Profitez-en, après celui là c'est fini

L’espion dans le salon

mai 26th, 2013 Posted in brevets, Filmer autrement, Parano | 8 Comments »

(Je suis sans doute le tout dernier à écrire sur le sujet, mais il me semble malgré tout important de le faire, ne serait-ce que pour s’en souvenir plus tard)

La console Xbox One, de Microsoft, révélée au public il y a quelques jours, sera un centre multimédia complet : console de jeu, mais aussi lecteur de DVD et de Blu-Ray et de vidéos à la demande. Connectée en permanence à Internet, elle ne pourra pas fonctionner sans sa caméra Kinect — qui était optionnelle dans les précédentes versions de la Xbox. La Kinect est un outil très intéressant1 qui capte les couleurs naturelles, mais aussi les infra-rouge, car elle arrose son environnement d’une quantité de points invisible à l’œil nu dont la taille et la localisation lui permettent de se faire une idée de la distance et même de la nature des objets qui se trouvent face à elle. Elle détecte une personne et les parties de son corps, ce qui a permis la création de jeux fonctionnant sans manette, commandés par les gestes de l’utilisateur.

La vision nocturne de la Kinect : une multitude de petits points lumineux qui sculptent l'espace.

La vision nocturne de la Kinect : une multitude de petits points lumineux qui sculptent l’espace.

La nouvelle version de la Kinect est plus perfectionnée et peut reconnaître les individus à leur visage et à leur voix, évaluer sur quel pied ils portent leur poids, et même percevoir les battements de leur cœur2. On peut imaginer des logiciels de coaching sportif très évolués, grâce à ce genre de fonctionnalité.

Il y a deux ans, Microsoft a déposé un brevet inquiétant, l’US Patent 20120278904, dont le but est de compter le nombre de personnes qui visionnent un contenu en vidéo à la demande soumis à un copyright. Si le nombre de spectateurs dépasse ce que prévoit le contrat, l’utilisateur se verra réclamer de payer plus cher. J’imagine qu’il n’est en revanche pas prévu de faire une remise si le spectateur a dû sortir pendant le visionnage et que seul le chat est resté à regarder. On imagine déjà un futur dans lequel on limitera le nombre de ses invités à ce que prévoient les contrats des ayant-droits, et où ceux qui voudront malgré tout tricher devront se cacher, dans leur propre salon. Éteindre la lumière ne suffira pas, puisque la Kinect voit dans le noir.

L'illustration qui accompagne le brevet

L’illustration qui accompagne le brevet 20120278904

Est-ce que cette fonctionnalité sera utilisée un jour ? Impossible de dire pour l’instant, mais l’obligation d’utiliser la Kinect et d’être connecté à Internet au moins une fois par jour pour utiliser la nouvelle Xbox en effraie d’un, et beaucoup d’articles alarmistes ont été publiés, comme celui de 01net qui titre Données personnelles : avec Xbox One, Big Brother s’installe dans votre salon, ce qui est un peu tautologique, puisque le principe du Big Brother de George Orwell est précisément qu’il s’invite dans chaque foyer. Dans 1984, le Telescreen (Télécran, en français) est à la fois le média qui diffuse la propagande, et l’outil de surveillance qui observe chaque individu chez lui.
Microsoft a voulu rassurer les inquiets en s’affirmant « leader dans le domaine de la vie privée », mais l’a fait de manière un brin maladroite, en admettant que la nouvelle Xbox, comme la précédente, du reste3, enverra bel et bien les données captées à Microsoft et à ses partenaires (?), mais que ces données ne seront conservées que trois mois et ne seront employées qu’à comprendre l’usage qui est fait du produit et l’améliorer.

nouvelle_kinect

Sachant que les produits Microsoft sont équipés de « backdoors » à l’usage de la National Security Agency4, on peut imaginer que passer nu devant son téléviseur en sortant de sa douche sera un moyen sûr pour faire la joie des employés du renseignement étatsunien lorsqu’ils s’ennuient au bureau. Enfin ça, c’est l’utilisation sympathique et amusante. Pour le reste, tout possesseur d’une Xbox One verra son foyer placé sous la surveillance muette d’un dispositif qui regarde, qui écoute, et qui transmet ce qu’il observe à la société qui l’a construit et à ses « partenaires », quels qu’ils soient, et dans un but opaque. On me dira, à raison, qu’un téléphone mobile ou même le relevé de la navigation d’un internaute permettent d’ores et déjà de savoir énormément de choses sur une personne.

  1. Il existe une librairie Processing pour la Kinect, grâce à laquelle on peut créer des installations interactives qui réagissent aux mouvements, entre autres. J’espère qu’une même librairie sera développée pour la nouvelle Kinect, on peut imaginer des créations assez formidables avec. [↩]
  2. Grâce au procédé Eulerian vidéo magnification, je suppose. [↩]
  3. Si je comprends bien cette page, en tout cas : Kinect Privacy and Online Safety FAQ. [↩]
  4. Ce n’est pas moi qui le dis, mais des experts du Ministère de la Défense français, cités par le Canard Enchaîné, qui déplorent que l’armée française n’utilise pas de logiciels libres et reste au contraire dépendante de logiciels Microsoft dans lesquels la NSA « Introduit systématiquement des portes dérobées ou backdoors ». [↩]

Les yeux du mannequin

mai 23rd, 2013 Posted in Filmer autrement, Parano | 6 Comments »

La société Almax, qui construit des mannequins pour le prêt-à-porter, développe depuis trois ans un mannequin-espion nommé EyeSee. Le mannequin équipé d’une caméra, située à l’intérieur de la tête, derrière les yeux, pour compter le nombre de gens qui défilent sur le point de vente mais aussi pour effectuer des statistiques diverses : « Il vous révélera des détails importants concernant les clients qui s’arrêtent devant votre vitrine: âge; sexe; ethnie; nombre de personnes et temps passé devant la vitrine ».

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Dans ces images issues du dossier de presse, le mannequin est associé au logiciel d’analyse statistique des clientèles Cognos, développé par IBM, d’où la mention IBM for fashion.

