Caricature et amour

Est-ce qu’il est raciste de représenter Rokhaya Diallo en Josephine Baker, période Music-Hall, avec une ceinture de bananes ? Certains défenseurs du dessin de Riss rappellent que Josephine Baker est une icône de l’anti-racisme, de par sa biographie et ses engagements humains et politiques. Et que donc, une référence à Josephine Baker devrait être vue comme un hommage par celle à qui on l’accole.

Mouais.
Une telle défense me semble assez hypocrite quand on rappelle que l’article qu’accompagne le dessin est un article à charge contre Rokhaya Diallo, pas spécialement un article qui établit une comparaison flatteuse avec la première femme noire accueillie au Panthéon, et que la légende du dessin de Riss n’est pas plus ambiguë : Rokhaya Diallo « The Rokhaya Diallo Show ridiculise la Laïcité à travers le monde ». Ça ne ressemble toujours pas à un hommage. Une référence à Josephine Baker, et même à la ceinture de bananes de Josephine Baker, pourraît sans aucun doute être positive, mais ici ce n’est pas le cas1.
Je comprends vaguement le calcul qui mène à la comparaison faite par Riss : Josephine Baker, afro-américaine venue en France faire une carrière démarrée avec des grimaces et des costumes de scène de sauvage sexy, est comparée à Rokhaya Diallo, afro-descendante française qui signe des articles dans la presse anglo-saxonne2. On pourrait y voir le parcours intéressants de deux femmes engagées contre le racisme entre plusieurs mondes, mais Riss ramène le tout à la ceinture de bananes, aux grimaces et au ridicule. Si Rokhaya Diallo est clairement tournée en dérision, on peut dire aussi que Josephine Baker est insultée. Je ne vois pas tellement d’hommage ici, je ne vois pas non plus de débat de bonne foi sur les références de l’antiracisme3 juste un cadre de pensée tristement banal dans un pays qui s’apprête — si on écoute les sondages — à basculer à l’extrême-droite.

« Y voir une référence raciste est une manipulation dont (sic) elle nous a malheureusement habitués depuis 2011 (…) Charlie est un journal anti-raciste, féministe et universaliste – ce que nous reproche, au fond, Rokhaya Diallo -, qui combat l’essentialisation et l’assignation identitaire des personnes en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion »

(Charlie Hebdo, sur Twitter)

L’anti-racisme qui passe par le recours sans recul à des stéréotypes datant de l’époque coloniale pour taper sur une jeune femme noire, et le refus de l’essentialisation qui passe par une association d’idées essentialiste, voilà une défense qui me semble particulièrement tordue. En fait, Riss transforme ici en élément ridicule une esthétique qui était sans doute plus intéressante que ça en son temps. Quand l’affichiste Paul Colin (un temps amant de Josephine Baker, et resté un grand ami) ou les couturiers Christian Dior et Pierre Balmain (eux aussi indéfectibles amis) ont accompagné le talent de Josephine Baker avec des images et des costumes, peut-être participaient-ils d’un certain esprit colonial, d’un exotisme naïf, peut-être s’en moquaient-ils doucement, je ne saurais dire, mais je sais qu’ils ne se moquaient pas de leur égérie, pas plus que ne l’a fait Jean-Paul Goude un demi-siècle plus tard avec Grace Jones.

Avec le temps, au fil des débats sur la caricuture, mais aussi sur l’appropriation culturelle dans le domaine artistique, j’en viens à la conviction que les artistes, et parmi eux les caricaturistes, ne doivent pas trop se retenir, qu’ils peuvent manipuler toutes les références que leur fournit le monde, qu’ils peuvent même le faire de manière un peu instinctive, sans connaître la généalogie des représentations qu’ils convoquent (toujours tellement plus compliquée que ce qu’on en dit), qu’ils ont le droit d’emprunter et de faire circuler des formes et des idées. Ils ont le droit aussi à l’outrance, au mauvais goût, à l’humour noir. Ils ont aussi le droit (même si la meilleure preuve d’humour est de savoir se tourner en dérision soi-même), de rire de l’autre — idéalement avec l’autre. Pas de problème pour moi, mais pour avoir légitimement tous les droits dans ce domaine, il me semble qu’il faut faire les choses avec amour.
Et dans le trait de Riss sur ces sujets, je ne vois jamais rien qui ressemble à de l’amour. De la peur, du mépris, des préjugés, peut-être de la haine. Jamais d’empathie de compassion, de sympathie, d’attendrissement, de tentative de comprendre. Jamais d’amour, quoi.

  1. Un tweet assez osé de Marika Bret, présidente du Printemps Républicain, ancienne DRH de Charlie Hebdo : « Joséphine Baker, femme noire libre, talentueuse et courageuse, s’est présentée sur scène vêtue avec uniquement une ceinture de bananes précisément pour montrer aux yeux du monde, un des abjects préjugés raciaux largement répandus à l’époque. Infatigable ambassadrice de la lutte contre le racisme qui a subi les atrocités de la ségrégation, ciblée ainsi que son époux juif par les nazis en raison de son engagement dans la Résistance, amoureuse de la France. Elle… ».
    Un autre tweet à la logique aussi torve, par le compte officiel du Printemps Républicain : « Charlie par ce dessin rend hommage à la grande Joséphine Baker, en montrant par effet de contraste les antipodes de ses combats avec ceux de Rokhaya Diallo. ». !?!? []
  2. Au passage, si le dessin de Riss pose question, l’article de Yovan Simovic n’a pas peur des raccourcis franchement insultants, comme l’accusation d’un refus en bloc du concept de Laïcité par Rokhaya Diallo… Qui certes critiques l’instrumentalisation politique du mot, mais a aussi écrit avec l’historien Jean Baubérot un ouvrage spécifiquement consacré au sujet, Comment parler de Laïcité aux enfants (2015), qui n’a pas été considéré comme une dénonciation de la Laïcité ou de la loi de séparation de l’Église et de l’État, bien au contraire, qui a été salué assez unanimement et a été recommandé dans le cadre scolaire notamment. []
  3. L’engagement anti-raciste, décolonial et féministe contemporain est certes très marqué par son homologue étasunien (qui lui-même s’est originellement nourri de Simone de Beauvoir ou de Frantz Fanon, ceci dit), mais plutôt que de critiquer ce cadre intellectuel et ses éventuels contresens liés à des contextes distincts, on peut se poser la question de sa raison d’être, du vide qu’il comble, du besoin qui naît de sujets informulés ou impensés par la version au fond pas très universelle de l’Universalisme français contemporain. []

34 réflexions sur « Caricature et amour »

  1. Rubens33

    Et tu as peut-être ici mis le doigt sur le point fondamental qui cloche désormais avec Charlie Hebdo : l’absence totale d’amour. Je serai le dernier à leur jeter la pierre, car je n’imagine même pas me trouver en position de devoir me dire que la chance m’a désigné pour être le survivant miraculeux à un massacre.

    Du reste, la laïcité, tout comme le républicanisme ou la démocratie, est désormais un mot tellement dévoyé que je me refuse personnellement à prêter quelque intention que ce soit à celui qui l’emploie. En revanche, en planchant sur l’opposition entre cultures élitiste et populaire, je suis tombé sur une phrase de Paul Valéry qui n’a pas fini de me faire travailler : « Il n’y a pas de vrai sens d’un texte. Pas d’autorité de l’auteur. Quoi qu’il ait voulu dire, il a écrit ce qu’il a écrit. Une fois publié, un texte est comme un appareil dont chacun peut se servir à sa guise et selon ses moyens: il n’est pas sûr que le constructeur en use mieux qu’un autre ».

    Bien à toi,

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      @Rubens33 je ne connaissais pas la phrase de Paul Valéry, je la garde sous le coude, j’aime beaucoup, c’est une chose que je pense fondamentalement, et qui est vraiment bien énoncée ici.

