Le ver de l’exception dans le fruit de la loi

Les lois qui concernent les sujets « chauds » et aptes à suscité une vive réaction émotionnelle — parce qu’ils suivent un fait-divers atroce ou un attentat — ne sont pas seulement mal avisées, elles ont un effet secondaire fréquemment observé, celui d’être le ver dans le fruit, apparemment bénin, mais destiné à s’étendre.
Lorsque le Fichier national automatisé des empreintes génétiques a été créé, en 1998, il était censé ne concerner que quelques dizaines de violeurs récidivistes. Comment pourrait-on refuser à la police des moyens supplémentaires pour enquêter sur ce genre de crime, qui révolte viscéralement chacun de nous ?
Peu à peu, le fichier s’est étendu à toutes sortes de crimes, mais aussi de simples délts : crimes contre l’humanité, meurtres, mais aussi vols, extorsions, etc. La dernière proposition d’extension, en 2013, concernait les infractions au code de la route et les délits financiers. Elle n’est pas passée. Un esprit soupçonneux se demanderait si c’est par hasard que les infractions au code de la route et les délits financiers ont été proposés en même temps : il n’y a aucun rapport entre les deux, mais en les proposant ensemble, on est sûr qu’ils seront abandonnés ensemble, et c’est comme ça qu’une malversation financière n’amène pas son auteur au fichage génétique, tandis que participer à une manifestation ou voler un bonbon le permet. Ça tombe bien pour les membres de la classe politique, qui sont plus souvent inquiétés pour des crimes en col blanc que pour des vols à l’étalage.
Enfin peu importe, le résultat est là : après quinze ans d’existence, le fichier des empreintes génétiques contient bientôt trois millions de personnes (2,6 millions de personnes en 2014).
Je comprends qu’on défende ce fichier, j’imagine qu’il aide beaucoup les enquêtes (plus que les caméras de surveillance, c’est certain), mais il faut retenir ce fait : ce à quoi sert ce fichier n’est pas ce pour quoi il a été créé, et ce schéma est courant, pensons par exemple aux lois d’exception concernant la cybercriminalité, d’abord destinées à répondre à la peur des réseaux pédopornographiques (dont l’importance et l’existence réelle ne sont jamais évalués et semble sans commune mesure avec l’importance qu’ils occupent dans l’imaginaire collectif), mais qui aujourd’hui va punir des délits d’expression, voire de curiosité1, et bien sûr de partage de fichiers et même de cyberactivisme.

Coton-tige Silver Spoon

Coton-tige (Silver Spoon, CC)

Les sujets qui heurtent et révoltent chacun de nous, comme le viol pédophile et les meurtres aveugles — en premier lieu les attentats terroristes —, sont souvent utilisés comme prétexte à des exceptions à la loi, exceptions qui seront ensuite tranquillement amenées à être étendues.
Aujourd’hui, le ver dans le fruit, c’est la déchéance de nationalité. Avec cette proposition consternante, le gouvernement introduit l’idée que la nationalité peut être une chose précaire, réversible, arbitraire. Aujourd’hui, cette proposition d’une possible déchéance de nationalité concerne une douzaine de jihadistes fous dont personne ne songerait à prendre la défense et dont on cherche apparemment à oublier qu’ils sont précisément français. Mais demain, la loi concernera tous les français disposant d’une double-nationalité, c’est à dire cinq pour cent de la population. Je connais beaucoup de gens concernés : les époux et épouses, qui ont demandé à être français puisque c’est ici qu’ils vivent, et ont voulu conserver leur nationalité d’origine, puisque c’était possible. C’est le cas, par exemple, de ma propre mère. Il y a le cas des enfants d’immigrés qui ont conservé le passeport du pays de leurs parents pour faire plaisir à ces derniers (je connais plusieurs marocains dans ce cas) ; dans ma génération, je connais des enfants d’algériens, mais aussi je crois d’espagnols ou de portugais,qui ont fait de leur double-nationalité une combine pour échapper à leur service militaire2 : en France ils étaient dispensés, et dans leur autre pays, ils étaient déserteurs. Ma femme songe à prendre une double-nationalité pour régler de bêtes problèmes de succession. Et je connais un artiste, Matthieu Laurette, qui s’est lancé dans une collection de passeports avec son Citizenship project, commissionné par le Ministère de la Culture français !
Affectives, pragmatiques, artistiques,… Il existe sans doute d’innombrables raisons de disposer d’une double-nationalité. Puisque l’État français ne l’empêche pas, pourquoi pas ?
La modification de la constitution qui est proposée introduit l’idée qu’il est suspect d’être français en même temps que d’avoir une autre nationalité. Elle laisse croire qu’être français est un privilège, qu’être non-français est une punition, qu’il existe des vrais français et des demi-français,… Quel que soit le sens dans lequel on tourne la question, rien ne justifie cette disposition qui, certes, pose bien trop de problèmes pratiques pour être autre chose que symbolique, mais qui justement, établit un symbole des plus fâcheux. Je n’arrive pas à comprendre s’il s’agit de malice ou de maladresse.

  1. Rappelons-nous du projet de Nicolas Sarkozy, réaffirmé cette année : « Pourquoi n’a-t-on d’ores et déjà pas mis en oeuvre le délit de consultation d’un site jihadiste? Lorsqu’on consulte des images de pédophilie, on est un pédophile. Lorsqu’on consulte des images d’un site jihadiste, on est un jihadiste, et on doit être traité comme tel » (meeting du 30 novembre 2015 à Rouen). []
  2. À de rarissimes exceptions, nous voulions tous échapper à la conscription : qui veut vraiment passer un an à se faire donner des ordres sans logique par des gens moins intelligents que soi ? Personnellement, j’ai préféré faire deux ans en tant qu’objecteur de conscience plutôt que de vivre un an dans une caserne. Aujourd’hui, je considère toujours que ce temps m’a été volé. []

Sauvez-vous, madame Taubira !

L’affaire est classique : quelqu’un a lancé une idée en l’air — la déchéance de nationalité des terroristes, en l’occurrence —, et au lieu d’y réfléchir entre ministres, conseillers et juristes pour conclure que c’était une mauvaise piste, le projet a été évoqué à voix haute et est devenu une affaire médiatique.
Puisque les français ne sont pas des flèches, et je pèse mes mots, beaucoup ont soutenu l’idée sans réfléchir à ce qu’elle signifiait en pratique : veut-on par là affirmer que la nationalité française d’une personne binationale est accessoire, honorifique, factice, et peut être retirée en claquant des doigts ? Voulons-nous nous faire croire que le terrorisme est forcément venu d’ailleurs, et ainsi éviter de nous poser les questions qu’il faut sur l’état de la France ? Entendons-nous avalider le sentiment que certains français nés en France, et qui ont grandi en France, ont de ne pas être des français à part entière ? Sommes-nous assez mauvais voisins pour laisser aux pays du Maghreb (de loin les premiers concernés par la binationalité) la charge de récupérer les créatures de Frankenstein qu’a fabriqué notre société ?
Je doute que la mesure satisfasse durablement quiconque : très vite, les gens vont comprendre ses contradictions et constater son inefficacité vis-à-vis du but recherché, et les effets secondaires néfastes qu’elle entraîne. En attendant, cette disposition aura été inscrite dans la constitution ! Je remarque que personne n’a proposé de retirer leur nationalité aux gens qui placent le gros de leur fortune dans des paradis fiscaux.