Ce produit, commercialisé pour plusieurs milliers d’euros, est réalisé en collaboration avec Selea, une société spécialisée dans la surveillance et la sécurité, et Key Square, une émanation de l’école Polytechnique de Milan, spécialisée dans le développement de produits liés à la perception mécanique, visuelle ou sonore. Le mannequin EyeSee utilise un logiciel d’analyse du public développé par Key Square, comme le Morpheus AI1 SDK, qui détermine le genre (homme, femme), la classe d’âge (enfant, jeune, adulte, personne âgée), l’origine ethnique (africain, caucasien2, asiatique), et évalue la durée pendant laquelle la personne se montre attentive.

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De nombreuses sociétés, notamment françaises, proposent des logiciels d’analyse anonyme3 des chalands et des simples passants.
Ce qui me fascine, ici, c’est l’idée à la fois logique et démente de placer le dispositif de surveillance à l’intérieur de mannequins d’apparence humanoïde. Nous connaissons tous le trouble que peuvent susciter les mannequins lorsque, du coin de l’œil, nous hallucinons une présence vivante. Depuis l’antiquité, on est fasciné et effrayé par l’idée par l’objet de forme humaine qui s’anime4. Les yeux sont un élément très important dans l’illusion de vie que l’on confère aux statues.

J’ai cherché (en me faisant aider chez moi et sur Twitter) des références dans le domaine : la statue du commandeur qui vient dîner chez le matérialiste Don Juan, les objets animés des dessins animés, chez Jean Cocteau, Marcel Carné, Federico Fellini, dans Blade Runner, dans Belphégor, dans des films de divertissement comme Ghostbusters ou Une nuit au musée,… Hors cinéma, on peut mentionner les horripilants « hommes statues » qui encombrent les lieux touristiques.

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J’ai fini par me rappeler une des premières images qui m’ait effrayé dans le domaine. Ce sont ces statues, dans le village du Prisonnier, qui tournent sur leur socle, les yeux clignotants, pour suivre l’évasion du « numéro six ». J’ai aussi le souvenir extrêmement vague d’un téléfilm français qui se terminait sur l’image d’une personne emprisonnée dans un tableau, dont les yeux continuaient à bouger.

J’ai l’intuition que la motivation technologique et mercantile qui a abouti à la création des mannequins EyeSee n’est qu’un prétexte, une manière de nous rassurer — ce n’est que de l’informatique, ce n’est que pour vendre des vêtements — sur la santé mentale de ceux qui en ont eu l’idée et dont le projet est, à mon avis, d’une toute autre nature, poétique ou névrotique, qu’il est plutôt mû par l’envie de donner une réalité effective, matérielle, à la magie, de donner des yeux à des statues.

  1. AI pour « Audience Intelligence » et non pour « Artificial Intelligence », semble-t-il. [↩]
  2. Le mot « caucasien » n’a pas grand sens. Selon Wikipédia : « Aux États-Unis, Caucasians peut désigner les personnes blanches. Pour des raisons essentiellement historiques et politiques ce terme y est préféré à celui d’Europoïde qui fait référence à une origine européenne de manière trop marquée. Le terme caucasien se base sur une ancienne théorie raciale du xixe siècle qui prétend que toutes les personnes blanches auraient une origine commune située dans le Caucase ». [↩]
  3. En théorie ces produits ne conservent pas les images captées et ne les comparent pas à une base de données de visages connus. En France, ce serait d’ailleurs légalement difficile. Cependant, Key Square développe aussi des logiciels d’identification biométrique, on peut tout à fait imaginer, dans les pays où ça n’est pas encadré, la création de systèmes qui traquent les clients en fonction de leur visage, comme elles le font déjà avec d’autres informations personnelles, ou avec leur adresse IP… Ou avec l’intervention de vendeurs humains qui reconnaissent les gens. [↩]
  4. C’est le principe de l’Uncanny Valley, la « vallée de l’étrangeté » théorisée par le roboticien Masahiro Mori : plus l’illusion d’humanité est forte et plus l’androïde nous dérange, [↩]

Brainstorm

mai 23rd, 2013 Posted in Filmer autrement, Hacker au cinéma, Interactivité, Mémoire, Surveillance au cinéma | 8 Comments »

brainstorm_dvd(attention, je raconte le film)

Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours pris Brainstorm (1983) pour un film d’horreur. Je le confondais, je pense, avec le film From Beyond, qui est inspiré d’une nouvelle d’H.P. Lovecraft, et avec le Altered states de Ken Russell. C’est, en fait, un film assez fin que l’on peut relier à Jusqu’au bout du monde (1991) de Wim Wenders, à Strange Days (1995) de Kathryn Bigelow et à Final Cut (2004) d’Omar Naim. La réalisateur est Douglas Trumbull1, créateur des effets visuels de 2001: a space odyssey et de Blade Runner,  et auteur du conte écologiste de science-fiction Silent Running.

Brainstorm raconte l’histoire de deux scientifiques, Michael Brace (Christopher Walken, rendu célèbre par The Deer Hunter quelques années plus tôt) et Lillian Reynolds (Louise Fletcher, qu’on a vu dans un nombre considérable de rôles mineurs dans des séries télévisées ou des films, comme Virtuosity, dont je parlais récemment) qui, après dix ans de recherches, sont parvenus à mettre au point un système permettant d’enregistrer et de restituer la perception et les sensations d’une personne. Au début du film, on voit Michael immobile, placé dans une machinerie gigantesque et relié par des câbles à un autre homme qui porte un lourd casque sur la tête. Il perçoit tout ce que ressent l’autre : le goût d’un aliment, une douleur, une sensation acoustique.

Au fil des semaines, des mois, le procédé est affiné et le casque qui permet d’enregistrer l’activité cérébrale est miniaturisé. C’est Karen (Natalie Wood), l’épouse de Michael, qui s’occupe de concevoir le design du casque, ils éprouvent une petite gène à travailler ensemble : Karen et Michael sont en train de divorcer.

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La machine est de plus en plus perfectionnée et on la présente à des gens importants. L’État, notamment, s’y intéresse et force Michael et Lilian à travailler avec un scientifique médiocre et intriguant, Landon Marks, qui, sous couvert d’aider les chercheurs, est là pour mener des expériences douteuses afin d’évaluer le potentiel militaire de la technologie. Lilian le comprend immédiatement, mais Michael, qui est plutôt insouciant et ne pense qu’à ses travaux, ne comprend pas le problème que constitue le fait de mettre le doigt dans l’engrenage du complexe militaro-industriel.

