Profitez-en, après celui là c'est fini

L’Assemblée nationale et la science-fiction

février 6th, 2013 Posted in Fictionosphère, Les pros | 20 Comments »

(attention, cet article s’en prend aux députés, mais on doit moins y voir un refus de la démocratie qu’un mouvement d’humeur face à son mauvais fonctionnement et à ses dérives)

J’ai du mal, ces jours-ci, à m’empêcher de regarder la séance en direct de l’Assemblée nationale sur la question du mariage dit « pour tous ». La faute à Twitter : puisque beaucoup des gens que je suis tweetent1 leurs réactions enthousiastes ou indignées, eh bien j’y vais aussi. Il faut dire, indépendamment de ce qu’on pense de l’objet de la loi, que la séance est parfois animée, et que certaines personnalités font preuve de beaucoup de talent, je pense surtout à Christiane Taubira et à son adversaire principal, Hervé Mariton. Mais d’autres se sont montrés bons dans la défense de leurs opinions, notamment Marie-Georges Buffet ou, dans le camp adverse, Henri Guaino (si si).

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Dans l’ensemble, les arguments ne volent cependant pas très haut et tombent parfois dans l’excès et la caricature. Certains députés tentent de faire des phrases mais tous n’ont pas la fibre littéraire et il en résulte parfois des métaphores, des images et des références franchement risibles et d’autant plus comiques, même, qu’elles sont déclamées sur un ton qui se veut solennel ou lyrique. Plus grave, les orateurs énoncent comme des faits ce qui relève de leur intuition, sans jamais se donner la peine d’effectuer des vérifications élémentaires ni, une fois les erreurs établies, de modifier leur discours en fonction de la nouvelle donne. Malgré la (problématique) professionnalisation du corps politique, les députés ne parviennent presque jamais à se montrer un tant soit peu « pros ».
Il manque à l’Assemblée Nationale la mentalité du scientifique, qui cherche à comprendre le réel ; de l’ingénieur, qui prend un problème et qui cherche le moyen de le résoudre ; du programmeur, qui cherche la réponse automatisée la plus simple à des problèmes complexes à venir ; du designer, qui cherche la forme la plus adaptée pour répondre à des besoins divers — y compris des besoins que l’on découvre en même temps que leur solution. Il manque aussi des artistes ou des poètes, capables de faire un pas de côté et d’amener de la beauté ou de la grandeur. Il manque de vrais historiens ou de vrais anthropologues,…2. Au lieu de tout cela, la plupart des joutes oratoires (pour cette session en tout cas) sont des brouets qui mêlent des souvenirs mal digérés de cours de philosophie de classe de terminale et des notions de psychologie de café-du-commerce. Je suis sévère, je sais, mais j’ai du mal à oublier combien ces gens sont payés pour faire les clowns et tenter d’avoir leurs deux minutes d’attention. Internet, avec la possibilité de suivre tous les débats, de les revoir ou de consulter leurs transcriptions m’a prouvé que cette partie du travail parlementaire était improductive, poussive, irrationnelle, et pourtant dangereuse puisque c’est bien là et nulle part ailleurs que le droit est construit. Vivement que l’on passe à un système plus moderne et moins malveillant, vivement que l’on cesse d’élire ceux dont l’unique talent est de savoir se faire élire. On peut rêver, non ?

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Une chose m’a frappé cette fois-ci : le recours redondant à des références issues de la science-fiction. Cela a commencé par le député d’opposition Nicolas Dhuicq, qui (29/01) a mentionné Philip K. Dick : « J’appartiens à une génération qui a lu et écouté des auteurs, dont la structure était d’ailleurs probablement psychotique, comme Philip K. Dick, dont Ridley Scott a tiré son excellent Blade Runner ». À quoi son collègue de la majorité Olivier Faure a répondu « vous regardez trop la télévision », réflexion un peu ignorante puisqu’elle concerne un écrivain (est-ce que l’on répondrait « vous regardez trop la télévision » à quelqu’un qui citerait Balzac ?). C’est bien sûr ce qui lui a été répondu : « Ce n’est pas la télévision, lisez de bons romans, vous verrez. Cette œuvre, sans doute prémonitoire, poétique, peut être lointaine, doit nous amener à réfléchir sur ce qu’est la définition de l’humain ».

blade_runnerJe ne sais pas si la référence à Philip K. Dick était bienvenue, surtout en mentionnant Do Androids dream of electric sheep, le roman qui a inspiré le film Blade Runner, puisque la réflexion qui y est faite sur la nature de l’homme porte sur des ersatz d’humains, d’une part, et sur le rapport de l’homme à l’animal (plus ou moins escamoté dans le film de Ridley Scott), mais pas spécialement sur l’altérité sexuelle. En tout cas, c’était une référence inattendue.
Le même Dhuicq a un peu plus tard mentionné George Orwell : « Lorsque l’on franchit les portes de l’éthique, que l’on n’est plus fasciné que par la seule technique, lorsque l’on se laisse dominer par la toute puissance des adultes qui ne supportent pas le manque, c’est un monde orwellien que l’on crée ». Alors là, on voit déjà un peu moins en quoi la référence à Orwell (celui de 1984, je suppose) peut opérer puisqu’Orwell n’a pas spécialement parlé de fascination pour la seule technique ni de la difficulté des adultes à supporter la frustration. Il a décrit un monde totalitaire où la propagande et la surveillance sont constantes et où le passé et le réel sont réécrits mensongèrement. Aucun rapport, et j’ajouterais que dans 1984, l’homosexualité et la sexualité dans un but non-reproductif font partie des « sex-crimes » qui sont sévèrement réprimés.
Le même député a osé une vision audacieuse, pour laquelle il aurait pu invoquer La machine à explorer le temps, d’H.G. Wells : « Nous ne le verrons peut-être pas de notre vivant mais à terme, vous aurez créé deux humanités (…) J’ai peur de cet avenir ». Dans le récit de Wells, l’humanité s’est scindée en deux nouvelles espèces : les beaux et doux androgynes Éloïs, qui vivent d’amour et d’eau fraîche, et les hideux et méchants (mais intelligents) Morlocks, qui vivent sous terre et n’en sortent que pour aller dévorer des Éloïs.
Si je comprends bien son propos, Sergio Coronado, député écologiste, a justement ironisé sur le thème du voyage dans le temps, qu’il nomme « téléportation » (?!) : « On a parlé de la PMA, on a parlé de la GPA, il nous reste un peu de temps, on pourrait parler de téléportation, chers collègues, si vous le voulez. Cela me paraît un thème intéressant, à deux heures du matin, même si j’ai l’impression que nous y avons déjà droit depuis quelques heures, puisque l’on aborde des thèmes qui étaient très vivaces il y a plusieurs siècles ».

