Un jour, Aménaïde marchait dans Paris avec son beau-frère Claude, et tous deux étaient chargés d’exemplaires du journal Résistance. Leur sang s’est glacé en entendant derrière eux des bruits de botte et une voix qui leur a crié en allemand « Halt ! ».
Ils pensaient que leur heure était venue, mais un des deux agents de la Gestapo qui se trouvaient derrière eux a salué ma grand-mère en lui demandant de manière très polie la direction de la gare de l’Est ou du Nord.
Une autre fois, elle a réussi à cacher des journaux aux allemands venus chez elle : ils se trouvaient sous elle, qui était alitée, car en fin de grossesse. Elle ne s’est pas contentée de rester sur les journaux, elle a vertement engueulé ceux qui étaient en train de perquisitionner l’appartement, les obligeant à s’excuser d’être là.
Un peu plus tard, alors que son mari venait d’être arrêté, elle est parvenue à échapper aux allemands venus l’arrêter à son tour en se cachant dans une poubelle, puis à quitter Paris et à accoucher à Châteauroux de Daniel, mon père.
Les récits de guerre d’Ameyna étaient des récits d’aventure qu’elle racontait avec légereté. Son mari a vécu cette période bien différemment, en tout cas après son arrestation. Même s’il y a bien d’autres raisons sans doute, c’est peut-être ce qui les a le plus séparés.

