Je n’en parle jamais, mais voilà, c’est le moment de l’admettre : je suis chrétien1.
Et athée, aussi. Et un peu taoïste, façon Ursula Le Guin mais on en parlera une autre fois.
Tout le contraire de Donald J. Trump et sa clique de chiens de l’Enfer.

(Bref, « au fond de son cœur » (mais quel genre de cœur ?), chacun devrait savoir que l’assassinant d’une jeune mère de trois enfants par un policier était justifiée, et qu’elle est la seule responsable de son malheur)
Dans la foulée de l’affaire du meurtre de Renée Nicole Good par un agent de l’ICE, j’ai visionné des vidéos du catholique converti J.D. Vance, vice-président des États-Unis d’Amérique, et de Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, elle aussi catholique pratiquante, qui arbore ostensiblement un crucifix doré lors de ses conférences de presse. Ces deux personnalités politiques qui affirment que leurs actions, leurs positions et leur moralité sont dictées par la foi catholique n’ont pas peur de mentir, menacer, et revendiquer une forme assez pure de xénophobie, puisque pour eux, tout individu d’origine latino-américaine ou somalienne doit être soupçonnée non seulement d’être administrativement en faute, mais aussi d’être criminel : dealer, voleur, meurtrier, et ogre qui sort la nuit pour enlever les animaux de compagnie du voisinage et pour les manger. Et toute personne qui n’a pas cette vision des choses est « politiquement biaisée » et abuse des libertés d’action et d’expression que lui garantit la constitution.

Journaliste : « You’re asking me my opinion? »
Karoline Leavitt : « Yeah »
Journaliste : « Because an ICE agent acted recklessly and killed her unjustifiably »
Karoline Leavitt : « Oh okay, so you’re a biased reporter with a left-wing opinion…you’re a left-wing hack. You’re not a reporter. You’re posing in this room as a journalist (…) you shouldn’t even be sitting in that seat. »
Je me rappelle que l’ancien comme le nouveau testament sont assez clairs au sujet de l’étranger : « tu aimeras l’étranger car tu as été étranger dans le pays d’Égypte » 2 ; « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ »3 ; « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi (…) Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »4. Rien d’ambigu dans tout ça ! Et pour les responsables politique d’un pays fondé par des immigrants, qui se réclament d’une religion antique fondée au Moyen-Orient et structurée par un juif turc hellénisé (Paul de Tarse) et un évêque maghrébin (Augustin d’Hippone), la confusion morale semble plus absurde encore.

(My Liberty… Ouais mec mais the liberty des uns s’arrête où commence celle des autres, personne ne t’a dit ça à l’école des camelots de l’évangélisme ?)
J’ai visionné aussi des prêches du pasteur Hank Kunneman, d’Omaha, qui entre deux glossolalies fait des prophéties, s’exprimant en toute simplicité au nom de Dieu (dont il n’est que l’humble vaisseau — humble au sens spirituel, bien sûr, pas au sens du compte en banque), et expliquant que l’attaque par Donald Trump du Venezuela est une « intervention divine pour reprendre les places-fortes démoniaques ». Loin de nier que Trump se soit intéressé au Venezuela en tant que première réserve de pétrole au monde, il explique que c’est justement ce que Dieu demandait :
« Ils disent que tu t’es emparé du Venezuela pour le pétrole. Oui, c’est vrai (…) l’ennemi a cherché à amener la guerre et le conflit par le Venezula pour contrôler le pétrole de la terre [Euh ouais, c’est exactement ce qu’a fait Trump !]. Mais le pétrole spirituel et le pétrole naturel n’appartiennent pas aux forces des ténèbres (…) ceci est ma réinitialisation [reset, en anglais] et le pétrole de la nature comme le pétrole de l’esprit sont à moi, dit le seigneur (…) et au travers du pétrole, vous verrez l’or et l’argent. Et il y aura une réévaluation des devises. Et il y aura un flot (…) cela est le pétrole de mon esprit (…) et cela se verra dans les signes du pétrole naturel et de ses raffineries (…) et je ferai ceci, dit le seigneur, et je verrai le prix du pétrole descendre, descendre, descendre (…) Je montrerai au monde à quoi ressemble une nation qui se réclame de Dieu car bénie est la nation dont le seigneur est Dieu »
Traduit en français, le propos est comique, puisque nous parlons en français de « pétrole » là où le pasteur Kunneman utilise le mot « oil », qui signifie bien « pétrole » dans le contexte, mais qui en anglais signifie surtout « huile », une substance importante dans la liturgie chrétienne.
Une autre certitude que l’on comprend en filigrane dans les prêches de ce ce pasteur (et bien d’autres issus des mouvances néo-apostoliques protestantes) c’est que les États-Unis d’Amérique (ou du moins la partie de ce pays qui vote pour Donald Trump !) sont la nation choyée de Dieu, son bras armé. Tout ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour Dieu et toute personne qui conteste les actions de l’empire étasunien sont alliés aux forces des ténèbres.

