Profitez-en, après celui là c'est fini

Runaway – l’évadé du futur

novembre 24th, 2008 Posted in Robot au cinéma

Digression : j’ai lu récemment un billet d’un blogueur écologiste enflamé qui parlait du décès de l’auteur de Jurassic Park sous ce titre victorieux : Crichton est mort, enfin !
Ce n’est pas le créateur d’Urgences, l’auteur de romans populaires d’anticipation ou encore le cinéaste médiocre dont le décès prématuré est fêté ici, c’est l’écolo-sceptique qu’il a été à la fin de son existence.
Car Michael Crichton, dans son dernier livre et dans de nombreuses interviews ou communications avait parlé du réchauffement planétaire d’une manière qui a franchement déplu. La science repose sur le doute et la perpétuelle remise en question des connaissances que l’on tient pour acquises, mais ce n’est pas toujours le cas de l’écologie qui est devenue une nouvelle foi, dont, comme toute foi, le moindre détail contradictoire pousse ceux qui croient à des manifestations de violence verbale ou physique.
En affirmant entre autres qu’il est absurde de prétendre dire ce que sera la température moyenne de la terre dans cent ans, ou en disant qu’il était difficile d’apprécier l’influence véritable de l’activité humaine sur une différence de la température mondiale d’un degré sur des décénnies, Crichton s’est mis à dos un nombre incalculable de personnes qui l’ont accusé, entre autres, d’être à la solde de l’industrie pétrolière ou de l’industrie automobile.

Fin de la digression, parlons cinéma, parlons de Runaway, un film de Michael Crichton justement, sorti en 1984.
Imaginez l’acteur Tom Selleck (Magnum) en Blade Runner moustachu… C’est à peu près ça même si l’approche est bien différente.

Dans Blade Runner, Rick Deckard poursuivait des créatures humanoïdes fortes, perverses, dénuées de capacité à l’empathie mais supérieurement intelligentes. Dans Runaway, le sergent Jack Ramsay doit régler des problèmes en apparence bien plus simples. Les robots qu’il doit gérer sont des robots ménagers ou agricoles tels que l’on commence à en fabriquer aujourd’hui, en 2008, des robots crédibles, donc, à portée de notre technologie, pas des prétextes à réfléchir à la nature de l’homme ou des sentiments comme chez Philip K. Dick. Puisqu’ils ont été conçus par des humains (faillibles) et puisque leurs composants peuvent s’user, les robots peuvent souffrir de dysfonctionnements.

Au lieu de récupérer les chenilles dans un champ de maïs, le premier robot que nous rencontrons dans le film (qui a un faux-air de Wall-E) se met à saccager le champ qu’il est censé protéger. Les agriculteurs appellent alors la police pour attrapper et désactiver l’engin. Le second robot rencontré est quand à lui un engin de chantier qu’il suffit de débrancher. N’importe qui pourrait se charger de cette tâche, mais pour des questions d’assurance, nous dit-on, il faut que ce soit un policier qui le fasse. 

L’enquête qui occupe la plus grande partie du film est un cas bien différent : deux femmes ont été assassinées et mutilées par un robot ménager, et un bébé, toujours vivant, est à la merci de la machine folle, et le père refuse de donner des explications sur les éventuelles modifications qui ont pu être apportées à son engin domestique. Il devient franchement difficile de s’approcher du robot lorsque celui-ci s’avère être équipé d’un pistolet Magnum 357 (tiens, Magnum !) et fait la preuve de son talent à manier l’arme à feu.

Jusqu’à ce point, dans le film, tout allait bien. Ce commissariat qui a comme activité normale d’enquêter sur des circuits imprimés trafiqués et de gérer au quotidien les robots devenus fous était plutôt amusante, du Hill Street Blues ou du Inspecteur Derrick à la sauce cyberpunk.
Mais voilà qu’apparaît le méchant du film, un dénommé Luther, qui gâche tout dès la première seconde que la caméra lui consacre. Le rôle est tenu par Gene Simmons, le bassiste du groupe de hard rock grimmé Kiss. L’acteur est épouvantable mais le scénario n’aide en rien. Qu’est-ce que c’est que ce maître du crime qui passe son temps à apparaître, tout en grimaces, sur les lieux de ses méfaits, et qui semble constament vouloir dire «.ohé, c’est moi le méchant.!.» ? On dit que Simmons a été choisi parce qu’il avait l’air méchant même sans le vouloir. C’est peut-être le souci. Un personnage négatif ne doit pas avoir l’air méchant, il faut au contraire qu’on l’aime, qu’on l’admire, qu’il fascine, qu’il séduise ou bien qu’il appitoie, enfin qu’il suscite un sentiment que sa situation rend ambivalent. Tous les raconteurs d’histoires savent ça depuis l’épopée de Gilgamesh.

