Profitez-en, après celui là c'est fini

Littératures graphiques contemporaines #10.6 : Sophie Guerrive

avril 12th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 16 avril 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Sophie Guerrive.

Née en 1983 à Marseille, Sophie Guerrive a étudié les arts à l’Université d’Aix-en-Provence, puis a intégré l’atelier d’illustration de l’école des arts décoratifs de Strasbourg. Son œuvre, où elle revendique l’influence du comic-strip international (Mafalda, Calvin & Hobbes, Peanuts), tire entre autres ses sources visuelles de l’enluminure médiévale ou persane, et de l’art asiatique. Elle y développe un univers à la fois léger et profond, fantaisiste et philosophique.

La rencontre aura lieu le vendredi 16 avril à 15 heures, en visioconférence. Cette quatrième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10.5 : Mélaka

avril 2nd, 2021 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 9 avril 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Mélaka.

Née en 1977, Mélanie Karali est une autrice de bande dessinée. Issue d’une famille d’artistes, elle s’est occupée pendant vingt ans du Psikopat, un des derniers magazines de bandes dessinée diffusés en kiosque, créé par son père, Paul Carali. Après l’ultime numéro de ce journal, en 2019, Mélaka a créé le webzine satirique Mazette avec son époux, Reno — le dessinateur, entre autre, d’Aquablue, chez Delcourt. À côté de son activité de responsable de presse, elle a fait partie de la génération des blogueurs-bd au début des années 2000, ce qui l’a notamment amenée à être marraine de la toute première édition du Festiblog, en 2005. Depuis le village du Tarn où elle s’est installée, elle continue de publier des notes de blog, mais aussi des albums. Le dernier en date, Sous les bouclettes, raconte les ultimes années de sa mère, l’autrice Gudule/Anne Duguël.

La rencontre aura lieu le vendredi 9 avril à 15 heures, en visioconférence. Cette cinquième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
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Ce qu’on s’amusait ! (1951)

mars 26th, 2021 Posted in publication électronique, Vintage | No Comments »

L’enseignement à distance, l’enseignement assisté par des dispositifs électroniques, la disparition du papier, l’apprentissage en autonomie, tout ça sont des idées avec lesquelles on joue depuis bien longtemps mais qui ont gagné une forte actualité pendant toute l’année écoulée, avec la fermeture temporaire des écoles, des universités et des activités parascolaires, événements qui ont rendu banal l’emploi de l’adjectif et même parfois substantif « distanciel » — utilisions-nous seulement ce mot avant 2020 ? J’ai oublié. C’est l’occasion de lire ou de relire une courte nouvelle d’Isaac Asimov sur le sujet, The Fun They Had, qui s’inscrit dans une longue tradition (les premières occurrences que j’ai en tête datent du XIXe siècle) de prédictions consacrées au devenir technologique de l’apprentissage scolaire.

High School 2021 AD, dans Betty #46, février 1997 (Archie Comics, scénario George Gladir, illustré par Stan Goldberg et Mike Esposito). Avec une surprenante exactitude, le scénariste prédisait qu’en 2021, on ferait la classe en visioconférence. C’est ici présenté comme une chance : pas besoin de s’embêter à aller à l’école… On notera la pancarte signalant que le « video monitor » doit toujours être découvert (petite confusion entre caméra et écran ?), et on notera l’inquiétant œil qui, comme l’œil de Dieu, fixe… Le lecteur. Si les protagonistes semblent charmés par cette forme d’école, les auteurs nous préviennent de manière plus ou moins subliminale des problèmes de surveillance et de vie privée que pose la situation.

The Fun They Had (1951) a été publié dans un journal pour enfants, Boys and Girls Page, puis amené au public adulte des amateurs de science-fiction dans le recueil Earth is Room Enough — mais pas dans sa traduction française, Espace Vital, ce qui explique sans doute que je n’aie pas gardé souvenir de ce texte bien que j’aie dévoré l’œuvre science-fictionnelle de son auteur pendant mon adolescence. On trouve tout de même ce texte traduit en français sous le titre Ce qu’on s’amusait ! par Roger Durand, notamment dans le numéro 35 de la revue Fiction (1956), et dans le volume Isaac Asimov de la collection anthologique Le livre d’or de la science-fiction.

