Quand j’étais zombie

1988, je pense. J’apprenais la publicité à l’Académie Charpentier. C’était avant Photoshop et Illustrator, à une époque où tout se faisait à la photocopieuse, au cutter, à la gouache et au tire-ligne, mais je ne m’intéressait pas trop au graphisme et à la communication, seul m’intéressait vraiment le dessin.
J’avais un camarade bavard passionné de cinéma, David M., qui m’a proposé un jour d’être acteur sous sa direction pour un court-métrage fantastique, où je devais jouer le rôle d’un zombie. On a profité de l’absence des parents de David pour tourner le film, en Super 8, dans son pavillon d’une banlieue cossue du Nord de Paris.
J’imagine que la photo est de David.

occulte

Mon vieil ami Frédéric G., rencontré pendant mes années de Lycée professionnel, a fabriqué mon masque. Je l’ai gardé pendant les trois jours qu’a duré le tournage. L’histoire racontait l’ultime rêverie d’un homme en train de mourir qui s’imagine que sa meurtrière est une sorcière qui le ressuscite et le transforme en zombie pour l’assassiner à nouveau, mais qui parvient à se venger. J’ai passé mon temps avec un pull-over impreigné d’hémoglobine Deschiens — de l’authentique sang (de veau, je crois), qui s’achetait en pharmacie.

Le dernier matin, le scénariste, qui, comme le réalisateur je crois, était amoureux de l’actrice, Constance B., et qui avait été tenu à l’écart du tournage pour cette raison, est arrivé subitement avec un fusil. Je ne sais plus quel était son but, mais sur le coup c’était logique. David a couru chercher une arme, le katana décoratif de son frère, je crois. Je me suis interposé, plus par épuisement que par esprit de chevalerie. J’ignore si nous avons frôlé le fait-divers ce jour-là. J’en garde un souvenir très confus.

interposition
reconstitution…

La colle que m’avait donné Fredéric pour faire tenir le masque provenait bien d’une boutique de prothèses de cinéma, mais n’était pas du tout destinée au visage. Il m’a fallu plusieurs jours pour enlever ma tête de zombie en latex et j’ai ensuite gardé l’air d’avoir pris un méchant coup de soleil pendant des semaines.

Le film a été diffusé dans une émission fantastique sur une chaîne du câble mais n’a lancé la carrière d’aucun des intervenants, même si je vois que David, le réalisateur, est désormais critique de cinéma.
J’en avais une cassette VHS, plus tard reportée sur DVD, mais je ne les retrouve pas.

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