Du C-4 dans le Lycra®

Encore une étrange conversations sur Facebook.
Pour décrire sommairement le contexte, ces commentaires répondaient à un statut sur Facebook, dont l’auteur expliquait que, sans défendre ce que symbolisent les vêtements de ce genre, il désapprouve le principe d’une interdiction du Burkini, car ses motivations profondes sont douteuses et ses effets contre-productifs…
Afin de ne pas rendre trop personnelle cette conversation, et parce que mon but n’est pas de me moquer, j’ai enlevé ce qui permettait d’en identifier les auteurs. Mes interventions sont signées en orangé.

le_burkini_au_C-4

À vrai dire, je ne connais que de loin en loin celui dont les interventions sont en noir, et nous ne sommes pas amis sur Facebook. À ma connaissance, il est loin d’être idiot. Mais voilà, il est prêt à tout pour justifier une interdiction de baignade1, jusqu’à imaginer des attentats « kamikazes » particulièrement invraisemblables.

Juste après avoir écrit sa dernière réponse, il m’a bloqué2. Mais comme ses posts sont publics, j’ai pu utiliser le compte Facebook de quelqu’un d’autre à la maison pour aller faire des captures à cette conversation qui m’est désormais défendue, ainsi que du message qui suit, posté par l’intéressé sur son propre mur, et par lequel je me suppose visé :

le_burkini_au_C-4-epilogue

Je poste cette conversation pour mémoire. Pour que dans dix ans, on se rende compte que la panique d’une partie des gens aujourd’hui n’a rien à envier à la paranoïa anticommuniste de la période du sénateur McCarthy aux États-Unis ou autres épisodes de fièvre et d’obsession.

  1. Le conseil d’État a rendu son jugement il y quelques minutes, estimant que l’arrêté contesté « a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Reste à savoir si cela signifie que le Burkini est de l’affaire ancienne, ou s’il va devenir un enjeu électoraliste. []
  2. Gens qui bloquez, arrêtez de le faire après avoir répondu, on ne peut pas vous lire ! []

Un mot que je n’ai jamais vraiment compris

Partout sur les réseaux sociaux, et dans le monde entier, circulent les images pathétiques d’une femme à la plage, encerclée par quatre policiers municipaux qui la forcent à choisir entre retirer le voile qu’elle porte sur la tête et quitter la plage. Même quelqu’un comme Caroline Fourest, qui combat avec ardeur ce que représente le voile en termes historique et symbolique, et propose de répondre au Burkini par la pratique du nudisme, voit dans ces arrêtés municipaux anti-Burkini un dévoiement de la laïcité.
Mais ce n’est pas de ça que je veux parler.

On
On admire la tactique des policiers, qui encerclent la dame en bleu : pas question qu’elle se sauve. On ne le voit pas bien sur les images, mais elle ne porte pas un burkini, juste un fichu sur la tête.
L’image ne met pas mal à l’aise tous les anti-burkinistes. Quelqu’un m’a soutenu que la situation devait être comparée symétriquement à l’Iran : là-bas, les femmes étrangères sont forcées de se plier à la coutume locale et portent le voile. Voici où nous en sommes : l’obligation de porter les vêtements décrétés convenables par le régime des Mollah depuis 1979 est désormais ptésentée comme un modèle. Dans notre cas, ce n’est pas pour plaire à une divinité exigeante, mais au nom de la liberté et de l’émancipation des femmes. Beaucoup de gens me disent que le burkini est anecdotique, que c’est un moyen pour faire oublier le chômage, le nucléaire et autres grands problèmes. J’ai peur que ça ne soit pas si simple : comme souvent, les questions apparemment négligeables font affleurer les vagues de fond de la conscience collective, et il y a vraiment de quoi s’inquiéter, tant pour le traitement des musulmans que pour la facilité avec laquelle le climat de peur actuel rend possible une diminution des libertés.