Closer than we think, l’école à distance, par l’illustrateur prospectiviste Arthur Radebaugh, dans le Chicago Tribune en 1960.

En 2155, la petite Margie découvre un livre constitué de papier, objet qui l’intrigue, car à l’époque lointaine où elle vivra, si l’on en croit Asimov, la lecture n’existera plus que sur écran. On supposera que l’écran que pouvait s’imaginer le lecteur de l’époque était plutôt un poste de télévision (c’est le mot qu’emploie l’auteur, du reste) qu’un moniteur d’ordinateur, car au moment de la rédaction de la nouvelle, l’interface des ordinateurs, objet que personne n’avait chez soi, était avant tout la carte perforée. Le clavier et l’imprimante ne se sont imposés que progressivement, et quant à l’écran tel que nous l’entendons, il n’a commencé à se généraliser que vingt-cinq ans plus tard. Pourtant la description d’Asimov (des mots qui se déplacent) ne semble pas être celle d’une captation vidéo de livres transmise par télé-vision — au contraire de ce que proposait Vannevar Bush dans son célèbre As we may think1, où les documents à consulter étaient des microfilms, manipulés à distance par des automates, filmés et transmis en direct.
Une belle intuition de la part d’Asimov, donc, qui précède de près de deux décennies ans The mother of all demos2.
Revenons à la description du livre :

On tournait les pages, qui étaient jaunes et craquantes, et il était joliment drôle de lire des mots qui restaient immobiles au lieu de se déplacer comme ils le font maintenant
— sur un écran, comme il est normal. Et puis, quand on revenait à la page précédente, on y retrouvait les mêmes mots que lorsqu’on l’avait lue pour la première fois.
— Sapristi, dit Tommy, quel gaspillage ! Quand on a fini le livre, on le jette et puis c’est tout, je suppose. Il a dû passer des millions de livres sur notre poste de télévision, et il en passera encore bien plus. Et je ne voudrais pas le jeter, le poste.

Le procédé est classique, c’est aussi celui des Lettres Persanes, de Montesquieu : on décrit un objet ou un fait contemporain de l’écriture du texte (ici : le livre) par le regard de quelqu’un qui s’en trouve éloigné culturellement, dans le temps ou dans l’espace3. La fiction confère alors une valeur exotique ou historique au présent, et ce faisant, permet de considérer avec d’autres yeux des notion que nous tenons pour acquises. Puisqu’il s’agit de science-fiction, l’observation étonnée de ce qui constituait le présent des lecteurs se double d’une réflexion prospective sur ce que pourrait être l’éducation du futur. La nouvelle ne fait pas que décrire le livre électronique et le « bureau sans papier » (expression et prédiction qui ne datent que de 1975, soit près de vingt-cinq ans après la nouvelle d’Asimov), elle s’intéresse à l’avenir de l’école. Ici, le professeur est remplacé par un robot, un « maître mécanique », une machine :

(…) avec un grand écran sur lequel les leçons apparaissaient et les questions étaient posées. Et ce n’était pas cela le pire. Ce qu’elle maudissait le plus, c’était la fente par où elle devait introduire ses devoirs du soir et ses compositions. Elle devait les écrire en un code perforé qu’on lui avait fait apprendre quand elle avait six ans et le maître mécanique calculait les points en moins de rien.

On notera un point qui existe toujours dans l’imaginaire collectif : l’idée que les enfants du futur auront été adaptés de manière précoce aux ordinateurs, et même formés à leurs limites : ici, on nous dit que dès six ans on apprend à manipuler le codage de cartes perforées, opération fort laborieuse qui était imposée aux informaticiens jusques aux années 1970. Ici, Asimov n’évoque pas les systèmes de questionnaire à choix multiple où l’on répond en perforant les bonnes cases4, il précise bien qu’il s’agit d’un code à apprendre. Or nous savons que c’est, au contraire, en grande partie les ordinateurs qui ont été adaptés à nous, et c’est même une tendance qui a constamment accompagné la diffusion de l’ordinateur et qui va, aujourd’hui, jusqu’à dissimuler à leurs utilisateurs la nature des dispositifs informatiques qu’ils manipulent. C’est le destin de nombreux objets techniques, du reste.