      Répondre
  2. Rubens33

    La phrase de Paul Valéry date de 1936, mais je l’ai désormais bien en tête dès que j’observe un dysfonctionnement dans la société française. Ce qui arrive souvent. Je lisais récemment un éditorial – absolument magistral – de Marianne, qui m’a appris deux choses :

    – La candidate EELV pour la municipale de Saint-Ouen a dû se retirer, ses orientations sexuelles étant perçues comme un frein potentiel à la victoire de son camp politique sur sa commune.
    – Le RN semble compter 25 à 30 députés homosexuels (certes essentiellement des hommes) contre 4 seulement au NFP.

    Je me frotte les yeux pour y croire, je me demande comment nous en sommes arrivés là, mais le fait est que vouloir combattre à la fois le racisme et l’homophobie est désormais impossible dans mon pays, ou du moins que ceux qui affichaient cette ambition estiment que c’est trop compliqué à comprendre pour leur électorat.

    Le RN n’est qu’à 18 mois d’une – désormais probable – accession à l’Élysée. Une partie de la France n’en reviendra pas, n’imaginera pas que ce soit possible, et je vois d’ici Libé nous faire un copier-coller de tous ses éditoriaux consacrés à Trump, d’abord pour expliquer en 2024 aux Américains que ce serait une grosse erreur de renvoyer ce type à la Maison Blanche, puis en 2025 de leur expliquer à quel point ils ont eu tort de le faire. Le tout sans jamais se poser la question des ressorts profonds de la réélection de Trump. Le vote de 2027 suivra exactement les mêmes ressorts, ceux d’une protection culturelle.

    Et la phrase de Paul Valéry m’est bien utile pour aller chercher ces ressorts. Sur de nombreux sujets dits « sociétaux », une majorité silencieuse mais très nette se dessine en faveur de CHACUN des énoncés suivants (mais pas forcément de tous à la fois), liste non exhaustive :

    1. Nous ne sommes pas disposés à passer à l’écriture inclusive, qui alourdit à outrance la langue française et dont nous ne voyons pas en quoi elle ferait avancer la condition féminine.
    2. Chacun est libre de disposer de son corps selon son bon vouloir, mais nous ne voyons pas en quoi la Collectivité nationale devrait rembourser des personnes se mutilant le corps pour tenter d’échapper au déterminisme biologique de leur naissance.
    3. L’interdiction du port du voile dans les lieux publics ne sert pas à empêcher des femmes d’accéder à des postes, mais au voile de pénétrer l’administration publique (je ne peux pas mieux le formuler que Charlie).
    4. Les Français qui ont œuvré, de près ou de loin, à la colonisation jusqu’en 1962, sont désormais peu nombreux à être encore de ce monde. Il ne s’agit pas de nier les méfaits de la colonisation, mais de rappeler que nous sommes en 2025, et que ce qui devrait nous mobiliser aujourd’hui serait plutôt d’aménager des conditions de vie acceptables pour tout le monde… en 2025 donc.
    5. Il arrive parfois à certains d’entre nous de se faire griller des merguez au barbecue, quand le temps le permet et quand notre compte en banque l’autorise. Il est sans doute exact que nous sommes majoritairement des hommes, pour autant nous n’y voyons aucun stéréotype masculin à déconstruire.

    Je connais personnellement de nombreuses personnes qui seraient prêtes à signer tout cela. Des filles, qui voient débarquer un garçon dans le vestiaire, et dont le malaise ne se dissipe pas quand elles découvrent que le garçon est en fait une fille. Des enseignants, qui souhaitent reconnaître les mamans des enfants à la sortie de l’école pour des raisons de sécurité, mais qui ont besoin pour cela qu’elles enlèvent leur voile. Des enseignants, toujours eux, qui aimeraient pouvoir aborder le sujet de la laïcité au collège sans risquer de se faire trancher la gorge. Des homosexuels, qui font l’objet de moqueries et de menaces incessantes dans des milieux (mairies, universités) supposément de gôche. Des femmes végétariennes, qui se font griller leurs poivrons à la plancha à côté des saucisses de leurs maris ; des maris végétariens qui font l’inverse. Des militantes féministes qui attendaient de pied ferme Sylviane Agacinski à Bordeaux pour ferrailler avec elle sur le féminisme, mais qui en ont été empêchées par des enragées qui ont fait de sa venue une question d’ordre public. Des parents impuissants voyant leurs enfants se détruire le corps à coups d’hormones pour finir suicidaires ou en cure de désintoxication. Des Français issus de l’immigration de confession musulmane, respectueux de l’ensemble des règles françaises du vivre-ensemble mais qui se sentent en danger en raison de leur profil. Des hommes blancs, enfin, qui sont nés ainsi et qui estiment devoir s’excuser parfois de ce qu’ils font, mais pas de ce qu’ils sont.

    Parmi toutes ces personnes, je n’en connais aucune, absolument aucune, qui soit nostalgique du Nazisme.

    A titre personnel, il importe peu que je sois d’accord ou pas avec chacune de ces phrases. Je constate simplement que chaque phrase de Rokhaya Diallo ou de Sandrine Rousseau éloigne tous les gens dont je parle de leur positionnement de castors républicains, et que le RN est le seul parti à prendre clairement position en faveur des 5 points que j’ai énoncés plus haut.

    Un deuxième moteur vient évidemment s’ajouter : le sociologue Benoît Coquard, qui a étudié les modes de vie et de socialisation dans les campagnes en déclin industriel de l’est de la France, explique longuement que le RN est le seul parti, pour « ceux qui restent », à ne pas les mettre tout en bas de l’échelle ; en-dessous des beaufs et des ignorants, pour le RN, il y a les immigrés.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      Tout le succès du trumpisme vient d’avoir réussi à faire croire aux électeurs qui se sentent laissés pour compte qu’il était le seul à se préoccuper d’eux… On verra si le RN parvient au même résultat avec les mêmes moyens, mais ce n’est pas encore joué… Le sondage récent qui explique que Bardella l’emporterait face à n’importe quel adversaire montre non pas le pouvoir de séduction de son programme (il n’en existe pas vraiment), et n’est pas seulement le produit des frustrations et des peurs de l’électorat, c’est à mon avis le résultat de la réaction de rejet que provoquent, pèle-mêle, les gouvernants sortants, les indéboulonnables, les hypocrites, les tièdes, les idéologues, les vertueux, les donneurs de leçon,… Enfin tout le monde sauf ceux « qu’on n’a jamais essayé » et qui promettent une forme de simplicité face à un monde qui semble de plus en plus compliqué.
      La bonne réponse serait de présenter un programme tendant vers un futur désirable et véritablement inclusif — tous ensemble —, pas forcément obnubilé par les débats (et le terrain) de l’Heure des Pros sur Cnews, ni par des débats plus positifs mais qui semblent, de loin, n’animer que les habitants de villes nanties (du véganisme à Gaza en passant par les pistes cyclables). Mais l’imagination manque.

      Répondre
      1. Rubens33

        Jean-No, nous avons tous un voile d’optimisme qui nous conduit à remettre à plus tard les questions qui fâchent. Ca marche souvent, mais parfois on se réveille noyé sous un tombereau de m… qui était pourtant bien visible si on voulait bien se donner la peine de le voir arriver. Je sais ce qu’est le RN, ce qu’ils feront – ou pas – une fois élus, les mairies qu’ils contrôlent étant de très intéressants laboratoires de ce qui nous attend. Et en tant qu’acteur de la culture, j’ai de sérieuses raisons de m’interroger sur la suite de mon parcours professionnel avec une Marine ou un Jordan à l’Elysée.

        Le rejet des gouvernants sortants et des pseudo-intellos donneurs de leçons existe évidemment, mais si ce n’était que cela on pourrait avoir un Philippe Poutou à 35% et non un Jordan Bardella, car après tout le NPA non plus on n’a jamais essayé. Pour avoir un RN aux portes du pouvoir il faut bien plus que le rejet des sortants. Les audiences de Pascal Praud ne sont pas si énormes, et Paul Valéry me souffle dans l’oreillette que les personnes qui ont leur télé allumée sur l’Heure des pros ne prennent pas forcément ce qui s’y raconte pour argent comptant. Il en est d’ailleurs ainsi de toutes les émissions de la télévision.

