Profitez-en, après celui là c'est fini

L’humanité augmentée

avril 26th, 2013 Posted in Interactivité, Lecture, Parano | 3 Comments »

sadin_humanite_augmenteeAvec L’humanité augmentée, qui vient de paraître chez L’Échappée, Éric Sadin complète ses deux précédents essais consacrés à notre rapport aux technologies, Surveillance globale (éd. Climats, 2009) et La Société de l’anticipation (éd. Inculte, 2011).
Prenant le contre-pied des fantasmes très en vogue qui entourent la notion de transhumanisme, l’auteur ne traite pas tant de la fusion physique future entre l’homme et la machine sous la forme du cyborg, ni de l’hypothétique survie de l’esprit humain sous forme numérique, que des rapports entre l’individu, la société, les données et les logiciels. Plongés dans ce flux numérique qui nous dépasse, nous sommes entrés dans ce que l’auteur appelle la condition anthrobologique. En effet, les machines logicielles dont nous nous entourons ont bien changé, car si elles ne sont pas « pensantes » ou « conscientes » à l’égal des ordinateurs de la science-fiction, nous les leur conférons chaque jour plus le pouvoir de prendre des décisions pour nous — on pensera bien évidemment aux algorithmes de trading à haute-fréquence1, mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres —, de prévoir pour nous, et nous sommes, en conséquence, privés de nombre de nos prérogatives au profit de nos propres créatures technologiques, lesquelles constituent même une « humanité parallèle » émergente.

Le théâtre ou la littérature de l’ancien régime s’étaient amusés de la dépendance des maîtres envers ceux qui les servent et du transfert de pouvoir qui en résulte, mais la lecture de l’Humanité augmentée m’a rappelé une référence plus récente : La Planète des singes (1963), par Pierre Boulle, où le narrateur, qui cherche à comprendre comment l’espèce humaine de la planète Soror est revenue à l’état sauvage tandis que les autres singes en sont devenus les maîtres, découvre que les chimpanzés, gorilles et orang-outans, qui imitaient les gestes de l’homme sans être pour autant capables d’invention, et qui le servaient comme domestiques, ont fini par le remplacer, car au fur et à mesure qu’ils devenaient capables, les singes privaient l’homme de son besoin d’être intelligent : « Une paresse cérébrale s’est emparée de nous. Plus de livres : les romans policiers sont même devenus une fatigue intellectuelle trop grande. Plus des jeux : des réussites, à la rigueur. Même le cinéma enfantin ne nous tente plus ». Pierre Boulle consacre par ailleurs des pages assez mémorables à démontrer que l’intelligence, dont l’homme est si fier, n’est utile que dans bien peu d’activités humaines et que la plupart des métiers, y compris intellectuels, peuvent s’exercer dans la répétition et l’imitation, « en singes bien dressés »2.

Battle

Battle for the planet of the Apes (J. Lee Thompson, 1973). Dressés pour assister l’homme dans son quotidien, les singes deviennent rapidement indispensables et en position de prendre le pouvoir sur leurs maîtres.

Dans son essai, Éric Sadin convoque régulièrement deux philosophes des machines et de la technique : Gilbert Simondon (1924-1989) et Jacques Ellul (1912-1994). L’un et l’autre, à leur façon, avaient montré de quelle manière les outils ne sont pas que des outils, dont les objets transforment ceux qui les utilisent et dont les systèmes techniques opèrent indépendamment de leurs créateurs. Leurs réflexions à ces sujets méritent effectivement d’être revisitées en fonction des nouvelles observations que l’on peut faire deux décennies après leurs disparitions et à un moment qui, c’est ce que démontre bien le livre à mon sens, constitue une période critique de l’histoire humaine.

  1. Voir le livre 6, dont il était question ici même il y a peu. [↩]
  2. Je mentionne La Planète des singes, mais j’aurais pu aussi rappeler le film Idiocracy. [↩]

La Reine rouge (Resident Evil)

avril 21st, 2013 Posted in Ordinateur au cinéma | No Comments »

Resident Evil est une série de jeux (auxquels je n’ai jamais joué) et de films, dont je ne connaissais jusqu’ici que Resident Evil: Apocalypse, sympathique film de morts-vivants devenus tels après avoir été victimes d’une arme bactériologique qui a échappé à ses créateurs, la société Umbrella Corp, la plus grande société commerciale américaine, une des plus grandes sociétés pharmaceutiques et informatiques du monde, quelque chose qui cumulerait Pfizer, Monsanto et IBM. Il semble que le point de départ de chaque épisode de Resident Evil, que ce soit au cinéma ou en jeu vidéo, tourne autour de cette sombre affaire de virus échappé que différents protagonistes du récit cherchent, selon leur position, à endiguer, à étudier, à dissimuler ou à révéler publiquement.

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Au début du film, une caméra muette, qui rappelle le HAL9000 de 2001: l’Odyssée de l’espace, assiste à un accident bactériologique dans un laboratoire. Elle prend la décision de fermer des portes, de déclencher des dispersions de gaz, etc.

Je peux assez bien vivre sans ce genre de films (sans y être hostile. Ma référence dans le registre reste 28 days later), mais le premier film de la série, sorti en 2002, m’intéressait parce que je savais qu’on y rencontrait une intelligence artificielle, la Reine rouge.

La Reine rouge est un système informatique conscient destiné à gérer « The Hive » (la ruche), un centre de recherches souterrain dissimulé sous la ville de Racoon City. Au début du film, la Reine rouge décide de séquestrer tous les occupants de la ruche afin d’empêcher que le terrible virus « T » soit diffusé dans le monde extérieur. L’ordinateur se trouve dans une pièce du complexe et communique principalement sous forme d’un hologramme qui représente une fillette à l’accent britannique. Elle est en fait la copie d’Angela Ashford, la fille de Charles Ashford, qui l’a programmée et qui est aussi le créateur du virus « T », mis au point précisément pour permettre à sa fille d’échapper à la maladie dégénérative qui l’a lui-même cloué dans un fauteuil roulant. Le virus redonne la vie aux cellules mortes, il guérit donc Angela, à condition que cette dernière se fasse régulièrement injecter l’antidote au virus, faute de quoi elle deviendrait à son tour un zombie.

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La Reine rouge n’a pas la personnalité d’Angela Ashford, mais elle a ses traits, sa voix, et utilise parfois des expressions enfantines qui prennent un sens pervers ou dérangeant dans le contexte, comme lorsqu’elle dit « I’ve been a bad bad girl » pour annoncer qu’elle vient de libérer un monstre mutant. Bien que ses décisions suivent une logique assez simple — empêcher le virus de quitter la ruche, quitte à tuer tout le monde —, ses expressions sont rarement neutres. Elle supplie (« I implore you ») puis menace (« you’re all going to die ») ou se montre sarcastique (« I did warn you, didn’t I? »).
Le personnage est plutôt intéressant, mais il est à peine ébauché dans ce film. Dans Resident Evil: extinction, le troisième film de la série, on rencontre la Reine blanche, une intelligence artificielle jumelle de la Reine rouge. Enfin, dans Resident Evil: Retribution, cinquième volet de la série, la Reine rouge prend le contrôle de la société Umbrella Corp, et projette de détruire l’humanité toute entière. Mais je n’ai vu aucun de ces deux films, donc je ne fais que répéter ce que j’ai lu à leur sujet.

