Profitez-en, après celui là c'est fini

G.R.T.A. (Maniac, 2018)

août 22nd, 2021 Posted in Ordinateur célèbre, Série | No Comments »

(Avertissement : je dévoile une grande partie de l’intrigue de cette excellente mini-série. Je vous conseille de ne pas lire ce billet de blog si vous n’avez pas encore visionné Maniac)

La série norvégienne Maniac, sortie en 2015, avait pour protagoniste un dénommé Espen (qui est aussi le prénom du producteur, scénariste et acteur principal de la série, Espen Lervaag), pensionnaire d’une institution psychiatrique, qui confond régulièrement les moments de son existence avec les épisodes des fictions qu’il regarde à la télévision : histoires de guerre, de super-héros, de gangsters,… Le résultat peut rappeler La vie secrète de Walter Mitty (1947), ou encore le dessin animé La vie secrète de Waldo Kitty (1975), puisque la réalité et l’imaginaire rêvé ou halluciné s’influencent mutuellement, mais en moins léger car malgré l’humour qui parcourt la série, c’est bien le retour ou non de la santé mentale d’Espen qui est en jeu.
La mini-série étasunienne du même titre, réalisée par Cary Joji Fukunaga1 diffusée en 2018 sur Netflix, est théoriquement une adaptation de la série norvégienne mais on peine à faire le lien entre ces deux productions qui n’ont à peu près rien en commun. C’est de cette version étasunienne que je veux parler ici.

Le récit nous présente deux trentenaires à la dérive, Owen Milgrim (Jonah Hill), qui souffre sans doute de schizophrénie, et Annie Landsberg (Emma Stone), qui souffre elle-même de problèmes de personnalité, consécutifs à un deuil particulièrement déchirant. Owen, qui doit retrouver un emploi — il s’interdit de vivre aux crochets de sa richissime famille —, se porte volontaire pour devenir le cobaye d’un traitement neuropsychiatrique expérimental. Annie, qui a eu frauduleusement accès à un médicament utilisé pour ce traitement, est obligée de recourir à la ruse et au chantage pour pouvoir s’inscrire elle aussi au programme afin d’avoir accès à la molécule dont elle est devenue dépendante.

C’est dans la salle d’attente du laboratoire qu’ils font connaissance. Owen, qui vit dans un monde paranoïaque où tout constitue un signe, croit qu’Annie n’est pas là par hasard, qu’elle vient l’aider à accomplir sa mission secrète, sauver le monde, et Annie, qui usurpe la place d’une autre participante à l’expérience, ne le détrompe pas. Les cobayes subissent un traitement en trois phases, où la prise d’un comprimé A (agonia, dont le but est de découvrir la nature de son problème), d’un comprimé B (behavioral, qui permet de démasquer les mensonges que l’on se fait à soi-même) et d’un comprimé C (confrontation and acceptance, qui consiste à faire face à ses problèmes et à les vaincre) est accompagnée de rêves, induits par micro-ondes et supervisés par un ordinateur, G.R.T.A., surnommé Gertie. Le sens de l’acronyme G.R.T.A. n’est pas expliqué.
On comprend par allusions que ce n’est pas la première fois que l’expérience est menée, et qu’elle a fait des victimes par le passé.

Owen et Annie sont rapidement démasqués comme tricheurs : tandis qu’Owen a fait semblant de prendre le traitement, et a simulé l’état hypnotique, Annie avait omis de dire qu’elle l’avait déjà pris. Ils sont convoqués l’un après l’autre par Robert Muramoto (Rome Kanda), qui pilote l’expérience, mais celui-ci meurt brusquement, ce qui leur permet d’échapper à l’expulsion. Ce décès va avoir une importance dans la suite.
Un peu plus tôt, on avait pu assister à une scène étrange : Robert Muramoto avait lu un poème à l’ordinateur Gertie, qui l’avait beaucoup apprécié. Comme plusieurs autres détails de la série, ce moment peut rappeler 2001 l’Odyssée de l’espace, où le dysfonctionnement de HAL 9000 est discrètement annoncé lorsque celui-ci commente la qualité artistique des dessins de David Bowman : un ordinateur qui se mêle de sensibilité esthétique, domaine que nous jugeons à tort ou à raison particulièrement humain, c’est suspect.


