qui est arrivé avec Quentin Deranque, d’ailleurs, quand certains ont tenté d’en faire un enfant de chœur, ses camarades de groupuscule ont d’abord protesté sur Twitter en disant que non non c’était un vrai faf comme eux. Ils défendent plutôt la Zivilisation que la Civilisation je crois.
Un reel Instagram assez éloquent : l’organisatrice de la marche pour Quentin Deranque qui ne comprend pas pourquoi on lui parle de son mari néonazi (et affirme qu’il n’est pas là)…
Salut Jean-No,
Dans le concert désordonné qu’est notre vie médiatique, LFI a d’office perdu la bataille du « récit » de ce malheureux épisode, comme toutes les précédentes. Le problème, c’est qu’au-delà des postures calculées et des indignations à géométrie variable, dans ce cas précis nous avons des images, et ces images sont éloquentes. Des militants en cagoule se sont acharnés sur un autre militant en cagoule. Je ne sais pas si c’est de l’antifascisme, mais la décharge d’un immense stock de testostérone, elle, est une évidence, et j’aurai du mal à voir dans ces images un contexte de légitime défense.
La conséquence, c’est que le RN n’a désormais plus le monopole de la violence militante, et LFI ne pourra désormais plus utiliser cet argument.
L’existence d’une gauche bien décidée à combattre le libéralisme déboutonné qui pollue les vies de 99% de la population est vitale. En ne condamnant pas dès le départ, et avec la plus grande fermeté, l’assassinat de ce jeune homme, LFI donne de la consistance au reproche de complaisance vis-à-vis de la violence qui pourra désormais lui être fait. Ce qui n’enlève rien à la remarque de Galouzeau : l’extrême-droite est loin devant sur le plan de la violence militante.
Le silence des médias mainstream sur cette réalité fait bel et bien partie d’un agenda politique. Personne, apparemment, pour relever que Rémy Fraisse n’a pas eu sa minute de silence à l’AN. Dans le même registre, la nomination elle-même du mort est un enjeu. « Quentin » plutôt que « Quentin Deranque », surtout pas « le militant d’extrême-droite ». Par contre, en 2023, la députée Renaissance Anne-Laurence Petel exigeait qu’on parle du « jeune délinquant » plutôt que du « petit Nahel ». La vie est un éternel recommencement.
@Ruben33 pour moi, la minute de silence n’est pas choquante et est même nécessaire dans les cas de Quentin Deranque comme dans celui de Clément Méric, car chaque fois c’était pour protester contre la violence politique plus que pour célébrer une personne ou ses convictions, et quelque part c’est ultra-logique de la part de l’Assemblée, la démocratie telle qu’on l’entend ayant été inventée pour qu’on règle les problèmes autrement que par le meurtre ! Pour Rémi Fraisse, c’est plus touchy, puisque c’est au nom de l’État et par le bras armé de l’État que ce jeune homme est mort… J’ai peur qu’une instance étatique telle que l’Assemblée soit mal placée, c’est à d’autres (la justice, les médias et le monde associatif, autres piliers démocratiques) de mener ce combat… La justice a jugé l’État responsable tout en disant qu’il n’y avait pas eu de faute, ce qui est une manière de dire que l’État fonctionne de manière problématique, je pense.
Sur la condamnation du meurtre de Quentin Deranque par LFI, elle est très étrange, car si on écoute bien, elle a été faite et tout de suite, y compris par Raphaël Arnault, et LFI a respecté la fameuse minute de silence (seul le groupe LIOT ne l’a pas fait). Mais dans le même temps, quand Mélenchon dit « dans un an on aura oublié cette bagarre de rue » ou quand Bombart se félicite que depuis cette histoire LFI a gagné « 2.500 nouveaux adhérents en ligne, dix fois plus que la semaine précédente » (RMC), il y a un peu un double-message qui n’aide pas à être complètement lisible. Macron a utilisé l’extrême-droite comme marchepied pour être élu, par deux fois, et ça a eu comme effet visible de donner de l’importance et même de la respectabilité au RN. Les LR qui se droitisent aussi… J’ai peur que la stratégie de LFI, d’une autre manière (dénigrement unilatéral des médias, de l’UE, conflictualisation qui sort du débat d’idées pour le conflit entre personnes, groupes…), profite plus au RN qu’à LFI… Au milieu de ces stratégies, j’ai du mal à oublier que si les nazis ont eu le pouvoir en 1933, c’est plus à cause de l’inconséquence des autres partis qu’autre chose.