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La Reine rouge impose à Alice, l’héroïne du film, de tuer une de ses camarades infectées, mais Alice refuse et brise l’écran par lequel l’Intelligence artificielle communiquait avec elle… Ce qui la désactive complètement, de manière incompréhensible. En fait, au même moment, un de ses compagnons avait mis la Reine rouge hors d’état de nuire.

Le fait de donner les traits d’un enfant innocent à une intelligence maléfique, ou en tout cas dangereuse, est une astuce de scénario qui fonctionne toujours (Damien, dans La Malédiction ; Alia dans Dune ; les « coucous » du Village des damnés), mais s’inscrit dans une autre tradition, celle du savant qui décide de donner les traits ou la personnalité de son enfant mort (ou dans le cas, en sursis) à sa création. Je pense par exemple au programme Joshua, dans Wargames, qui porte le nom du fils du professeur Falken, son créateur, ou encore au robot Astro, chez Tezuka, créé par le docteur Tenma pour remplacer son fils Tobio.
Mais je pense aussi à une histoire vraie, celle de la poupée que René Descartes avait confectionnée en souvenir de sa fille Francine, morte à l’âge de cinq ans et que le philosophe avait abondamment pleurée, d’une manière que ses contemporains ont à l’époque jugée impudique. On dit que ce deuil a radicalement orienté sa philosophie dans les années qui ont suivi. Bien plus tard, alors que Descartes se rendait en Suède, un marin a été si effrayé par l’aspect réaliste de la poupée Francine qu’il l’a jetée par dessus bord.

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À gauche : le professeur Falken et son fils Joshua, qui donnera son nom à une intelligence artificielle après sa mort prématurée ; au centre : le petit robot Astro, créé par le docteur Tenma, pour remplacer son fils Tobio ; Enfin à droite, un marin jetant par dessus bord la poupée Francine créée par Descartes avec les traits ou en tout cas le nom de sa fille morte en bas âge.

On retrouve dans ce personnage de Reine rouge, mais aussi dans l’idée même de créer un virus capable de ranimer les chairs mortes, cette même folie qui consiste, pour le savant, à penser échapper au deuil en maîtrisant ou en créant la vie. C’était d’ailleurs aussi le sujet du Frankenstein de Mary Shelley : c’est parce que la mort de sa mère l’avait affecté que le docteur Frankenstein avait cherché le secret du principe vital, quitte à créer un monstre sans but et sans place possible dans la société qui se révélera rapidement dangereux.

De la traçabilité des affiches (entre autres)

avril 20th, 2013 Posted in Depuis ma fenêtre, Images | 37 Comments »

J’ai vécu plusieurs engueulades à ce sujet sur Twitter, mais je persiste : même si je suis d’un avis bien différent, je trouve très bien que les anti « mariage pour tous » s’expriment. Enfin tant qu’ils le font de manière civilisée, bien entendu1. Ça me semble important parce que parler est le moyen de régler les problèmes, de faire accepter une nouveauté, parce que la parole n’est pas un luxe, et qu’elle est même, en démocratie, une obligation. C’est un poncif, mais je l’assume : la démocratie, c’est le sang-froid, c’est chercher à se comprendre entre gens d’avis différents.

Dans plusieurs médias

Dans plusieurs médias réputés sérieux et sur les réseaux sociaux, j’ai pu lire que les anti-mariage pour tous s’inspiraient des affiches de propagande pétainiste. C’est une grosse erreur d’interprétation, les affiches de la « manif pour tous » sont clairement inspirées de celles de mai 1968 et de la propagande2 « de gauche » des années suivantes. Les affiches que pastichent la « manif pour tous » étaient réalisées selon la technique de la sérigraphie, mais généralement sans insolation : le « bouche pores » (du latex liquide ou quelque chose du genre) était appliqué directement au pinceau, d’où l’emploi de formes simplifiées qui évoquent visuellement le pochoir, et d’où l’usage d’un nombre réduit de couleurs – une seule, presque toujours.

Je dirais même qu’une démocratie mérite plus son nom si la parole y est libre de circuler, si l’information n’y est pas entravée, que si on se contente de donner un droit de vote ponctuel (et très limité) aux citoyens, parce que le scrutin n’a pas de valeur s’il est exercé par des citoyens désinformés et incapables de débattre. Sur l’échelle démocratique, je ne place pas la France très haut, car les lieux de parole publique les plus influents sont les plus verrouillés, sont squattés par des « spécialistes » qui n’ont pas grand chose à raconter, et qui se gardent bien d’amener une diversité véritable de points de vue. Les voix un peu dissidentes sont rares sur les sujets économiques, en tout cas dans les médias les plus suivis (journaux télévisés, débats en prime-time, quotidiens nationaux). Et la loi française censure ceux qui auraient l’impudence de s’attaquer à des marques ou à des entreprises, qui sont plutôt mieux protégées que des personnes physiques mais n’ont, quand à elles, pas de casier judiciaire. Et ne parlons pas des mantras ânonnés par des journalistes pseudo-impartiaux pour construire dans l’esprit du public une idée de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l’est pas, je pense notamment à la manière dont le Front de gauche et le Front national, pourtant différents en tout, sont si facilement englobés par les médias sous l’étiquette de « populisme », ou de la légèreté avec laquelle certains pays, le Venezuela, au hasard, sont qualifiés de dictatures, quand d’authentiques dictatures « amies de la France » sont présentées, elles, comme des pays parfaits pour passer ses vacances, ou en tout cas suffisamment respectables pour y fourguer les « Rafale » de Serge Dassault.

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Ce n’est pas en fonction de contraintes techniques que les affiches des « anti » rappellent la tradition de mai 1968, mais bien par parenté esthétique. Or cette référence semble un peu absurde venant du camp qui, il y a quarante ans, défilait contre les manifestations « gauchistes ». On remarque une différence notable avec les sérigraphies de 1968 : il n’y a plus une couleur, mais deux ou trois, ce qui permet des affiches « bleu blanc rouge », raison pour laquelle, peut-être, certains ont cru voir un rapport avec la propagande de l’occupation.
Au passage, je trouve incroyable l’affiche avec un bébé qui réclame une « traçabilité » en se comparant à une bête à viande : on se demande de quel genre d’humanité il est question ! Et la traçabilité graphique, au fait ?