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Le 4 février, Guillaume Larrivé (UMP) a lui aussi ironisé en faisant référence à la série The Twilight Zone : « Au septième jour de nos débats, la majorité est définitivement entrée dans la quatrième dimension. Les notions fondamentales de père et de mère sont tellement obscures dans vos esprits que vous avez décidé, bizarrement, de donner un vaste coup de balai dans le code civil pour les mettre à la corbeille ».
Le même jour, Nicolas Dhuicq est revenu à George Orwell, mais avec une référence plus compréhensible : « Il fut un temps où le verbe était créateur, où nous inventions des mots qui correspondaient à notre découverte du monde. Or voici venu le temps de la novlangue ». Compréhensible mais pas pour autant très pertinente car il s’agissait essentiellement de remplacer les mots « père » et « mère » par le neutre « parents ». Or un père et une mère sont bel et bien des parents.
1984Cette référence à la Novlangue a rencontré un succès certain puisqu’elle a été reprise par Charles de Courson (centre droit) :
« Mes chers collègues, si vous avez aimé le célèbre roman 1984 de George Orwell, vous adorerez l’article 4. Cet article est en effet une parfaite illustration de la novlangue de ce roman, c’est-à-dire d’un langage destiné à déformer la réalité (…) Pis encore, il est la stricte application de la grammaire de la novlangue qui se caractérise, je le rappelle pour ceux qui ne sont pas spécialistes de ce roman, par deux grandes particularités : l’interchangeabilité des parties du discours et la régularité – la règle grammaticale ne connaît plus d’exceptions. L’article 4 est donc la parfaite illustration de cette novlangue par ceux qui souhaitent nier l’altérité sexuelle, la gommer, la dissimuler dans des termes qui ne veulent pas rappeler que notre nature humaine est liée à cette altérité sexuelle (…) Voilà l’illustration de 1984. George Orwell a gagné ! ».

Si la Novlangue est correctement expliquée, on notera que le député semble penser que quelqu’un qui aime le roman 1984 aime ce qui y est décrit, et que le but de George Orwell était bel et bien de voir le régime de Big Brother être établi. Curieux.
Plus tard, Hervé Mariton fera lui aussi allusion à 1984, à deux occasions, toujours au sujet de la reformulation du code civil : « C’est de la novlangue ! » et plus tard : « Je voudrais demander à la majorité comment, dans la novlangue qu’elle ne manquera pas d’imposer à la France, elle va traduire le mot « fraternité » ». Le lendemain, Philippe Gosselin et Xavier Breton citeront eux aussi la Novlangue.
Guillaume Larrivé, qui avait parlé de la Quatrième dimension, mentionne Ray Bradbury : « (…) certains membres de la majorité perdent le sens commun. Charles de Courson a évoqué tout à l’heure le roman 1984 de George Orwell. J’ai le sentiment que certains des membres de la majorité sont des lecteurs du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Ce livre décrit une folie de destruction des livres ; eh bien vous, vous avez la volonté d’effacer, de renier, d’ébranler le code civil, et c’est profondément regrettable. Vous avez décidé, au fond, de céder à une espèce de pulsion de destruction… ».
La référence n’est pas très pertinente, mais là aussi on laisse entendre que le but du lecteur de Farenheit 451, c’est de faire disparaître les livres. Étrange approche de ce à quoi peut servir la fiction.

brave_new_worldJe me demandais pourquoi personne n’avait fait référence au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley qui m’aurait semblé bien plus utile que les autres auteurs évoqués, puisque la procréation y est séparée de la sexualité, qui n’est plus qu’une activité récréative. Le 5 février, François de Mazières en a eu l’idée : « J’aimerais à mon tour renvoyer à un livre célèbre, Le Meilleur des mondes, de Orwell… ». Belle erreur d’attribution, rectifiée par plusieurs députés… et escamotée dans la transcription officielle. « …pardon, d’Aldous Huxley. Dans la société que décrit ce livre, les mots « père » et « mère » sont des insultes. Au fond, nous sommes en train d’en venir là ; nous sommes en train de dire que les mots « père » et « mère » n’ont pas grande valeur. Et vous savez quelle était la démonstration de ce livre : quand tout est codifié par un régime totalitaire, il n’y a plus aucune liberté ». On notera la conclusion tautologique, inutile et même, sans grand rapport avec la démonstration.

Que tirer de tout ça ? Le fait d’utiliser la science-fiction pour décrire les conséquences futures d’une loi sur une société est plutôt intéressant. Peut-être a-t-on progressé depuis l’époque où les frères Bogdanoff, pour leur enquête sur la science-fiction, l’Effet science-fiction (1979), s’étaient fait répondre par tous les décideurs politiques que la science-fiction ne les intéressait pas puisqu’elle parlait du futur tandis qu’eux, ministres, députés, etc., devaient se préoccuper de gérer le présent. Mais en même temps, les références employées sont essentiellement dystopiques, il s’agit d’un futur qui fait peur, d’un futur totalitaire (ou qui est lu ainsi, car les positions d’Huxley sont bien plus ambiguës que ce que l’on croit souvent), et accessoirement d’œuvres qui sont souvent étudiées par les collégiens.
Personne n’a mentionné l’excellent Face aux feux du Soleil d’Isaac Asimov, où il est obscène d’être parent biologique, ni des auteurs tels que Robert Heinlein, qui imaginait des modèles familiaux alternatifs au couple, ni à la longue liste de récits centrés sur l’identité sexuelle, les régimes liés aux genre, les transformations biologiques de l’homme, etc.
Pour ma part, ce qui m’intéresserait plus à présent, ce serait de relire ce que la science-fiction raconte sur les modes de gouvernement : république des savants, parlements universels, régimes libertaires, et autre utopies.
Car je dois le dire, notre mode de fonctionnement politique me semble bien médiocre.

  1. Selon Le Monde, « tweeter » devrait se dire « twitter » et je devrais donc écrire « twittent ». Je ne peux m’y résoudre. []
  2. Bien sûr, je parle du scientifique idéal, de l’ingénieur idéal, du programmeur idéal, etc. []

Littératures graphiques contemporaines #2.4 : Singeon

février 4th, 2013 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Singeon, auteur de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 20 février à 18 heures, dans la salle A1-175.
La séance est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #2.3 : Thomas Cadène

février 4th, 2013 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Thomas Cadène, auteur de bande dessinée et initiateur d’une expérience originale de publication en ligne, Les autres gens.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 13 février à 18 heures, dans la salle A1-175.
La séance est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Galaxies 21

février 1st, 2013 Posted in Lecture, Personnel | 4 Comments »

galaxies_21Le numéro 21 de la revue Galaxies vient de sortir. Galaxies est une des dernières revues importantes de science fiction avec Bifrost et Fiction. Galaxies a reçu l’an dernier le prix de la meilleure revue européenne de science-fiction pendant l’Eurocon (la Convention annuelle européenne de la science-fiction, créée en 1972), qui se tenait à Zagreb. Je suis abonné et je dois dire que j’apprécie beaucoup ce format qui permet de découvrir des textes très divers.