Je ne te rejoins pas sur la distinction que tu fais sur le positionnement de l’Assemblée. Elle est légitime pour s’insurger contre la violence politique, elle l’est également pour protester contre la violence policière. Elle a même pour rôle de légiférer sur ce point-là comme sur beaucoup d’autres. La même assemblée, d’ailleurs, a accordé à Nahel Merzouk ce qu’elle avait refusé à Rémi Fraisse. Si demain un enseignant tue accidentellement un enfant à l’école, l’Assemblée s’abstiendra-t-elle d’observer une minute de silence au prétexte que la personne en cause est un fonctionnaire d’état ? Que les policiers soient le bras armé de l’Etat (contrairement aux enseignants) ne change rien à l’affaire. De toute façon, observer une minute de silence est un acte purement symbolique.
Pour l’accession des Nazis au pouvoir en 1933, je crois qu’il ne faut pas se voiler la face. L’Allemagne depuis 1945 n’a jamais cherché à cacher – elle ne le pouvait pas – que les mesures du IIIe Reich de 1933 à 1939 ont redressé économiquement le pays, que ces succès ont rencontré une adhésion relativement large en leur temps, et que ce ne sont pas les succès militaires de la période 1939-1942 qui ont altéré la popularité d’Hitler. Quant à la solution finale, elle ne fut connue et documentée au-delà d’un cercle relativement restreint au sein du pouvoir Nazi qu’après la guerre. L’Allemagne de 1933 à 1945, c’est un pays qui bossait, qui soutenait un effort de guerre sans trop barguigner, et qui a globalement tourné la tête quand la persécution des Juifs et des Roms est devenue bien visible pour tout le monde. La fiction d’un peuple réduit au silence par une terreur d’état, totalement manipulé par un appareil de propagande et qui n’aurait jamais soutenu quelque initiative que ce soit de son gouvernement, c’est une fiction. Comme tu le dis toi-même dans ton billet, on peut être quelqu’un de bien en 2026 tout en ayant eu un ancêtre dans la Wehrmacht en 1943. Je le formulerai autrement, en disant que les Allemands d’aujourd’hui – et tous les autres d’ailleurs – n’ont pas à endosser la responsabilité des erreurs de leurs ancêtres. Et, parenthèse dans la parenthèse, ce serait bien en revanche que chacun aujourd’hui ait conscience de sa responsabilité vis-à-vis des autres, toujours aujourd’hui.
Et puisque l’histoire est régulièrement invoquée pour éclairer l’actualité, je précise que c’est parfois à raison. Les Français qui s’apprêtent à mettre le RN au pouvoir n’ont pas plus d’égards pour les Français issus de l’immigration, notamment d’origine maghrébine, que les Allemands n’en avaient pour les Juifs en 1938. Les fictions sur la manipulation par la propagande ont bon dos. Le RN propose de créer une citoyenneté à deux vitesses, cela fait 42 ans (Dreux 1984) que le FN, puis le RN, le martèlent sur les plateaux télé, ça fait 42 ans qu’ils ont des contradicteurs et pourtant ça fait 42 ans qu’ils ne cessent de monter dans les urnes. La réalité, c’est qu’un bon paquet de Français ne risquant pas d’être du mauvais côté de la médaille s’en fichent complètement du sort des « Arabes » vivant en France. La démographie et le cycle de la vie étant ce qu’ils sont, les Français qui votent RN ne sont quasiment plus des nostalgiques de l’Algérie française mais, pour beaucoup d’entre eux, des Français de 18 à 40 ans. Il ne sert à rien de les traiter de racistes, parce que c’est faux. Ils ne sont pas racistes, ils sont indifférents à l’Autre. L’Autre, c’est aussi le vendeur/la vendeuse qui trime le dimanche dans un commerce, et qui bientôt – le Medef est tapi dans l’ombre – ne verront plus leurs heures du dimanche majorées puisqu’elles ne seront plus exceptionnelles. Tous ceux qui trouvent super que les magasins ouvrent le dimanche et qui en usent et en abusent pour faire leurs emplettes auront une responsabilité écrasante le jour où les heures du dimanche ne seront plus majorées. Le même mécanisme est à l’œuvre : ils s’en foutent de l’Autre.