Le « mariage pour tous » est un de ces sujets dont les médias raffolent pour occuper le bon peuple, et offrir à ce dernier une apparence de débat contradictoire : il y a des « pour », des « contre » et des « sans-opinion », ce qui suffit à offrir un ersatz de pluralité sur un projet de loi dont le succès ou l’échec ne risquent de changer l’existence d’aucune multinationale. Pour être certain d’encourager la passion et les affrontements, on évite de convoquer aux heures de grande écoute des gens qui mettent les choses en perspective, qui peuvent rassurer les inquiets en évoquant des études psychologiques, historiques, anthropologiques, qui vont comparer ce qui se passe ici avec ce qui se passe dans d’autres pays, etc.
Internet joue un rôle ambivalent dans l’idiotie générale, car on y trouve toutes les opinions imaginables, toutes les approches, depuis les expressions militantes les plus viscérales jusques aux développements savants les plus fins, ce qui est formidable, mais on y trouve aussi et surtout ce qu’on y cherche. Je veux dire par là que sur Internet, de lien en lien, de réseau social en réseau social, on peut facilement en venir à s’enfermer dans son petit monde personnel, à ne fréquenter les gens ou les sites web que par communauté d’opinion, dans l’ignorance de ce que d’autres personnes peuvent penser. Bien entendu, de temps en temps, des amis nous signalent des gens qui pensent différemment d’eux et de nous, mais c’est toujours pour s’en moquer, pour s’en horrifier, pour participer à constituer notre opinion commune, en nous disant : on n’est pas comme ces gens-là, on n’est pas des américains ultra-conservateurs religieux, on n’est pas (ou plus) des adolescents qui massacrent l’orthographe, on n’est pas des conspirationnistes paranoïaques, etc. Ce mécanisme peut aboutir à placer chacun de nous dans une bulle apparemment confortable, puisqu’on peut finir par croire que l’on n’est entouré que d’amis, que tout le monde a la même opinion que soi et que ceux qui pensent différemment se trouvent au delà d’une frontière infranchissable, qu’on ne veut ni les connaître, ni les voir, ni, surtout, les écouter. Mais une société sans dialogue, ce n’est plus une société, c’est un agrégat de petites sociétés, de communautés étanches, de gens qui ne peuvent plus entrer en confrontation autrement que sur le mode de l’affrontement, et qui ont même tendance à s’enfermer sur leur propre groupe, en s’imposant des consensus par réflexe grégaire — j’observe que les plus violentes engueulades sur des forums ou sur les réseaux sociaux déchirent souvent des gens qui sont d’accord sur presque tout.

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Serge Dassault (à gauche) juge que le mariage pour tous signifie la fin de la nation, car «On va avoir un pays d’homos (…) dans dix ans, il n’y a plus personne». C’est pendant les événements de mai 1968 qu’il a découvert le militantisme politique, en s’engageant avec le Centre national des indépendants et paysans, parti conservateur qui cherchait à l’époque à servir de passerelle, si j’en crois Wikipédia, entre la droite républicaine et le Front national (fondé en 1972).
Nicolas Sarkozy (centre) était collégien en 1968, mais en 1976, il défilait contre le droit de grève. Sur le mariage pour tous, il dit : «Avec leur « mariage pour tous », la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui, bientôt ils vont se mettre à quatre pour avoir un enfant. Et le petit, plus tard, quand il demandera qui sont ses parents? On lui répondra: « désolé, il n’y a pas de traçabilité».
Quand à Christine Boutin (droite), j’ignore ce qu’elle pensait de mai 1968, mais à présent, elle est contre : «La Manif Pour Tous, c’est la France qui se lève pour dire son ras-le-bol des idées de Mai 68». Ce qui ne l’empêche pas de recourir à une communication inspirée de cette même époque.

Évidemment, quand je dis qu’il est bien que les opposants au mariage pour tous s’expriment, c’est surtout en théorie, puisque dans la pratique ils semblent avant tout être utilisés comme ciment d’une refondation de l’UMP après sa déroute électorale de l’an dernier. Et un ciment de la pire qualité, qui nivelle l’opposition vers le bas, comme le dit bien le billet d’Autheuil, qui est visiblement désespéré par l’état dans lequel tout ça a mis son propre camp. Le débat est loin de se placer sur un terrain favorable à la réflexion. Les « anti » ne peuvent pas avoir gain de cause et ils le savent, mais l’important pour eux est ailleurs, ils veulent compter leurs troupes, les souder, et tant pis si c’est dans des conditions et sur un sujet qui les plonge dans des abysses de pensée réactionnaire.
Mais je reste optimiste, au fond, je pense que si tout peut être dit, et surtout contredit, les bons arguments ont plus de chance de triompher à terme que les mauvais. Je sais que tout le monde ne pourra pas entendre mon avis, au moment où les « anti » sont déchaînés et promettent même « du sang », mais ce n’est pas ces gens que je défends, c’est le droit à débattre. Bien sûr, je ne suis pas naïf, je sais que le dialogue n’empêche pas toute violence, que les mots peuvent être porteurs de violence, ou en susciter, et je suis le premier à trouver suspect, voire scandaleux, qu’une catégorie de la population voie son droit à se marier civilement mis en cause par une autre partie3. Je vois aussi que les manifestations des « anti » sont redoutablement bien organisées, avec code vestimentaire, apparence de diversité (culturelle, religieuse) et goût de la confusion (invocations de mai 1968 ou du printemps arabe, mise en avant d’une born-again night-clubbeuse qui s’affirme « gay-friendly » comme tête d’affiche,…), et tout ça pour cacher des armées de curés en soutane…
J’ai vu sur Twitter plusieurs personnes qui croyaient, au début du mouvement, que la « manif pour tous » défendait le « mariage pour tous »4 !
Reste que, pour avoir été surpris de découvrir que j’en connaissais, je sais qu’il y a des gens que le « mariage pour tous » perturbe sincèrement, sans arrières-pensées politiques, sans vœu de nuire à quiconque, car il bouleverse leur vision du monde : tout ça est venu un peu vite pour eux — je rappelle qu’il y a vingt ans l’homosexualité était une maladie mentale selon l’OMS, et il y a trente ans, un délit dans de nombreux pays réputés démocratiques. Et on ne peut pas balayer les doutes de ces gens avec mépris, ni sous-estimer leur nombre. Dans dix ans, ils admettront leur erreur (comme chaque fois, comme avec la contraception, la peine de mort,…), à condition peut-être que la plaie qui s’est ouverte ne soit pas trop infectée5.