Outre des nouvelles et des critiques, chaque numéro comporte un dossier consacré à un auteur, cette fois il s’agit de Daniel Walther, écrivain français prolifique d’excellente réputation mais peu connu du public le plus étendu (et dont je n’ai jamais rien lu). Les nouvelles inédites sont de Christian-Mihail TeodorescuLoïc le BorgneLeonid KaganovKen LiuJean-Pierre Andrevon… et de votre serviteur. En effet, sur le conseil du légendaire auteur et éditeur Gérard Klein, j’ai soumis une nouvelle version de mon texte La sœur de poche à Galaxies, qui me fait donc l’honneur d’une publication parmi tous les noms prestigieux que j’ai cités. La couverture est signée par Philippe Caza.

Alors si vous vous intéressez à l’actualité de la science-fiction, abonnez-vous, c’est pas cher, c’est 11,5 euros par trimestre ou 44 euros par an (6 numéros). On peut aussi acheter chaque numéro individuel pour 11 euros (+2 de port) : www.galaxies-sf.com

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janvier 31st, 2013 Posted in Interactivité, Lecture, Les pros | 1 Comment »

6On compare souvent la bourse à un casino géant où des financiers irresponsables miseraient sur des actions comme s’ils jouaient à la roulette, plus ou moins au hasard, au risque de provoquer la faillites des entreprises dont ils achètent et revendent les capitaux, ou de ruiner les épargnants qui leur ont confié leurs économies.
La réalité est bien pire.

Le livre «6», qui est le sixième ouvrages des éditions zones-sensibles (déjà saluées ici pour Yucca Mountain et Flatland), nous fait entrer dans un monde de démesure et d’absurdité, celui de la haute-finance et, notamment, du « trading haute fréquence », qui est son sujet principal. Depuis l’époque où Nathan Rothschild a multiplié ses capitaux par vingt en étant le premier à connaître l’issue de la bataille de Waterloo, la maîtrise de la rumeur, la primeur de l’information et la rapidité à prendre une décision font régulièrement la ruine des uns et la fortune des autres. Mais depuis l’invention de l’ordinateur, les décisions peuvent se prendre au millième de seconde près et les ordres d’achat être exécutés presque immédiatement, à une vitesse qui dépasse de loin celle du cerveau humain : il faut des semaines ou des mois pour analyser de quelle manière des robots logiciels ont pu, en quelques secondes, provoquer une catastrophe boursière telle que le « flash crash » du 6 mai 2010 qui, en l’espace de dix minutes, a fait perdre 9%, soit plus de 800 milliards de dollars, au New York Stock Exchange, c’est à dire Wall Street — surnom qui n’est plus très approprié puisque les échanges boursiers ne sont plus effectués par des humains à Manhattan, mais, très majoritairement par des programmes informatiques à Mahwah, dans le New Jersey.
Ces programmes ont des algorithmes complexes, parfois évolutifs, qui tentent de réaliser des plus-values rapides, parfois minuscules, de l’ordre d’un cent par action, mais qui ne font pas que ça : tous ces logiciels s’affrontent, tentent de se duper les uns les autres, effectuent sciemment des transactions absurdes ou subissent exprès des pertes destinées à provoquer les erreurs d’algorithmes concurrents et à orienter le marché à leur profit, à ralentir l’ensemble des transactions en passant puis en annulant des milliers d’ordres, etc.
Il n’y a plus là de rencontre raisonnable entre investisseurs et investissements, mais un écosystème virtuel opaque où des programmes réagissent les uns aux autres de manière incontrôlable, déconnectée des réalités (dettes des États, capitalisation des entreprises) sur lesquelles ils pèsent pourtant lourdement, et tout cela à une vitesse inhumaine.

« Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes ».

Qui maîtrise le fonctionnement des échanges boursiers dans ses conditions ? Goldman Sachs, l’Union des banques suisses, JP Morgan Chase et autres monstres de la finance jouent manifestement aux apprentis-sorciers, et les inventeurs historiques de la finance électronique constatent que leur créature leur échappe, comme Thomas Peterffy1 qui en 2010 qualifiait les échanges boursiers de « vrai bordel ».
Peu à peu, le livre impose le motif du « soulèvement des machines », pour reprendre le titre du troisième film de la série Terminator, où le système informatique Skynet, devenu conscient, décidait de se retourner contre ses créateurs, les humains2.
Officiellement, cet effrayant petit livre, censément « Traduit à partir de 0 et de 1 par Ervin Karp », a été écrit par un algorithme dénommé Sniper, qui évolue dans la mémoire d’un ordinateur et qui, selon le contrat que j’ai lu à son sujet, ne touchera que 0,01 dollars par ouvrage vendu et « ne percevra aucun bonus de fin d’année ».

Mahwah

Wall-street, ce n’est plus des traders excités qui se font des signes et déchirent des papiers, c’est un data-center réfrigéré où des logiciels s’affrontent.

Comme tous les livres de l’éditeur, celui-ci à une apparence à la fois simple et belle.
Regorgeant d’anecdotes, sérieusement documenté3, il est très agréable à lire malgré ce que son sujet très technique pourrait laisser craindre. Il est vendu deux fois six euros.

  1. On apprend, entre autres anecdotes croustillantes comment Peterffy a dû créer une main robot destinée à appuyer sur le clavier officiel du Nasdaq, qui lui était imposé pour toute transaction. []
  2. On pense aussi au W.O.P.R. de Wargames, avec l’histoire de Knight Capital, qui il y a quelques mois s’est ruiné en laissant un programme en phase de tests passer à pertes des ordres réels en croyant passer des ordres simulés : dans Wargames, de la même manière, le jeu de simulation guerrière finit par provoquer un début de guerre thermonucléaire. On pensera aussi au jeu Core War, dans lequel des bouts de code se battent pour la maîtrise de l’environnement qui leur sert d’hôte. []
  3. On critiquera cependant l’absence de bibliographie. []

De vrais pokémons

janvier 28th, 2013 Posted in Brève, Images | No Comments »

Comme chaque fois que je me sens submergé de travail et assailli de sollicitations, je préfère faire autre chose que ce que le devoir m’impose, et tant qu’à faire, un truc idiot ou inutile. Cette semaine, par exemple, j’ai passé mon temps à recenser des « vrais pokémons » pour un blog que j’ai créé sur la plate-forme Tumblr.
Je nomme « vrais pokémons » des animaux si bizarres ou si extraordinaires que l’on doute qu’ils existent réellement.

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Certains sont bien connus, comme l’ornithorynque, mais d’autres sont nettement plus surprenants. À l’heure où j’écris, le blog contient cent dix articles.
On y accède en cliquant ici : Actual Pokemons.

Et à présent, j’arrête de jouer, au boulot !

