Magna Carta

Depuis la mort de mon grand-père, il y a deux mois, je fais un peu de généalogie. Une amie qui a mon âge me disait qu’elle faisait exactement pareil, et une troisième personne, sur Twitter, de la même génération là encore, en fait autant. Est-ce que l’approche de la cinquantaine donne ce genre de lubies ?
Pour mes recherches, j’ai profité des bases de données disponibles en lignes et des documents qui ont été scannés, comme cet acte de naissance qui m’a permis de relier deux personnes que je supposais père et fils sans avoir pu le vérifier jusqu’ici :

On m’a signalé ce document alors que je parlais de généalogie sur Twitter, où un passionné a découvert que, selon toute vraisemblance, j’ai des ancêtres plus prestigieux que je ne l’imaginais. Ma grand-mère paternelle, Aménaïde, disait souvent que nous descendions de Saint Louis, ce qui, dans la légende familiale, avait fini par faire de nous des descendants de bâtards de Louix XIV, filiation bien peu crédible hors grossesse tout à fait inconnue de tous, puisque la descendance de ce roi est parfaitement répertoriée, d’autant qu’elle est, à une certaine échelle, très récente.
Mais voilà, en remontant les ancêtres de ma grand-mère du côté Fressinaud Mas-de-Feix, indistinctement par les pères ou par les mères, on arrive bel et bien à Louis IX, dit « Saint-Louis », roi Capétien au bilan contrasté (croisades, conversion forcée des juifs, mais à qui on attribue aussi les progrès du pays en matière de justice et de développement économique ou intellectuel). En fait, j’arrive à Louis IX par huit branches différentes de la famille Fressinaud Mas-de-Feix !

Plus surprenant, André, le mari d’Ameyna, descend lui aussi du même monarque par la famille Chamier, dont j’ai déjà parlé ici. Les Chamier, protestants de la Drôme, sans titre de noblesse, se sont réfugiés en Angleterre, où John Ezechiel (mon dernier ancêtre commun avec Daniel Craig !) a épousé Georgina Burnaby, qui est issue d’une série de grandes familles anglaises : Seymour, Wentworth, Percy, Mortimer, et enfin Plantagenêt, puis Valois, jusqu’aux Capétiens1. Ce qui fait tout de même, à vingt-quatre, vingt-cinq ou vingt-six générations2, neuf branches qui me relient à Louis IX et à ses ascendants, souvent par les femmes3 — en perdant le nom et le château — mais de manière traçable, pour peu que toutes les personnes de l’arbre soient bien enfants de leurs pères officiels, ce qui n’est évidemment jamais assuré. N’empêche, J’ai l’impression d’être Audrey Tautou découvrant qu’elle est la petite fille de Jésus et Marie Madeleine dans le film Da Vinci Code.

Si on reprend la branche britannique et qu’on bifurque à Lionel d’Anvers, on remonte cette fois à Jean d’Angleterre, dit « Jean sans terre »4 :

Eh oui, cet arbre fait de moi un descendant du lion pelé5 qui usurpe le trône de Richard-cœur-de-Lion et qui se fait hypnotiser par un serpent dans le Robin des bois de Disney !
Amusant, ce Disney est précisément le premier film que j’ai vu au cinéma de ma vie, j’avais sept ans et c’était au cinéma Rex. J’ai beaucoup aimé. En le revoyant, j’aime toujours le dessin mais je suis plus réservé quant au scénario. D’autant qu’entre temps je me suis un peu renseigné, j’ai appris que Richard était mort blessé en tentant de piller un château 6 et que son frère, de son côté, a signé (un peu contraint je crois) une charte limitant ses propres pouvoirs, la Magna Carta, que l’on considère aujourd’hui l’acte fondateur d’un partage des pouvoirs qui a abouti à la monarchie parlementaire britannique actuelle (au passage, je me suis trouvé moult ancêtres parmi les barons protecteurs et garants de la Magna Carta !).

