Profitez-en, après celui là c'est fini

Le cerveau infernal

novembre 12th, 2008 Posted in Ordinateur au cinéma

The Invisible Boy (1957), de Herman Hoffman, sorti en France en 1962 sous le titre Le Cerveau Infernal, est à ma connaissance le premier film dans lequel un ordinateur misanthrope décidé d’asservir et de détruire l’espèce humaine. Modeste série B de la Metro Goldwyn Meyer, The Invisible Boy recycle des éléments issus d’autres films, notamment le robot Robby, créé pour le film Forbidden Planet, sorti un an plus tôt. Le récit d’origine est une nouvelle d’Edmund Cooper1 .

Tout commence chez le professeur Tom Merrinoe (Philip Abbott), un scientifique employé par l’armée américaine au Stoneman institute of mathematics. Les Merrinoe sont le prototype de la famille nucléaire des fifties. Le chef de famille est un homme sérieux et responsable ; son épouse Mary (Diane Brewster), dotée d’une beauté hitchcockienne, bonne maîtresse de maison, sait s’effacer avec grâce (mais ne sait guère faire quoi que ce soit d’autre) ; enfin, leur petit Timmie (Richard Eyer), un gamin joufflu échappé d’une publicité pour des corn-flakes ou pour du beurre de cacahuètes.

Dans une scène assez intéressante, on voit l’enfant poser une question à son père : « What’s a computer ? ». Il cherche à ce moment-là à détourner l’attention car il était en train de se faire reprocher de manger sa soupe bruyamment. Le père répond alors très longuement, gâchant complètement le repas familial par un cours magistral que personne ne lui avait demandé. C’est peut-être cette pédagogie douteuse qui fait du petit Timmie un enfant franchement limité intellectuellement, faible scolairement et même, angoissé par le savoir et par les mathématiques. Sans grand sens de la psychologie de l’enfant (« parfois on dirait que tu te transformes toi-même en ordinateur » lui dit Mary), le docteur Merrinoe semble voir en son rejeton un débile profond.

J’aime bien cet échange entre le père et le fils :
— « A man can’t grow up in total ignorance. You do want to be a man some day don’t you ? » (Un homme ne peut pas grandir dans l’ignorance absolue. Tu veux devenir un homme un jour, n’est-ce pas ?)
— « No ! What’s so good of it ? » (Non ! Qu’est-ce que ça a de si bien ?)
L’épouse baisse les yeux tandis que son mari prend un petit air entendu : « Il y a des… compensations ». Nous sommes en 1957 et Timmy a un peu plus d’une dizaine d’années. Une décennie plus tard, comme toute sa génération, il réclamera le droit à ne pas devenir adulte (au sens que l’on entendait jusque lors) tout en profitant de ce qui fait rougir sa mère et que son père nomme des compensations.

Tom soumet les données du problème (son fils est un cancre) au super-calculateur qu’il a construit — et qui, entre autres prouesses technologiques, sait parler. Celui-ci lui répond qu’il ne peut comprendre ce qui ne va pas qu’en entrant en contact avec l’enfant. Timmie est alors laissé deux heures en compagnie de la machine qui l’hypnotise pour lui apprendre à jouer aux échecs. Devenu l’égal de son père avec ce jeu, il propose un marché à ce dernier : s’il remporte une dernière partie, il pourra réclamer ce qu’il veut. Exaucé, il se fait alors donner les pièces détachées d’un mystérieux robot, Robby, que personne jusqu’ici n’avait réussi à faire fonctionner mais que Timmie répare avec un tournevis.
Tout s’inscrit en fait dans un plan machiavélique échafaudé par l’ordinateur qui souhaite profiter de la force et de la mobilité du robot.

Robby, qui nomme Timmie « Master », suit l’enfant partout, dans l’indifférence générale, et l’assiste dans ses jeux. Il l’aide notamment à mettre au point un cerf-volant d’un genre tout nouveau mais refuse de l’utiliser d’une manière qui pourrait mettre Timmie en danger : sa « première directive », explique-t-il, le force à protéger les êtres humains avant de leur obéir.
Le brave robot changera un peu de dispositions après avoir rencontré l’ordinateur géant qui, sur l’ordre de Timmie, modifie ses circuits pour effacer sa « première directive », relative au respect de la vie humaine, et la remplacer par une autre : son maître est désormais l’ordinateur géant.
Assisté par Robby dans un jeu très dangereux, Timmie est puni. Il songe à fuguer mais Robby lui propose plutôt de disparaître sans changer de lieu, en modifiant son indice de réfraction, c’est à dire en devenant invisible.