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Bon, je m’arrête là, je suppose que la fièvre retombera bientôt (sitôt le vote acté), et ce qui m’intéresse est ailleurs : c’est cette idée de « fiction » (après la science-fiction), évoquée dans le slogan « Pas de fiction pour la filiation ». Certains « anti » semblent réellement persuadés qu’un jour, deux hommes qui élèveront un enfant essayeront de faire croire à ce dernier qu’il sort du ventre d’un de ses papas6. Enfin quelque chose du genre. Venant du camp politique (la droite conservatrice catholique) qui a toujours combattu l’éducation sexuelle à l’école, et qui ne veut donc pas que les jeunes comprennent véritablement comment se font les enfants, c’est plutôt cocasse.
Ce slogan n’a pas vraiment de sens, puisqu’il dénonce une situation qui n’existera pas7 au nom d’un principe difficile à appliquer, celui d’une filiation qui serait exempte de fiction. La filiation est toujours une fiction, toute famille est une fiction, un récit, un roman, des histoires que l’on se raconte, des secrets que l’on ne se raconte pas (5% des pères élèveraient, à leur insu, l’enfant d’un autre), des histoires que l’on s’invente (combien d’enfants ont rêvé avoir été adoptés, ou auraient voulu être les enfants de leurs voisins !), des légendes que l’on se transmet, des manies, des goûts, un langage, des gestes,…
Et puis la protestation des « anti » s’appuie elle-même sur des fictions : vulgarisation historique au ras des pâquerettes, avec le spectre de la chute de l’Empire romain, évoqué par des gens qui n’y connaissent manifestement rien ; anthropologie de bazar (il existerait un « mariage naturel » !?) ; légende révolutionnaire, avec  l’invention d’un « printemps français » au cours duquel les Français sont censés chasser François Hollande comme les Tunisiens ont chassé Ben Ali, événement qui avait fait démarrer (en plein hiver, bizarrement) le « printemps arabe » ; légende dorée, avec le martyre webogénique de Christine Boutin ; et n’oublions pas le fondement religieux de l’engagement de certains, qui lui aussi repose sur une très très vieille fiction.

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Effrayant symbole : deux cent militants, presque exclusivement des hommes, sont venus « accueillir » Caroline Fourest à l’arrivée de son train à la gare Montparnasse. Sur les vidéos, on voit un curé et ceux qui le suivent marcher sur les gendarmes qui préfèrent reculer devant ces imbéciles et leurs projectiles et ont finalement escorté Caroline Fourest « en formation de tortue ». Deux cent hommes pour dire leur haine à une femme : quel courage !  Et si les gendarmes n’avaient pas été là, il se serait passé quoi ? On n’est plus du tout dans la libre-expression.
J’aime bien l’image complètement absurde du curé, monté en chaire sur un distributeur automatique, qui harangue ses ouailles tandis que la foule, sensible au comique de la situation je suppose, immortalise la scène smartphones en mains.

Parmi les autres slogans, j’ai bien ri en lisant « Contre le mensonge aux enfants ». Je suis totalement favorable à ce que l’on dise la vérité aux enfants, je n’ai jamais cru aux vertus de la dissimulation, mais je ne suis pas sûr que tant de gens pensent comme moi, bien au contraire. Vaste programme, donc, comme disait l’autre. J’ai ri aussi à « On veut du sexe, pas du genre », qui signifie « on veut de la biologie, pas de la sociologie » mais où on lit surtout un « On veut du sexe » qui semble indiquer une frustration décomplexée.
Enfin, le slogan « non au mariage mirage » me semble lui aussi très savoureux, car qu’est-ce qu’un mariage, sinon le vœu pieux de connaître et de contrôler sa vie familiale et affective future, c’est à dire d’arriver à voir quelque chose de lointain et qui n’existe pas (encore), autrement dit, un mirage ?

  1. La « manière civilisée » de s’exprimer n’inclut pas forcément pour moi les cortèges de manifestants. J’ai plutôt peur de la foule, ce taureau furieux dont la puissance est si souvent proportionnelle à l’imbécilité. [↩]
  2. La « Propagande » est une notion mal vue, mais elle n’est pas synonyme de mensonge, il s’agit du fait de diffuser – propager – des idées. [↩]
  3. Je pense d’ailleurs que de nombreux homosexuels se sont positionnés « pour » comme Virginie Despentes ainsi qu’elle l’expliquait dans une tribune mémorable, non pas par envie personnelle de se marier, mais en voyant que des non-homosexuels se mobilisaient pour le leur interdire. [↩]
  4. Si vous lisez ce texte des années après sa rédaction, je résume : le « mariage pour tous » désignait l’ouverture du mariage à des couples de même sexe, projet porté sans grande vigueur par la majorité de gauche, qui en avait fait une de ses promesses de campagne, tandis que la « manif pour tous » est le mouvement de protestation organisé par ceux qui refusaient le vote de cette loi. Une importante partie de la droite dite « républicaine », dans l’opposition, s’est engagée dans ce combat contre le mariage « pour tous », et à quelques exceptions près, ceux qui ne l’ont pas fait se sont abstenus de le dire trop fort. [↩]
  5. Ceci dit ces gens sont souvent convaincus par des non arguments, qu’ils choisissent de croire malgré les démentis ou qu’ils croient parce que les médias ne font pas leur travail en ne rappelant pas le contenu de la loi, et le fait, notamment, que la gestation pour autrui n’y soit pas mentionné et n’ait pas plus de raison de l’être que pour le mariage « pour certains ». On m’a fait remarquer à juste titre que les politiques de premier plan qui ne sont pas « contre » le mariage pour tous restent assez discrets, notamment dans la majorité — de fait les seuls politiques de carrure nationale que j’ai entendu s’exprimer sans ambiguïté en faveur du mariage pour tous, hors Christiane Taubira, sont de droite : Bachelot et Jouanno, qu’on peut féliciter de leur courage, pour le coup. [↩]
  6. En revanche, il ne faudrait pas le dire car ça va faire peur, mais on pense pouvoir créer un embryon humain (forcément féminin) en associant deux ovules, ou à partir d’une unique ovule. Donc deux mamans biologiques ou une maman sans papa biologique sera peut-être, un jour, une chose techniquement envisageable, bien qu’on en soit vraiment très loin. Par contre avec deux spermatozoïdes, on ne fait rien et ça ne changera jamais. [↩]
  7. Non seulement je doute que deux parents de même sexe cherchent à se faire passer pour co-parents biologiques d’un enfant, mais comme l’explique Maître Eolas, ça ne fait pas partie du projet de loi. Il serait bien que les journalistes reprennent un peu les « anti » sur cet argument qui n’a jamais eu de sens et n’en aura jamais. [↩]

Littératures graphiques contemporaines #2.6 : Benjamin Renner

avril 17th, 2013 Posted in Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Benjamin Renner, réalisateur de films d’animation.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 24 avril à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-174.
Cette sixième et dernière séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Oblivion

avril 17th, 2013 Posted in Interactivité au cinéma, Réalité truquée au cinéma, Robot au cinéma | 14 Comments »

oblivion_affiche(Avertissement : Si vous n’avez pas vu le film, vous regretterez sans doute d’avoir lu l’article. J’essaie cependant de dire le moins de choses possible au sujet des détails inattendus que l’on trouve dans le scénario)

