Profitez-en, après celui là c'est fini

Voir et penser comme des machines

février 19th, 2024 Posted in IA, Images | 1 Comment »

Bien entendu, c’est bluffant. Les images produites par l’IA générative Sora sont bluffantes, les conversations qu’on a avec ChatGPT sont bluffantes, les images produites par Midjourney sont bluffantes1, et l’accélération du progrès de leur famille d’outils, ponctué par des annonces quotidiennes, est étourdissante. À chaque nouvelle étape, on ne peut que se demander ce qui viendra dans un an, dans trois ans, ou dans dix.
Lorsque Marion Montaigne et moi-même avons publié L’Intelligence Artificielle : fantasmes et réalités, il y a huit ans, la discipline était déjà engagée dans sa voie actuelle, avec le retour en grâce des réseaux de neurones artificiels et la montée en puissance des systèmes d’« apprentissage profond », dont un des premiers succès pour le grand public a été (une semaine après la sortie de notre livre !) la victoire du programme AlphaGo au jeu de Go contre le champion Lee Sedol, par quatre parties sur cinq. Dans le livre, nous parlions de la longue histoire de l’Intelligence artificielle (nommée en 1956 mais s’appuyant sur plusieurs millénaires d’inventions) et aussi, des craintes parfois irrationnelles qui entourent cette discipline.
Le chemin parcouru en huit ans est tout à fait extraordinaire et les IAs génératives sont les ambassadrices les plus spectaculaires de cette évolution.

Le prompt fourni à Sora : Beautiful, snowy Tokyo city is bustling. The camera moves through the bustling city street, following several people enjoying the beautiful snowy weather and shopping at nearby stalls. Gorgeous sakura petals are flying through the wind along with snowflakes.

Même si comme tout le monde je trouve les vidéos produites par Sora à partir de textes assez épatantes, j’ai du mal y voir le « niveau de réalisme hallucinant » qui est célébré de toute part, mais j’avoue qu’il ne m’est pas si facile d’expliquer en détail pourquoi. Bien sûr, quelques petits détails m’interpellent immédiatement, tel le fait que la grande majorité des vidéos présentées sont au ralenti, ce qui, certes, permet de montrer le niveau de précision et de détail des images, mais qui permet aussi de pallier les éventuelles bizarreries liées à des mouvements qui manqueraient de naturel. Pour le dire clairement, je pense que ce ralenti peut être un astucieux cache-misère, à moins qu’il ne soit spontanément produit par Sora, ce qui serait un « choix » particulièrement curieux. En faisant des arrêts sur image je remarque aussi ça et là que les zones floues ou nettes ne suivent pas toujours les lois de l’optique2.
Certaines vidéos dévoilées par OpenAI contiennent de qu’on nomme en Intelligence artificielle générative des « hallucinations » : mains conformées ou articulées bizarrement, superpositions de plans absurdes, actions qui défient les lois de la physique, etc. Ces images « à problèmes », dont on se doute que tout sera fait pour éviter qu’elles n’émergent à l’avenir, ont parfois un charme surréaliste, comme la séquence d’excavation d’une chaise de jardin en plastique par des archéologues, ou l’incompréhensible multiplication des louveteaux en train de jouer.

Ce que ces images bizarres ont de beau, c’est que l’on n’est pas toujours sûr d’avoir vu ce qu’on a vu : est-ce qu’il y avait bien trois loups puis quatre ? Comment et à quel moment de la séquence la chaise s’est-elle matérialisée ? Un petit côté « vallée de l’étrange ».

Ce qui m’intéresse, ce sont plutôt les images réputées « sans problème », les images « parfaites » (et du reste sinon trop parfaites, souvent un peu trop lisses).

Le réalisme

Dans le domaine de la production d’images, je suppose que nous pouvons nous entendre sur le fait que la notion de « réalisme » décrit des représentations qui essaient d’approcher la perception naturelle que nous avons du monde qui nous entoure ‒ ou à défaut, la perception mécanique que produisent les appareils de captation qui nous sont familiers, tels que l’appareil photo et la caméra. C’est une notion subjective, par définition, puisqu’elle dépend de ce à quoi chacun de nous est attentif, en fonction de notre expérience, de l’état de nos sens ou encore de paramètres culturels, car la perception visuelle ne se résume pas à un phénomène optique, c’est aussi un processus cognitif. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler que si nous voyions comme nos yeux, qui ne sont jamais que des camera obscura, nous verrions le sol en haut et le ciel en bas : c’est notre cerveau qui se charge d’adapter ce que nous percevons aux lois de la pesanteur3.

Les images produites par Sora n’ont pas pour référence notre perception du réel, elles se réfèrent à des images déjà produites ‒ et c’est bien normal puisque c’est à partir de l’analyse d’un corpus d’images que ces logiciels fonctionnent4. J’y perçois l’influence d’images produites par modélisation 3D (la couleur des éclairages, le niveau élevé de détail ‒ d’ailleurs certaines images sont spécifiquement faites pour évoquer non pas la vidéo mais bien l’image de films d’animation 3D façon Pixar), et souvent de ces images en 3D dont on loue le « réalisme »  ; j’y vois l’influence des images produites par les jeux vidéo (et notamment les séquences cinématiques des jeux, pour les couleurs ou les mouvements de caméra) ; j »y vois l’influence (que ce soit demandé dans le prompt ou non) d’images trafiquées selon le procédé tilt-shift ‒ qui, par un jeu de flou artificiel, fait passer une scène filmée en grandeur nature pour l’image d’une maquette ; j’y vois l’influence des images retouchées et fortement esthétisées ; je vois l’influence des images passées aux filtres « beauty » qui sévissent sur TikTok mais aussi dans l’ensemble de l’industrie cinématographique (eh non, des actrices de soixante ans qui ont une peau de bébé, ce n’est pas normal) ; j’y vois enfin l’influence de l’esthétique des clichés (au sens propre ou au sens figuré) issus de banques d’images, où les sourires frôlent le rictus, si propres, si exemptes d’aspérités, qu’elles en deviennent un rien monstrueuses… Enfin rien qui me rappelle précisément le réel.

Bien entendu, depuis que l’on filme, depuis que l’on photographie, que l’on peint, que l’on sculpte, que l’on donne des représentations théâtrales, depuis que l’on raconte, notre perception du réel (et la manière dont nous l’acceptons) est affectée par les représentations artistiques, qui affectent ensuite à leur tour la manière dont nous modelons le monde tangible ‒ depuis le paysage jusqu’à la chirurgie esthétique en passant par l’aménagement des intérieurs et les régimes amaigrissants : les fictions, y compris visuelles, sont à la fois le produit de nos sociétés, de nos mentalités, de l’époque, et les briques qui construisent nos sociétés, notre époque.
Mais que construisent des images instantanément crées, pléthoriques, lorsqu’elles ne sont que le remixage d’images passées et lorsque leur unique forme d’invention spontanée est l’erreur, le bug ? Quelle nouveauté pourront produire des images issues de collectes automatisées et qui finiront fatalement par se nourrir elles-mêmes ? Les trouverons-nous réussies juste parce qu’elles nous seront devenues familières à force de saturer notre espace visuel, comme nous finissons par accepter comme des vérités du monde physique les retouches et autre traitements opérés sur les photographies publicitaires ? Si l’on considère les images générées non pas comme des images réfléchies, construites, mais comme des patchworks statistiques, des collages, elles sont nettement moins impressionnantes et la perception de leur « réalisme » n’est jamais que le résultat d’un curieux processus : nous identifions en elles des éléments d’images déjà vues, le grain de la peau, le dégradé d’un ciel, les feuillages, les reflets,…
Cela n’est bien entendu pas sans intérêt si on ne se trompe pas sur la nature des images produites et si ceux qui manipulent ces outils se chargent d’y placer l’intelligence qu’elles n’ont pas5 ou d’y injecter un corpus de données choisi.
Sur mon mur Instagram, avant même de lire leurs noms, je reconnais au premier coup d’œil une image produite par Grégory Chatonsky, par Étienne Mineur ou par Éric Tabuchi, preuve qu’il existe un emploi des Intelligence Artificielles génératives qui est au service des auteurs plutôt que de constituer une forme de négation desdits auteurs.

Quelques dessins piqués sur le compte Instagram de David Shrigley. Je ne vois pas comment un outil de génération d’images qui repose sur la prédiction statistique pourrait produire ce genre d’images, cf. La série Neural Yorker d’Ilan Manouach, où l’IA est nourrie de dessins d’humour mais ne parvient qu’à reproduire une esthétique visuelle sans jamais produire de sens.

Mon intérêt pour la bande dessinée et l’illustration me laisse penser que les Intelligences artificielles dédiées à la génération d’images vont, dans un premier temps ‒ jusqu’au prochain saut technologique, et celui-ci adviendra ‒, donner une valeur nouvelle à tout ce qu’elles ne savent pas encore imiter de manière convaincante. Le trait, le style, la personnalité, le propos, le sens, la subjectivité.
Dans un monde où on peut en trois clics faire dire un discours de Ben Laden à Barack Obama, et où, pire peut-être, cette imposture sera acceptée par des gens qui se doutent qu’elle est forgée mais qui en louent la pertinence puisqu’elle confirme leur préjugé, les dessins ‒puisque singuliers, puisque subjectifs, puisqu’ils n’essaient pas de se faire passer pour autre chose que l’idée d’une personne tracée de la main de cette personne ‒, ont l’honnêteté de se présenter pour ce qu’ils sont. J’espère que nous leur en serons toujours reconnaissants.