Sur Twitter, j’ai vu quelques personnes s’indigner des photographies de la plagiste voilée, pour la scène montrée, bien sûr, mais aussi parce que le visage de la femme est visible. Je cite un tweet sur le sujet : « est-ce que la dame qui a été humiliée par les policiers à Nice aimerait que ces images soient sur le net ? ».
Effectivement, c’est une question qu’on pourrait lui poser, mais ce qui m’a étonné dans la phrase, c’est l’idée induite que la raison de refuser la publication de la photo est d’avoir subi une humiliation.

Même des personnes qui combattent ce que symbolise le voile, comme Caroline Fourest, pointent le ridicule de la psychose actuelle.
À présent, François Baroin voit le « Burkini » comme un élément de « terreur ». Je me demande s’il va publier un arrêté municipal pour l’interdire dans la ville Troyes, dont il est le maire, mais qui n’est pas réputée pour ses plages. Les cadres du parti Les Républicains se sont engagées ces jours-ci dans un festival de déclarations idiotes, chacun étant soucieux de ne pas être celui qui aura l’air tiède. Les plus sages se taisent, et peut-être ont-ils raison de le faire car l’électeur de base de leur parti n’est peut-être pas prêt à écouter sans irritation des propos réfléchis. Mutatis Mutandis, la psychose actuelle me rappelle l’anticommunisme américain de la guerre froide.

Cette réaction me fait mesurer à quel point j’ai du mal à comprendre le concept d’humiliation, surtout dans ce genre de contexte. Je comprends la définition, bien sûr, mais je ne comprends pas le sentiment. Pour beaucoup de gens il semble pourtant évident qu’on peut se sentir diminué par la volonté d’un autre. Pour moi, on ne peut se sentir rabaissé et ridicule, que si on a participé à l’être, si on est au moins en partie responsable de sa dégradation. Cela ne peut pas venir de l’extérieur. Les policiers qui se mettent à quatre pour appliquer un décret municipal à la formulation sybilline et qu’ils semblent avoir retenu comme le droit de chasser les musulmanes affichées de la plage sont ridicules. La mairie est ridicule. Le maire de Nice qui constate ce ridicule et menace de poursuivre ceux qui diffusent ces images est ridicule1. La France, complètement électrique sur ces sujets, est devenue internationalement ridicule cette semaine2. Comment la personne tracassée, qui n’a pas accepté les règles du jeu qu’on lui impose, pourrai-elle se sentir déshonorée ? Elle se plie à une contrainte contre laquelle elle n’a pas beaucoup de marge de manœuvre, ce n’est pas elle qui a le pouvoir de distribuer des amendes, ce n’est pas elle qui porte une matraque ! Le déshonneur est dans l’autre camp. Je crois que je suis beaucoup trop orgueilleux et protégé pour comprendre ce concept.

  1. Belle démocratie, qui veut qu’on n’ait pas de droit de regard sur l’activité des forces de l’ordre… La loi, heureusement, n’est pas de son côté : « Les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image, hormis lorsqu’ils sont affectés dans les services d’intervention, de lutte anti-terroriste et de contre-espionnage spécifiquement énumérés dans un arrêté ministériel (…) La liberté d’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction ». []
  2. La prochaine fois qu’on brûlera une ambassade de France dans un pays musulman, ce sera pour ça, sans doute — non pour le Burkini en lui-même mais pour cette image d’une police qui persécute les membres d’une religion qui est celle d’un être humain sur quatre. []

Retour au calme

Un geste à éviter sur les plages se sécher les cheveux peut être interprété comme une tentative de radicalisation.
Attention, se sécher les cheveux sur une plage peut être interprété comme un signe de radicalisation.

Afin d’apaiser les tensions qui agitent le monde depuis quelques milliers d’années déjà, je propose que l’on interdise toute religion dont les dévots n’auront pas été fichus de produire, sous quinzaine, une preuve tangible de l’existence de leur dieu, ou de leurs dieux.