        Les questions que je soulevais dans mon commentaire précédent ne sont pas des petites questions sur notre avenir, sur l’organisation de l’espace public, sur notre rapport à l’altérité, sur notre rapport au monde. Et répondre à ces questions est autrement plus important que de savoir si Glucks junior, Ruffin, Philippe, Attal ou Retailleau seraient « en position ». Autour de moi, j’entends des gens, électeurs de gauche au départ, se mordre les doigts de ne pas avoir voté RN en 2024. Devant ma sidération, ils m’expliquent qu’avoir 3 ans de Bardella aurait été moins pire que 5 ans de Marine à partir de 2027. Les mêmes m’indiquent aujourd’hui que 5 ans de Marine de 2027 à 2032 seront moins pires que 5 ans supplémentaires de technocratie assistée par IA débouchant sur 5 ans de Marine en 2032. Je te parle là de personnes baignant depuis des décennies (parfois via leurs parents) dans le syndicalisme enseignant, la défense des sans-papiers, le milieu associatif, le travail social, la petite bourgeoisie intellectuelle, bref, la gauche, et pas seulement celle des centres urbains. Tous vomissent de dégoût en m’expliquant tout cela, et là je me dis que nous sommes VRAIMENT mal barrés.

        Répondre
        1. J.-N. Auteur de l’article

          Les gens ne prennent pas ce qu’ils entendent à la télé pour argent comptant, mais nous avons tous tendance à réagir aux sujets du moment, et notamment ceux qui sont rabâché médiatiquement.

          En parlant du NPA, j’ai été agréablement surpris par la rectitude du parti au sujet de l’Ukraine : des civils d’un pays se font attaquer par l’armée du pays voisin, dix fois plus gros… ça leur suffit à savoir de quel côté se trouve la justice.

          Répondre
          1. Rubens33

            Je ne sais pas si le wokisme et l’anti-wokisme sont rabâchés médiatiquement, ma principale source d’info à moi c’est le site Elucid. Il est payant, il y a du fond, c’est bien écrit, et surtout Olivier Berruyer a été, début 2022, l’un des seuls en France à voir arriver la guerre en Ukraine (c’est d’ailleurs ce qui m’a décidé à m’y abonner). Étant bien entendu qu’il y a une grosse différence entre prédire correctement l’arrivée de cette guerre et la considérer comme souhaitable.

            Elucid fait également toute mon éducation sur l’état actuel de l’Europe, le décalage entre les discours et les possibilités réelles de l’Europe à peser sur le cours de cette guerre (comme sur les négociations), la pauvreté rampante du continent.

            Je veux bien qu’un effet médiatique oriente les questions sur certains sujets plutôt que sur d’autres. Mais est-ce que tu crois réellement que 2027 verra l’ouverture d’un grand débat sur notre indépendance militaire, industrielle, énergétique, sur l’articulation de notre souveraineté économique avec l’existence d’une monnaie unique ? Pour ma part, je pense que non, la dernière élection présidentielle en 2022 est même une démonstration éclatante du contraire. Et dans un contexte où des partis supposément engagés contre l’homophobie et contre le racisme doivent désormais choisir quel électorat ils vont se mettre à dos, je doute que la discussion soit au niveau qu’appelle le contexte.

            Le désarroi politique autour de moi est tout simplement démentiel. Et quand je verrai apparaître le visage de Marine, je ne me consolerai pas en me rappelant que je l’avais senti venir, ni en me rappelant que je t’aurai longuement expliqué tout ça sur ton blog. Je serai consterné, comme beaucoup de Français, devant les cinq années de nuit noire qui s’ouvriront devant moi. Si je peux juste, avec mes commentaires, faire prendre la mesure de ce qui s’annonce à quelques-uns de tes lecteurs, ce sera toujours ça de pris. Je sens arriver la vague, cette fois elle sera beaucoup plus puissante qu’en 2022.

          2. J.-N. Auteur de l’article

            Je lis par hasard à l’instant que Cnews est devenue la première chaîne d’info en termes d’audience… Son influence sur le débat public est donc a priori assez tangible.
            Je ne suis pas très optimiste pour l’avenir, et j’ai très peur, au delà du RN, des ambitions russes. Le mélange de patriotisme et de paranoïa qu’on peut lire dans l’article Tout brûler jusqu’à la Manche ? sur l’excellent média Grand Continent fait froid dans le dos.

  3. Rubens33

    Merci pour ce lien. Je ne connaissais pas le Grand continent, par contre l’article recoupe plusieurs autres que j’avais déjà lus. Le point de vue russe. Parce que, comme le disait Desproges, l’ennemi est vraiment un idiot, il croit que c’est nous l’ennemi, alors qu’évidemment c’est lui 🙂

    Tu as échoué à me rassurer concernant le RN, je vais tenter de te rassurer sur la Russie. Je ne prendrai pas pour argent comptant le titre annonçant une ambition russe de pousser jusqu’à la Manche. Ils sont loin d’en avoir les moyens démographiques, et par ailleurs il semble qu’envahir l’Ukraine ne soit déjà pas si simple pour eux, alors l’Europe, je n’y crois pas une seconde. En revanche, leur arsenal militaire les rend capables de frapper à distance n’importe quelle capitale européenne, ça c’est un fait.

    L’article est super intéressant, parce qu’il synthétise les angoisses existentielles géopolitiques de la Russie, ces angoisses sont millénaires et les textes russes de la Guerre froide avaient déjà des totalités très proches. Ces angoisses sont-elles justifiées ? Qui en Europe envisagerait sérieusement de les envahir ? Je serais bien tenté de dire « personne », mais alors pourquoi le projet d’extension de l’Europe et surtout de l’OTAN jusqu’à l’Ukraine a-t-il été sur la table (et il l’est toujours !) ? Et par ailleurs, si tu regardes dans l’histoire, les Russes n’ont jamais cherché à envahir l’Europe, c’est l’inverse qui s’est produit, notamment avec Napoléon puis avec Hitler. Dans les négociations de l’immédiat après-guerre, tu as cette obsession russe de se fabriquer un matelas démilitarisé sur leurs frontières occidentales. Leur souhait initial, par exemple, n’était pas de construire le Rideau de fer et le mur de Berlin, ils ont proposé à de multiples reprises de démilitariser totalement l’Allemagne, solution qui aurait eu leur préférence. C’est un fil rouge pour eux, la clé de leur sécurité : aucune arme potentiellement ennemie sur leur frontière occidentale. C’est une constante, c’est au cœur des discussions lors des accords de Minsk de 2014, c’est bien ce raisonnement-là qui justifie à leurs yeux l’invasion de l’Ukraine et c’est le point sur lequel ils ne bluffent absolument pas. L’autre point omniprésent dans leurs textes, c’est le contrôle d’Odessa, la condition sine qua non pour eux pour un accès sécurisé aux échanges commerciaux via la Mer Noire.

    La mise sur la table de l’intégration de l’Ukraine dans le giron de l’OTAN résulte d’une incroyable incompétence diplomatique des Européens (Français, Allemands et Britanniques en tête) et du cynisme américain souhaitant délibérément foutre le bordel en Europe. Je me souviens d’une phrase d’Emmanuel Todd en 2014 : « L’Europe est peut-être allée chercher sa mort en Ukraine ». Visionnaire, prophétique. Todd dans toute sa splendeur.

    Je pourrais te faire une autre tartine sur le mépris occidental dont les Russes se sentent victimes. Là encore, les exemples de ce mépris sont innombrables.