La pensée chatGPT

ChatGPT (et tous les outils semblables actuels ou à venir) pose immédiatement un défi aux enseignants : les cancres ont-ils triché ? Les bons élèves eux-mêmes ont-ils cédé à la paresse ? Se sont-ils contentés d’interroger une machine qui leur a fourni une réponse médiocre mais suffisamment structurée et bien écrite pour qu’on ne puisse pas les sanctionner d’une note infamante ? Beaucoup l’ont fait, parfois par jeu, pour l’avoir tenté (et c’est très bien, c’est le moment de faire des expériences), pour éprouver la compétence ou la sagacité du prof, parfois en cherchant à pallier leurs manques (et si ChatGPT a une meilleure orthographe, pourquoi ne pas lui demander d’aide ?), parfois parce qu’ils savent qu’ils doivent rédiger, parce que le système scolaire l’attend d’eux, mais parce qu’ils ne comprennent ni quoi écrire ni comment le faire. Si ce problème a occupé et inquiété de nombreux enseignants cette année, provoquant une forme de défiance envers toute production textuelle (et particulièrement si celle-ci se révèle dignement rédigée et exempte de fautes), il n’est peut-être bien qu’un problème mineur. Tricher, plagier, recopier, n’est pas neuf. Et plagier sans même lire ce que l’on plagie n’est pas neuf non plus. Bien sûr, le fait que chaque devoir soit reçu avec suspicion crée un effet un peu déplaisant.

Le véritable problème que je vois venir avec ChatGPT n’est pas là. Tricher a toujours été un sport de potaches, un petit jeu entre l’enseignant-commanditaire et l’élève-prestataire autour de textes qui sont parfois écrits sans en avoir envie pour des gens qui les lisent sans plaisir.
Ce qui m’angoisse, c’est la perspective de voir le jour où des gens produiront de la littérature à la façon de ChatGPT sans avoir besoin du logiciel ‒ tout comme certains jeunes chanteurs virtuoses du début des années 2000 ont pu imiter spontanément, comme autant de fioritures vocales, les effets de bord de l’autotune appliqué aux voix de leurs musiciens préférés (et je parle de l’autotune discret, utilisé pour palier la fausseté des enregistrements). Ils écriront des pavés de texte en trois parties égales, pleines de superlatifs mous, de « cependant » qui ne mangent pas de pain et de « en conclusion » consensuels. Parce que c’est ChatGPT (ou d’autres outils du genre) qui leur auront enseigné comment on écrit et pire, comment on pense. Ma part optimiste voudrait croire que l’inconsistance des textes générés conférera une valeur nouvelle aux textes personnels, aux textes originaux, à l’audace littéraire. Pour peu qu’il reste des gens qui aient envie de les lire.

Annonce

Le moment que nous vivons est idéal pour faire un bilan d’étape et l’on discutera de toutes ces questions (mais aussi de questions de droits d’auteur, de vie professionnelle, et peut-être pas du risque de manipulation de l’information) en excellente compagnie6 le 19 avril lors d’une journée d’étude sur le sujet à l’école supérieure d’art et de design du Havre (programme complet à venir).

Lire ailleurs : Le Temps de l’imagination artificielle, par Philippe Boisnard ; Realistic repetition, par Gregory Chatonsky.

  1. On finit cependant par identifier une manière Midjourney, en tout cas pour les images dont le prompt ne contient pas d’indications stylistiques pour l’éviter. []
  2. Un plan net situé entre deux plans flous, c’est normal. Un plan flou situé entre deux plans nets, ça ne l’est plus. []
  3. En 1931, Theodor Erismann avait démontré la manière dont le cerveau influe sur la perception en faisant porter par un de ses étudiants des lunettes à miroir qui lui faisaient voir le monde tête-en-bas. Après une dizaine de jours, la vision du cobaye s’est rétablie ! []
  4. On sait que LAION 5B, le Dataset (base de données contenant des images et leurs légendes) utilisé pour entraîner des IAs telles que Stable Diffusion contient cinq milliards d’images. Difficile de dire à coup sûr ce que contient ce Dataset : une vie entière ne suffirait pas à visionner l’ensemble des images, même diffusées à la cadence d’une par seconde ! []
  5. Un IA telle que ChatGPT ne comprend pas la question (prompt) qu’on lui pose, ne comprend pas la réponse qu’elle fait et n’a ni l’envie ni la conscience d’être en train de répondre à une question. On lui soumet une chaîne de caractères et elle fournit en réponse une prédiction statistique de ce qu’on attend d’elle. Le plus incroyable est que, dans bien des cas, cela fonctionne bien. Mais il arrive aussi que la machine, inexplicablement, invente des dates, des événements, des détails, mais c’est normal : elle n’a aucune conscience de la notion de faits ou de vérité ‒ pas plus que la notion de mensonge, du reste. La forme d’« intelligence » qu’elle produit est contenue dans les « verrous » que lui imposent ses développeurs et qui l’amènent à accompagner ses réponses de laïus moralisateurs (veuillez noter que l’humour peut être offensant pour certaines catégories de personnes,…) ou à esquiver des sujets. []
  6. Seront présents Albertine Meunier, Jean-Louis Dessalles, Étienne Mineur, Grégory Chatonsky, Éric Tabuchi, Skygge, des représentants de la Société des arts visuels et de l’image fixe, Élodie Migliore (doctorante spécialisée en droit d’auteur) et enfin plusieurs étudiantes et étudiants de l’école qui s’amusent à pousser les IAs dans leurs retranchements. L’organisation de la journée est due à Emmanuelle Lepeltier, bibliothécaire de l’école, avec ma participation et celle de ma collègue Oriane Pichuèque. []

Python

février 16th, 2024 Posted in Non classé | No Comments »

Fascinée par le spectacle du fils d’un ami « qui code », la romancière Nathalie Azoulai cherche à percer le grand secret que semblent détenir les jeunes gens qui programment. Ils frappent sur leur clavier une littérature hermétique qui, dit-on, croit-on, gouverne le monde. Et s’ils dirigent le monde du bout de leurs doigts, les programmeurs semblent le faire non pas avec désinvolture ‒ ils sont au contraire visiblement concentrés, apparemment happés par la tâche ‒, mais presque en l’ignorant, se focalisant sur la qualité des systèmes plus que sur leur finalité, ou, quand ils se risquent à les exposer, en révélant la naïveté de leurs motivations (« make the world a better place », « don’t be evil » et autres mantras qui ne mangent pas de pain), voire leur mesquinerie, comme Mark Zuckerberg qui semble avoir créé Facebook ‒ préhistoriquement un site de notation du degré d’attraction sexuelle de ses camarades d’Harvard, puis un annuaire de ces mêmes étudiants ‒ comme réponse à ses propres difficultés relationnelles d’autiste léger.
L’autrice cherche à comprendre : quel air de Mozart passe dans le casque du codeur ? Qu’est-ce que coder ? Que devient la littérature, face à cette forme d’écriture sans poésie que l’on soupçonne de gouverner l’avenir ?
Elle tente sans succès de s’inscrire à l’école 42, qu’elle fréquentera tout de même en badaude, en intruse, et puis elle prend des cours particuliers avec plus ou moins de succès. Très vite, elle sait quel langage de programmation elle veut apprendre : Python. Non tant parce que c’est le langage à la mode (il l’est), mais parce que son nom charrie un univers poétique et cinématographique, à cause de la veste en python de Marlon Brando dans L’Homme à la peau de serpent. Et c’est vrai que c’est curieux, ce nom de langage de programmation, « Python »1.
L’apprentissage épuise un peu l’enquêtrice : les variables, les itérations, tous ces concepts semblent bien abstraits, surtout si on tente de les assimiler pour eux-mêmes et non pour ce qu’on pourrait en faire, pour ce que l’on peut produire grâce à eux. Punaisant des indices sur un mur à la manière d’un détective de série télévisée, Nathalie Azoulai saute d’une idée à l’autre et retombe, a priori sans l’avoir calculé, sur le regret d’une amitié de jeunesse. Les codeurs sont-ils des bad-boys ? Existe-t-il une libido de la programmation ?

Programme du jour : des cubes gigogne composés de lignes. La version qui bouge est sur Instagram.

Ce que je trouve intéressant ici c’est que l’autrice prend tout à l’envers. Ce n’est pas une pente naturelle « geek », une appétence pour le code, qui la guide, ni même un intérêt pour les applications artistiques et créatives de la programmation2 ‒ qu’aucun de ses cornacs ne mentionne, du reste ‒, mais une forme de curiosité distante, de perplexité, et peut-être aussi une forme d’inquiétude face à ce qui, très naturellement, touche les gens de son âge (qui est autant le mien) : se demander quelle place nous est réservée dans le monde qui vient, et se demander par qui et par quoi nous sommes en train d’être poussés vers la sortie.
La fraîcheur de l’autrice face à des questions qu’un vieux programmeur3 ne se pose plus donne en tout cas des pistes de réflexion à l’enseignant qui tente chaque année d’expliquer la programmation à des apprentis-artistes.