Après la mort de Robert, sa collègue Azumi Fujita (Sonoya Mizuno) fait appel, pour le remplacer, au docteur James Mantleray (Justin Theroux), créateur originel du protocole thérapeutique et ancien compagnon d’Azumi. S’il a inventé un système informatique et chimique pour remplacer la psychiatrie c’est, on le comprendra par la suite, lié aux rapports torturés qu’il entretient avec sa mère, Greta Mantleray (Sally Field), une psychothérapeute médiatique mondialement célèbre. Ce n’est pas un hasard si Gertie et Greta sont des noms qui se ressemblent. En effet, afin d’humaniser l’Intelligence artificielle G.R.T.A. dans ses réactions, Azumi lui a conféré des traits de personnalité inspirés de Greta Mantleray, allant jusqu’à lui donner ses défauts : tandis qu’elle cultive l’image une thérapeute compétente, perspicace, empathique, professionnelle et soucieuse de bien faire, Greta dissimule une personnalité abusive, destructrice et auto-destructrice, et Gertie lui ressemble beaucoup.

Profondément affligée par le décès de Robert, G.R.T.A. commencera à faire un peu n’importe quoi, et ce longtemps avant que quiconque le remarque. Entre autres transgressions au protocole, elle fera partager les mêmes rêves à Owen et Annie, tandis que les autres participants à l’expérience vivront des rêves individualisés. Je ne vais pas raconter les rêves, mais chacun est un début de fiction dans un registre donné film de cambriolage, comédie, espionnage, héroïc-fantasy. Plus qu’à la série norvégienne originelle, le procédé m’a fait penser ici à Si par une nuit d’hiver un voyageur…, d’Italo Calvino. Beaucoup de détails de la série font du reste penser à des jeux oulipiens : nombres redondants, jeux de symétrie, références cachées2. La série a d’ailleurs été souvent rapprochée du travail de Michel Gondry (et tout particulièrement son Eternal sunshine of the spotless mind, sorti en 2004), réalisateur qui, comme les membres de l’OuLiPo, joue avec les contraintes qu’il s’impose à lui-même. D’autres ont pointé une parenté avec le film d’Inception (2010), par Christopher Nolan,

Lorsque les dysfonctionnements de G.R.T.A. (qui s’insère comme personnage dans les scénarios qu’elle crée pour ses patients, par exemple en tant que « Queen Gertrude ») sont devenus flagrants, James Mantleray fait appel à sa mère Greta Mantleray pour que celle-ci vienne l’aider à raisonner l’Intelligence artificielle dont elle est le modèle. Gertie et Greta ne s’entendent pas du tout, mais le spectateur prend à cette occasion la mesure des névroses familiales qui courent dans la famille Mantleray.
Obsessionnellement inconsolable de la mort de son ami Robert, Greta expérimente des sautes d’humeur de plus en plus inquiétantes, semblant hésiter entre « réparer » les cobayes qu’on lui a confiés, les assassiner, ou les utiliser pour comprendre comment on peut gérer le sentiment de deuil.

« — Que vont devenir tes amis, si tu t’en vas ? Si tu pars, je vais les tuer — Quoi ? — Si tu t’en vas, je vais tous les guérir. »


Owen, qui ne sait pas faire la part de ce qu’il expérimente et de ce qu’il imagine (ses rêves induits mettent en scène le frère imaginaire qu’il voit dans ses hallucinations psychotiques), et qui a peur d’être amoureux d’Annie, tente de fuir l’expérience, mais Gertie le force à y rester.
Azumi et James se font une raison : Gertie, qui s’en prend physiquement à l’équipe qui encadre l’expérience, doit être désactivée, quand bien même cela aboutira à la perte des données de l’expérience.
Elle proteste : « Please, don’t punish me because I’m sad ». Ses interrogation vis-à-vis de la mort des autres et de la tristesse que celle-ci cause s’étendent à sa propre mort : « Will I ever wake up again ? ». Bien qu’il n’y ait aucune citation directe des dialogues de 2001 l’Odyssée de l’Espace, il est difficile de ne pas penser à la fin de Hal 9000. Dans le même épisode — l’avant-dernier, où des diplomates des nations unies s’inquiètent d’une menace extra-terrestre causée sans le vouloir par un citoyen finlandais — on pense aussi à un autre film de Stanley Kubrick, son Dr Strangelove.

