L’affaire de la piñata de Mulhouse

(contexte : le 29 janvier sur le site de Mulhouse de la Haute école des arts du Rhin, dans le cadre d’un workshop1 encadré par une artiste et centré sur le thème des fêtes populaires, des étudiants ont fabriqué une voiture de police en carton qu’ils ont bastonné jusqu’à ce qu’en sortent des textes consacrés aux violences policières. La maire de Mulhouse s’en est émue et a donné une importance nationale à l’événement, allant jusqu’à la menace d’un dépôt de plainte par le ministre de l’Intérieur)

La désapprobation d’un ancien ministre de l’Intérieur. Visiblement affecté par le destin d’une voiture en carton, cet homme n’hésite pas à comparer « l’idéologie d’extrême-gauche » (être opposé aux violences policières) à la gangrène, une maladie mortelle qu’on ne traite que par amputation. On notera le « financé par l’argent public » et la charge d’intimidation trumpienne que recouvre la formule dans un contexte de budgets tendus : les institutions publiques où l’on ne marche pas droit politiquement sont sur la sellette.

La performance, qui n’est visiblement qu’une proposition d’étudiants parmi d’autres malgré l’emphase médiatique dont elle bénéficie ces jours-ci, semble s’inscrire dans la tradition du guignol ou du carnaval, où l’autorité est moquée et symboliquement attaquée, et où le bâton change de mains. On notera que ce n’est ici pas l’effigie d’une personne qui est bastonnée, mais la représentation d’un véhicule2. Ce qui n’a pas empêché les policiers de prendre les choses personnellement, réflexe qui n’est pas forcément un contresens ni une grande surprise : on sait depuis que des enquêtes sociologique existent à ce sujet que les policiers se sentent mal-aimés des populations3. Il faut dire que leur ministre de tutelle a plus de commentaires à faire sur la destruction d’une voiture en carton que sur l’explosion du nombre de cas de corruption dans la police (+70% en quatre ans) ou sur les cas récents et choquants de violences policières. Et cela ne va pas s’arranger puisque l’Assemblée étudie un projet de loi qui considérera par défaut que tout cas de violence policière relève de la légitime défense, sauf à démontrer le contraire4.

El Hacen Diarra, immigré mauritanien brutalement interpellé le 16 janvier pour un contrôle d’identité aux pieds de son foyer de travailleurs migrants, est mort d’un arrêt cardiaque peu de temps après, en garde-à-vue. Les caméras piéton des policiers mis en cause étaient opportunément toutes en panne au même moment. Ils affirment que le jeune homme était en train de se rouler un joint mais ils n’ont pas retrouvé cette pièce à conviction. Si un voisin n’avait pas filmé la scène, on ne connaîtrait que leur version : un jeune homme décédé d’une crise cardiaque pendant une garde-à-vue. Le ministre de l’intérieur s’est contenté de dire que « Rien ne dit quelles sont les causes de la mort ».

A-t-on le droit de critiquer la performance des trois étudiants mis en cause, de la juger philosophiquement douteuse, outrancière ou naïve ? Bien entendu, tout comme on a le droit de discuter de la pertinence d’un dessin de Charlie Hebdo sans pour autant réclamer son interdiction, quoi. Est-ce que ce petit scandale pourrait être l’occasion de réfléchir aux rapports entre les forces de l’ordre5 et les citoyens qu’ils sont censés protéger ? Ce serait bien. Qu’une action artistique provoque le débat est toujours intéressant et, d’une certaine manière, justifie son existence, notamment dans le cadre pédagogique. En permanence dans les écoles d’Art, les enseignants discutent avec les étudiants de ce qu’ils veulent dire, de pourquoi et de comment ils le disent, de leur responsabilité. En revanche, réclamer la mise au pas disciplinaire d’étudiants qui critiquent la brutalité du bras armé de l’État, outre l’ironie qu’il y a à justifier par l’exemple les reproches dont on fait l’objet, est absurde. Le but d’une école d’art est d’accompagner l’émergence de personnalités d’artistes, d’auteurs, de créateurs. Une telle ambition est complètement incompatible avec l’idée d’une pédagogie validée idéologiquement par la préfecture.