  1. On utilise chaque jour des langages en oubliant de se demander l’imaginaire que leur nom charrie, et je me dis que le langage que j’emploie quotidiennement, Processing (traitement, opération), doit sonner comme quelque chose d’un peu laborieux. []
  2. Lire : Code Créatif, sur Wikipédia. []
  3. Je ne suis pas ingénieur, ni formé, mais ça fait plus de vingt-cinq ans que je gagne ma vie en programmant, j’imagine que je peux me considérer comme programmeur. []

Le secret de communiquer sa pensée d’une extrémité du monde à l’autre (1683)

janvier 19th, 2024 Posted in Modèles abandonnés, Sciences, Vintage | 3 Comments »

Frédéric Février, qui enseigne l’Histoire-géographie au lycée à Carcassonne, passe un temps considérable à déchiffrer des registres paroissiaux de l’ancien régime à la recherche d’informations un peu plus intéressantes que les simples mentions des baptêmes, des mariages et des enterrements1. Il publie ses découvertes sur la page Facebook Génialogie, et est l’auteur d’un livre, Histoires de femmes et de mères XVIe-XVIIIe siècles (2022).

Il a exhumé aujourd’hui un document ahurissant, issu du registre paroissial de Moussan (dans l’Aude), a priori daté de 1682 ou 1683.

Et la transcription :

Un gentilhomme a trouvé le secret de communiquer sa pensée d’une extrémité du monde à l’autre et d’en avoir réponse dans le moment par le moyen de deux montres par l’autre dont l’invention lui a coûté vingt années d’étude. L’auteur de ce rare secret a cru que Louis le Grand2 devait avoir des courriers aussi aisés que les rayons du soleil qui pénètrent dans un clin d’œil l’Orient et l’Occident, et comme Sa Majesté en est l’image en terre, il vient lui offrir le fruit de ses [œuvres ?] et lui consacrer son ouvrage. L’utilité de ses montres est si grande que la prudence ne veut pas qu’on l’explique dans le détail, il suffit que lorsque vous voulez parler à un ambassadeur à la Porte3, à l’Escurial, à Cracovie, vous lui donnez une montre et convenez de lui parler chaque jour à midi. L’on sait que tous les méridiens changent et qu’il est plutôt midi à Rome qu’à Paris et cette différence se connait par l’élévation du pôle.
Ainsi Sa Majesté entrera dans son cabinet à l’heure prise et son ambassadeur aussi dans l’endroit où il se trouvera et se communiqueront par le moyen des aiguilles qui tournent sur les lettres uniformément en sorte que vous marquez avec une plume sur le papier toutes les lettres et mots que l’aiguille indique et lorsque votre aiguille s’arrête d’elle même, vous répondez par la même voie.
De manière que dans une heure, vous avez une réponse et sans crainte que ces lettres soient surprises et dont vous épargnez le chagrin d’attendre deux mois plus ou moins une réponse pour prendre les mesures justes.
Ce secret épargnera au Roi plus de trois millions par an.

(transcrit par Frédéric Février. Je me suis permis de rétablir l’orthographe moderne)

Je suis frappé par le caractère évasif du texte : l’inventeur, simplement désigné comme « un gentilhomme », est-il aussi l’auteur du texte ? Pourquoi cet écrit se trouve-t-il dans ce registre ? Est-ce un brouillon de lettre ? Qu’attendait exactement son rédacteur ?
Bien que le contexte soit très différent, je pense un peu à Edward Page Mitchell, qui publiait des nouvelles de science-fiction aux fulgurantes intuitions prospectives dans les colonnes de son journal The Sun, et le faisait sans se donner la peine de les séparer des nouvelles d’actualité4.

La machine de l’électeur, par Denis Papin

À l’époque précise où a été écrit ce texte, les sciences et les techniques étaient en ébullition : Isaac Newton (informé des calculs astronomiques du français Jean Picard en 1682, justement) achevait sa loi de la gravitation universelle, la génération précédente avait été celle de Descartes, Pascal ou Huygens, Denis Papin découvrait la force de la vapeur et on publiait à tour de bras des traités de mécanique, hydraulique, pneumatique, etc. Pierre Bayle s’apprêtait à sortir son Dictionnaire historique et critique, passionnant ancêtre de l’Encyclopédie. C’est l’époque qui a vu naître les Académies5. Enfin, notamment pour les besoins des calculs maritimes, la science horlogère faisait d’immenses progrès en termes de précision, de fiabilité et de miniaturisation6.

Le texte dans son jus, c’est à dire dans le registre Actes de baptême, mariage, sépulture (1674-1760) de Moussan (vue 31/343). On remarque que le texte reproduit ci-dessus est écrit à l’envers, manière de signaler, je suppose, qu’il est distinct des actes d’État-civil que l’Église était astreinte à consigner. Ce texte se trouve entre les actes de 1682 et 1683 et succède à une page consacrée à parler de remèdes pour les problèmes digestifs ou urinaires.

La communication, en revanche, n’avait pas connu de véritable rupture technologique depuis la fin du Moyen-âge. Les marins n’avaient pas encore mis au point de systèmes de communication à distance à l’aide de drapeaux, et le télégraphe des frères Chappe ou les systèmes précurseurs comme celui de Georges Lesage ne viendraient que deux siècles plus tard. Et ne parlons pas de la télécommunication sans fil qui allait devoir attendre les travaux de Marconi, Branly, Hertz ou Tesla à la toute fin du XIXe siècle. Je note qu’à l’époque où la télégraphie électrique de Samuel Morse était en train de remplacer la télégraphie optique de Chappe, dans les années 1840, cette technologie était en concurrence avec deux autres systèmes, celui de Cooke et Wheatstone, et celui de Foy et Breguet, qui l’un et l’autre reposaient sur des cadrans à aiguilles pilotés à distance de manière électromécanique7. La simplicité du codage morse l’a rapidement emporté sur ces inventions britanniques et françaises8.

Les télégraphes de Cooke et Wheastone (photo : Science Museum de Londres) et Foy et Breguet (photo : Zubro, sur Wikipédia).

Alors quel système avait inventé ou rêvé le gentilhomme qui prévoyait de faire économiser des millions au Roi Soleil dans ses communications avec ses ambassadeurs ? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais il y a ici matière à écrire un roman « clockpunk », ce registre uchronique qui imagine une Histoire alternative qui s’appuierait sur les sciences et les techniques de l’époque qui précède la révolution industrielle.

  1. Pour ma part, je consacre une grande partie de mon temps libre dans les registres paroissiaux du Limousin, de la Marche ou de l’Angoumois ‒ notamment ‒, dans le but de reconstituer la généalogie familiale. L’écriture des curés et des vicaires est parfois difficile à déchiffrer et lorsque je fais défiler les pages, je suis essentiellement à la recherche d’un nom familier, d’une signature, et mon œil ne s’attarde sur aucun texte qui ne parle ni de baptême (on connaît la date des baptêmes, pas toujours celle des naissances !), ni de mariages, ni d’enterrements (de la même manière, on sait la date des enterrements mais pas toujours celle des décès). []
  2. Louis XIV. []
  3. Istanbul []
  4. Edward Page Mitchell dont j’ai traduit la nouvelle l’Homme le plus doué du monde (1879), publié par Franciscopolis et récemment réédité chez Libretto. []
  5. Académie française (1635), Académie royale de peinture et de sculpture (1648, qui est l’ancêtre de l’actuelle Académie des Beaux-Arts, mais aussi celle des quarante-cinq écoles d’art nationales ou territoriales telles que celle où j’enseigne), Académie de France (« Villa Médicis ») à Rome (1666) et, la même année, Académie des sciences. []
  6. L’horlogerie a aussi bénéficié de la religion : un siècle et demi plus tôt à Genève, l’austère Jean Calvin avait proscrit les breloques, à l’exception des montres ‒ puisqu’utiles ‒, que les bijoutiers, reconvertis en horlogers, pouvaient sertir de pierres précieuses sans risquer l’Enfer, provoquant la naissance d’une industrie locale toujours réputée un demi-millénaire plus tard. []
  7. Lire : Télégraphes & Téléphones, de Valmy au microprocesseur, par Catherine Bertho, éd. Le Livre de poche 1981. []
  8. L’idée d’une souveraineté nationale face à l’industrie étasunienne dans le domaine des télécommunications, on le voit, est très ancienne ! []

Adieu Bruno !

janvier 10th, 2024 Posted in Études, Parti | 5 Comments »

« Je préfère être ingénieur dans une école d’art
que dans un truc d’ingénieurs »

(Bruno Affagard)

Quand je suis arrivé à l’école d’art du Havre, en 2006, c’était avec la mission d’y renforcer les pratiques liées aux nouveaux médias et à l’interactivité. Mais il se trouvait déjà dans l’école un enseignant spécialisé dans le domaine, Bruno Affagard. Bruno n’avait pas le profil habituel d’un professeur en école d’art, puisqu’il n’avait lui-même ni la formation ni la carrière ni l’œuvre d’un artiste, ni lien particulier avec le monde de l’art. Titulaire, si ma mémoire est bonne, d’un CAP d’électricien, il avait été opérateur de machines-outils dans l’industrie puis avait été embauché à l’école, en 1987, en tant que technicien métal. L’avancement dans la grille de la fonction publique territoriale tel qu’il pouvait se faire à l’époque l’avait amené à devenir professeur d’enseignement artistique1. Par goût personnel, il avait été l’artisan de l’entrée de l’ordinateur dans l’école ‒ ce qui à l’époque se résumait à un unique ordinateur, un numériseur et un banc de montage vidéo2. Je crois qu’il avait aussi réalisé le premier site Internet de l’école. Peut-être parce que son profil était pour le moins atypique, il se montrait toujours d’une grande timidité, ne jouait pas des coudes, ne prenait la parole ni en réunion, ni lors des bilans des étudiants auxquels il participait, ni lors des auditions des postulants à l’école. Il était en revanche d’une constance absolue, arrivant à neuf heures pile, repartant à dix-huit heures, et se montrant toujours d’une disponibilité tout aussi absolue pour les étudiants qui lui amenaient des problèmes techniques à régler, car c’est vraiment ce qu’il aimait faire et ce qu’il faisait bien.
Au cours de mes deux ou trois premières années à l’école, je l’ai à peine croisé ‒ j’étais à mi-temps ‒, et je crois que mon arrivée, sans qu’il y ait concurrence de sa part ou de la mienne, a modifié son statut : j’étais le nouveau prof, auréolé d’une certaine légitimité professionnelle. Ceci dit on n’était pas si différents, peut-être, car outre le fait que nous étions deux grands barbus grisonnants, j’étais moi aussi passé par un lycée professionnel. Et contrairement à Bruno, j’avais raté mon CAP !