Petite déception

Un jour, un auteur de bande dessinée que j’admire depuis plus de trente ans m’a demandé comme ami Facebook. Je ne sais pas pourquoi, on ne se connaît pas personnellement, nous avons quelques amis en commun, peut-être que j’ai dit sur leur mur des choses qui l’ont intéressé, enfin voilà, il a voulu être mon ami et ça m’a beaucoup flatté : ce n’est pas tous les jours qu’un souvenir d’adolescence vous montre des marques d’intérêt, si superficielles qu’elles fussent. Mais bon, nous n’avons pas eu beaucoup de rapports et à deux ou trois reprises, je me suis dit qu’il n’aimait pas beaucoup qu’on le contredise, et surtout pas quelqu’un comme moi, qu’il ne connaît ni d’Ève ni d’Adam. Je ne sais pas si c’est son tempérament, ou si on se raidit avec l’âge, ou si on perd patience lorsque l’on a un certain statut… Enfin je sais que les trois sont possibles1, mais je ne sais pas ce qui est déterminant dans son cas. Récemment il a prévenu qu’on n’aurait pas le droit de le contredire au sujet du Burkini, qu’il serait intraitable, qu’il refusait toute discussion — pas de discussion pour les ennemis de la liberté, de la démocratie, enfin de tous les gens qui ont une autre opinion.

La suite est simple. Aujourd’hui, ce grand auteur a écrit quelque chose d’injuste à quoi je ne pouvais pas ne pas réagir. Pourtant j’ai envisagé de me retenir, car je savais très bien ce qui allait se passer. Je l’ai contredit sur son interprétation de la manière dont Cécile Duflot avait parlé de la question du Burkini lors d’une interview : pour ce monsieur, Duflot soutenait avec ardeur la sulfureuse tenue de bain, tandis que pour moi, elle demandait à parler de choses plus importantes, notait que tout le monde avait un avis sur ce que les femmes doivent faire de leur corps, et affirmait son ras-le-bol des questions religieuses2.
Je ne suis pas duflotiste pour deux sous, mais je trouvais la charge injuste. L’auteur a fini par me dire que pour lui, une personne qui ne dit pas qu’elle veut l’interdiction du Burkini le soutient : défense d’être nuancé, de prendre du recul, si vous n’êtes pas avec nous, alors vous êtes contre nous. Puis une ou deux personnes sont venues parler non plus de Duflot mais bien du Burkini, et j’ai participé à la conversation3, notamment pour rappeler qu’il était paradoxal d’affirmer participer à la libération des femmes en leur interdisant quelque chose (sophisme ! m’a-t-on dit). La dernière chose que j’ai postée, avec le vague espoir de détendre l’atmosphère, aura été le distrayant billet d’humeur de Sophia Aram sur le sujet. Peut-être que ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, car j’ai été éjecté, viré, bloqué. Adieu.
On m’a transmis l’épilogue, auquel je ne peux pas accéder moi-même (je préfère masquer le nom de mon contradicteur pour que ma déception ne soit pas contagieuse) :

ilavaitprevenu

Être enseignant n’est pas toujours bien vu, c’est un argument récurrent dans ce genre de discussion houleuse : on est perçu comme dominateur, autoritaire, etc. Je suis mal placé pour en juger mais je ne me suis jamais senti le plus professoral des professeurs, et au contraire, j’aime discuter, y compris avec des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. Et même, quoique ça soit moins confortable, je dirais que les conversations les plus utiles, celles qui aident à progresser, sont justement celles que l’on tient avec des gens qui ont une autre opinion.

Mais tout ça n’est pas grave. Ce qui me gène plus, c’est de constater à quel point certaines discussions deviennent impossibles, à quel point la nuance ou la prise en compte de points de vue qui ne sont pas les siens deviennent insupportable, dès que l’on parle de la visibilité de l’Islam. Le contexte des attentats explique bien la chose, mais semaine après semaine, les Daech et compagnie obtiennent un peu plus de ce que leur psychologie autodestructrice recherche : la haine, la bêtise, le refus de l’autre, le refus du dialogue.
Je pense qu’il n’y a rien à faire. Je suis un peu déçu par cette planète et par son espèce réputée dominante.

