Version originale
août 22nd, 2013 Posted in Au cinéma, Les pros | 36 Comments »
Avant-hier, je suis allé au cinéma à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Plusieurs films m’intéressaient, notamment Insaisissables et, surtout, Elysium, le nouveau film du Neil Blomkamp, auteur il y a quatre ans du brillant film sud-africain de science-fiction District 9. Mais voilà, ces films anglophones étaient projetés en version française doublée. Il semble que dans la plupart des villes de province, et notamment les villes de taille moyenne où une unique société d’exploitation grand public monopolise la diffusion cinématographique, il soit impossible de voir des films étrangers dans leur langue d’origine. L’unique cinéma de Tarbes est un multiplexe du « Circuit Georges Raymond » (Méga CGR), ouvert il y a quelques années en périphérie de la ville, équipé pour la projection numérique, la 3D et la vente de pop-corn.
La projection numérique, pour moi, devrait surtout signifier une énorme souplesse. Autrefois, projeter un film imposait d’en recevoir une copie argentique, et si l’on voulait projeter le même film dans deux langues différentes, il fallait s’être fait livrer deux copies différentes. Chaque copie était coûteuse à réaliser, et il n’était pas possible d’en fournir pour toutes les salles en même temps. Les copies tournaient, étaient d’abord montrées dans les grandes salles puis atterrissaient dans les salles communales peu rémunératrices. Les « blockbusters », pour lesquels était réalisé le plus grand nombre de copies, ciblaient par définition une audience rétive aux projections en version originale sous-titrée, donc plus un film visait un public large et moins on avait de chances de le voir dans sa langue d’origine.

Dans le très beau True Grit, des frères Coen, Mattie Ross, une adolescente circule en territoire indien à la poursuite du meurtrier de son père, accompagnée de deux hommes : un U.S. Marshall âgé et alcoolique, Rooster Cogburn, et un Texas Ranger plus jeune, LaBoeuf. Le contraste entre la manière de s’exprimer des deux hommes est un élément important du film. Dans la version doublée en français, on peine à distinguer les voix et le langage des deux hommes, et c’est particulièrement vrai de la scène ci-dessus, où le personnage interprété par Matt Damon s’exprime dans l’anglais à la fois pompeux et rustique d’un Texas ranger, malgré une blessure à la langue, tandis que son partenaire-rival, interprété parJeff Bridges, essaie de faire la démonstration de son habileté au tir malgré (ou à cause de) son éthylisme. Inutile de préciser que l’adolescente vengeresse, Mattie (Hailee Steinfield), prend dans la version française une voix un peu niaise (les enfants et les adolescents sont doublés par des adultes qui imitent une voix plus jeune) qui affadit considérablement son personnage. On peut comparer les versions sur le site du magazine Première.
À présent, les copies sont numériques, elles sont transportées sur de bêtes disques durs, ou même, transmises par Internet, et sont duplicables à l’infini — ce qui permet de s’assurer que la diffusion reste sous contrôle n’est plus la circulation du support matériel du film, mais la clé qui permet de le décoder. Je ne sais pas si, comme avec les DVDs, ces fichiers contiennent les pistes-son de plusieurs langues et embarquent des sous-titres en option1, mais il me semble qu’il devrait être très facile, pour un même film, de programmer2 des séances en version originale sous-titrée et d’autres en version doublée.
L’habitude et la certitude que le public désertera les salles qui diffusent des films sous-titrés font que, de fait, il faut être parisien pour accéder aux versions originales de tous les films. On m’a dit (mais j’ignore si c’est exact, je n’ai pas trouvé de loi à ce sujet) qu’il n’était pas légalement possible de sortir un film en salles en France sans réaliser sa version doublée3. Il est vrai que même les plus petits films étrangers qui sortent ici se voient gratifiés de versions doublées, et j’imagine que si certains films ne sortent pas, ou ne sortent qu’en DVD, c’est parce que leur version française coûte trop cher à réaliser : si c’est le cas, cette acclimatation forcée pénalise le film d’auteur étranger4. En fait, c’est la loi contraire que je trouverais normal de voter : qu’il soit toujours possible d’accéder au film dans sa version d’origine. Les impératifs d’accessibilité imposent en tout cas la réalisation de sous-titres pour tous les films.