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La machine permet de capter des sentiments et au cours d’expériences, Michael parvient à ressentir la colère qu’il inspire à son épouse lorsqu’il l’ignore. Il enregistre une bande de ses propres sentiments afin de montrer à Karen les bons souvenirs qu’il a de leur mariage, et lui montrer qu’il n’a jamais cessé de l’aimer. Le couple se retrouve et décide d’annuler son divorce.

Un membre de l’équipe, qui est chargé de vivre toutes sortes d’expériences avec la machine (piloter une voiture de course, faire du cheval, etc.) s’enregistre pendant un rapport sexuel. Un de ses collègues fasciné par cette séquence, boucle une partie de la bande magnétique et la visionne pendant des heures jusqu’à risquer d’en mourir. Durablement affecté par son expérience, qui lui fait se sentir à tout jamais différent de l’homme qu’il était jusqu’ici, il démissionne.

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Peu après, Lilian subit un infarctus. Elle a le temps d’enregistrer les sensations éprouvées pendant sa mort, et ensuite. Passée l’enterrement, Michael décide de visionner la bande de l’agonie de son amie, en prenant soin de la filtrer, pour ne pas éprouver de dysfonctionnement de ses fonctions vitales. Au même moment, dans un autre bureau, Landon Marks — le scientifique médiocre placé par le gouvernement —, qui espionne Michael, connecte un employé de la société aux même flux de perceptions, sans prendre la précaution de filtrer l’enregistrement. Le cobaye meurt de la même crise cardiaque que celle qui a terrassée Lilian. Michael, lui, se retrouve à l’hôpital.

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Ayant interdiction de finir de visionner la bande sur laquelle est enregistrée la mort de Lilian, Michael pirate le réseau de sa société. Il découvre alors le projet « Brainstorm », un programme parallèle dirigé par Landon Marks qui a notamment enregistré la crise d’un schizophrène. Michael comprend que son travail va servir à contrôler le cerveau. Il est écœuré. Pendant qu’il le raconte à sa femme, son fils, Chris, seul dans le bureau, expérimente l’enregistrement de la crise schizophrénique. Il a alors des visions horribles où son père le torture. Michael accourt et lui enlève son casque, mais Chris doit être hospitalisé.

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Landon Marks a pris les commandes du laboratoire et Michael et temporairement éloigné. Avec sa femme, il échafaude un plan, malgré la surveillance dont il fait l’objet,  pour atteindre ses deux buts : achever le visionnage de la bande de l’agonie de Lilian, et saboter le projet afin de rendre les appareils et les enregistrements inutilisables. Pour saboter les travaux de la société, il pilote à distance ses robots dans une assez réjouissante séquence de « soulèvement des machines ».
Enfin, en jouant la bande, il éprouvera une « near death experience » et découvrira que, en mourant, on voit bel et bien défiler son existence, ou du moins quelques épisodes fortement émouvant, avant de partir vers une lumière réconfortante en direction de laquelle volent des sortes de papillons lumineux…
Le mysticisme new-age à deux sous qui clôt le film aurait pu me le gâcher, mais il dispose de suffisamment d’autres arguments. Christopher Walken et, surtout, Louis Fletcher, sont parfaits dans leurs rôles. Le scénario regorge d’éléments très bien vus, et d’une grande poésie, par exemple les époux séparés qui se retrouvent en partageant (littéralement) leurs sentiments et leurs souvenirs.

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Pour Brainstorm, Douglas Trumbull voulait employer son procédé Showscan, un film 70mm tourné à 60 images par seconde, soit près de deux fois et demie la vitesse normale. Son idée était que les images « mentales » devaient avoir l’air plus réalistes que les autres, gagner leur étrangeté non par un filtre bizarre mais par une inhabituelle précision. C’est très bien vu, à mon avis : la bizarrerie des rêves réside dans ce que l’on rêve et ne fonctionne que parce que, en rêvant, nous ne remettons pas notre perception en cause. On a vu de nombreux films où le « rêve » était représenté par des filtres et des traitements plus ou moins kitschs qui altéraient l’image et la rendent artificielle. Mais le rêve n’est pas un filtre, au contraire, il s’adresse directement au cerveau, sans l’intermédiaire de la perception. Il me semble que si on rêve d’une personne, d’une chose, d’une métamorphose, ces objets ne nous sont pas fournis sous forme d’image perçue mais sous forme conceptuelle, donc plus nette que nette, plus réaliste que réaliste, puisque dégagée du filtre que représente la perception.

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Nous ne saurons pas ce qu’aurait donné le projet du réalisateur : le studio a finalement décidé de ne pas employer ce procédé coûteux qui rendait la distribution du film périlleuse, puisque basé sur un support expérimental. Par contre, comme on le voit dans mes vignettes, l’idée d’une utilisation de deux formats d’images est conservée : les images mentales sont tournées avec un grand angle et en Super Panavision 70 (comme le film 2001: l’Odyssée de l’espace, par exemple), et les autres en 35mm.

Le tournage du film a basculé le 29 novembre 1981 lorsque Natalie Wood a été retrouvée morte noyée au large de l’île de Santa Catalina, à quelques kilomètres de Los Angeles. Elle y passait le week-end avec son époux, Robert Wagner, avec son ami et partenaire dans le film Christopher Walken, et avec le capitaine de leur navire.

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On ignore avec exactitude ce qui s’est passé, mais le cas passionne toujours la presse américaine trente-deux ans plus tard. On sait que ce soir-là, Christopher Walken et Robert Wagner se sont disputés sur la question des sacrifices que l’on devait ou pouvait faire dans sa vie personnelle au profit de sa carrière professionnelle, avant de se calmer. Robert Wagner est parti se coucher sans son épouse. Natalie Wood avait quelques bleus sur le corps lorsqu’on l’a retrouvée, avait bu et avait ingéré deux médicaments, l’un contre le mal de mer et l’autre contre la douleur. Elle avait quarante-trois ans.

