La guerre

La grande bataille politique actuelle est la bataille du récit.

Gary Kasparov

Bientôt quatre ans que la Russie s’est engagée dans l’invasion de l’Ukraine, guerre qui fait suite à l’annexion de la Crimée et la Guerre du Dombass (2014). Le despote Biélorusse Alexandre Loukachenko et de nombreux journalistes proches du pouvoir russe avaient affirmé que cette guerre ne durerait que trois jours. Plus modeste, Vladimir Poutine pensait pouvoir prendre Kiev en deux semaines. Depuis l’anecdotique Luc Ferry jusqu’à l’affreux Donald Trump, il s’est trouvé beaucoup de gens pour annoncer régulièrement l’inéluctable, souhaitable et imminente capitulation de l’Ukraine. Mais non, l’ours-qui-vendait-la-peau-de-l’ours et les oiseaux de mauvais augure ont jusqu’ici eu tort, l’Ukraine tient bon. Le coût de cette guerre est exorbitant pour la Russie (près d’un demi-milliard d’euros par jour, la dépense militaire accaparant désormais 40% du budget de l’État fédéral !), et plus encore pour les Ukrainiens :

  • dix mille, peut-être vingt mille enfants ukrainiens ont été enlevés par la Russie pour être élevés par des parents russes, dans une sorte de nouveau Lebensborn. Aux pro-russes qui sont sensibles aux violons1 poutiniens : c’est ça que vous défendez !
  • Au moins autant de civils ukrainiens ont été tués (quand du côté russe, les morts de civils causés par l’armée ukirainienne semblent rarissimes et non intentionnelles)
  • Des milliers de femmes ukrainiennes mais aussi de soldats ukrainiens prisonniers ont subi des viols, selon un système visiblement encouragé par un pouvoir qui a fait de la version la plus pouacre de la virilité une obsession d’État — outre la pénalisation de l’homosexualité par Poutine, on remarque chez ses soutiens une rhétorique masculiniste qui rejoint la vision trumpiste : l’Europe de l’Ouest serait décadente et dévirilisée, elle n’a pas un président qui se balade torse-nu dans la nature avec un fusil.
  • La guerre a fait en tout plus d’un million de blessés, peut-être deux-cent mille morts dans l’armée russe, qui, dans toute son Histoire a montré que les vies de ses propres soldats n’avaient pas beaucoup plus de valeur que celles des soldats d’en face, si ce n’est ensuite pour faire des statues patriotiques. L’inefficacité dispendieuse de l’armée russe, une armée d’ivrognes et de violeurs, est quelque chose d’assez extravagant, et plus encore à une époque où le pays souffre de dénatalité.
  • La société russe semble avoir, au passage, perdu ses dernières scories de liberté d’opinion, entre les opposants assassinés, les généraux et les journalistes défenestrés, et une population qui n’ose plus vraiment s’exprimer. J’entendais un spécialiste du pays dire que le russe-de-la-rue évite d’avoir un avis sur la guerre, que, tout ce qu’il demande c’est qu’on n’envoie pas ses enfants sur le front mais juste des mercenaires, des étrangers ou des engagés venus d’oblasts pauvres2.

Un gâchis humain et financier effroyable, un gâchis tel qu’il semble impossible à la Russie d’arrêter la guerre qu’elle a provoquée, et bien sûr impossible à l’Ukraine de se résoudre à renoncer à sa souveraineté.
Un gâchis qui dure depuis quatre ans et qui n’a été soutenu que par de bien mauvais prétexte : la petite Russie aurait tremblé à l’idée que l’Ukraine entre dans l’OTAN, imaginant que des missiles nucléaires allaient être déployés à ses frontières. Pourtant, au moment de l’attaque, l’Ukraine avait officiellement renoncé à sa demande d’adhérer à l’OTAN. L’Ukraine était tellement loin d’entrer dans l’OTAN que dans un premier temps, le seul soutien logistique qui lui a été apporté par l’Ouest était constitué de casques, et il a fallu attendre deux ans, à la toute fin de la présidence de Joe Biden, pour que les États-Unis autorisent l’Ukraine, à ses frais, à utiliser des missiles (non-nucléaires) de longue portée… Juste avant que Donald Trump retire tout soutien logistique et moral à l’Ukraine.
Le 30 décembre dernier, l’armée russe a déployé des missiles nucléaires hypersoniques Oreshnik en Biélorussie, à la frontière de l’Ukraine3. Je pense au mot de François Mitterrand : « le pacifisme est à l’Ouest et les euromissiles sont à l’Est ».

