Du C-4 dans le Lycra®

Encore une étrange conversations sur Facebook.
Pour décrire sommairement le contexte, ces commentaires répondaient à un statut sur Facebook, dont l’auteur expliquait que, sans défendre ce que symbolisent les vêtements de ce genre, il désapprouve le principe d’une interdiction du Burkini, car ses motivations profondes sont douteuses et ses effets contre-productifs…
Afin de ne pas rendre trop personnelle cette conversation, et parce que mon but n’est pas de me moquer, j’ai enlevé ce qui permettait d’en identifier les auteurs. Mes interventions sont signées en orangé.

le_burkini_au_C-4

À vrai dire, je ne connais que de loin en loin celui dont les interventions sont en noir, et nous ne sommes pas amis sur Facebook. À ma connaissance, il est loin d’être idiot. Mais voilà, il est prêt à tout pour justifier une interdiction de baignade1, jusqu’à imaginer des attentats « kamikazes » particulièrement invraisemblables.

Juste après avoir écrit sa dernière réponse, il m’a bloqué2. Mais comme ses posts sont publics, j’ai pu utiliser le compte Facebook de quelqu’un d’autre à la maison pour aller faire des captures à cette conversation qui m’est désormais défendue, ainsi que du message qui suit, posté par l’intéressé sur son propre mur, et par lequel je me suppose visé :

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Je poste cette conversation pour mémoire. Pour que dans dix ans, on se rende compte que la panique d’une partie des gens aujourd’hui n’a rien à envier à la paranoïa anticommuniste de la période du sénateur McCarthy aux États-Unis ou autres épisodes de fièvre et d’obsession.

  1. Le conseil d’État a rendu son jugement il y quelques minutes, estimant que l’arrêté contesté « a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Reste à savoir si cela signifie que le Burkini est de l’affaire ancienne, ou s’il va devenir un enjeu électoraliste. []
  2. Gens qui bloquez, arrêtez de le faire après avoir répondu, on ne peut pas vous lire ! []

Un mot que je n’ai jamais vraiment compris

Partout sur les réseaux sociaux, et dans le monde entier, circulent les images pathétiques d’une femme à la plage, encerclée par quatre policiers municipaux qui la forcent à choisir entre retirer le voile qu’elle porte sur la tête et quitter la plage. Même quelqu’un comme Caroline Fourest, qui combat avec ardeur ce que représente le voile en termes historique et symbolique, et propose de répondre au Burkini par la pratique du nudisme, voit dans ces arrêtés municipaux anti-Burkini un dévoiement de la laïcité.
Mais ce n’est pas de ça que je veux parler.

On
On admire la tactique des policiers, qui encerclent la dame en bleu : pas question qu’elle se sauve. On ne le voit pas bien sur les images, mais elle ne porte pas un burkini, juste un fichu sur la tête.
L’image ne met pas mal à l’aise tous les anti-burkinistes. Quelqu’un m’a soutenu que la situation devait être comparée symétriquement à l’Iran : là-bas, les femmes étrangères sont forcées de se plier à la coutume locale et portent le voile. Voici où nous en sommes : l’obligation de porter les vêtements décrétés convenables par le régime des Mollah depuis 1979 est désormais ptésentée comme un modèle. Dans notre cas, ce n’est pas pour plaire à une divinité exigeante, mais au nom de la liberté et de l’émancipation des femmes. Beaucoup de gens me disent que le burkini est anecdotique, que c’est un moyen pour faire oublier le chômage, le nucléaire et autres grands problèmes. J’ai peur que ça ne soit pas si simple : comme souvent, les questions apparemment négligeables font affleurer les vagues de fond de la conscience collective, et il y a vraiment de quoi s’inquiéter, tant pour le traitement des musulmans que pour la facilité avec laquelle le climat de peur actuel rend possible une diminution des libertés.

Sur Twitter, j’ai vu quelques personnes s’indigner des photographies de la plagiste voilée, pour la scène montrée, bien sûr, mais aussi parce que le visage de la femme est visible. Je cite un tweet sur le sujet : « est-ce que la dame qui a été humiliée par les policiers à Nice aimerait que ces images soient sur le net ? ».
Effectivement, c’est une question qu’on pourrait lui poser, mais ce qui m’a étonné dans la phrase, c’est l’idée induite que la raison de refuser la publication de la photo est d’avoir subi une humiliation.

