Dans mon arbre généalogique on trouve un certain nombre de femmes au fort caractère. Certaines sont admirables, quelques unes ont moins bonne réputation, et ce n’est pas forcément par la médisance des chroniqueurs…
Je raconte leurs histoires ici, dans l’ordre chronologique.

Brunehaut (~547-613). Princesse Wisigoth, elle épouse le roi Franc Siegebert, fils de Clotaire. Siegelbert sera assassiné par son demi-frère, Chilpéric, dont la concubine puis seconde épouse Frédégonde sera une rivale acharnée de Bruneuaut. En secondes noces, Brunehaut épouse un fils de Chilpéric, Mérovée, lequel sera puni par son père à entrer dans les ordres, avant d’être assassiné. Le fils de Brunehaut, Childebert II, sera à huit ans roi d’Austrasie et de Burgondie, qui seront dans les faits gouvernés par sa mère, que l’on présente souvent comme la première reine de France — ce qui est un peu anachronique, la France n’existant pas à l’époque.
Après des années d’intrigues, d’empoisonnements, de meurtres (les Mérovingiens, faisant face à des problèmes de succession, se sont régulièrement entre-tués), Brunehaut verra une partie de sa descendance tuée par Clotaire II, le fils de Frédégonde. Enfin, Clotaire fera torturer Brunehaut, l’accusant d’avoir tué dix rois francs. Dépouillée de ses habits royaux, Brunehaut est longuement torturée. Elle a alors soixante-trois ans mais survit à ce traitement. En sang, elle est promenée nue, tirée par un chameau. Enfin, on attache ses cheveux et un de ses pieds à la queue d’un cheval indompté. Écartelée par les ruades de l’animal, elle meurt et ses restes sont brûlés. Selon mon arbre généalogique, je descends de Brunehaut par 192 364 branches (comme beaucoup de gens, je pense)
Emma de Blois (~950-~1005). Épouse de Guillaume IV d’Aquitaine, fondatrice de l’abbaye de Bourgueuil, elle est connue pour un fait-divers sordide : fâchée de la liaison de son époux avec Aldéarde d’Aulnay (~940-993), vicomtesse de Thouars, elle a fait rudoyer et violer cette dernière par ses gens, avant d’aller se réfugier dans le château de Chinon où elle a attendu que le courroux de son époux s’apaise. Je suis censé être un descendant de celle qu’on a surnommée « la comtesse diabolique » par 22 887 branches, et de son infortunée rivale, par 5 427 branches !

Emma de Normandie (~984-1052), aussi nommée Ælfgifu, fille de Gunnor de Crepon et de Richard I de Normandie, petite fille du viking Rollon, a d’abord épousé Æthelred II, dit « le malavisé », roi d’Angleterre. Le jour de la Saint-Brice, le 13 octobre 1002, Æthelred a ordonné le massacre des danois présents dans son royaume. Le viking Sven à la barbe fourchue le lui fera payer, en conquérant l’Angleterre, devenant alors roi de Norvège, de Danemark et d’Angleterre. Mais Sven meurt peu après cette conquête, et Æthelred peut en rentrer en Angleterre… Où il meurt assez vite à son tour, laissant sur le trône son fils Edmond côtes-de-fer, qui est contraint à partager l’île avec Knut (Canute), le fils de Sven. Edmond meurt de manière inattendue, laissant Knut devenir le seul roi d’Angleterre, de Norvège et de Danemark. Knut épouse alors Emma, la veuve de l’ennemi de son père. Si les rapports d’Emma et Æthelred avaient été médiocres, ceux d’Emma et de son époux danois ont été bien différents. Régnant véritablement sur l’Angleterre pendant dix-huit ans, notamment lors des absences de son époux, Emma a eu une importance politique véritable, du vivant de Knut et ensuite, malgré sa rivalité avec la concubine de son époux, Ælfgyfu de Northampton, et malgré les ambitions des enfants de son premier époux, exilés en Normandie. On prête à Emma une liaison avec Ælfwine, l’évêque de Winchester. Je suis censé être un des descendants d’Emma par sept branches.

Gruoch (née avant 1015). Petite fille de Cináed II roi d’Alba (Écosse), Gruoch a successivement épousé Gille Coemgáin, comte de Moray, et Macbethad mac Findláech, roi d’Écosse et cousin du précédent, qui avait été immolé par cinquante de ses hommes, au profit et peut-être à l’instigation de celui qui allait plus tard épouser sa veuve.
Gruoch est la « lady Macbeth » de la pièce de William Shakespeare, où elle est une ambitieuse et une intrigante qui finira par mettre fin à ses jours. Rien ne dit que cette réputation soit méritée. Je suis censé être son descendant par quatre branches.