En 2073, Jack Harper (Tom Cruise) et Victoria Olsen (Andrea Riseborough), vivent en couple dans une sorte de nid high-tech depuis lequel ils gèrent ce qui reste de la planète Terre après la destruction de la Lune et une guerre sans merci avec une espèce extra-terrestre, les Scavs (pour scavengers — charognards). Les humains ont vaincu leur ennemi, à coup de bombes atomiques, mais la Terre n’est plus en état d’être occupée, il faut donc la quitter pour s’installer sur une lune de Jupiter, Titan. D’immenses stations de pompage de l’eau terrestre se chargent de vider les mers de la planète morte sous la protection de drones que Jack répare, sous la supervision de Victoria, elle-même placée sous le commandement du « Tet », le tétraèdre, une station spatiale en orbite autour de la Terre où se trouvent les humains en transit vers Titan. S’il faut réparer les drones, c’est notamment parce qu’il reste des Scavs sur Terre, et que ceux-ci tentent régulièrement de saboter les opérations de pompage. Les mémoires de Jack et de Victoria ont été effacées, afin qu’ils en sachent le moins possible sur tout ce qui n’a pas de lien avec leur mission et ne risquent pas de diffuser des informations confidentielles. C’est de cette opération que vient le titre du film : Oblivion, l’oubli. En rêve, Jack a tout de même quelques réminiscences d’un passé qu’il n’a pourtant pas vécu, et il est hanté par le visage d’une femme qu’il n’a jamais rencontrée. Ces souvenirs sont des images traitées en beau noir et blanc, avec un gros grain qui rappelle la photographie argentique.
On sent assez rapidement que les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être et que Sally, qui donne des instructions à Jack et à Victoria depuis le « Tet » et qui ne semble jamais pressée d’envoyer les pièces de remplacement qu’ils réclament à ces deux derniers, ne dit pas toute la vérité sur la situation de la terre à ses subordonnés.

Ce qui frappe assez rapidement, dans Oblivion, ce sont les drones. Leur apparence est celle de grosses boules muettes (mais bruyantes) dont le « visage » est une croix noire avec un œil rouge et l’air constamment en colère que donneraient deux sourcils froncés et l’expression de la bouche faisant une grimace. De part et d’autre de ce « visage », se trouvent des fusils-mitrailleurs.

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Le comportement des drones est brutal et menaçant, aucun échange verbal n’est possible. S’ils reconnaissent un visage ou une trace d’ADN amis, ils épargnent, et sinon, ils tuent. Ce sont, en quelque sorte, des lymphocytes. Que penser, alors, de Jack qui est là pour assister ces antipathiques robots ? « It’s just a machine. I’m the weapon », dit-il.

Nous avons donc des drones brutaux qui protègent le pillage de ressources naturelles, sur les ruines d’un monde dévasté, assistés par des humains qui ont perdu la mémoire d’eux-mêmes.
Dit comme cela, difficile de ne pas penser à une dénonciation de la seconde guerre du Golfe. Une dénonciation à la fois violente et culottée. Violente par la limpidité de la métaphore, mais culottée parce qu’une fois de plus, c’est des États-Unis que vient la dénonciation a posteriori de l’action de ces mêmes États-Unis. Et Oblivion contient un détail capital : sa ville martyr, enfin l’unique ville que l’on reconnaisse, et qui est en ruines, c’est New York. La victime de la guerre, c’est donc l’Amérique et l’American Way of Life — imaginez que les Scavs ont attaqué la terre le lendemain de la finale du SuperBowl !
Jack a par ailleurs une sorte de jardin secret, un bord de rivière mystérieusement épargné par la désertification générale où il s’est construit une cabane et où il écoute de vieux disques, loin des drones et loin de son logis high-tech aux airs de fantaisie d’architecte. On voit là encore l’opposition très américaine entre modernité et authenticité.

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Le scénario est adapté du « roman graphique » Oblivion, créé par Joseph Kosinski et Arvid Nelson mais qui, si j’ai bien compris, n’a pas été publié à ce jour. Disney en a acheté les droits d’adaptation, puis les a rétrocédés à Universal, de peur d’écorner son image publique, non pour le contenu politique du film, mais pour son caractère assez violent. C’est Joseph Kosinski, connu pour le beau mais plutôt stupide Tron Legacy, qui s’est occupé de la réalisation du film.
J’imagine que ce n’est pas par étourderie et j’aimerais lire la bande dessinée d’origine pour en savoir plus, mais on reconnait un grand nombre d’autres films derrière Oblivion, par exemple Moon, par Duncan Jones ; le médiocre Independance Day, et le regardable Stargate, tous deux de Roland Emmerich ; le classique 2001: l’Odyssée de l’espace par Kubrick et surtout sa suite 2010: Premier contact, par Peter Hyams ; Terminator, par James Cameron (et pourquoi pas, Aliens et Avatar, du même) ; l’altermondialiste Sleep Dealer, par Alex Rivera ; le dépressif Code 46 par Michael Winterbottom ; Total Recall de Paul Verhoeven ; La Jetée, par Chris Marker, et son remake L’Armée des douze singes, par Terry Gilliam ; La planète des singes de Franklin Schaffner ; Mad Max : Beyond the thunderdome par George Miller, ainsi que divers récits post-apocalyptiques comme le récent (et dispensable) Livre d’Eli, par Albert et Allen Hughes ; Dune, dans la version de David Lynch ; Et enfin Star Trek : premier contact, par Jonathan Frakes.

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Bien qu’Oblivion ne soit original en rien, je prédis que ce film a ses petites chances de devenir un classique dans son genre. Tout d’abord il est totalement en phase avec les préoccupations de notre époque. Ensuite, il est assez sobrement réalisé, et, comme dans l’excellent Starship Troopers (1997) de Verhoeven, l’essentiel de l’action se déroule en plein jour. C’est assez rare pour être noté car de nombreux réalisateurs utilisent la pénombre comme cache-misère ou pour harmoniser l’étalonnage d’effets visuels médiocres, en se réclamant hypocritement de l’exemple classique d’Alien. La plupart des acteurs sont impeccables, Tom Cruise en tête : on peut penser ce qu’on veut du bonhomme mais il est toujours totalement au service des films dans lesquels il joue. L’actrice britannique Olivia Risenborough, que je ne connaissais pas, est tout à fait excellente dans un rôle plutôt complexe. Le personnage de Julia Rusakova est un peu plus plat qu’il n’aurait pu l’être, mais je ne pense pas qu’on puisse l’imputer à l’actrice (Olga Kurylenko). Les autres personnages que l’on rencontre fonctionnent très bien.
Je dois dire que j’ai trouvé l’épilogue du film un peu niais, j’aurais pu m’en passer, mais il n’a aucune importance. Le scénario souffre de quelques petites incohérences (notamment certaines réactions de Julia ou le fait que le scénario repose souvent sur le fait que Jack échappe parfois à la vigilance de ses superviseurs), mais cela n’a pas suffi à me faire bouder mon plaisir.

ajout :  Éric Sadin me fait remarquer ailleurs que les interfaces tactiles présentes dans le film sont un peu ringardes. Manuela de Barros, elle, me rappelle que les personnages féminins sont maltraités par le scénario. Effectivement, l’action et même la circulation sont le seul fait des hommes dans ce film. Manuela, toujours, relie le scénario à l’Église de scientologie, et sur certains détails ça se tient sans doute : le côté coaching d’entreprise des questions répétées par Sally (« Êtes-vous une équipe efficace ? »), la progression du personnage de Jack, qui ressemble au différentes étapes de l’impulsion de survie selon le dogme scientologue, mais peut-être aussi (là, c’est moi qui suppose) certains points le mythologie de la secte de Ron Hubbard au sujet de l’âme et de la personne.