Ce méchant Luther, donc, est un trafiquant d’armes cybernétiques évoluées, notamment des araignées métaliques cracheuses d’acide, des processeurs «.capables de transformer n’importe quel robot ménager en meurtrier.» et enfin des mini missiles à tête chercheuse. Mouais. Ses araignées cracheuses d’acide semblent tout droit échappées du concours annuel de robots de M6. Les mini-missiles à tête chercheuse sont un peu plus intéressants, d’un point de vue cinématographique en tout cas puisqu’ils sont l’occasion de séquences filmées « depuis le missile ». La puce qui donne des instincts de meurtre aux robots ménagers est une idée amusante aussi.
Luther est le genre de génie du crime qui a peu de chance de se faire des amis. Il tue ses associés, ses employés, ses clients et même ses fiancées, dans le but théorique d’effacer les traces susceptibles de mener à lui, mais c’est évidemment le contraire qui se produit. Semant des cadavres, assassinant au grand jour, il ne profite jamais très utilement de ses coups d’avance, il est, il faut le dire, particulièrement bête. La définition du personnage, censé être un riche héritier qui joue à être un « villain » pour tromper son ennui était intéressante mais n’est absolument pas exploitée ni rappelée par quelque détail que ce soit au fil du récit.

Le film connaît quelques petits traits géniaux mais ceux-ci ne sont pas non plus exploités très longtemps.
Il y a par exemple une scène où Karen, la co-équipière du sergent Ramsay, discute avec ce dernier chez lui. Le robot ménager/nounou de Ramsay, Loïs, s’immisce alors dans la conversation sur un malentendu, pensant à tort que certaines phrases lui sont destinées (à demain – nous nous voyons demain ? – ce n’est pas à toi qu’elle parle). Ce genre de quiproquo permet des situations assez drôles et ce d’autant plus qu’il est crédible, mais le gag est à peine exploité.
En fait Crichton semble avoir assez sérieusement réfléchi à ce que seront les robots du quotidien et aux situations nouvelles que leur présence provoquera. Il n’a en revanche pas beaucoup réfléchi aux rapports entre les humains : amourette téléphonée entre les deux co-équipiers, « méchant » sans épaisseur, affrontement final sans suspense (Crichton, je l’ai remarqué plusieurs fois, avait une sorte de talent pour ôter toute tension aux situations qui ne devraient être que tension ; et là, puisque c’est lui le réalisateur, pas de Spielberg pour rattrapper le coup), protagonistes qui comprennent lentement ou qui commettent des erreurs a priori franchement idiotes, comme de demander à la maîtresse de Luther de se séparer de son sac à main avant de passer dans un détecteur de puces de localisation (évidemment, il reste une telle puce dans le sac…).

Tom Selleck interprète plutôt consciencieusement son rôle de policier sérieux-mais-tout-de-même-sociable, veuf-mais-pas-complètement-inconsolable, souffrant du vertige mais capable d’en guérir au bon moment.
Son équipière Karen, interprétée par Cynthia Rhodes (aperçue dans plusieurs films de danse : Dirty Dancing, Staying Alive, Flashdance, et disparue depuis), fait nettement plus potiche, mais on accusera le rôle d’avoir été bâclé plus que son interprète de l’avoir mal habité.

Les autres acteurs redondants — Kirstie Alley, Stan Shaw et G.W. Bailey — ont des physionomies familières, ils ont chacun figuré au générique d’une pléthore de séries télévisées, à commencer par G.W. Bailey qui est ici le chef de la police, rôle qu’il a tenu un nombre incalculable de fois ailleurs.

La musique, due au grand Jerry Goldsmith (Twilight Zone, La Planète des singes, Damien), est intéressante mais intervient toujours de manière un peu brusque et un peu comique. Les effets visuels sont plutôt réussis pour l’époque, quoiqu’il y ait un véritable abus de pyrotechnie (tous les robots explosent avec étincelles et fumée), à la mode des mauvais films de science-fiction des années 1980.

Vous l’avez compris, c’est encore un navet. Il y avait pourtant un potentiel, ça aurait pu être le prétexte d’une série regardable, mais non, nous n’avons là qu’un très très petit film. Deux ans après Blade Runner et six ans après la naissance du héros de comic-books britanniques Robo Hunter, on pouvait espérer une histoire un peu plus palpitante. Les producteurs quand à eux semblent avoir regretté que Runaway manque de détails science-fictionnesques puisque les affiches montrent le héros équipé d’une étrange arme de poing… Que seul son ennemi utilise dans le film. Le caractère très contemporain du récit — sauf les robots, l’histoire se déroule à l’époque où elle a été filmée — était pourtant une bonne idée, même si on s’amuse en entendant que tel robot est équipé d’un processeur intel 8088, le processeur des premiers PCs d’IBM.

  1. 2 Responses to “Runaway – l’évadé du futur”

  2. By Wood on Nov 24, 2008

    Un seul N à « Runaway », voyons !

  3. By Jean-no on Nov 24, 2008

    Corrigé !

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