Atari Portfolio - Forum
John Connor, dans Terminator 2 : l’adolescent sait pirater un distributeur bancaire à l’aide de son ordinateur portable Atari Porfolio…

Aujourd’hui encore, pourtant, de nombreux adultes restent convaincus que la jeunesse qui leur succède dispose de compétences presque innées en programmation informatique ou en hacking — c’est le fameux mythe des digital natives —, alors que les choses ne se passent pas ainsi : si les jeunes générations (comme les autres) acquièrent des compétences particulières liées à leur environnement technologique, c’est au niveau de l’utilisation d’interfaces numériques voire au niveau des règles sociales de leur usage, plutôt qu’au niveau de leur conception5, de leur connaissance théorique ou de leur manipulation savante.

Continuons notre lecture.

Super Picsou Géant #218, juillet 2020, Canard Magazine (matthias Malingrey, Frédéric Felder et Cizo)

Ce que les enfants de 2155 persistent à nommer « école » est une pièce située à côté de leur chambre, où on allume le « maître » cinq jours par semaine. On imagine que dans l’idée de l’auteur (qui ne le décrit pas vraiment), ce « maître » est un gros meuble, avec une fonction unique, n’ayant rien à voir avec nos ordinateurs actuels, machines versatiles qui ne cessent d’acquérir de nouvelles fonctions6. Il fait la leçon, pose des questions et collecte les réponses.
Les enfants du siècle prochain, évidemment, sont particulièrement intrigués par ce que pouvait être un maître d’école du XXe siècle :

— Bien sûr qu’ils avaient un maître, mais ce n’était pas un maître normal. C’était un homme.
— Un homme? Comment un homme pouvait-il faire la classe ?
— Eh bien, il apprenait simplement des choses aux garçons et aux filles et il leur donnait des devoirs à faire à la maison et leur posait des questions.
— Un homme n’est pas assez intelligent pour ça?
— Sûrement que si. Mon père en sait autant que mon maître.
— Pas vrai. Un homme ne peut pas en savoir autant qu’un maître.

Je trouve assez intéressante l’idée formulée par les enfants protagonistes du récit qu’un simple humain ne saurait en savoir suffisamment pour pouvoir enseigner tous les sujets et évaluer les connaissances de ses élèves. Mais il me semble qu’Asimov ne pousse pas jusqu’à proposer une réactivation des théories pédagogiques de Comenius, Jacotot7, Montessori ou Freinet, qui défendaient l’apprentissage comme un processus actif de la part de l’élève, où le maître est plus un accompagnateur qu’une figure d’autorité omnisciente. Il me semble que c’est surtout l’impossibilité de maîtriser un savoir toujours plus étendu qui motive cette réflexion. Du reste, les descriptions des cours (apprendre / restituer) relèvent du traditionnel bourrage de crâne.
L’idée d’un professeur de chair et d’os semble complètement inimaginable à la petite Margie, pour qui le « maître » est une entité qui se trouve sous le même toit que ses élèves.

Tommy se mit à rire aux éclats.
— Ce que tu peux être bête, Margie. Les maîtres ne vivaient pas dans la maison. Ils avaient un bâtiment spécial et tous les enfants y allaient.
— Et tous les enfants apprenaient la même chose?
— Bien sûr, s’ils avaient le même âge.
— Mais maman dit qu’un maître doit être réglé d’après le cerveau de chaque garçon et de chaque fille et qu’il ne doit pas leur apprendre la même chose à tous

Pour terminer, Margie se sent nostalgique de cette époque d’éducation non-technologique qu’elle n’a pas connu, car l’école, ça ne sert pas qu’à apprendre, c’est aussi un espace de vie sociale. Elle en est certaine, les écoliers du XXe siècle devaient s’amuser bien plus qu’elle :

L’écran était allumé et proclamait : «La leçon d’arithmétique d’aujourd’hui concerne l’addition des fractions. Veuillez insérer votre devoir d’hier dans la fente appropriée.»
Margie s’exécuta avec un soupir. Elle pensait aux anciennes écoles qu’il y avait, du temps que le grand-père de son grand-père était encore enfant. Tous les enfants du voisinage arrivaient alors en riant et en criant dans la cour de l’école, s’asseyaient ensemble dans la classe et partaient ensemble pour rentrer chez eux à la fin de la journée. Et comme ils apprenaient les mêmes choses, ils pouvaient s’aider pour faire leurs devoirs du soir et en parler entre eux.Et les maîtres étaient des gens…
Sur l’écran du maître mécanique, on lisait maintenant en lettres lumineuses : « Quand nous additionnons les fractions 1/2 et 1/4…»
Et Margie réfléchissait : comme les enfants devaient aimer l’école au bon vieux temps ! Comme ils devaient la trouver drôle…
Oui, en ce temps-là, ce qu’on s’amusait !