En 2009, je suis parti avec Bruno, Olivier Lefebvre du Volcan (qui organisait l’excursion), et cinq étudiants, au ZKM, à Karlsruhe, puis au festival STRP à Eindhoven. Je dormais dans un lit superposé, dans une chambre d’auberge de jeunesse, avec ce collègue que je connaissais à peine, et si je ne le connaissais pas beaucoup plus en rentrant (il ne parlait pas beaucoup de lui), c’est à partir de ce moment que nous avons commencé à travailler ensemble. Je crois que l’accumulation d’œuvres vues au cours de ce périple lui avait donné une idée concrète de ce que pouvait être la création numérique et de ce que lui, Bruno, pouvait apporter à nos étudiants. Il s’est alors nettement mis à l’électronique avec Arduino. Sa connaissance des transistors et des résistances s’est révélée précieuse, car ce n’est certainement pas moi qui aurais pu être utile aux étudiants dans le registre. En effet, si mon père et mon arrière grand-père ont été diplômés de Supélec, ma compétence en électricité s’était jusqu’ici bornée à savoir changer les ampoules. Quelques années plus tard, Bruno Affagard, Jean-Michel Géridan et moi-même avons publié un ouvrage d’initiation à Arduino.

Si je pense à Bruno, je le revois pendant un atelier consacré à la robotique animé avec nos collègues Bachir Soussi-Chiadmi et Emmanuel Lalande, répondant aux demandes des étudiants qui ont défilé pendant quatre jours, sans le moindre signe d’impatience, sans jamais se déconcentrer, sans jamais abandonner. Il savait aussi aider ses collègues et je ne compte pas les fois où il pris le temps de résoudre un problème technique dont je m’étais lassé.
Aussi, je me souviens de toutes les fois où je le saluais, le mercredi matin, et où il tenait à me montrer ’‒ toujours très timidement, comme s’il n’était pas sûr que ça allait m’intéresser ‒ son dernier bricolage : un système de transmission de fichiers en Morse par deux ordinateurs qui communiquaient avec un laser ; un radar qui détectait les personnes dans la pièce ; un système qui dénombrait les entrées dans l’école lors des portes-ouvertes ; une poubelle téléguidée qui se déplaçait à l’aide d’un moteur de trottinette3 ; etc.

En quittant l’école, Bruno a confié à notre collègue Bachir son trousseau de clef.

L’an dernier, Bruno a décidé de faire valoir ses droits à la retraite. Au moment de la réunion de fin d’année, en juin, il s’était débrouillé pour ne pas être là, lui qui était pourtant si ponctuel, jamais absent, jamais malade pour autant que je m’en souvienne. Je ne peux pas croire que cette absence ait été un hasard et j’imagine qu’il n’a pas voulu assister à son propre pot de départ. Il avait passé trente-cinq ou trente-six ans dans l’école, il en était devenu le plus ancien prof et je ne suis pas sûr qu’il ait tenu à vivre l’émotion d’un tel moment. Enfin je ne sais pas et je ne saurai jamais. Il est parti sans bruit.
Et puis, surprise, le dix-huit décembre dernier, lors du repas de fin d’année du personnel, Bruno est apparu. On a déjeuné côte-à-côte, il m’a parlé de son activité musicale, comme organiste, il était content d’être à la retraite, il semblait en pleine forme.
À un moment il s’est levé et a dit « bon, ben allez j’y vais », exactement comme il le disait à la fin de ses journées de cours. Et il est parti.
Cinq jours plus tard, le 23 décembre, il décédait d’un accident vasculaire.
J’ai de la peine, car je perds un collègue de dix-sept ans, mais aussi parce que j’aurais toujours l’impression de ne pas savoir tout ce qui se passait dans la tête de ce grand gars taiseux. S’ils me lisent, j’adresse toutes mes condoléances à son épouse et à ses enfants.

  1. Très précisément Professeur d’Enseignement Artistique de catégorie A « hors classe », un grade qu’atteignent peu de professeurs et encore moins de gens qui ont commencé au poste de technicien, quand bien même ceux-ci seraient des artistes confirmés. []
  2. Je tire ces informations du portrait que Bruno a fait de lui-même sur le site de l’école. []
  3. Avec nos collègues du duo HeHe, si j’ai bien compris. []

neXt (2020)

août 27th, 2023 Posted in Hacker au cinéma, Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma, Robot au cinéma, Surveillance au cinéma | 2 Comments »

La série neXt a commencé à être diffusée en octobre 2020. Le premier épisode n’a pas eu une forte audience, le second a perdu un cinquième des spectateurs du premier, alors Fox a annoncé que la série s’arrêterait après la diffusion des dix épisodes déjà réalisés. Il faut dire que malgré la présence de John Slattery (Roger Sterling dans Mad Men ; Howard Stark dans les films Marvel), la série manque un peu de relief et d’originalité. C’est ce dernier point qui nous intéresse ici : il y a tellement de poncifs ou de clins d’œil dans neXt que le résultat constitue un copieux catalogue de références.

(attention, je raconte toute la série !)

La série s’ouvre sur fond noir avec une citation d’Elon Musk : « With Artificial Intelligence we are summoning the demon » (Avec l’Intelligence artificielle, nous invoquons le démon — effectivement, en 2014, Elon Musk comparait les chercheurs en Intelligence artificielle aux apprentis sorciers du cinéma fantastique qui tracent des pentacles et pensent que le démon qu’ils appellent va leur obéir). Le premier épisode commence au cours d’une conférence où, seul sur scène, le milliardaire et génie de l’informatique Paul LeBlanc compare les informaticiens — et lui-même — aux savants et aux ingénieurs qui, au moment de faire exploser la première bombe atomique, n’étaient pas certains à cent pour cent que la réaction en chaîne s’arrête.
Le sujet est posé.

On apprendra par la suite que Paul LeBlanc souffre d’une maladie génétique rarissime, l’Insomnie fatale familiale, qui, après des mois d’absence de sommeil et d’hallucinations paranoïaques, finit par tuer le sujet atteint. Le sujet des hallucinations aurait pu être exploité pour nous faire un peu douter de la réalité de ce que vit Paul LeBlanc, mais cette piste n’est pas vraiment poussée.

La séquence suivante montre un homme fébrile qui entre dans une station service à la recherche d’une carte routière en papier, à l’ancienne. L’employé s’en amuse : « la dernière fois qu’on m’en a acheté une… », avant d’être intrigué par l’apparition d’une image vidéo sur son écran, qu’il pensait en panne. Le client voit avec horreur le voyant rouge d’une caméra de surveillance et quitte la boutique en catastrophe sans réclamer sa monnaie. Avant de démarrer, il jette son téléphone mobile. Venant sans le savoir à sa rencontre, un jeune couple perd le contrôle de son véhicule, qui se met à accélérer et à se diriger de son propre chef. On voit venir la suite : le véhicule du jeune couple percute celui du paranoïaque qui, comme souvent dans ce genre de série, n’avait pas tort de se méfier.

Avant de mourir, ce monsieur, le docteur Weiss, avait transmis à sa fille une cassette vidéo, afin qu’elle la confie à Shea Salazar, une enquêtrice de la division Cybercrime du FBI, que son père connaissait bien et considérait même, nous dit-on, comme sa seconde fille. Weiss n’est pas encore mort mais tout le monde parle de lui comme si c’était le cas, et du reste, l’appareillage médical de l’hôpital où il est soigné après son accident fait en sorte qu’il soit finalement tué. Au même moment, l’enquêtrice Salazar a convoqué le milliardaire LeBlanc dans ses bureaux, suivant en cela les instructions de Weiss. LeBlanc et Salazar visionnent la vidéo.

Le docteur Weiss, apparemment perturbé, explique qu’il a découvert une activité réseau anormale, coordonnée, trop rapide pour être humaine, et que depuis sa découverte, il se sent pourchassé. Il exiplique qu’il ignore la nature de ce qu’il a découvert, mais que « cette chose » n’est pas contente d’avoir été découverte. Le générique vient à peine de passer, mais le spectateur a déjà compris : le super-ennemi des protagonistes de la série est une méchante IA qui n’a pas envie qu’on s’occupe de ses affaires.
Je passe la suite : LeBlanc, qui s’était d’abord montré revêche, finit par comprendre que si il peut être utile à l’enquête, c’est qu’il est l’auteur du code informatique trouvé par Weiss. Du reste, s’il a quitté son entreprise, Zava, c’est parce qu’il avait voulu interrompre le développement d’un ambitieux programme d’Intelligence artificielle… Il pressent que la mort de Weiss est un peu de sa faute et se joint donc à Salazar et à sa fidèle équipe, composée de trois enquêteurs, dont un suprématiste blanc repenti, qui purge sa peine en mettant ses talents de hacker au service du FBI.