Le baptême de Vladimir 1er, en 988. Souverain de la Rus’ de Kiev, Vladimir hésitait entre plusieurs religions. Il aurait convoqué — comme le début de certaines histoires drôles — un curé, un imam, un rabbin et un pope. La sobriété des catholiques, la proscription de l’alcool chez les musulmans (« La joie de la Rus’ est de boire » aurait dit Vladimir) et l’absence de royaume politique des juifs, ne l’ont pas convaincu. C’est l’église orthodoxe byzantine, pour sa débauche de dorures, qui lui semblait un avant-goût du paradis, qui ont motivé son choix. Son peuple a été converti sans plus de discussion ensuite4.
(Peinture : Viktor Vasnetsov, XIXe siècle)

Les prétextes régulièrement annoncés par Poutine sont tellement fallacieux et fragiles que l’armée russe redouble ses assauts chaque fois qu’un « plan de paix » est annoncé par Donald Trump : Poutine ne veut aucun accord, aucun compromis, aucune satisfaction des garanties qu’il demande, il veut juste conquérir l’Ukraine, et ce n’est peut-être qu’un début — les Baltes, les Scandinaves, les Finlandais, les Polonais, les Roumains, les Moldaves, se préparent assez activement à cette idée, en grande partie échaudés par leur Histoire récente, et plus généralement par un millénaire de constitution de l’Empire russe.
Le choix de déclencher la guerre n’a eu que des prétextes fallacieux (quand on veut noyer son chien, la loi du plus fort est toujours la meilleure…) mais sans doute a-t-il été motivé par une conjoncture apparemment favorable : l’accession à la présidence de l’Ukraine d’un ancien acteur venu d’une région russophone ; le départ à la retraite d’Angela Merkel, qui incarnait une Allemagne inhabituellement crédible géopolitiquement et une autorité pour l’Europe ; le Brexit, et plus généralement la montée des partis nationalistes, du sentiment anti-Européen et de clivages divers5 ;…
Personnellement, un pays que personne ne menace mais dont le budget militaire représente plus d’un tiers du budget total, un pays qui attaque en affirmant assurer sa défense en contrôlant son espace vital, un pays qui « libère » des régions au prétexte d’une langue commune ou qui s’empare de territoires en disant qu’il ne fait que récupérer ce qui lui a toujours appartenu d’après l’Histoire ou d’après dieu, je vois ça comme un pays impérialiste et belliqueux. Cela fait pas mal penser à la politique extérieure des États-Unis, cela fait penser à ce que furent les ex-empires français ou britanniques, et, puisqu’en plus c’est un régime totalitaire, ça me fait beaucoup penser à l’Allemagne nazie.

Huit ans avant de convertir son pays au christianisme orthodoxe, Vladimir a assassiné son frère Iaropolk, qui lui-même venait d’assassiner leur frère Oleg. Après quoi Vladimir a violé sa belle sœur Julia — une nonne grecque qu’avait capturée Iaropolk — jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. De ce crime naîtra vraisemblablement Sviatopolk « le maudit », qui une fois adulte sera envoyé au cachot par son père qui le soupçonnait de vouloir lui ravir le pouvoir avec la complicité de son épouse et d’un évêque. Rusé, avide, cruel, calculateur et brutal, Vladimir est désormais un saint chrétien, une des plus importantes figures de l’Histoire russe, et c’est un peu en son honneur que sont prénommés tous les Vladimirs, comme Vladimir Poutine… et Volodymyr Zelensky.
(illustration : Boris Chorikov, XIXe siècle)