Même des personnes qui combattent ce que symbolise le voile, comme Caroline Fourest, pointent le ridicule de la psychose actuelle.
À présent, François Baroin voit le « Burkini » comme un élément de « terreur ». Je me demande s’il va publier un arrêté municipal pour l’interdire dans la ville Troyes, dont il est le maire, mais qui n’est pas réputée pour ses plages. Les cadres du parti Les Républicains se sont engagées ces jours-ci dans un festival de déclarations idiotes, chacun étant soucieux de ne pas être celui qui aura l’air tiède. Les plus sages se taisent, et peut-être ont-ils raison de le faire car l’électeur de base de leur parti n’est peut-être pas prêt à écouter sans irritation des propos réfléchis. Mutatis Mutandis, la psychose actuelle me rappelle l’anticommunisme américain de la guerre froide.

Cette réaction me fait mesurer à quel point j’ai du mal à comprendre le concept d’humiliation, surtout dans ce genre de contexte. Je comprends la définition, bien sûr, mais je ne comprends pas le sentiment. Pour beaucoup de gens il semble pourtant évident qu’on peut se sentir diminué par la volonté d’un autre. Pour moi, on ne peut se sentir rabaissé et ridicule, que si on a participé à l’être, si on est au moins en partie responsable de sa dégradation. Cela ne peut pas venir de l’extérieur. Les policiers qui se mettent à quatre pour appliquer un décret municipal à la formulation sybilline et qu’ils semblent avoir retenu comme le droit de chasser les musulmanes affichées de la plage sont ridicules. La mairie est ridicule. Le maire de Nice qui constate ce ridicule et menace de poursuivre ceux qui diffusent ces images est ridicule1. La France, complètement électrique sur ces sujets, est devenue internationalement ridicule cette semaine2. Comment la personne tracassée, qui n’a pas accepté les règles du jeu qu’on lui impose, pourrai-elle se sentir déshonorée ? Elle se plie à une contrainte contre laquelle elle n’a pas beaucoup de marge de manœuvre, ce n’est pas elle qui a le pouvoir de distribuer des amendes, ce n’est pas elle qui porte une matraque ! Le déshonneur est dans l’autre camp. Je crois que je suis beaucoup trop orgueilleux et protégé pour comprendre ce concept.

  1. Belle démocratie, qui veut qu’on n’ait pas de droit de regard sur l’activité des forces de l’ordre… La loi, heureusement, n’est pas de son côté : « Les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image, hormis lorsqu’ils sont affectés dans les services d’intervention, de lutte anti-terroriste et de contre-espionnage spécifiquement énumérés dans un arrêté ministériel (…) La liberté d’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction ». []
  2. La prochaine fois qu’on brûlera une ambassade de France dans un pays musulman, ce sera pour ça, sans doute — non pour le Burkini en lui-même mais pour cette image d’une police qui persécute les membres d’une religion qui est celle d’un être humain sur quatre. []

Petite déception

Un jour, un auteur de bande dessinée que j’admire depuis plus de trente ans m’a demandé comme ami Facebook. Je ne sais pas pourquoi, on ne se connaît pas personnellement, nous avons quelques amis en commun, peut-être que j’ai dit sur leur mur des choses qui l’ont intéressé, enfin voilà, il a voulu être mon ami et ça m’a beaucoup flatté : ce n’est pas tous les jours qu’un souvenir d’adolescence vous montre des marques d’intérêt, si superficielles qu’elles fussent. Mais bon, nous n’avons pas eu beaucoup de rapports et à deux ou trois reprises, je me suis dit qu’il n’aimait pas beaucoup qu’on le contredise, et surtout pas quelqu’un comme moi, qu’il ne connaît ni d’Ève ni d’Adam. Je ne sais pas si c’est son tempérament, ou si on se raidit avec l’âge, ou si on perd patience lorsque l’on a un certain statut… Enfin je sais que les trois sont possibles1, mais je ne sais pas ce qui est déterminant dans son cas. Récemment il a prévenu qu’on n’aurait pas le droit de le contredire au sujet du Burkini, qu’il serait intraitable, qu’il refusait toute discussion — pas de discussion pour les ennemis de la liberté, de la démocratie, enfin de tous les gens qui ont une autre opinion.