Koh-Lanta, ou l’aliénation de la libre-concurrence

janvier 14th, 2013 Posted in indices, Série | 17 Comments »

(Avertissement : cet article établit un parallèle spécieux entre un jeu télévisé et une structure économique et politique. Vous le lisez à vos risques et périls)

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Devant Koh-Lanta, je trépigne et je m’épuise, malgré le caractère fascinant de cette émission. Ce n’est pas tant le programme lui-même qui m’irrite, que les coupures publicitaires et le recours aux flash-backs et aux bégaiements de séquences qui permettent au réalisateur de faire durer pendant une heure trente un programme qui pourrait très bien ne durer qu’une demie-heure. Et l’impression de redite dépasse même le cadre de chaque épisode puisque, année après années, les mêmes situations, la même narration, les mêmes phrases sont répétées. Alors je ne tiens pas, je passe de temps en temps devant le poste, mais je ne suis le déroulement du jeu qu’avec distraction et en oubliant les noms des participants — en me faisant résumer l’action par tous ceux, chez moi ou sur Twitter, qui ne rateraient pas un épisode.

Qu’est-ce que Koh-Lanta ?

Je dois expliquer ce qu’est Koh-Lanta au lecteur qui n’a pas de téléviseur ou qui évite ce genre de programmes : il s’agit d’un jeu dit de télé-réalité diffusé depuis douze ans, dont les participants vivent sur une île déserte pendant une durée d’une quarantaine de jours et doivent concilier une existence en conditions de survie (l’émission anglo-saxonne originelle s’appelle d’ailleurs Survivor) avec des épreuves ludiques diverses. Les jeux permettent d’aboutir à la victoire finale d’un participant, mais aussi de rendre moins monotone le spectacle de la vie quotidienne des participants.

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Cette émission pourrait être une formidable expérience de psychologie sociale, mais la réalisation (qui abuse de montages parallèles très orientés, par exemple) et le commentaire explicatif qui est donné en voix-off faussent la compréhension que le spectateur peut avoir de l’action. Le dispositif est par ailleurs très opaque, on ne voit jamais une caméra dans le champ, on ignore combien il y a de cadreurs en tout et on ne sait pas si ces derniers donnent des indications ou posent des questions aux gens qu’ils filment, car tout est fait pour que l’on résume l’existence de la production du programme à une unique personne : l’animateur Denis Brogniart. Certaines ellipses abruptes, certaines allusions et certaines maladresses permettent de deviner qu’une bonne partie de l’action et des conversations nous est occultée, à fins de simplification scénaristique. J’ignore s’il arrive que les participants se rebellent contre les conditions auxquelles on les soumet. S’ils le font, cela n’apparaît jamais à l’écran, on n’entend même jamais la moindre protestation face à la difficulté ou à la cruauté d’une épreuve.

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Koh-Lanta n’est donc pas un outil scientifique pour étudier les comportements humains, mais certaines constantes ne lassent pas de me fasciner. La plus étonnante est l’invention express d’un « nationalisme » : les concurrents sont d’abord séparés en deux équipes concurrentes, appelées tribus : les « rouges » et les « jaunes », auxquelles on donne des noms exotiques : Mawar, Batang, Mingao, Wasaï,… Au bout de quelques jours, les uns et les autres se sentent profondément patriotes de la tribu à laquelle on les a affectés. Une fois passé le moment de la « réunification », c’est à dire lorsque les tribus sont fusionnées et que chacun ne représente plus que lui-même, les couleurs attribuées arbitrairement continuent pourtant à peser. En fait, tant que le nombre de participants n’est pas descendu en dessous d’un certain seuil, chacun persiste à se définir comme « rouge » ou comme « jaune » et à échafauder alliances et stratégies en fonction de ces appartenances à des groupes créés arbitrairement quelques jours plus tôt, et ce contre leurs principes éthiques, contre les liens amicaux qu’ils ont pu tisser avec les membres de ce qui était le camp adverse et malgré les inimitiés qui les séparent de ce qu’ils considèrent, en dépit du bon sens, être le groupe auquel ils appartiennent. Le processus se répète invariablement chaque année, quel que soit le milieu socio-culturel et le niveau intellectuel des participants et alors même que ceux-ci arrivent sur l’île en ayant visionné en tant que spectateurs le déroulement des sessions précédentes et en étant, donc, avertis de tous les pièges qui les attendent. Les conditions de vie difficile sur l’île et les émotions fortes liées aux jeux, semblent suffire à aboutir chaque fois à cette situation. Sous-alimentation, épuisement physique et grandes émotions sont les outils classiquement utilisés par les groupes sectaires et les séminaires d’entreprise pour amener leurs victimes à abandonner leur individualité et à s’identifier à un groupe.

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Dans la vie du camp, plus ou moins livrés à eux-mêmes et responsables de leur propre bien-être, les participants adoptent un comportement plutôt compréhensible : certains tirent au flanc, espérant que ça ne se verra pas trop, d’autres font des efforts ostensibles, certains sont responsables, certains aiment diriger, d’autres aiment suivre, etc. Pendant les épreuves, les candidats de chaque équipe se montrent plutôt soudés et capables de fair-play. À intervalle régulier, enfin — une fois par semaine pour ce qui concerne le téléspectateur —, ont lieu des « conseils » au cours desquels les participants appartenant à l’équipe qui a perdu le dernier jeu règlent leurs comptes verbalement et votent, à bulletin secret, contre un des membres de leur propre tribu, qui est exclu et doit quitter l’île.

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C’ette partie du jeu pèse lourdement sur l’ensemble, et sans doute aussi sur l’identification tribale que je mentionnais plus haut : pour convaincre le groupe que l’on ne doit pas être exclu d’une équipe, il faut convaincre ses co-équipiers que l’on est au moins autant un « vrai » membre de la tribu qu’eux. Acculés à une compétition forcée, les participants apprennent vite à ne coopérer que de manière calculée, à se mentir, à échafauder des stratégies, à conclure des pactes, pactes dans lesquels les questions « nationalistes » (rouges contre jaunes) servent d’argument imparable : « Jocelyne, je vote contre toi, car tu n’as jamais réussi à t’intégrer au sein des rouges » (à quelqu’un qui a changé d’équipe en cours de jeu) ; « Gérard, je vote contre toi car tu resteras toujours un jaune » (après la « réunification »). Cette question que j’appelle « nationaliste » n’est pas l’unique motif d’exclusion : avoir fait perdre son équipe lors d’un jeu, avoir manqué de dynamisme sur le camp, être fatigué, être malade, déprimé, ou encore être soupçonné d’iniquité lors du partage de la nourriture sont des raisons fréquemment données, et nettement plus compréhensibles. Pour finir, je note que les joueurs qui sont écartés temporairement de leurs camarades parce qu’ils ont remporté un « jeu de confort » (une épreuve dont le vainqueur est, typiquement, emmené sur une autre île pour manger de la viande rôtie, des fruits ou du chocolat), sont souvent victimes de jalousie, et pâtissent du fait de ne pas s’être trouvé au bon endroit au moment où les alliances se sont conclues.