chtaubira_tv_algerie

Le véritable problème que tout cela pose, c’est celui de Christiane Taubira. Je l’avais entendue dire une fois dans une interview qu’elle se sentait plus utile comme ministre, disposant d’un certain pouvoir, plutôt qu’en restant à râler vertueusement, mais sans responsabilités ni moyen d’action. Et cette position est défendable : être aux affaires, être dans le monde réel, c’est certes se compromettre, ça implique forcément de faire des concessions, mais c’est aussi l’occasion d’agir véritablement. Il est bien commode et assez peu risqué de dire ce qu’on ferait si on en avait le pouvoir lorsque l’on en a aucun.
Depuis quelque temps, Christiane Taubira réalise l’exploit de n’avoir ni le beurre ni l’argent du beurre : on sait qu’elle désapprouve beaucoup les décisions du gouvernement — dont elle reste pour l’instant solidaire —, et il lui arrive parfois de le sous-entendre fortement, mais elle semble n’avoir plus aucune marge de manœuvre pour mettre ses convictions en pratique, du moins au niveau où nous pouvons l’apprécier. Hier, elle a dit clairement que le projet de déchéance de nationalité punitive était idiot et affirmé qu’il serait abandonné. Aujourd’hui, le projet est maintenu.

decheance

J’aimerais qu’ils se trompent.

La haine dont l’accable la droite la plus pouacre prouve à quel point Christiane Taubira, elle, a de la dignité à revendre. Mais cela ne peut plus suffire. À moins qu’il y ait des choses que nous ne puissions pas connaître — nous, le public qui n’évolue pas entre les ors et le velours rouge du pouvoir républicain —, il semble que le pouvoir de Christiane Taubira au sein du gouvernement soit bien plus faible que celui de gens qui ne sont pourtant pas ministres : la famille Le Pen et Nicolas Sarkozy, notamment.
Si vous me lisez, madame Taubira, il est temps de fuir. Non pas pour faire plaisir aux Ciotti, Mariani, Dupont-Aignant, Philippot, Ménard et autres abrutis qui réclament votre démission et s’en feraient un trophée aussi pathétique que leurs personnes, mais juste pour vous, pour que ce que vous représentez — vous êtes une des rares personnes qui aient un peu de stature politique, de quel côté que l’on se tourne —, garde encore un peu de substance.
Ne démissionnez pas pour faire plaisir à ceux qui vous haïssent, sauvez-vous pour ceux qui vous apprécient.

PS : j’ai voté pour vous aux premier tour des présidentielles de 2002. Qu’est-ce que j’ai pris dans la figure à l’époque ! On m’a accusé, par ce vote, de faire le jeu du Front National. Dans le contexte actuel, je dois dire que je trouve ça assez ironique.

Good Cop21 Bad Cop21

L’ours polaire lêve la tête, dans une attitude sans doute conquérante, mais un niveau rouge le recouvre lentemet puis le submerge, accompagné d’indications de température : 1,5°, 1,6°, 1,7°, 1,8°, etc.

cop21_2

Le message final est : « Agissons ensemble contre le réchauffement climatique ».

cop21_1

L’annonceur est le World Wide Fund for nature, une ONG richissime qui cherche principalement à assurer la survie d’un groupe très select d’animaux sauvages, mais néanmoins nobles : dauphin, baleine, éléphant, tigre, rhinocéros, tortues, gorilles,…

cop21_3

Ce sont les animaux que n’importe quel enfant reconnaît, mais souvent aussi, les animaux que l’on chasse. Les philantropes attachés au WWF sont souvent des têtes couronnées, qui sont justement aussi des grands amateurs de chasse, comme le roi Juan Carlos d’Espagne, président d’honneur du WWF en Espagne, ou le prince Charles, qui dirige l’aile britannique de la fondation.

cop21_7

J’espère que le message envoyé par cette fondation n’est pas que les puissants de ce monde ont droit de vie (lorsqu’ils financent leur préservation) ou de mort (lorsqu’ils les chassent ou suppriment leur habitat) sur les espèces sauvages de notre planète. Enfin de leur planète, pas de la nôtre, cessons de nous mentir1.

cop21_8

Sur le même panneau « Numériflash », l’opérateur téléphonique Orange nous félicite de prendre le train, réputé moins gourmand en énergies fossiles que l’automobile, mais nous rappelle que nos ordinateurs consomment de l’énergie, et que chacun de nos e-mails fait empirer le phénomène du réchauffement climatique.

cop21_5

L’opération proposée par Orange est d’encourager les internautes à supprimer leurs e-mails inutles. On estime en effet que le stockage d’1Go d’e-mails pendant un an représente une consommation de 32kWH. Ce que ne dit pas cette publicité, c’est que chaque panneau Numériflash consomme environ 1000 watt.

cop21_6

Je ne sais pas s’ils sont éteints aux heures de fermeture de la gare, mais ces panneaux sont en tout cas animés de 4:00 à 1:00, soit vingt-et-une heures par jour. Pour une campagne de deux semaines affichée sur quarante panneaux, si je ne me trompe pas dans mes calculs, nous avons donc 23x40x2, soit 1840kWh.
Une publicité contre le gaspillage qui gaspille de l’énergie : belle démonstration !

  1. Et bientôt, c’est même le reste de l’univers qui pourra avoir des propriétaires, cf. l’article Le jour où l’espace a cessé d’être un bien commun, sur le blog de Lionel Maurel. []

Israël

Sur son blog Image sociale, André Gunthert a produit une analyse un peu « à chaud » des événements récents et de leurs causes, intitulée Dépasser Charlie. Il s’y interroge, je résume à la louche, sur le décalage qui existe entre l’art de vivre revendiqué par les Français — Liberté, égalité, fraternité et apéros dans des cafés parisiens —, et la réalité de toute une autre France, qui se juge légitimement victime d’un Apartheid social. André rapporte notre cas à ce qui a cours en Israël, pays qu’il présente comme la version extrême d’une situation comparable.
Cet exemple me parle.

J’ai connu une veille dame israélienne, enfin franco-américano-israélienne, qui passait une partie de l’année à Paris, pour voir sa famille, une autre à Miami, et qui le reste du temps vivait à Tel Aviv. Avant guerre, elle avait connu la pauvreté et le rejet, ses parents étaient venus de Pologne et en France, personne ne voulait d’eux, parce qu’ils étaient juifs sans doute, mais aussi et surtout parce qu’ils étaient pauvres. J’ignore ce qu’elle a vécu pendant la guerre, qui elle y a perdu, mais elle avait un tatouage sur l’avant-bras. À près de quatre-vingt ans, en tout cas, elle semblait avoir la belle vie, et elle avait encore une assez bonne santé pour en profiter, elle donnait l’impression d’être une touriste de profession, un peu comme une veuve grande bourgeoise de la fin du XIXe siècle qui se baladerait entre stations balnéaires et thermales, mais dont la fortune, dans son cas, aurait surtout été d’avoir une famille nombreuse, accueillante et soudée.
L’époque était celle de la première guerre des pierres en Israël, et j’en ai parlé avec elle. Elle n’avait rien contre les Palestiniens, elle ne leur souhaitait que de vivre comme elle estimait — et de fait, elle était une survivante — avoir gagné le droit de le faire. Mais je sentais que cette bonté était toute théorique, et qu’en fait, les arabes d’Israël, de Gaza et de Cisjordanie n’existaient pas vraiment dans son paysage mental, et leur futur, encore moins. Elle ne leur voulait pas de mal, mais elle ne voulait pas connaître vraiment leur situation ni savoir s’il y avait quelque chose à faire pour changer cette dernière.