Adrien M / Claire B

avril 17th, 2013 Posted in Interactivité | No Comments »

Adrien Mondot (informaticien et jongleur) et Claire Bardanne (plasticienne, diplômée d’Estienne et de l’Ensad) sont associés depuis quelques années au sein de la compagnie « Adrien M / Claire B », qui produit des spectacles multimédia très séduisants. Cela fait une dizaine d’années qu’Adrien Mondot s’illustre dans le domaine, mais je ne l’ai vu sur scène que cette année, dans le modeste théâtre de ma ville, avec deux spectacles distincts : Cinématique et Un point c’est tout.

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Le second spectacle est en quelque sorte l’explication du premier, son « manifeste », selon le terme choisi par ses auteurs. Avec l’œil vicié du professionnel, j’ai toujours un peu de mal à me laisser embarquer dans ce genre de spectacles pour lesquels je cherche surtout à comprendre ce qui est interactif, ce qui est scénarisé, où se trouvent les capteurs, etc.

Pour autant, et malgré quelques difficultés techniques au niveau du son, j’ai bien aimé Cinématique, avec sa poésie minimaliste à base de jonglage sans pesanteur, de danse, de lettres alphabétiques, de grilles et de points. Quelques lignes, ou la projection en direct de l’intérieur agrandi d’une boite, permettent de recréer l’espace et de désorienter le spectateur de manière efficace. Le fait de recourir à des formes graphiques minimalistes pour évoquer des mouvements de la nature ne pouvait que me toucher.

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La simulation de propriétés physiques (pesanteur, élasticité, systèmes complexes) en interaction avec un jongleur ou une danseuse fonctionne très bien aussi. Tout ça est bien expliqué dans Un point c’est tout, où Adrien Mondot présente même des lignes de code informatique (en Objective C, je pense), ce qui n’est pas très courant en plein milieu d’un spectacle qui promet à son public de la féerie visuelle. La grammaire qu’utilisent ces deux artistes est expliquée en détails et, en théorie, sans rien dissimuler au public1.

Je suis resté sur ma faim, tout de même, parce que j’aurais voulu gratter un peu plus loin, savoir ce qu’Adrien Mondot et Claire Bardanne ont à raconter au delà de leurs explications techniques et des tableaux plaisants qu’ils produisent.

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Est-ce qu’ils se réfèrent au jeu vidéo (notamment ancien), à l’art cinétique, à l’art optique, à la poésie en mouvement ? On peut l’imaginer mais ça n’est pas dit de manière explicite. Un autre point que j’aurais aimé soulever (mais la conférence-spectacle était malheureusement à prendre ou à laisser, le public n’était pas invité à poser des questions) est le peu d’importance, dans ces deux spectacles, que semblent avoir le son et la musique, qui sont employés de manière un peu plate, pas spécialement interactive, qui ne sont pas gênants pour le spectateur mais ne lui apportent pas grand chose pour autant.

Les deux spectacles n’en restent pas moins plaisants, pour des spectateurs d’âges et de références culturelles diverses. On peut en voir des vidéos sur le site de la compagnie.

  1. Je dois dire que j’ai toujours aimé voir les prestidigitateurs expliquer leur « truc », comme le célèbre Gérard Majax de ma jeunesse, qui, à la télévision, dans la presse pour enfants ou dans ses livres consacrait plus de temps à démystifier la prestidigitation qu’à l’exercer, parce qu’il est encore plus méritant de faire « croire » un instant la véracité d’une illusion alors que le public sait qu’il s’agit d’une illusion et en comprend les ressorts que de se contenter de le duper. De la même manière, nous n’avons pas besoin de croire qu’un film de fiction est un documentaire pour qu’il nous émeuve pendant le temps où nous le visionnons. [↩]

Dynamo

avril 16th, 2013 Posted in Cimaises | 3 Comments »

L’expo Dynamo, qui se tient au Grand Palais jusqu’au 22 juillet prochain, explore le mouvement, la lumière et l’espace dans l’art. La circulation se veut à la fois plus ou moins historique (contemporains, pionniers) et thématique (immersion, distorsion  interférence, Espace incertain,…).

On y voit beaucoup d’œuvres d’art cinétique, cybernétique et optique (les membres du Grav, Victor Vasarely, Jesus Rafael Soto, Nicolas Schöffer, Bridget Riley, Jean Tinguely), des précurseurs (Marcel Duchamp, Lazlo Moholy-Nagy, Hans Richter, Alexander Calder) et puis des artistes plus récents (Anish Kapoor, Felice Varini, Ann Veronica Janssens, Fred Eversley, John Armleder, Xavier Veilhan).

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Parfois, les catégories temporelles sont un peu artificielles : François Morellet est clairement présenté comme un artiste contemporain, tandis que son cadet Julio le Parc, lui aussi membre fondateur du Groupe de Recherche d’Art Visuel (1963), est plutôt présenté comme un artiste historique. Or l’un et l’autre produisent toujours.

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Ce qui manquait un peu dans ce panorama, ce sont les arts numériques purs et durs. On croise bien quelques travaux de Vera Molnar et un écran de John Whitney, mais parmi les « contemporains », il aurait été intéressant de faire une place à des artistes tels que John Maeda, Golan Levin (ou leurs « ancêtres » Manfred Mohr, Michael Noll, Herbert Franke, etc.), ou les épuisants Granular Synthesis, qui peuvent facilement être considérés comme des continuateurs de l’art cinétique.

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Apparemment il y avait des travaux d’Anthony McCall, mais pas ses installation de « lumière solide », c’est dommage. Je n’ai sans doute pas tout vu, car quelques œuvres ne fonctionnaient pas.

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L’exposition est vaste, agréable à visiter, et l’on est tout à fait autorisé à prendre des photos et à filmer. C’est quand j’ai pris quelques photographies de la boutique de l’exposition qu’un gardien est venu me dire qu’il fallait ranger mon appareil : « l’exposition, ça va, mais là c’est la vente, si on vous laisse faire, tout le monde va faire la même chose ». Je n’ai pas bien compris ce que voulait dire ce monsieur, mais une vendeuse est aussitôt venue à mon secours, et tout en remerciant le gardien de son attention, m’a dit que je pouvais prendre toutes les photos que je voulais.