La loi de la jungle est-elle naturelle ? Et l’Europe, dans tout ça ?

Au fond, ce qui rend vraiment cruelle la « loi de la jungle » dans ce jeu, c’est qu’elle n’a rien de spécialement naturel, qu’elle est biaisée par des interventions et des règles qui au lieu d’encadrer et de « civiliser » les relations entre participants, imposent un climat de concurrence malsaine et laissent extrèmement peu de place à des comportements valorisants. La coopération ou la convivialité sont, de force, remplacés par la défiance, la fourberie. Les concurrents qui n’aiment pas se voir en compétiteurs sans pitié dépensent leur énergie à forger des excuses vaguement valorisantes pour leurs décisions et leurs actions. Les comportement chevaleresques (voter contre soi-même, faire exprès de perdre une épreuve) sont, si j’ai bien compris, interdits par le contrat qui lie les participants à la maison de production.

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Je ne suis pas anti-européen, je me vois comme fédéraliste, et pour plus tard, internationaliste, et j’ai même voté (sans être sûr d’en comprendre les tenants et aboutissants et un peu dépité du caractère byzantin du texte) favorablement au traité constitutionnel. Mais la dérive actuelle de l’Union Européenne me semble très proche de ce qui me semble clocher dans Koh-Lanta : sous prétexte de rendre équitable la concurrence, on force chaque pays, chaque société, à accepter des règles du jeu qui ne permettent justement rien d’autre qu’une atmosphère mortifère de concurrence et aboutissent à rendre presque illégale ou intenable toute autre attitude. On peut dire la même chose, sans doute, de la vie quotidienne des employés des grandes sociétés, mais dans le cas de l’Union européenne, on aboutit à des situations terribles où la machine va contre l’intérêt direct des contribuables qui la financent en étant utilisée comme moyen et/ou prétexte à détruire l’idée de service public puisque la rentabilité de ceux-ci n’est pas évaluée en fonction du service rendu ni de l’intérêt du public, mais en fonction de règles du jeu qui n’arrangent guère que les administrateurs de sociétés multinationales avides et agressives, qui ne croient en la libre-concurrence que s’ils en sont les organisateurs et les truqueurs.
Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que toute entreprise doive être un service public, mais il me semble logique, lorsque l’on décide qu’un secteur a une légitimité à l’être, que cela soit fait en fonction de l’intérêt général.

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Dans le cas de Koh-Lanta, ce n’est pas grave : c’est un jeu, il a une durée limitée, il laissera de plutôt bons souvenirs aux participants (contrairement à certains jeux qui portent sur la vie affective et sont odieux, comme l’ïle de la tentation), lesquels participants ont finalement bonne mine, avec quelques kilos en moins et, pour les hommes, la découverte qu’on peut avoir une meilleur tête avec une barbe que rasé de frais et en costume. Ces péripéties sont la condition pour que l’expérience soit distrayante pour le spectateur. Mais dans le cas de l’organisation des économies et des sociétés, ça me semble plus problématique.
On jugera peut-être mon parallèle spécieux. Tant pis.

Le téléspectateur : victime ou coupable ? (notes)

janvier 10th, 2013 Posted in Écrans et pouvoir | 18 Comments »

(Les lignes qui suivent ne sont pas très construites et doivent être considérées comme un début de réflexion)

Dans mon article précédent, consacré au film Les Nouveaux chiens de garde, une réflexion — qui constitue mon unique objection au film —, en a fait tiquer plus d’un : celle de la question de la responsabilité du spectateur dans l’aliénation dont il est victime de la part des médias. Il me semble en effet que le spectateur n’est pas si passif qu’il veut bien se le faire croire, et je pense qu’il est en partie le co-auteur des programmes qui lui sont servis.

Le téléspectateur piégé par le téléviseur (extrait du film Weird Science)

Le téléspectateur piégé par le téléviseur (extrait du film Weird Science, 1985)

Bien entendu, l’équation est très difficile à poser, car il y a de nombreux paramètres à prendre en compte : volontés politiques et politiques des entreprises, ou encore automatismes des professions qui fabriquent les contenus, sans compter les choix fallacieux qui sont parfois proposés : dix chaînes qui disent la même chose au même moment, ce n’est plus un choix, c’est une avalanche de non-choix. Mais en même temps, les expériences de télévision « intelligente » (et il y en a eu1) ont généralement été des échecs, et plus on prévient le public qu’un programme va être intelligent, plus ce même public fuit la chaîne qui l’annonce. Inversement, il semble que lorsque l’on prétend qu’un programme a du succès (même quand c’est une exagération) ou que l’on prédit qu’il va en avoir, il y a de fortes chances qu’il finisse effectivement par en avoir. Le public attire le public, car la télévision est un peu la « boite à empathie » de Philip K. Dick2, un dispositif qui permet de se placer en état de synchronisation émotionnelle avec le reste de la société.

La série “Max Headroom” : le spectateur est avachi devant le poste, c'est le téléviseur lui-même qui se rebelle !

La série “Max Headroom” : le spectateur est avachi devant le poste, les chaînes sont soumises à leurs actionnaires, les journalistes sont muselés… c’est le téléviseur lui-même qui se rebelle, sous forme d’un présentateur virtuel, Max Headroom.

Les manifestations politiques ou syndicales, le fait d’assister à un concert ou à tout autre rassemblement provoquent des sensations assez fortes chez le primate émotif et empathique que nous sommes. Les religions usent et abusent de ce trait psychologique, c’est tout le principe et toute la puissance des cérémonies religieuses. Je pense qu’il y a quelque chose comme ça dans le fait de regarder la télévision : même si on sait bien que l’on est physiquement seul, ou en famille, une partie de nous sait très bien que des centaines de milliers et peut-être des millions de personnes sont en train de voir la même chose au même moment. La multiplication des chaînes devrait rendre ce phénomène caduc, mais en même temps de nombreuses chaînes diffusent les mêmes évènements plus ou moins en direct, notamment les chaînes d’information. En enregistrant moi-même des émissions pour la télévision ou la radio (autre média de flux, bien sûr), j’ai remarqué à cinq reprises qu’on me demandait de laisser croire aux auditeurs qu’une émission n’était pas pré-enregistrée mais se déroulait en direct. Ce petit mensonge, qui doit être extrêmement courant, prouve à mon avis que le public est demandeur de synchronicité, peut-être pour que chaque téléspectateur se sente en résonance avec les autres, comme je le suggère au dessus, peut-être aussi pour avoir l’impression toute simple de voir les choses au moment où elles se passent, d’assister à l’évènement — mais la promotion d’un livre ne me semble pas être un évènement véritable.

La télévision de propagande pure et dure, ça existe.