Il a fallu que le réalisateur réécrive en partie le scénario et trouve des astuces de réalisation pour combler certains vides. La sortie du film a été retardée de près de deux ans. Sa dédicace est « To Natalie ».

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Outre la catastrophe qu’a représenté la mort de l’actrice la plus célèbre du film, Douglas Turmbull a beaucoup souffert pendant la production et la post-production, en étant forcé de faire des concessions techniques, mais aussi en étant fortement incité à ne pas terminer son film, à l’abandonner purement et simplement. En effet, en s’entêtant à achever Brainstorm, Trumbull a coûté très cher à la Metro-Goldwyn-Mayer qui n’a pas pu toucher la prime d’assurance qui aurait dû être versée après la mort de Natalie Wood. Cette indocilité a été punie par une sortie en salles sciemment limitée, et le film n’a pas été rentable.
Le réalisateur a alors décidé de ne plus jamais réaliser de films hollywoodiens et s’est tenu à son vœu, ce qui ne l’a pas empêché de rester un personnage important du monde des images, que ce soit comme créateur de films pour des parcs d’attraction, comme auteur d’effets visuels (récemment avec The Tree of Life, de Terrence Malick), ou encore comme inventeur de procédés de tournage et chef d’entreprises dans le domaine.

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Brainstorm fait écho à des questions plutôt actuelles, puisque la « lecture » de la pensée est un domaine sérieux d’exploration scientifique actuel2 et constitue donc un sujet sérieux de réflexion philosophique, par exemple pour Pierre-Cassou Noguès qui a publié l’an dernier au Seuil Lire le cerveau : Neuro/science/fiction, et qui est intervenu sur le sujet à la Gaîté Lyrique avant-hier, au cours du colloque Sciences et fictions.

  1. Le père de Douglas, Donald Trumbull, a quant à lui travaillé sur les effets spéciaux du Magicien d’Oz de 1939, de Rencontres du troisième type, de la série Galactica ou encore de Star Wars. [↩]
  2. cf. l’article Notre cinéma personnel. [↩]

Bientôt, la reconnaissance biométrique dans le métro ?

mai 22nd, 2013 Posted in Filmer autrement, Parano, stationspotting | 9 Comments »

(L’information est caduque, puisque le projet a été abandonné presque sitôt découvert, mais il me semble important de ne pas l’oublier)

L’image ci-dessous est extraite d’un « cahier de spécifications fonctionnelles et techniques » qui émane de la RATP et dont l’existence a été révélée par le blog Sete’Ici, puis relayé par Numérama et PC Inpact, notamment.
Il s’intitule « Fourniture d’un système de biométrie faciale ».
Les auteurs du document sont à la recherche d’entreprises compétentes pour les aider à étudier la mise au point du prototype d’un nouveau genre de péage de transport public, sans portillons, qui reconnaît automatiquement l’usager à son visage.

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Puisqu’il n’y a plus de portillons, les usagers peuvent se sentir incités à frauder. Ceux qui n’auront pas un abonnement en cours de validité paieront tout de même : le programme comparera leur visage à ceux de sa base de données (de clients, mais aussi, j’imagine, de fraudeurs interpellés ?), et calculera automatiquement le tarif de régularisation. Les visages des fraudeurs non-identifiés seront conservés eux aussi dans la base de données.

S’agit-il d’un projet de projet, de l’initiative de quelques ingénieurs, non validée par la RATP1, comme le dit ce tweet de Pierre Serne, militant Europe écologie et administrateur du Syndicat des transports d’Île-de France ?

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La seule chose certaine est qu’un « appel à compétences » assez précis (il spécifie même les langages informatiques à employer) a bien été lancé sur le site PactePME, avec le concours du pôle de compétitivité Systematic, et a reçu la réponse positive d’au moins une société, si l’on se fie à cette page conservée par le cache de Google.

La page qui présente le proje, ainsi que le document pdf qui le détaille, ont été supprimés du site PactePME2, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant dans l’affaire : l’idée d’un métro façon Minority Report existe en germe, mais les décideurs ne pensent pas que le public soit, à ce jour, prêt à l’accepter.

...

Je me suis toujours demandé si la loi dite « anti burqa » n’avait pas été motivée par le problème que représente le fait de cacher son visage dans le cadre d’une utilisation extensive de la reconnaissance biométrique. Les fraudeurs pourront toujours se cacher sous le masque de Guy Fawkes, utiliser le bonnet à infra-rouges de Geoffrey Dorne3, qui aveugle les caméras, ou encore, pencher la tête — les logiciels de reconnaissance du visage que j’ai expérimenté moi-même (qui ne sont sûrement pas les plus performants) étaient en effet très troublés dès que le visage de la personne à reconnaître n’était pas droit.

Simple question de temps, à mon avis : la promesse d’un système plus fluide, moins contraignant  pour l’usager (plus besoin d’avoir une carte sur soi, il suffit de porter sa tête sur les épaules) et les inévitables affaires de terrorisme ou de criminalité dont on dira qu’elles eussent pu être empêchées si le système avait été déployé, se chargeront de façonner l’assentiment du public. La technologie, quand à elle, est disponible et de plus en plus performante.
Il ne reste qu’à parier sur la date.

Quelques vieux articles qui ne sont pas sans rapport : Ordinateur raciste ; On ne sourit plus, le petit oiseau électrique va sortir ; Clic Invisible ; Prison automate ; Terminaux portables ; Vingt ans de contrôle.