    Tel est le raisonnement russe. Je ne dis pas qu’ils ont raison de raisonner de la sorte, je te dis juste que ce sont là des points qu’ils considèrent, non sans raison si tu regardes l’histoire, comme vitaux pour eux. En s’asseyant à la table des négociations avec Poutine, les occidentaux doivent avoir cela en tête. Si notre raisonnement consiste simplement à dire « Les Russes, vous dégagez de l’est de l’Ukraine et il reviendra à l’OTAN d’assurer directement la sécurité et l’intégrité territoriale de ce pays », ce n’est même pas la peine de poursuivre la discussion avec eux, et là oui les Européens, y compris occidentaux, ont du souci à se faire.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      L’OTAN est une force défensive, elle n’a jamais servi à envahir personne. La Russie en revanche a une tradition impérialiste millénaire, depuis Saint Vladimir, avec une armée incroyablement dépensière de ses propres ressources humaines (sur les dernières guerres – Tchétchénie, Géorgie, Ukraine, le ratio était de 7 soldats russe morts pour 1 soldat du pays agressé), composée d’ivrognes et de violeurs (les viols dans la guerre en Ukraine ne sont pas un dommage collatéral, c’est un système – notamment les viols de soldats prisonniers). C’est cette tradition que Poutine revendique, en jouant sur les violons du sacrifice réalisé pendant la seconde guerre mondiale. Sacrifice véritable, car sans la dizaine de millions de morts russes, l’Allemagne l’aurait emporté. Mais on se rappellera que Staline serait sans doute resté du côté d’Hitler si ce dernier ne l’avait pas attaqué, et aussi que si les US n’avaient pas débarqué, nous serions probablement sous domination soviétique à présent. Bill Clinton raconte que Boris Elstine a tenté de le convaincre de lui laisser l’Europe entière, en échange de l’Amérique du Sud… Il y a une continuité, il était naïf de croire que la fin de l’URSS allait permettre une Europe pacifié.
      Beaucoup de russes ne supportent pas d’être devenus un pays faible après la chute du mur, ils se sentent humiliés, mais ils ne sont pas prêts à mourir pour ça, ils soutiennent la guerre en Ukraine tant qu’on y envoie des pauvres d’oblasts pauvres, voire des Nord-coréens ou des indiens qui se retrouvent en uniforme alors qu’ils croyaient venir s’occuper de fermes… On retourne pas mal la responsabilité, en disant en gros que la Russie a été poussée à la guerre, c’est un peu fort : c’est bien Poutine l’agresseur.
      La Russie n’a pas les moyens d’une guerre, mais ça ne l’empêche pas de la mener et le coût est terrible.
      Je lis des pro-russes qui plaignent les ukrainiens, selon eux manipulés par l’UE ou l’OTAN, mais ils n’expliquent pas bien pourquoi la Russie doit cibler les civils ukrainiens.
      Au cours de son histoire récente, la Russie/URSS a agressé ou dirigé la plupart des pays slaves, voire tous à l’exception de la Yougoslavie, mais aussi les pays baltes, la Finlande, la Hongrie… Alors certes, Napoléon et Hitler ont cru pouvoir envahir la Russie et ça s’est avéré une idée idiote, et personne ne cherche à en faire autant aujourd’hui. N’inversons pas les responsabilités ! La seule invasion de la Russie qui soit vraiment envisagée aujourd’hui, c’est celle de McDonalds, Starbucks, &co., personne ne veut la guerre. Mais Poutine est persuadé que les Européens sont trop faibles, trop décadents, pour répondre à une agression. Les Ukrainiens, qui auraient dû tomber en trois jours, sont toujours là trois ans plus tard… L’échec de l’agression Russe est une question vitale.
      Il me semble clair que ce la cause de la guerre, c’est un alignement de planètes favorable : l’Allemagne sans Angela Merkel, donc assez indécise. L’Ukraine qui change de président. Un Biden un peu hésitant face à une opinion publique pas vraiment concernée et des intérêts économiques complexes, et depuis un an, encore mieux, un président US acquis à la cause poutiniste…

      Répondre
      1. J.-N. Auteur de l’article

        Je n’ai pas l’impression que les pays européens surréagissent, s’inquiètent pour rien… La guerre est déjà en cours en Ukraine et, chez nous, à coup de petites manipulations (les pochoirs pour attiser les tensions en France), de provocs (sous-marins le long des côtes bretonnes, drones…), et ingérences diverses.
        J’ai peur que les pays européens aient manqué de lucidité, en fait, nous sommes dans le déni depuis très longtemps. Aujourd’hui les scandinaves, les polonais ou les baltes se préparent. Et les officiels russes — écoutons les — nous promettent une guerre à l’Ouest pour 2030.

        Répondre
        1. Rubens33

          De A à Z, nous n’aurons pas le même regard sur ce conflit, sur la Russie, sur l’Europe.

          L’OTAN qui n’a jamais servi à envahir qui que ce soit, c’est juste énorme.

          Une correction, déjà : l’URSS n’a pas perdu 10 millions de personnes pendant la Seconde guerre mondiale. Le dernier chiffre qui tient la corde est 29 millions de soldats et 7 millions de civils. Il est proposé par Boris Laurent. Il précise quelque part que le chiffre de 29 millions, s’il n’est pas exagéré, est tout de même à nuancer : les 29 millions de morts dont nous parlons portaient bien l’uniforme, mais compte tenu du contexte un bon nombre d’entre eux n’avaient pas reçu de formation militaire. Les 36 millions de morts au total, par contre, ça se tient. Je te laisse calculer ce que ça a représenté pour l’URSS de sacrifier tout ce petit monde. Et je te laisse réfléchir aux réactions que la Toile te réserverait si tu expliquais que les Juifs passent leur temps à jouer du violon avec la Shoah. C’est très exactement ce que tu viens d’écrire à propos de Poutine. Je n’ai pas besoin de te parler du mépris des Occidentaux vis-à-vis des Russes, tu t’en charges très bien tout seul. Et je suis sûr que c’est totalement inconscient en plus.

          Répondre
          1. J.-N. Auteur de l’article

            Il ne faut pas confondre l’OTAN, qui est un mécanisme de défense, et les pays de l’OTAN, qui ont pu participer à des coalitions offensives.
            Aujourd’hui, l’OTAN est laissé à la dérive par les US et peut difficilement être accusé d’être son relais !
            Le nombre de morts de l’URSS est énorme, je ne le discute pas, j’avais retenu dix millions pour la libération de l’Europe, mais le double, ok. Et je suis conscient que c’est ce qui a permis de vaincre l’Allemagne nazie.
            En revanche, la Russie qui aujourd’hui attaque son petit voisin en convoquant cette Histoire, c’est une escroquerie. Je sais que beaucoup de gens sont dupes, mais pour moi il n’y a qu’un critère : qui agresse qui.
            Je n’ai pas de mépris pour les Russes, mais l’Histoire militaire du pays parle pour elle, c’est un empire belliqueux, au même titre que les États-Unis. La France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ont aussi une histoire tragique dans le même registre, mais au moins nous n’en sommes pas fiers et, sur le territoire européen en tout cas, on en est sortis et on se passe bien de guerres.

        2. Rubens33

          Et je n’ai jamais dit que nous nous inquiétions pour rien. Du déni par contre, là oui.

          Cela fait des décennies que nous nous dépouillons de notre force de frappe militaire, en acceptant que les Etats-Unis aient de facto le véto sur l’usage que nous en ferons. Ca, ce sont des choix. Il faut un Trump à la Maison Blanche pour qu’enfin nous acceptions de voir que le tempérament et l’agenda du Président américain ne coïncident pas avec les nôtres, et qu’il serait tout de même préférable pour nous de réapprendre à avoir une puissance militaire autonome. Super. Sauf que ça ne se fait pas en un claquement de doigt.

          Quant aux officiels russes qui nous promettent la guerre pour 2030, je t’écoute. Je commentais l’article que tu m’as mis en lien, si tu en as un autre je le lirai.