Je n’ai pas la foi. Je ne crois pas que Dieu existe autrement que par l’activité de ceux qui s’en réclament, je ne crois pas que l’histoire de l’Univers ait un début ni, donc, un créateur, je ne crois pas que l’on survive à la mort autrement que par son héritage — héritage au sens le plus large.
Bref, je suis athée mais je crois bien que je suis chrétien, et que je le suis même bien plus que Karoline Leavitt, J.D.Vance, Hank Kunneman et autres. Tout d’abord je suis légalement chrétien, puisque baptisé, puisque j’ai fait mon catéchisme jusqu’à la confirmation (embobiné par un copain portugais qui m’avait vendu le caté comme une sorte d’école où on ne fait que dessiner). Je suis même pavloviennement chrétien puisque l’on m’a éduqué à me lever, à m’asseoir et à terminer les phrases du prêtre aux moments prévus lorsque j’assiste à un office : « Et avec votre esprit » ; « Amen ». Je suis aussi culturellement chrétien, luthérien du côté de ma mère et catholique du côté de mon père, avec, par sa grand-mère paternelle, une ascendance huguenote, non-conformiste5 et anglicane.
Mais ce n’est pas tout. Je crois que je souscris (que je sache les appliquer au jour le jour ou non) à de nombreuses notions chrétiennes : l’amour du prochain ; le pardon et la foi dans la rédemption ou la réparation ; l’hospitalité, l’accueil de l’autre ; le partage ; l’égalitarisme ; la bienveillance ; le souci de la justice ; le pacifisme ; le respect de la liberté individuelle…
Ce n’est pas parce qu’il ne sait pas citer son passage favori de la Bible et qu’il s’endort aux offices religieux auxquels sa position politique le force à assister que Donald J. Trump n’est pas chrétien6. Il n’est pas chrétien parce que rien dans les Évangiles ne justifie la vanité, l’égoïsme, la prédation, la brutalité, le nationalisme, la haine de l’étranger ou la censure.
Enfin faut peut-être que je relise mais dans mon souvenir, Jésus n’était pas fasciste.
- Billet de blog que j’écris en réaction à des événements récents, mais aussi en réponse à un collègue qui était étonné de m’entendre invoquer ma culture protestante pour commenter le travail d’une étudiante au sujet de l’hypocrisie sociale… Selon ce qui m’arrange, je suis catholique, protestant, anarchiste, artiste, non-artiste, enseignant, apprenant, français, norvégien, parisien, limousin, banlieusard, pyrénéen, fonctionnaire, freelance, écrivain, intellectuel précaire, bourgeois… Et quelque part, tout est vrai, je suis, comme tout le monde, constitué d’une multitude de couches. [↩]
- Deutéronome 10:19 et 23:7 ; Exode 22:21 ; Lévitique 19:34. [↩]
- Galates 3:28 [↩]
- Mathieu 25:34 [↩]
- Les non-conformistes sont des protestants anglais non anglicans. Dans le cas, calvinistes. Les non-conformistes étaient tolérés mais ne pouvaient pas obtenir certaines charges dans l’administration ou dans l’armée. [↩]
- Pas plus chrétien que, dans d’autres genres, le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin ou l’impérialiste Vladimir Poutine. [↩]