La télévision de propagande pure et dure, ça existe, et ça fonctionne, comme avec Fox News et son système de “mémos” internes qui indiquent aux journalistes les slogans à marteler chaque jours. Ici, le message à faire passer est “John Kerry est français”. John Kerry était le candidat démocrate opposé à George W. Bush en 2005. Et “français” était visiblement un repoussoir pour les électeurs républicains. Mais est-ce qu’il suffit de marteler une bêtise pour qu’elle soit crue, ou est-ce qu’il faut que le spectateur soit lui-même prêt à croire ce qu’on lui dit ? Fox News ne semble destiné à convaincre que les spectateurs qui adhèrent à une partie de son message.

La télévision est par ailleurs un média personnel, familier : on la regarde en pyjama si on veut, on est maître de sa télécommande et on a donc un agréable sentiment de contrôle — sentiment que contredit la pratique : on se retrouve souvent à regarder des choses que l’on n’a pas envie de voir car on en attend d’autres ou que l’on manque de courage pour l’éteindre3. C’est un média modeste, aussi. Comme le dit le célèbre aphorisme de Godard : « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse ». Chris Marker4 a complété cette réflexion en conservant l’opposition entre télévision et cinéma : « Le cinéma, c’est ce qui est plus grand que nous, sur quoi il faut lever les yeux. En passant dans un objet plus petit et sur quoi on baisse les yeux [la télévision] le cinéma perd son essence ». Bien sûr, chez Godard, il y a un double sens : baisser la tête vers le téléviseur, c’est lui être supérieur, ne pas se laisser écraser par « ce qui est plus grand que nous », mais c’est aussi, justement, baisser la tête, courber l’échine face à la domination qu’exercent ceux qui organisent le spectacle télévisuel. La culture « haute » est souvent vécue comme un traumatisme par le spectateur qui se sent, face à elle, facilement rabaissé, jugé, ramené à son ignorance.
L’un dans l’autre, il me semble que la télévision ira toujours vers l’émotion plus que vers la réflexion, et je pense que le public ne demande pas autre chose car d’une certaine manière, il y trouve son compte. Certes, l’offre précède la demande, mais il n’est pas certain que la demande serait infiniment différente si l’offre était meilleure.

kim_jong_il_popping

Je suis conscient que cette célèbre image montrant feu Kim Jong Il en pleine inspection d’une cuisine n’a rien à voir avec le sujet, mais j’ai toujours eu envie de l’utiliser.

Pour me contredire moi-même, je suis forcé de remarquer que certains pays ont eu dès le départ une tradition de la télévision de qualité, pariant sur l’intelligence du public. C’est bien entendu le cas de la BBC en Grande-Bretagne (dont la concurrence privée a été de bon niveau aussi) et je pense que c’est aussi vrai, ou que ça l’a été, de la NRK en Norvège et de la TSR en Suisse. Trois pays qui ont construit leur radio et leur télévision publiques dans un contexte de grande solidarité nationale, je pense. Un public, effectivement, ça s’éduque, ça se construit, et la responsabilité de ceux qui font les programmes peut difficilement être niée. Mais on ne change pas la télévision comme ça. C’est bien pour ça que tant de gens refusent de la regarder ou que certains contenus existent à présent sur le web plus volontiers que dans le poste, non ?

  1. Télévisions « citoyennes », de quartier, pirates, culturelles, etc. : ce genre d’expérimentation, certes rarement encouragées, ont parfois eu du succès à la radio, mais pour une raison ou une autre, quasiment jamais à la télévision. Rappelons pour exemple que des programmes tels que Les Raisins verts de Jean-Christophe Averty ou La minute nécessaire de monsieur Cyclopède ont, en leur temps, rempli des sacs entiers de courriers de spectateurs outragés : trop inhabituel, trop bizarre, donc impossible à supporter. []
  2. La « boite à empathie », apparaît dans The Little Black Box (1964) et Do androids dream of electric sheeps (1966). Elle n’a pas été reprise dans le Blade Runner de Ridley Scott, qui est une adaptation de Do androids dream of electric sheeps. Elle sert à se caler sur les sentiments d’une personne, le « messie » Wilbur Mercer, qui a pour particularité de ne rien dire et de ne rien exprimer. Le contact avec la « boîte à empathie » est décrit comme une opération de  « fusion » qui permet à chacun à ne plus se sentir seul : « It’s an extension of your body; it’s the way you touch other humans, it’s the way you stop being alone ». []
  3. Phénomène détaillé dans le livre de psychologie sociale de Sébastien Bohler sur sur la manipulation par les médias. []
  4. Chris Marker, Immemory, 1997. []

Les nouveaux chiens de garde

janvier 9th, 2013 Posted in Écrans et pouvoir, Les pros, Parano | 13 Comments »

nouveaux_chiens_de_gardePointer du doigt les collusions entre le monde des médias et le monde politique ne peut pas être une mauvaise chose. C’est ce que fait ce documentaire que l’on peut ranger à côté de ceux de Pierre Carles, et bien entendu à côté du livre Les nouveaux chiens de garde, de Serge Halimi, dont il est l’adaptation. Intéressante, au passage, cette idée d’adapter pour le cinéma des essais de société, comme ici ou comme ça a été fait par Michael Winterbottom1 avec La Stratégie du Choc, de Naomi Klein.
J’ai plutôt apprécié la réalisation de ces Nouveaux Chiens de Garde, due à Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, notamment pour l’utilisation assez pertinente des incrustations d’éléments graphiques informatifs.

Soyons honnêtes : ce qui nous est raconté sent un peu le réchauffé, forcément : même si ce qu’il dit reste d’actualité, le livre de Serge Halimi a quinze ans. Et puis voir Elkabach entrer après ou avant Laurence Parisot au dîner du « Siècle », découvrir que Philippe Val n’est plus exactement un chansonnier révolté et constater que certains journalistes médiatiques profitent de leur notoriété pour se faire rémunérer grassement par des sociétés privées, oui, bon, d’accord, il faut évidemment rappeler tout ça… Mais on le sait bien, et on me permettra de trouver presque un peu naïf ce documentaire lorsqu’il nous apprend qu’une personne peut abandonner les idéaux de ses vingt ans, ou que des femmes journalistes épousent des hommes politiques2.

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J’ai été plus intéressé par les portraits de « experts » omniprésents sur les plateaux comme Alain Minc ou Jacques Attali, bien sûr, mais aussi comme Christian de Boissieu, Jean-Henri Lorenzi, Nicolas Baverez, Élie Cohen, Michel Godet,… Bien sûr, tout le monde connaît Minc ou Attali. L’un et l’autre ont porté un regard plutôt visionnaire sur les technologies de l’information et de la communication au début de leur carrière et sont, trente ans plus tard, des analystes politiques et économiques dont la liste des prophéties erronées ferait rire le plus malchanceux des astrologue — sans argument particulier, je dois dire que Jacques Attali m’a toujours semblé un moins grand imposteur qu’Alain Minc, cependant. Hommes de réseaux, naviguant avec suavité entre médias, monde politique (de tout bord « acceptable ») et monde économique, ils sont assez inoffensifs : nous connaissons leurs noms et leurs têtes, nous connaissons leur passé et nous savons que ce qu’ils représentent surtout, c’est eux-mêmes. Quand ils apparaissent dans le poste, nous avons des défenses, nous pouvons dire : « oh non ! pas encore celui-là ».