          Répondre
          1. J.-N. Auteur de l’article

            Medvedv, Lavrov, diverses personnalités de la télé officielle russe, ou des religieux, aussi, ne cessent de promettre une belle guerre en Europe occidentale pour dans rien de temps, avec comme justification que 1) l’UE est nazie et 2) les Occidentaux sont dévirilisés. Mais cette guerre est déjà en cours. Quand Poutine et Trump font des efforts pour installer l’extrême-droite partout, on y est !
            Passée la sidération, le ticket Trump-Vance permet effectivement à l’Europe d’admettre que les US n’ont jamais été son allié, et avec un peu de chance, on peut rêver de se doter d’une défense efficace.
            Quand on me parle de Poutine qui attaque à l’insu de son plein gré, parce qu’il a peur, je pense aux envahisseurs dans le Mars Attacks! de Tim Burton, personnellement.

  4. Rubens33

    « Medvedv, Lavrov, diverses personnalités de la télé officielle russe, ou des religieux, aussi, ne cessent de promettre une belle guerre en Europe occidentale pour dans rien de temps, avec comme justification que 1) l’UE est nazie et 2) les Occidentaux sont dévirilisés. »

    Le lien ?

    C’est vraiment du Lavrov, ou c’est du BHL ?

    Tu aimes la BD, tu connais sans doute Astérix en Corse, et le passage où le gouverneur romain embauche quelques prisonniers corses pour charger une galère avec les trésors de la garnison (pour s’enfuir avec). L’un des corses, tranquille, les mains dans les poches, commence à transporter une amphore ; le gouverneur panique sur le mode « Mais à ce rythme-là le chargement va prendre des années, et si on veut partir incognito il faut que tout soit terminé au petit matin. » Le Corse revient voir ses collègues : « Vous pressez pas les gars, on a des années pour faire le boulot, et le jour on dort ».

    Au départ, je commentais ton article qui semblait annoncer que Poutine comptait bien marcher sur Berlin et Paris. Le propos me semble un chouia plus compliqué, mais bon… Voila maintenant que Lavrov semble nous promettre l’enfer chez nous pour 2030 et semble mettre en cause notre virilité. Le suspense est irrespirable.

    Sur l’homosexualité, par contre, il est tout à fait exact que la Russie ne se distingue pas par les droits qu’elle accorde aux minorités sexuelles. Mais là, je crois qu’il faut rembobiner notre discussion. Le sujet ne me semblait pas être de savoir si toi ou moi comptions aller nous installer en Russie, mais de savoir si la Russie fait peser ou non une menace militaire sur l’ensemble du continent européen et comment faire face à cette menace. Nous Français sommes bien placés pour savoir qu’une démocratie n’a pas vocation à l’emporter naturellement sur une dictature, et que les considérations morales ne pèsent RIEN dans le verdict d’un conflit militaire.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      Un exemple (toujours sur Grand Continent, un média qui traite le sujet, donc).
      Mais rien que savoir que la dépense militaire représente 40% du budget de la Russie suffit à m’alerter.
      Je n’ai pas entendu BHL parler de ce conflit mais je n’écoute pas BHL.
      Je n’ironiserais pas sur la question, une fois de plus, la guerre est déjà là. Et l’obsession de la virilité, chez Poutine, chez Trump, ça rappelle beaucoup de précédents historiques.

      Répondre
      1. Rubens33

        Or donc,

        Une seule faute de goût M. Karaganov : « [L’Europe] est redevenue l’expression la plus absolue du Mal qui ronge l’humanité.  »

        Ca, ce sont des jugements moraux à l’emporte-pièce, dont les Européens sont coutumiers, expliquer qu’ils sont le Bien (parce que l’Europe, parce que la démocratie, parce que la liberté, blablabla) et qu’ils s’attaquent au Mal. Les Russes m’ont justement habitué à laisser ce genre de logorrhée à des Von der Leyen et des Macron.

        Pour le reste, je ne vois aucune référence à l’apocalypse nucléaire qui nous est promise pour 2030, ni d’attaque sur notre supposée dévirilisation.

        Répondre
        1. J.-N. Auteur de l’article

          Je n’en ai pas sous la main, je n’ai pas fait de collection, mais ce style de menace est régulière. Je ne le retrouve pas mais j’ai vu passer pas plus tard que cette semaine un gars (animateur TV, général ou pope, peu importe) qui expliquait à Poutine à quel point la guerre donnait un sens à son existence,… Ce genre de trucs.
          Je suis peut-être étourdi mais je n’ai pas entendu Von der Leyen ou Macron se lancer dans des discours civilisationnels satisfaits.

          Répondre
  5. Rubens33

    Ah oui, là aussi quand même il faut que je te réponde.

    « En revanche, la Russie qui aujourd’hui attaque son petit voisin en convoquant cette Histoire, c’est une escroquerie. Je sais que beaucoup de gens sont dupes, mais pour moi il n’y a qu’un critère : qui agresse qui. »

    Me reviennent en tête les multiples tentatives d’invasions avortées de la petite île de Cuba, du côté de la baie des Cochons ou autres, dans les années 60-70 (nous ne sommes pas forcément au courant de toutes). En suivant ton raisonnement, les Américains avaient donc tort sur toute la ligne, c’était eux les agresseurs, donc c’est eux qui avaient tort, point. Peut-être peut-on reconsidérer la chose sous un autre angle, et rappeler que l’ambition de Khroutchev (et ensuite de Brejnev) était de placer des missiles nucléaires à Cuba, à 150km de la Floride donc, et que ça rendait les Américains un peu nerveux (ce qui peut se comprendre). Il va de soi, Jean-No, que là aussi tu t’en tiendras à ce que tu disais plus haut : l’unique critère est qui agresse qui, ce sont les Etats-Unis qui ont violé l’intégrité territoriale de Cuba, point.

    Nous sommes dans un cas de figure très similaire, avec une grosse puissance nucléaire, priée d’accepter en toute quiétude qu’une puissance rivale installe ses missiles juste à ses portes. Elle est priée, donc, de ne pas réagir, car sinon elle sera l’agresseur.

    La position médiane serait peut-être de considérer que les inquiétudes américaines de voir des têtes nucléaires à Cuba étaient un chouia légitimes. Mais que la nervosité russe à l’idée que l’Ukraine intègre l’OTAN pourrait être aussi examinée.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      Je ne comprends pas la référence. L’Ukraine a précisément été privée de son arsenal nucléaire, avec la promesse mondiale qu’on ne l’agresserait pas. Personne n’a amené de missiles nucléaires en Ukraine que je sache ! Des armes oui, des missiles, mais pas la bombe. En revanche aujourd’hui même 30 décembre 2025, la Russie a déployé des missiles nucléaires en Biélorussie, qui a des frontières avec la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Ukraine. Il s’agit de missiles trop rapides pour être interceptés et capables d’atteindre Bruxelles ou Paris en quelques dizaines de minutes ! Du coup, quelles conclusions tirer de ton exemple ? Si je suis le raisonnement, l’OTAN devrait traiter la Biélorussie comme les US ont traité Cuba…
      La nervosité de la Russie est une feinte. Mais la Russie est un peu aux abois car la guerre (qui a connu x prétextes fallacieux) est pour l’instant un échec, et on peut craindre une escalade vers le pire.

      Répondre
      1. Rubens33

        Je conclus donc que l’objet des accords de Minsk était donc simplement un projet d’aménagement des bords du Don en jardins publics afin que les officiers de l’OTAN puissent en faire des lieux de promenade. Et d’ailleurs l’OTAN, depuis Trump, est devenue une simple colonie de vacances, je ne vois vraiment pas pourquoi les Russes devraient s’inquiéter.

        Tu me dis que tu ne souhaites pas ironiser sur la question. Et je te lis.

        Les fous rires que la crise économique russe des années 90 a suscités partout en Occident t’ont manifestement échappé. Pour te prendre un exemple, un seul : celui du sport. Demande aux sportifs russes des années 90 le florilège de questions absolument sidérantes auxquelles ils ont été confrontées.