Hier, j’ai fait un rapide sondage sur Twitter, en demandant à la cantonade si la version doublée était un désagrément ou non. Les parisiens ont répondu qu’ils n’en souffraient pas puisqu’ils pouvaient voir tous les films en version originale. Les provinciaux et certains banlieusards, ont fait connaître leur frustration (merci à tous ceux qui m’ont répondu, bien plus nombreux que cet échantillon).
Quand je me plains de la généralisation de la version française doublée, on m’objecte souvent que c’est ce que les gens veulent, parce qu’en regardant un film en version originale dans une langue que l’on ne maîtrise pas on perd des choses, et qu’il est fatiguant de lire les sous-titres tout en regardant l’image sur laquelle ils sont imprimés.
Personnellement, je fais en sorte de regarder tous les films5 dans leur version originale, qu’ils soient en français — la langue que je parle depuis que je parle ; en anglais — une langue que je comprends assez bien ; en espagnol, en norvégien, en suédois — des langues dont je n’ai que quelques rudiments ; ou encore en portugais, russe, italien, allemand, arabe, persan ou chinois, autant de langues dans lesquelles je sais au mieux dire bonjour ou merci, et au pire, rien du tout. J’essaie de voir aussi les séries télévisées dans leur langue d’origine, ce qui est plus facile depuis la télévision numérique terrestre, dont les chaînes offrent souvent le choix des langues et des sous-titres pour les programmes récents.

On pourrait parler de musique, aussi. En 1964, le groupe The Animals fait une adaptation mémorable d’une vieille chanson américaine, The House of the Rising Sun. Le public français de l’époque a surtout profité d’une version française, écrite par Hugues Auffray pour Johnny Halliday et qui, malgré une orchestration identique, n’a plus rien de la force de la version des Animals. J’imagine qu’à l’époque on se disait que le public français n’avait pas envie d’entendre des chansons chantées dans une langue étrangère.
Voir les films avec des sous-titres ne me pèse jamais, et la plupart du temps, je ne me rends même pas compte que je lis. L’habitude se prend très vite. J’y gagne la sonorité de la langue d’origine et une justesse d’intonation dans le jeu des acteurs. Certains doublages nuisent non seulement à la voix, mais à toute la piste sonore, puisqu’ils imposent de couper le son (musique, ambiance) le temps de la phrase. D’autres doublages créent des contresens : les acteurs noirs américains sont affublés d’un incompréhensible accent antillais, et ne parlons pas du cas des moyen-orientaux ou des asiatiques qui écopent souvent de doublages aux limites du racisme. Certains acteurs pâtissent d’un doublage complètement inadapté, comme le malheureux Léonardo DiCaprio, qui a dû atteindre l’âge de trente-cinq ans pour qu’on cesse de lui donner, en France, une voix d’adolescent pré-pubère. D’autres acteurs ou actrices aux voix chaudes et graves s’entendent infliger des voix aiguës et des intonations chantantes et comiques qui, dès qu’on compare aux voix d’origine, semblent un peu ridicules.