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Les organisateurs ont affiché la profession de foi du Grav pour la biennale de Paris : « Défense de ne pas participer ; Défense de ne pas toucher ; Défense de ne pas casser ». Quelques œuvres sont effectivement manipulables, mais ce n’est pas le cas de toutes celles qui avaient été conçues, en leur temps, pour l’être.

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L’œuvre ci-dessus, par exemple (Constellation, 1956, par Yaacov Agam) est accompagnée d’une note qui dit « ne pas toucher, merci ».
À côté, se trouve un petit écran qui montre une main manipulant l’œuvre.

Il faut une bonne heure et demie pour tout voir. L’entrée est un peu chère (treize euros). Pour certaines œuvres, notamment une salle de John Armeleder, il vaut mieux ne pas être épileptique, mais dans l’ensemble, on ne souffre pas trop même si certains effets d’optique font perdre, un temps, la compréhension de l’espace.

Echelon conspiracy

avril 8th, 2013 Posted in Hacker au cinéma, Ordinateur au cinéma, Surveillance au cinéma | 5 Comments »

conspiracy_dvdSorti en 2009, Echelon Conspiracy (diffusé directement en France au format DVD sous le titre Conspiracy) a un scénario proche de celui d’Eagle Eye, sorti un an plus tôt : un ordinateur géant mis au point par les États-Unis d’Amérique devient conscient de lui-même et décide de remplir sa mission comme il l’entend. Ici, l’ordinateur despote n’est pas une machine imaginaire, c’est Echelon, l’immense système de surveillance globale mis au point par la National Security Agency (NSA). Mais Echelon (le vrai) n’est pas un seul ordinateur, ni un seul logiciel, et n’est pas situé dans un lieu précis, c’est au contraire essentiellement un réseau mondial d’antennes qui interceptent toutes les communications par satellite, et qui emploie des traducteurs et des analystes biologiques ou logiciels pour traiter tout ce qui a été capté et en extraire des informations signifiantes en rapport avec les intérêts du pays. Le titre original du film, et plus encore le titre français, sont un peu hors-sujet aussi puisque la notion de « conspiration » implique forcément que plusieurs personnes soient liées entre elles par un projet. Or ici, s’il y a bien un projet, il n’y a aucune conspiration, puisqu’il n’y a qu’un seul conspirateur, Echelon.

Le héros du film, Max Peterson (Shane West), est un informaticien spécialisé dans l’installation de systèmes de sécurité informatique. Il reçoit un jour par colis un téléphone mobile dernier cri qui lui donne des conseils : ne pas prendre tel avion, profiter de telle promotion, acheter telle valeur boursière ou jouer sur telle machine à sous au casino.

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Il ne tarde pas à découvrir qu’il est de son intérêt de suivre les instructions qui lui sont mystérieusement et anonymement envoyées : l’avion qu’il n’a pas pris s’écrase, les actions qu’on lui a dit d’acheter triplent de valeur et la machine à sous lui fait remporter le jackpot. Ce téléphone, dont il ignore toujours l’origine, est un objet presque magique. La fortune subite de Max ne passe pas inaperçue et la direction du Casino compte bien comprendre comment le jeune homme a eu autant de chance dans divers jeux de hasard et même, lui reprendre l’argent qu’il a gagné. Il échappe aux gros bras du casino, mais ce n’est que pour tomber dans ceux de l’agent spécial du FBI Grant (Ving Rhames), qui finit par lui apprendre qu’il y a, comme dans les contes, une contrepartie à l’usage qu’il fait de son objet merveilleux : après lui avoir offert la richesse, celui qui communique avec lui par téléphone exigera une obéissance aveugle et le poussera à travailler contre les intérêts de son pays, avant de provoquer sa mort, tout comme c’est arrivé à plusieurs personnes avant lui. Aussitôt, Max se place aux ordres des États-Unis d’Amérique, tout comme John (Edward Burns), qui est employé par Mueller (Jonathan Pryce, l’acteur britannique qui tenait le premier rôle dans le Brazil de Terry Gilliam), le propriétaire du casino, pour tirer l’affaire au clair. La première mission de Max est de recevoir trois messages sur son téléphone : c’est le nombre dont ont besoin les services secrets pour découvrir leur origine (contrainte technique assez difficile à justifier à mon avis mais qui rappelle les soldats des tranchées qui disaient qu’il ne fallait pas allumer trois cigarettes : le première dénonçait leur présence à l’ennemi, la seconde permettait de viser et à la troisième, il tirait). Assez vite, le responsable de la NSA Raymond Burke (Martin Sheen) découvre que les messages en question émanent d’Echelon soi-même : l’ordinateur omniscient est en roue libre, il faut le neutraliser.

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Si Echelon avait besoin de Max, c’était pour réactiver des serveurs qui se trouvent dans un local du Nebraska, et qui vont lui servir de base pour quitter les locaux de la NSA, se reconfigurer soi-même puis se disperser dans tous les ordinateurs qui se trouvent sur le réseau Internet, rien moins que ça. Et il est impossible de débrancher les machines, car sinon, d’immenses quantités de données financières seront supprimées, déstabilisant l’économie mondiale toute entière. Par ailleurs, le responsable de la NSA ne veut pas qu’on empêche Echelon de poursuivre ses plans qui sont aussi les siens : quelques jours plus tôt, un vote du Sénat lui avait refusé un projet d’extension des prérogatives d’Echelon.

Comme à la fin de Wargames (1984), ou de l’épisode de la série Star Trek intitulé The Ultimate Computer (1968), il ne reste plus qu’un moyen pour stopper Echelon : la logique. Alors qu’Echelon est parvenu à s’auto-transférer à 99%, Max lui pose la bonne question : puisque sa mission est d’éradiquer tout ce qui menace les libertés des Américains, et que son existence est justement une menace pour ces libertés, n’est-il pas logique de s’autodétruire ? Cela semble de bon sens à l’ordinateur qui se suicide. Fin.
Je vous épargne l’histoire de la fille qui espionne Max mais qui finalement tombe amoureuse et l’histoire du sympathique taxi-man et hacker à mi-temps Yuri qui s’avère finalement être un haut-gradé de l’armée russe. Le vocabulaire et les explications techniques sont assez drôles et même un peu vieillots, on aurait pu les entendre dans un film fait quinze ans plus tôt.