Star Trek: Deep Space Nine, saison 1, épisode 2 : étudier seul devant son ordinateur, c’est parfois ennuyeux.

Chacun d’entre nous aura en tout cas eu l’occasion, cette année, de se forger une opinion propre sur ces sujets (apprentissage distanciel, apprentissage en autonomie, cours en ligne, école à la maison, maintien de la vie sociale des élèves…), devenus brusquement l’objet de débats d’opinion et la motivation d’arbitrages politiques.

  1. Le texte As we may think, publié en 1945, est souvent considéré comme prémonitoire du World Wide Web et plus généralement des interfaces hypertextuelles. []
  2. The mother of all demos (1968) est une célèbre démonstration, par Douglas Engelbart et son équipe, d’une interface informatique permettant de manipuler des documents sur un écran à l’aide d’une « souris », de travailler de manière hypertexte et collaborative, d’échanger en visioconférence, etc. []
  3. En science-fiction, un modèle précoce du genre est Un regard en arrière (Looking backward, 1888), par Edward Bellamy, utopie socialiste (quoique l’auteur évite le mot, qu’il remplace par « nationaliste », ce qui produit un contresens pour les lecteurs actuels) où un homme du XIXe siècle découvre un futur pacifié et prospère. Les gens de l’an 2000, où il s’est réveillé après plus d’un siècle de léthargie, sont curieux de se faire raconter les injustices de l’époque de la Révolution industrielle, car ils en connaissent l’Histoire, mais la mentalité capitaliste est à ce point éloignée de leur manière de penser qu’ils sont friands de ce qu’un témoin direct peut leur apprendre.
    Ce livre étonnant a été un des best-sellers étasuniens de la fin du XIXe siècle, aux côtés de Ben Hur ou de la Case de l’oncle Tom, et il a été traité comme un ouvrage politique, suscitant même un large mouvement de réflexion politique, les Bellamy clubs. []
  4. Inventées pour le tissage mécanique au XVIIIe siècle, inspirant les prémices de l’ordinateur par Charles Babbage, les cartes perforées ont été utilisées pour traiter le recensement de 1890 aux États-Unis, faisant naître la société à présent nommée IBM. Si les cartes perforées ne sont plus employées en informatique, elles servaient encore pour des machines à voter lors de la première élection de George Bush Jr., en 2000. []
  5. Le mythe qui affirme que l’enfant du futur manipulera avec naturel des notions (scientifiques, technologiques) complexes ne date pas de l’informatique moderne, puisqu’en 1896, Albert Robida imaginait que les enfants du XXe siècle recevraient comme cadeaux de Noël des livres de mathématiques et des instruments scientifiques — l’un et l’autre se peuvent, mais ne constituent pas vraiment une règle. []
  6. Au passage, je remarque qu’aujourd’hui encore, beaucoup de gens continuent à imaginer que le futur des objets est la spécialisation, avec un appareil par fonction. Mais l’ordinateur personnel, et plus encore ses avatars mobiles, les smartphones et les tablettes, s’orientent au contraire vers une accumulation constante de nouvelles fonctions. []
  7. cf. Le maître ignorant, par Jacques Rancière []

Littératures graphiques contemporaines #10.4 : Gwen de Bonneval

mars 21st, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 26 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Gwen de Bonneval.

Né en 1973, Gwen de Bonneval est auteur de bandes dessinées. En une vingtaine d’années de carrière, il a publié de nombreux albums, seul, ou bien en collaboration, comme scénariste ou comme dessinateur : Hugues Micol, Hervé Tanquerelle, Frantz Duchazeau, Fabien Vehlmann, Michaël Sterckmann,…
Il a par ailleurs été l’initiateur et le directeur de collection du secteur bande dessinée des éditions Sarbacane, et a participé aux aventures éditoriales Capsule Cosmique — ambitieuse revue jeunesse du début des années 2000 — et Professeur Cyclope — un périodique en ligne.