Pendant ces mêmes années, j’avais comme camarade d’atelier à l’Académie Charpentier un très grand type incroyablement baraqué, physiquement intimidant, une espèce de Rambo qui semblait complètement décalé parmi tous les apprentis-artistes que nous étions. Je l’ai soigneusement évité, mais un jour, j’ai appris son histoire. Il était israélien, il avait passé cinq ou six ans à faire son service militaire, parce qu’il y était obligé mais aussi par amour sincère pour son pays et par peur pour son avenir. Et puis un jour il a craqué, il ne comprenait plus à quoi ça servait de piloter un char au milieu de gosses qui lui jetaient des cailloux et de femmes qui l’insultaient, il trouvait la situation trop absurde. Il est alors parti à Paris, comme étudiant, ce qui lui a permis d’interrompre son service. Son but était de devenir antiquaire en France, ce qu’était déjà une partie de sa famille. Par lui, j’avais appris que les tableaux anciens sur lesquels on voit des vaches se vendent moins cher que des paysages sans vaches exécutés par les mêmes peintres.

...

(un tableau de la grande Rosa Bonheur)

Quelques années plus tard, j’ai connu un palestinien, un mathématicien apparemment brillant (je ne saurais en juger, mais je sais qu’il avait passé très rapidement les échelons universitaires), qui lorsqu’on l’interrogeait sur le sujet disait qu’il voulait juste oublier les problèmes de sa terre natale, préoccupation qui le poursuivait en France. Il lui semblait que la plupart des acteurs de la situation étaient des débiles, qu’il y avait un énorme gâchis d’intelligence et de talent. Il rêvait de partir enseigner à Princeton.

Ce ne sont jamais que trois personnes, avec qui j’ai eu quelques discussions au début des années 1990 pour comprendre, et je ne doute pas qu’il existe bien d’autres façons que les leurs d’être israélien ou palestinien. Mais ces trois expériences directes m’avaient intéressé : une sorte de déni, de non-pensée, pour une personne, et une absence d’espoir, une fuite pour les deux autres. Dans tous les cas, aucun espoir de changement positif, aucune vision d’un avenir ou chacun aurait une place. La situation paraissait bien mal barrée. Quelques décennies plus tard, j’ai l’impression que tout ça a empiré, et j’ai même peur que le discours des uns et des autres aurait été moins bienveillant.

La France est un beau pays, les gens y râlent continuellement, mais il y fait vraiment bon vivre et bien manger. Du moins, pour un grand nombre de gens. Mais pas pour tous. Et il faut accepter de le voir. Il m’arrive certains jours de prendre mon train de banlieue de 5:00, et là, je le raconte souvent, je vois la réalité de la « France qui se lève tôt », et je constate que cette France parle surtout turc, arabe, serbo-croate ou quelque langue d’un pays d’Afrique que je n’identifie pas. J’imagine que les uns vont bosser dans la construction, les autres comme caristes dans des entrepôts, d’autres encore comme gardiens. Je parie qu’un grand nombre est employé au noir par des prestataires de prestataires, de ces boites qui disparaissent un jour sans verser les derniers salaires. Je suis juste sûr d’une chose : quand on prend le train à cette heure-là, c’est pour travailler.
Je vois que les femmes portent presque toutes le voile. Pas un voile qui véhicule un message de bravade adolescente, ni la coiffe étudiée et coquette de certaines, ni le look de bonnes sœur qu’ont d’autres, non, un fichu, un voile qui tient les cheveux et que personne ne pensera à leur reprocher quand elles passeront l’aspirateur dans les bureaux de la Défense, avant l’arrivée des employés de bureau.
Ce ne sont bien sûr pas ses gens-là qui deviennent terroristes, ils ont autre chose à faire. Mais il n’empêche : ils ont a priori une autre expérience de la vie en France que les gens qui étaient au café dans les X et XIe arrondissements vendredi soir. Ils sont invisibles, ignorés, non-pensés, non pris en compte. Et leurs enfants sont maltraités par un État qui ne se donne à aucun niveau (police, école, choix urbanistiques) les moyens d’être bienveillant et qui est le relais ou le vecteur d’une société passablement raciste1.
Alors que des gamins sont persuadés que leurs cheveux crépus et l’adresse de leur cité leur interdiront d’avoir du boulot, sont persuadés que la France n’est pas pour eux, est leur ennemie — alors qu’ils y sont nés et ne connaissent rien d’autre —, on a longuement débattu de savoir si on était d’accord pour que des femmes portent un foulard2 sur la tête — et au nom de la Liberté avec un grand L (mais il faut deux ailes pour être libre, non ?).
Ce qui est étrange, ce n’est pas que quelques gosses maltraités par la vie, souvent petits délinquants « rachetés » par des organisations religieuses, décident un jour de partir en Syrie.
Ce qui est miraculeux, c’est peut-être surtout qu’ils soient si peu nombreux à le faire dans le contexte d’une France qui soigne si mal ses enfants.
Bien sûr, il y a d’autres paramètres à prendre en compte : le fric qui finance le djihadisme, les méthodes d’embrigadement sectaire, la naïveté des révoltes adolescentes (rappelez-vous de vous-mêmes, vous m’en direz des nouvelles). Mais sur la justice de la société, en tout cas, il est possible d’agir. La question n’est pas d’obliger les barbus à se raser aujourd’hui, mais d’empêcher que dans quinze ans, des jeunes adultes trouvent l’idée de se faire exploser l’abdomen au milieu d’une foule plus désirable, plus glorieuse que de vivre.
Il faudrait cesser de se contenter de ne pas vouloir de mal aux gens, et commencer à se demander comment leur vouloir du bien, et surtout, comment faire pour que la République française leur veuille du bien et croit à leur avenir.

  1. Je cite André Gunthert : Un racisme qui n’a certes plus grand chose à voir avec celui de Gobineau, et qui se nourrit plutôt de rapports de force économiques. []
  2. Je comprends bien que l’on soit gêné par le foulard, lorsqu’on se souvient qu’il y a des pays où les femmes se le font imposer par la force. Mais je n’aimerais pas être dans un pays qui impose, par la force aussi, de ne pas porter tel ou tel couvre-chef. []

Circulez ! Y’a rien à lire.