(mise à jour du lendemain : j’ai signalé cet article à l’auteur de bande dessinée dont je parle, qui m’a répondu par un mail assez apaisé où il m’explique pourquoi le sujet le met hors de lui et pourquoi le fait que son indignation ne soit pas partagée le fâche)

  1. Non qu’on soit condamné à se raidir lorsque avec l’âge ou la notoriété, heureusement, mais ça se constate chez certains. []
  2. Extrait de l’interview« Franchement, c’est exactement ça que je refuse. Je refuse que le débat politique soit pollué, pollué, je dis bien pollué par un sujet ultra marginal (…) Quand c’est les mecs qui décident ce que les femmes doivent porter, trop court ou pas assez court, ça me pose toujours question. Ça c’est le premier point. Le premier point, c’est la liberté des femmes (…) Il y a des combats pour l’égalité femme-homme. Il y en a des très actuels. Aujourd’hui, les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes, c’est elles qui subissent le temps partiel, c’est elles qui font les tâches domestiques, c’est… (…) Troisièmement, il faut arrêter, je dis bien arrêter en permanence de taper sur la tête des musulmans de ce pays (…) Qu’on nous foute la paix, globalement, un peu, avec la religion. Qu’on respecte la foi des uns et des autres. Il y a des gens qui croient, d’autres qui ne croient pas. Il y en a qui sont athées. Justement, c’est la liberté de croire, de vivre sa foi. Ça c’est essentiel. Mais qu’on arrête de systématiquement taper sur les musulmans de ce pays, c’est aussi une priorité parce que ça évitera d’attiser les tensions ». []
  3. Je viens d’écrire un article à ce sujet. []

Le décalogue

Nul n’est censé ignorer la loi, mais même lorsque le texte ne fait que dix lignes, la loi est souvent mal connue. À la décharge du public, il faut admettre que les lois sont souvent rédigées d’une manière que ne comprennent que ceux qui l’ont créée ou ceux ont pour profession de savoir l’exploiter à leur profit. Beaucoup de gens pensent que les dix commandements gravés sur de la pierre pour Moïse sur le Mont Sinaï1 sont une collection de conseils de bon sens élémentaires pour instituer un « vivre ensemble » acceptable y compris par les lecteurs de Valeurs actuelles, mais c’est plus compliqué que ça, voici le texte d’origine (Exode 20 2-17) dans la traduction de Louis Segond, qui fait autorité chez les protestants :

20.2 Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
20.3 Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi.
20.4 Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
20.5 Tu ne te prosterneras pas devant d’autres dieux que moi, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent
20.6 et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.
20.7 Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain.
20.8 Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.
20.9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
20.10 Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes.
20.11 Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié.
20.12 Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne.
20.13 Tu ne tueras point.
20.14 Tu ne commettras point d’adultère.
20.15 Tu ne déroberas point.
20.16 Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
20.17 Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.

Je propose plus bas une interprétation un peu explicite du texte.

Prise_de_Jéricho
Les dix commandements ne servent pas qu’une loi, ils sont aussi une arme de guerre. En faisant tourner le coffre de bois qui les contient sept fois autour de Jéricho (Cisjordanie), Josué et ses amis trompettistes sont parvenus à faire tomber les murs de la ville fortifiée, afin de pouvoir ensuite la piller, n’épargnant que la maison de la prostituée Rahab qui avait caché des espions chez elle et baratiné que oui elle les avait bien vu mais qu’ils étaient repartis. Rahab est une ancêtre de David et donc, de Jésus Christ.

1. Je suis ton seul dieu, il t’est interdit de regarder ailleurs, les autres dieux ne doivent pas t’intéresser, moi seul dois compter à tes yeux.
2. Toute forme d’art figuratif est totalement interdite2.
1. (bis) Je te rappelle que tu n’as pas le droit de t’intéresser aux autres dieux, et que je suis un gros jaloux3.
3. Ne m’appelle pas à tout bout de champ car j’ai autre chose à faire.
4. Tu as droit à un jour de congé par semaine. Si tu es juif, c’est le samedi, si tu es chrétien, le dimanche, si tu es musulman, le vendredi.
5. Sois gentil avec tes parents4.
6. Ne tue pas (sauf exceptions énumérées dans les pages suivantes).
7. Ne couche qu’avec tes épouses et tes servantes à toi5.
8. Ne vole pas. C’est la propriété privée, c’est nouveau, tu vas t’habituer.
9. Ne baratine pas au sujet des autres.
10. Ne sois pas envieux de ton voisin car sa femme, sa servante, son âne sont sa propriété et pas la tienne. Tu as tes ânes, tes femmes, tes servantes, occupe t’en, chacun ses affaires6.