  1. Complément après publication : Numérama a publié cet après-midi un article qui donne la parole aux instances dirigeantes de la RATP, qui confirme qu’une unité de la RATP « a effectivement lancé cet appel à compétences pour un projet d’étude d’un nouveau concept de péage de transport public » mais précise qu’il « s’agit d’une initiative non validée par la hiérarchie et qui ne correspond pas à la déontologie de l’entreprise ». Bonne blague, à mon avis : c’est lorsqu’il a été publiquement révélé que le projet a disparu du site PactePME, pas avant. À l’évidence, ce n’est pas la déontologie qui pose problème à la RATP, mais juste la peur d’une réaction négative de la part du public. [↩]
  2. Le document pdf a été conservé par PixelLibre. [↩]
  3. Voir le projet Hacking citoyen, avec lequel Geoffrey a passé son diplôme des Arts-décoratifs. [↩]

L’autre monde

mai 19th, 2013 Posted in Interactivité au cinéma | No Comments »

autre_monde_dvdL’autre monde est un film de Gilles Marchand, dont c’est la seconde réalisation, après Qui a tué Bambi ?
Au début du film, Marion (Pauline Étienne) et Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet), deux jeunes adultes qui s’aiment dans le Sud de la France, découvrent un téléphone mobile oublié dans une cabine de plage et enquêtent sur sa propriétaire, Audrey (Louise Bourgoin), une femme mystérieuse aux penchants auto-destructeurs qu’ils espionnent puis parviennent à empêcher le suicide. En tentant de se donner la mort avec un inconnu, Audrey avait laissé tourner une caméra, que Gaspard a récupéré et dont les images le hantent. Par hasard, en accompagnant un ami chez des dealers, il revoit Audrey, qui le fascine et qu’il essaie de contacter sur Black Hole, un monde virtuel du genre de Second Life. Délaissant sa bande d’amis, et blessant les sentiments de Marion, Gaspard s’enfonce dans une spirale morbide à la poursuite d’Audrey qui ne veut qu’une chose : rester pour toujours sur la plage noire, le lieu où se retrouvent les participants à Black Hole lorsqu’ils meurent. C’est du moins ce qu’elle dit. Avec la complicité ou sous le contrôle de son frère Vincent (Melvil Poupaud), elle semble prendre un plaisir malsain à contrôler les vies des gens que qu’elle rencontre sur le réseau (ou que son frère rencontre en se faisant passer pour elle) et peut-être même à les pousser au suicide.

Ce film m’en a rappelé deux autres. Tout d’abord, le Blue Velvet de David Lynch, sorti en 1986, dont le héros Jeffrey était tiraillé entre son amour pur et simple pour la jolie Sandy, et la fascination qu’exerce sur lui Dorothy Vallens, une chanteuse qui se trouve elle-même sous la coupe d’un psychopathe, Frank Booth. Ensuite, j’ai pensé à The Cat, the Reverend and the Slave, d’Alain della Negra et de Kaori Kinoshita (2010), documentaire dont j’ai déjà parlé ici et qui porte, entre autre, sur le monde virtuel Second Life et sur ceux qui y ont déporté une partie de leur existence.

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Malheureusement, L’Autre monde est loin d’avoir toutes les qualités de ces deux films. Le scénario ne parvient jamais à dépasser le stade de la bonne idée, les personnages manquent d’épaisseur, notamment celui de Gaspard dont les actions ne nous semblent jamais très crédibles. Pourtant, L’Autre monde dispose de quelques qualités, à commencer par l’exceptionnelle opposition entre Marion et Audrey. La première est une « vraie fille », jolie, fraîche, sans mystère mais pas sans caractère, tandis que la seconde est un fantasme, une femme fatale mélancolique à la beauté sophistiquée et aux mœurs déréglées.

En revanche, le rôle de Gaspard fonctionne moins bien, parce que ses actions, ses réactions et ses rapports aux autres manquent un peu de cohérence. Le scénario ne parvient en tout cas pas totalement à convaincre le spectateur que l’enchaînement des situations est crédible et que le récit ne pouvait avoir qu’une issue tragique. On peine aussi un peu à croire aux motivations du duo diabolique d’Audrey et de Vincent et ce qui se veut vraisemblablement une exploration de la folie et de la face la plus sombre de l’âme humaine ressemble plutôt à une accumulation un peu immature de clichés.

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L’image est souvent belle et l’univers en images de synthèse où se déroule une partie du scénario n’est pas ridicule, ce qui est suffisamment singulier pour être noté. Les rares moments un peu humoristiques laissent entrevoir l’excellent film que l’Autre monde n’a pas réussi à être.

Ordinateur et cinéma sur Place de la toile (after)

mai 18th, 2013 Posted in médiatisation, Ordinateur au cinéma | 5 Comments »

Quarante-cinq minutes, c’est toujours un peu court, quand on a plein de choses à raconter. L’émission Place de la Toile de toute à l’heure est donc un peu frustrante si cherche à recenser tout ce qui ne s’y est pas dit et tous les films dont il n’a pas été question. Mais c’est la règle du jeu : on a plus de matière que de temps.

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Michael Douglas en train de chercher à récupérer des fichiers dans un espace virtuel, dans le film « Disclosure » (Harcèlement), en 1994.

Si on avait eu plus d’espace pour ça, j’aurais aimé rebondir sur la remarque d’Emmanuel Burdeau, qui disait que l’ordinateur servait parfois à réactiver d’anciennes formes du cinéma, notamment muet, comme les inter-titres. Et effectivement, je suis frappé de la manière dont certains scénarios basés sur des correspondances épistolaires ne (re-)deviennent « filmogéniques » que grâce à l’intervention de l’ordinateur comme accessoire du scénario. Les exemples qui me viennent spontanément sont You got m@ail (1998), de Nora Ephron (remake « high-tech » du Shop around the corner de Lubitsch) et Harcèlement (1994) d’après Michael Crichton (où l’e-mail a une importance scénaristique énorme). Dans un esprit comparable, on peut parler aussi des ordinateurs « de bord » (Alien, Ulysse 31, Sunshine, Barbarella, Flight of the navigator, Blake’s 7,…) que la science-fiction utilise pour expliciter des événements particulièrement difficiles à figurer à l’écran.
J’aurais pu parler des spécialistes de la création d’interfaces de cinéma, comme Mark Coleran, ou pourquoi pas, rappeler Les Sous-doués, par Claude Zidi, qui parle d’informatique éducative d’une manière assez grinçante.

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De gauche à droite : Alexis Blanchet, Thibault Henneton et Xavier de la Porte.