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Plus terrifiants sont les spécialistes « invisibles », dont nous oublions les noms et les visages d’une fois sur l’autre et que l’on nous présente sans justificatifs comme des hommes de sciences, des technocrates compétents, qui disposent d’outils inaccessibles au commun des mortels pour décider ce qui rendra la France de demain plus prospère — ou plutôt, plus « compétitive », car de même que le « médecin » qui prescrit des produits dopants à un cycliste se fiche de savoir s’il en mourra et/ou finira en prison, tant qu’il gagne le Tour de France, ces braves gens ne s’intéressent semble-t-il pas tellement à la prospérité du pays, mais bien à la bonne santé de la finance pour elle-même. Enfin pour elle-même, et pour leur compte en banque à eux aussi puisque, apprend-t-on, le « pool » d’une trentaine de spécialistes qui s’affiche en permanence pour traiter des questions économiques est constitué de gens qui, au delà de leurs qualités universitaires présentes ou passées perçoivent des jetons de présence à des conseils d’administration de sociétés importantes : loin d’être des scientifiques désintéressés, ils sont juge et partie. Ces spécialistes à quatre sous (ou à trente deniers, peut-être), formulent presque toujours la même proposition : il faut être « réaliste », l’État doit abandonner ses prérogatives au profit d’intérêts privés, la chose publique doit-être vendue. À coup de débats faussement conflictuels, ils parviennent effectivement à imposer une « pensée unique », un « there is no alternative » dont le but final est simple : baisser les salaires les plus bas et dépecer les services publics, qualifiés d’anachronismes, et tout ceci au profit immédiat de groupes financiers qui parviendront à faire travailler tout l’argent qu’ils représentent, comme lorsque Jean-Marie Messier est parti à la conquête de Hollywood avec les rentrées d’argent de la Compagnie générale des eaux.

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Si je dois émettre une réserve vis à vis de ce documentaire, c’est qu’il semble (en n’évoquant pas le sujet) totalement dédouaner le spectateur, qui est pour moi complice du crime autant que victime. C’est le spectateur qui réclame des experts qui ont l’air de savoir de quoi ils parlent, c’est le spectateur qui n’a pas envie d’entendre des gens hésiter, c’est le spectateur qui veut qu’on lui présente des oppositions binaires et qu’on réduise les argumentations à des slogans, c’est le spectateur qui veut qu’on amène devant lui des gens qui savent suivre le flux sans apporter de surprises et en limitant au maximum les moments d’intensité intellectuelle. C’est le spectateur qui veut qu’on lui montre des visages familiers, et c’est aussi le spectateur qui finit un jour par se lasser et réclame de nouvelles têtes. C’est le spectateur qui ne peut pas prendre au sérieux des gens à l’aspect curieux, à l’accents québécois, ch’tis ou méridional, de gens à l’élocution difficile, de bègues, de gens qui prennent un temps pour réfléchir,… C’est le spectateur qui réclame du spectacle. Il est le co-auteur de son aliénation.
Bien sûr, cette question est inhérente à la nature même de la télévision3.

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Ce qui m’amène à une remarque : si la multiplication des chaînes de télévision et des antennes de radio n’a, contrairement à ce qu’aime dire Alain Duhamel, pas spécialement favorisé une pluralité d’expression réelle, alors il faut se réjouir de ce qu’a apporté le réseau Internet en la matière, et le chérir comme un trésor des plus précieux. D’ailleurs, tout le monde le sait, et les ministres comme les présentateurs de journal télévisé ne cessent de nous préparer à un verrouillage du réseau, toujours sous l’inattaquable prétexte de défendre les plus faibles : les enfants qui seraient menacés par une délirante extension de la pédophilie ; les simples d’esprit et les adolescents que les forums poussent au suicide ou au meurtre ; les artistes que l’on prive de revenus en écoutant leurs chansons ; les homosexuels, les juifs, les noirs qui seraient impunément insultés sur Twitter ; etc.
Nous avons tous notre limite, il y a un argument révoltant pour chacun d’entre nous, pour chaque sensibilité. Alors ça finira par prendre. Ne venez pas me dire ensuite que j’aurais pu prévenir, c’est ce que je suis en train de faire.

On trouvera toutes les informations utiles sur ce film, ainsi que les endroits où acheter le DVD (18€ port compris) sur le site lesnouveauxchiensdegarde.com.

  1. Michael Winterbottom est par ailleurs l’auteur de l’excellent Code 46, dont je parlerai forcément ici un jour, et que je vois comme une excellente illustration, sous forme de fiction (et de science-fiction), des prédictions de Gilles Deleuze relatives à l’avènement d’une « société de contrôle ». []
  2. Quand au soupçon qu’une professionnelle des médias ne pourrait rien faire d’autre que défendre aveuglément les idées portées par son mari ministre, il me gêne un peu. Pourquoi ne se demande-t-on jamais si un homme politique n’est pas influencé par les idées de sa femme journaliste ? []
  3. Au passage, je ne suis pas certain que ceux qui refusent de la regarder aient complètement raison : ils ne représentent qu’une minorité, un entre-soi certes confortable mais qui ne leur permet peut-être pas de comprendre en parfaite connaissance de cause comment la télévision fabrique l’opinion. Même si c’est vexant, je pense qu’il faut accepter d’être son propre cobaye sur ce point, et observer le spectateur que l’on est. []

Souvenirs de l’empire de l’atome

janvier 5th, 2013 Posted in Bande dessinée, Design, Sciences | 7 Comments »

souvenirs_empire_atomeIl est assez difficile d’être surpris par une bande dessinée ces temps-ci, et encore plus difficile de trouver quoi lire dans le domaine : près de cinq mille albums sont sortis cette année, ce qui fait plus de quinze livres chaque jour, et ce à un niveau moyen de qualité plutôt élevé, peut-être plus élevé que jamais, dans un marché où l’on ne peut se fier à aucun repère habituel : des petits éditeurs passionnés apparaissent chaque jour, de gros éditeurs traditionnels publient des « romans graphiques » réussis, des centaines de séries, du pire au meilleur, débutent en mangas, et quand aux pionniers de l’édition dite « indépendante », ils multiplient les découvertes d’auteurs venus d’horizons parfois lointains et surprenants. Les libraires sont débordés par le nombre de nouveautés, peinent à mettre en exergue les albums qui le méritent et à orienter les lecteurs. On ne sait plus quoi lire.

C’est pourquoi je me trouve chanceux d’avoir eu l’honneur et le plaisir de lire en avant-première le très beau, palpitant et surprenant Souvenirs de l’empire de l’atome, par Alexandre Clérisse (dessin) et Thierry Smolderen (scénario), édité par Dargaud1 et qui sera disponible en librairies dans deux semaines.