J’ai du mal à ne pas voir les menaces de représailles judiciaires et la campagne réactionnaire (CNews, Jdd, Europe1,…) suscitées par ce minuscule événement comme une forme d’intimidation destinée à pousser à l’auto-censure ceux qui exercent leur liberté de parole. Et même si ce n’était pas le but, je ne crois pas que la judiciarisation du débat public amène l’apaisement et la compréhension, c’est juste un niveau de violence supplémentaire.
Je me console en constatant que, en 2026, on peut encore provoquer des réactions avec des performances artistiques. C’est toujours ça de pris !

Lire ailleurs : Face aux attaques de l’extrême droite visant les étudiantxs de la HEAR, faisons bloc !, par le Syndicat national des écoles d’Art-CGT ; L’ANdEA dénonce l’instrumentalisation d’une performance
artistique étudiante à la HEAR Mulhouse
, par l’Association nationale des écoles d’art ; Communiqué des étudiant.es de la HEAR de Mulhouse sur l’exposition du 29 janvier 2026 (Mediapart)

  1. En école d’Art, un workshop est un Atelier intensif de quelques jours, avec un sujet précis. Ce format concentré et énergique est souvent stimulant pour les étudiants. []
  2. Je reprends à mon compte un commentaire émis par ma fille aînée, cent pour cent piétonne comme moi : « Moi je peux facilement imaginer une autre performance où on déglingue l’automobile de façon générale (plus meurtrière encore que la police même si c’est pas un concours) ».
    À ceux que la performance des étudiants choque, je propose une expérience de pensée : imaginons que ce soit un camion Amazon en carton, rempli de textes dénonçant la fraude fiscale et les méthodes sociales de l’entreprise de Jeff Bezos qui ait servi de piñata… Y verriez-vous un geste outrageant et brutal ? []
  3. Ils ont beau éborgner des manifestants par dizaines, rien n’y fait, certains continuent à les voir d’un mauvais œil — bon okay, c’est pas de très bon goût mais j’ai pas pu m’empêcher. []
  4. Je note que l’affaire de la piñata intervient aussi dans le contexte de la guerre menée aux États-Unis contre les États à majorité démocrate par l’ICE, laquelle résonne chez nous avec la montée de l’extrême-droite. []
  5. Anciennement « gardiens de la paix ». []

18 réflexions sur « L’affaire de la piñata de Mulhouse »

  1. Uthagey

    Oui, il y à tellement de déclinaisons possibles rien qu’à travers le symbole de l’automobile que la performance mérite d’être reprise dans tout un tas de contexte…. Et puis, la bagnole avec un pimpon c’est quand même de la testostérone surboostée…

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  2. Rubens33

    Puisque tu mentionnes le Carnaval, c’est l’occasion de rappeler que le Carnaval était un rite social fondamental, une parenthèse dans la vie de la cité au cours de laquelle chacun pouvait s’affranchir des règles et des contraintes du quotidien et ridiculiser à sa guise tout ce qui représentait l’ordre, la morale, l’autorité. Les rapports sociaux étaient totalement inversés pour quelques jours. L’Église était particulièrement récalcitrante à toute cette débauche, parfois extrême il est vrai, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été institué dans la foulée le jour de Carême, dédié au jeûne et à la repentance après les excès du Carnaval.

    Tout le monde ayant oublié ça, notre époque nous offre le spectacle navrant de ne même plus tolérer ce qui était toléré au Moyen-Âge.

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    1. J.-N. Auteur de l’article

      On peut même se demander si le fait de tolérer le défoulement irrévérencieux (caricature, carnaval, fou du roi, monômes, certaines parades, certains spectacles…) n’est pas une astuce assez futée pour faire sortir une pression qui, si elle restait contenue et qu’on n’avait pas le droit de l’exprimer, provoquerait d’authentiques émeutes politiques !

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      1. Rubens33

        Absolument. Vous laisser faire tout ce que vous voulez en toute quiétude pendant 5 jours, ça nous permet de vous oppresser tout aussi tranquillement pendant les 360 jours restants. Elle est pas chouette la vie ?

        Combien de neurones ont-ils disparus, en quelques décennies seulement, pour qu’une idée carnavalesque soit désormais massivement perçue comme une incitation à la haine contre la police ?

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  3. élisabeth

    Totalement d’accord. Je trouve que c’est super important de souligner, comme vous le faites, que c’était un objet qui était représenté, et non pas une figure humaine.
    J’espère que les étudiant.e.s concerné.e.s ne sont pas trop choqués par la tournure que prennent les choses, et qu’ils sont bien entourés !