Même si je ne me sens pas complètement prêt à synthétiser la question, j’aurais bien voulu parler aussi des grandes époques de l’utilisation de l’ordinateur comme élément central du scénario, car j’en distingue : la fin des années 1950, avec Planète Interdite, mais surtout Desk Set et The Invisible Boy, qui l’un rationnellement et l’autre irrationnellement, présentent l’ordinateur comme une menace ; la deuxième moitié des années 1960, avec 2001: l’Odyssée de l’espace, The Forbin Project, et d’autres ordinateurs chargés de prendre des décisions à la place d’une humanité qui ne semble plus capable de le faire elle-même ; les années 1980, avec des films sans doute isolés, mais marquants, comme Tron, Wargames, Live and let die et The Last Starfighter ; la première moitié des années 1990, et notamment l’année 1995, avec l’arrivée des thèmes cyberpunks (Le Cobaye 2, Johnny Mnemonic, Virtuosity, Ghost in the shell) et du réseau (The Net, Hackers, Harcèlement, Sneakers) dans les scénarios ; Le passage du millénaire a aussi été une période riche en films marquants dans le domaine : Matrix, eXistenZ, Swordfish,…

Le film Hackers, sur lequel je n'ai toujours pas fait d'article...

Le film « Hackers », sur lequel je n’ai toujours pas fait d’article…

Pour conclure l’émission, Xavier de la Porte m’a posé une question qui m’a pris un peu de court : de quel film méconnu je conseillerais le visionnage ? J’ai finalement proposé Antitrust, film que je n’ai pas encore chroniqué ici et que je trouve intéressant à beaucoup d’égards. Bien sûr, choisir un unique film est impossible, alors après réflexion, voici une sélection de quinze films que je recommande, classés par date.

Quinze films plus ou moins méconnus mettant en scène l’ordinateur

Desk Set (1957), par Walter Lang, avec Spencer Tracy et Katharine Hepburn.

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Bunny Watson dirige le service de documentation d’un grand quotidien. L’ingénieur Richard Sumner vient y installer un ordinateur. Toutes les employées du service ont peur pour leur emploi et sont persuadées que la machine est destinée à les remplacer. Sumner, qui tombe amoureux de Bunny Watson, devra dépenser beaucoup d’énergie pour convaincre tout le monde que l’ordinateur n’est pas une menace, d’autant qu’un autre ordinateur, à l’étage du dessous, émet des fiches de paie roses, synonymes de licenciement.
Le thème du remplacement de l’homme par la « machine à penser » était tout nouveau lorsque Desk Set a été monté comme pièce de théâtre, puis adapté au cinéma. La société IBM, qui souhaitait répondre par avance à ces angoisses a été partie-prenante dans la production du film.

Colossus : The Forbin Project (1970), par Joseph Sargent, avec Eric Braeden.

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Charles Forbin est un grand scientifique qui a mis au point le moyen ultime pour empêcher les États-Unis d’être menacés par l’URSS : le super-ordinateur Colossus, enterré dans une montagne, totalement autonome, qui répondra à la moindre agression par la destruction du pays rival. À peine branché, Colossus entre en contact avec son homologue soviétique, Guardian. Les deux machines fusionnent et décident de prendre en mains la destinée humaine de manière despotique.

Dark Star (1974), par John Carpenter, sur un scénario de Dan O’Bannon.

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L’équipage du vaisseau Dark Star parcourt le Cosmos pour détruire les planètes qui risquent d’être dangereuses. Personne ne se rase, on fume, on s’ennuie. L’ordinateur de bord s’appelle « mother » et un passager extra-terrestre sème la terreur… C’est la trame du film Alien, dont Dan O’Bannon écrira le scénario quelques années plus tard, sauf qu’ici, la créature indésirable ressemble à un ballon de plage géant… Pour une fois, la parodie précède le film parodié.
Un des moments marquants du film est celui où l’équipage doit utiliser la phénoménologie pour convaincre une bombe « intelligente » de se retenir d’exploser.

Rollerball (1975), de Norman Jewison, avec James Caan.

Dans un futur proche, les gouvernements ont disparu au profit de corporations qui dirigent le monde technocratiquement et offrent à tous la sécurité et une certaine prospérité. Le peuple est abruti par le spectacle d’un jeu ultra-violent, le Rollerball. Il n’existe plus qu’une bibliothèque, dans le monde, qui ne contient plus de livres mais juste un ordinateur dépressif nommé Zéro.

Looker (1981), par Michael Crichton, avec Albert Finney, James Coburn, Susan Dey, Leigh Taylor-Young et Dorian Harewood.

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Un chirurgien esthétique que l’on soupçonne d’être lié à la mort de ses patientes, des top-models, découvre un procédé informatique mis au point pour manipuler optimalement le spectateur à qui l’on montre des publicités et destiné à faire élire un homme politique peu recommandable. Ce n’est pas le film le plus célèbre de Michael Crichton, sorte de Jules Verne du XXe siècle à qui l’on doit (comme romancier et/ou réalisateur et/ou scénariste) The Andromeda Strain, The Terminal Man, Westworld, Jurassic Park, Runnaway, Harcèlement, Sphere, Twister ou encore la série Urgences.

Electric Dreams (1984), par Steve Barron, avec Lenny Von Dohlen et Virginia Madsen.

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Un architecte renverse par mégarde du champagne sur le clavier de son ordinateur, qui devient conscient. Mélomane, la machine s’éprend d’une violoncelliste qui habite l’appartement voisin et avec qui, sans qu’elle la voie, elle communique en produisant à son tour des mélodies. Le propriétaire de l’ordinateur est forcé de faire semblant d’être l’auteur des improvisations musicales, ce qui rapproche le film du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Mais l’ordinateur finit par devenir jaloux et tente de tuer son propriétaire.
Concentré de l’esthétique des années 1980, ce film est réalisé par l’auteur de clips de Michael Jackson, de Toto ou de A-ha, et contient des chansons de Human League, Culture Club, Heaven 17, Philip Oakey ou encore Giorgio Moroder.

Une créature de rêve (1985), par John Hughes, avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock et Ilan Mitchell-Smith.

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Dans ce « teenage movie », Gary et Wyatt fabriquent la femme idéale à l’aide d’un ordinateur. Celle-ci prend vie et les aide à perdre leurs complexes. Au delà de l’apparente sottise du prétexte fantastique, ce film, réalisé par l’auteur de Breakfast Club et La Folle journée de Ferris Bueller, parle assez bien des adolescents et du nécessaire besoin qu’ils ont d’oser entrer dans la vie réelle.
Pour l’anecdote, on voit Robert Downey Junior, dans le rôle d’un garçon rival des héros du film. En France, ce film est nettement moins connu que la série qui en est dérivée, Code Lisa.