Les pays de l’Union européenne souffrent d’avoir manqué de lucidité vis à vis de la nature profonde de la Russie de Poutine autant que vis à vis de la géopolitique étasunienne. Ils ont manqué d’esprit collectif, et puis ils paient au prix fort d’avoir mal répondu à la puissante crise de la représentativité actuelle, qui aboutit au dénigrement assez systématique des autorités politiques, judiciaires, scientifiques, sanitaires, journalistiques,… Enfin de tout ce qui favorise théoriquement la vraie démocratie contre l’arbitraire et l’insatiable voracité des puissants.
Aujourd’hui, la plupart des pays de l’Union européenne se résolvent à augmenter leur capacité militaire ou leur capacité à répondre aux « cyber-menaces », réfléchissent à une défense commune, semblent prendre au sérieux la question de leur souveraineté énergétique, industrielle et politique, mais ils ne répondent pas à toutes les questions : le fait que tant d’Européens soient convaincus à tort ou à raison que l’Union Européenne ne leur appartient est un vrai problème et on le doit moins à l’ingérence russe ou étasunienne (réelles) qu’à des décennies de defaussements inconséquents de nos politiques nationaux pour passer outre certains processus démocratiques quand ça les arrangeait : « c’est la faute à Bruxelles ! ». En renonçant peu à peu à ses standards en termes de progrès social ou de droits humains, l’Union Européenne perd les qualités qui justifient son existence.
Un second problème à régler me semble être de faire le deuil du reliquat de confiance que nous portons envers le gouvernement des États-Unis et peut-être plus urgemment encore, envers les géants de tech étasuniens, dont nous dépendons6 mais qui rêvent de voir l’Europe disparaître7.

Ce matin, Donald Trump, allié objectif de Vladimir Poutine et récipiendaire du « Prix de la paix de la FIFA » (premier et dernier, j’espère), a bombardé le Vénézuela et affirmé avoir kidnappé Nicolás Maduro et son épouse. La Russie, qui a certainement autorisé cette action, a émis une protestation formelle peu énergique, mais Kaja Kallas, qui dirige la diplomatie européenne, n’a même pas assuré ce service minimum, elle a affirmé « suivre avec attention » cette action, sans la condamner, voire en la justifiant puisqu’elle a rappelé que le gouvernement Maduro lui semblait manquer de légitimité. Elle a donc repris à son compte (et au nôtre, du coup), le récit trumpiste, malgré son absence totale de fondement juridique au regard du droit international et de la charte des nations unies. Je ne suis pas sûr que cette veulerie, sincère ou non, grandisse l’image de l’Union européenne et participe de son indépendance vis à vis des empires économiques qui se partagent la planète. Que dira Kaja Kallas quand les États-Unis annexeront le Groenland ?

Quand j’avais quinze ans, j’écoutais des groupes new wave et synth-pop qui parlaient de troisième guerre mondiale et de bombes atomiques. Le spleen post-punk. J’y croyais, d’une certaine manière, mais au fond de moi je me disais que le monde ne pouvait aller que vers plus de prospérité, de démocratie et de paix. Et un temps, ça a été vrai.
Ce n’est pas avec joie que je le constate, mais notre monde régresse, et si la France est en péril, ce n’est pas à cause du burkini ou des crèches dans les mairies, ni à cause de l’écriture inclusive ou de l’IA — sujets qui ont, certes, l’appréciable vertu de nous distraire des menaces que font peser sur nous (et ces sujets sont liés) la pénurie de ressources, la catastrophe climatique et l’ignominie des autocrates vaniteux qui veulent être retenus par l’Histoire à tout prix.

Nota : j’ai écrit ce billet de blog à la suite d’un échange pléthorique né dans la section « commentaires » de mon billet précédent, dont le sujet était très différent. Je connais plusieurs personnes qui, d’une manière ou d’une autre, semblent juger que l’invasion de l’Ukraine est justifiable. C’est un peu à eux que je m’adresse ici.