Je tombe sur l’article Ne lisez surtout pas «Place Colette», atroce roman de pédophilie badine, publié par le critique musical Jean-Marc Proust sur le site Slate. Ce roman autobiographique raconte la liaison que Nathalie Rheims a entretenu avec un sociétaire de la Comédie Française plus vieux qu’elle d’une trentaine. Elle n’était elle-même âgée que de treize ans, ce qui, depuis 1945, peut envoyer l’adulte abuseur en prison1. Seulement voilà, quarante ans plus tard, la romancière se considère comme responsable : c’est elle qui avait sciemment voulu séduire l’homme en question, et elle se refuse à qualifier cette relation de viol.
Je vais sans doute suivre le conseil du critique et ne pas lire ce livre, car à vrai dire, le thème me soulève le cœur. Mais je suis étonné de l’angle de l’article qui, d’une certaine façon, impose à l’auteure la manière dont elle aurait dû écrire son roman pour qu’il lui semble moralement acceptable. Le début de l’article n’est pas ambigu : « Place Colette n’aurait pas dû être écrit. Pas écrit de cette façon-là ».
Il me semble que chacun de nous n’est vraiment propriétaire sur cette terre que de sa propre histoire, de ses sentiments et de ses souvenirs – qui sont déjà suffisamment volatils comme ça. Réclamer d’une personne qu’elle modifie ce qu’elle a vécu, comme elle l’a vécu et comme elle le vit à présent, afin qu’un jugement satisfaisant accompagne les faits rapportés, me semble une terrible erreur à tous les niveaux : c’est priver la personne du droit de s’approprier sa propre histoire, de la possibilité d’en faire l’examen selon les termes qui lui conviennent.
Je devine en filigrane la crainte paternaliste que le public ne sera pas à même de se faire une idée lui-même sur ce qu’il lit s’il n’est pas guidé, qu’il sera contaminé par l’indulgence de l’auteure envers celui qui a abusé de sa jeunesse. Et ne parlons pas de l’accusation d’avoir fait un « coup » bon pour les ventes. Un roman de ce genre, bon ou mauvais2, peut avoir au moins comme utilité publique de provoquer un débat, ou tout simplement une réflexion, mais à moi de reprendre les mots du critique : pas de cette façon-là. Pas en exigeant une réécriture qui garantisse que la morale soit sauve.

640px-Necronomicon_prop

Le « Néconomicon » imaginé par Lovecraft, imaginé par un fan. Photographie de « Shubi » – Domaine public

Quelques minutes plus tard, je tombe sur : «Mein Kampf» : un historien répond à Mélenchon, une tribune publiée dans Libération par l’historien Christian Ingrao. Encore une affaire que j’avais ratée : le Mein Kampf d’Adolf Hitler va être publié par les éditions Julliard dans une nouvelle traduction, plus complète que celle qui est sortie en France du vivant de son auteur, et Jean-Luc Mélenchon a publié une lettre ouverte à l’éditrice Sophie Hogg pour lui demander de renoncer à ce projet éditorial. Le cas est un peu différent, eu égard aux enjeux historiques et à l’aura singulier du livre Mein Kampf, mais il me semble que la question est voisine et qu’il y a là une même crainte face au manque de discernement du public. Si Jean-Luc Mélenchon voulait que je ne risque plus jamais de voter pour lui, il a trouvé le moyen ! Refuser la publication d’un document historique me semble complètement irrationnel : une vérité ne saurait être déduite en fonction du tri préalable qu’ont préparé quelques beaux esprits.
J’ai lu Mein Kampf et ce livre m’a stupéfait à divers titres. J’ai d’abord découvert qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une sorte de Necronomicon3,  qui transformerait ses lecteurs en zombies antisémites et dont l’existence, à elle seule, expliquerait toute l’horreur nazie.
Il me semble, à moi, que si ce livre avait massivement été diffusé avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, il n’aurait été vu que comme ce qu’il est : les indigestes et soporifiques élucubrations paranoïaques d’un homme qui semble avant tout soucieux de justifier les différents échecs de sa propre biographie par toutes sortes d’ennemis : les français, les communistes, et, bien entendu, les juifs. Certes, une partie du programme d’Hitler tel qu’il l’a réalisé ensuite est contenue dans le livre, notamment le rattachement de tous les germanophones à l’Allemagne. Certes, Hitler y développe la croyance dans l’existence d’une « race aryenne » supérieure dont la pureté ne peut s’exprimer qu’avec la disparition des handicapés et qui a vocation à supplanter toute « race » jugée inférieure,…
Mais en admettant que ce livre ait pu être un outil de propagande ravageur en 1925 (je n’en suis pas sûr), il me semble absurde d’avoir peur qu’il le soit aujourd’hui : quelle que soit la raison pour laquelle quelqu’un lit Mein Kampf en 2015, ça sera en connaissance de cause, c’est à dire en sachant parfaitement à quel point la civilisation humaine, ou en tout cas l’Europe, s’est enfoncée dans une fange barbare et raciste. Un tel livre ne peut aujourd’hui convaincre que les convaincus (qui n’ont aucun mal à se procurer l’ouvrage, d’ailleurs), et, pour les autres, constituera un élément documentaire intéressant. Ce que j’en ai déduit pour ma part, c’est que les gens peuvent se rallier à un livre lorsqu’ils sont prêts à le faire — il n’ont alors nul besoin de le comprendre, voire même de le lire, ils n’ont besoin que de le brandir et d’en faire un objet de culte. Croire que c’est le livre qui fait le croyant est inverser la cause et l’effet : c’est le croyant qui fait le livre. En refusant que Mein Kampf soit disponible, on perpétue son aura de livre « magique ». Or non, je doute qu’il faille disposer d’un esprit particulièrement résistant à la suggestion hypnotique pour échapper aux idées contenues dans ce livre idiot et ennuyeux.

Dans l’un et l’autre cas, je vois chez les censeurs le refus de laisser le public se faire une idée par lui-même, motivé par la peur que ce public n’ait pas l’intelligence nécessaire pour ça. J’y vois l’injonction aux personnes concernées, fussent-elles les victimes, de construire leur propre histoire en fonction d’un jugement idéologique imposé par ceux qui savent. Mais quelle est la valeur d’une opinion que l’on n’a pas participé à constituer par soi-même ?

  1. Avant 1945, la majorité sexuelle était justement treize ans. []
  2. Je n’ai jamais rien lu de l’auteure, mais j’ai un bon souvenir de plusieurs livres de son père Maurice et d’un certain nombre de photographies de sa sœur Bettina. []
  3. Livre fictif imaginé par H.P. Lovecraft, censément écrit par un poète arabe du VIIIe siècle, relié en peau humaine, et ayant la réputation de rendre fous ceux qui le lisent. []

Le devoir de connivence

Emmanuel Macron, face à un parterre de hauts fonctionnaires, de dirigeants d’entreprise et de journalistes, a priori bienveillant à son endroit, s’est laissé aller à dire que le statut de fonctionnaire n’était plus « adéquat » pour certaines missions. Deux journalistes du brûlot gauchiste Challenges ont jugé les implications d’une telle prise de position de la part du ministre de l’économie un peu trop importantes pour êtres tues, et ont « brisé le off », c’est à dire qu’ils ont fait circuler l’information alors que celle-ci n’était pas censée quitter l’entre-soi. Interrogé par Le Monde, le cabinet du ministre a explicitement demandé que l’information ne soit pas reprise, car elle était « triple off » (?).

(en fabriquant un programme destiné à traiter les images, j'ai produit involontairement ce bug)

(en fabriquant un programme destiné à traiter les images, j’ai produit involontairement un bug que j’ai ensuite exagéré, et qui n’a ni intérêt ni sens particulier, si ce n’est que j’ai utilisé le visage du ministre de l’Économie)

Sur le statut des fonctionnaires, il y a à dire et à faire, c’est certain, et je suis assez partagé : est-il logique et souhaitable pour tous les corps de métiers ? De quelle manière travailleraient des enseignants, des policiers, des infirmières d’hôpitaux, qui ne penseraient pas que leur emploi est garanti à vie ? Dans quelle mesure la continuité de l’État et l’exercice de la démocratie sont-elles possibles si chaque changement politique fait courir aux agents le risque d’être remplacés par des amis ou des soutiens, c’est à dire si l’emploi public devient politique ? C’est ce problème spécifique qui a amené les États-Unis à créer un statut de fonctionnaires titulaires il y a plus d’un siècle, et à l’avoir conservé depuis. Oui, même les États-Unis1.
Mais on connaît le revers de la médaille : les cadres administratifs qui passent le clair de leur journée à préparer des concours plus qu’à faire leur métier, parce que c’est ce que le système favorise ; des concours parfois mal définis, inadaptés ; des situations où quelqu’un peut se voir refuser une évolution qui correspond pourtant à ses qualifications et à sa carrière, et ne devrait être qu’une formalité, parce qu’il est moins adapté aux concours qu’au métier pour lequel il concourt ; l’impossibilité de sanctionner un fonctionnaire qui refuse de fonctionner (ce qui n’est pas forcément courant mais n’est pas non plus un simple cliché et peut bloquer beaucoup de choses), et en même temps, l’impossibilité de garder en poste des non-fonctionnaires au delà d’une période définie…
Chacun de nous a de bonnes histoires sur le sujet, j’imagine. Bien que je travaille pour des organismes publics (université et école territoriale d’art) depuis bientôt vingt ans, mon réservoir d’histoires lamentables date surtout de mon service national au Ministère des affaires sociales, où j’ai constaté que je n’enviais pas le fonctionnariat tel qu’il y était le plus souvent pratiqué, une existence kafkaïenne où le seul moyen d’empêcher quelqu’un qui grippe la machine de nuire au fonctionnement général est de le « placardiser », et où, n’ayant droit à aucune forme de chômage s’ils abandonnent leur poste, peu de fonctionnaires prennent la décision de fuir l’administration par eux-mêmes, y compris lorsque c’est l’intérêt commun, et même, leur intérêt à eux. Je n’ai jamais cherché à être fonctionnaire, donc.
Après mes deux ans de ministère, les histoires pénibles dont j’ai été témoin concernaient surtout la manière dont l’État traite ses agents non-fonctionnaires2, faisant comme s’il existait deux catégories d’humains : ceux qui sont interchangeables, dont on peut se débarrasser en plein milieu d’une mission, à qui on ne doit rien, d’une part, et ceux qui veulent d’un bureau attribué jusqu’à leur mort ou à leur retraite, et dont parfois on n’attend rien.
Je caricature, je dois avoir l’air très négatif (alors qu’en fait je connais beaucoup de fonctionnaires conscients de leur rôle et irréprochables dans leur travail) je veux juste dire que c’est un sujet dont il est légitime de vouloir discuter.

bleu-blanc-rouge

Ce qui m’effare, ce n’est pas que le ministre réfléchisse à la pertinence du statut de fonctionnaire, après tout on ne peut pas dire que l’État fonctionne si idéalement qu’on puisse faire l’économie de ce genre de réflexion — même si à mon sens, le vrai problème vient plus de la globalité et de la rigidité d’un système qui maltraite beaucoup de gens (dedans ou dehors) que de l’emploi dit « à vie ». Il est peut-être même dommage que la manière dont la question a été évoquée du bout des lèvres puis aussitôt chassée (off, rumeur, démentis, condamnations, soutiens) empêche de poser le problème intelligemment.
Ce qui me gène aux entournures, c’est surtout qu’un ministre de la République pense que des journalistes présents pour l’écouter ont un devoir de connivence : ils doivent écouter, mais pas répéter. On fera la surprise aux Français.
Ce qui m’effraie, c’est d’imaginer que, habituellement, la règle est respectée, c’est à dire qu’il existe bel et bien une classe « politico-médiatique » qui décide de ce que le public est autorisé à entendre ou non, suivant un calendrier précis.
Mais voilà : quelle confiance avoir dans ce genre de représentants qui traitent ceux qu’ils administrent comme des enfants ? Quel type de démocratie peut se passer de débat franc ?

  1. Hors armée, les fonctionnaires américains appartiennent aux agences fédérales (deux millions d’agents) et aux services postaux (un demi-million). J’ignore quel est le statut des agents publics locaux : communes, comtés, états. J’imagine, en vertu de la grande indépendance de chaque État, qu’ils varient selon les endroits. Par ailleurs, certains statut comme la tenure (titularisation) pour les universitaires n’implique pas une sécurité de l’emploi. []
  2. Je ne parle pas des profs contractuels en école d’art : nous sommes recrutés en tant que personnes (artistes, essayistes), pour nos qualités singulières. Même si les règles administratives qui nous affectent peuvent être dures (exemple : rater deux fois le concours pour être titularisé, et devoir quitter l’emploi que l’on occupait pourtant depuis quinze ans – enfin c’est la légende qui court, j’ignore si elle est fondée, je dois vérifier ça), au moins, nous sommes un peu plus que des numéros. []

Charlie Hebdo is not mocking a kid’s tragic fate

(This is only my second post in english, wich is not my first language. I hope that native english speakers won’t judge my unpracticed school english in a too harsh way).

...

The left image says « So close to the goal ». The poster showing some kind of Ronald MacDonald says « Bargain! Two children meals for the price of one ». The right cartoon states « evidence that Europe is christian. Christians walk on water. Muslim children sink ». Both drawings are a reference to the three years old boy Aylan Kurdi who died drowning while trying to cross the Mediterranean Sea with his parents, all the family fleeing far from Syria.

I guess I have to introduce myself first. I am a nearly 47 years old french arts teacher. Politicaly, I’d describe myself as an ecologist and an anarchist. This means in my case that I don’t support gods, kings, nations nor borders, and that I consider that our world is small, delicate, beautiful and important. I guess money, law and politics are useful tools but I’m not very satisfied of what they become when they stop beeing everyone tools to become oppressive powers. I don’t hate people of any category (beliefs, origins,…), but I can’t like people on such theorical basis either: I only can appreciate individual beings for who they are, not for what they are. For myself as for others, I love freedom, knowledge, reason and creativeness.
And I also love humor. And that’s my subject here.

...

I can’t understand why but on Twitter and on medias such as Morocco World News, The Independant, The Daily Mail, etc., is spread a fake cover of Charlie Hebdo with the Aylan/Ronald MacDonalds drawing. The actual cover of september the 9th issue (#1207) shows a filthy frenchman in a chair with a beer in the hand, using a migrant as a coffee-table and saying « make yourself at home ». The caption says « Welcome to migrants ». The two controversial drawings actualy come from the back page of the newspaper, and are surrounded of other drawings that mostly depict France and Europs as very selfish to the migrants.

There is a french saying stating that « Humour is the courtesy of despair ». (« L’humour est la politesse du désespoir » — the author of the sentence seems to be french movie director Chris Marker). Even though humour is many other things, I like this aphorism, it means to me that that humour is a way to fight sad events, and the sadest and hopeless one of all events: death.
People who just make fun of others, who mock others, don’t make very good humour, if any humour at all. Of course, a falling, a strange outfit, a funny face or a stupid action can make laugh, but this is not humour. A form of humour that just tries to make fun of others is, I think, never funny — or at least never funny as it intends to be.
Humour doesn’t work in the same way everywhere: it doesn’t cross borders very well. It’s a well-known fact, but it became possible to verify it quite well with the Internet: now, a french cartoon can be spread all over the world in a minute. And even though I know that people don’t laugh of the same things everywhere, the brutal international reaction to the two drawings displayed at the begining of this page was completely unexpected to me.

charlie_hebdo_tweets

See for instance  Charlie Hebdo Reopens Freedom Of Speech Debate With Cartoons Depicting Death Of Aylan Kurdi (the british Huffington Post) or Charlie Hebdo Mocks The Death of Syrian Child Aylan Kurdi (Morocco World News). Those papers, the tweets they reproduce and lots of the comments made after them seems to have understood that Charlie Hebdo’s team think that a kid’s tragic death can be considered as a funny thing, and that there would exist a miraculous superiority of Christians to Muslims.
As a french person, knowing Charlie Hebdo since thirty years at least, I don’t read these drawings this way at all. It is obvious to me that the first one is performing a crual visual oxymoron between a great unfortunate hope for a better living (or even for the right of beeing alive), and the pathetic artificial joy of consumerism. It tells that you have a very different life depending on the side of the sea you were born.
As Charlie Hebdo’s drawers are all more or less atheists and have always made fun of all religions, especially Christianism, showing Jesus walking on water is a mocking of bigotry. Of course, Christians don’t float while Muslims sink. But it’s not only about bigotry, as Christians with a deep faith also know they sink in water. It has a second meaning about an actual injustice: while thousands of Syrians (but also Erythreans, Sudanese, etc.) risk their life to cross the sea, this very same sea is, for most Europeans, a place for hollydays. So it is in a way true to say that this same place is not the same for all.

Three other cartoons from the same issue

Three other cartoons from the same issue. The left one shows Jean-Marie Le Pen, the senile founder of Front National, France main’s nationalist political party, who has been expelled from his own organization for beeing too obviously racist. Here, it is said « more and more racist, Jean-Marie Le Pen creates his (new) party », and the guy says « Bleu blanc rouge » (blue, white, red), that is the french flag’s colors, but can also remind the dead boy. The middle drawing shows two fat tourists and a voice asking them to move, attributed to a photographer who « ruins holliday ». The third drawing says « Welcome on Children island », refering to a 1970s french kind of Sesame Street called « Children island ». The two first drawings are criticizing something from France (fascism, tourism), and the last one just creates a gap between two kinds of childhood: television fun for the French and pain or death for the little Aylan.

I’m usually not very fond of Riss, the cartoonist, but I happen to think these two pecular drawings are quite good ones. I nonetheless can get why some people judge insensitive or disrespectful to recall a so terrible tragedy in a drawing intended to be funny. It seems that british people are very sensible to this decency question. But people who have never read Charlie Hebdo must know that it’s a normally gross and disrespectful newspaper with, very often, that kind of macabre humour. They must also be aware that it’s not a newspaper about Islam, they treat every news subject the same way, and they did that even about the life threats they received, and they even tried to stay funny while talking about their own tragedy of January 7th, 2015, when a part of their team has been murdered by some young french guys claming to kill in the name of the muslims of the whole world. As french newpapers talk very much about refugees, these days, Charlie Hebdo does the same. The following drawing shows the little Aylan boy in cover of any french paper:

...

(I had to cut the image in three parts, it was to high) The picture shown is each time the little Aylan Kurdi, but the titles makes fun of the newspapers usual subjects. For Instance, far-right magazine « Minute »‘s caption is « a 3 years old terrorist counteracted by the tide ».

So I understand why some get upset or uncomfortable about respect issues, even though I’d like to point out that what is actually awful is not drawings — a little bit of ink on paper —, but the real story it is about: thousand of refugees sunk in the sea while trying to get a better life.
I also can understand well why a lot of people don’t think it is funny, as what it is about is definitely not funny.

What I can’t understand at all is how the two controversial drawings could have been understood as anti-refugees, anti-Islam or racists. My very first feeling is to ask myself how it is possible to be that blind (I use the world blind not to be too rude or arrogant). I suppose there are two reasons for that. The first is that this kind of dark humour is quite common to most french people (Charlie Hebdo will turn 45 years old in a few weeks), but is quite far to today’s international political cartoons. It can remind, though, excesses and quite bad taste of some british satirists of the end of the XVIIIth century, as Thomas Rowlandson, Isaac Cruishank and James Gillray’s, for instance. For people who live in countries with no freedom of speech at all, where criticizing the dictator, religious people, or the army can lead to jail, Charlie Hebdo‘s existence must be quite impossible to comprehend.
Another reason I see is that the smear campain against this satirical paper had succeded: it is so easy to tell what is in a journal when it is not to people who can’t and won’t read it. To take a few drawings among hundreds and to say « See what this paper says against you ».

Some

Some of the few excessive reactions to the cartoons. Some call for a new murder, some say the murderers did well, some think that Charlie Hebdo is a jewish paper and it doesn’t seem to be a reason for love and understainding for them, I’m afraid. A lot think that the Jesus drawing is the more outrageous. A lot of people seem to believe that « Charlie Hebdo » is a person. Actualy, « Charlie » comes from « Charlie Brown », and « Hebdo » just means « Weekly ».
Among the commentaries, I also read people for all over the world saying that they couldn’t understand how people could understand these drawings as racist.

France has some deeply racist and insensitive persons, for sure. Those ones don’t make drawings about a three years old kid. They ask newspapers not to show his photography, not for decency but because they know it can change the audience’s mind about refugees. They tell the only fault is the boy’s father’s, who shouldn’t have put his life in jeopardy. Some even tell it is a conspiracy, that the boy didn’t exist, or that this boy’s father was not a refugee but a people smuggler. They think that Europe is much too generous and they say that refugees must be rejected as they are terrorists in disguise. Charlie Hebdo says nothing of that and, on the contrary, mocks these racist people.

Le pays des droits de l’homme et de la crevardise

Je me souviens d’un couple de boulangers qui, le matin de l’ouverture de leur commerce, avant d’avoir vendu leur première baguette, ont accroché, bien en vue derrière le comptoir, un écriteau qui disait :

« La maison ne fait plus crédit ».

Ils étaient à peine installés, donc, qu’ils soupçonnaient déjà les gens de vouloir abuser de leur immense générosité, une générosité virtuelle, puisque n’ayant jamais été mise à l’épreuve. Tout le sel de la formule se trouve dans ce « plus », qui suggère une bonne volonté découragée par l’expérience. S’il existe une identité nationale, une spécificité française, elle me semble se trouver dans cet esprit crevard1.

Ce matin, le premier ministre a tweeté ceci :
valls_agir

Il a aussitôt reçu des tombereaux de remarques sarcastiques ou insultantes2, beaucoup jugeant se déclaration hypocrite puisque, du fait de sa position, il est mieux placé pour agir que pour exhorter à l’action.
De mon côté, même s’il me semble dommage de s’abriter une fois de plus derrière une « réponse européenne » et si j’ai envie au passage de faire remarquer que l’on ne perd pas son nom en mourant (cet enfant s’appelle toujours Aylan Kurdi3!), je trouve encourageant que le premier ministre affirme qu’il est urgent d’agir, parce qu’en le faisant il s’engage et le fait même en prenant un authentique risque politique. En effet, un sondage paru hier nous apprend que les Français jugent très majoritairement que leur pays ne doit accueillir aucun réfugié.