Nirvana (1997), de Gabriele Salvatores, avec Christophe Lambert et Diego Abatantuono.

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Cas sans doute unique de film cyberpunk italien, Nirvana raconte l’histoire d’un personnage de jeu vidéo, Solo, qui devient conscient de son état et qui supplie son créateur de l’effacer, car il ne supporte plus de revivre encore et encore les mêmes choses.

23 (1998), par Hans-Christian Schmid, avec August Diehl.

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Ce film allemand raconte l’histoire vraie du hacker Karl Koch, paranoïaque, passionné de théorie du complot et coupable d’avoir vendu des informations confidentielles au KGB avant la chute du mur. On l’a retrouvé dans une forêt, brûlé à l’essence, en 1989. La police a conclu au suicide. La véracité historique du film a été contestée par la famille de Karl Koch.

Thomas est amoureux (2000), de Pierre-Paul Renders, avec Benoît Verhaert, Aylin Yay, Magali Pinglaut, Micheline Hardy et Frédéric Topart.

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Thomas, agoraphobe, est en contact visiophonique avec sa mère possessive et son psychiatre. Ce dernier l’inscrit dans des services de rencontre, et le jeune homme tombe amoureux de deux de ses correspondantes, une prostituée médicale et une jeune femme très « new age ». Il aimerait sortir de chez lui mais sa maladie l’en empêche.
Tourné en vue subjective (on ne voit jamais Thomas, mais seulement ce qu’il voit sur son écran), ce film d’auteur mérite d’être vu.

Antitrust (2001), de Peter Howitt, avec Ryan Phillippe, Rachael Leigh Cook, Claire Forlani et Tim Robbins.

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Gary Winston (Tim Robbins) est un personnage charismatique qui dirige une société informatique à vocation hégémonique. Milo (Ryan Phillippe), le héros du film, est un jeune programmeur idéaliste qui déteste tout ce que représente Winston mais qui finit par se laisser séduire par l’offre d’embauche de ce personnage qui le fascine irrésistiblement. Le film parle de programmation, de logiciel libre et de logiciel propriétaire. Il me semble assez unique dans son genre.

Code 46 (2003), de Michael Winterbottom, avec Tim Robbins et Samantha Morton.

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Ce film d’auteur mélancolique est un peu la version réussie du très populaire (mais à mon avis un peu surestimé) Bienvenue à Gattaca, et constitue une illustration convaincante de la société de contrôle prophétisée par Gilles Deleuze. Ici, les gens vivent dans une dictature molle, où leur existence est tracée à chaque instant mais où l’envie de rébellion est absente, ou bien n’existe qu’à l’état d’ébauche. Le héros, qui mène une enquête sur un trafic de faux-papiers, tente de protéger celle qu’il croit coupable.

Sleep Dealer (2008), par Alex Riviera, avec Luis Fernando Peña, Leonor Varela, Jacob Vargas.

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Dans ce film cyberpunk tiers-mondiste, les travailleurs mexicains aux États-Unis n’ont pas besoin de passer la frontière, ils travaillent dans des sweat shops numériques d’où ils pilotent des robots domestiques, des robots de chantier, sans savoir où se trouvent ceux-ci. Un des personnages importants du film, Ramirez, est un américain d’origine mexicaine qui pilote des drones depuis les États-Unis pour empêcher des mexicains d’accéder à l’eau, confisquée par des sociétés américaines.

The cat, the Reverend and the Slave (2009), film documentaire d’Alain della Negra et Kaori Kinoshita.

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Film d’artiste, The Cat, the Reverend and the Slave va à la rencontre de gens qui inventent leur vie, sur Second Life, dans le monde des Furries ou à Burning Man.
Les mêmes auteurs ont réalisé un excellent court-métrage sur les Sims, Neighborhood, que l’on trouve en bonus au DVD de The Cat, the Reverend and the Slave.

8th Wonderland (2010), par Nicolas Alberny et Jean Mach.

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Des citoyens de divers pays du monde créent une république utopique sur Internet et s’entendent pour faire des farces, à la manière des Yes Men, dans le but de dénoncer des scandales écologiques ou autres. Mais peu à peu ils se prennent au jeu et envisagent des actions terroristes. Sorti dans une indifférence certaine, ce film préfigure le printemps arabe et le mouvement « occupy ».

Ordinateur et cinéma sur Place de la toile

mai 17th, 2013 Posted in Brève, médiatisation, Ordinateur au cinéma | No Comments »

La seule émission de radio que j’écoute régulièrement est Place de la toile, sur France-Culture, « le magazine hebdomadaire des technologies numériques ».

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Je suis donc particulièrement fier d’avoir été invité à venir y parler, demain samedi, de dix-huit heures dix à dix-huit heures cinquante-six. Le sujet, en clin d’œil au festival de Cannes, sera celui de l’ordinateur au cinéma. Outre Xavier de la Porte, qui produit l’émission, et Thibaut Henneton, qui la co-anime, on pourra entendre Alexis Blanchet, notamment auteur de Les Jeux vidéo au cinéma, et Emmanuel Burdeau, critique de cinéma et co-fondateur de Capricci, l’excellent éditeur de (entre autres) The Cat, the reverend and the slave, d’Alain de la Negra et de Kaori Kinoshita. La bande musicale sera un duel assez jouissif entre Giorgio Moroder et Jean-Sébastien Bach.

Comme chaque semaine, des auditeurs réagiront interactivement sur Twitter avec le « hashtag » #pdlt. Si vous ratez la diffusion de l’émission sur les ondes de France-Culture (ou sur le site) vous pourrez  vous rattraper en différé ici.