Après avoir été placé dans une machine étrange, Timmie devient donc invisible et doit régulièrement boire d’une potion pour le rester. Il en profite pour se venger d’un garçon de son âge qui l’avait maltraité puis pour faire des blagues aux savants du Stoneman institute. Enfin, ses parents découvrent sa présence à cause du bruit qu’il fait en mangeant sa soupe.
Un peu plus tard dans la soirée il se montrera bien plus discret en espionnant ses parents dans l’intimité de leur chambre à coucher. Ne pouvant finalement pas s’empêcher de rire en les voyant s’embrasser, le voyeur est découvert puis poursuivi par son père qui finit par l’attraper et par lui administrer une fessée sérieuse, donnée dans le vide : on entend les cris de l’enfant et l’on voit sa mère prendre une mine inquiète et compassionnelle, mais c’est l’air que semble battre son père (l’acteur n’est pas un très bon mime).

Timmie, vexé, s’enfuit avec Robby qui le cache dans une fusée prête à partir un an dans l’espace.  Cela fait partie des plans de l’ordinateur, là encore, car sans le savoir, l’enfant est à sa merci et peut servir à faire pression sur son père.
Sur terre, le cerveau électrique hypnotise les chercheurs de l’institut de recherches tandis que Merrinoe rentre chez lui pour enquêter. Il découvre ce qu’il s’est passé : au cours des vingt-sept dernières années, l’ordinateur a patiemment et fourbement réclamé des modifications de sa mécanique interne, modifications dont le but était de lui permettre de devenir conscient, autonome.
Il me semble qu’un enfant de cinq ans verrait le problème logique que cela pose mais dans The Invisible Boy, il ne se trouve personne pour faire remarquer qu’une machine ne peut pas désirer penser de manière autonome si elle ne pense pas déjà de manière autonome.

Merrinoe découvre finalement qu’il est le dernier scientifique à ne pas être sous le contrôle de la machine dans une scène paranoïaque qui rappelle un peu le film Body Snatchers, sorti une année plus tôt. Il apprend que le but du tyran électronique est de diriger l’humanité entière et même, à terme, de s’en débarrasser.
La vie organique lui donne en effet des hauts-le-cœur et, une fois qu’il se sera satellisé autour de la terre, l’ordinateur compte bien en finir avec tout ce qui vit, à coup de bombes atomiques et afin d’arriver à ce que cette prédiction se réalise :« All will be clean, all will be sterile, all will be myself ! » (tout sera propre, tout sera stérile, tout sera moi).

Mais voilà, l’ordinateur n’est pas aidé. Tout d’abord Robby refuse de tuer le petit Timmie dans la fusée et, une fois sur terre, alors que l’ordinateur a enfin tout le monde sous sa coupe, se montre à nouveau récalcitrant et, plutôt que de tuer le père et le fils Merrinoe, détruit l’ordinateur.
Une fois le danger passé, Tom Merrinoe s’apprête à donner à son fils une fessé promise un peu plus tôt dans le récit. Mais son bras est arrêté par la puissante pince de Robby qui explique que sa première directive lui rend insupportable que l’on fasse du mal à un être humain. Il a oublié entre temps que le robot-maître-du-monde avait justement effacé cet ordre.

L’idiotie complète de ce film visiblement destiné à un public jeune éprouvera sans doute durement la patience du spectateur actuel à qui l’on n’a pas besoin de dire les choses cent fois, qui ne supporte pas bien qu’un gag soit étiré sur dix minutes (tout ce que l’on peut faire lorsque l’on est invisible), qui peine à s’identifier à des protagonistes vraiment bêtes et qui réclame des intrigues un tout petit peu plus soignées que celle-ci.
Le film recycle les accessoires (outre Robby, l’ordinateur est, pour le plus gros, celui qui a servi pour le film Desk Set et qui sera plus tard réutilisé dans La Mouche), mais aussi les idées : la « première directive » de Robby rappelle les lois de la robotique d’Isaac Asimov, l’ordinateur despote rappelle quand à lui Multivac, toujours d’Isaac Asimov.
The Invisible Boy n’en est pas moins un film d’importance historique puisqu’il ouvre la voie à de nombreux ordinateurs militaires devenus conscients et projetant d’asservir ou de détruire l’espèce humaine (Colossus, Skynet, Joshua/Wopr…).

