Angoulême 2000

(texte publié en son temps sur le newsgroup fr.rec.arts.bd. J’ai effectué quelques ajustements de mise-en-forme, un peu abrégé une partie sans intérêt et ajouté les images d’époque1 )

Histoire de faire baver ceux qui n’y étaient pas, de causer et de me vanter d’avoir serré la pince à machin et à bidule, voici un permier rapport du festival.

Pannini pas très bon dans la gare de Poitiers (ça, c’est pour mettre dans l’ambiance), coincés pour une heure, TGV en panne. Dans ces coins-là, le TGV est toujours en panne, la dernière fois je suis resté en station à cent mètres de la garde Bordeaux pendant deux heures (généralité touristique insipide et contestable mais ça aussi c’est pour l’ambiance).
Du soleil, une température correcte pour un mois de janvier, Angoulême est encore tranquille, nous sommes jeudi. Si nous voulons avancer de bulle en bulle les mains dans les poches en toisant la sécurité et en ne faisant jamais la queue, il nous faut des badges de VIP.
Direction l’École de l’Image, où des badges nous attendent. Ah ben il faut qu’on attende Jeannine parce que là elle déjeune. En fait nos badges sont à l’espace Franquin, d’où on vient. Pas grave : marcher fait maigrir, on en profite pour mémoriser la topologie de la ville.
En repartant, on n’avait toujours pas réussi. Dominique Hérody, qui enseigne à Angoulême nous apprendra par la suite qu’il lui a fallu trois bonnes années pour comprendre la ville. Il lui arrive encore souvent de s’y perdre.
Espace Franquin. « ah non monsieur, vos badges sont bien à l’école de l’image ». C’est ça, on va se retaper la descente ; Pas question. Il faut trouver le grand chef Smo qui arrangera tout ça. Après une bonne heure à chercher sa maison, qui se révèle vide de tout occupant, on a l’idée d’appeler mon petit frère (manutentionaire au stand du Psikopat) sur son portable. « ben qu’est ce que vous foutez ? Vos copains passent tout le temps me voir pour me demander où vous êtes ».

Ce même frère apprend pour notre compte que Smo est à l’espace Franquin en train de donner une conférence de presse. On y court, il est encore là : sauvés ! La conférence de presse porte sur la création d’une Maison des Auteurs, sorte de Villa Médicis des fabricants d’images, auteurs de bandes dessinées principalement ou peut-être exclusivement (mais j’ai raté le début de la conférence de presse, à lui de nous le raconter à nouveau).
Rencontre avec le talentueux Josepe, à qui l’on doit 95% de design du site Coconino world (http://www.coconino.com.fr). Il distribue les somptueux flyers de Coconino à la presse. Smo vient demander nos accréditations à l’accueil. La fille ne veut rien savoir. Smo lui lance qu’il ne remettra pas le prix du meilleur scénario le soir même si on n’obtient pas les cartes magiques. Ça marche. « mais c’est pas parce que vous m’avez menacée, hein ».
Ensuite, rencontres et retrouvailles successives avec Gregg, Kaze, Ronan, et quelques aristocrates de la bande dessinée : Jean-louis de Cornélius, Jean-Philippe de Jade et Na de la Fnac Montparanasse.

On visite l’espace Cyber-bédé où Coconino World et Café Creed se font brillament remarquer. Expo des étudiants et de jeunes vietnamiens, dont une demoiselle de grand talent. Remise du Prix de l’École de l’Image à David B. qui se fait offrir un superbe livre sur l’art oriental.
Les prix de l’école de l’image sont les plus pertinents d’Angoulême, à deux titres : d’abord il n’y a jamais eu que des auteurs extrêmement valables, des auteurs n’ayant pas leur oeuvre et leur talent derrière eux (et étant donc des exemples pour les étudiants) mais, seconde tradition, le prix n’est pas une merdouille en bronze ou en vinyle, c’est toujours un cadeau qui fait plaisir, adapté à chaque lauréat. Épatant.

A l’Espace Leclerc, on commence à regarder la remise des prix. C’est autrement navrant que ce que je disais du prix de l’école : Uderzo regarde sa montre tout le temps, son train est à huit heures et quelques. Il remercie le festival d’avoir cédé à sa vieille demande d’avoir le Grand Prix (comme quoi il faut s’obstiner), le dédie à Goscinny et nous rassure sur le fait que Tibet et lui ne sont pas homosexuels même si ils sont de grands amis de toujours. Dommage, un coming-out en plein festival aurait mis un peu d’animation. Uderzo se barre, Claude Piéplu vient nous vendre les Shadocks et la soirée vire au cauchemard insipide et laborieux.
On n’a plus de pieds, il faut d’urgence aller se poser quelque part. Petit repas. Gregg commence à se demander où est passé Na qui est le seul à savoir où se trouve l’indigène qui est censé les loger tous deux et dont la rue, pas de bol, n’est sur aucun plan de la ville.