        M. X, vous nous dîtes que vos parents n’ont plus de quoi se nourrir ? Vous êtes en train de nous dire qu’il n’y a plus d’herbe en Russie ?

        M. X, vous avez grandi sportivement dans l’URSS des années 80. Y avez-vous mangé à votre faim ?

        M. X, votre raquette est-elle la version « tennis » de la Lada ou de la Trabant ? Souhaitez-vous une vraie raquette pour votre prochain match ?

        Conférences de presses ponctuées de rires gras. Le capitalisme triomphant venait de l’emporter sur le communisme, son grand ennemi historique du XXe siècle. Et là curieusement, on pouvait en rigoler. Je te parle de mépris, et je t’assure qu’il y a quelques biscuits derrière.

        Répondre
        1. J.-N. Auteur de l’article

          Que la chute de l’URSS ait été prise pour une victoire, à l’Ouest, c’est sûr, et ça aurait pu être une victoire russe aussi. Que le moteur actuel de ce pays soit une rancœur liée à cette période, j’entends. Mais je ne vois pas en quoi c’est bien ni quel avenir ça nous promet.

          Répondre
  6. Rubens33

    Manu et Ursula dans leurs oeuvres.

    https://www.vie-publique.fr/discours/297637-emmanuel-macron-06032025-conflit-en-ukraine?utm_source=chatgpt.com
    https://www.youtube.com/watch?v=NkL-pFHxh8k
    https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2022/02/24/press-statement-of-president-charles-michel-of-the-european-council-and-president-ursula-von-der-leyen-of-the-european-commission-on-russia-s-unprecedented-and-unprovoked-military-aggression-of-ukraine/?utm_source=chatgpt.com

    Tu n’écoutes pas BHL, tu as bien raison. Et rassure-toi, sans la moindre ironie, ce n’est pas grave non plus de ne pas écouter Manu et Ursula. Je te donne juste les références que tu m’as demandées.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      Je ne vois rien de va-t-en-guerre dans le fait de dire que l’Ukraine a été agressée par la Russie quand… L’Ukraine a été agressée par la Russie.
      Je me souviens quand Macron a tenté d’aller convaincre Poutine de renoncer à la guerre, et comme il a été reçu, avec cette immense table qui a fait rire tout le monde. Je ne dis pas souvent du bien de Macron mais c’est un des derniers à avoir cru que la guerre pouvait être évitée. Et maintenant, il faut être suffisamment costauds pour que Poutine pense qu’une extension de la guerre aurait un coût exorbitant pour son pays.

      Répondre
      1. Rubens33

        Mon exemple de Cuba n’avait rien à voir avec la Biélorussie, il était juste là pour te faire écrire quelque chose de bien précis et de dissiper tout soupçon de mauvaise de foi.

        Tu as écrit plus haut, si je ne m’abuse :
        1. Que la Russie a agressé et envahi l’Ukraine.
        2. Que celui qui est en tort est forcément celui qui agresse.

        Je t’ai ensuite cité l’exemple des multiples tentatives d’invasion de Cuba par les Etats-Unis, et je te demandais si tes principes s’appliqueraient également à l’exemple de Cuba. Ca donnerait quelque chose comme ça :
        1. Les Etats-Unis ont tenté à de multiples reprises d’envahir Cuba dans les années 60-70. Qu’ils n’y soient jamais parvenus ne change rien à ce fait-là.
        2. Les Etats-Unis étant l’agresseur, ils étaient en tort, indépendamment de tout élément de contexte.

        Soit tu valides le dernier énoncé, soit ta conception de qui est l’agresseur ou pas est à géométrie variable. C’est la seule chose que je voulais te faire remarquer.

        Répondre
        1. J.-N. Auteur de l’article

          Je comprends très bien la tension de 1962 autour de la livraison de missiles à Cuba, mais pas spécialement les diverses ingérences étasuniennes à Cuba.
          La Russie n’a jamais été forcée d’envahir l’Ukraine, pays qui a précisément perdu ses missiles nucléaires en échange de la promesse du respect de ses frontières. La Russie, aujourd’hui, a déployé des missiles nucléaires aux portes de l’Europe occidentale. Aujourd’hui, un pays autoritaire en agresse un autre, s’en prend aux civils, et arrive à faire croire à certains qu’il est victime de provocations. Au secours.
          Le discours russe est par ailleurs complètement contradictoire : d’un côté l’OTAN est une menace, de l’autre l’OTAN est faible, d’un côté les Ukrainiens sont censés être des nazis anti-russes (avec un juif russophone comme président !) mais on leur envoie des bataillons qui se réclament explicitement du nazisme… Tout ça est très faux-cul, ce qui est présenté comme logique n’a qu’une raison d’être : la revanche, de la part d’un pays qui ne fait aucun cas des morts (les siens ou les autres).

          Répondre
  7. Rubens33

    Et je conclurai cette journée passée en ta compagnie par une petite synthèse du point de vue russe, que les deux articles que tu m’as envoyés confirment à 100% :

    1. Que veulent les Russes ?
    Les Russes n’ont jamais cessé de répêter au camp occidental, depuis 1945, que la ligne rouge à ne jamais franchir avec eux est d’amener des missiles ennemis à leurs portes (ou de produire un système d’alliances qui rendrait la chose possible). Même Gorby et Eltsine, au plus bas de l’influence russe, l’ont dit en leur temps à Bush et Clinton. Poutine l’a dit à Obama, à Trump, à Biden.

    2. Poutine
    Il n’y a pas plus classique et prévisible que Poutine, à moins de considérer que la mission d’un chef d’état n’est pas de défendre les intérêts de son pays. Il est vrai qu’avec Sarko, Hollande puis Macron, nous avons largement eu le temps d’oublier ce fait précis.
    Poutine s’est abstenu de rentrer dans une logique de guerre en 2014 avec les accords de Minsk, parce qu’il ne pouvait se le permettre à ce moment-là. La période 2014-2022 a précisément été consacrée à un travail de développement de systèmes de paiement indépendants des infrastructures financières occidentales, dans l’optique de réduire sa dépendance aux réseaux dominés par les États-Unis et l’Union européenne et de se protéger contre d’éventuelles sanctions.

    3. Jusqu’où les Russes, et Poutine, sont-ils prêts à aller ?
    Mesdames et Messieurs de l’Occident, veuillez s’il vous plait commencer par bien relire le point 1, celui où les Russes exposent leurs revendications. Si l’Occident, à commencer par l’Europe, se refuse à entendre cette revendication, alors les Russes sont prêts à une escalade militaire directe, car comme ils le disent si bien, les Européens ne commencent à écouter les Russes que quand ces derniers sont allés jusqu’à Berlin ou Paris.

    4. Sommes-nous prêts à encaisser un choc militaire avec la Russie ?
    Non.
    Non.
    NON.
    Et nous sommes tout à fait dans les temps pour nous en rendre compte. Dès lors que l’usage de notre arsenal militaire est soumis au bon vouloir du Président américain, nous pouvons considérer, avec Trump, que nous n’avons pas du tout d’arsenal militaire. Poutine et la Russie n’y sont strictement pour rien, c’est le fruit de décennies à nous mettre dans un état de servitude volontaire.

    Et je reviens donc au point 1. A lire et à relire, encore, et encore. Ursula n’est pas d’accord avec ces revendications, et manifestement toi non plus. Nous avons 2 options :
    – Soit avaler aujourd’hui une belle couleuvre diplomatique en acceptant l’annexion de l’est de l’Ukraine par la Russie et la démilitarisation totale du reste du pays.
    – Soit forcer la Russie à nous faire une authentique guerre que nous ne serons même pas en mesure de conduire car nous n’avons pratiquement pas d’armements. Ce qui, accessoirement, déboucherait sur le même résultat final concernant l’Ukraine.

