J’ai longtemps été assez fier des armes de la famille Chamier1, qui, en dehors des symboles banals (roses, lys, hermine, cœur, branches) montre une main qui tient un parchemin sur lequel se trouve un livre. Et au dessus de cette main, la devise : Aperto Vivere Voto, qui doit signifier « je fais le vœu de vivre ouvert », ou quelque chose du genre (je n’ai pas fait latin). Longtemps, j’ai voulu interpréter ici une double-célébration de l’ouverture d’esprit et du pouvoir des livres. En fait c’est plus compliqué que ça. Du temps du Grand Chamier, les armes de la famille n’était composées que de trois roses, les branches ont été ajoutées pour évoquer les conditions de la mort de cet illustre ancêtre, de même que tout ce qui surplombe, qui évoque en fait l’Édit de Nantes (c’est le parchemin), et La Bible (c’est le livre qui se trouve sur le parchemin et que la famille fait le vœu de toujours garder ouvert — ou en tout cas de toujours avoir le droit de le faire, puisqu’il s’agit d’une revendication à exercer librement sa religion.

Certes, la devise et le dessin sont porteurs de l’histoire familiale, mais le message est un peu moins universel que j’avais voulu le croire. Mais après tout, c’est bien la libre lecture de la Bible qui a permis la libre-pensée et mené au doute et même, disent certains, à la réflexion individuelle — puisqu’aucune activité n’est aussi individuelle et propre à susciter la médiation personnelle que la lecture.
La famille Deschamps, de son côté, ne fait pas vraiment dans l’originalité, avec des griffons d’or (pas Gryffondor, hein), un lion et une couronne2. La devise est Fortis, Generosus, Fidelis : fort, noble et fidèle.
On imagine mal une famille qui choisirait pour devise : Faible, geux et infidèle.

Ces armes ont tout de même une histoire : elles ont été données à la famille Deschamps (ou Des Champs), ainsi que la devise, par Henri IV en personne, alors que celui-ci n’était encore que roi de Navarre sous le nom d’Henri III. Ce cadeau avait été fait par le roi en remerciement de l’hospitalité qu’il avait reçue au château de Bourniquel (Château de Cardoux), près de Bergerac, dont j’ignore le lien avec la famille Deschamps.

À partir de 1780, en vertu du testament d’Antoine Chamier et de l’autorisation royale, Jean Des Champs prend le nom de son épouse, Judith Chamier. Les armes sont alors doublées et associées, et les devises accumulées.
Ça commence à être un peu chargé !
- D’azur à une face d’or, chargée d’un cœur de gueules ; accosté de deux branches, l’une de palmier et l’autre de cyprès, placées en sautoir, accompagné de trois roses d’argent, une et deux, barbées et grenées. Cimier (crest) : un dextrochère incliné, vétu d’azur à cins fleurs de lys d’or, deux, une et deux, et manchette d’hermine, trnant un parchemin déroulé sur lequel est un live ouvert, garni d’or. Le tout surmonté de la devise : Aperto Vivere Voto. [↩]
- d’azur à un lion d’or rampant, lampassé de geules, armé d’un glave. L’écu suporté par deux griffons d’or et surmonté d’une couronne ducale. [↩]