La rencontre aura lieu le vendredi 26 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette quatrième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
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Littératures graphiques contemporaines #10.3 : Anne Simon

mars 15th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 19 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Anne Simon.

Née en 1980, Anne Simon est autrice de bande dessinée, et illustratrice. Elle a étudié à l’école supérieure d’Art d’Angoulême puis à l’école nationale supérieure des arts décoratifs. Elle a publié son premier album, Perséphone aux enfers, en 2006, suivi notamment de la série Clara Pilepoil, dans la collection Poisson-pilote de Dargaud. Elle développe son univers fantaisiste chez l’éditeur Misma (Gousse et Gigot, Cixtite, Aglaé, Boris), et a parallèlement publié des bande dessinées instructives, chez Dargaud (Freud, Marx, Einstein), Casterman (Encaisser!) et chez La Revue dessinée (de la Renaissance à la réforme).

La rencontre aura lieu le vendredi 19 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette troisième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
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Littératures graphiques contemporaines #10.2 : Appollo

mars 3rd, 2021 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 12 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Appollo.

Les sessions en visioconférence que nous imposent les conditions sanitaires cette année sont l’heureuse occasion d’inviter des auteurs qui ne résident pas à Paris, ce qui est le cas du scénariste Olivier Appollodorus, dit Appollo, qui vit à la Réunion et que nous recevrons le 12 mars. Né en Tunisie, ayant grandi au Maroc puis à la Réunion, plusieurs années enseignant en Angola et en République démocratique du Congo, Appollo est un des fondateurs de la revue Le Cri du Margouillat et des éditions Centre du monde.
L’œuvre d’Appollo, qui se développe dans des registres aussi variés que l’Histoire, la science-fiction ou l’humour, est fortement marquée par sa culture indo-océanique, créole et africaine.

La rencontre aura lieu le vendredi 12 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette seconde séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
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Littératures graphiques contemporaines #10.1 : Fred Boot

février 15th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | 1 Comment »

Vendredi 19 février 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Fred Boot.

Ancien étudiant à l’école d’art et de design d’Amiens, Frédéric Bouteiller, dit Fred Boot, a d’abord eu un parcours dirigé vers le design interactif / design graphique, qu’il a d’ailleurs un temps enseigné à l’École nationale supérieure de design industriel. Il a un jour décidé de quitter la France pour Hong Kong, où il a fondé une famille et vécu comme graphiste et enseignant, travaillant à des projets de films d’animation et de bandes dessinées dans des domaines divers, recourant parfois au financement participatif. Alors que Hong Kong était secouée à la fois par des événements politiques et (comme le reste du monde) par une crise sanitaire, il est rentré en France… Il nous racontera ce parcours singulier.

La rencontre aura lieu le vendredi 19 février à 15 heures, en visioconférence. Cette première séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
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Littératures graphiques contemporaines #10 (cycle de conférences)

janvier 29th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines s’est tenu avec succès en 2011-20122012-20132013-2014, 2014-20152015-20162016-2017, 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020 (malgré la pandémie, qui n’a provoqué l’annulation que de deux séances) à l’Université Paris 8. Au fil des ans, nous avons eu le plaisir de recevoir CizoIsabelle BoinotAgnès MaupréPapier gâchéLoo Hui PhangNine AnticoThomas CadèneSingeonMarion MontaigneBenjamin RennerXavier GuilbertAude PicaultLisa MandelDavid VandermeulenGabriel DelmasLaurent MaffreIna MihalachePochepCharles BerberianGeneviève GaucklerDaniel GoossensPaul LelucNathalie Van CampenhoudtJulien Neel, Delphine MauryÉtienne LécroartClémentine MéloisThomas MathieuJean-Yves DuhooJulie MarohIsabelle BauthianBouletDorothée de MonfreidGilles RochierKekColonel Moutarde, Pauline Mermet, Tiphaine Rivière, Thomas Ragon, Laetitia Coryn, Stéphane Oiry, Sébastien Vassant, Ronan Lancelot, Héloïse Chochois, Aurélia Aurita, Gaby Bazin et Antoine Sausverd.