La suite est simple. Aujourd’hui, ce grand auteur a écrit quelque chose d’injuste à quoi je ne pouvais pas ne pas réagir. Pourtant j’ai envisagé de me retenir, car je savais très bien ce qui allait se passer. Je l’ai contredit sur son interprétation de la manière dont Cécile Duflot avait parlé de la question du Burkini lors d’une interview : pour ce monsieur, Duflot soutenait avec ardeur la sulfureuse tenue de bain, tandis que pour moi, elle demandait à parler de choses plus importantes, notait que tout le monde avait un avis sur ce que les femmes doivent faire de leur corps, et affirmait son ras-le-bol des questions religieuses2.
Je ne suis pas duflotiste pour deux sous, mais je trouvais la charge injuste. L’auteur a fini par me dire que pour lui, une personne qui ne dit pas qu’elle veut l’interdiction du Burkini le soutient : défense d’être nuancé, de prendre du recul, si vous n’êtes pas avec nous, alors vous êtes contre nous. Puis une ou deux personnes sont venues parler non plus de Duflot mais bien du Burkini, et j’ai participé à la conversation3, notamment pour rappeler qu’il était paradoxal d’affirmer participer à la libération des femmes en leur interdisant quelque chose (sophisme ! m’a-t-on dit). La dernière chose que j’ai postée, avec le vague espoir de détendre l’atmosphère, aura été le distrayant billet d’humeur de Sophia Aram sur le sujet. Peut-être que ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, car j’ai été éjecté, viré, bloqué. Adieu.
On m’a transmis l’épilogue, auquel je ne peux pas accéder moi-même (je préfère masquer le nom de mon contradicteur pour que ma déception ne soit pas contagieuse) :

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Être enseignant n’est pas toujours bien vu, c’est un argument récurrent dans ce genre de discussion houleuse : on est perçu comme dominateur, autoritaire, etc. Je suis mal placé pour en juger mais je ne me suis jamais senti le plus professoral des professeurs, et au contraire, j’aime discuter, y compris avec des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. Et même, quoique ça soit moins confortable, je dirais que les conversations les plus utiles, celles qui aident à progresser, sont justement celles que l’on tient avec des gens qui ont une autre opinion.

Mais tout ça n’est pas grave. Ce qui me gène plus, c’est de constater à quel point certaines discussions deviennent impossibles, à quel point la nuance ou la prise en compte de points de vue qui ne sont pas les siens deviennent insupportable, dès que l’on parle de la visibilité de l’Islam. Le contexte des attentats explique bien la chose, mais semaine après semaine, les Daech et compagnie obtiennent un peu plus de ce que leur psychologie autodestructrice recherche : la haine, la bêtise, le refus de l’autre, le refus du dialogue.
Je pense qu’il n’y a rien à faire. Je suis un peu déçu par cette planète et par son espèce réputée dominante.

(mise à jour du lendemain : j’ai signalé cet article à l’auteur de bande dessinée dont je parle, qui m’a répondu par un mail assez apaisé où il m’explique pourquoi le sujet le met hors de lui et pourquoi le fait que son indignation ne soit pas partagée le fâche)

  1. Non qu’on soit condamné à se raidir lorsque avec l’âge ou la notoriété, heureusement, mais ça se constate chez certains. []
  2. Extrait de l’interview« Franchement, c’est exactement ça que je refuse. Je refuse que le débat politique soit pollué, pollué, je dis bien pollué par un sujet ultra marginal (…) Quand c’est les mecs qui décident ce que les femmes doivent porter, trop court ou pas assez court, ça me pose toujours question. Ça c’est le premier point. Le premier point, c’est la liberté des femmes (…) Il y a des combats pour l’égalité femme-homme. Il y en a des très actuels. Aujourd’hui, les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes, c’est elles qui subissent le temps partiel, c’est elles qui font les tâches domestiques, c’est… (…) Troisièmement, il faut arrêter, je dis bien arrêter en permanence de taper sur la tête des musulmans de ce pays (…) Qu’on nous foute la paix, globalement, un peu, avec la religion. Qu’on respecte la foi des uns et des autres. Il y a des gens qui croient, d’autres qui ne croient pas. Il y en a qui sont athées. Justement, c’est la liberté de croire, de vivre sa foi. Ça c’est essentiel. Mais qu’on arrête de systématiquement taper sur les musulmans de ce pays, c’est aussi une priorité parce que ça évitera d’attiser les tensions ». []
  3. Je viens d’écrire un article à ce sujet. []

chiche !

