Hijab-bière

Vu sur la grand’place de Bruxelles, un homme équipé d’un smartphone photographiant une femme, vêtue d’un hijab, avec comme décor les stands du Week-end de la bière et l’hôtel de ville.
L’histoire qui se cache derrière cette scène remonte à des millénaires et couvre des distances immenses.

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La bière, issue de la fermentation de céréales, est aussi ancienne que l’agriculture et, comme elle, a vraisemblablement été inventée en Mésopotamie, royaume antique situé à cheval entre les actuels Irak et Syrie, et qui correspond plus ou moins au territoire revendiqué par l’État Islamique en Irak et au Levant, organisation qui proscrit toute boisson à base d’alcool, telle la bière, mais promeut en revanche la consommation d’un autre psychotrope, le Captagon, une amphétamine qui plonge ses soldats dans un état d’euphorie guerrière. Le Captagon a été synthétisé par l’entreprise allemande Degussa A.G., tristement célèbre pour avoir été le principal producteur de gaz Zyklon B, utilisé dans les camps d’extermination nazis pendant la seconde guerre mondiale. Le nom alcool vient de l’arabe al-khôl. Le khôl est une substance cosmétique et médicinale utilisée notamment au Maghreb.
Comme la bière, le hijab tire son origine de la Mésopotamie. Dans le code d’Hammurabi, le port du voile est le privilège et l’obligation des femmes libres. Dans les lois de Teglath-Phalasar, quelques siècles plus tard, le port du voile est le privilège et l’obligation des femmes et des filles d’hommes libres, ainsi que des prostituées sacrées. Il est interdit aux esclaves et aux prostituées non-sacrées. Sans s’appuyer sur des textes sacrés clairs à ce sujet, une majorité des savants de l’Islam semble s’entendre pour prescrire le port du voile aux femmes musulmanes, du moins depuis l’éclosion d’un islam néo-traditionnel lié à la fondation des Frères musulmans, à de nombreux conflits post-coloniaux, à la Révolution islamique iranienne et à la fortune des monarchies pétrolières du Golfe persique.
Le smartphone est un téléphone doté des fonctions d’un ordinateur, devenu largement populaire dans le monde entier depuis la création de l’iPhone, en 2007. L’iPhone a réglé tous les problèmes d’interface posés jusqu’alors grâce à l’emploi d’un écran tactile, mais son existence dépend fortement de l’approvisionnement en oxyde d’indium-étain, un matériau conducteur et transparent à la fois. L’Indium est une terre rare dont la production est essentiellement réalisée par la Chine, au prix de problèmes environnementaux importants, et sous la menace d’une pénurie imminente. Les smartphones sont généralement équipés d’appareils-photo.
Bruxelles a été définitivement installée comme capitale de la Belgique — le pays de la bière — en 1839, qui est aussi la date de l’invention de la photographie, ou plus exactement, la date à laquelle la France a offert au monde, à l’initiative du savant Arago, le brevet du daguerréotype, invention de Louis Jacques Mandé Daguerre, peintre né à Cormeilles-en-Parisis en 1787 dans ce qui est actuellement la boulangerie-pâtisserie de Monsieur et Madame Fifre, à qui j’achète mon pain du mardi au dimanche.

Le complot des sacs en plastique blanc

Paris. Un mec d’une voix pressante me dit « hé m’sieur, m’sieur ! ». Je sens déjà l’embrouille, je me tourne quand même vers lui parce que je suis bien élevé, peut-être, mais en m’attendant à ce qu’il me demande une cigarette ou de l’argent, et en me préparant à refuser. Sous un bras il porte un grand sac en plastique blanc sale. Il me tend l’autre en désignant le sol : « Eh, il est tombé par terre… votre sourire ! ». Mes yeux ont suivi son index, le type est écroulé de rire, et d’un air mauvais il me dit : « Ha ! il a regardé ! Comme un con ! ». Le mot « con » est dit de manière particulièrement sonore et appuyée. Il rit en continuant de marcher d’un bon pas. Il n’y avait que lui et moi dans le périmètre. J’ai haussé les épaules d’incompréhension, mais j’aurais bien voulu le rattraper, lui demander pourquoi il avait eu besoin de me dire ça, d’être agressif.