Bande dessinée et histoire

mai 15th, 2013 Posted in Bande dessinée, Brève, Fictionosphère, médiatisation | No Comments »

Demain jeudi 16 mai, entre 16h30 et 18h00 aura lieu la diffusion de l’émission « Bande dessinée et histoire » de Radio Goliard[s], sur Libertaire (89.4 Mhz FM, ou en ligne).
Présentée et préparée par Adrien Genoudet (doctorant en histoire), cette émission se penche sur les rapports qui lient la bande dessinée et l’histoire : outil de propagande ou d’éducation, document historique,…

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Les participants sont : Étienne Rouillon (Rédacteur en chef de Trois couleurs), Patrick Peccatte (Culture Visuelle/Lhivic), William Blanc (co-auteur de Les Historiens de garde), Exomène (créateur multimédia) et moi-même.

mise à jour 17/05 : l’émission est désormais disponible à l’écoute sur le site Goliard[s].

Tablette tactile (2004)

mai 12th, 2013 Posted in Interactivité, Vintage | 13 Comments »

À la recherche d’images sur un autre sujet, je tombe sur une séquence étonnante dans le film Alien vs. Predator (Paul W.S. Anderson, 2004), que j’avais vu à sa sorti mais plus depuis. On y voit une assemblée de scientifique, dont l’un utilise une tablette numérique. Avec son doigt, il navigue dans la carte en trois dimensions d’une pyramide souterraine découverte en Antarctique (où il découvrira à ses dépens que des extraterrestres joueurs, les predators, ont dissimulé d’autres extraterrestres, les affreux Aliens,…).
La séquence m’a d’abord semblé bien naturelle. Mais voilà : lorsque le film a été tourné, il y a dix ans exactement, les tablettes tactiles n’existaient pas.

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Il existait bien des « tablet-PC », mais on les manipulait avec des stylets, et le concept de l’informatique portable que l’on manipule au doigt n’a été disponible pour le public qu’en 20071, avec l’iPhone, puis en 2010 avec l’iPad.
En fait, les premiers brevets dans le domaine datent précisément de 2003 et émanent de la société Fingerworks, qui produisait des interfaces tactiles destinées aux gens souffrant d’une incapacité physique à manipuler le clavier et la souris. En 2005, cette société a brutalement interrompu ses activités, expliquant que ses technologies avaient été acquises par une autre société — dont on a appris plus tard qu’il s’agissait d’Apple.

Est-ce que les créateurs des accessoires du film étaient au courant des produits qui étaient en cours d’élaboration, ou bien n’ont-ils fait qu’imaginer la convergence de deux technologies existantes, l’interface tactile et l’ordinateur-tablette ? Et pourquoi voit-on le logo de la société Hewlett-Packard, dont la première tablette tactile n’est sortie qu’il y a deux ans2 ?
Reste qu’il est amusant de voir qu’une interface qui se voulait futuriste dans un film de 2004 nous semble pour le moins banale aujourd’hui, banale au point que la plupart des spectateurs du film, comme moi, ne verront pas tout de suite que la situation est anachronique.

Lire aussi : La presse électronique en 2001 (1968).

  1. Lucas Papillon me signale que les PADD de la série Star Trek Next Generation (fin des années 1980) étaient déjà des tablettes tactiles. Il faut que je voie ça. Mais à vrai dire ce qui m’étonne ici ce n’est pas tant l’invention de la tablette tactile que le fait que le spectateur actuel verra un bête iPad, et pas une interface « du futur ». [↩]
  2. Mathias Girel me signale qu’HP a sorti un ordinateur (fixe) à écran tactile en 1983, le 150 Touchscreen, qui repérait la position du doigt à l’occultation de faisceaux infra-rouges. En commentaire, Casaubon me signale que le modèle HP, le TC11000, a bien existé. En revanche il s’utilisait avec un stylet. [↩]

Franciscopolis

mai 8th, 2013 Posted in Images, Lecture | 3 Comments »

Franciscopolis a été le premier nom de la ville du Havre, fondée il y a un peu moins de cinq cent ans par François premier (d’où le nom : la ville de François), dans le but de placer à l’embouchure de la Seine un port important pour aller pêcher la morue, se protéger d’éventuelles incursions des flottes du roi Henri VIII puis de l’Empereur Charles Quint, et partir à la découverte du nouveau monde.

à dessein

Le premier livre édité par Franciscopolis est la transcription inédite d’une conférence de Jacques Derrida sur le dessin, intitulée À dessein, le dessin (distribution : Presses du réel).

À présent, Franciscopolis est une maison d’édition fondée par mes deux excellents collègues Yann Owens et Jean-Michel Géridan, où se sont engagés avec eux Mariina Bakic, Agnès Maupré, Jacques-Olivier-Ponce et Yves Troyard.

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De gauche à droite : Ludovic Boulard Le Fur, Pèlerin. 2013 (matrice d’une gravure sur bois); Shoboshobo, Untitled. 2012 (taille-douce) ; Jeremy Boulard Le Fur, Combat, 2013 (aquatinte avec report de sérigraphie sur plaque de zinc et utilisation de la programmation…).

Ils éditent des livres (deux, à ce jour) et des multiples (Thomas Cimolaï, Shoboshobo, Jean-Louis Boissier, Vladimir Mavounia-Kouka, Jeremy Boulard le Fur, Ludovic Boulard le Fur).

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De gauche à droite, des sérigraphies de Jean-Louis Boissier, Les Perspecteurs. 2010 ; Vladimir Mavounia-Kouka & Clémence Passot, Joséphine. 2012 ; Thomas Cimolaï, Les Trophées du sixième continent. 2012

Leur toute dernière publication est le catalogue de l’édition 2013 de la manifestation Une saison graphique. On m’a invité à y signer un texte sur Hervé Tullet.

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Catalogue de l’édition 2013 de Une saison graphique, avec Mariina Bakic, Nawal Bakouri, Pierre-Yves Cachard, Jochen Gerner, Jean-Noël Lafargue, Fanette Mellier, Vincent Perrottet et Thomas Huot-Marchand.

Organisé par l’École supérieure d’art et de design Le Havre/Rouen, par l’espace d’art contemporain Le Portique, par la Bibliothèque Universitaire et par Graphisme au Havre, Une saison graphique en est à sa cinquième édition, et présentera du 13 mai au 29 juin les expositions Ahn Sang Soo, Helmo, Julian House, Damien Poulain, Hervé Tullet, Un Imprimeur et Lézard Graphique.

On peut suivre l’actualité de Franciscopolis sur Facebook et sur franciscopolis.com.