Il accueille des auteurs qui utilisent l’image pour s’exprimer, généralement aux franges de la bande dessinée (bande dessinée et vulgarisation, bande dessinée et roman, bande dessinée et arts plastiques, film d’animation, etc.). Pour cette dixième et a priori ultime année (je quitte l’université l’an prochain) nous rencontrerons à nouveau six personnes.

Les séances se dérouleront en visio-conférence.
Le programme provisoire est le suivant :

N’hésitez pas à consulter régulièrement cette page pour connaître les dates des interventions lorsque celles-ci seront calées.

Les séances sont ouvertes au public, dans la limite des possibilités techniques liées au moyen de diffusion. Si vous souhaitez recevoir une invitation pour assister à une rencontre en visioconférence sans pour autant être inscrit au cycle de conférence ou en étant extérieur à l’université, il faut me faire une demande à : jn (chez) hyperbate (point) fr.

Réveillon en visioconférence

décembre 20th, 2020 Posted in Vintage | 2 Comments »

Un document de saison : dans le numéro 112 de l’hebdomadaire Le Rire, le 26 décembre 1896, Albert Robida imaginait ce que serait Noël au XXe siècle. Il imaginait notamment que les enfants seraient devenus geeks et pragmatiques, se faisant offrir des livres de mathématiques, des instruments scientifiques, ou tout simplement de l’argent à placer.

Si la magie de Noël, la poésie, le merveilleux ne disparaissent pas complètement au cours du XXe siècle qui est décrit ici, c’est en devenant électriques, artificiels, et encombrés de câbles de toute sorte — jusqu’aux câbles comestibles ! Toujours au sujet de l’alimentation, l’oie de Noël serait un jour remplacée par des capsules et des pilules,…1.

Pour les vivants de cette fin d’année 2020, l’idée qui a le plus de sel dans cette planche est tout de même celle d’un réveillon en visioconférence, à l’aide du fameux Téléphonoscope, dispositif de transmission du son et de l’image que Robida avait dessiné pour la première fois dans Le Vingtième siècle (1883)2 :

On note au passage un sujet assez récurrent dans les illustrations de l’époque qui s’amusaient à prophétiser le siècle suivant : celui des femmes qui s’emparent d’une profession à l’époque exclusivement masculine — ici, la cadette du narrateur est ingénieure3 des Mines dans l’Oural4.
Si d’autres auteurs ont traité ce thème par le ridicule (comme c’est drôle, un militaire en jupons, ou une avocate qui doit interrompre sa plaidoirie pour donner le sein…), ou avec un fantasme d’inversion des rôles un peu suspect (comme c’est comique, l’époux d’une députée forcé d’être homme au foyer…), j’ai souvent l’impression que Robida était convaincu que la place des femmes dans la société pouvait changer à l’avenir, et allait changer.

  1. Je n’aurais pas imaginé que ce motif soit si ancien. Je ne sais pas s’il existe toujours, mais c’était un « cliché du futur » lorsque j’étais enfant : en l’an 2000 — le futur, pour nous — on ne se nourrirait plus que de pilules. []
  2. Robida s’est sans doute inspiré de George du Maurier qui, dans Punch, en 1879, avait tenté de représenter une invention dont Thomas Alva Edison venait de déposer le brevet, le Téléphonoscope. Malgré son nom, l’invention d’Edison n’avait rien de commun avec ce que George du Maurier avait imaginé, c’était plutôt l’association d’un mégaphone et d’un cornet acoustique. []
  3. C’est Robida qui féminise le nom. Il semble qu’il soit l’auteur originel de cette forme dont la toute première occurrence semble se trouver dans Le Vingtième siècle. La vie électrique (1893), p.138. []
  4. La première femme ingénieure des Mines, en France, a été Anne-Marcelle Schrameck, en 1919. Cette primeur a à l’époque fait scandale, car les ingénieurs des mines devaient obligatoirement effectuer un stage comme mineur de fond, ce qui ne semblait pas convenable pour une femme. Cette question a abouti à ce que les écoles des Mines refusent d’admettre des femmes parmi leurs étudiants… jusqu’en 1968 !
    La fille aînée du narrateur étudie la science dentaire, ce qui à l’époque est une idée moins révolutionnaire, puisque c’est en 1875 que Madeleine Brès a été la première femme française à soutenir une thèse en médecine. []

Dune

décembre 7th, 2020 Posted in Lecture | No Comments »