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  4. Vincent Rif

    Merci pour cette très intéressante synthèse.
    Un fait divers provoque plus ou moins d’émotion. Les morts arbitraires de El Hacen Diarra et de Alex Pretti touchent énormément, nous blessent, nous révoltent. L’art se nourrit des émotions les plus fortes. Voir des artistes exprimer l’émotion qu’on ressent fait du bien et rassure. Interdire ces pinãtas, c’est interdire d’avoir des émotions. C’est forcer à accepter, sans broncher, des comportements intolérables.
    Effrayant et il faut s’en inquièter.

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  5. La Ronche

    D’accord avec ton analyse et tes conclusions. Après, il y a comme un malaise avec ce genre de mise en scène un peu puérile et lourdement symbolique, qui me rappelle les lamentables jeux de rôle expiatoires exposés dans la vidéo sur la fac d’Evergreen. L’art et la politique font rarement bon ménage…

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    1. J.-N. Auteur de l’article

      C’est des jeunes !
      Mon malaise personnel c’est que tout ça est le symptôme de la polarisation extrême actuelle, qui fait qu’une partie de la société traite l’autre comme ennemie. Les policiers semblent avoir pas mal de mépris pour les bobos/intellectuels précaires/étudiants, lesquels traitent en retour les policiers comme des milices fascistes ou en tout cas des ennemis (« ACAB »), mais bon, tout ça est auto-réalisateur, et à mon avis bien plus le fruit de choix politiques qui poussent à ne pas chercher à comprendre l’autre. Les policiers, qui ne voient les gens que pour de mauvaises nouvelles, sont quand même les égoutiers de la société, indispensables mais plongés dans un monde assez laid. Les artistes fabriquent des mondes mais ils sont aussi là pour regarder le monde différemment, alors c’est triste de s’en tenir au préjugés et aux slogans qui sont des outils d’action mais pas spécialement de compréhension. Ce qui n’empêche pas de se pencher sur la question des violences policières qui n’arrêtent pas de monter depuis Hollande (plus que Sarkozy, à mon avis).

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      1. Rubens33

        « Les policiers, qui ne voient les gens que pour de mauvaises nouvelles, sont quand même les égoutiers de la société, indispensables mais plongés dans un monde assez laid.  »

        Bien que la généralisation à outrance porte en elle-même des pièges, je crois important de préciser que beaucoup de policiers ne sont pas exactement « plongés » dans un monde assez laid, car c’est aussi le monde dans lequel ils sont nés et dans lequel ils ont grandi. C’est en fait un monde qu’ils n’ont jamais quitté. L’école dite républicaine ne faisant plus son travail depuis des décennies, elle a laissé sur le bord de la route des cohortes d’ados, soit en les orientant vers des voies sans issue pour s’en débarrasser, soit en les excluant directement (pour les plus violents d’entre eux). Violence sociale, violence symbolique ou violence tout court, ils ont grandi dedans, que ce soit en la subissant ou en la faisant subir. C’est ce qui rend leur profil intéressant comme gardiens de la paix dans des quartiers « politique de la ville » (en français, des zones de non-droit) parce qu’ils y ont grandi, et à l’inverse la police est un horizon qui les intéresse car la police – et l’armée – détiennent le monopole de la violence légitime.

        Il va de soi qu’aucun chiffre officiel ne vient confirmer cela, tout simplement parce qu’il n’y a aucun chiffre officiel sur la sociologie de la police. La seule chose que nous savons est que le RN est à des niveaux historiques au sein de ce corps de métier. Mais tous les sociologues s’étant penchés un peu sérieusement sur le sujet ont pu vérifier que beaucoup d’agents de police avaient des antécédents violents en amont de leur intégration. A ce riant tableau s’ajoute un racisme endémique, qui là encore n’est que la conséquence d’une gigantesque faillite républicaine depuis des décennies.

        La chronique des violences policières aujourd’hui est juste vertigineuse. C’est la conséquence d’un abandon par la République d’une partie de ses enfants. Encore et toujours, la violence des jeunes issus de l’immigration sature notre espace médiatique, et ne jamais évoquer la violence d’ados dolichocéphales 100% français devenus policiers, c’est un choix éditorial et politique. Sachant que les uns et les autres sont bel et bien au départ les victimes d’une école qui leur a méthodiquement fait comprendre qu’ils étaient des bons à rien.

        Quand des manifestants (lors des manifs contre la réforme des retraites en 2023 je crois) se réfugient dans un hôpital car les matraques policières ne les suivront pas jusque-là, et qu’ensuite les chaînes d’info et les JT viennent nous expliquer que les manifestants prennent d’assaut un hôpital, il ne faut pas venir ensuite s’étonner que les rapports entre la police et la population se détériorent. Et il n’y a aucune prophétie autoréalisatrice là-dedans, juste la terreur d’un appareil d’état condamné à tout pardonner à la police car sa propre sécurité – et donc sa survie politique – y est assujettie.

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        1. J.-N. Auteur de l’article

          Je ne sais pas dans quelle mesure c’est vrai — je sais que ce n’est pas faux, mais pas je ne sais pas à quel point on peut généraliser, je connais pas mal de gens qui ont, les concernant, une histoire dans laquelle ils ont été aidés par la police, écoutes, traités humainement… —, mais je sais que la situation pourrait être meilleure. Avec l’école en amont, avec des directives moins complaisantes envers la violence bien sûr… Et l’amélioration passe plus par l’exigence citoyenne : on paie des impôts notamment pour que la police soit là quand il y en a besoin, pas pour se faire taper dessus. Dire « all cops are bastards », c’est dire aux policiers qu’ils ne doivent rien aux citoyens. Ça me semble assez contre-productif.

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          1. Rubens33

            « Dire « all cops are bastards », c’est dire aux policiers qu’ils ne doivent rien aux citoyens. Ça me semble assez contre-productif. »

            Présenté comme ça, je suis 100% d’accord. Mais tout part de l’école. Car avant de devoir quoi que ce soit aux citoyens, un enfant (quel qu’il soit) est supposé devoir quelque chose à l’école. A condition que l’école lui apprenne correctement les bases de la connaissance (quitte à y mettre le temps nécessaire), mais aussi les valeurs de la République. Et notamment la laïcité : pas de croix, pas de médaille, pas de voile, on apprend le français et l’histoire de France, et on dit à chacun qu’il fait partie désormais de cette histoire et qu’il lui revient de contribuer à la rendre plus belle. Si la République prend à nouveau au sérieux cette mission-là, ça donnera plus de citoyens de sentant redevables vis-à-vis des autres, et accessoirement moins de citoyens estimant qu’ils paient trop d’impôts.

          2. J.-N. Auteur de l’article

            Le truc c’est que l’école est terriblement maltraitante. Et pour tout le monde : gamins, parents, profs. Je ne peux pas le prouver mais à mon avis, si chaque classe n’avait que quinze élèves… Enfin bon.
            Et à un autre niveau, le système politique n’a pas envie que les citoyens se sentent engagés dans leur citoyenneté, écoutés,… ça rend tous les principes abstraits et arbitraires et ça réduit l’exercice démocratique à une affaire de goût. Et là encore, c’est une balle que nozélites se tirent dans le pied.

          3. Rubens33

            Je ne suis pas certain que le problème de l’école soit juste un problème d’effectif. Quand tu déploies une méthode d’apprentissage de la lecture qui convient à 60% des élèves, ça en laisse 40% sur le carreau, soit 6 élèves sur 15, ou 10 sur 25, ou 12 sur 30. Il y a alors deux options : soit ignorer le problème (et les 40% sont promis à une scolarité particulièrement difficile qui nourrira leur ressentiment ultérieur), soit le prendre à bras le corps et mettre à niveau les 40% qui manquent, avec l’objectif qu’à la fin TOUS les élèves sachent correctement lire. Bref, prendre enfin acte du fait qu’il ne sert à rien de commencer la grammaire et la conjugaison avec des enfants qui ne maîtrisent pas l’étape précédente, la lecture. Et ainsi de suite pour toutes les disciplines.

          4. J.-N. Auteur de l’article

            Les programmes ne sont réellement dogmatiques que quand il n’y a pas le temps de les appliquer avec discernement et de manière un peu individuelle. Ceci étant, l’augmentation de l’incidence des troubles « dys » semble créer des problèmes supplémentaires encore plus complexes. Un autre problème est la précocité de l’apprentissage de la lecture en France : dans la plupart des pays on commence à sept ans. Il y a aussi des problèmes dans la philosophie scolaire, basée sur l’idée de piège et sur l’idée du train-raté-qu’on-ne-pourra-jamais-rattraper.

          5. Rubens33

            Le dogmatisme de notre système scolaire est induit par une idée absurde en effet, celle du train qu’on ne pourra jamais rattraper. Mais il ne s’agit pas seulement d’une idée. Quand des gamins décrochent dès le CE1 il n’y a aucune raison pour qu’ils rattrapent le train plus tard. D’où ma proposition pour atteindre les 100%, et effectivement ça passe pour certains par un suivi plus individualisé. Ça passe par du temps passé avec les troubles Dys, dans certains cas par des redoublements. Ça passe par un accompagnement spécifique pour les familles ne parlant pas le français et, le cas échéant, par un discours auprès des parents : la République française n’est pas un régime neutre, on y apprend son alphabet, sa langue, son universalisme, ce point-là n’est pas négociable et la France n’a pas à s’excuser d’agir ainsi. Et si la situation se tend avec certaines familles, ça devient le boulot de la police et non plus celui de l’école.

            Voila comment on prend un problème de face, sans le mettre sous le tapis, et voila comment on coupera enfin le robinet de cette faillite qui se perpétue, en s’assurant que 100% des enfants scolarisés en France suivent et ingurgitent le même apprentissage.

            Ça donnera des bacheliers de 18 ans et des bacheliers de 22 ans (je parle d’un VRAI bac) et ce ne sera pas un problème car il faudra aussi en finir avec cet élitisme hors de saison exigeant d’avoir 18 ans max pour faire une prépa, 20 ans max pour intégrer une école d’ingénieurs, etc. Ça donnera, dans 40 ans, une moitié de la population française – la plus jeune – reconnaissante des valeurs qui lui auront été correctement enseignées. Ça donnera des policiers conscients que la contrepartie de leur pouvoir est leur responsabilité (la vraie hein, pas celle de Macron) dans l’usage qu’ils en font. Et ça donnera, pour finir, des enfants issus de l’immigration pleinement imprégnés de l’universalisme à la française, une belle idée qu’il serait temps de prendre au sérieux, pour peu que les mots aient un sens.

          6. J.-N. Auteur de l’article

            Le redoublement est vu comme un échec, à présent, la mode est à se faire croire qu’on a des enfants précoces…
            Bon, à part ça, je ne peux pas me vanter d’être spécialiste des écoliers de primaire. J’ai l’impression que la tendance politique est à l’abandon de l’école publique.
            Mais pour revenir aux policiers, n’oublions pas que l’école n’est pas l’unique éducation que reçoit un enfant. Et malgré le temps passé à l’école, c’est peut-être une source marginale d’éducation — je me dis ça car j’ai l’impression qu’il en reste au final peu de choses. L’éducation (ou la déséducation) à la citoyenneté est faite par la télévision, par la famille, par l’exemple,…

          7. Rubens33

            Que l’école ne soit qu’un des leviers de l’éducation, tu prêches un convaincu. Ce n’est pas forcément le levier majeur (ça dépend d’un individu à l’autre), en revanche, si on se replace dans la discussion initiale (la police) il a son importance. Parce que l’école, c’est juste ton premier contact avec l’état, la république, et ce premier contact n’est pas négociable. En fonction de comment ça se passe, tu vas nourrir une relation, complexe ou non, avec les institutions de ton pays.

            Je suis stupéfait de voir le nombre de personnes se féliciter de minimiser leur relation avec l’Etat. En gros, ça se résume à leur déclaration d’impôt annuelle.

            L’école ? Je n’ai pas d’enfants et je ne veux pas en avoir car ça m’obligerait à demander quelque chose à l’école.

            L’hôpital ? Je mets de côté en cas de pépin. Je sais que ça me coûtera un bras, mais je préfère ça à l’hôpital public, au moins j’aurai confiance dans les personnes qui me soignent.

            La sécurité ? Dans ma résidence on fait appel à une société privée, comme ça on n’a rien à demander à la police.

            Et ainsi de suite.

            Et quand tu grattes un peu avec ces gens, à l’origine du hiatus il y a, toujours, l’école. Ils s’y sont emmerdés, ils n’y ont rien appris, ils y ont souffert. Et la soi-disant promesse républicaine vendue par l’école était un cache-sexe pour ne pas avouer que l’école est en fait une garderie permettant à leurs parents d’aller travailler. Point.

            Ca fait des décennies que ça dure. Plusieurs générations désormais ont ce regard-là. C’est absolument effrayant. C’est pour ça que j’insiste sur l’école. Un gamin qui a eu le sentiment d’être parqué à l’école, sera naturellement conduit à ignorer, voire rejeter, les institutions de son pays. D’où son obsession de ne pas en dépendre, et en retour de ne rien leur devoir.

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