Nicholaa de la Haye (~1150-1230), connétable du château de Lincoln et première femme Sheriff (du Linconlnshire) en Angleterre. Elle est nommée à ce poste le 18 octobre 1218, par le roi Jean-sans-terre, qu’elle connaissait de longue date, qui la remerciait ainsi de sa fidélité et de son efficacité dans la défense du château contre les assauts successifs de William de Lonchamp, d’hommes de Louis VIII ou encore de Guillaume Longue-épée. Lorsqu’elle a protesté contre cette promotion, arguant qu’elle était trop âgée (aux alentours de 66 ans), Jean lui aurait répondu : « Ma chère Nicolaa, je veux que tu tiennes ce château comme tu l’as fait dans le passé, jusqu’à ce que j’en décide autrement. »
Il semble que je sois son descendant par six branches, toutes du côté britannique de la famille.

Isabelle d’Angoulême (~1188-1246). Fille unique d’Aymar Taillefer et d’Alice de Cournenay, Isabelle est comtesse de plein-droit d’Angoulême. Ses fiançailles à Henri IX de Lusignan, comte de la Marche, font craindre au roi Jean-sans-terre de voir diminuer son pouvoir en Nord-Aquitaine. Présent le jour des noces, le 24 août 1200, le roi d’Angleterre enlève la promise, qu’il épouse et qui devient reine consort d’Angleterre. Parmi ses enfants se trouvent un roi d’Angleterre, une reine d’Écosse et une impératrice du Saint-Empire. Lorsque Jean meurt, seize ans plus tard, Isabelle fait couronner son fils Henry III. Exclue des affaires par les conseillers du palais, en froid avec son fils, elle ne tarde pas à retourner en France où elle épouse, Hugues X de Lusignan, fils de son ancien fiancé qui était mort l’année précédente. Ils auront neuf enfants. Sa sépulture se trouve à l’Abbaye de Fontevraud, à proximité de celle de sa belle-mère, Alienor d’Aquitaine, qui avait été successivement mariée au roi de France Louis VII puis au roi d’Angleterre Henri II, ce qui l’a faite deux fois reine.
Elle est interprétée par Victoria Abril dans l’excellent film Robin and Marian (Richard Lester, 1976), et par Léa Seydoux dans le Robin des bois de 2010.
Selon la généalogie, je suis descendant d’Isabelle par dix de ses enfants, répartis en 126 branches, autant des côtés britanniques que limousins de ma famille.

Jeanne de Belleville (~1300-~1359), première femme pirate française. Elle naît dans le Poitou. Sa famille possède notamment les îles d’Yeu et de Noirmoutier. Elle est mariée jeune à Geoffroy de Châteaubriand, puis, une fois veuve, à Guy de Dreux, ce qui fera d’elle la belle-mère de Jeanne « la boiteuse » de Penthièvre, mais ce second mariage sera rapidement annulé par le pape.
Elle épouse ensuite Olivier IV Clisson. Elle partage la disgrâce de son époux lorsque le roi Philippe VI le fait décapiter après l’avoir attiré à Paris au prétexte d’un tournoi. Ses biens — qui s’étendent sur un territoire considérable — sont saisis, mais elle se défend, arme deux navires et embarque un équipage de fidèles pour écumer les côtes bretonne, ravageant tous les bateaux dépendants du roi pendant six mois, exécutant sans merci ses prisonniers dont elle coupe les membres pour les jeter à la mer. Lorsque son fils meurt, elle part vivre en Angleterre, où elle se marie pour la quatrième et dernière fois. La légende de la « Lionne sanglante de Bretagne » est désormais un peu contestée par les historiens, pour qui, moins qu’une cruelle femme pirate, Jeanne a surtout été une fugitive protégeant ses enfants. Il semble que je sois son descendant par une quinzaine de branches.

Jacquette de Montbron (1544-1598)
Favorite de Catherine de Médicis et de Louise de Lorraine. Devenue veuve d’André de Bourdeilles, elle s’est passionnée pour la construction, devenant l’unique femme portant le titre d’architecte tout au long de la Renaissance. Inspirée par des architectes italiens, elle a conçu et supervisé les châteaux de Matha (Charente-Maritime) et Bourdeilles (Périgord).
Son beau-frère, Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme, a écrit son éloge :
Sur tous les artz, elle ayma fort la geométrie et architecture, y estant très-experte et ingénieuse, comme elle a bien faicte aproistre en ce superbe édifice et belle maison de Bourdeille, qu’elle fit bastir de son invention et seule façon, qui est très-admirable. Aussy Salomon dict que la sage et honneste femme faut qu’elle fit bastir sa maison. Tousjours elle a faict bastir et remuer pierres en toutes ses maisons, estant tousjours assidue en quelque belle action, comme à ses ouvrages, auxquelz elle fut fort industrieuse et labourieuse
Je suis censé être son descendant par deux branches, à la 13e et à la 14e génération.