Sorti six mois après le Star Wars de George Lucas et un mois avant le Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, Starship Invasions n’est pas le film de science-fiction le plus célèbre de l’année 1977.
Mais on y voit deux acteurs importants : Robert Vaughn, qui joue un spécialiste des extra-terrestres, et surtout Christopher Lee, disparu il y a quelques jours, dans le rôle du méchant capitaine extraterrestre Rameses.
La Terre est un enjeu stratégique pour deux espèces humanoïdes : les méchants, qui ont de larges épaules et des justaucorps noirs, et les gentils, qui ont de grosses têtes et des justaucorps blancs. Il y a aussi des filles en bikini, qui n’ont pas une grosse tête mais sont quand même avec les gentils. Tout le monde est télépathe.
Les méchants ont une excuse : le soleil de leur système s’apprête à exploser. D’ailleurs, Christopher Lee porte au poignet une montre qui lui indique en temps réel le moment où son soleil deviendra une supernova.
Le but des méchants est d’étudier les terriens pour s’emparer de leur planète.
Au début de l’histoire, un agriculteur est enlevé de son tracteur pour aller avoir un rapport charnel avec la super-belle extraterrestre du camp des méchants. Il ne comprend pas ce qui lui arrive mais il ne proteste pas exagérément. À un autre moment, les méchants font semblant de signer un traité avec les gentils, puis profitent qu’ils se trouvent chez eux pour en zigouiller plein.
À la fin, la soucoupe des méchants s’écrase et la Terre est sauvée.
Jeu de regards à la boulangerie le dimanche matin : une femme me mime l’exténuement que lui font subir ses enfants turbulents pour que je lui cède ma place dans la file. « Je n’ai que deux bras, et ils sont trois », disent ses yeux. « Plus vite je serai passée et plus vite on sera sortis », ajoute-t-elle avec une grimace d’espoir franchement impudique et, peut-être, légèrement menaçante. Seulement je vois qu’il y a encore trois personnes devant moi et que le stock de baguettes « tradition » s’épuise dangereusement. Je décide d’être impitoyable et lui renvoie un sourire semi-compatissant qui dit clairement que les préservatifs et la pilule sont en vente libre dans ce pays, et que je ne suis aucunement responsable si elle n’a pas voulu en profiter ou si elle les a mal utilisés.
Elle baisse les yeux, résignée.
Non mais ho.
Noël Godin a « entarté » sept fois Bernard-Henri Lévy mais ne s’en est jamais pris à Vladimir Poutine1, pas plus qu’à Kim Jong-Un, au baron de la drogue mexicain Joaqin Guzman, aux leaders de Boko Haram, à Benyamin Netanyahou, à Dick Cheney, à Bachar el-Assad, ni à bien d’autres personnes à qui l’on peut supposer plus d’une raison d’avoir un mauvais sommeil. Il ne s’en est pas non plus pris à un grizzli, à un ours polaire, à un crocodile ou à un tigre, qui sont pourtant presque aussi mauvais que des humains, ni à aucun champion d’arts martiaux (pas même son distrayant compatriote Jean-Claude Van Damme), ni à aucun leader d’extrême-droite2. Il est difficile de comprendre les motivations profondes de l’entarteur, car les justifications qu’il donne (ridiculiser les cuistres) ne semblent pas si cohérente au regard de la liste de ses victimes, qui n’ont souvent que peu de choses en commun si ce n’est que leurs noms sont célèbres : un animateur télé, un industriel, une écrivaine,… Pour mieux le comprendre, il faudrait peut-être savoir si, enfant, dans la cour de récré, Godin était une victime de bizutages ou chef de la bande qui les pratiquait, s’il envoyait des petits suisses à la tête du premier de la classe ou s’il le faisait aux gamins les moins populaires.
L’entarteur a dédié son geste à Siné, sous-entendant au passage que ce dernier n’était plus très jeune ni en bonne santé et qu’il y avait urgence.
Le garde du corps semble moins habitué que son employeur
On supposera, au delà de ses motivations idéologiques et esthétiques, que la première chose qui détermine le choix de ses cibles par le roi des tartes-à-la-crème est la facilité avec laquelle il y accède, et le fait qu’il ne courre pas de gros risques d’être victime d’une réponse disproportionnée. Comme les ministres des finances du monde entier en ce moment, Noël Godin s’en prend principalement (mais non exclusivement) au monde de la culture : Marguerite Duras, Maurice Béjart, Marco Ferreri, Daniel Toscan du Plantier, Jean-Luc Godard,… Mais Bernard-Henri Lévy est sa cible favorite, parce qu’il est notoirement impopulaire, qu’il est considéré comme l’imposteur philosophique par excellence, malgré l’indulgence confondante que la presse magazine hebdomadaire a pour lui. Sarkozy a fait semblant de croire que BHL était un futur prix Nobel de la Paix, mais personne n’est dupe, ce n’est arrivé que lorsqu’il a eu besoin d’un prétexte moral pour intervenir en Libye3 : à pensée politique discount, intellectuels discount.
Ses ventes feraient rire un auteur de poésie klingon underground, et il n’est pas certain que sa maison d’édition lui accorderait beaucoup de crédit s’il n’en avait pas le contrôle4. Tout le monde le prend pour un imbécile (à tel point qu’on ignore ce que racontent ses livres), il est de bon ton de se moquer de ses films (et impossible de ne pas le faire si on a eu le malheur d’en voir un), tout le monde le voit comme l’intellectuel risible et cabot que l’on n’invite à la télé que pour qu’il soit détesté ou raillé, aux côtés des frères Bogdanov, de Frigide Barjot et de quelques autres personnes définitivement perdues dans leur propre image médiatique. On a sans doute moins les rieurs de son côté en maltraitant des personnes de même degré d’indigence mais qui ont malgré tout un public de fidèles et dont, par lâcheté ou par prudence, je ne me hasarderais pas à dire les noms.
D’un point de vue symbolique, BHL est facile à entarter, donc.
Mais du coup, à quoi bon ?
Le personnage est assez pathétique, mais cette guerre que lui mène l’entarteur ne l’est-elle pas tout autant ?
Poutine, qui a précisément déclaré BHL persona non grata en ex-URSS : a-t-il peur de finir comme Kadhafi, ou est-ce que les éditions Grasset lui ont versé un dessous de table pour laisser croire, par sa présence sur une liste noire, que BHL fait trembler Poutine ? [↩]
Pour expliquer qu’il épargne les gens d’extrême-droite, Godin se donne une excuse : cela risquerait de les rendre sympathiques auprès du public. [↩]
Au passage, on remarquera que Sarko a pardonné à BHL d’avoir qualifié de raciste, à juste titre, son discours à Dakar sur l’homme-africain-pas-encore-entré-dans-l’histoire. [↩]
Car Bernard-Henri Lévy n’est pas pauvre, sa fortune approche le demi-milliard d’euros — fortune qu’il ne doit pas à ses ventes littéraires, mais à l’entreprise d’importation e bois fondée par son père. [↩]
Lu dans Direct Matin du vendredi 29 mai 2015 (#1698), page 12. On apprend qu’une parisienne de quarante-trois ans a été condamnée à trois ans de prison et 200 000 euros d’indemnisation pour avoir maltraité son compagnon de 37 ans, rencontré sur Internet, après que ce dernier ait perdu son emploi.
Je me demande ce qui est le plus angoissant ici : que le procureur considère que le rôle naturel de l’homme est d’être bourreau et celui de la femme, victime, ou bien que les statistiques lui donnent raison.
J’ai rêvé que je gagnais trois millions d’euros au Loto.
Avant de prendre le train pour rentrer du Havre, je le raconte à ma collègue Stephanie, et j’en arrive, du coup, à me persuader qu’il serait bête de ne pas jouer, quoique sachant très bien que je n’ai aucune chance.
Seulement voilà : comment avoir la certitude de n’avoir aucune chance de gagner si l’on ne joue pas ? Il reste un peu de temps avant mon train, je sors de la gare en courant, je traverse la rue, et là, sur le bureau de tabac, que vois-je ?
LA CAGNOTTE DU SOIR ÉTAIT PRÉCISÉMENT DE 3 MILLIONS.
La radio du bar-tabac jouait The Original Sin, d’INXS. Une chanson de mon époque. Un signe supplémentaire.
Je joue.
Et je gagne.
Eh oui, les rêves prémonitoires, ça fonctionne.
Y’a des ajustements à faire, notamment sur la somme empochée, mais ça fonctionne, comment le nier ?
La science n’explique pas tout.
Charlize Theron doit avoir une vie très difficile. Elle figure régulièrement dans les classements des plus belles femmes du monde, et, même si on ne se sent pas spécialement ébloui par les blondes un peu cliché, il est difficile de ne pas admettre que celle-ci n’est pas exactement repoussante.
C’est pour ça, j’imagine, qu’elle essaie de temps en temps d’être laide. Il y a dix ans, elle a même obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour Monster, parce qu’elle y était méconnaissable, ayant pris plus de douze kilos, portant de fausses dents, et maquillée de manière à lui faire perdre sa beauté consensuelle.
Mais bon, même si je la soutiens dans son combat contre sa propre beauté, je ne vais pas payer douze euros pour voir en stéréoscopie et sur grand écran une Charlize Theron chauve (il y a eu une épidémie de poux sur le tournage de Mad Max ?) et pas lavée depuis six mois, filmée par George Miller, réalisateur célèbre pour Babe 2: Un cochon dans la ville et Happy Feet.
Non mais ho.
J’attendrai le DVD.
(non, en fait je plaisante, ce film me donne très envie)
À Raqqa, en Syrie, ville passée sous le contrôle de Daesh, les responsables de l’État islamique diffusent une liste des marques de vêtements proscrites.
La marque Nike est notamment visée, car en arabe (comme en français, qui le tient de l’arabe, justement), son nom évoque le coït.
Lourd changement de sponsor pour le djihadisme, donc, car à voir les barbus qu’on croise ici, on croirait que les baskets Nike font partie de l’uniforme du croyant au même titre que le hijab chez les croyantes. Je me demande s’ils pensent que le prophète portait des baskets.
« Une grande partie des cours de mise à niveau a lieu à l’annexe 44 rue Dussoub, Paris 2e. Il peut donc être judicieux de choisir un logement plus proche de cette adresse que de la rue Dupetit-Thouars. »
Et l’année suivante, puisque les cours ne sont plus à l’annexe, il faut déménager ? Et tout ça pour ne pas faire un kilomètre à pied (ou deux stations en métro) ?
Parfois, les problèmes des parisiens me dépassent.
Quatre cent trente-huit députés ont réaffirmé la peur qu’ils ont de leurs concitoyens en votant un texte qui « clarifie » les pouvoirs arbitraires en leur donnant la base juridique qui leur faisait défaut. Ce qui était illégal et exceptionnel devient légal et automatique, et le juge perd son pouvoir de contrôle au profit d’une commission consultative. Pour supprimer un délit, dépénalisons-le. Pour éviter de se justifier, on supprime l’obligation de rendre des comptes. Et si ça va pas, parles-en à ton cheval.
Peu de députés étaient présents dans l’hémicycle pendant les débats : il n’est pas certain qu’ils soient nombreux à comprendre le texte touffu qu’ils ont validé.
The Internet
Les députés font partie des rares salariés qui décident de leurs propres revenus — revenus qui, en comptant le salaire, les indemnités de ceci et les indemnités de cela, dépasse les douze mille euros1. Leurs revenus ne sont pas concernés par la fameuse « loi Macron », qui « sécurise » la situation des entreprises au détriment des droits des salariés privés, ni par le gel des pensions de retraites, ni par la baisse constante du pouvoir d’achat de la plupart des salariés de la fonction publique, qui ne rattrape jamais l’inflation. Ce sont les députés aussi qui ont voté que la durée d’indemnisation des chômeurs n’excéderait pas deux ans (rarement atteint), tandis que leur indemnité à eux est garantie (quoique dégressive) pendant trois ans : ben oui, il faut bien compenser la volatilité et l’ingratitude des électeurs, ce n’est pas parce qu’on ne veut plus d’un député qu’on doit cesser de le rémunérer2.
Les députés, avec les sénateurs, font aussi partie des rares citoyens qui votent leur propre immunité judiciaire, laquelle est garantie pour la plupart des délits, si ce n’est la faute médiatique caractérisée : quand ça se voit trop, quand les médias causent un peu fort et que l’opinion publique grogne. C’est ce qui est arrivé à Patrick Balkany : ça se voyait trop, alors ses collègues ont voté l’ostracisme du galeux, car on ne sait jamais, ça pourrait être contagieux. Privé d’immunité, on comprend qu’il fasse partie du petit nombre qui a voté contre un projet de loi qui pourra le viser.
Balkany n’est pas unique à avoir voté « contre » : c’est aussi le cas de Marion Maréchal-Le Pen et de Gilbert Collard, qui, sachant que le texte passerait, peuvent s’y opposer sans risque de l’empêcher et jouer à peu de frais les chevaliers blancs de la liberté. À un niveau plus inconscient, peut-être été convaincus par l’argument qui consiste à dire que, si le Front National prenait l’Élysée, cette loi lui donnerait un pouvoir exorbitant et dangereux : ils sont particulièrement bien placés, après tout, pour savoir qu’il n’y a pas que des flèches dans leur parti. Sans compter qu’en attendant (puisse cette attente être éternelle) d’avoir les clefs de l’Élysée, le Front National, ses lingots et son service d’ordre pourraient bien être visés par la surveillance eux aussi : bien que voté au prétexte de la lutte contre le terrorisme, le champ d’application du texte est assez vague pour tout permettre.
imaginez que ça tombe entre leurs mains !
Bruno le Roux, qui dirige le groupe socialiste au Sénat, a un raisonnement bien tordu pour défendre le dispositif malgré le risque qu’il tombe un jour en de mauvaises mains. Il ne nie pas le danger, il explique en substance que, pour y échapper, il faudra désormais voter pour son parti, les autres pouvant faire un mauvais usage de leur pouvoir : « faites-en un critère de choix pour le jour où vous choisirez ceux qui doivent assumer les responsabilités ».
Effectivement, cette loi clarifie bien des choses. Mais comme l’a écrit le cardinal de Retz, On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.
Ce que tout cela clarifie, pour moi, c’est que nos parlementaires, à un ou deux naïfs près, élus sur un malentendu, ne représentent qu’eux-mêmes. Et ce qui me fait peur, ce n’est pas tant la surveillance en elle-même que l’incompétence et la malveillance de ceux qui l’ont votée.
Sans compter la gratuité des transports ferroviaires et des taxis à Paris. [↩]