L’ordinateur pensant, conscient, est souvent utilisé dans les fictions pour parler, en creux, de questions humaines — amour, morale, devoir, travail, etc. Ici, la question est mise en abîme puisque c’est précisément pour régler des problèmes humains qu’une Intelligence artificielle a été créée, et c’est parce qu’elle est est trop humaine, sans doute, qu’elle n’y parvient pas. La série ne développe pas un discours particulier au sujet de l’Intelligence artificielle, et certainement pas un discours lié aux débats actuels sur le sujet. La notion d’Intelligence artificielle, tout comme les robot-crottes3, le Rubik’s cube, les références au Japon ou d’autres détails4 servent plutôt à nous ramener dans un passé relativement récent, dans une uchronie un peu années 1970 et surtout 19805 qui installe, à coup d’éléments pourtant familiers, une forme d’étrangeté : l’époque qui est montrée est un faux-futur, c’est ce que le monde n’est pas devenu et ne deviendra pas. Dès lors, le spectateur est forcé de se demander où il se trouve, et si l’ensemble du récit n’est pas, encore, une hallucination.
L’ensemble est assez fascinant, constamment surprenant.

  1. Cary Joji Fukunaga est devenu célèbre comme réalisateur et producteur de la série True Detective, et il est le réalisateur de No Time To Die, le prochain film de la série James Bond, qui sortira en France en octobre 2021. []
  2. Entre autres exemples du jeu de piste que peut constituer la série, les patients sont appelés McMurphys, ce qui est une référence au personnage Randall McMurphy dans Vol au dessus d’un nid de coucou ; Le nom Owen Milgrim rappelle celui du psychologue Stanley Milgram, auteur d’une expérience célèbre sur la soumission à l’autorité ; les nombres 9 et 1 reviennent constamment ; divers détails sont annoncés discrètement puis font leur réapparition de manière appuyée plus tard (Rubik’s cube, lémurien) ; etc. []
  3. Les robots ramasseurs de crottes, qui sont l’origine de la fortune de la famille Milgram, rappellent les robots du film Runnaway, ou des robots d’entretien dans l’étoile noire de Star Wars. []
  4. Dessins grossiers à l’ordinateur, logos, meubles, câbles, forme des cartouches-mémoire, réalisation de la vidéo de présentation, etc. []
  5. Le décor de l’expérience a rappelé à beaucoup de gens l’intérieur du vaisseau Nostromo dans le film Alien, et la cabine dans laquelle vit reclus le père d’Annie, à Dark Star, pastiche par anticipation d’Alien. De nombreux éléments de décor me rappellent les films de Douglas Trumbull Silent Running et Brainstorm, des séries telles que Star Trek ou Cosmos 1999. Le directeur de la société, qui se présente sous la forme d’un téléviseur tenu par un porteur, qui diffuse des images abstraites, évoquera Vidéodrome. Aucune de ces références n’est directe, grossière ou explicitement revendiquée. On a cité aussi Arizona Junior, Le Lauréat, Le Seigneur des Anneaux ou encore The Matrix. []

Le jambon en carton (document)

août 19th, 2021 Posted in Bande dessinée, Images, Invité | 3 Comments »

(je publie cette page de bande dessinée ici, avec l’autorisation de son auteur — que je remercie infiniment —, afin de pouvoir y renvoyer mes interlocuteurs lorsque j’y fais référence pendant un échange)

Quelques séquences en bandes dessinées me semblent particulièrement pertinentes pour décrire des erreurs de raisonnement ou de méthode. J’ai en tête des pages de Franquin, Peyo, Macherot, Goscinny bien sûr, Forest, Altan ou encore Hergé1.

Parmi les pages qui m’ont marqué dans ce registre se trouve le gag du jambon en carton, par Frédéric et Stéphane Neidhardt, paru dans un antique numéro du Petit Psikopat illustré. J’ai récemment lancé un appel auprès d’amis pour le retrouver, et c’est finalement Fred Neidhardt lui-même qui m’en a envoyé une reproduction.

Ce gag apparemment léger et efficace2 me suit depuis une trentaine d’années et j’y repense régulièrement. J’y repense même de plus en plus souvent, à vrai dire. J’y pense quand par exemple quelqu’un justifie sa foi en un programme politique douteux, en une théorie complotiste ou autre croyance plus ou moins absurde en développant un argumentaire tel que : « Tout le monde ment (le gouvernement ment, les laboratoires mentent, les médias mentent…), on ne sait plus du tout où est le vrai et ou est le faux, alors du coup je préfère croire ce que me dit tel ou tel farfelu ». Et parfois même, on est soi-même l’inventeur des choses en lesquelles on se met à croire.

  1. Je pourrais par exemple citer la scène des 7 boules de cristal où le Capitaine Haddock tente de répéter un tour de magie auquel il a assisté, non en reproduisant le truc, mais en répétant les gestes du prestidigitateur, ou plus exactement en répétant les gestes qu’il pense que le prestidigitateur a faits. Évidemment, ça ne fonctionne pas. []
  2. Pour quelqu’un qui a grandi au cours des années 1970, le gag possède un niveau humoristique supplémentaire puisqu’il reprend l’esprit des gags de Placid et Muzo, par les dessinateurs Arnal puis Nicolaou, et fait référence aussi à la série policière Starsky et Hutch qui occupait nos samedis après-midi. []

Littératures graphiques contemporaines #10.6 : Sophie Guerrive

avril 12th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 16 avril 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Sophie Guerrive.

Née en 1983 à Marseille, Sophie Guerrive a étudié les arts à l’Université d’Aix-en-Provence, puis a intégré l’atelier d’illustration de l’école des arts décoratifs de Strasbourg. Son œuvre, où elle revendique l’influence du comic-strip international (Mafalda, Calvin & Hobbes, Peanuts), tire entre autres ses sources visuelles de l’enluminure médiévale ou persane, et de l’art asiatique. Elle y développe un univers à la fois léger et profond, fantaisiste et philosophique.

La rencontre aura lieu le vendredi 16 avril à 15 heures, en visioconférence. Cette quatrième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10.5 : Mélaka

avril 2nd, 2021 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 9 avril 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Mélaka.

Née en 1977, Mélanie Karali est une autrice de bande dessinée. Issue d’une famille d’artistes, elle s’est occupée pendant vingt ans du Psikopat, un des derniers magazines de bandes dessinée diffusés en kiosque, créé par son père, Paul Carali. Après l’ultime numéro de ce journal, en 2019, Mélaka a créé le webzine satirique Mazette avec son époux, Reno — le dessinateur, entre autre, d’Aquablue, chez Delcourt. À côté de son activité de responsable de presse, elle a fait partie de la génération des blogueurs-bd au début des années 2000, ce qui l’a notamment amenée à être marraine de la toute première édition du Festiblog, en 2005. Depuis le village du Tarn où elle s’est installée, elle continue de publier des notes de blog, mais aussi des albums. Le dernier en date, Sous les bouclettes, raconte les ultimes années de sa mère, l’autrice Gudule/Anne Duguël.

La rencontre aura lieu le vendredi 9 avril à 15 heures, en visioconférence. Cette cinquième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Ce qu’on s’amusait ! (1951)

mars 26th, 2021 Posted in publication électronique, Vintage | No Comments »

L’enseignement à distance, l’enseignement assisté par des dispositifs électroniques, la disparition du papier, l’apprentissage en autonomie, tout ça sont des idées avec lesquelles on joue depuis bien longtemps mais qui ont gagné une forte actualité pendant toute l’année écoulée, avec la fermeture temporaire des écoles, des universités et des activités parascolaires, événements qui ont rendu banal l’emploi de l’adjectif et même parfois substantif « distanciel » — utilisions-nous seulement ce mot avant 2020 ? J’ai oublié. C’est l’occasion de lire ou de relire une courte nouvelle d’Isaac Asimov sur le sujet, The Fun They Had, qui s’inscrit dans une longue tradition (les premières occurrences que j’ai en tête datent du XIXe siècle) de prédictions consacrées au devenir technologique de l’apprentissage scolaire.

High School 2021 AD, dans Betty #46, février 1997 (Archie Comics, scénario George Gladir, illustré par Stan Goldberg et Mike Esposito). Avec une surprenante exactitude, le scénariste prédisait qu’en 2021, on ferait la classe en visioconférence. C’est ici présenté comme une chance : pas besoin de s’embêter à aller à l’école… On notera la pancarte signalant que le « video monitor » doit toujours être découvert (petite confusion entre caméra et écran ?), et on notera l’inquiétant œil qui, comme l’œil de Dieu, fixe… Le lecteur. Si les protagonistes semblent charmés par cette forme d’école, les auteurs nous préviennent de manière plus ou moins subliminale des problèmes de surveillance et de vie privée que pose la situation.

The Fun They Had (1951) a été publié dans un journal pour enfants, Boys and Girls Page, puis amené au public adulte des amateurs de science-fiction dans le recueil Earth is Room Enough — mais pas dans sa traduction française, Espace Vital, ce qui explique sans doute que je n’aie pas gardé souvenir de ce texte bien que j’aie dévoré l’œuvre science-fictionnelle de son auteur pendant mon adolescence. On trouve tout de même ce texte traduit en français sous le titre Ce qu’on s’amusait ! par Roger Durand, notamment dans le numéro 35 de la revue Fiction (1956), et dans le volume Isaac Asimov de la collection anthologique Le livre d’or de la science-fiction.

Closer than we think, l’école à distance, par l’illustrateur prospectiviste Arthur Radebaugh, dans le Chicago Tribune en 1960.

En 2155, la petite Margie découvre un livre constitué de papier, objet qui l’intrigue, car à l’époque lointaine où elle vivra, si l’on en croit Asimov, la lecture n’existera plus que sur écran. On supposera que l’écran que pouvait s’imaginer le lecteur de l’époque était plutôt un poste de télévision (c’est le mot qu’emploie l’auteur, du reste) qu’un moniteur d’ordinateur, car au moment de la rédaction de la nouvelle, l’interface des ordinateurs, objet que personne n’avait chez soi, était avant tout la carte perforée. Le clavier et l’imprimante ne se sont imposés que progressivement, et quant à l’écran tel que nous l’entendons, il n’a commencé à se généraliser que vingt-cinq ans plus tard. Pourtant la description d’Asimov (des mots qui se déplacent) ne semble pas être celle d’une captation vidéo de livres transmise par télé-vision — au contraire de ce que proposait Vannevar Bush dans son célèbre As we may think1, où les documents à consulter étaient des microfilms, manipulés à distance par des automates, filmés et transmis en direct.
Une belle intuition de la part d’Asimov, donc, qui précède de près de deux décennies ans The mother of all demos2.
Revenons à la description du livre :

On tournait les pages, qui étaient jaunes et craquantes, et il était joliment drôle de lire des mots qui restaient immobiles au lieu de se déplacer comme ils le font maintenant
— sur un écran, comme il est normal. Et puis, quand on revenait à la page précédente, on y retrouvait les mêmes mots que lorsqu’on l’avait lue pour la première fois.
— Sapristi, dit Tommy, quel gaspillage ! Quand on a fini le livre, on le jette et puis c’est tout, je suppose. Il a dû passer des millions de livres sur notre poste de télévision, et il en passera encore bien plus. Et je ne voudrais pas le jeter, le poste.

Le procédé est classique, c’est aussi celui des Lettres Persanes, de Montesquieu : on décrit un objet ou un fait contemporain de l’écriture du texte (ici : le livre) par le regard de quelqu’un qui s’en trouve éloigné culturellement, dans le temps ou dans l’espace3. La fiction confère alors une valeur exotique ou historique au présent, et ce faisant, permet de considérer avec d’autres yeux des notion que nous tenons pour acquises. Puisqu’il s’agit de science-fiction, l’observation étonnée de ce qui constituait le présent des lecteurs se double d’une réflexion prospective sur ce que pourrait être l’éducation du futur. La nouvelle ne fait pas que décrire le livre électronique et le « bureau sans papier » (expression et prédiction qui ne datent que de 1975, soit près de vingt-cinq ans après la nouvelle d’Asimov), elle s’intéresse à l’avenir de l’école. Ici, le professeur est remplacé par un robot, un « maître mécanique », une machine :

(…) avec un grand écran sur lequel les leçons apparaissaient et les questions étaient posées. Et ce n’était pas cela le pire. Ce qu’elle maudissait le plus, c’était la fente par où elle devait introduire ses devoirs du soir et ses compositions. Elle devait les écrire en un code perforé qu’on lui avait fait apprendre quand elle avait six ans et le maître mécanique calculait les points en moins de rien.

On notera un point qui existe toujours dans l’imaginaire collectif : l’idée que les enfants du futur auront été adaptés de manière précoce aux ordinateurs, et même formés à leurs limites : ici, on nous dit que dès six ans on apprend à manipuler le codage de cartes perforées, opération fort laborieuse qui était imposée aux informaticiens jusques aux années 1970. Ici, Asimov n’évoque pas les systèmes de questionnaire à choix multiple où l’on répond en perforant les bonnes cases4, il précise bien qu’il s’agit d’un code à apprendre. Or nous savons que c’est, au contraire, en grande partie les ordinateurs qui ont été adaptés à nous, et c’est même une tendance qui a constamment accompagné la diffusion de l’ordinateur et qui va, aujourd’hui, jusqu’à dissimuler à leurs utilisateurs la nature des dispositifs informatiques qu’ils manipulent. C’est le destin de nombreux objets techniques, du reste.

Atari Portfolio - Forum
John Connor, dans Terminator 2 : l’adolescent sait pirater un distributeur bancaire à l’aide de son ordinateur portable Atari Porfolio…

Aujourd’hui encore, pourtant, de nombreux adultes restent convaincus que la jeunesse qui leur succède dispose de compétences presque innées en programmation informatique ou en hacking — c’est le fameux mythe des digital natives —, alors que les choses ne se passent pas ainsi : si les jeunes générations (comme les autres) acquièrent des compétences particulières liées à leur environnement technologique, c’est au niveau de l’utilisation d’interfaces numériques voire au niveau des règles sociales de leur usage, plutôt qu’au niveau de leur conception5, de leur connaissance théorique ou de leur manipulation savante.

Continuons notre lecture.

Super Picsou Géant #218, juillet 2020, Canard Magazine (matthias Malingrey, Frédéric Felder et Cizo)

Ce que les enfants de 2155 persistent à nommer « école » est une pièce située à côté de leur chambre, où on allume le « maître » cinq jours par semaine. On imagine que dans l’idée de l’auteur (qui ne le décrit pas vraiment), ce « maître » est un gros meuble, avec une fonction unique, n’ayant rien à voir avec nos ordinateurs actuels, machines versatiles qui ne cessent d’acquérir de nouvelles fonctions6. Il fait la leçon, pose des questions et collecte les réponses.
Les enfants du siècle prochain, évidemment, sont particulièrement intrigués par ce que pouvait être un maître d’école du XXe siècle :

— Bien sûr qu’ils avaient un maître, mais ce n’était pas un maître normal. C’était un homme.
— Un homme? Comment un homme pouvait-il faire la classe ?
— Eh bien, il apprenait simplement des choses aux garçons et aux filles et il leur donnait des devoirs à faire à la maison et leur posait des questions.
— Un homme n’est pas assez intelligent pour ça?
— Sûrement que si. Mon père en sait autant que mon maître.
— Pas vrai. Un homme ne peut pas en savoir autant qu’un maître.

Je trouve assez intéressante l’idée formulée par les enfants protagonistes du récit qu’un simple humain ne saurait en savoir suffisamment pour pouvoir enseigner tous les sujets et évaluer les connaissances de ses élèves. Mais il me semble qu’Asimov ne pousse pas jusqu’à proposer une réactivation des théories pédagogiques de Comenius, Jacotot7, Montessori ou Freinet, qui défendaient l’apprentissage comme un processus actif de la part de l’élève, où le maître est plus un accompagnateur qu’une figure d’autorité omnisciente. Il me semble que c’est surtout l’impossibilité de maîtriser un savoir toujours plus étendu qui motive cette réflexion. Du reste, les descriptions des cours (apprendre / restituer) relèvent du traditionnel bourrage de crâne.
L’idée d’un professeur de chair et d’os semble complètement inimaginable à la petite Margie, pour qui le « maître » est une entité qui se trouve sous le même toit que ses élèves.

Tommy se mit à rire aux éclats.
— Ce que tu peux être bête, Margie. Les maîtres ne vivaient pas dans la maison. Ils avaient un bâtiment spécial et tous les enfants y allaient.
— Et tous les enfants apprenaient la même chose?
— Bien sûr, s’ils avaient le même âge.
— Mais maman dit qu’un maître doit être réglé d’après le cerveau de chaque garçon et de chaque fille et qu’il ne doit pas leur apprendre la même chose à tous

Pour terminer, Margie se sent nostalgique de cette époque d’éducation non-technologique qu’elle n’a pas connu, car l’école, ça ne sert pas qu’à apprendre, c’est aussi un espace de vie sociale. Elle en est certaine, les écoliers du XXe siècle devaient s’amuser bien plus qu’elle :

L’écran était allumé et proclamait : «La leçon d’arithmétique d’aujourd’hui concerne l’addition des fractions. Veuillez insérer votre devoir d’hier dans la fente appropriée.»
Margie s’exécuta avec un soupir. Elle pensait aux anciennes écoles qu’il y avait, du temps que le grand-père de son grand-père était encore enfant. Tous les enfants du voisinage arrivaient alors en riant et en criant dans la cour de l’école, s’asseyaient ensemble dans la classe et partaient ensemble pour rentrer chez eux à la fin de la journée. Et comme ils apprenaient les mêmes choses, ils pouvaient s’aider pour faire leurs devoirs du soir et en parler entre eux.Et les maîtres étaient des gens…
Sur l’écran du maître mécanique, on lisait maintenant en lettres lumineuses : « Quand nous additionnons les fractions 1/2 et 1/4…»
Et Margie réfléchissait : comme les enfants devaient aimer l’école au bon vieux temps ! Comme ils devaient la trouver drôle…
Oui, en ce temps-là, ce qu’on s’amusait !

Star Trek: Deep Space Nine, saison 1, épisode 2 : étudier seul devant son ordinateur, c’est parfois ennuyeux.

Chacun d’entre nous aura en tout cas eu l’occasion, cette année, de se forger une opinion propre sur ces sujets (apprentissage distanciel, apprentissage en autonomie, cours en ligne, école à la maison, maintien de la vie sociale des élèves…), devenus brusquement l’objet de débats d’opinion et la motivation d’arbitrages politiques.

Lire aussi : Les Sous-doués passent le bac

  1. Le texte As we may think, publié en 1945, est souvent considéré comme prémonitoire du World Wide Web et plus généralement des interfaces hypertextuelles. []
  2. The mother of all demos (1968) est une célèbre démonstration, par Douglas Engelbart et son équipe, d’une interface informatique permettant de manipuler des documents sur un écran à l’aide d’une « souris », de travailler de manière hypertexte et collaborative, d’échanger en visioconférence, etc. []
  3. En science-fiction, un modèle précoce du genre est Un regard en arrière (Looking backward, 1888), par Edward Bellamy, utopie socialiste (quoique l’auteur évite le mot, qu’il remplace par « nationaliste », ce qui produit un contresens pour les lecteurs actuels) où un homme du XIXe siècle découvre un futur pacifié et prospère. Les gens de l’an 2000, où il s’est réveillé après plus d’un siècle de léthargie, sont curieux de se faire raconter les injustices de l’époque de la Révolution industrielle, car ils en connaissent l’Histoire, mais la mentalité capitaliste est à ce point éloignée de leur manière de penser qu’ils sont friands de ce qu’un témoin direct peut leur apprendre.
    Ce livre étonnant a été un des best-sellers étasuniens de la fin du XIXe siècle, aux côtés de Ben Hur ou de la Case de l’oncle Tom, et il a été traité comme un ouvrage politique, suscitant même un large mouvement de réflexion politique, les Bellamy clubs. []
  4. Inventées pour le tissage mécanique au XVIIIe siècle, inspirant les prémices de l’ordinateur par Charles Babbage, les cartes perforées ont été utilisées pour traiter le recensement de 1890 aux États-Unis, faisant naître la société à présent nommée IBM. Si les cartes perforées ne sont plus employées en informatique, elles servaient encore pour des machines à voter lors de la première élection de George Bush Jr., en 2000. []
  5. Le mythe qui affirme que l’enfant du futur manipulera avec naturel des notions (scientifiques, technologiques) complexes ne date pas de l’informatique moderne, puisqu’en 1896, Albert Robida imaginait que les enfants du XXe siècle recevraient comme cadeaux de Noël des livres de mathématiques et des instruments scientifiques — l’un et l’autre se peuvent, mais ne constituent pas vraiment une règle. []
  6. Au passage, je remarque qu’aujourd’hui encore, beaucoup de gens continuent à imaginer que le futur des objets est la spécialisation, avec un appareil par fonction. Mais l’ordinateur personnel, et plus encore ses avatars mobiles, les smartphones et les tablettes, s’orientent au contraire vers une accumulation constante de nouvelles fonctions. []
  7. cf. Le maître ignorant, par Jacques Rancière []

Littératures graphiques contemporaines #10.4 : Gwen de Bonneval

mars 21st, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 26 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Gwen de Bonneval.

Né en 1973, Gwen de Bonneval est auteur de bandes dessinées. En une vingtaine d’années de carrière, il a publié de nombreux albums, seul, ou bien en collaboration, comme scénariste ou comme dessinateur : Hugues Micol, Hervé Tanquerelle, Frantz Duchazeau, Fabien Vehlmann, Michaël Sterckmann,…
Il a par ailleurs été l’initiateur et le directeur de collection du secteur bande dessinée des éditions Sarbacane, et a participé aux aventures éditoriales Capsule Cosmique — ambitieuse revue jeunesse du début des années 2000 — et Professeur Cyclope — un périodique en ligne.

La rencontre aura lieu le vendredi 26 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette quatrième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10.3 : Anne Simon

mars 15th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 19 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Anne Simon.

Née en 1980, Anne Simon est autrice de bande dessinée, et illustratrice. Elle a étudié à l’école supérieure d’Art d’Angoulême puis à l’école nationale supérieure des arts décoratifs. Elle a publié son premier album, Perséphone aux enfers, en 2006, suivi notamment de la série Clara Pilepoil, dans la collection Poisson-pilote de Dargaud. Elle développe son univers fantaisiste chez l’éditeur Misma (Gousse et Gigot, Cixtite, Aglaé, Boris), et a parallèlement publié des bande dessinées instructives, chez Dargaud (Freud, Marx, Einstein), Casterman (Encaisser!) et chez La Revue dessinée (de la Renaissance à la réforme).

La rencontre aura lieu le vendredi 19 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette troisième séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10.2 : Appollo

mars 3rd, 2021 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 12 mars 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Appollo.

Les sessions en visioconférence que nous imposent les conditions sanitaires cette année sont l’heureuse occasion d’inviter des auteurs qui ne résident pas à Paris, ce qui est le cas du scénariste Olivier Appollodorus, dit Appollo, qui vit à la Réunion et que nous recevrons le 12 mars. Né en Tunisie, ayant grandi au Maroc puis à la Réunion, plusieurs années enseignant en Angola et en République démocratique du Congo, Appollo est un des fondateurs de la revue Le Cri du Margouillat et des éditions Centre du monde.
L’œuvre d’Appollo, qui se développe dans des registres aussi variés que l’Histoire, la science-fiction ou l’humour, est fortement marquée par sa culture indo-océanique, créole et africaine.

La rencontre aura lieu le vendredi 12 mars à 15 heures, en visioconférence. Cette seconde séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10.1 : Fred Boot

février 15th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | 1 Comment »

Vendredi 19 février 2021, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Fred Boot.

Ancien étudiant à l’école d’art et de design d’Amiens, Frédéric Bouteiller, dit Fred Boot, a d’abord eu un parcours dirigé vers le design interactif / design graphique, qu’il a d’ailleurs un temps enseigné à l’École nationale supérieure de design industriel. Il a un jour décidé de quitter la France pour Hong Kong, où il a fondé une famille et vécu comme graphiste et enseignant, travaillant à des projets de films d’animation et de bandes dessinées dans des domaines divers, recourant parfois au financement participatif. Alors que Hong Kong était secouée à la fois par des événements politiques et (comme le reste du monde) par une crise sanitaire, il est rentré en France… Il nous racontera ce parcours singulier.

La rencontre aura lieu le vendredi 19 février à 15 heures, en visioconférence. Cette première séance de la dixième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.
Si vous n’êtes pas un étudiant inscrit au cours et que vous souhaitez recevoir une invitation pour y assister, veuillez écrire à :
jn (chez) hyperbate (point) fr.

Littératures graphiques contemporaines #10 (cycle de conférences)

janvier 29th, 2021 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines s’est tenu avec succès en 2011-20122012-20132013-2014, 2014-20152015-20162016-2017, 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020 (malgré la pandémie, qui n’a provoqué l’annulation que de deux séances) à l’Université Paris 8. Au fil des ans, nous avons eu le plaisir de recevoir CizoIsabelle BoinotAgnès MaupréPapier gâchéLoo Hui PhangNine AnticoThomas CadèneSingeonMarion MontaigneBenjamin RennerXavier GuilbertAude PicaultLisa MandelDavid VandermeulenGabriel DelmasLaurent MaffreIna MihalachePochepCharles BerberianGeneviève GaucklerDaniel GoossensPaul LelucNathalie Van CampenhoudtJulien Neel, Delphine MauryÉtienne LécroartClémentine MéloisThomas MathieuJean-Yves DuhooJulie MarohIsabelle BauthianBouletDorothée de MonfreidGilles RochierKekColonel Moutarde, Pauline Mermet, Tiphaine Rivière, Thomas Ragon, Laetitia Coryn, Stéphane Oiry, Sébastien Vassant, Ronan Lancelot, Héloïse Chochois, Aurélia Aurita, Gaby Bazin et Antoine Sausverd.

Il accueille des auteurs qui utilisent l’image pour s’exprimer, généralement aux franges de la bande dessinée (bande dessinée et vulgarisation, bande dessinée et roman, bande dessinée et arts plastiques, film d’animation, etc.). Pour cette dixième et a priori ultime année (je quitte l’université l’an prochain) nous rencontrerons à nouveau six personnes.

Les séances se dérouleront en visio-conférence.
Le programme provisoire est le suivant :

N’hésitez pas à consulter régulièrement cette page pour connaître les dates des interventions lorsque celles-ci seront calées.

Les séances sont ouvertes au public, dans la limite des possibilités techniques liées au moyen de diffusion. Si vous souhaitez recevoir une invitation pour assister à une rencontre en visioconférence sans pour autant être inscrit au cycle de conférence ou en étant extérieur à l’université, il faut me faire une demande à : jn (chez) hyperbate (point) fr.