L’affaire de la casquette

Paris → Le Havre
Peu avant le départ du train, un type va s’asseoir à quelques places. Quelqu’un parle fort depuis le téléphone qu’il a, je crois, dans sa poche. Je ne comprends pas trop : on dirait qu’on lui donne des instructions. Je me dis : il va me plaire, celui-là. Et puis non, le son s’arrête, au point que j’ai cru qu’il avait changé de voiture.

Quelques minutes après le départ, cinq agents de la sûreté ferroviaire entrent dans la voiture, en parlant de vérification de titres de transports, mais ils font semblant de regarder les téléphones que les passagers leur montrent, ils viennent en fait pour le type dont le téléphone était sur haut-parleur.
Ils fouillent ses affaires, il jure qu’il n’est pas un menteur et que ça fait des mois qu’il ne fume plus. Je ne comprends pas exactement ce qu’on lui reproche : « là, monsieur, ça fait deux infractions, déjà ». J’imagine qu’il n’a pas de billet. Il se lève, je le vois mieux. Casquette, jogging, il doit approcher la cinquantaine, un peu fabrile, évidemment, mais pas agressif, au contraire. Les policiers sont détendus. « C’est à vous, ça ? — Oui oui je vous le jure, je suis pas un menteur, c’est un cadeau de ma femme, elle l’a payé 400 euros — Vous avez la facture  ? — Oui oui, j’appelle ma femme, elle vous dira — À la rigueur, parlez pas à votre femme, demandez-lui juste la facture — Allo ? Je suis avec la gendarmerie, ils vont m’emmener au poste… — (au moins trois policiers en même temps) Non non pas au poste — Euh ah ouais alors il me faudrait la facture de la casquette. Ouais la casquette, ok (il raccroche) — Si elle a payé ça 400 euros elle s’est fait avoir hein. Vous voyez, normalement, ça c’est aligné, sur une vraie. ».
Les policiers et l’homme à la casquette sortent à Bréauté-Beuzeville. Je n’ai pas réussi à voir ce que cette casquette avait de spécial.

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