À quoi ça sert de trouver (ou de vouloir croire que l’on trouve, car tout ça est bien fragile) dans sa généalogie des seigneurs d’Angoulême, des ducs de Bretagne, des comtes de Penthièvre ou d’Ulster, des des rois de France et d’Angleterre ? Des empereurs de Constantinople ? Des Bourbon, des Valois, des Capet, des d’Albret ? Après tout ces gens ne sont pas tous recommandables, souvent guerriers et forcément exploiteurs.
À quoi ça sert, donc ? Très certainement à rien d’utile, mais quelque part, ça permet de rêvasser au temps qui passe, à l’histoire, et aux lieux.

  1. Le maillon faible de cette chaîne me semble être Alice Rodney, pour qui je trouve plusieurs parentèles. []
  2. Rappel : à n générations, chacun de nous a 2 puissance n ancêtres. Si on pouvait suivre absolument toutes ses lignées, on atteindrait, pour vingt-cinq générations, trentre-trois millions d’ancêtres ! À supposer que la filiation que je m’attribue ici soit avérée, je partage 1/33000000e de mon patrimoine génétique avec Louis IX (ou plutôt neuf fois ça puisque je le retrouve par neuf branches). Pas bézèf. []
  3. Chez nous le nom se transmet par les pères, mais d’autres cultures (les Zhaba au Tibet, les Navajos en Amérique du sud, et autres sociétés dites matrilinéaires) croient plus aux mères… et ont bien raison de le faire puisque si la paternité biologique peut être mise en doute, une femme qui a accouché d’un enfant est bien sa mère — en tout cas jusqu’à l’époque assez récente où on a pu faire des dons d’ovocytes. []
  4. misa à jour deux ans plus tard : je me trouve désormais 61 liens de parenté avec Jean Sans Terre… et 247 avec son épouse Isabelle d’Angoulême, grâce aux enfants nés de son autre époux. Hugues de Lusignan. []
  5. Dans le film de Disney, sorti en 1973, le prince Jean n’a pas de crinière, ce qui fait de lui une lionne ! On peut s’interroger sur ce symbole : afin de prouver qu’il n’est pas légitime sur le trône d’Angleterre, qu’il est dénué de noblesse, les auteurs suppriment l’attribut viril du lion; sa crinière ! []
  6. Une autre vision de l’histoire de Robin des Bois et du roi Richard est l’excellent Robin and Marian (La Rose et la flèche) de Richard Lester, sorti en 1976, avec Sean Connery et Audrey Hepburn. []

4 réflexions sur « Magna Carta »

  1. Ha ben dis donc, vas-tu continuer à me parler moi qui ne peux me prévaloir que de quelques nobliaux provençaux ayant régné sur un tas de cailloux et descendants d’un bâtard d’Umberto, 1er comte de Savoie et d’un écuyer de Louis 11? Cette branche là aboutit à une repasseuse marseillaise. Les autres branches vivaient dans des trous dont tu n’as pas idée, des villages rues sinistres qui devaient déjà l’être à l’époque, le chauffage central et l’électricité en moins. Ha j’ai aussi un fidèle grognard de Napoléon qui a quand même eu le bon goût de faire une reconnaissance de paternité chez un notaire avant de partir faire la guerre (en Espagne je crois) et d’être décoré de la Légion d’Honneur (sans jamais rentrer au bercail épouser l’aïeule.
    Ce qui m’intéresse justement c’est comment tout ces gens là se sont mélangés, comment, du côté de mon père, ils ont tous fini par quitter leur bled alors que les descendants de ceux qui sont restés y sont encore aujourd’hui.

    1. @Sylvette : La moitié de ma famille est composée d’artisans et de paysans norvégiens, pays certes monarchique mais sans aristocratie, où je ne suis pas certain de pouvoir étirer l’arbre bien loin (mais ma mère fait des recherches). Pour la famille du côté de mon père il est étonnant de voir que beaucoup ont vécu dans un mouchoir de poche entre Angoulême et Limoges, où j’ai d’ailleurs toujours pas mal de famille.

  2. Difficile de remonter plus loin que le douzième, pas de registres, de traces écrites attestants … Attestant quoi au fait, le droit de cuissage des seigneurs du temps, l’ascenceur social n’était pas toujours évident ! Pour avoir des origines attestées au douzième, rien ne m’empêcherait de remonter sur la branche de nos bonobos cousins !Eh oui, ça nous fait une belle jambe mais ça n’éclaire pas l’histoire pour autant .

Répondre à Henri de Villers Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *