La démocratie représentative est un système d’élection politique pour laquelle les citoyens se voient imposer de choisir entre plusieurs candidats, dont certains sont pires que d’autres. Ce mode de fonctionnement a inspiré l’industrie, qui propose les mêmes produits sous différentes marques ou en plusieurs saveurs dont certaines sont pires que d’autre.
Chaque candidat annonce un programme, mais une fois élu pour une période déterminée, il n’est pas forcé de s’y tenir, il doit juste être discret dans ses reniements ou convaincant dans la manière dont il les justifie si la date de son éventuelle réélection approche.
À un jour près de l’anniversaire de la sortie du roman 1984 de George Orwell, les sénateurs ont voté la loi sur le renseignement, qui sert notamment à signifier aux citoyens qu’ils font peur à ceux qui les dirigent et que la circulation des idées sur Internet est une menace pour la démocratie telle qu’ils l’entendent. En effet, si les élections représentatives sont plus ou moins factices, perdre une élection peut représenter une baisse de revenus conséquente, et la liberté de s’informer et d’échanger pour les uns peut aboutir à une instabilité des revenus des autres.
Lorsqu’une décision politique s’avère difficile à imposer aux citoyens, il faut l’annuler puis y revenir plus tard. C’est le cas de la directive sur le secret des affaires qui s’apprête à être imposée au niveau européen six mois après avoir été retiré de la loi « Macron » en France, lorsque des journalistes ont protesté contre ce principe qui donne aux entreprises le droit à fonctionner de manière opaque. Les citoyens doivent comprendre que l’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : si l’on veut conserver un système dans lequel des dirigeants politiques peuvent perdre temporairement leur mandat, il faut que ces derniers puissent continuer à être financés par des entreprises privées pendant leurs périodes de chômage, et le secret des affaires permettra, n’en doutons pas, de fluidifier les opérations que certains esprits chagrins nomment « corruption » ou « conflits d’intérêts ».
Quelques citations
« Les Français ont le cœur à gauche mais le portefeuille à droite »
Edouard Herriot
« Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international »
Arletty
« Si mon électorat est nationaliste, mon portefeuille, lui, est international »
Jean-Marie Le Pen (apocryphe)
Sans pitié
Jeu de regards à la boulangerie le dimanche matin : une femme me mime l’exténuement que lui font subir ses enfants turbulents pour que je lui cède ma place dans la file. « Je n’ai que deux bras, et ils sont trois », disent ses yeux. « Plus vite je serai passée et plus vite on sera sortis », ajoute-t-elle avec une grimace d’espoir franchement impudique et, peut-être, légèrement menaçante. Seulement je vois qu’il y a encore trois personnes devant moi et que le stock de baguettes « tradition » s’épuise dangereusement. Je décide d’être impitoyable et lui renvoie un sourire semi-compatissant qui dit clairement que les préservatifs et la pilule sont en vente libre dans ce pays, et que je ne suis aucunement responsable si elle n’a pas voulu en profiter ou si elle les a mal utilisés.
Elle baisse les yeux, résignée.
Non mais ho.
Tarte
Noël Godin a « entarté » sept fois Bernard-Henri Lévy mais ne s’en est jamais pris à Vladimir Poutine1, pas plus qu’à Kim Jong-Un, au baron de la drogue mexicain Joaqin Guzman, aux leaders de Boko Haram, à Benyamin Netanyahou, à Dick Cheney, à Bachar el-Assad, ni à bien d’autres personnes à qui l’on peut supposer plus d’une raison d’avoir un mauvais sommeil. Il ne s’en est pas non plus pris à un grizzli, à un ours polaire, à un crocodile ou à un tigre, qui sont pourtant presque aussi mauvais que des humains, ni à aucun champion d’arts martiaux (pas même son distrayant compatriote Jean-Claude Van Damme), ni à aucun leader d’extrême-droite2. Il est difficile de comprendre les motivations profondes de l’entarteur, car les justifications qu’il donne (ridiculiser les cuistres) ne semblent pas si cohérente au regard de la liste de ses victimes, qui n’ont souvent que peu de choses en commun si ce n’est que leurs noms sont célèbres : un animateur télé, un industriel, une écrivaine,… Pour mieux le comprendre, il faudrait peut-être savoir si, enfant, dans la cour de récré, Godin était une victime de bizutages ou chef de la bande qui les pratiquait, s’il envoyait des petits suisses à la tête du premier de la classe ou s’il le faisait aux gamins les moins populaires.
L’entarteur a dédié son geste à Siné, sous-entendant au passage que ce dernier n’était plus très jeune ni en bonne santé et qu’il y avait urgence.

On supposera, au delà de ses motivations idéologiques et esthétiques, que la première chose qui détermine le choix de ses cibles par le roi des tartes-à-la-crème est la facilité avec laquelle il y accède, et le fait qu’il ne courre pas de gros risques d’être victime d’une réponse disproportionnée. Comme les ministres des finances du monde entier en ce moment, Noël Godin s’en prend principalement (mais non exclusivement) au monde de la culture : Marguerite Duras, Maurice Béjart, Marco Ferreri, Daniel Toscan du Plantier, Jean-Luc Godard,… Mais Bernard-Henri Lévy est sa cible favorite, parce qu’il est notoirement impopulaire, qu’il est considéré comme l’imposteur philosophique par excellence, malgré l’indulgence confondante que la presse magazine hebdomadaire a pour lui. Sarkozy a fait semblant de croire que BHL était un futur prix Nobel de la Paix, mais personne n’est dupe, ce n’est arrivé que lorsqu’il a eu besoin d’un prétexte moral pour intervenir en Libye3 : à pensée politique discount, intellectuels discount.
Ses ventes feraient rire un auteur de poésie klingon underground, et il n’est pas certain que sa maison d’édition lui accorderait beaucoup de crédit s’il n’en avait pas le contrôle4. Tout le monde le prend pour un imbécile (à tel point qu’on ignore ce que racontent ses livres), il est de bon ton de se moquer de ses films (et impossible de ne pas le faire si on a eu le malheur d’en voir un), tout le monde le voit comme l’intellectuel risible et cabot que l’on n’invite à la télé que pour qu’il soit détesté ou raillé, aux côtés des frères Bogdanov, de Frigide Barjot et de quelques autres personnes définitivement perdues dans leur propre image médiatique. On a sans doute moins les rieurs de son côté en maltraitant des personnes de même degré d’indigence mais qui ont malgré tout un public de fidèles et dont, par lâcheté ou par prudence, je ne me hasarderais pas à dire les noms.
D’un point de vue symbolique, BHL est facile à entarter, donc.
Mais du coup, à quoi bon ?
Le personnage est assez pathétique, mais cette guerre que lui mène l’entarteur ne l’est-elle pas tout autant ?
- Poutine, qui a précisément déclaré BHL persona non grata en ex-URSS : a-t-il peur de finir comme Kadhafi, ou est-ce que les éditions Grasset lui ont versé un dessous de table pour laisser croire, par sa présence sur une liste noire, que BHL fait trembler Poutine ? [↩]
- Pour expliquer qu’il épargne les gens d’extrême-droite, Godin se donne une excuse : cela risquerait de les rendre sympathiques auprès du public. [↩]
- Au passage, on remarquera que Sarko a pardonné à BHL d’avoir qualifié de raciste, à juste titre, son discours à Dakar sur l’homme-africain-pas-encore-entré-dans-l’histoire. [↩]
- Car Bernard-Henri Lévy n’est pas pauvre, sa fortune approche le demi-milliard d’euros — fortune qu’il ne doit pas à ses ventes littéraires, mais à l’entreprise d’importation e bois fondée par son père. [↩]
Les rôles
Lu dans Direct Matin du vendredi 29 mai 2015 (#1698), page 12. On apprend qu’une parisienne de quarante-trois ans a été condamnée à trois ans de prison et 200 000 euros d’indemnisation pour avoir maltraité son compagnon de 37 ans, rencontré sur Internet, après que ce dernier ait perdu son emploi.
Je me demande ce qui est le plus angoissant ici : que le procureur considère que le rôle naturel de l’homme est d’être bourreau et celui de la femme, victime, ou bien que les statistiques lui donnent raison.
Liberté de conscience, mais nuancier imposé
Pour la banque d’images Shutterstock, on a le droit de choisir en quoi on croit : on peut être athée ou normal. Par contre on ne choisit pas son nuancier, les athées n’ont droit qu’à des couleurs toutes tristes :

On remarque que le mot-clé « Christian » amène souvent des images de groupes, tandis que les athées n’ont pas l’air sociables, ils sont généralement tout seuls.
Le doute religieux n’a pas l’air d’être une expérience très gaie non plus, comme on le voit avec l’image suivante qui montre un « jeune homme caucasien interpellant dieu pour lui demander pourquoi il permet tant de souffrance en ce monde ».

La fortune
J’ai rêvé que je gagnais trois millions d’euros au Loto.
Avant de prendre le train pour rentrer du Havre, je le raconte à ma collègue Stephanie, et j’en arrive, du coup, à me persuader qu’il serait bête de ne pas jouer, quoique sachant très bien que je n’ai aucune chance.
Seulement voilà : comment avoir la certitude de n’avoir aucune chance de gagner si l’on ne joue pas ? Il reste un peu de temps avant mon train, je sors de la gare en courant, je traverse la rue, et là, sur le bureau de tabac, que vois-je ?
LA CAGNOTTE DU SOIR ÉTAIT PRÉCISÉMENT DE 3 MILLIONS.
La radio du bar-tabac jouait The Original Sin, d’INXS. Une chanson de mon époque. Un signe supplémentaire.
Je joue.
Et je gagne.

Eh oui, les rêves prémonitoires, ça fonctionne.
Y’a des ajustements à faire, notamment sur la somme empochée, mais ça fonctionne, comment le nier ?
La science n’explique pas tout.
Vu à Paris, cet hiver

La vie terrible du prosopagnosique
En rêve, j’ai eu une longue conversation avec quelqu’un, sur l’art. Je lui parle du travail d’un ami, et, surprise, cet ami se trouvait justement à côté. C’était un endroit un peu animé, peut-être une fête, quelque chose comme ça, enfin un lieu où il n’était pas étonnant que l’ami se trouve. Je présente l’ami à mon interlocuteur, mais au moment de faire les présentations réciproques, je me trouve incapable de me souvenir du nom de ce type avec qui j’avais discuté si longtemps.
En fait je n’arrive même pas à me souvenir de qui il peut bien être, d’où je le connais. L’embarras monte, je cherche des périphrases, je gagne du temps, j’aimerais que le type se nomme de lui-même, ça ne vient pas.
Pour échapper à l’embarras intense, je n’ai trouvé aucun autre moyen que de me réveiller en sursaut. Ce qui est idiot, peut-être, car il n’est pas sûr que j’aie jamais connu ce type. Dans la vie, la même scène m’arrive parfois, et là, impossible de se réveiller.
s’enlaidir
Charlize Theron doit avoir une vie très difficile. Elle figure régulièrement dans les classements des plus belles femmes du monde, et, même si on ne se sent pas spécialement ébloui par les blondes un peu cliché, il est difficile de ne pas admettre que celle-ci n’est pas exactement repoussante.
C’est pour ça, j’imagine, qu’elle essaie de temps en temps d’être laide. Il y a dix ans, elle a même obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour Monster, parce qu’elle y était méconnaissable, ayant pris plus de douze kilos, portant de fausses dents, et maquillée de manière à lui faire perdre sa beauté consensuelle.
Mais bon, même si je la soutiens dans son combat contre sa propre beauté, je ne vais pas payer douze euros pour voir en stéréoscopie et sur grand écran une Charlize Theron chauve (il y a eu une épidémie de poux sur le tournage de Mad Max ?) et pas lavée depuis six mois, filmée par George Miller, réalisateur célèbre pour Babe 2: Un cochon dans la ville et Happy Feet.
Non mais ho.
J’attendrai le DVD.
(non, en fait je plaisante, ce film me donne très envie)