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Essayons d’imaginer suivre ce programme.
Il faudrait déjà définir ce qu’est la France, mais disons que c’est le pays dont les frontières sont la mer Méditerranée,  les Alpes, les Pyrénées, l’Atlantique, la Manche, le Rhin, et bien entendu la ville de Quiévrain, connue pour séparer la France de la Belgique,…
Si l’on remonte à quelques siècles, notre territoire a malheureusement été assailli d’influences exogènes. En visitant le Louvre, par exemple, on est rapidement saisi d’horreur devant l’impureté de ce musée censé être la fierté de tous les Français : du mésopotamien, de l’égyptien, du grec,  de l’étrusque, du romain, du flamand, de l’italien en veux-tu en voilà… Et quant aux peintres bien français des siècles passés, ils partaient apprendre à peindre en Italie ! Pas grand chose à garder dans ce musée en dehors de ses murs. Et je ne parle pas de sa pyramide !

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La langue française elle-même est saturée d’influences latines, mais aussi de mots issus de langues très diverses, à commencer par l’arabe, qui en punition de deux cent ans de croisades nous a amené les mots « abricot », « alcool », « amiral », « aubergine », « café », « chèque », « chiffre », « chimie », « cordonnier », « coton », « douane », « épinard », estragon, « hasard », « jupe », « magasin », « matelas », « tasse », etc.
Pour être vraiment français, il faudra nous débarrasser de l’influence des peuples germaniques qui, fuyant les Huns, sont venus se réfugier chez nous : les Burgondes (qui fondèrent la Bourgogne et sa cour aux mœurs raffinées, qui a servi de modèle aux autres royaumes), les Goths, et bien entendu les Francs, qui n’avaient rien de bien intéressant mais nous ont laissé leur nom.

Bien entendu, pour que la culture française ne soit rien d’autre que française, il faudrait se débarrasser d’urgence des religions moyen-orientales sans gène qui se sont installées chez nous sans avoir été sollicitées, avec leur vocabulaire, leurs prières et leurs rites : le Judaïsme, l’Islam, et bien entendu, l’affreux Christianisme. Ces religions ne sont pas faites pour nos climats, elles viennent de pays désertiques où les gens écrivent à l’envers, ne connaissent qu’un Dieu et ne croient pas aux esprits. La première religion qui a existé dans nos contrées et qui a perduré des dizaines de millénaires durant était animiste et vénérait la nature.

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Toujours venue d’Orient, il faut que nous nous débarrassions de l’agriculture, cette pratique qui entend domestiquer la nature au profit de l’homme et qui n’est pas de chez nous : nous, Français, sommes des chasseurs-cueilleurs anthropophages.
D’innombrables aliments sont d’ailleurs bien peu français, et pour retourner aux sources, il faudra nous passer de tout ce qui vient des Amériques : cacao, cacahuète, tomate, maïs, haricots, pommes de terre, tabac, avocat, poivron et piment, topinambour, rutabaga, dinde, et courges diverses, telles que le potiron et les courgettes. Il faudra aussi éviter le concombre, le navet et le poulet, qui viennent d’Inde ; l’ail qui vient d’Asie occidentale ; la plupart des céréales (avoine, blé), le fromage, la bière, les lentilles, la moutarde, les amandes, les pois, les radis, la laitue et les carottes, qui sont des exportations moyen-orientales. L’oignon, le vin et la pomme nous viennent d’Asie centrale. L’idée de cultiver les fruits d’un arbre a été inventée en Palestine, avec la figue. Le thé, la poire, la pèche, le citron, la rhubarbe, et, curieusement, le Sarrasin, nous viennent de Chine. La cannelle, du Sri Lanka. Le café, l’artichaud et la pastèque, d’Afrique. Le pain est égyptien, les pâtes sont chinoises. les viennoiseries viennent d’Autriche et la pâtisserie, d’Italie.

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Un vrai français ne doit manger que des baies, des champignons, des asperges, du chou, des pissenlits, des orties, des châtaignes, du miel et des racines. Et bien entendu le gibier que l’on trouve dans nos forêts, les poissons que l’on trouve dans nos mers et nos rivières, le miel et les œufs d’oiseaux sauvages. Tout ça est bien suffisant, on peut cuisiner d’innombrables recettes avec ces aliments.
Le vrai français n’a pas l’électricité, puisque le courant alternatif nous vient du yougoslave Tesla ; ni le téléphone, qui nous vient de l’Américain Bell ; ni le train ou le football, qui sont anglais. Etc. La chaise nous vient d’Égypte, la fourchette et la monnaie, de Turquie. L’oreiller, de Mésopotamie. L’égout, du Pakistan. Le traversin, la baignade en maillot de bain, le chauffage central et l’eau courante, de Rome.
La Démocratie est grecque, tout comme la philosophie. La République est romaine, la Monarchie vient du moyen-orient. Le droit et l’écriture sont des inventions sumériennes ou égyptiennes. La géométrie et l’arithmétique sont grecques, l’algèbre est arabe.

Ah, et puis il y a l’homme, aussi, l’être humain. Cette vilaine bête vient d’Afrique de l’Est. Si la France était vraiment française, on n’y trouverait aucun homo sapiens.

Réflexion sans intérêt

(On finit par s’habituer à l’horreur des attentats, mais on finit aussi par s’habituer aux déclarations débiles qui accompagnent l’horreur. Et on ne peut pas toujours se retenir soi-même d’en émettre, ce que je fais ici — soyez indulgents et ne voyez là que le besoin de réfléchir à voix haute)

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Je sais bien qu’il faut attendre ce que dira l’enquête, mais plus j’en apprends sur Lahouaiej Bouhel et plus je me dis qu’il n’a rien à voir avec l’islamisme, je me dis qu’il a plutôt le même profil qu’Andreas Lubitz, l’Allemand qui s’était suicidé en emmenant avec lui cent quarante neuf autres passagers et personnels de l’avion dont il était co-piolote. Un mass-murderer tel que les États-Unis en produisent toutes les semaines, quoi, une de ces personnes qui peinent à vivre avec les autres et qui veulent mourir en emmenant un maximum de gens avec eux.
Sommes-nous dans une société qui produit plus que d’autres des gens inquiets de leur avenir, frustrés, malheureux ? Est-ce que leur médiatisation a transformé les suicides meurtriers en mode, ou est-ce qu’il s’agit juste d’en avoir eu les moyens, l’occasion, l’idée ? Est-ce que nous assistons à une épidémie d’un problème psychologique neuf ? Après tout il existe dans l’histoire plus d’un souverain ou d’un meneur de secte qui a fait payer ses problèmes psychologiques et son immaturité à des centaines, des milliers ou des millions de gens. Et finalement, est-ce tous que les gens qui se suicident en emmenant un maximum d’autres avec eux, en se vengeant du monde entier, ne sont pas les mêmes, qu’ils se donnent un prétexte idéologique ou non ?

Comment faire pour que les gens soient heureux ? Ou lorsqu’ils ne peuvent pas l’être — et du reste, ça serait impossible —, comment faire pour qu’ils apprivoisent leurs propres frustrations, leur solitude ? Tout ramener à une question de société de consommation (supplice de tantale perpétuel qui produit de la frustration en donnant à chacun l’impression — fondée — d’être submergé par l’abondance, et parfois torturé par le désir impuissant de posséder des biens ou des gens) serait un peu court, sans aucun doute, mais il doit y avoir quelque chose à réfléchir par là.

Soirée foot

Hendaye-Tarbes en famille, mon père conduit. La route m’endort, mais je suis réveillé par une clameur générale dans le véhicule : un furieux arrivé de nulle part nous a doublé par la droite, à toute bombe, alors que mon père se rabattait. Sans sa conduite débonnaire et ses bons réflexes, peut-être que je ne serais pas en train d’écrire en ce moment. J’ai tenté de photographier la plaque du chauffard, qui, devant nous, collait au cul des voitures qui le freinaient, et qui étaient pourtant à au moins cent trente à l’heure, la limite autorisée. Toujours aussi brusque, il est subitement sorti de l’autoroute et a disparu. Sur le chemin, d’autres automobilistes aussi pénibles se collaient, se pressaient, se doublaient de manière imprudente. On est un dimanche d’été, en début de soirée, il n’y a qu’une explication à cette frénésie : cette nuit il y a match.
Sur une aire d’autoroute, j’achète un best-of de Nina Simone, pour en faire cadeau à mes parents, car je sais que ça va leur plaire et je me doute qu’ils ne connaissent pas, ou pas bien. Et puis aussi parce que c’est exactement ce que j’avais envie d’écouter pour les derniers kilomètres du trajet. L’autoradio n’a pas un son parfait, mais la magie fonctionne, le paysage change pendant que la reine du jazz reprend Ain’t got no. Quand commence Feeling good, ma fille cadette demande si on peut monter le son.

voiture

À la sortie d’une ville, on voit dépasser d’une fenêtre de voiture deux gosses grimaçants dont les bras tendus semblent vouloir nous dire quelque chose. Ils ont les joues bleu blanc rouge, et j’imagine qu’ils veulent nous dire qu’ils sont joyeux ou impatients que le match commence. Please don’t let me be misunderstood. Plus loin, le long d’une route toujours, un ballon vole, venu d’un petit jardin ou une cinquantaine de personnes sont entassées, habillées avec des maillots de football. Ambiance barbecue, il n’y a pas de place pour jouer, on comprend que le ballon ait eu envie de sortir de là. Here comes the sun. Beaucoup de drapeaux nous croisent, surtout français, un peu portugais.
À l’entrée de Villecomtal, un vélo rouge entouré de pots de fleurs nous rappelle qu’ici, des cyclistes ont été fauchés par un jeune militaire qui conduisait, ivre, de retour de permission. Huit ont été blessés, un est mort.
Ne me quitte pas. Le ciel est encombré, les champs de maïs sont mornement arrosés, mais tout ça a quelque chose de beau, avec la voix qui sort des enceintes. Une partie de la magie du cinéma vient de ce genre de moments : une caméra qui avance en regardant, et une musique qui n’avait aucun rapport jusque là, et qui en crée un.

Il faut annuler le truc de football

Utilisation de fumigènes par les Ultras du PAOK Salonique George Groutas from Idalion, Cyprus
Utilisation de fumigènes par les Ultras du PAOK Salonique (photo George Groutas)

Mes chers compatriotes

Afin de prévenir des violences aussi prévisibles qu’inacceptables, je réclame dès aujourd’hui un report sine die du championnat d’Europe de Football, qui doit commencer le dix juin prochain et est censé durer un mois entier. En fait, je réclame un moratoire sur la pratique de ce sport.
Je réfute l’accusation de footbophobie, mais dans un esprit d’apaisement et de solidarité nationale et me défendant de tout amalgame, je demande aux nombreux amateurs modérés de se désolidariser de leurs semblables radicalisés et de condamner avec vigueur les excès de ces derniers. Afin d’assurer la sécurité des leurs, les instances dirigeantes du sport doivent prendre leurs responsabilités et faire en sorte que le football se pratique dans le cadre privé, amical et familial, le week-end, et sans faire de vagues. Les maillots spécifiques, les drapeaux, ainsi que les écharpes signalant l’attachement à des équipes ne devront plus être arborés dans l’espace public. Au delà du respect mutuel, c’est aussi une question de sécurité : une écharpe peut être dangereuse, notamment pour les conducteurs qui peuvent perdre le contrôle de leur véhicule en s’emmêlant, ou pire1. Et puis on doit avoir chaud avec ça, en juin, non ? Il ne s’agit pas de stigmatiser un sport en particulier, mais force est de constater que celui-ci est coutumier des dérives de tout genre, et il serait un peu naïf de ne pas vouloir l’admettre. De plus, l’obsession de la compétition, le vocabulaire guerrier, les slogans haineux et l’ensemble des rites qui sont associés à la passion du football étaient peut-être très sympathiques il y a six mille ans mais ne sont clairement plus adaptés aux enjeux humains modernes. Et ne parlons pas des coupes de cheveux spécifiques à cette culture, adoptées par d’innombrables supporters qui n’hésitent parfois pas à les appliquer à leurs fils2, imposant de cette manière à ces derniers un cruel marqueur social et d’insupportables airs de petites brutes qui les rendent certes populaires dans la cour de récréation, mais en mène plus d’un en prison ensuite. Soyons fiers de nos racines de cheveux !
Rappelons par ailleurs que de nombreuses équipes de Football sont financées par des pays étrangers. Selon nos calculs, ce sont près de 96% des équipes participantes à ce championnat d’Europe sont financées depuis l’extérieur de nos frontières ! Voilà qui, sans xénophobie aucune, pose quelques problèmes de souveraineté nationale. Restons fermes !
Et puis avec les attentats qui ensanglantent le pays, il n’est pas raisonnable d’autoriser les supporteurs d’équipes à se regrouper par dizaines de milliers, car cela fait d’eux des cibles faciles, c’est donc à leur bien-être que nous pensons en premier lieu.