    Ursula prétend qu’il y a une troisième option, consistant à augmenter substantiellement les budgets militaires pour rapidement nous mettre au niveau de la Russie. Ce qu’elle oublie de préciser, c’est que le délai nécessaire avant de recuillir les premiers fruits d’un tel effort se compte en décennies. Une variante de cette idée, consistant à acheter dès maintenant aux Etats-Unis tout l’armement dont nous avons besoin, se heurterait elle à des containtes logistiques que nous avons déjà sous les yeux en Ukraine. Et par ailleurs, les Etats-Unis ont eux aussi diminué drastiquement leur production d’armements, et là encore il leur faudrait des années avant de produire à nouveau, et de pouvoir déplacer dans la région de leur choix, un arsenal militaire capable de faire réfléchir les Russes. Il n’y a donc pas de troisième option.

    Je reviens donc à mes deux options. L’alternative, elle est là et pas ailleurs. Aucun argument moral ne pèse quoi que ce soit là-dedans. Les Russes sont peut-être les agresseurs, leur histoire est peut-être encore plus violente que la nôtre, ils sont effectivement plus homophobes que nous, mais tout cela est totalement hors sujet. Ils ont une revendication, actuellement il nous est encore possible d’entendre cette revendication à une table de négociations, mais si cela s’avère nécessaire ils nous en parleront en nous mettant un canon sur la tempe.

    Cette histoire devrait « bien » se terminer par la première option, à savoir un traité de paix rapide avalisant le dépeçage de l’Ukraine sans avoir à recourir à une nouvelle guerre en Europe. J’y verrai, pour ma part, une « morale » à retenir : il ne sert absolument à rien de clâmer quoi que ce soit tant que l’on n’a pas les moyens de ses ambitions, ce qui est le cas de la France depuis 1940 au moins.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      La raison du plus fort est toujours la meilleure, c’est clair, mais ce n’est pas juste pour autant.
      Quand les US ont envahi l’Irak ou l’Afghanistan au prétexte de leur défense, ce n’était pas juste, et ça a laissé des traces durables.
      Cette histoire de ligne rouge ne veut dire qu’une chose : la Russie n’acceptera jamais que les pays qu’elle a eu sous sa coupe soient indépendants. Prétextes, comme dit cette jeune ukrainienne.
      L’homophobie russe n’est pas hors sujet, elle est très présente dans le discours sur la guerre — homophobie ou virilisme, quoi. La campagne systématique de viols (bien documentée) s’inscrit clairement là-dedans. Les Russes sont malheureusement incapables de contester Poutine, ils préfèrent s’occuper de leur famille et ne pas trop penser à la guerre…

      Répondre
  8. Rubens33

    L’homophobie russe est hors sujet dans une discussion portant sur une guerre, son déroulement et son dénouement. Une guerre met en scène deux appareils militaires soutenus par deux appareils industriels, eux-mêmes soutenus par deux appareils économiques. Le plus puissant, ou le plus résilient, de ces deux appareils, l’emporte à la fin. Je suis désolé de m’exprimer avec un cynisme aussi froid, mais ce cynisme est nécessaire aujourd’hui.

    Au passage, j’attends toujours le discours d’un officiel russe sur la supposée « absence de virilité » européenne.

    Tu m’as envoyé deux liens vers deux articles du Grand continent, tout à fait intéressants mais qui n’ont rien, absolument rien, de neuf. Tu me dis que la Russie te fait peur, et tu te demandes si le contenu de ces deux articles est exact ? Je te réponds oui. Tu es sidéré que la Russie ait une telle opinion de l’Europe ? Je te réponds que oui, mille fois oui, les Russes ont cette opinion de nous. Et je te précise que dans tes deux articles, la Chine, l’Inde, le Brésil et quelques autres Brics notables pourraient sans doute poser leur signature au bas des paragraphes pointant le sentiment de supériorité morale de l’Europe. Une grosse partie du monde a une opinion très négative de nous, oui. Pour des raisons dont certaines sont valables et d’autres beaucoup moins.

    QUI avait raison en janvier 2022 ? John Mearsheimer, qui annonçait une crise militaire imminente en Ukraine ? Ou Bruno Le Maire, qui expliquait qu’en cas de conflit armé les sanctions européennes allaient étouffer l’économie russe ? Et donc, si l’on souhaite être correctement informé sur ce conflit, est-ce la parole du gouvernement français (et de ses porteurs d’eau médiatiques) qui fait foi ? Il y a un fossé abyssal entre le discours de notre gouvernement, consistant à nous annoncer ce que nous voulons entendre – et pas seulement sur la Russie d’ailleurs – et la réalité de la situation. Le 13 juin 1940, un important quotidien national – j’ai oublié lequel – annonçait le « repli stratégique » des troupes françaises. La réalité ce jour-là était que les armées de la Wehrmacht rentraient dans Paris, ville ouverte. Cette seule anecdote devrait nous amener à réfléchir à l’info que nous consommons. Le Grand continent apporte une stéréo bienvenue.

    En ce qui me concerne, ma préoccupation est de faire en sorte que la Russie ne mette pas à exécution ses menaces à l’endroit de l’Europe. Et pas de dire aux Russes, une fois qu’ils seraient parvenus à Paris, « OK les gars, c’est la loi du plus fort, mais tout de même ce que vous faites est injuste ».

    Et il y a un moyen SIMPLE de mettre fin à la menace russe, c’est d’examiner avec attention et bienveillance les revendications russes sur leur sécurité, qui passe par le dépeçage partiel de l’Ukraine et sa démilitarisation complète.

    J’entends d’ici Manu nous expliquer que c’est inacceptable car l’appartenance de l’Ukraine à l’Europe est vitale pour cette dernière. C’est à se demander comment l’Europe parvient à exister depuis 1957 – ou, de façon plus réaliste, depuis 2004 – sans avoir le président ukrainien à sa table. Mais comment faisons-nous, depuis toutes ces années, pour faire une Union européenne sans l’Ukraine ? Conclusion : la parole de Manu n’a aucune valeur, et ce n’est certainement pas lui que nous devons écouter si nous voulons un regard à peu près correct sur ce qui se passe. Ceci étant, je ne prends pas Manu pour une boussole indiquant le sud, je le prends pour une montre arrêtée ; il indique quand même l’heure exacte deux fois par jour, autrement dit il lui arrive de dire des choses intéressantes sans le faire exprès.

    Pardon Jean-No pour la longueur de mes tartines. Je ne suis pas un agent russe infiltré, je saisis juste l’occasion de ton blog pour tenter de régler correctement la focale sur cette affaire russe. Ca me semble important.