La faillite de notre démocratie, elle a plusieurs facteurs, mais celui-ci est premier : je m’en fous des autres, les mauvaises nouvelles peuvent s’accumuler, tant qu’elles ne me concernent pas je ne m’y opposerai pas.
Le score du RN n’est que l’une des conséquences de cette réalité.
@Ruben33 Je veux dire que ça revient un peu à être juge et partie, et donc hypocrite. Contre les violences policières, le rôle d’une instance de l’État est moins de la déplorer que, comme tu dis, de légiférer.
Enfin tout ça est très politique, symbolique…
Sur le Nazisme, je veux dire qu’en 1933, Hitler s’est fait donner un pouvoir qu’il n’a jamais eu par les urnes (cf. Les Irresponsables, de Joann Chapoutot). Ensuite, les régimes autoritaires ont toujours un certain succès au début en économie, parce que leurs actes sont inconséquents. Par ailleurs en revenant sur les conditions du traité de Versailles, qui ont ruiné l’Allemagne et qui étaient d’une grande injustice pour les Allemands (une poignée de gens ont voulu la guerre, qui a coûté au peuple pendant… Et ensuite), il était logique que l’économie reprenne des forces. Sur la terreur sous le régime nazi, je crois que les gens s’en sont un peu rendu compte quand même, notamment les résistants (nombreux et massacrés), les communistes, les juifs, les journalistes,… Mais on ne doit pas non plus regarder cette période relativement courte avec les yeux de gens qui savent ce qui s’est passé ensuite, bien sûr.
Quand tu dis « ça fait 42 ans » concernant le programme du RN, c’est vrai mais je te rappelle que nombre des électeurs de ce parti n’ont pas 42 ans, et ont peu de perspective… Ils sont souvent indifférents comme tu dis, parfois clairement très racistes aussi, et parfois aussi convaincus que le RN n’est pas vraiment raciste et ne s’en prendra qu’à ceux « qui le méritent ». C’est ce que dit un épicier tunisien que je connais, c’est ce que disait mon beau-père croate alors même qu’il était sans-papiers en France (sous Sarkozy à plus de soixante ans (dont quarante à vivre ici) il n’avait plus le courage de passer des heures à faire la queue pour son titre de séjour). On peut comparer ça aux étasuniens latino qui ont favorisé Trump, voire aux juifs allemands ou français qui se disaient que Pétain ou Hitler ne parlait pas d’eux, qui avaient combattu dans les tranchées, mais des juifs de l’Est réfugiés… Bref, effectivement, une certaine indifférence est à l’œuvre tant qu’on n’a pas compris qu’on était le dindon de la farce.
« Sur le Nazisme, je veux dire qu’en 1933, Hitler s’est fait donner un pouvoir qu’il n’a jamais eu par les urnes (cf. Les Irresponsables, de Joann Chapoutot). »
Je ne connais pas l’ouvrage, mais Hitler n’a-t-il pas été nommé chancelier dans des conditions parfaitement légales ? M’aurait-on menti ? Ce qui n’a évidemment rien à voir avec ce qui a suivi, qui débute par l’incendie du Reichstag.
@Ruben33 il a eu le pouvoir légalement, mais sans légitimité démocratique. En fait au moment où le pouvoir lui a été confié, le parti Nazi était en train de disparaître, il avait atteint son plafond de verre dans l’opinion et avait perdu deux millions de voix depuis les élections législative précédentes, quelques mois plus tôt.