  1. La Russie se voit comme le pays qui s’est sacrifié pour défaire son ex-allié nazi. Et c’est vrai, on dénombre vingt-sept millions de morts soviétiques civils (aux deux-tiers) et militaires (en comptant la guerre d’invasion déclenchée par la Russie contre la Finlande). De la même manière, les étasuniens ont perdu près d’un demi-million d’hommes après le débarquement. Ces deux empires, qui n’avaient pas que des arrières-pensées humanistes (ils ont agi en concurrence) se voient en sauveurs du monde (mais on pourrait parler de la Grande-Bretagne, de la Chine, de la Yougoslavie,…) tandis que des nations comme la France (collabo et coloniale) et bien sûr l’Allemagne, sont sorties de la guerre de manière moins glorieuse. On a l’impression que les deux Empires de la Guerre Froide se voient comme étant incapables d’avoir tort, tandis que les pays de l’Europe de l’Ouest ont fait un grand ou moins grand examen de conscience, qui a abouti à la naissance de l’UE. []
  2. Je recommande une tranche de vie de télévision officielle russe par le journaliste Paul Gogo. []
  3. Et sept jours plus tôt, un cargo russe a sombré en mer méditerranée, au large des côtes espagnoles. Les relevés de radioactivité font penser que l’accident a été causé par la cargaison, apparemment des propulseurs de sous-marins nucléaires destinés à la Corée du Nord. []
  4. Histoire rapportée par la Chronique des temps passés, qui date du XIIe siècle. []
  5. On se souviendra que la Russie a eu une activité de désinformation importante pendant la crises des Gilets Jaunes en France, ou autour de la question de Gaza, par exemple. Évidemment pas un hasard. []
  6. On parle de « cloud souverain » mais le poids de français OVH ou de l’helvète Infomaniak (la Suisse, comme la Norvège, n’est pas bien loin de l’UE !) semblent traités comme des acteurs négligeables. Et ne parlons pas de l’IA Act, discuté depuis des années, entré en vigueur l’an passé… Et qui voit son application repoussée à l’été 2027, au moins, sous la pression inamicale de l’administration Trump. []
  7. Lire l’édifiant Apocalypse Nerds par Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, chez Divergences. []

6 réflexions sur « La guerre »

  1. Rubens33

    Salut Jean-No,

    Je me doutais bien que les événements d’aujourd’hui allaient te faire rebondir. Je vais te répondre, plus longuement. Mais là tout de suite, je n’ai pas le temps de structurer quelque chose.

    Tu as sans doute tes raisons de considérer que je « justifierais » d’une quelconque manière l’agression de l’Ukraine. Depuis le début, j’essaie juste de me situer dans un espace de Realpolitik, c’est-à-dire de mettre à distance les considérations morales qui ne pèsent rien dans l’issue d’un conflit. Et ce sera encore plus net concernant le Venezuela : sommes-nous en mesure, nous Européens, de peser sur l’issue de la crise venezuélienne ? Non. Nous en sommes réduits à faire des incantations, dont tu noteras que la tonalité varie d’un pays à l’autre, selon la sensibilité de sa chancellerie. Mon registre à moi n’est pas dans la justification ou non, car ça ne m’intéresse pas. Mon propos est de m’interroger sur notre capacité, à nous Français (dans un premier temps), à faire justement autre chose que de la gesticulation moralisatrice. La réponse est non pour le Venezuela, et la réponse est non pour l’Ukraine.

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    1. J.-N. Auteur de l’article

      @Rubens33 tu n’es pas la seule personne (coucou Camille, coucou Xavier) que je connaisse à avoir une position que je juge comme justifiant implicitement l’agression de l’Ukraine, à des niveaux divers (mais je ne connais personne qui dise « Poutine a bien raison »). Je comprends l’idée de la Realpolitik mais je pense que la pire version serait de renoncer au principe de justice. Le défaitisme est performatif.

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  2. Rubens33

    Une personne s’effondre dans la rue suite à une crise d’épilepsie. Le réflexe des passants est de filmer la scène avec leur téléphone, dans les secondes qui suivent la vidéo sera virale sur les réseaux sociaux.

    Les citoyens se réjouissent en masse que les magasins ouvrent le dimanche, ils en usent et en abusent. Quand on leur pose la question, beaucoup d’entre eux n’accepteraient jamais de travailler le dimanche. Ils sont d’accord, par contre, pour que les autres travaillent le dimanche.

    Ceci se passe en France.

    Le Lebensraum russe, les viols commis par l’armée, tout ceci est vrai. Mais comparons ce qui est comparable, et projetons-nous sur l’hypothèse d’une armée française en train d’envahir et de bombarder un pays étranger. Es-tu bien certain que les soldats français se conduiraient de manière plus civilisée que les soldats russes ? J’ai un élément de réponse, il suffit de faire la chronique quotidienne des violences policières en France. Plusieurs sites s’y consacrent, je ne recommande ces chroniques qu’à ceux qui ont leur déjeuner bien accroché.

    Ce tableau d’ensemble de la France devrait nous contraindre à mettre en veilleuse nos critiques sur le régime de Poutine.

    La démocratie, la grande tarte à la crème dont beaucoup se gobergent en regardant la Russie…

    En 2005, les Français ont voté non à un référendum. Le personnel politique s’est torché avec le résultat. 11 ans plus tard, le Royaume-Uni, soumis à un verdict analogue, a tenu compte du verdict populaire.