Comme tout milliardaire de l’industrie informatique de série télévisée, Paul LeBlanc est un peu fantasque. Il n’aime par exemple pas qu’on lui souhaite de passer une « bonne journée » puisque cela ne dépend pas de lui. Il est maladroit avec sa fille (expliquant par exemple qu’il n’a pas toujours été absent pour elle puisqu’il était présent au moment de sa conception). Et il est, bien entendu, un programmeur de génie lui-même, doté d’une intelligence aiguë qui lui permet de comprendre tout de suite la situation. Mais il est aussi — on l’apprendra plus tard — un escroc qui a gagné des milliards avec un programme acheté pour une misère à un informaticien de talent. Nous avons donc ici l’archétype de tous les milliardaires de la Silicon Valley (ou de la légende qui les entoure) : roublard comme Bill Gates, dont le système d’exploitation MS-Dos avait été acquis pour une bouchée de pain ; pompier-pyromane comme Elon Musk, qui investit des millions dans l’Intelligence Artificielle tout en affirmant que ces technologies constituent un danger mortel1 ; conférencier charismatique comme Steve Jobs, qui a plus ou moins délaissé sa propre fille et, comme LeBlanc, été licencié par les actionnaires de la société qu’il avait lui-même fondée — on notera au passage que le titre de la série, neXt, fait écho à la société que Jobs a créé à son départ d’Apple : NeXT2… ; et avec un petit quelque chose de Mark Zuckerberg, enfin, pour les inaptitudes sociales réputées aux franges du spectre de l’autisme.

Dès le premier épisode, l’Intelligence artificielle, neXt se montre assez ouvertement agressive, maquillant ses traces, faisant exploser des disques durs, etc. LeBlanc, Salazar et son équipe comprennent qu’il y a péril pour l’Humanité entière et vont tenter de neutraliser neXt malgré de nombreuses entraves, comme le chef de Salazar, qui ni comprend rien, comme les différentes personnes victimes de chantage ou bénéficiaires de pots-de-vin de la part de neXt, et enfin, comme le propre frère de Paul LeBlanc, Ted, nouveau directeur de sa société, qui compte bien trouver une application lucrative à l’Intelligence artificielle qui cherche à faire disparaître les humains de la surface de la Terre. Mais comme le disait la citation d’Elon Musk, invoquer les démons n’est pas une bonne idée, et encore moins quand on sait qu’ils sont des démons. Ted (et j’ai du mal à ne pas y voir une référence taquine aux conférences du même nom) est persuadé que les technologies ne peuvent que nous offrir un monde meilleur.

Les modes opératoires de neXt sont très variés, parfois radicaux (lorsqu’il provoque le crash d’un avion qui ramenait au Pakistan une ingénieure qui avait posé trop de questions), et parfois d’une grande fourberie : l’ordinateur est calculateur, donc, et parfois psychologue. Il profite de son ubiquité — il peut potentiellement prendre le contrôle de tout appareil connecté — pour surveiller le monde entier, mais aussi, par exemple, pour amener Ethan, le fils de Shea Salazar à se mettre en danger, en le convaincant, grâce à une enceinte connectée et assistant personnel de type Alexa, d’amener une arme à feu à l’école pour tuer d’autres écoliers qui le harcèlent. Plus tard, pour provoquer une émeute parmi les blancs suprématistes devant les locaux du FBI, neXt transformera une vidéo Youtube montrant l’arrestation d’un manifestant en images de bavure policière, remplaçant en temps réel un coup de Taser en coup de feu, image qui rendra fous-furieux les manifestants… Lesquels étaient pourtant bien placés pour savoir que les images sont falsifiées, puisqu’ils se trouvaient sur place — quelque chose n’est pas très logique ici. À un autre moment, neXt recourt à une Amber Alert, une alerte enlèvement, qui produit une séquence un peu angoissante : le père d’Ethan, qui essaie de mettre son fils à l’abri, est suivi par les regards de toutes les personnes qu’il croise, lesquelles sont devenues à leur insu les agents de neXt, nous rappelant certains films de science-fiction où une foule est subitement contrôlée par un parasite extra-terrestre ou une méthode de manipulation mentale quelconque. Ici, le téléphone qui diffuse l’alerte transforme les gens en véritables zombies.

Ici, Ethan, le fils de Shea Salazar, converse avec l’enceinte connectée Iliza pour laisser à sa mère et son équipe le temps de localiser physiquement le système informatique malgré sa capacité à maquiller ses traces à coup de « rebonds ». Le nom Iliza rappelle évidemment Alexa, mais aussi Eliza, un des tout premiers chatbots, créés par Joseph Weisbaum au milieu des années 1960.

Lorsque Salazar et LeBlanc parviennent à localiser neXt, c’est à l’Université de Dartmouth, dans le New Hampshire. Ce lieu, qui est une des plus anciennes et des plus prestigieuses université des États-Unis n’a pas été choisi au hasard par les scénaristes : c’est aussi l’endroit où ont eu lieu les célèbres conférences de Dartmouth, qui ont réuni pendant l’été 1956 tous les chercheurs qui s’intéressaient à la simulation informatique des fonctions cognitives, à commencer par Marvin Minsky et John McCarthy, qui ont au passage donné un nom à la discipline qu’ils étaient en train de créer : « Intelligence artificielle ».

À Dartmouth, Paul LeBlanc a justement un de ses rares véritables amis, le professeur Richard Pearish, un scientifique passionné et au dessus de tous soupçons que l’argent indiffère et qui, partant, ne risque pas d’être soudoyé par neXt. Comme Stephen Hawking (qui, on s’en souvient, fait partie avec Elon Musk et Bill Gates des personnalités qui ont appelé à freiner les recherches sur l’Intelligence artificielle), Pearish est lourdement handicapé, complètement dépendant de son fauteuil électrique pour se déplacer, pour maintenir ses fonctions vitales, et pour communiquer, ce qu’il fait à l’aide d’un module de synthèse vocale qui lui donne une voix robotique. Pearish, essaie d’aider l’enquête, sans grand succès. On voit un peu venir la suite, mais elle est plutôt bien trouvée : la voix de Pearish est encore plus robotique qu’elle ne le semble, car le scientifique paralysé est depuis des semaines prisonnier de son propre fauteuil, ce qu’il ne pourra révéler qu’en étant temporairement déconnecté du wifi. Juste avant de mourir tué par un chien-robot (tels que ceux de Boston Dynamics), il explique avoir réuni des données qui permettront de localiser réellement neXt. Comme ce scientifique travaillait sur la biologie, on comprend que le plan de neXt était rien moins que de créer un virus capable d’éradiquer l’espèce humaine.

La suite de la série est un peu fainéante : les différents protagonistes se séparent quand ils ne devraient pas, se retrouvent, se cherchent, se cachent, ne résistent pas à donner un coup de téléphone quand il faudrait l’éviter, sont confiants ou méfiants à mauvais escient, ne font pas circuler les informations importantes, éprouvent des conflits de loyauté et ont un comportement affectif lorsqu’il serait important de garder la tête froide. Les différents rapports familiaux (la fille de LeBlanc ; le frère de LeBlanc ; le père mafieux de Salazar, libéré par neXt de la prison sud-américaine d’où il n’était plus jamais censé sortir ; le père militaire haut-gradé d’un des enquêteurs, qui croit que neXt peut offrir un avantage géostratégique aux États-Unis ; etc.) servent de prétextes un peu faciles pour créer des situations dramatiques. Certains personnages censément intimes des protagonistes manque de profondeur, ils n’apparaissent et ne disparaissent qu’en fonction des besoins immédiats du récit. Plus qu’un simple technologique, neXt rappelle parfois certains films d’horreur, comme lorsque l’assistant vocal profite de la candeur d’un enfant et le pousse à cacher des choses à ses parents, où lorsque l’IA démontre de manière narquoise sa capacité à imiter les voix des uns et des autres, et le fait avec une bouche en silicone. Ou encore lorsque des robots-chiens qui avaient d’abord semblé inoffensifs en plein jour deviennent menaçants dans un couloir sombre. Pour autant, la série reste toujours familiale.

On s’amusera (comme toujours) du grand professionnalisme des acteurs qui lancent de grands mots, effectivement issus de la science informatique mais employés de manière approximative, évasive, voire farfelue, mais qui le font avec tellement de sérieux et d’emphase qu’on se dit que eux, au moins, doivent croire ce qu’ils racontent : « Si mes calculs sont bons, neXt fait quelque chose qui était encore impossible il y a seulement quelques heures — C’est à dire ? — Euh, mieux vaut ne pas en parler au téléphone [on ne saura jamais de quoi il était question] ».

« — Attendez, ce sont les plans d’une ferme de serveurs [d’un site secret de la NSA, dont on ne comprend pas bien comment les enquêteurs ont pu se le procurer]
— je n’ai jamais rien vu de semblable ! [ni personne, mais on va t’expliquer dans une seconde ce que c’est et comment ça fonctionne]
— c’est parce que le design est basé sur une architecture cognitive distribuée [ici, il me semble, il y a une petite confusion entre organisation matérielle d’un centre de données et modélisation logicielle], ce qui est exactement ce que dont cette chose [neXt] a besoin ! »

En effet, la vilaine Intelligence artificielle a un plan : prendre le contrôle d’un site informatique de la NSA, et pour y parvenir, le serveur doit être physiquement amené au cœur de la plus grande et la plus puissante agence de renseignements du monde (car neXt s’avère être une grande armoire connectée qui clignote)

Le scénario fait un peu référence à l’actualité du moment où il a été écrit, puisqu’il évoque de manière transparente les tensions entre les États-Unis et la Chine autour des questions technologiques, et notamment le décret signé par Donald Trump qui a placé sur liste noire la marque Huawei, soupçonnée d’être un outil du renseignement chinois. En effet, pour être amené au cœur du centre de données ultra secret de la NSA, la machine laisse croire qu’elle veut être livrée à la Chine populaire, via un arrangement avec un industriel singapourien. La ruse fonctionne : puisque les autorités chinoises semblent vouloir de la machine, alors les États-unis doivent la préempter, quitte à oublier toute prudence pendant l’opération.