En espérant que chacun saura se montrer responsable et compréhensif3.

  1. Citons l’exemple bien connu d’Isadora Duncan, tuée par son écharpe, prise dans les rayons de la roue de son automobile, alors que rien ne prouve qu’elle ne se rendait pas à un match de football. Sport et écharpes, on le voit, ne font pas toujours bon ménage ! []
  2. Le football est un sport notoirement non-mixte. []
  3. Avec un peu d’aide de Gallorum, que nous remercions au passage. []

Je suis une racaille de bobo tocard psychopathe à expulser et à signaler à la DGSI

Mercredi dernier, en passant devant le kiosque à journaux, je tombe sur cette « une » du Parisien/Aujourd’hui-en-France qui tente, s’appuyant sur un sondage, de rassurer les policiers quant à l’amour dont ils jouissent parmi la population :

les_francais_vous_aiment

Ça m’a fait rire, à cause de la photo de ces hommes casqués, en armure, derrière des boucliers, qui veulent de l’amour. Et aussi parce que, sondage ou pas, les Français n’aiment pas énormément avoir affaire avec leur police. Alors j’ai tweeté ceci :

les_gens_sont_mefiants

Comme chaque fois que je conteste l’action des policiers ou, comme ici, que je badine sur le sujet en espérant amuser la galerie, des dizaines de personnes sorties de je-ne-sais-où viennent m’insulter en m’expliquant la légitimité de l’action de la police et en me traitant de bobo, d’antifa, de bisounours, en me promettant qu’ils me taperaient dessus s’ils m’attrapaient, ou que je serais bien content qu’il y ait des policiers si je me faisais agresser (par ceux qui veulent défendre la police en me tapant ?), etc.
Ce sont les mêmes qui étaient ulcérés le mois dernier en lisant le slogan de la CGT : « La police doit protéger les citoyens et non les frapper / Stop à la violence », comme ici :

la_police_doit_frapper
Je me demande si le gars comprend que le contraire de l’affiche qu’il dénonce dirait : « La Police doit frapper les citoyens et non les protéger / Pas de frein à la violence »

En général, ces gens sont faciles à faire bugger, il suffit de leur répondre en disant quelque chose comme « je ne critique pas la police, je critique les ordres que lui donne le gouvernement ». Car ces défenseurs inconditionnels de la maréchaussée ne sont, en général, pas des électeurs du parti socialiste. Bien au contraire. Là, ils répondent un lapidaire « ok », « ah, d’accord » ou « bon, salut ».

Le record de la semaine, pour moi, c’est ce monsieur qui a commencé par me traiter de « connard d’antifa » (antifa == anti-fasciste).

connard_antifa

Ce dénommé Résistance75#NS2017 — pseudonyme qui signifie, je pense, que la personne vit à Paris, se considère en résistance (au manque de respect dont pâtissent les « forces de l’ordre » ?) et compte voter pour l’ancien président Nicolas Sarkozy aux prochaines élections  — m’a ensuite ajouté à une quantité extravagantes de listes Twitter :

listes

Je suis donc un tocard, un bobo couillon, il faut me signaler à la DGSI (qui a un fichier de tocards-bobos-couillons ?), je suis une racaille à expulser, un psychopathe, un gros con à bloquer, un gaucho et enfin, un int-griste (?).
Comme cette liste de listes m’a amusé, j’ai fait une capture d’écran aussitôt, et tant mieux, car quelques secondes plus tard, il m’était impossible de voir tout ça, et de répondre à l’auteur des listes, puisqu’il m’avait effectivement bloqué sur Twitter : je ne peux plus le lire, il ne peut plus me lire. Je ne suis même pas sûr qu’il puisse encore voir mon nom dans les listes où il s’est ennuyé à m’inscrire.

Enfin bref, je me suis fait un copain.