    En 2024, un Président a provoqué des élections législatives, dont le résultat n’a pas été conformes à ses espérances. Depuis, il envoie des premiers ministres de sa mouvance politique au casse-pipe, toute honte bue.

    En 2025, Ursula Von der Leyen a enjoint les chefs d’état européens de renforcer leur budget consacré à la défense. Je n’ai pas le souvenir que de telles instructions relèvent des pouvoirs de la Présidente de la Commission européenne. Je n’ai pas non plus le souvenir que les peuples européens aient eu l’occasion de se prononcer sur un tel avenir. Cette décision a peut-être une part de bien-fondé, je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas soumise à la discussion démocratique.

    En 2025 toujours, Macron a proposé la création d’un label pour les médias « fiables », c’est-à-dire un filtrage des autorisations des médias selon qu’ils disent ou non la même chose que le pouvoir en place. Macron n’a rien inventé, puisque (de mémoire) c’est exactement comme cela que Poutine a corseté les médias en Russie.

    Je veux bien discuter d’une affinité particulière des Russes avec la violence, affinité qui en effet puiserait ses sources dans la violence spécifique de leur histoire. En revanche, j’aurai désormais du mal à pointer la violence et les entorses aux libertés fondamentales à l’œuvre en Russie, sans mentionner que nous n’avons aucune leçon à leur donner sur tous ces points.

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    1. J.-N. Auteur de l’article

      Il y a quand même un fait documenté : entre Russes et Ukrainiens, il y a un déséquilibre en termes de violence, les Ukrainiens ont nettement mieux traité leurs prisonniers russes par exemple. Mais bien sûr toutes les guerres déchaînent des horreurs, qui elles-mêmes en entraîneront d’autres des années plus tard…
      Bien sûr, la démocratie française est loin de valoir celles de la Suisse ou de Saint Marin, il n’y a pas de démocraties, il n’y a que des degrés de démocratie. La Russie a connu une déchéance terrible dans le domaine. La question du référendum a beaucoup écorné la confiance populaire, c’est clair, et les violences policières disent beaucoup sur le rapport de l’État aux citoyens. Mais la réponse est-elle d’être plus exigeant, plus transparent, ou juste d’abandonner ?
      Je ne suis vraiment pas macronistes, mais le « label » proposé par Macron n’est pas un label d’État, il disait, quand il en parlait, qu’il faudrait que les médias organisent un tel label entre eux. Ce genre de label ne règle pas forcément grand chose, cf. les labels professionnels de régulation de la publicité, de l’âge des spectateurs, etc.
      Sur les budgets militaires, l’UE n’a pas de pouvoir contraignant… En revanche en France le président en a un.

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  3. Rubens33

    Fin de l’échauffement, passons aux choses sérieuses.

    Dans le sombre tableau que je dresse de mon pays et de l’univers occidental en ce début 2026, je vois des perspectives d’amélioration, qui sont conditionnées à une poignée de décisions fortes.

    1. Il est urgent de dégager les marchands de vent qui nous expliquent que c’est en supprimant des lits dans les hôpitaux qu’on améliore notre système de santé. Il ne suffit pas de l’améliorer, il faut le rendre accessible à tout le monde, en augmentant le périmètre de la couverture universelle. Ce qui implique d’arrêter à le confier à des intérêts privés. Un petit détail devrait nous chiffonner : le taux de mortalité infantile est désormais plus bas en Russie qu’aux Etats-Unis, et il est désormais dans les mêmes eaux que le français. Le taux de mortalité infantile est l’un des meilleurs indicateurs de performance sanitaire d’un pays à un instant T, contrairement à l’espérance de vie qui dépend des décennies précédentes. Pour ma part, cette réalité m’interpelle. Et je reprécise que je ne compte pas quitter la France pour la Russie.

    2. L’école obligatoire, gratuite et laïque n’a pas vocation à être une simple garderie d’enfants et d’adolescents pour les pauvres tout en réservant un enseignement de qualité à ceux qui peuvent se le permettre financièrement. Tu me disais que Poutine consacre 40% du budget de l’Etat russe à ses dépenses militaires. Je te réponds que les 60% restants sont consacrés, entre autres futilités, à produire plus d’ingénieurs et plus de techniciens que les Etats-Unis n’en produisent (ces derniers se contentent, de plus en plus, de les importer via leur immigration), le tout avec une population trois fois moins importante.