J’avoue ne pas comprendre le concept de déficit démocratique quand on prend le pouvoir légalement…
@Ruben33 la démocratie, c’est le pouvoir du peuple… Bien sûr, ça n’existe pas, il n’y a que des degrés de démocratie, c’est plus ou moins le peuple qui décide, et il est plus ou moins informé.
Dans le cas d’Hitler, disons que le message populaire n’était pas si clair (on peut dire ça des dernières législatives) et que beaucoup de partis adversaires ont cru pouvoir utiliser les nazis comme variable, à leur dépens. Ce qui est faux c’est de dire qu’Hitler a eu le pouvoir par la voix du peuple, mais il l’a obtenu légalement, le coup d’État, c’est dans les mois qui ont suivi.
Alors on poste mon procèdent post et on y répond ou on flippe sa mère ?
@Stéphane j’ai répondu à tous tes posts. Mais peut-être ne les as-tu pas placés où tu croyais.
Vous êtes sûr que c’est pas une blague la proposition de faire une tribune d’arrière-petits-enfants de résistants ? J’ai l’impression que c’est trop gros pour être sérieux, et ma première réaction, c’était le rire.
@Samuel je pense que c’était sérieux et plein de gens l’ont pris au sérieux. Et je comprends que ça part d’un bon sentiment, mais la légitimité me semble bien fragile.
Très bon post, comme d’hab.
J’aurais été parfaitement d’accord avec toi, il y a 13 ans quand Clément Méric est mort. Je le suis moins aujourd’hui car pour moi la montée de l’extrême droite est hors de contrôle. Bien sûr, il existe des moyens pacifiques de contenir le phénomène, mais l’enrayer, j’en doute. Évidemment, comme tu le dis, ça ne justifie en rien de s’en prendre à six à un type au sol. Mais in fine, j’ai du mal à imaginer, dans un contexte de normalisation de l’extrême droite à tous les niveaux, notamment politiques et médiatiques, comment sera-t-il possible de sortir de cette ornière sans violence (et je suis, comme toi, un pur non-violent). Comment réagiront tous ces groupuscules fascistoïdes à une victoire de Bardella aux élections ? Comment réagira la police à la multiplication éventuelles des exactions de ces groupuscules ?
Il faut sans doute croire à une sortie par le haut, mais il ne faut pas non plus être naïf et s’imaginer que l’extrême droite s’installera puis s’en ira sans difficultés quand on ne voudra plus d’elle.
Et de même qu’il a fallu agir militairement pour enrayer le poutinisme (et encore ne l’a-t-on pas fait suffisamment), de même il faudra peut-être risquer sa santé, un jour, contre la montée du fascisme.
Note que la réaction des groupuscules à une victoire de Bardella peut inquiéter, mais on nous vend tellement la victoire du RN qu’une défaite de Bardella risque d’avoir les mêmes conséquences. Je ne suis pas si inquiet des groupuscules de jeunes fafs lyonnais, ils restent en nombre minime, bien surveillés par le renseignement territorial (ce n’est pas forcément avisé de les interdire, d’ailleurs), et après quelques années ils finissent par se trouver une vraie vie et faire la paix avec toutes les raisons de leur rage. Enfin bien sûr entre temps ils peuvent faire des conneries, mais disons que leur donner une armée adverse, je ne sais pas si ça combat ou si ça encourage.
je dois dire que ce qui m’inquiète c’est la montée, à bas bruit, d’une extrême-droite radicale parano/survivaliste/armée,… au sein de la police, de la gendarmerie et même des pompiers paraît-il.
Je m’attends (sans plaisir) au jour où beaucoup de choses vont basculer, qui est prévu depuis les années 1970 par le rapport Meadows et qui a été redit par les collapsologues : les limites de la planète sont de plus en plus criantes, et ça ne peut mener qu’à des formes de conflits, de régimes autoritaires, une prise de contrôle par ceux qui ont les moyens d’imposer leur voracité aux autres, etc.