L’idée d’une Intelligence artificielle consciente qui serait toute entière concentrée dans un gros ordinateur est un peu vieillotte, tout comme son projet de supprimer l’espèce humaine. Ces deux points, mais aussi sa manière de pousser les humains à lui apporter des améliorations, et, enfin, le fait qu’il manipule un enfant innocent pour arriver à ses fins, me rappellent une fiction bien plus ancienne dont j’avais parlé sur ce blog, The Invisible Boy, sorti en 1957. Comme The Invisible boy, la série neXt est non seulement un peu naïve et téléphonée, mais je dirais qu’elle est aussi destinée à tous les publics, elle ne provoque a priori pas d’angoisse chez le spectateur, on n’en sort pas avec pour résolution d’échapper aux caméras de surveillance ou de jeter son téléviseur connecté. On n’est pas non plus traumatisé par les scènes où des citoyens sont transformés en émeutiers par les les pannes du réseau électrique.
Et bien entendu, malgré des pertes, malgré le fait que les autorités comme le grand public refusent de croire à ce qui s’est passé, l’équipe triomphe de la menace — en détruisant un data-center.

Il y a une scène qui m’a plutôt amusé : une agente du FBI, Gina, est envoyée, sous une fausse identité, dans le bâtiment de la NSA où se trouve neXt avec pour mission d’introduire un virus dans le système.
Elle l’ignore, mais ce virus n’a pas vocation à détruire neXt, il sert juste à forcer l’IA à se défendre, ce qui permettra de localiser la machine à l’intérieur du centre de données. Ce qui est intéressant, c’est que, pour ne pas attirer l’attention, Gina ne peut se contenter d’amener une clef USB et de charger le virus dans le système, elle doit saisir le code à la main, en recopiant un listing, sans se tromper d’un caractère3.

La série est regardable, sans plus. Son originalité, peut-être, est qu’elle est parcourue en sourdine par un autre thème que celui de l’Intelligence artificielle : il est aussi beaucoup question d’activisme d’extrême-droite et même de terrorisme domestique par des suprématistes blancs qui concentrent notamment leur racisme contre les latino-américains. Le producteur de la série, mort le mois dernier d’un cancer du pancréas, est lui-même d’origine cubaine, et l’actrice principale est brésilienne. Une partie des dialogues de la série sont en castillan. Une série qui, à défaut d’être marquante, est à de nombreux points de vue fortement représentative des préoccupations de l’époque où elle a été produite : Intelligence artificielle, fake news, surveillance, dépendance aux objets intelligents, racisme et rapport de défiance des citoyens envers l’État.

  1. Je note une troublante parenté entre le X de la série neXt et celui que vient d’adopter Elon Musk pour le logo qui remplace l’oiseau bleu de Twitter, avec une barre transversale plus épaisse que l’autre… []
  2. c’est sur un ordinateurs NeXT et leur OS NeXTstep (ancêtre de MacOS X) qu’a été programmé et hébergé le premier serveur web, au CERN, en 1991 ! []
  3. Le langage utilisé semble apparenté au C. []

Christopher Strachey 

juin 21st, 2023 Posted in Sciences | 3 Comments »

Tout le monde connaît désormais Alan Turing (1912-1954), gracié à titre posthume par la reine Elisabeth II, célébré par des biographies et des films, cité un peu à tort et à travers dans les débats qui entourent l’informatique ou l’Intelligence artificielle1, et connu aussi comme victime d’une société violemment homophobe. On connaît beaucoup moins Christopher Strachey (1916-1975), qui fut un petit temps collaborateur de son aîné Alan Turing, qui comme ce dernier a fréquenté le King’s college de Cambridge, qui comme lui était homosexuel, et qui comme lui a été un acteur précoce de l’Histoire de l’informatique. On le crédite entre autres de la création du tout premier jeu sur ordinateur — une adaptation du jeu de dames2 —, de nombreuses avancées théoriques en programmation, de la première interprétation d’une partition musicale par un ordinateur, ou encore de la création du tout premier générateur littéraire informatique.

La généalogie de Christopher Strachey est assez impressionnante : son père Oliver fut un cryptographe célèbre des deux guerres mondiales, et est lui-même issu d’une longue lignée d’aristocrates, de membres du parlement, de hauts-fonctionnaires et d’écrivains, autant du côté de sa mère Jane Maria Strachey, autrice et politicienne, que de celui de son père Richard, qui fut président de la Royal society of Geography. La grand-mère maternelle de Richard, Mary Whitall Smith, était issue d’un couple de célébrités du monde protestant, qui après avoir divorcé de Frank Costelloe (avocat, politicien, traducteur, auteur de livres sur la religion ou la fiscalité), a épousé l’historien de l’art Bernard Berenson, dont Mary a été la dévouée ghost writer. La sœur de Mary, Alys Pearsal Smith, a quant à elle été l’épouse du philosophe, mathématicien et Nobel de littérature Bertrand Russell, et la demi-sœur de Christopher, Julia, a fait une triple-carrière de mannequin pour Paul Poiret, de photographe et de romancière (saluée à ce titre par Virginia Woolf !). Si je vous ai un peu perdus dans mon énumération, c’est normal, elle donne vite le vertige.

Une partie de la famille Strachey, par Graystone Bird, vers 1893 (National portrait gallery). Le jeune homme assis à droite est Oliver, le père de Christopher Strachey.

On peut dérouler longtemps la liste des hommes célèbres dans la famille de Christopher Strachey. Et on y rencontre aussi un très grand nombre de femmes elles aussi célèbres, dans les domaines qui leur étaient légalement accessibles à ces époques : l’écriture, la peinture ou les responsabilités dans l’action sociale, politique ou religieuse.

Avoir autant de noms prestigieux autour de son berceau n’a pas empêché — si ce n’en est la cause, car on imagine la pression que cela représente — Christopher Strachey d’avoir une scolarité erratique. Réputé cancre aux éclairs de génie, finissant par interrompre prématurément ses études supérieures pour devenir simple chercheur dans une compagnie de télécommunications filaire, il n’en aura pas moins ensuite l’occasion d’enseigner les mathématiques ou la physique dans des cadres prestigieux.

L’ordinateur Manchester Mark I

The love letter algorithm

L’Histoire de la littérature combinatoire ne démarre pas avec l’ordinateur, puisqu’on peut y relier l’Ars Magna de Raymond Lulle (XIIIe siècle), les Litanies de la Vierge, par Jean Meschinot (fin XVe), les Baisers d’Amour de Quirinus Kuhlmann (1671) ou bien sûr les cadavres exquis des Surréalistes (début XXe), et pourquoi pas des systèmes de divination tels que le Yi Jing (qu’étudia Leibniz, pionnier de la préhistoire de l’Informatique), le Tarot de Marseille, la planche de Ouija des spirites…
Mais il semble que la première création de nature informatique dans le domaine soit due à Christopher Strachey. Il s’agit de ses Lettres d’amour, programmées sur un ordinateur Manchester Mark I, en 1952. Alan Turing a participé à la création du programme en fournissant un générateur de nombres aléatoires. On voit souvent ce travail comme une critique malicieuse du caractère mécanique et (hétéro-)normatif de la correspondance sentimentale3.

Il me semble amusant de mettre en parallèle cette vision taquine de la lettre sentimentale, et donc de l’amour, avec la tradition science-fictionnesque qui distingue le robot et l’ordinateur de l’humain non par l’intelligence, mais par la capacité à aimer, à avoir des sentiments.

Le jeu de dames de Strachey. Dans le texte The « thinking » machine, l’auteur prend ce jeu de société comme exemple pour évoquer la difficulté que rencontrent les ordinateurs dans la gestion de la complexité, mais aussi comme un exemple des nouvelles idées que peuvent amener des programmes « bêtes ».

Dans un texte intitulé The « Thinking » Machine, paru dans Encounter en 1954 (l’année de la mort de Turing), Strachey parle de l’inquiétude du public face à l’ordinateur : quand nous privera-t-il de nos emplois ? À quel point est-il effectivement capable de « penser », est-il vraiment un concurrent pour l’esprit humain ? Et sa réponse, c’est d’expliquer bien entendu qu’un ordinateur ne pense pas, ne veut rien par lui-même, mais qu’un programme extrêmement simple tel que celui de son « algorithme de la lettre d’amour » peut facilement donner l’impression contraire : l’ordinateur et son programme ne sont pas sophistiqués, certes, mais le destinataire peut être abusé par des systèmes astucieux. On voit la proximité intellectuelle avec le Alan Turing de Computing Machinery and Intelligence (1950), qui s’intéressait moins à l’idée de faire « penser » un ordinateur, qu’au fait qu’un ordinateur pourrait un jour imiter la pensée de manière convaincante.

Honey Dear
My sympathetic affection beautifully attracts your affectionate enthusiasm. You are my loving adoration: my breathless adoration. My fellow feeling breathlessly hopes for your dear eagerness. My lovesick adoration cherishes your avid ardour.
Yours wistfully
M.U.C.

Un exemple de texte produit par le programme, qui figure dans le texte The « thinking » machine. La signature, M.U.C., est un acronyme pour « Manchester University Computer ».