    3. C’est très bien de réfléchir à l’avenir de nos déchets industriels et ménagers. C’est encore mieux de cesser d’en produire. Ce qui implique (entre autres) une réorientation en profondeur de nos habitudes de consommation. Notre consommation de cartons d’emballage est tout simplement vertigineuse, il est tout à fait possible de la rationaliser, en invitant les consommateurs (qui viennent déjà avec leurs sacs de supermarchés) de venir avec leurs pots, leurs petits sachets, leurs sacs isothermes, etc. Il va de soi que pour cela il faut en finir, non pas avec l’ensemble des recommandations de sécurité sanitaire, mais avec les normes totalement absurdes qui nous conduisent à un gaspillage incroyable sans améliorer d’un iota notre sécurité alimentaire.

    4. Reconstruire un appareil industriel et économique digne de ce nom est une affaire d’état et non une affaire d’intérêts privés. La France – en y ajoutant son Outre-mer – a suffisamment de ressources naturelles pour se remettre à fabriquer ce qu’elle décide, elle dispose encore de la matière grise nécessaire pour ce projet, et elle doit pouvoir rémunérer correctement toute cette matière grise. Encore faut-il diriger cet effort sur du concret et non sur des airs de flûte.

    5. J’ai lu attentivement La décennie Mitterrand, chronique en 4 volumes (3000 pages environ) des deux septennats de 1981 à 1995. Sur la défense, les discussions de la période 86-88 sont absolument passionnantes, car elles mettent en scène deux visions stratégiques radicalement opposées, dans un contexte de cohabitation et de Guerre Froide finissante. Je fais mienne, pour le coup, la vision mitterrandienne : en toute hypothèse, nous ne pourrons pas empêcher une puissance ennemie de rayer Paris de la carte, quels que soient les mécanismes de défense que nous pourrions mettre en place (car ils ne seront jamais suffisants). En revanche, nous sommes en mesure de dire à cet ennemi potentiel « Je ne peux pas t’empêcher de raser Paris, mais sache que dans la minute qui suit Moscou sera rasée à son tour, sans que je n’ai à demander la permission à qui que ce soit ». Mais pour être crédibles, nous devons savoir fabriquer de A à Z notre propre arsenal militaire. Voici donc un volet important de mon point 4. Voici où nous en étions en 1986, voici ce que nous avons perdu entretemps et c’est la raison fondamentale pour laquelle nous ne sommes pas en mesure de répondre quoi que ce soit de sérieux à un Poutine va-t-en-guerre.

    6. Les points 1 à 5, qui sont loin d’être exhaustifs, ne sont pas envisageables en l’état actuel des choses, la condition sine qua non pour que nous entreprenions tout cela est de disposer à nouveau d’une monnaie et de la faire fluctuer selon nos besoins. Ne tortillons pas, cela veut dire sortir de la zone Euro, sortir de ce carcan de technocratie, sortir de cette non-démocratie. Le projet que j’esquisse ici en quelques lignes, c’est un projet de restauration des services publics, dans leur principe et dans leur efficience, et il ne sera pas possible sans une restauration de la souveraineté du peuple français. De ce point de vue-là, je ne ferai aucune distinction entre la notion de souveraineté et celle de démocratie.

    J’engloberais volontiers nos voisins européens dans cette aventure, mais je ne suis pas Donald Trump et je ne me sens pas légitime pour décider à leur place. Merci de m’épargner le couplet « oui, mais une autre Europe est possible si nous la construisons ensemble ». Une démocratie, c’est des gens qui s’engueulent dans une langue qu’ils maîtrisent tous, et on est quand même copains avec les pays voisins.

    « Le capitalisme vit sur un stock de valeurs qu’il n’a pas produites et qu’il ne peut pas produire. Il puise dans l’héritage des sociétés précédentes – l’honneur artisan, l’éthique protestante du travail, le sens du service public, la responsabilité collective – tout en détruisant systématiquement les conditions sociales qui les rendaient possibles. » Elucid, 4 janvier 2026

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  4. Rubens33

    Concernant le Venezuela, je n’attendais rien de Macron, en revanche un chef d’état aurait-il la hauteur d’annoncer qu’il ne se rendra plus à la Maison Blanche, n’étant désormais pas certain d’en ressortir en liberté ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit…

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