Joe Cocker est mort, et Valérie Trierweiller tweete, pour lui rendre hommage : « n’oubliez jamais Joe Cooker ». Elle supprime rapidement son tweet, mais certains ont eu le temps de faire une capture d’écran et quelques personnes ricanent. En effet, si les Français sont mauvais en anglais et écorchent sans vergogne les noms étrangers, ils ont appris le mot « cooker » à l’école (ou sur les emballages d’électroménager) et le distinguent du mot « cocker » (qui est une race canine bien connue). Ils peuvent donc étaler leur érudition à peu de frais.
La presse francophone, de La Dépêche au Parisien, avec l’audace qui la caractérise, a consacré pas moins de quinze articles à ce tweet erroné pourtant prestement retiré, et aux réactions suscitées par lui.
Les Français n’aiment que râler, c’est bien connu. Dans notre pays on ne félicite pas assez souvent les grands reporters qui, au péril de leur vie, vont chercher l’information exclusive, on ne parle pas assez des donneurs d’alerte qui dénoncent la corruption et on ne célèbre pas assez la finesse des analystes politiques les plus talentueux. C’est un scandale, et il me semble, en conséquence, que la presse française, dans son ensemble, mériterait un Prix Pulitzer collectif pour la réactivité et la sagacité dont elle a fait preuve dans sa couverture du Tweet scandaleux et ridicule de Valérie Trierweiler.
Surtout que pendant ce temps-là, on ne pense pas à Hong Kong, à Kaboul, au Nigéria, au Soudan, au Congo, à Daesh. Pendant ce temps-là on pense encore moins, bien entendu, aux décisions du gouvernement et à la non moins pitoyable activité de son opposition. Et on pense encore moins, bien sûr, au ridicule de la presse toute entière.