En 1966, le monde entier danse sur Reach out (till I be there) des Four Tops. Le monde entier, mais pas la France, où on connaît surtout J’attendrai, la version française, par Claude François. En 1971, Claude François rencontrera un énorme succès avec une autre chanson des Four Tops, C’est la même chanson, d’après It’s the same old song. Au total, Claude François aura repris au moins douze chansons issues du label Motown (surtout des Four Tops, mais aussi de Smokey Robinson, des Supremes et même de Stevie Wonder), chansons dont le public n’a connu les originaux – infiniment supérieurs – que des années plus tard. Le meilleur de la musique noire américaine a ainsi été connu du public français par ses pires chanteurs yé-yé
Le texte qui est dit, quand à lui, perd souvent au doublage6. C’est, bien entendu, quelque chose que l’on ne perçoit que si l’on parle un peu la langue d’origine et que l’on peut comparer. Dans des séries saturées en références culturelles et en bons mots, comme les Simpson ou Buffy contre les vampires, certaines phrases intraduisibles ne sont tout bêtement pas traduites du tout, ou remplacées par des bons mots qui n’ont pas le moindre rapport avec les dialogues adaptés. Il arrive aussi que les références culturelles soient adaptées de manière plus ou moins heureuse : les noms des sports changent, « Liberace » devient « Michou », etc. Parfois, les sous-titres font l’impasse aussi, tout simplement parce que ceux qui les ont rédigés ne parviennent pas à traduire certaines phrases. N’y parviennent pas, ou ne le veulent pas : on se rappellera d’un épisode où de la série House M.D. où le docteur Gregory House conseillait à un de ses patients de fumer une cigarette par jour pour régler ses problèmes de colons, prescription qui, en français, a été remplacée par la consommation de riz complet. Pour ne pas perdre ce qui est intraduisible, j’aime souvent regarder les séries américaines ou britanniques avec leurs sous-titres anglophones. Évidemment, je ne peux pas faire ça dans toutes les langues.
Parmi les éléments difficiles à traduire, ou qui forcent les traducteurs (même bons) à perdre en finesse, il y a le niveau de langage, les argots, mais aussi, par exemple en anglais, la question du voussoiement : quand faut-il que les personnages se tutoient ? Parfois, c’est facile, mais parfois beaucoup moins.

Le groupe The Exciters a connu le succès avec la chanson Tell Him, d’ailleurs sorti en France et gratifié d’un scopitone en son temps. Sa chanson He’s got the power, est celle d’une adolescente qui ne peut rien refuser à l’homme qu’elle aime et qui l’exprime de manière presque tragique. En France, le groupe Les Gam’s – quatre choristes de Gilbert Bécaud – transforme « He’s got the power » en « Il a le truc ». Pour un disque français de l’époque, les voix sont plutôt bonnes et énergiques, mais n’ont rien à voir avec la puissance et l’agressivité de Brenda Reid, la chanteuse principale des Exciters. Toute la charge sexuelle désespérée de la chanson d’origine disparaît dans les paroles. « He makes me do things I don’t wanna do. He makes me say things I don’t wanna say » devient « Lorsque je rêve d´aller aux sports d’ hiver. Je me retrouve toujours au bord de mer ».
J’ai remarqué que beaucoup de gens en France regardent des séries comme Game of thrones, Mad Men ou Breaking Bad dans leur langue d’origine, parce qu’ils n’ont pas la patience d’attendre un an ou deux pour voir la suite de leur série favorite, et que la version qu’ils parviennent à se procurer n’est ni doublée ni sous-titrée. Il faut dire que la série télévisée se prête à ça, car le spectateur prend vite l’habitude des voix, des expressions ou même du vocabulaire spécifique à tel ou tel univers : les dealers de Baltimore, les anti-terroristes de Los Angeles, etc.
L’habitude de la version originale s’installe donc, grâce au DVD, grâce au piratage, grâce aux extraits qui se trouvent sur Youtube,…
Un jour, j’ai découvert que ma fille aînée transcrivait phonétiquement les dialogues de Kiki’s Delivery service (Hayao Miyazaki) dans un grand cahier. Par déduction et en s’aidant des sous-titre, elle avait réussi à comprendre de nombreux mots du vocabulaire usuel japonais. Quelques années plus tard (et avec l’aide d’une voisine nippone), elle passait le japonais au bac, elle a eu quinze sur vingt. Comme mes deux plus jeunes enfants, elle est à l’aise avec l’anglais aussi, puisqu’elle regarde les films dans leur langue d’origine depuis qu’elle a l’âge de lire. Une langue, ça s’apprend à l’oreille, pas en commençant par la grammaire comme on le fait à l’école — si vous aviez dû connaître la grammaire de votre langue maternelle avant de dire vos premiers mots, vous ne parleriez toujours pas aujourd’hui7.
L’approche que les français ont des langues évolue un peu, mais les pratiques des distributeurs de films, non.
Quelqu’un me disait sur Twitter que si les distributeurs ne veulent pas diffuser les films en version originale sous-titrée, c’est qu’on ne le leur demande pas. Je n’y crois pas trop, je pense au contraire qu’une part non-négligeable du public aimerait pouvoir avoir le choix, et je ne vois pas ce qui empêche les exploitants de salles de proposer une séance en version originale de temps en temps. J’ai certes déjà vu un spectateur agresser verbalement la guichetière d’un cinéma parce qu’il était entré, par distraction, dans une salle qui projetait un film dans sa langue d’origine. Je suppose que ce genre de réactions hostiles est plus courante que le contraire, mais pour les éviter, il suffit de bien signaler les choses.