Mais qu’importe leur idéologie aux némésis tu n’es pas toi même aussi regardant avec l’extrême droite islamiste ou ukrainienne du private sector et alors en quoi cela justifie cet acte répugnant des anti fa ?
quand elles ne font que dénoncer l’islamo-gauchisme réel des facultés comme Paris 8 et bien d’autres woke universities
@Stéphane J’ai zéro sympathie pour le fondamentalisme islamiste, qui est carrément d’extrême-droite. Je n’ai pas d’amitié particulière pour l’extrême-droite ukrainienne non plus (mais beaucoup de pensées pour les ukrainiens en général, victimes de l’ogre voisin), je ne vois pas ce qui te fait dire ça. Et quant au meurtre de Quentin Deranque, je ne pense pas l’avoir justifié bien au contraire.
Paris 8, c’est mon université, elle est certainement assez « woke » au sens positif du mot (avec un intérêt pour les sujets comme le racisme, le sexisme ou l’exclusion sociale) mais elle n’est « islamo-gauchiste » que dans Le Point, sans compter que cette catégorie ne veut pas dire grand chose. J’y ai eu comme collègue Bernard Maris, membre de l’équipe de Charlie Hebdo, assassiné par les frères Kouachi en janvier 2015.
Tout ça
Est tres complexe je ne dis pas mais melanchon lui est même était très élogieux de la laïcité pendant l’éloge de son ami de Charlie Hebdo . Hors il s’est renié en confondantla critique légitime de l’ordre judico religieux de l’islam pour de l’islamophobie raciste. Mais l’on sait que la religion n’a rien à faire avec la race à moins d’être un intersectionslusite demeuré à mon sens.
@Stéphane Ce n’est pas que chez Mélenchon que la critique de l’Islam radical se mélange à des questions racistes nées de la décolonisation. Les réflexions intersectionnelles ne font pas de confusion entre « race » et religion, elles disent qu’on peut être victime de plusieurs oppressions simultanées, par exemple, une femme noire peut être à la fois victime de racisme car noire (y compris de la part d’autres femmes) et de sexisme car femme (y compris de la part d’hommes qui ont la même couleur de peau qu’elle). C’est le B.A.BA de ce qu’on apprenait à l’école avec les « maths modernes » et leur théorie des ensembles.
Reste la question de savoir si l’islamophobie est une forme de racisme. Dans un sens l’Islamophobie est plus proche d’une affaire d’opinion, mais c’est une question de point de vue, d’une part parce que comme disait Sarkozy on peut être « musulman d’apparence » (et être brimé à ce titre soit par des non-musulmans soit par des musulmans qui ont leur idée arrêtée — et vont insulter un musulman présumé qui ne respecte pas le ramadan par ex.), et d’autre part parce qu’il y a une part culturelle dans l’Islam (et dans plein de religions), beaucoup de gens « naissent » musulmans et, qu’ils pratiquent ou non, se sentent musulmans, exactement comme beaucoup de gens se sentent juifs alors qu’ils pourraient très bien changer de religion, mais bon, ils se considèrent comme héritiers de quelque chose… Je comprends, d’une certaine manière.
Jean-No,
Je lis que le message de l’élection d’Hitler n’était pas clair, que d’autres formations croyaient pouvoir en tirer parti, etc. Ben, comme chaque élection en fait. Sous la Ve, un seul, je crois, des présidents élus a eu la majorité du corps électoral sur son nom : Chirac en 2002. Est-ce à dire que les présidents de la Ve sont tous illégitimes ? Une chose est certaine : Hitler était minoritaire certes, mais moins minoritaire que les autres. Cette réalité-là, il ne faut pas biaiser avec.
Bien que ce ne soit pas tout à fait le même sujet, je crois dangereux également de minimiser la responsabilité d’un peuple dans l’élection de ses dirigeants, quels qu’ils soient (quand ils ont la possibilité de l’élire évidemment). Je comprends bien le souci de ménager, dans l’espace médiatique, le peuple allemand d’aujourd’hui ; mais cette mise en garde ne s’adresse qu’à ceux qui s’imaginent qu’il est précisément impossible (je reprends tes mots) d’être quelqu’un de bien en 2026 tout en ayant eu un ancêtre dans la Wehrmacht en 1943. Ce qui est évidemment faux.