Si on fait tout ce qui est dit là, on aura un beau troupeau de chèvres et de brebis, une nombreuse descendance, des oliviers et des figuiers qui donnent bien et l’assurance de victoires militaires diverses pour mille générations.

  1. Le texte a été remis à Moïse sans témoins. L’édition originale de ce texte, actuellement en piteux état, serait conservée dans un coffre (« arche d’alliance ») lui-même rangé dans une caisse en bois située dans un entrepôt secret américain. Si on l’ouvre, on peut s’électrocuter, surtout si on est un nazi. Tout ça est expliqué dans un documentaire, Les Aventuriers de l’arche perdue. []
  2. Ce commandement relatif à la création artistique disparaît heureusement chez les catholiques qui n’ont pas grand chose à faire de Moïse, soyons honnêtes. []
  3. La jalousie est mentionnée plus loin dans le texte : « Tu ne te prosterneras point devant un autre dieu ; car l’Éternel porte le nom de jaloux, il est un Dieu jaloux ». On sent un dieu fragile, pas très sûr de lui-même et de ses qualités, qui, implicitement, admet qu’il n’est pas vraiment unique. []
  4. On note que la version actuellement retenue par le Vatican ne parle pas que des parents : « Tes père et mère honoreras, tes supérieurs pareillement ». []
  5. Ce qui est grave dans le péché d’adultère tel que l’entend l’éternel est sans doute moins de tromper son épouse que de coucher avec celle du voisin. []
  6. Dans la version du Vatican, ce dernier commandement devient deux commandements successifs : « En pensées, désirs veilleras à rester pur entièrement » et « Bien d’autrui ne convoiteras pour l’avoir malhonnêtement ». []

Cette nuit, dans le train

J’avais pris un peu d’avance car il ne fallait absolument pas que je le rate mais mon train était à quai, prêt à partir, lorsque je suis arrivé à la gare. Les portes semblaient prêtes de se refermer, pas le temps de composter1. J’ai eu raison, le train est parti aussitôt. Juste à côté de moi, sur la plate-forme, trois contrôleurs ont annoncé qu’ils devaient vérifier les billets de chacun. Ils ont accompagné l’annonce en agitant leur clé de Berne, comme s’ils actionnaient un verrou imaginaire.

J’ai fouillé mes poches assez longtemps, avant de me rappeler que, si je ne trouvais aucun ticket composté, c’est que je n’en avais composté aucun, et que j’étais donc parfaitement dans mon tort. J’ai expliqué mon cas à une contrôleuse, sans essayer de négocier quoi que ce soit, mais en discutant longuement et en lui apprenant notamment que le ticket « section urbaine » que j’utilise n’a pas toujours existé, qu’autrefois on pouvait avoir un ticket qui ne faisait que « train » et pas « train + métro », et que l’impossibilité de séparer les deux me semblait être de la vente forcée. Je lui ai parlé de l’évolution de la SNCF, des gares,… L’amende était de 43 euros, que j’ai payés sans rechigner mais en rappelant que pour certaines personnes, c’était une grosse somme, que ça représentait la moitié d’une journée payée au SMIC. Pour finir, je lui ai écrit l’adresse de mon blog, mais j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois car ça n’était pas très lisible. Je m’appliquais à faire de belles lettres mais il y avait toujours un détail qui gâchait l’ensemble.
C’est d’avoir eu des difficultés à écrire à la main qui a fini par me réveiller.

  1. Depuis quelques années, dans ma gare de banlieue, les horaires sont « en temps réel », c’est à dire que les panneaux d’affichage ne m’informent pas vraiment des horaires prévus pour les trains, mais de leur passage effectif. Ce qui fait qu’il n’est pas rare qu’un train quitte la gare avec trois minutes d’avance. []

chiche !