Amusante coïncidence, Florian Duchesne a posté ce message sur Facebook alors que j’étais en train de rédiger mon article. Il est allé voir Insaisissables en version doublée…
On me dit parfois que le doublage en version française a son charme. C’est vrai. La voix de Nick Nolte ou de Sylvester Stallone par Alain Dorval est assez impayable. Et l’argot réinventé de manière créative pour des films tels que 48 heures, justement avec Nick Nolte, est aussi absurde que savoureux. Certaines voix françaises de spécialistes de la post-synchro8 sont mémorables (Jean Topart, Guy Piérlaud, Roger Carel, Francis Lax,…) ou, si on y est habitué, difficiles à séparer du rôle (Pierre Arditi dans le Superman de 1978, par exemple). J’ai un faible pour les doublages québécois des séries des années 1960-1970, comme Cosmos 1999 ou Star Trek, non parce qu’ils sont bons, mais parce que c’est sous cette forme que j’ai connu ces programmes. Je me demande si ce « charme » que l’on trouve à certains doublages n’est pas une variante du syndrome de Stockholm, qui fait qu’un prisonnier finit par éprouver de la sympathie pour ses geôliers. Cependant, on trouve toujours pire, comme les post-synchronisations de certains pays slaves (Pologne et Russie en tout cas) où un homme seul, d’une voix monocorde, assume l’intégralité des doublages du film. En France, à peine moins pénible, certaines émissions sont adaptées à la hussarde (télé-réalité, documentaires), avec deux ou trois voix différentes qui s’alternent pour couvrir les voix de la bande son originale, qui reste malgré tout audible. C’est désagréable avec une émission comme Cauchemar en cuisine, mais ça devient franchement pénible lorsqu’il s’agit d’un documentaire projeté sur la chaîne censément culturelle Arte.