L’angoisse monte, mais on finit par retrouver le jeune homme dans le hall du théatre où va avoir lieu le concert des Primitifs du futur, groupe dans lequel Robert Crumb tient le banjo.
Sur un petit écran géant, fin de la remise des prix : le palmarès est très « indé » dans l’âme, je ne sais pas ce qu’en dira la lettre de Dargaud.
Concert : le groupe de Crumb est excellent, Maurice2 Azzolla est même venu renforcer la section acordéon, une heure et demie de Jazz musette peut-être scolaire mais absolument impeccable. Une fille assez délirante joue de l’ukulélé, de la flute à piston et de la scie musicale. Sortie du concert, direction Le Chat Noir, bar des noctambules angoumoisins. Fumée, bruit, rencontre avec des jeunes gens comme Bertail et Bramanti ; on part se finir à l’hôtel Mercure où se croisent des connaissances et des têtes comme Trondheim, Menu (qui ressemble à Cohn Bendit), Neaud ou encore Aline Kominski — madame Crumb.
Tout à coup, à deux mètres, Calamity Claire !
Retrouvailles, bisous, photos, elle se marie demain. Plus en forme que Christian, son promis, qui se demande déjà comment il va se lever pour aller à la mairie.
Comme une espèce de fantôme, Crumb passe entre nous, son étui à Banjo sous le bras. Il se ressemble tellement, Nathalie dit que c’est comme si on croisait Mickey Mouse en « live ».
Rencontre avec Coyote, aussi gentil que tout le monde le dit, qui explique à Claire qu’il est condamné à dessiner des motos alors qu’il adorerait faire une histoire animalière. Gregg et Claire s’entendent au sujet des chats. Na se fait pincer les fesses par toutes les attachées de presse des éditeurs. Quel succès. Il faut dire que c’est lui qui décide quels albums seront ou non montrés à la Fnac.

On se rentre tranquillement. Claire et Christian habitent à dix mètres de Smo : c’est pas grand, Angoulême.
Réveil dans le gaz, on tente d’aller au mariage, mais avec une heure de retard. On retrouve Claire plus tard au café avec Ronan. Christian, l’heureux époux est allé se pieuter mais la jeune mariée est en forme. La ville est encore bien calme.
Rencontre express avec Algésiras et, plus loin, avec Fred Duval. On les recroisera.
Dans un petit bar, on avale un sandwich avec Gregg et radio-france en profite pour nous interviewer comme si on était le vulgus pécul des festivaliers ; Mais non, on est pas ça, on est des frabiens, on est jean-no, nathalie et gregg, on est des aigles majestueux dont tout le monde devrait connaître le nom par cœur, d’ailleurs, on hésite à parler : et si ce n’était qu’une radio locale, hein ? ;-)))

C’est bientôt l’heure de la conférence. Ah oui, je dois parler, zut. Et puis pas de mac pour montrer mon cd-rom. Et puis si, finalement, un mac.
J’entre-aperçois Yann Rudler et Véronique Hillereau qui m’expliquent que la conférence passera sur canalweb. David R. essaye de me faire dire si je dois parler avant lui ou le contraire, et puis aussi de quoi je vais parler. Tout compte fait je ne m’en souviens pas du tout et je n’ai pas d’opinion sur l’ordre de passage si ce n’est que le plus tard sera le mieux.
Arrive Scott McCloud, le Scott McCloud. Gasp : on fait la conférence avec lui ! La charmante Sally Jane Norman, directrice pédagogique de l’établissement, fait la traduction simultanée. J’essaye de causer de trucs et d’autres, mais bon, non, j’oublie tout ; Dans la salle, Nathalie finit mes phrases ou dit mes conclusions, elle devrait être sur l’estrade à ma place (enfin c’était pas un estrade). David, très pro, a un petit papier pour se rappeler de quoi parler et Scott McCloud est encore plus pro : c’est un américain, avec tout ce que cet état sous-entend comme sens de la formule et comme talent à tenir son auditoire.