J’ai lu Dune adolescent. À l’époque, les seuls romans que je lisais relevaient de la science-fiction, et dans ce registre, je ne jurais, sans le savoir, à vrai dire, que par le sous-genre que l’on nomme hard science-fiction, avec notamment les auteurs Asimov, Heinlein, Arthur Clarke ou encore Stanislaw Lem : une science-fiction ultra-cohérente, qui ne recourt à aucune facilité propre à la littérature fantastique. Du reste, aujourd’hui encore, il me faut un fond de hard-science pour que je goûte vraiment des romans mettant en scène des univers proches de la Fantasy, tels qu’en ont produit Iain M. Banks (Inversions ; Trames) ou Vernor Vinge (Un feu sur l’abîme).
À côté de ça, je ne détestais pas les petits contes à la manière de La Quatrième dimension, qui s’appuient sur une idée fantaisiste et poussent sa logique pour aboutir à une morale ironique ou édifiante, mais c’était pour moi une littérature d’un autre ordre.
Ma science-fiction était psycho-rigidement scientifique.

C’est un peu sur un malentendu qu’un cinéaste aussi particulier que David Lynch s’est retrouvé à remplacer au pied levé Ridley Scott pour adapter Dune en 1985. Le film avait à son tour été adapté en bande dessinée chez Marvel par un auteur à l’époque encore peu connu du public et lui aussi doté d’un style complètement atypique, Bill Sienkiewicz. Habituellement, les adaptations Marvel de films sont réalisées par des artisans habiles mais pas par des créateurs de ce calibre.

Malgré ses histoires de messie, de prescience, de prophéties, d’ordre sororitaire de sorcières eugénistes et de navigation intergalactique permise par des mutants dépendants d’une drogue fabriquée par des vers géants sur une planète déserte, j’ai pourtant passionnément lu Dune. Ce qui aurait pu être répulsif dans cette lecture n’avait que peu de poids comparé au souffle épique de l’ensemble : c’est le genre de livres qui nous laissent croire que l’univers dans lequel ils se déroulent existe bel et bien et dont les personnages ont une réelle consistance. Je lis rarement deux fois un roman — il y en a tant à lire, une vie n’y suffira pas, alors pourquoi perdre du temps à relire ? —, mais je me suis promis, un jour, de me replonger dans celui-ci (et ses suites, que je n’ai pas toutes lues)1.

Il semble que ce ne soit que tout récemment que des graphistes ont remarqué que les lettres qui composent le nom « Dune » étaient très proches et pouvaient être traitées comme une même forme en « U », orientée à 0, 90, 180 et 270 degrés.

Puisqu’une nouvelle adaptation de Dune devait sortir au cinéma2, de nouvelles éditions du roman sont sorties chez ses éditeurs habituels (Robert Laffont et Pocket, en France), ainsi qu’une adaptation en bande dessinée et une paire d’essais (au moins). Je viens de lire un des deux : Dune, exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers, ouvrage collectif dirigé par Roland Lehoucq et publié dans la collection Parallaxe des éditions du Bélial.
Cet essai m’a remis le livre en mémoire, mais surtout, il a profitablement augmenté mes souvenirs en me faisant comprendre tout ce qui m’avait échappé à l’époque de ma première lecture. Je découvre ainsi à ma grande surprise que Dune relève à plusieurs égards du registre hard science — on n’en sera sans doute pas étonné au sujet de l’écologie ou des descriptions de mondes, mais, et c’est bien plus surprenant, on apprend que le mode de déplacement interstellaire par déformation de l’espace-temps, sans être à notre portée aujourd’hui et sachant qu’il est peu probable qu’on y parvienne à l’aide d’une substance synthétisée par des vers géants, n’est pas une proposition théoriquement absurde3.

L’originalité de l’encrage de Bill Sienkiewicz m’avait frappé en lisant son Dune, mais ce n’est qu’avec les Nouveaux Mutants , où il donne libre-cours à son goût pour l’abstraction formelle, et surtout Elektra Assassin, où il est en plus un virtuose de la couleur directe, que j’ai commencé à retenir le nom de cet auteur légendaire de l’Histoire du comic-book.