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Le graphisme rappelle immédiatement les illustrations des années 1950-1960 (Charley Harper, Miroslav Sasek, Jim Flora, mais peut-être aussi Alain Grée, Mary Blair, Moritz Kennel,…), et notamment les illustrations d’encyclopédies scientifiques pour jeunes ou certains films pédagogiques du couple Eames ou de la société Disney. Le livre contient aussi des flashbacks et des références directes à des médias comme la science-fiction américaine de la première moitié du XXe siècle (Buck Rogers, Flash Gordon, John Carter), le cinéma britannique et américain ou la bande dessinée belge des années 1960. Chaque fois, le dessin s’adapte discrètement aux univers évoqués et à leur mode visuel. Bien que l’on puisse sans problème lire l’album sans disposer des références qui ont servi à le construire, l’érudition aussi foisonnante que cohérente qui se cache derrière est un régal : on reconnaît sans peine des citations du film Things to come (1936) d’après H.G. Wells et on apprend sur le blog Empiredelatome que le film The V.I.P.s (1963), qui se déroule dans un aéroport, a lui aussi servi de source d’inspiration aux auteurs. Entre autres objets on reconnaît le module de communication du film This Island Earth (1955), des automobiles Ford, General Motors, Chrysler, Bugatti, Buick, Citroën, des jouets inspirés par la science-fiction et la science parmi lesquels les jeux éducatifs radioactifs qui avaient été mentionnés sur le présent blog il y a quelques années. Parmi les autres références, on note László Moholy-Nagy, la designer textile Lucienne Day, et on croise des créations artistiques, des meubles ou des appareils électro-ménagers de designers tels que Charles et Ray Eames, encore eux, et (je suppose) des créations plus ou moins directement inspirées par Frank Lloyd Wright, Le Corbusier, Mies Van der Rohe, Arne Jacobsen, Marcel Breuer, George Nelson, Raymond Loewy, le Surréalisme, le Bauhaus,… On voit aussi des objets qui n’ont jamais été manufacturés, issus de l’imagination d’André Franquin et de Jidéhem2. André Franquin fait une apparition explicite dans le récit.

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Quand au « méchant » de l’histoire, un dénommé Zelbub, il nous rappellera autant le Zorglub de Spirou et Fantasio que le monsieur de Mesmaeker de Gaston Lagaffe et peut-être aussi Alex Osborn, l’inventeur de la technique du Brainstorming. Bruxelles est un des décors du récit, avec l’exposition universelle de 1958 et son célèbre Atomium, monument emblématique d’un modernisme ouvert sur un futur à la fois prometteur et inquiétant. L’histoire de la science-fiction est elle aussi évoquée, avec des citations de Galaxy ou Amazing Stories.

Je ne sais pas si toutes les références que je me suis amusé à chercher sont exactes, et je suis certain qu’il y en a bien d’autres à trouver, je suis loin d’être suffisamment attentif aux œuvres et aux créateurs pour le dire, mais l’album est une mine et ravira les spécialistes du design. J’y ai vu aussi des allusions à l’affaire Ummo (des scientifiques qui ont, dans la vraie vie, affirmé avoir reçu des informations provenant de la planète Ummo) ou à l’album Les martiens sont là, par Willy Vandersteen3, mais l’un et l’autre ne font semble-t-il pas partie des références (conscientes en tout cas, je l’ai interrogé à ce sujet) de Thierry Smolderen. En revanche, ce dernier s’est sérieusement penché sur l’étrange histoire du jet-propelled couch, le « divan à réaction », une affaire commencée en 1955 qui portait sur la thérapie d’un dénommé Kirk Allen — pseudonyme donné par l’analyste qui s’est occupé de lui — qui affirmait communiquer avec des hommes d’un futur lointain par télépathie, et dont on a par la suite pensé qu’il s’agissait de l’auteur de science-fiction Cordwainer Smith.

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Le récit de Souvenirs de l’empire de l’atome, constamment sous pression d’un suspense haletant, est largement inspiré par cette mystérieuse histoire. Le personnage principal, Paul, écrit de la science-fiction, comme Cordwainer Smith, et a, comme Kirk Allen et Cordwainer Smith, grandi en Chine. Et tout comme Kirk Allen, il pense être capable de se projeter en esprit dans un futur lointain. Ses mystérieuses notes attirent l’attention de ses employeurs à Washington, et lorsqu’il promet d’en finir avec son obsession du monde futur et, à l’avenir, de passer un peu plus de temps « sur cette planète », il ne rassure personne et on le force à consulter. Paul est-il victime d’un traumatisme lié à son enfance, ou bien communique-t-il effectivement avec Zarth Arn, immense chef de guerre de galactique qui naîtra dans un peu plus de cent-vingt mille ans ?  Si Paul est malade, peut-il guérir, et s’il ne l’est pas, ne risque-t-il pas de trahir le futur ? Est-ce que les objets ultra-modernes que l’on produit pour l’armée et pour les ménagères ont un rapport avec tout ça ?

Vous verrez bien, je m’arrête là.

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Cet album est une méditation inspirée sur l’imagination, l’évasion, le progrès, sur l’«envie de futur» et le refus de s’en tenir au monde tel qu’il est, toutes ces choses que l’on voit à l’œuvre autant dans la science-fiction que dans le modernisme artistique, technologique et industriel. Une bande dessinée sur le XXe siècle, sur la Guerre Froide, mais aussi, et c’est nettement plus inattendu, sur le design. Je sens que Thierry Smolderen, grand passionné de science-fiction, certainement lecteur de la meilleure période de Spirou dans son enfance, né à Bruxelles au milieu des années 1950, a mis beaucoup de lui dans cet album. Quand au jeune Alexandre Clérisse, qui a étudié à l’école supérieure de l’Image à Angoulême, où Thierry Smolderen enseigne, son talent de dessinateur mais aussi de designer graphique lui promettent un grand avenir. La couverture, les inter-titres et les pages de gardes relèvent bien entendu de la citation ou du pastiche de travaux des années 1950-1960, mais n’en sont pas moins très inspirées.

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L’album compte 144 pages et est relié, il est vendu un peu en dessous de vingt euros.

  1. Si j’en crois la page de garde du livre, Dargaud a désormais une filiale sur Jupiter []
  2. Jean De Mesmaeker, dit Jidéhem, fut l’assistant d’André Franquin, notamment, et a donné les traits et le nom de son propre père à un personnage d’homme d’affaires colérique dans la série Gaston Lagaffe, M. de Mesmaeker. []
  3. Dans un peu plus d’un mois, nous fêterons le centenaire de la naissance de Willy Vandersteen, qui est un peu le Tezuka d’Anvers. Comptez sur moi pour parler de cet auteur immense, à l’œuvre prolifique et néanmoins méconnue en France. []