Tout le monde déteste Philippe Val, chansonnier gauchiste des années 1970-1980 devenu patron de presse et éditorialiste atlantiste aux accents néo-conservateurs. Il est haï si fort qu’on aurait presque envie de le défendre. Mais là, impossible ! Il faut cependant reconnaître que l’extrait qui suit, issu de son nouveau livre, a une vertu : il énonce ce que beaucoup de gens croient de bonne foi, et c’est donc un bon prétexte pour répondre à certains clichés.

Ici, Philippe Val fait des idées des « Lumières », et de tout ce qu’on met derrière ce nom, une propriété de « l’Occident ». C’est une grave erreur à deux titres. Tout d’abord, les principes « universels » n’ont de valeur que si ils appartiennent à tous ceux qui s’en réclament, quelle que soit leur origine géographique. Ensuite, si Montesquieu, Diderot, Rousseau, Voltaire, Locke, Hume, Kant ou Jefferson étaient effectivement « occidentaux », ils ne représentent ni les « occidentaux » de leur temps, ni ceux d’aujourd’hui ! Le fameux « occident » restera sans doute plus célèbre dans l’histoire pour avoir été le berceau du Nazisme que pour avoir été celui de la philosophie des Lumières.
Par ailleurs, si effectivement on trouve des gens pour rejeter, au nom de l’anticolonialisme, la démocratie (représentative ou non !), la laïcité, l’égalité, et autres valeurs associées aux droits de l’homme (je ne comprends pas bien ce que vient faire là la notion de « culture », mais passons), c’est bien parce que la colonisation n’a tenu aucune de ses promesses, elle a souvent utilisé les « Lumières » comme drapeau mais n’a semé que l’exploitation, l’oppression, le racisme.
Philippe Val commet une dernière erreur, mais il faut admettre qu’elle est souvent partagée par ses plus farouches adversaires. Et cette erreur, c’est de croire dur comme fer à la permanence des civilisations. Ce qui fait de ce défenseur de la « culture » un philosophe de l’histoire aussi avisé que Lorànt Deutsch. Mais on en parlera une autre fois.


Une femme, la petite soixantaine, pas spécialement jolie mais grassouillette et avenante, dînait avec un couple du même âge, sans doute, mais d’apparence plus fatiguée. Elle parlait de son Jean-Claude, dont elle était à présent veuve, en disant de lui « c’est triste à dire mais il a été inexistant toute sa vie ». Elle reprochait à feu son époux de tout avoir donné à ses employeurs, sans avoir pris de temps pour lui-même et pour sa famille. Elle aurait aimé que sa fille porte son nom de jeune fille à elle : « c’est moi qui l’ai faite », mais à l’époque, rappelle-t-elle, « ça ne se faisait pas ». Elle est heureuse que sa petite fille ait un double patronyme. Je n’ai pas tout compris mais à un moment elle a utilisé le verbe « tilter » pour dire « comprendre ».