Pour s’occuper avant de manger, on visite l’expo Crumb, Scott McCloud est avec nous par hasard. Belle expo, même si il faut bien la chercher, à croire qu’on cache Crumb (d’ailleurs son affiche pour le festival a été refusée par le conseil municipal : elle était pourtant bien belle) Petit repas organisé par l’école. Sally Jane ne vient pas : la traduction lui a donné une extinction de voix. Gérald Gorridge et Dominique Hérody sont tout à fait sympathiques, on tente tous de causer anglais pour être polis avec une jeune vietnamienne, mais ça ne prend pas bien. Rencontre avec Antonio Cossu, de Tournai (si je ne dis pas de bêtises). Jean-Louis nous raconte la triste histoire de Bottaro (le Disney Italien ?) et Smo s’éclipse avec sa guitare pour aller taper le bœuf. Fête de l’Association : trop de monde. On repère Giraud, Jules-Édouard Moustic, Benoit « Michael Keul » Délépine et puis tout un tas d’espèces de gens. L’expo reste ouverte, elle est très bien, en seulement dix ans, l’Asso a accumulé un passif extraordinaire.

David nous présente Jochen Gerner, qui a bien la tête à faire les dessins qu’il fait. On finit par sortir, histoire d’aller s’en jeter un à « l’Excuse », petit bar dans la cave duquel Smo et ses copains gratouillent des standards du blues etc.
Dodo.
Samedi matin : Smo nous emmène visiter l’expo Moebius. C’est très beau. Le scénographe des lieux, Marc-Antoine Mathieu, rencontré au café « le Nil » juste avant, n’a pas réussi a avoir de badge pour entrer partout.

Ces histoires de badges sont un des gags récurents d’Angoulème #27, les feuilles de chou critiques qu’on peut ramasser ici ou là en parlent.
Retour aux bulles. Il y a vraiment du monde à présent, c’est à peine si on peut approcher des stands. L’ambiance est de plus en plus Lanfeust de Troy : je n’ai rien contre puisque je n’ai pas lu ce truc, mais ce n’est plus du tout le même public. Les gens viennent à présent consommer des auteurs à coup de dédicaces.
Chez Cornélius, Jean-Louis dort comme un bébé et on en profite pour faire nos courses : s’il avait été réveillé, il aurait refusé qu’on paye quoi que ce soit (on commence à comprendre le système ;-))

Fin des courses (dix kilos de bandes dessinées, à peu près), on essaye de
revoir un peu tout le monde. On voit Julie Doucet. J’ai envie de lui parler, mais je ne sais pas ce que je lui raconterais, je me retrouve en vulgaire fan… Donc je me contente de la photographier discrètement, de loin. Bizarre de se sentir presque intime avec quelqu’un qui ne nous connait pas. Toujours au Québec, on rencontre Sylvain Lemay, qui donne cours à l’université du Québec et qui a assisté à la conférence de la veille. Il connaît bien Isabelle-de-frab (coucou Isabelle, de la part de Sylvain).
Aux stands, les uns et les autres commencent à avoir les yeux cernés.
Il est temps qu’on s’éclipse.

Dernier rendez-vous au stand Delcourt avec Thierry qui nous donne ses deux derniers albums. Rencontre encore avec Servain, un garçon très joyeux. On boit un coca avec Algésiras et on salue Joann Sfar en coup de vent. Il a beaucoup de monde pour les dédicaces, comme Trondheim à côté de lui. J’aurais bien aimé discuter avec Joann puisqu’on ne se connaît pas « en live », mais ce sera pour une prochaine fois.
Dernière attraction, un débat sur la BD indépendante où Jean-louis, avec son talent de tribun habituel explique que le public est à l’auteur et à l’éditeur ce que le mari dans le placard est aux amants : dès qu’on sait qu’il est là, on ne fait plus les choses pareil. La métaphore passe assez mal auprès du public, justement, mais ça permet encore quelques bons mots.
retour chez les Smolderen où nous attendent nos sacs.
Une des filles Smo fait du vélo à une seule roue. Shirley Smolderen nous fait un petit café avant de nous emmener à la gare.
Dans le train, deux équipes de Rugby, avec la même cravate et des vestes à écussons bloquent le wagon restaurant, qu’ils vident de ses mini-fioles d’alcool fort.
métro. Train. Sandwich. Envoi des photos sur le net. Dodo. skouik. A l’an
prochain.

j’ai sûrement oublié un tas de choses.
Excusez aussi les fautes de style et de goût, je ne suis pas très réveillé.

  1. les images sont en 320×240, ce ne sont pas des miniatures, c’est le format que que proposait mon appareil. Quand je l’ai acheté, on était au tout début des appareils photo numériques pour le grand public. []
  2. En fait Marcel Azzola. Cf. commentaires. []