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Essayons d’imaginer suivre ce programme.
Il faudrait déjà définir ce qu’est la France, mais disons que c’est le pays dont les frontières sont la mer Méditerranée,  les Alpes, les Pyrénées, l’Atlantique, la Manche, le Rhin, et bien entendu la ville de Quiévrain, connue pour séparer la France de la Belgique,…
Si l’on remonte à quelques siècles, notre territoire a malheureusement été assailli d’influences exogènes. En visitant le Louvre, par exemple, on est rapidement saisi d’horreur devant l’impureté de ce musée censé être la fierté de tous les Français : du mésopotamien, de l’égyptien, du grec,  de l’étrusque, du romain, du flamand, de l’italien en veux-tu en voilà… Et quant aux peintres bien français des siècles passés, ils partaient apprendre à peindre en Italie ! Pas grand chose à garder dans ce musée en dehors de ses murs. Et je ne parle pas de sa pyramide !

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La langue française elle-même est saturée d’influences latines, mais aussi de mots issus de langues très diverses, à commencer par l’arabe, qui en punition de deux cent ans de croisades nous a amené les mots « abricot », « alcool », « amiral », « aubergine », « café », « chèque », « chiffre », « chimie », « cordonnier », « coton », « douane », « épinard », estragon, « hasard », « jupe », « magasin », « matelas », « tasse », etc.
Pour être vraiment français, il faudra nous débarrasser de l’influence des peuples germaniques qui, fuyant les Huns, sont venus se réfugier chez nous : les Burgondes (qui fondèrent la Bourgogne et sa cour aux mœurs raffinées, qui a servi de modèle aux autres royaumes), les Goths, et bien entendu les Francs, qui n’avaient rien de bien intéressant mais nous ont laissé leur nom.

Bien entendu, pour que la culture française ne soit rien d’autre que française, il faudrait se débarrasser d’urgence des religions moyen-orientales sans gène qui se sont installées chez nous sans avoir été sollicitées, avec leur vocabulaire, leurs prières et leurs rites : le Judaïsme, l’Islam, et bien entendu, l’affreux Christianisme. Ces religions ne sont pas faites pour nos climats, elles viennent de pays désertiques où les gens écrivent à l’envers, ne connaissent qu’un Dieu et ne croient pas aux esprits. La première religion qui a existé dans nos contrées et qui a perduré des dizaines de millénaires durant était animiste et vénérait la nature.

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Toujours venue d’Orient, il faut que nous nous débarrassions de l’agriculture, cette pratique qui entend domestiquer la nature au profit de l’homme et qui n’est pas de chez nous : nous, Français, sommes des chasseurs-cueilleurs anthropophages.
D’innombrables aliments sont d’ailleurs bien peu français, et pour retourner aux sources, il faudra nous passer de tout ce qui vient des Amériques : cacao, cacahuète, tomate, maïs, haricots, pommes de terre, tabac, avocat, poivron et piment, topinambour, rutabaga, dinde, et courges diverses, telles que le potiron et les courgettes. Il faudra aussi éviter le concombre, le navet et le poulet, qui viennent d’Inde ; l’ail qui vient d’Asie occidentale ; la plupart des céréales (avoine, blé), le fromage, la bière, les lentilles, la moutarde, les amandes, les pois, les radis, la laitue et les carottes, qui sont des exportations moyen-orientales. L’oignon, le vin et la pomme nous viennent d’Asie centrale. L’idée de cultiver les fruits d’un arbre a été inventée en Palestine, avec la figue. Le thé, la poire, la pèche, le citron, la rhubarbe, et, curieusement, le Sarrasin, nous viennent de Chine. La cannelle, du Sri Lanka. Le café, l’artichaud et la pastèque, d’Afrique. Le pain est égyptien, les pâtes sont chinoises. les viennoiseries viennent d’Autriche et la pâtisserie, d’Italie.