    Répondre
    1. J.-N. Auteur de l’article

      Les revendications russes sont un prétexte. Le besoin de revanche (partagé par la Chine ou l’Inde) est une motivation autrement plus crédible. Peut-être que l’Europe ne l’a pas volé, so what… Rien n’empêchait la Russie de mettre de côté son Histoire impérialiste… Si tant de pays de l’Est se sont empressés d’entrer dans l’UE et/ou dans l’OTAN, ce n’est pas pour rien : la Russie ils la connaissent très bien. Le discours officiel français a effectivement été longtemps de nier la gravité de la me,ace. J’imagine que c’était plutôt diplomatique qu’autre chose : en faisant semblant qu’il n’y a pas de guerre, on laisse une porte de sortie au belligérant, qui ne subit l’humiliation de la défaite que s’il est officiellement en guerre. Poutine a continué, il s’est humilié tout seul en dépendant des vies et des roubles dans une guerre « de trois jours » qui dure depuis trois ans, les journalistes et les généraux qui me contredisent se font suicider à la pelle et l’héritage que veut laisser Poutine derrière lui est de plus en plus sale. La Russie elle-même est redevenue une dictature en quelques années… Je ne vois pas ce qu’il y a à défendre là-dedans.
      Je n’ai pas fait de collecte de liens vers des vidéos, des articles, etc., mais les signaux faibles ou explicites de la mentalité masculiniste que je prête à la Russie de Poutine existent bien.
      Et c’est une longue histoire. Vladimir 1er, de l’époque de la Rus’ de Kiev, il y a un millénaire, était un mec assez affreux. Entre autres, il a assassiné son frère puis violé l’épouse de ce dernier jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte de lui. Chez les orthodoxes (et bizarrement aussi chez les catholiques, puisqu’il a christianisé le pays), c’est un saint, c’est un des personnages centraux de la naissance de la Russie, il suffit de voir tous les Vladimirs qui portent son nom. Bien sûr, c’était il y a mille ans, et les mérovingiens qui ont fait la France étaient tout à fait du même genre.
      L’Histoire de la Russie est composée d’épisodes de ce genre depuis, et cette brutalité est revendiquée fièrement par la pays jusqu’aujourd’hui, bizarrement mélangée avec avec un sentimentalisme exacerbé (les violons, donc). En traitant la Russie comme un pauvre petit pays brimé et tremblotant qui prend des décisions purement rationnelles pour assurer sa sécurité, on ne rend pas vraiment hommage à la manière dont le pays se voit lui-même : brutal !
      Je ne fais pas d’essentialisme, hein, rien n’empêche la Russie de changer. Sauf qu’en ce moment, elle ne veut pas.
      Mais bon, tout ça (et Trump, et le RN, etc., c’est le même monde, le même mouvement) était annoncé de longue date : les problèmes de ressource décrits par le Club de Rome il y a plus de cinquante ans nous mènent vers des guerres, des frontières, des dictatures, alors même qu’on s’était approchés d’une forme de prospérité partagée et que jamais on n’a eu plus d’occasions de se connaître et de se comprendre. Quelle espèce foireuse que la nôtre…

      Répondre
      1. Rubens33

        Il y a un point important en effet, une hostilité naturelle à la Russie de la part de ses voisins immédiats. A commencer par les pays d’Europe de l’est, désireux de rejoindre au plus vite la zone Euro et l’OTAN dans les années 90 après 40 ans de joug soviétique. Sur ce point-là, j’irai même beaucoup plus loin : à ma famille de syndicalistes CGT me reprochant sans cesse de ne pas chanter l’Internationale avec eux, je réponds qu’aucun pays au monde, jamais, n’a élu démocratiquement un communiste pour le gouverner. A la notoire exception de la petite république italienne du San Marin dans les années 80.

        Par contre, je te laisse la paternité de l’expression de sentimentalisme exacerbé. Déjà, puisque tu acceptais de « doubler » ton chiffre initial de 10 millions de morts soviétiques, je te reprends une nouvelle fois. L’URSS ne compte pas 20 millions de morts au cours de la Seconde guerre mondiale, elle en compte 36 millions, ce qui revient à 25% de sa population d’alors.

        Ma tentative plus haut avec les Juifs n’ayant donné aucun résultat, je vais tenter autrement. Puisque toi et moi nous vivons en France et que nous avons suffisamment d’expérience de l’âge, nous avons une idée assez précise de l’impact durable de la Seconde guerre mondiale sur nos comportements collectifs. Tout ceci n’est quand même pas neutre. Or la France compte… 600 000 victimes lors de cette guerre. Je t’invite à faire l’expérience de pensée d’une France se réveillant en 1945 en comptant, non pas 600 000 victimes, mais 10 millions (40 millions d’habitants en 1940). Et je te laisse faire toi-même la réponse à des étrangers qui qualifieraient aujourd’hui de « sentimentalisme exacerbé » une émotion particulière que ressentirait la France à l’évocation d’une guerre qui aurait englouti 25% de sa population. Peut-être qu’enfin tu prendras la mesure de ce que tu dis (et que tu n’es d’ailleurs pas le premier à dire).

        Répondre
        1. J.-N. Auteur de l’article

          Les voisins de la Russie ne sont pas hostiles par nature mais par expérience.
          Quant à la logique « bouhou les gens se méfient de moi en disant que je suis une menace donc je les attaque », elle est quand même bizarre.
          Sur le dénombrement des morts, je ne réfute rien, je ne minimise rien, dix millions ou quarante ce sont juste des nombres qui dépassent l’entendement… J’ai écrit dix millions comme ça, de tête, à tort, ok. Les Russes ont en tout cas notoirement eu les plus grosses pertes de la seconde guerre mondiale et ça a été déterminant pour la victoire contre le nazisme. On parle beaucoup moins de la Chine, second pays en termes de pertes et qu’on n’associe bizarrement pas trop à la seconde guerre mondiale, ici.
          Quand je parle de sentimentalisme, ce n’est pas juste au sujet des morts de la guerre, mais aussi pour la forme que prend le patriotisme russe d’une manière plus générale, qui va jusqu’à considérer qu’aucun peuple voisin n’est légitime à vouloir s’émanciper, qui mène à des violences pour savoir si oui ou non Ivan le Terrible a tué son fils et que sais-je encore. Les Occidentaux croyaient que le problème posé par l’URSS était le communisme, mais c’était peut-être sa qualité, car au moins il y avait un projet. Aujourd’hui, l’URSS sans le communisme, il ne reste que la Russie, et le résultat n’est pas très positif.
          La France a été bouleversée par la guerre, et comme (et avec) l’Allemagne, la conclusion a été de chercher un modèle d’avenir pacifique. Un peu hypocrite aussi (les vietnamiens — même si les rapports sont pacifiés, ils ont eu une autre guerre après —, algériens, les ex-colonies qu’on n’a jamais vraiment lâchées, verront ça autrement, à raison). L’avantage de la France et de l’Allemagne est peut-être le sentiment de culpabilité : la France a été collabo, l’Allemagne a été nazie. Ni les Russes ni les Étasuniens n’ont cette ombre au dessus de la tête, ils se voient en héros et rien qu’en héros. Alors ils persévèrent dans leur sentiment de légitimité, dans l’idée que les autres leur doivent tout.

          Aujourd’hui, dix mille ou peut-être jusqu’à vingt mille gamins ukrainiens ont été enlevés par la Russie et sont élevés par des parents russes. Le Lebensborn de Poutine, quoi.
          Un nombre au moins équivalent de civils ukrainiens a été tué (et a priori aucun civil russe). En revanche beaucoup de soldats de l’armée russe sont morts : sans la guerre ils ne le seraient pas. Il y a plus d’un million de blessés. Quel gâchis incroyable.
          Des milliers d’ukrainiennes et d’ukrainiens ont subi des viols de la part de l’armée russe.
          Poutine est soutenu par Donald Trump (avec cet incroyable problème cognitif des pro russes qui mettent tout sur le dos de l’OTAN), l’Iran, la Corée du Nord, la plupart des partis d’extrême-droite, et jouit d’une neutralité suspecte de la part de la Chine ou de l’Inde qui profitent de ce conflit à divers titres.
          La population Russe ne dit rien, les médias sont verrouillés à un niveau inédit depuis trente-cinq ans. Quant aux soutiens européens de la Russie, le soupçon de corruption active est crédible. Alexeï Navalny en accusait Marine Le Pen avant de se faire empoisonner par Poutine.
          Et pour finir, la Russie fait son maximum pour nous déstabiliser ici en mettant de l’huile sur le feu à toutes les occasions (gilets jaunes, Gaza,…)

          Mais qu’est-ce qu’on peut bien défendre dans ce bilan ?
          Personnellement je préfère Gary Kasparov, Bernie Sanders, les Pussy Riot et Jonathan Littel à Luc Ferry, Tucker Carlson, Arno Klarsfeld et Viktor Orbán.

          Répondre
        2. J.-N. Auteur de l’article

          La suite —> ici !
          (il fallait que j’écrive un article, après ces 33 commentaires)

          Juste au passage, je vois sur Wikipédia que le nombre de pertes russes pendant la seconde guerre mondiale, de toute façon monstrueux, a vu son estimation avec le temps et est discuté. J’avais écrit « 10 millions » de tête… Et c’est bien le nombre généralement admis de pertes militaires, ma mémoire ne me trahissait donc pas tant que ça (que le nombre soit juste ou pas).

          Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.