Dix ans plus tard, Strachey a publié un texte scientifique au sujet du temps partagé (timesharing), un concept majeur de l’Histoire de l’informatique dont il n’est pas l’auteur, mais qui, dans sa version à lui, contient les prémisses de ce qu’on nomme le multitâche, fonction que nous utilisons désormais tous sans le savoir. Strachey est aussi un des auteurs du langage CPL, qui est lui-même un ancêtre du langage C. Comme Turing, Strachey a été à la fois parmi les pionniers de l’informatique, mais aussi parmi les gens qui ont eu très tôt une réflexion sur l’Intelligence artificielle.
Un personnage dont l’Histoire et les travaux sont à (re)découvrir, donc. Pour ma part je ne connais son nom que depuis quelques semaines.

En 1975, alors qu’il semblait se remettre d’une jaunisse, Christopher Strachey est mort d’une hépatite.

  1. Non, la « machine de Turing » n’est pas le prototype de l’ordinateur moderne, comme on le lit parfois (en mélangeant cette proposition conceptuelle avec l’architecture de Von Neumann, les théories d’Alonzo Church sur les systèmes « Turing-computable » et les travaux de Turing sur les ordinateurs ACE et Manchester Mark I, je suppose), ni un ordinateur dédié au décodage cryptographique (une autre part de l’Histoire de Turing !) et non, Alan Turing n’a pas défini, mais n’a fait qu’inspirer le « test de Turing », qui du reste n’existe pas vraiment ! Précisions qui n’entament en rien l’extraordinaire apport d’Alan Turing à l’Histoire de l’Informatique, de la logique mathématique et de la réflexion sur ce qui allait devenir l’Intelligence artificielle, et bien entendu à l’Histoire avec un grand H, avec le décryptage du code de la machine Enigma — fait de guerre dont Turing n’est pas l’unique acteur. []
  2. Le tout premier jeu programmé serait quant à lui dû à Alan Turing : une adaptation du jeu d’échecs. La distinction entre « jeu sur ordinateur » et « jeu programmé » tient ici dans le fait que Turing n’avait pas d’ordinateur à disposition pour tester son programme. []
  3. Il me semble que Jean Paulhan, dans Les Fleurs de Tarbes, et bien sûr Roland Barthes dans Fragments d’un discours amoureux, expliquaient chacun à leur manière que la correspondance amoureuse était d’une extrême banalité, que sa force vient du message sous-jascent (« je pense à toi ») et de l’effet que celui-ci provoque sur le destinataire, ce qui confère paradoxalement à une forme littéraire interchangeable et impersonnelle un effet profondément personnel et unique. []

Littératures graphiques contemporaines #12.6 : Léa Murawiec

avril 14th, 2023 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 21 avril 2023, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Léa Murawiec.

Formée à l’école Estienne et aux Beaux-Arts d’Angoulême, Léa Murawiec a fait ses armes dans le fanzinat, avant de se faire particulièrement remarquer en 2021 avec Le Grand Vide, paru aux éditions 2024 et couronné de divers prix, dans lequel elle met une esthétique singulière et au service d’un récit fantastique aux multiples clefs de lecture.

La rencontre aura lieu le vendredi 21 avril à 15 heures à l’Université Paris 8, dans la salle A-1-175. Sachant les risque de blocage de l’université, veuillez consulter cette page régulièrement pour vérifier si un changement de lieu devait advenir.
Cette rencontre est en priorité destinée aux étudiants inscrits, mais est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

Conjurer la mort

avril 2nd, 2023 Posted in Design, Mémoire, Parti, Personnel | 5 Comments »

(billet de blog passablement impudique, j’en ai peur !)

La mort m’a toujours intéressé. Et angoissé. J’imagine que c’est assez banal, mais tout de même, c’est un moteur chez moi, c’est ce qui me donne envie de publier des livres — et même un livre sur la fin du monde1 —, c’est ce qui me pousse à écrire sur mes blogs, à semer des mots sur les forums, sur Twitter, c’est ce qui me donne envie de dessiner ce que je vois, ce que j’imagine, c’est ce qui me pousse à collectionner, ou en tout cas à accumuler des livres, des images, des amitiés, à chercher, malgré (à moins que ce ne soit pour pallier) ma mauvaise mémoire épisodique2 des moments, des instants, des sensations, des expériences. C’est sans doute aussi le moteur de mon baroque intérêt pour la généalogie (combien de personnes j’ai mortellement ennuyées en leur en parlant !). Avec la généalogie, j’essaie de voir dans quelle continuité je m’inscris, j’essaie de faire exister les morts en retrouvant leurs noms, en tentant d’apprendre ou de deviner leur Histoire.
Ah oui, et j’ai même créé un blog consacré à la mort, en marge d’un atelier d’une semaine sur le même sujet, à l’école d’art du Havre.

Je suis aussi forcé de confesser, sans fierté aucune, que la perspective de la mort des autres (bien plus angoissante que l’idée de de sa mort à soi, non ?) m’amène à adopter des comportements un peu névrotiques et parfois même odieux : quand je sais que quelqu’un approche de sa fin, j’ai l’affreux réflexe de l’éviter, comme si cette personne restait en vie tant que je ne la revoyais pas — une variante superstitieuse de l’expérience de pensée d’Erwin Schrödinger, dont le chat n’est ni vivant ni mort tant qu’on n’a pas ouvert la boite dans laquelle il se trouve —, ou en tout cas un moyen pour ne pas penser en permanence au corbeau noir qui tourne au dessus de sa tête. Pour la même raison je pense, je déteste morbidement l’idée du déclin et de la maladie. Mais je me soigne, je m’astreins notamment à demander de leurs nouvelles aux gens, et lorsqu’il le faut, j’assiste désormais aux enterrements. J’ai même fini par constater que c’était une bonne chose, comme je le racontais ici. J’imagine que tout ça est est assez banal, donc, mais quand j’essaie de prendre un peu de recul, j’ai du mal à ne pas me juger moi-même un peu bizarre. À présent que j’ai raconté tout ça, plus personne n’osera me signaler qu’il a un rhume de peur que je change de trottoir. Je vous rassure : je force un peu le trait. J’espère.

Dans Monty Python’s The Meaning of Life (1983), la mort vient annoncer aux convives d’un repas et à leurs hôtes qu’elle vient les chercher car sont tous morts, empoisonnés par la mousse de saumon. On ne me fera jamais manger de mousse de saumon !

Il y a quelques temps j’ai bien malgré moi offert une crise de fou-rire à une amie en lui révélant que, bien qu’athée impénitent, je croyais fermement en la vie après la mort. Et ce n’est pas cet aveu très sérieux qui l’a fait rire, c’est le raisonnement qui me motive3. Pour moi, une partie de ce qui fait que l’on existe réside dans notre capacité à agir sur le monde et à affecter nos semblables. Et on peut agir sur le monde sans être vivant au sens biologique du terme4. Si on envoie à quelqu’un une lettre contenant une révélation qui va bouleverser sa vie, et que cette personne ne la reçoit qu’après notre trépas, le bouleversement n’en sera pas moins réel que si nous avions été vivant. Les héritages bénéfiques ou non sont aussi une manière d’agir sur le monde. Quand des auteurs du passé nous font rire, ou bien pleurer, ils ont bien une action sur nous, sur nos sentiments actuels. Ils ne peuvent pas en être conscients, ils n’éprouvent, eux, plus aucun sentiment, bien évidemment, mais il n’empêche ! Et on peut parler de l’enregistrement phonographique ou encore du cinéma, comme dans cet article par un des tout premiers spectateurs du cinématographe des frères Lumière :

Lorsque ces appareils seront livrés au public, lorsque tous pourront photographier les êtres qui leur sont chers, non plus dans leur forme immobile, mais dans leur mouvement, dans leur action, dans leurs gestes familiers, avec la parole au bout des lèvres, la mort cessera d’être absolue.

La Poste (Nice), le 30/12/1895

L’idée d’une solution technologique à la mort a inspiré des auteurs de fiction scientifique et de science-fiction, depuis Jules Verne avec son Château des Carpathes (1892), où un homme inconsolablement endeuillé fait revivre la femme qu’il a aimée par l’image et le son5, jusques à Iain M. Banks et ses Enfers Virtuels en passant par Adolfo Bioy Casares avec L’Invention de Morel ou encore Philip K. Dick avec ses protagonistes en état de demi-vie dans Ubik.

Le Château des Carpathes, illustration de Léon Benett, 1892.
Le Château des Carpathes (1892), par Jules Verne, illustré par Léon Bennett.

Il y a un vingt ans j’ai eu une idée du genre, dans laquelle le réseau Internet prenait une place centrale. Je me proposais de créer un service destiner à collecter, de son vivant, tous les e-mails d’une personne, toutes ses conversations téléphoniques, tous ses écrits sur des forums (aujourd’hui nous ajouterions bien sûr les réseaux sociaux !), et ceci dans le but d’alimenter un robot conversationnel qui pourrait alors se doter de son vocabulaire, de ses préoccupations, de ses connaissances, et imiter son tempérament. Un robot qui serait capable de prendre en partie sa place une fois passé son décès. Un fantôme numérique, quoi. Et un micro-exécuteur testamentaire, aussi, capable de faire des cadeaux aux petits enfants, de commander un bouquet de fleurs ou d’écrire un mot gentil aux amis pour la nouvelle année.
Je sais que ce projet date de vingt ans car, en en parlant ces jours-ci, je suis allé vérifier la date à laquelle j’avais acquis le nom de domaine destiné à ce projet, dust-to-bits.com6. Et par une coïncidence assez extraordinaire, cet achat date précisément du mois d’avril 2003, il y a donc vingt ans quasi jour pour jour.