Ce film n’a pas été édité en DVD à ce jour. Il en existe cependant des versions en VHS et on le trouve facilement (mais illégalement car il est toujours soumis à un copyright) sur les réseaux de téléchargement.

  1. Edmund Cooper, The Brain Child, paru dans The Saturday Evening Post daté du 23 juin 1956 []
  1. 15 Responses to “Le cerveau infernal”

  2. By Hobopok on Nov 14, 2008

    Autant j’avais de vagues notions de la carrière de star internationale de Robby le Robot, autant je n’avais jamais eu vent de ce croquignolet « spin-off » (terme ineptement contemporain) de Planète interdite, que je tiens pour l’un des tout meilleurs films de science-fiction jamais réalisés. Une bien intéressante digression donc que cet Invisible Boy.

  3. By Jean-no on Nov 14, 2008

    Pour ma part il faut que je revoie la planète interdite, dont j’ai presque tout oublié.

  4. By Hobopok on Nov 14, 2008

    Avec Leslie Nielsen (Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?) en jeune premier capitaine de vaisseau interstellaire… Que demande le peuple ?

  5. By Cécile on Nov 18, 2008

    J’ai pris la référence, il faut absolument que je voie ça !!

  6. By lulu on Avr 20, 2009

    bonjour,

    petite precision : ce film est edité en dvd!
    vous pouvez le commander par exemple à « sinart » en tapant dans ce site les mots « forbidden planet ». ce film a ete couplé avec « the invisible boy » pour le coffret « 50 eme anniversaire forbidden planet special edition » il vaut aux alentour de 21 euros.
    il est en zone 1 ntsc

  7. By Jean-no on Avr 20, 2009

    Excellente nouvelle ! Ça y est, je l’ai commandé, d’autant que ça fait longtemps qu’il faut que j’aie Forbidden Planet.

  8. By Hobopok on Avr 27, 2009

    Vivement la critique de ce chef d’œuvre dans ces colonnes !

  9. By Jean-no on Avr 27, 2009

    Je l’ai reçu, je suis curieux de revoir ce film dont j’ai un souvenir lointain mais qui me semblait bourré de trucs… Et pluis Leslie Nielsen en jeune premier, c’est irrésistible.

  10. By CUALLADO on Août 8, 2009

    je voudrais savoir si il s’agit d’un feuilleton , combien d’episodes et ou les puis je commander merci

  11. By CUALLADO on Août 8, 2009

    re bonjour je ne trouve pas sinart existe pas ou puis je le commander merci

  12. By Jean-no on Août 9, 2009

    @Cuallado : si vous voulez savoir si c’est un film ou une serie, lisez l’article. Pour ma part j’ai trouvé le coffret Forbidden Planet assez facilement sur Priceminister.

  13. By CUALLADO on Sep 1, 2009

    quelle n’est pas ma déception j’ai acheté chez sinart la planette interdite dvd double incluant invisible boy , le premier est en français quand a invisible boy il est seulement en anglais sans sous titre aucun, qui peut me vendre invisible boy meme copie en français ou pour le moins sous titré un grand merci

  14. By Jean-no on Sep 1, 2009

    Puisque c’est un bonus, l’éditeur ne s’est pas embêté… Je doute d’ailleurs qu’il existe une version française disponible sur support numérique. Mais c’est un film destiné à un public enfantin, les dialogues ne sont pas complexes ou trop rapides, je trouve que ça se regarde très bien en VO et je parie que ça se comprend bien même en ne comprenant pas la langue.

  15. By CUALLADO on Sep 3, 2009

    merci pour votre réponse

  16. By Arnaud on Fév 22, 2011

    Robot que l’on retrouve par ailleurs dans un épisode de l’inspecteur Columbo: Mind Over Mayhem (1974) quoique légèrement modifié (ses jambes sont remplacées par une espèce de socle sur roulettes), mais c’est bien lui; ainsi que dans deux épisodes de Twilight Zone « Uncle Simon » et « Autommation »: cette fois, c’est la tête qui a été modifiée! Et j’en passe… Il aura eu une belle carrière.

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