Paris à tout prix :Une hipster parisienne, qui avait oublié qu’elle n’était pas de nationalité française, est expulsée vers le Maroc, pays avec lequel elle avait coupé les ponts, à un mois d’un défilé de haute-couture pour lequel elle doit confectionner une robe. Le film est léger mais sympathique et retourne les clichés culturels de manière intéressante. Pas le genre de film qui perd beaucoup à être regardé sur un petit écran.
Pour finir, je suis bien allé au cinéma. Je n’ai pas vu un film que j’aurais voulu voir, j’ai vu l’unique film en français, Paris à tout prix, de et avec Reem Kherici. Une comédie tout à fait regardable, mais qui ne marquera sans doute pas durablement l’histoire du cinéma et qui n’est pas vraiment le genre de film que je vais voir en salle : j’attends plutôt une diffusion à la télévision. L’absence d’autres films en version originale m’a fait découvrir un sympathique petit film français9 à sa sortie, mais ne m’a pas donné envie de retourner dans ce genre de cinéma de sitôt.
- Les films pour salles numériques sont des fichiers complexes, avec de nombreuses pistes sonores. L’image est en 2048×1080 ou 4096×2160 pixels, et le cadence de projection varie de 24 à 60 images par seconde. [↩]
- Les projectionnistes actuels ne manipulent plus de bobines et surveillent à peine la projection, leur métier consiste à présent à indiquer au logiciel quels films ou quelles publicités doivent être projetés à telle ou telle heure. [↩]
- Hors festivals ou ciné-club, je suppose. [↩]
- Mise à jour : on me signale sur Twitter qu’il est bien interdit de sortir un film étranger sans version française, mais que les sous-titres seuls peuvent suffire. [↩]
- Une exception toutefois : je regarde souvent les dessins animés en version doublée en français. Il faut dire qu’un dessin animé est, par essence, toujours doublé. Par ailleurs, mes enfants ont commencé à visionner les films sous-titrés vers huit ou neuf ans — une fois que la lecture était devenue une opération fluide pour eux —, pas avant. Faire accepter les films sous-titrés aux enfants n’est pas une chose évidente au début, bien entendu, mais ils cessent rapidement d’y voir un effort ou un désagrément. Les films que j’ai vu avec des enfants sont donc souvent des films que je n’ai vu qu’avec un doublage français. L’adaptation des films d’animation à d’autres langues que celle d’origine est souvent prévu en amont : les pistes (voix, bruitage, musique) sont séparées dans ce but, et on sait par exemple que la société Disney/Pixar réalise le doublage de ses propres films, afin de s’assurer de leur qualité. Certains doublages français de films d’animation me semblent même objectivement meilleurs que les doublages américains, je pense par exemple au film Disney Mulan.
Pour l’anecdote, le théâtre de ma ville a programmé une séance du film Arietty – le petit monde des chapardeurs (studio Ghibli) en marge d’un concert de la harpiste Cécile Corbel, qui avait réalisé la bande-originale du film. Par erreur, la copie livrée était en japonais sous-titré. Quelques adultes ont râlé, mais la plupart des enfants a réussi à regarder le film avec plaisir. [↩] - On peut aussi parler des absurdes traductions de titres de films, que j’avais évoqué dans le billet Traducteur, racoleur. [↩]
- Il existe un étrange fossé entre le vœu affirmé par les décideurs politiques de voir les français apprendre l’anglais, et le mépris avec lequel cette langue est traitée par l’éducation nationale, qui refuse notamment que les élèves découvrent la littérature anglo-saxonne et qui impose, sauf initiative personnelle des enseignants, l’utilisation d’articles de presse, de sketchs absurdes ou de chansons comme support d’apprentissage. [↩]
- Mise à jour : on me signale en commentaire que l’usage du mot « post-synchro » n’est pas synonyme de « doublage » et que je l’utilise donc ici abusivement. La post-synchro, c’est un doublage réalisé par les acteurs eux-mêmes, qui répètent les mêmes dialogues, pour palier à de mauvaises conditions de prise de son. [↩]
- Peut-être est-ce que le doublage en français a une utilité historique dans le cadre d’une forme de protectionnisme culturel ? Après la seconde guerre mondiale, la France a été forcée d’accepter de doubler le nombre de films américains projetés sur ses écrans. Ce genre d’accords régulièrement passés par les États-Unis et les pays vaincus, reconstruits ou endettés, a permis et continue de permettre aux productions hollywoodiennes de s’établir en tant que standard mondial et de bâtir l’industrie du cinéma la plus riche du monde. Déjà, le passage au film parlant avait fait du tort aux pays de cinéma ayant peu de locuteurs, comme le Danemark, dont les films remportaient un immense succès du temps du muet mais qui ne représente presque plus rien aujourd’hui (des pays comme la France ou l’Allemagne ont pratiqué un système intéressant entre les deux guerres pour éviter que leur particularisme linguistique ne nuise à leur capacité à s’exporter : tourner chaque scène dans plusieurs langues). On peut imaginer que les doublages français servent (pas forcément sciemment) à contrebalancer la diffusion d’une vision du monde américaine telle qu’elle s’exprime dans le cinéma hollywoodien, et plus consciemment, à rémunérer des acteurs français grâce au cinéma étranger. [↩]

























Je ne peux pas dire avec certitude de quand date la toute première évocation de l’ordinateur au cinéma, mais le meilleur candidat dont je dispose pour l’instant est l’ordinateur M.A.N.I.A.C., dans The Magnetic Monster (1953)





Dans mon exploration des thèmes cybernétiques en fiction, je me suis infligé — et j’ai infligé à ma famille, je dois l’admettre — le visionnage de films incroyablement médiocres ou complètement incompréhensibles qui ne valent précisément d’être vus que pour ces défauts et pour ce qu’ils disent de la mythologie qui a pu entourer l’informatique à telle ou telle époque.


























(Attention, je raconte une bonne partie du film).