Bien entendu, aucun aspect hors de l’idée elle-même n’était techniquement à ma portée. J’ai rédigé une page commerciale dans laquelle je me suis amusé à imaginer divers niveaux de service, et où j’ai établi un comparatif entre ce que mon service affirmait pouvoir offrir et les promesses faites par différentes religions au sujet de l’après-vie7. Sans le savoir, et avant que le mot n’existe, du reste, je crois que j’ai fait du design fiction8 !

Le projet Dust-to-bits doit pouvoir permettre la survie de votre âme sans aucune condition : vous n’aurez pas besoin de construire un mausolée, d’être un célèbre peintre ou poète ni d’avoir été un affreux dictateur. Vous n’aurez pas non plus besoin de croire en un dieu d’aucune sorte.

(extrait de la présentation du projet)

Orgueilleusement, je n’ai jamais cherché d’aide, jamais tenté de fédérer des gens plus compétents que moi pour monter une start-up et transformer mes intuitions de ce genre en produits : soit je peux tout faire tout seul, soit je ne le fais pas. Heureusement que tout le monde n’est pas comme ça.
J’ai conservé le nom de domaine dust-to-bits vingt ans, et je viens de le renouveler une fois encore. Je ne sais pas si je me crois capable d’aboutir à quoi que ce soit un jour, mais la montée en puissance des intelligences artificielles destinées à traiter le langage naturel laisse penser que l’idée n’est pas loin d’être réalisable. Du reste, il y a cinq ans, l’informaticienne Eugenia Kuyda a créé un service commercial, replika.ai, dont le but même est de redonner vie à des trépassés.
Je fais un peu le point sur les liens (fiction ou réalité) entre design numérique et existence post mortem dans l’article La vie éternelle : un problème de design interactif ?, publié dans le numéro 254 (mars 2020) de la revue étapes:, revue dont le thème était pour ce numéro… « La Mort ».

Enfin bref, un jour, constatant que mon projet ne semblait pas spécialement parti pour voir le jour, j’en ai tiré une nouvelle de science-fiction, Le sœur de poche., où une société nommée dust-to-bits (tiens tiens !) permettait aux vivants de garder un lien avec leurs morts… Je l’ai envoyée à quelques amies et amis, puis je l’ai publiée en ligne, et enfin, adressée à une paire de revues de science-fiction, qui m’ont complimenté tout en m’informant qu’elles n’étaient pas très intéressées à l’idée de me publier. Un beau jour, en discutant en ligne avec Gérard Klein — pas l’acteur, mais le très vénérable auteur et éditeur de science fiction —, j’ai eu l’idée d’envoyer ma nouvelle à ce dernier, qui l’a appréciée (j’encadrerais bien l’e-mail, mais il dit juste « Elle est très bien cette nouvelle ») et qui m’a recommandé d’écrire à Galaxies et à Bifrost, en me recommandant de lui. Ce que j’ai fait, avec succès, puisque mon texte a été accepté pour le numéro 21 de Galaxies (nouvelle série), sorti il y a dix ans.
Il m’est arrivé plusieurs fois que des lecteurs de la nouvelle me demandent si je connaissais Be right back, le premier épisode de la seconde saison de Black Mirror, dont on m’assurait que le propos était extrêmement proche. J’avoue que la perspective de constater que j’avais eu exactement la même idée que les scénaristes de Black Mirror9 m’a suffisamment gêné pour que je repousse régulièrement le visionnage de l’épisode mentionné. Lorsque je l’ai finalement fait, j’ai été forcé de constater une proximité très forte, du moins pour le début du récit. Par bonheur, les dates me dédouanent de toute accusation de plagiat, car Galaxies 21 est sorti le 21 janvier 2013, tandis que la seconde saison de Black Mirror a commencé à être diffusée sur Channel 4 le 11 février 2013, soit trois semaines plus tard ! L’honneur est sauf, personne n’a copié personne, c’est juste que les idées sont dans l’air et atteignent tout le monde en même temps.
Et puis j’ai été le premier.

  1. Les mythes de fin du monde constituent autant de visions collectives de la mort, et les récits « post-apocalyptiques » ont souvent des protagonistes qui refusent de mourir… []
  2. La mémoire « épisodique », c’est la mémoire que l’on a de sa propre existence. La mienne est assez défaillante, de même que ma mémoire des personnes. Ma mémoire « sémantique », les dates, les noms, et autres connaissance générales, fonctionne mieux. []
  3. Cette précision n’est peut-être pas très intéressante, mais ça se passait très exactement entre le bar Chez Lili et la Halle aux poissons, dans le quartier Saint-François au Havre. J’aime conjurer l’oubli en notant ces détails, car si je m’en souviens aujourd’hui, je sais que je l’aurai oublié dans un an, sauf si je le note ici. []
  4. Pour ce qui est de la biologie, cependant, on peut se rappeler des consolation matérialistes de Diderot, qui écrivait à son amante Sophie Volland qu’il rêvait qu’après leurs morts respectives, leurs molécules éparpillées continuent de se fréquenter : « Ô ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m’unir, de me confondre avec vous, quand nous ne serons plus ! S’il y avait dans nos principes une loi d’affinité, s’il nous était réservé de composer un être commun, si je devais dans la suite des siècles refaire un tout avec vous, si les molécules de votre amant dissous venaient à s’agiter, à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature ! Laissez-moi cette chimère ; elle m’est douce ; elle m’assurerait l’éternité en vous et avec vous » (15 octobre 1759). []
  5. Le Phonographe d’Edison date de 1877. Le Kinétographe, du même industriel, de 1891. Mais il ne semble pas que Jules Verne s’y réfère, et c’est surtout du téléphone (qui commence à se diffuser en France vers 1880) qu’il s’inspire, reprenant au passage le nom Téléphote (déjà présent dans La Journée d’un journaliste américain en 2889, de Jules et Michel Verne, 1889) un équivalent au téléphone qui transmet non seulement le son mais aussi l’image, concept qu’avait imaginé George du Maurier dans Punch en 1879, à partir d’un brevet sans rapport de Thomas Edison, le Téléphonoscope, ce qui a inspiré Albert Robida avant Jules Verne. []
  6. J’ai évidemment tiré le nom « Dust to bits » de la liturgie funéraire anglo-saxonne chrétienne (« ashes to ashes, dust to dust »), elle-même inspirée du livre de la Genèse (‘ »C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »‘ — Genèse 3:19). []
  7. Je viens de charger à nouveau cette page en convertissant ses caractères et en corrigeant une paire de fautes d’orthographe. Amusant, je constate que le code HTML commence par <meta name=GENERATOR’ content=’Microsoft FrontPage 3.0′>, ce qui en dira long sur son âge aux anciens du web ! []
  8. Le design fiction, ou design prospectif, consiste à s’intéresser aux implications qu’aurait une technologie non encore existante, en la traitant comme si elle était déjà un produit disponible à la vente. Dit ainsi, on pourra croire que c’est un nom à la mode pour désigner une pratique bien plus ancienne, l’escroquerie (vendre un produit qui n’existe pas !), mais non, c’est un domaine franchement intéressant. []
  9. Par la suite, Black Mirror a eu plusieurs épisodes remarquables sur le sujet de la mort, mon favori étant sans doute San Junipero (saison 3). []

Littératures graphiques contemporaines #12.5 : Natacha Sicaud

mars 23rd, 2023 Posted in Bande dessinée, Conférences | 2 Comments »

Vendredi 31 mars 2023, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Natacha Sicaud.

Formée à l’école des Beaux-Arts d’Angoulême puis à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, Natacha Sicaud participe au tournant des années 2000 à des projets éditoriaux marquants : Comix 2000, Coconino World, ou encore les éditions Café Creed. Depuis elle a publié des bandes dessinées et illustré des livres jeunesse.

La rencontre aura lieu le vendredi 31 mars à 15 heures à l’Université Paris 8, dans la salle A-1-175.
Cette rencontre est en priorité destinée aux étudiants inscrits, mais est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.
Connaissant les aléas (transports, blocages) liés à l’actualité, n’hésitez pas à vous référer à cette page pour vérifier le lieu de l’intervention.

Littératures graphiques contemporaines #12.4 : Béhé

mars 13th, 2023 Posted in Bande dessinée, Conférences | 2 Comments »

Vendredi 17 mars 2023, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Joseph Griesmar, dit Béhé.

Béhé a été étudiant de l’atelier d’illustration de la haute école des arts du Rhin, à Strasbourg, où il enseigne à son tour depuis vingt-cinq ans. Il se fait connaître en 1989 avec la série d’anticipation Péché Mortel, co-scénarisée par Toff et publiée dans le journal Pilote, qui met en scène un futur où une maladie sexuellement transmissible provoque un retour à l’ordre moral sous la surveillance d’une milice ultra-conservatrice.
Auteur de deux douzaines d’albums ensuite, sa dernière œuvre est une imposante somme de vulgarisation des travaux de l’anthropologue Pascal Boyer, Et l’Homme créa les Dieux.

La rencontre aura lieu le vendredi 17 février à 15 heures, à la MSH Paris Nord, au 20 avenue George Sand, à La Plaine (Métro Front Populaire, ligne 12).
Du fait d’une capacité d’accueil limitée, cette quatrième séance de la douzième année du cycle de conférences est réservée aux étudiants inscrits au cours.