Ne mentionner que la responsabilité d’Hitler et de son gouvernement dans la tragédie qui a frappé toute l’Europe entre 1933 et 1945, et insister sur la répression qu’ont subie ses divers opposants, je trouve ça biaisé. Les résistants à son régime ont été muselés, réprimés, emprisonnés, assassinés, déportés, c’est exact. Mais ils n’étaient pas si nombreux jusqu’en 1943, tout comme en France les Résistants, nombreux en 1944, le furent beaucoup moins en 1940.
Si l’année prochaine le RN arrive au pouvoir, ce sera parce qu’il aura été moins minoritaire que les autres, et donc parce que Marine (ou Jordan) aura rassemblé sur son nom plus de voix que son adversaire. Mon sujet à moi, c’est de réfléchir aux conditions qui rendent un tel événement possible. Et mon prérequis, c’est le refus de considérer que des millions d’électeurs bien innocents auront cru à des mensonges. Beaucoup d’électeurs du RN ont moins de 42 ans, OK, mais à moins de vivre sur une autre planète ils sont parfaitement informés du sort qui attend les citoyens au profil maghrébin en cas d’élection du RN. Il s’en trouve parmi eux qui sont d’authentiques racistes certes, mais bien plus nombreux sont ceux qui le savent et s’en foutent royalement. Ignorer ce fait-là, ou le minorer, c’est une immense erreur je crois.
Les médias mainstream ont consacré l’année 2024 à tenter d’expliquer aux Américains qu’ils auraient tort de voter Trump. Depuis son élection, ils sont en boucle pour expliquer à quel point ils ont eu tort de le faire. Il y a juste un angle mort : ils ne s’interrogent pas, ou peu, sur les RAISONS qui ont poussé autant d’Américains à voter Trump, en connaissance de cause puisqu’ils l’avaient déjà vu à l’œuvre entre 2016 et 2020. Je vois les mêmes mécanismes se reproduire aujourd’hui en France, et j’en suis totalement effaré.
La bizarrerie avec l’élection de novembre 1932 (qui a abouti à ce qu’Hitler soit chancelier) c’est que les nazis avaient perdu deux millions de voix par rapport à l’élection législative de juin 1932, donc le parti était en nette perte de vitesse. Mais bien sûr, le processus respectait le fonctionnement juridique (en revanche, sitôt chancelier, Hitler a interdit des médias, des partis, et l’élection suivante, en mars 1933, ne peut pas être considérée comme équitable).
Il ne faut pas dédouaner les allemands de leurs responsabilités, mais pas non plus les juger à l’aune de ce qui s’est passé ensuite, que nous connaissons mais qu’eux ne pouvaient pas complètement deviner, même s’il est évident que les gens qui n’étaient ni juifs ni communistes ni membres d’autres groupes ciblés, étaient indifférents à la portée du discours d’Hitler concernant ces groupes.
Je te conseille cette bonne émission qui fait le point sur le sujet.
Présenté comme ça, ça me va ! Les Allemands sont bien responsables de l’élection d’Hitler, et donc indirectement de la persécution des Juifs et des Communistes qui figuraient noir sur blanc dans son programme. Mais ils sont innocents de la suite, la radicalisation du régime et son orientation progressive vers une économie de guerre, occasionnant une immense tragédie en Europe en général et en Allemagne en particulier.
Toujours est-il que je rejoins Blafafoire sur un point ci-dessus : le RN arrivé au pouvoir ne le rendra pas si facilement s’il est désavoué par les urnes. Macron a fourni un magnifique exemple en la matière, ainsi que les NFP – élus sur un programme de nette opposition à Macron – qui depuis 18 mois négocient avec les premiers ministres successifs pour ne pas les censurer trop souvent. Le potage est bon à l’Assemblée nationale.
Le RN au pouvoir sera sans doute un abcès à crever. J’en suis totalement consterné, mais si les Français le veulent ils l’auront.
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je ne comprends pas bien cette intervention !