Malgré les efforts du paléontologue J-Sébastien Steyer pour chercher des comparaisons présentes ou passées dans l’écologie terrestre, et bien que par ses descriptions assez complètes Frank Herbert ait anticipé certaines objections, ce sont sans doute les vers des sables de la planète Arrakis qui s’avèrent être les éléments les moins concevables du roman : vertébrés ou non, faits de carbone ou de silicium, leur taille et leur poids rendent leur existence improbable4.

Parmi les points que je n’avais pas vraiment noté dans Dune se trouve l’explication de l’absence d’ordinateurs, qui justifie, notamment, l’existence de la caste des Mentats, des ordinateurs humains surentraînés au raisonnement logique et dopés à l’aide d’un stimulant cognitif, qui colore leurs lèvres et leur donne des sourcils broussailleux, le jus de Sapho. Cette absence d’ordinateurs n’est pas anecdotique, elle fait suite au Jihad Butlérien5, une révolte contre les machines pensantes menée dix mille plus tôt et ayant abouti à une totale proscription non seulement des Intelligences artificielles, mais de toute machine à raisonner, même rudimentaire. La Bible catholique orange, ouvrage syncrétique central dans l’Empire galactique, a comme commandement : « Tu ne feras point de machine à l’esprit de l’homme semblable ».

Cette absence des machines n’empêche pas Carrie Lynn Evans de produire un texte6 qui démontre de manière très convaincante la parenté qu’on peut établir entre l’ordre des Bene Gesserit et les archétypes d’automates hostiles et autres cyborgs, si souvent féminins.

Il n’y a pas beaucoup de rapprochements historiques (Byzance, l’Empire Ottoman et Lawrence d’Arabie, le choc pétrolier qui allait s’annoncer, la préoccupation pour l’écologie,…) ou de sujets philosophiques ou théologiques qui ne soient pas traités dans cette collection d’essais. On en sort avec l’impression que bien peu de romans sont aussi riches en références (y compris linguistiques7) que Dune. On peut le lire et l’apprécier sans connaître la moindre de ces références, mais se les faire expliquer permet de comprendre pourquoi cet univers semble à ce point consistant au lecteur. Il n’y a pas vraiment de question que je me sois posé auquel le livre n’apporte pas de réponse, si ce n’est peut-être l’inscription de Dune parmi les autres romans de l’auteur, et notamment son cycle dit Cycle du Programme Conscience (Void, 1966 ; The Jesus Incident, 1979 ; The Lazarus Effect, 1983 ; The Ascension Factor, 1988 – les trois derniers sont écrits avec Bill Ransom). En effet, cette série tourne autour de l’émergence d’une conscience artificielle et il aurait peut-être été intéressant de la relire en regard de l’absence de machines dans Dune.
À cette micro-frustration près, l’essai est aussi dense que passionnant et plaisant à lire.

  1. Je fais aussi partie des gens qui aiment le film de David Lynch, aussi, malgré ses défauts, comme le recours à la voix-off (qui, ai-je appris depuis, servait à pallier un problème de budget). À la sortie du film, ce qui me choquait le plus, curieusement, c’était la physionomie improbable de Kyle MacLachlan, qui me semblait beaucoup trop vieux pour le rôle. []
  2. Dune, par Denis Villeneuve (excellent réalisateur de Premier Contact, notamment), aurait dû être visible en salles en ce moment mais a vu sa sortie repoussée d’un an. []
  3. Roland Lehoucq, Des plis dans l’espace-temps, p.39-51 []
  4. J.-Sebastien Steyer, Arrakis et les vers géants, un écosystème global, p53-76. []
  5. La question du Jihad Butlérien est développée dans les romans écrits par Brian Herbert, le fils de Frank Herbert et Kevin J. Anderson, que je n’ai pas lu. Butler vient d’une dénommée Serena Butler, mais est aussi un clin d’œil appuyé à l’écrivain Samuel Butler, auteur en 1863 d’un texte surprenant, Darwin among the Machines, qui imaginait les machines comme une espèce en évolution, et les humains, comme leurs serviteurs. []
  6. Carrie Lynn Evans, Femmes du futur : genre, technologie et cyborg, p.181-205 []
  7. Frédéric Landragin, Exotisme et force linguistique, p.155-179.
    Le linguiste Frédéric Landragin est l’auteur du génial Comment parler à un alien, même éditeur et même collection, 2018. []