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Une demi-heure plus tard, je suis à la Fnac. Ma fille aimerait avoir une compilation de Jacques Brel, et je compare les titres présents sur celles qui sont dans le rayon. De manière incompréhensible, aucune ne semble avoir Mathilde, qui une de mes chansons préférées. Je lis, je relis, j’essaie de me concentrer et de deviner les titres à demi recouverts par l’étiquette du prix. Subitement, je reçois un coup de sac en plastique — encore un sac en plastique blanc et sale, dont j’ignore le contenu — dans la main, qui fait voler les boîtiers de cd en l’air. Je me tourne, et je vois un type plutôt petit, mésomorphe, poilu, suant, qui me regarde d’un air de défi haineux et continue d’agiter son sac en me frôlant et en dansant sur ce qui passait dans le rayon, à savoir une chanson de Benjamin Biolay, sans doute de son dernier album. Je ramasse les Cds en restant sur mes gardes, et en disant quelque chose comme « Ça va pas bien ? ». Aucune réponse, il continue de me regarder en balançant son sac et en dansant, mais il recule. Je signale à deux vendeurs qui se trouvent tout près mais qu’il y a quelqu’un de bizarre dans leur rayon. Ils n’avaient rien vu. Ils le scrutent, en me disant « ah oui il a l’air… ». Et je les laisse avec le problème, bien réveillé par l’adrénaline.

Qu’est-ce qu’il y a dans l’air aujourd’hui ? Est-ce qu’on est dans une période d’éruptions solaires qui rend les fous méchants ? Est-ce qu’il y a de perturbateurs endocriniens dans les vieux sacs blancs en plastique qui rendent agressifs ?
Je comprends pas. Ou bien c’est moi qui ne vais pas assez souvent à Paris ces temps-ci ? J’ai perdu ma vigilance ? Il y a quand même beaucoup de gens qui ne vont pas très bien.

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Dans la file d’attente d’une dédicace, une jeune femme est au sol. Elle ressemble à une accidentée de la route. Il me semble que ses vêtements ou en tout cas son collant étaient de couleurs assez vives.

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Je n’ai pas vu de quelle dédicace il s’agissait.
(salon du Livre le 19/03)

La nuit du discours d’Alain Juppé

Je me souviens que ça se passait dans un quartier pavillonnaire. De loin, tout semblait banal mais il y avait un circuit de galeries entre les maisons, et la possibilité d’entrer dans la cave depuis l’extérieur. C’était important, car nous étions surveillés, ou poursuivis, peut-être en danger.
Je devais rédiger un discours pour Alain Juppé. Il m’a dit plusieurs fois que c’était très important que je m’en occupe car seul un cheminot pouvait le faire. Je ne savais pas comment lui expliquer qu’il y avait méprise, que je n’étais pas cheminot. Et puis il me semblait que, même si je n’étais pas la bonne personne, rédiger ce discours était mon devoir. L’affaire était très urgente.

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À côté, sous un lit assez haut — comme un lit d’hôpital —, Eva Joly était allongée sur le dos, en train de parler avec une autre personne dont je ne distinguais ni les traits ni la voix. Et puis je me suis réveillé.
Je peux dire sans hésitation qu’il s’agissait d’un rêve, car contrairement au monde réel, tout y était parfaitement cohérent.

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Paris-Le Havre. Une femme trentenaire assez potelée, cheveux noirs formant une crête tenue par des pinces dont je ne comprends pas si elles sont censées faire partie de la coiffure de manière permanente ou non. Elle a un pantalon de cuir noir. Elle est entrée en même temps que moi dans le train et s’est installée plus loin. Elle parle très fort au téléphone, avec plusieurs personnes différentes, se plaignant d’une femme qui « veut foutre la merde ». Ses boucles d’oreilles font du bruit chaque fois qu’elle secoue la tête, et elle la tourne beaucoup.

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La dernière conversation se tient vraisemblablement avec un homme, qu’elle appelle d’abord « bébé » avant de se fâcher subitement : « toi, t’as appelé le père de mes enfants ? Toi t’as fait ça ? Mais pourquoi t’as fait ça ? Me mens pas. Tu m’écoutes jamais ! Attends, là je suis dans le train, j’arrive à Saint Lazare, c’est pour toi que je suis venue, mais walla, sur Allah, ce soir, j’dors pas avec toi. Sur Allah ! ».
Après quoi elle raccroche, se crème avec des gestes amples et énergiques, se maquille avec un assez grand miroir rectangulaire, se parfume fort et chante du R’n’B en français, une histoire de mère célibataire qui essaye de convaincre un homme qu’il est le père de l’enfant qu’elle va avoir. Elle a une voix assez puissante et chante juste, je suppose qu’elle est la star du R’n’B de son quartier, mais je ne l’imagine pas faire carrière au delà.

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Son parfum – agréable mais vraiment trop fort – m’agresse à huit rangées de sièges de distance. À mon avis, malgré son serment, ce soir, elle dort avec lui.

Une semaine d’hôtels, de trains, de cuisine et de destruction

Lundi J’ai fait mariner des magrets. J’ai utilisé plusieurs vinaigres, plusieurs huiles, du miel, des épices. Le résultat m’a semblé convaincant mais ma marinade n’était pas opaque comme celle des produits de supermarchés, ça m’a inquiété. Le soir, mon appareil photo est mort : son objectif rétractable a cessé de se rétracter.

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Mardi, je me suis invité chez une amie, avec une autre, pour cuisiner. Il est rare que je cuisine, je ne sais pas faire grand chose. En vérifiant si les magrets avaient la bonne consistance, j’ai cassé une cuiller en bois, ma main a glissé, je me suis un peu brûlé un doigt. J’ai vu voler la poêle et les magrets sans avoir rien pu faire. Le linoléum est devenu une mare de graisse, mais n’oublions pas que la graisse de canard est la plus saine des graisses animales. De plus, notre hôte a elle-même renversé un verre d’eau à un moment donné, ce qui aurai peut-être pu me mouiller si c’était parti de mon côté, alors mettons que nous sommes quittes. Non parce que ça va bien, d’essayer de me culpabiliser, comme ça !
La nuit, j’ai dormis à l’hôtel Capucine, dans la chambre deux.
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Mercredi, je me suis senti rétrospectivement contrarié par une discussion de la veille. Du fait des vacances, le train de retour était assez vide et j’ai dormi dans la longueur d’une banquette de compartiment.
Jeudi, je suis allé à Lyon, pour les assises nationales des écoles d’art. Je n’avais pas très bien préparé le forum auquel je participais. Heureusement que le public n’a pas pu réclamer de remboursement (n’ayant rien payé). J’aurai au moins vu plein d’amis. J’ai aussi eu l’impression que Lyon était une véritable ville, un endroit peuplé et vivant. Il n’y en a pas énormément en France, enfin c’est la première que je vois. Je ne compte pas Paris parmi les véritables villes, c’est un musée plein de charme, où prolifèrent les Starbucks, les H&M et les mendiants dans les beaux quartiers, les kebabs, les taxiphones et les artistes en colocation dans les autres.
Le soir, après un discours de l’adjoint à la culture qui n’a fait que parler de nourriture, et après le cocktail dînatoire qui a suivi dans une salle à la décoration chargée, j’ai longuement erré à la recherche de mon hôtel. Une fois l’endroit trouvé, j’ai branché l’adaptateur de ma tablette dans la chambre, et l’objet a littéralement explosé, privant toute une moitié de la chambre d’électricité, et me privant de la possibilité de regarder la télévision, puisque la prise sur laquelle celle-ci était branchée se trouvait sur le même disjoncteur.

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Vendredi, à l’hôtel, après avoir cherché dix minutes comment ouvrir le tube de gel douche offert, je suis parti prendre le petit déjeuner. Il était bon, mais même si c’était un service prévu « à la demande », je n’ai pas osé réclamer à la dame de me préparer des œufs brouillés, alors que j’en avais très envie. Ça ne l’aurait certainement pas embêtée mais j’ai été timide. J’ai quitté Lyon à temps pour rentrer donner cours à Saint-Denis à midi. Je n’ai pas pu prendre le train avec ma directrice des études, qui s’y trouvait aussi, car le véhicule était constitué de deux rames accolées, et nous n’étions pas dans les mêmes. De plus j’avais un billet de première et elle, non.
La nuit qui a suivi, j’ai erré dans une ville à la recherche d’un hôtel mais tous étaient complets. Chaque réceptionniste m’assurait que le voisin aurait de la place, mais ça n’arrivait jamais. En désespoir de cause, j’ai décidé de quitter ce rêve laborieux et de me réveiller. Preuve que les solutions sont parfois à portée de main. J’y penserai la prochaine fois que je n’ai pas de chambre d’hôtel.
Samedi, j’ai eu un rendez-vous au café du couvent des Récollets à dix heures, soit deux heures avant son ouverture. Enfin on s’y est installés tout de même.
Dimanche, je ne peux pas dire ce qui m’est arrivé, car c’est demain.