Sur la page de l’article qui rapporte ce sondage, on voit une fois de plus les commentateurs anonymes sont nombreux à juger qu’ils sont, dans l’affaire, les plus à plaindre, et à se considérer eux-mêmes comme les lymphocytes blancs de leur « identité » chrétienne4 :

commentaires_bfm

En parlant de BFMTV, j’ai été témoin d’une séquence proprement ahurissante sur cette chaîne : dans une bande-annonce qui présentait les sujets de la prochaine édition du journal, le commentaire en voix off parlait de l’afflux des réfugiés, tandis qu’à l’image, on voyait le portrait d’Ayoub El-Khazzani, l’homme qui était monté avec des intentions meurtrières, dans le Amsterdam-Paris du 21 août dernier. Comment peut-on justifier un télescopage aussi tendancieux ? Incompétence pure ? Image subliminale malveillante ? Expression de l’inconscient du réalisateur du montage ? Je ne parviens pas à imaginer de raison pardonnable.

Pour revenir à mes boulangers (qui ont fini par passer la main à un autre couple, d’un abord plus sympathique et faisant un meilleur pain), il s’est avéré, les années passant, qu’ils n’étaient pas si mauvais bougres : une fois qu’ils ont commencé à bien connaître leur clientèle, ils n’ont plus été ni méfiants, ni revêches, ni racistes, même si je dois dire que je préfère ne pas savoir ce qu’ils votent. J’imagine que c’est là que se trouve l’espoir : un premier réflexe égoïste n’empêche pas, une fois rassuré sur la durabilité de son petit confort, de se montrer plus généreux et plus humain et de ne pas refuser de donner quoi que ce soit avant même que cela ait été demandé.

Les larmes de crocodile d'Éric Ciotti

En haut à gauche, les larmes de crocodile d’Éric Ciotti. Un progrès, ou bien ne verra-t-il pas le manque de cohérence avec ses autres prises de positions récentes sur le même sujet ? (posté sur Twitter par @Coexister75)

En ce moment, mon fils donne des cours de français à des migrants réfugiés en région parisienne qui viennent, eux, de Somalie, du Soudan et d’Érythrée. Je dois dire que je suis très fier de lui. De mon côté, je n’ai pas de leçons à donner, je n’ai pas fait grand chose sinon signer cette pétition.

  1. Je mérite mon point Godwin en le disant, mais je pense que la période de l’Occupation se serait passée bien différemment si la mentalité française avait été un peu différente. []
  2. J’aime beaucoup Twitter pour l’usage que j’en fais, mais j’ai peur que l’horizontalité des rapports (une horizontalité technique : tout le monde a le même droit à écrire, quelle que soient ses revenus, ses diplômes, sa profession,…) soit souvent accompagnée d’une grande violence envers toute personne dotée d’une petite notoriété, et plus encore envers les gens qui représentent l’État ou le monde politique : chacun de leurs tweets est suivi d’injures (ou de flatteries, d’ailleurs), enfin de réactions qui ne doivent pas vraiment donner envie d’interagir en bonne intelligence. J’admire ceux qui le font tout de même. []
  3. Enfin très exactement Aylan Shenu, rebaptisé Kurdi en Turquie du fait de son origine ethnique. []
  4. Les réfugiés syriens sont souvent chrétiens.
    Il faut dire que « Chrétien », ici, n’est pas une religion ni une idéologie politique (j’ai beaucoup de choses à reprocher aux religions mais les Évangiles parlent sans ambiguïté de partage et d’accueil de l’étranger,…), mais une « identité ». []

Faut-il montrer les morts ?

(suite à un débat sur Twitter)

Je ne vais pas le faire, je ne vais pas montrer les photos d’enfants retrouvés noyés au large de Zuwara, en Libye, après le naufrage du navire qui les transportait. Je vous laisse décider si vous voulez, si pouvez ou si vous devez les voir, une simple recherche sur Google vous y amènera sans aucun doute. Je ne décide pas pour vous, mais pour ma part, ce sont des images que j’ai regardées et qui ne me semblent pas inutiles. Je ne les ai pas non plus trouvées « gore » : il me semble (qu’on m’excuse d’en parler avec une apparente distance) que les photos de gens récemment noyés sont toujours terriblement tristes, mais pas exactement répugnantes. Elles dégagent généralement quelque chose d’apaisé qui contredit la violence que l’on peut imaginer aux conditions de la noyade.
Je comprends tous les arguments que l’on m’oppose : montrer des morts, c’est les utiliser, les instrumentaliser, les transformer en images, c’est à dire en objets. C’est produire de l’émotion facile, apte à court-circuiter l’émotion : on voit les cadavres, et cette vision nous émeut, mais nous empêche de mettre leur existence en perspective, nous fait oublier de nous demander pourquoi ils sont là. Et paradoxalement, c’est aussi habituer le public à la vision de l’horreur, jusqu’à ce qu’elle devienne banale et que ceux qui assistent au macabre spectacle ne ressentent plus rien.

mer_mediterranee

Non seulement je comprends ces arguments, mais je pense qu’ils sont fondés.
Et pourtant, je pense que les arguments contraires sont fondés eux aussi. Lorsque l’on nous dit que deux-mille cinq cent personnes sont mortes en Méditerranée depuis le début de l’année, ces personnes ne sont q’un nombre. On peut même en faire une statistique et dire que les morts ne représentent qu’un pour cent des migrants qui ont tenté la traversée, puisque c’est vrai. Il n’y a pas beaucoup de différences entre des nombres, ils sont tous faits de chiffres et, au delà d’une certaine limite, deviennent complètement abstraits et interchangeables. Inversement, quatre photos d’enfants noyés, ce sont quatre personnes qui ont vécu et qui sont mortes au nom de nombres, justement : au nom de quotas officieux ou officiels d’accueil de réfugiés, au nom de la différence de revenus entre les habitants de chaque rive de la mer et de tout ce qui en découle : guerres ou espoirs. Montrer par l’image les effets d’une situation nous y confronte de manière un peu plus concrète.
Montrer des photographies, ce n’est pas un manque de respect et de considération, enfin ça peut être tout aussi bien le contraire, ça peut servir à rappeler que les gens ont un visage, sont des individus, ont existé. Exister un tout petit peu dans les mémoires, même anonymement, par une dernière image — peut-être l’unique image, pour certains —, ça ne console de rien, ça ne répare rien, mais ça n’est pas non plys une dégradation ou une perte de dignité, en tout cas pas celle des morts. C’est une manière de montrer qu’une vie a été fauchée, et si le fait de s’en sentir ému ne rend pas intelligent, ça ne rend pas forcément méchant, d’autant que chacun nous connaît sa responsabilité diffuse ici.

#telAvivSurSeine

J’ai posté plein de bêtises ces derniers jours, alors redevenons sérieux.
Je ne me suis pas trop intéressé à la polémique entourant la manifestation « Tel Aviv sur Seine », mais j’ai fini par le faire en lisant un étrange article qui affirme que le battage médiatique autour de « Tel Aviv sur Seine » est artificiel et a été sciemment provoqué par un groupuscule d’utilisateurs de Twitter qui ont utilisé la technique dite « de l’Astroturfing »1 afin de sembler constituer une masse innombrable alors qu’ils n’étaient, selon les estimations de l’auteur, qu’une dizaine de milliers, parfois arrivés sur Twitter récemment, et souvent liés les uns aux autres par leurs idées politiques — ce qui n’est pas vraiment rare sur Twitter ! J’ai trouvé cette manière de disqualifier l’opinion un peu légère : dix mille personnes, ça me semble plus légitime en tant que mouvement spontané que les polémiques auto-engendrées autour d’une petite phrase par deux ou trois journalistes qui lui donnent une existence en prétendent se contenter de la rapporter. L’auteur de l’article est un chercheur de l’Université de Louvain : est-ce que les tensions autour d’Israël sont moins exacerbées en Belgique qu’en France, pour que cette personne n’arrive pas à imaginer l’effet produit par « Tel Aviv sur Seine » un an seulement après une guerre à Gaza ?

Afin de concurrence Tel Aviv sur Seine et d'améliorer l'image

Afin de concurrence Tel Aviv sur Seine et d’améliorer l’image quelque peu négative dont pâtit l’État Islamique, je propose de lancer une manifestation nommée Mossoul à la Mer de sable
Oui, je sais, c’est vraiment de très mauvais goût mais j’ai pas pu m’empêcher.

Pour ceux qui liront cet article dans trois mois, quand tout sera oublié, je résume : dans le cadre de « Paris-plage », la mairie de Paris a eu l’idée incongrue de nouer un partenariat  culturel avec une ville qui pour certains est une simple station balnéaire méditerranéenne, pour d’autres la ville moyen-orientale de la nightlife musicale, arty, gay-friendly, anti-Likoud, moderne,… et pour d’autres encore, la capitale d’Israël2.
Il paraît que le but de l’opération était de redorer l’image d’Israël, un nom que l’opinion publique associe surtout à des conflits territoriaux et qui a donc bien besoin de changer d’image publique. Je dois l’avouer, même si je sais que ce pays est bien d’autres choses que ça, ma catégorie mentale « plage + Israël » ne convoque pas des images de vacances, de baraques à falafels, de fête et de tolérance, mais juste le souvenir des quatre enfants morts il y a un an sur une plage de Gaza où ils jouaient3, et où ils ont été victimes d’une frappe aérienne de Tsahal, qui au même moment vantait l’humanité et la précision de ses attaques : seules les cachettes des combattants adverses étaient visées, et lesdits combattants avaient tout le temps de se mettre à l’abri puisqu’ils étaient prévenus à l’avance des bombardements grâce à des coups de téléphone, des SMS, des tracts, et, pour finir, des sommations explicites à coup de bombes assourdissantes. Des précautions pour minimiser les pertes civiles qui, selon le site officiel de l’armée israélienne, je cite, « prouvent le déséquilibre moral entre Tsahal et le Hamas ». Il y a une certaine poésie dans cette fable absurde d’une armée qui dirait à ses cibles de se pousser un peu pour qu’elle puisse bombarder l’endroit où ils ne seront plus. Mais ce n’est pas une forme de poésie très sympathique, car forcer les gens à se positionner vis à vis d’une absurdité, c’est aussi les forcer à choisir un camp en court-circuitant leurs capacités cognitives, en se situant par-delà la logique, en fonction de ce en quoi ils ont envie de croire pour rentabiliser leurs investissements affectifs4. C’est ce que font presque invariablement les religions, les partis politiques, les armées et les nationalismes5 : imposer à ceux qui s’y rallient d’abdiquer une part considérable de leur intelligence en échange de l’illusion de disposer de la force du nombre — illusion puisque si le nombre est puissant, c’est en supprimant la volonté propre de ceux qui le constituent. Autour de la question d’Israël, la chose se pose de manière assez terrifiante, lorsque quelqu’un qui a des attaches en Israël vous soutient que les Palestiniens qui meurent l’ont fait exprès pour se faire plaindre et qu’ils méritaient donc bien les bombes qu’ils ont reçues. Et on s’étouffe aussi lorsque la même personne vous explique que toute critique d’Israël est forcément antisémite, que ce soit consciemment ou pas6, et quand bien même on serait juif soi-même, ce qui constituerait alors au mieux une démonstration de haine de soi, et au pire, une trahison des siens.

à gauche, l'avocat Arno Klarsfeld  Photos Louis Witter / l"Obs"

À gauche, l’avocat Arno Klarsfeld, connu pour s’être brièvement engagé dans l’armée israélienne, comme garde-frontière, profite de l’événement pour exhiber ses pectoraux. À droite, une militante de la cause palestinienne
Photos Louis Witter / l »Obs »

Ces questions sont tristement banales, bien connues, chacun a son propre avis (ou en tout cas ses réflexes) à leur sujet, alors je me dis à présent que « Tel Aviv sur Seine » n’est pas une manifestation idiote qui aurait provoqué de l’hostilité en tentant maladroitement une opération de communication destinée au contraire à se faire apprécier. J’ai peur qu’elle n’ait un but bien plus cynique, qui semble avoir été en partie atteint : forcer les gens à se positionner, à être pro-Israël ou anti-Israël, et notamment à pousser encore un peu plus les Français juifs à croire qu’ils sont haïs dans le pays dont ils ont la nationalité, et à les convaincre qu’il faudra bien un jour qu’ils le quittent pour aller vivre en Israël, censément refuge pour tous les juifs du monde. Et en face, bien sûr, les pro-palestiniens se mobiliseront contre ce qu’ils jugeront être une provocation obscène, renforcés dans cette idée par les gens (nombreux ou alors bien médiatisés, je ne saurais dire) qui se rendent à Paris-plage pour manifester leur soutien non seulement à Tel Aviv sur Seine, mais à la politique israélienne actuelle en général.

Est-ce que ça a fonctionné sur toi, ami lecteur ? Est-ce que ton niveau de peur de l’avenir ou de détestation de ce qu’on te présente comme camp adverse a augmenté ? Est-ce que tu t’en moques ? À chacun de se poser ces questions à lui-même.

  1. Astroturf est en fait une marque américaine de pelouse artificielle. J’ignorais qu’il existait un mot pour désigner le phénomène. Effectivement, les moyens d’expression en ligne permettent de créer des effets de groupe qui s’avèrent factices, mais je ne suis pas certain que la méthodologie mise en œuvre par Nicolas Vanderbiest pour révéler et étudier le phénomène tienne vraiment la route. []
  2. Sauf pour… Israël, qui revendique Jérusalem comme sa capitale. []
  3. Manque de chance, la tragédie s’est déroulée à deux cent mètres d’un hôtel où séjournaient de nombreux journalistes dont beaucoup ont assisté à la scène et se sont même occupé des enfants blessés. Ils étaient trop impliqués, trop directement témoins pour accepter de croire, cette fois, que les enfants en question avaient été placés là exprès pour devenir des martyrs. []
  4. J’entends par là que choisir une position qui n’est pas celle du camp que l’on a choisi a un coût : risque de rupture au sein de la communauté à laquelle on s’identifie, ou, à titre plus individuel, disparition d’une partie des fondations de sa vision du monde. []
  5. Je ne suis pas naïf, je sais bien que les compromissions avec sa propre intelligence sont indispensables à la vie en société, et je constate en m’observant moi-même que la décision fonctionne souvent comme un interrupteur, et particulièrement dans les cas d’indécision. Pour rester intelligent et juste, il faudrait, à chaque instant s’en souvenir et résister aux automatismes culturels et affectifs. Mais la seule rétribution certaine de l’intelligence est la solitude, car chacun a besoin de s’assurer du soutien et de la fidélité de ceux qui l’entourent plutôt que de leur sens de la justice et de leur sagacité. []
  6. C’est commode, l’inconscient : comme Dieu on peut lui faire dire un peu ce qu’on veut, mais en plus, en faisant douter la personne de ses propres sentiments et intentions. []