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Un vrai français ne doit manger que des baies, des champignons, des asperges, du chou, des pissenlits, des orties, des châtaignes, du miel et des racines. Et bien entendu le gibier que l’on trouve dans nos forêts, les poissons que l’on trouve dans nos mers et nos rivières, le miel et les œufs d’oiseaux sauvages. Tout ça est bien suffisant, on peut cuisiner d’innombrables recettes avec ces aliments.
Le vrai français n’a pas l’électricité, puisque le courant alternatif nous vient du yougoslave Tesla ; ni le téléphone, qui nous vient de l’Américain Bell ; ni le train ou le football, qui sont anglais. Etc. La chaise nous vient d’Égypte, la fourchette et la monnaie, de Turquie. L’oreiller, de Mésopotamie. L’égout, du Pakistan. Le traversin, la baignade en maillot de bain, le chauffage central et l’eau courante, de Rome.
La Démocratie est grecque, tout comme la philosophie. La République est romaine, la Monarchie vient du moyen-orient. Le droit et l’écriture sont des inventions sumériennes ou égyptiennes. La géométrie et l’arithmétique sont grecques, l’algèbre est arabe.

Ah, et puis il y a l’homme, aussi, l’être humain. Cette vilaine bête vient d’Afrique de l’Est. Si la France était vraiment française, on n’y trouverait aucun homo sapiens.

Le complot des sacs en plastique blanc

Paris. Un mec d’une voix pressante me dit « hé m’sieur, m’sieur ! ». Je sens déjà l’embrouille, je me tourne quand même vers lui parce que je suis bien élevé, peut-être, mais en m’attendant à ce qu’il me demande une cigarette ou de l’argent, et en me préparant à refuser. Sous un bras il porte un grand sac en plastique blanc sale. Il me tend l’autre en désignant le sol : « Eh, il est tombé par terre… votre sourire ! ». Mes yeux ont suivi son index, le type est écroulé de rire, et d’un air mauvais il me dit : « Ha ! il a regardé ! Comme un con ! ». Le mot « con » est dit de manière particulièrement sonore et appuyée. Il rit en continuant de marcher d’un bon pas. Il n’y avait que lui et moi dans le périmètre. J’ai haussé les épaules d’incompréhension, mais j’aurais bien voulu le rattraper, lui demander pourquoi il avait eu besoin de me dire ça, d’être agressif.

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Une demi-heure plus tard, je suis à la Fnac. Ma fille aimerait avoir une compilation de Jacques Brel, et je compare les titres présents sur celles qui sont dans le rayon. De manière incompréhensible, aucune ne semble avoir Mathilde, qui une de mes chansons préférées. Je lis, je relis, j’essaie de me concentrer et de deviner les titres à demi recouverts par l’étiquette du prix. Subitement, je reçois un coup de sac en plastique — encore un sac en plastique blanc et sale, dont j’ignore le contenu — dans la main, qui fait voler les boîtiers de cd en l’air. Je me tourne, et je vois un type plutôt petit, mésomorphe, poilu, suant, qui me regarde d’un air de défi haineux et continue d’agiter son sac en me frôlant et en dansant sur ce qui passait dans le rayon, à savoir une chanson de Benjamin Biolay, sans doute de son dernier album. Je ramasse les Cds en restant sur mes gardes, et en disant quelque chose comme « Ça va pas bien ? ». Aucune réponse, il continue de me regarder en balançant son sac et en dansant, mais il recule. Je signale à deux vendeurs qui se trouvent tout près mais qu’il y a quelqu’un de bizarre dans leur rayon. Ils n’avaient rien vu. Ils le scrutent, en me disant « ah oui il a l’air… ». Et je les laisse avec le problème, bien réveillé par l’adrénaline.

Qu’est-ce qu’il y a dans l’air aujourd’hui ? Est-ce qu’on est dans une période d’éruptions solaires qui rend les fous méchants ? Est-ce qu’il y a de perturbateurs endocriniens dans les vieux sacs blancs en plastique qui rendent agressifs ?
Je comprends pas. Ou bien c’est moi qui ne vais pas assez souvent à Paris ces temps-ci ? J’ai perdu ma vigilance ? Il y a quand même beaucoup de gens qui ne vont pas très bien.