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En voyant les deux acteurs principaux, on a l’impression que les producteurs ont cherché un ersatz du binôme Matt Damon/Ben Affleck. Les scènes avec Martin Sheen, qui se déroulent dans un même décor d’un bout à l’autre du film, ont dû être tournées en une après-midi au plus. Les scénaristes semblent ignorer que la Russie n’est plus soviétique, qu’il y a deux mille kilomètres entre Prague et Moscou et que l’Europe et les États-Unis ne sont pas dans le même fuseau horaire. Divertissement sans ambition, Echelon Conspiracy n’est pas un film très sérieusement réalisé, et je ne vois pas trop ce qu’on pourrait en sauver. Le public n’a pas vu non plus. Ce qui est intéressant ici, c’est avant tout qu’Echelon Conspiracy s’inscrit, même si c’est avec beaucoup de nonchalance, dans la veine des films qui se penchent sur la surveillance et sur les abus qui en sont faits, notamment après le vote du célèbre Patriot Act aux États-Unis.
Le sujet du film n’est donc pas l’intelligence artificielle, l’ordinateur qui devient autonome, mais bien la machine juridique et administrative — l’État — qui s’emballe et devient incontrôlable et dangereuse à force de vouloir maîtriser ce que le monde a d’hostile.

Real Humans

avril 3rd, 2013 Posted in Robot au cinéma, Série | 10 Comments »

real_humans_dvdIl arrive souvent que je raconte le scénario complet des films ou des séries dont je parle ici, mais cette fois, je vais me retenir, car ce serait un peu cruel pour les éventuels spectateurs puisque Real Humans ne sort officiellement en France que demain, à la fois sous forme de DVD et à la télévision, sur la chaîne Arte qui en diffusera deux épisodes chaque jeudi.
Sur la jaquette du DVD, un autocollant affirme que Real Humans se situe « entre Blade Runner et Millenium » : Blade Runner à cause des créatures humanoïdes, et Millenium, parce que cette série, dont le vrai titre est Äkta Människor (« personnes authentiques »), a été produite en Suède. On cherchera en vain un lien avec Millenium, série de romans1 qui sert à vendre un peu n’importe quelle fiction septentrionale depuis quelques années. Il aurait été plus amusant et plus juste de dire « entre Blade Runner et Ikea » ou « entre Asimov et Volvo ».

L’action de Real Humans se déroule dans notre monde, enfin dans un futur très proche : les ordinateurs ressemblent à ceux que nous utilisons, les voitures ne volent pas, tout nous semble familier. Mais la robotique a fait des progrès gigantesques et les « Hubots » (HUman roBOTS), des robots d’apparence humaine, sont partout. Ils occupent les emplois ingrats ou dangereux, sont domestiques ou tiennent compagnie aux personnes âgées ou aux célibataires. La plupart d’entre eux sont assez faciles à identifier, leur beauté est trop idéale et leur épiderme un peu lisse. Beaucoup portent par ailleurs des vêtements spécifiques qui permettent, là encore, de connaître leur nature. Ces robots, malgré des capacités cognitives adaptées aux tâches qu’ils accomplissent et même à la conversation, n’ont pas de pensée autonome, ne peuvent pas fournir une autre réponse que celle qui a été programmée, à moins de tomber en panne, ce qui n’est pas tout à fait rare. Mais voilà, il existe un petit groupe de robots fugitifs qui ne sont pas comme les autres.

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La série explore les rapports entre l’homme et son imitation mécanique au quotidien, à la manière des premiers récits de robots d’Isaac Asimov. La fuite d’un groupe de robots rappelle A.I. et, effectivement, Blade Runner. Mais on peut penser que le créateur de la série, Lars Lundström, a étudié attentivement de nombreux autres récits mettant en scène des robots, notamment au cinéma, j’ai l’impression d’avoir vu des citations de Les femmes de Stepford autant que de son remake, de Cherry 2000, de Surrogates, et même d’Astro Boy voire de Gunnm. On pense évidemment aussi aux Real Dolls, ces jouets sexuels grandeur nature dont l’apparence hyperréaliste nous trouble. La multiplication des références, des sources d’inspiration et des registres (humour, drame social, suspense ou même film d’horreur) ne fait pas de Real Humans un brouet indigeste, bien au contraire, sa réalisation est à peu près impeccable (à quelques flashbacks inutiles près), et parvient même à apporter une bouffée d’air frais par rapport aux séries HBO et assimilées qui, au fil des années, semblent scénarisées de manière de plus en plus mécanique, jusque dans leurs retournements de situations, et dont la complaisance envers la torture, notamment, est de plus en plus suspecte à mon goût2.

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Ici, les rapports entre les personnages ne semblent pas tout entiers au service du récit, ils sont traités, quelque part, comme des individus. Des humains. C’est le cas par exemple de Roger, qui se sent oppressé par l’importance croissante des robots dans son usine autant que dans son foyer, qui se sent écrasé par la perfection de ces simulacres d’êtres humains qui le renvoient à ses frustrations. Quand à son épouse, comme Sarah Connor dans le second Terminator, elle se demande si le meilleur beau-père le plus souhaitable pour son fils ne serait pas son robot de compagnie.
Le sujet de Real Humans est donc aussi la manière dont les humains vivent, dont ils s’utilisent, dont ils exigent des choses les uns des autres, dont ils se débarrassent les uns les autres, de la manière dont fonctionnent les familles ou l’entreprise.
Je n’en suis qu’au cinquième épisode (sur dix) mais je suis déjà ravi d’apprendre qu’une seconde saison est en tournage. En revanche je suis inquiet en apprenant qu’un remake anglophone lui aussi en chantier. La langue et le paysage ont une grande part dans le charme de cette série.

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À propos de robots, Daniel Ichbiah (Ancien de Univers>Interactif, auteur de La saga des jeux vidéo et de Robots : genèse d’un peuple artificiel — indisponible en librairie mais que l’on trouve à présent au format Kindle) me signale sa conférence C’est un sale boulot, mais il faut bien que les robots le fassent, au Futuroscope de Poitiers. Parlant des robots, il a cette réflexion savoureuse : « la réalité est très en retard sur la fiction ». Il rappelle aussi que si le robot humanoïde a de l’avenir, c’est parce qu’il sera fait pour manipuler les instruments que nous avons conçus pour nous-mêmes.

Lire ailleurs : Real Humans (100% humains), bientôt sur Arte, par Nicolas Beudon ; Notes sur Äkta Människor, par Elifsu Sabuncu ; Real Humans saison 1 chez Traqueur Stellaire.

  1. J’ai finalement lu Millenium, du moins le premier tome. Les personnages sont parfois bien campés, et j’ai trouvé intéressante cette manière de faire intervenir des hackers dans un roman noir (même si c’est le principe du genre Cyberpunk, après tout), mais je n’ai pas une attirance très forte pour les thèmes sordides, je suppose que je ne souffre pas assez de l’ennui pour ça. Je n’ai donc pas lu le tome suivant. [↩]
  2. L’étude du cerveau nous a appris que la vision d’une personne qui souffre active les zones liées à la douleur dans son propre cerveau. Je soupçonne les producteurs de séries de jouer sciemment sur ce fait, qu’ils enrobent de justifications scénaristiques (la cruauté de l’antiquité, du moyen-âge, du Far-West, de la pègre, etc.) pour provoquer, à peu de frais, des émotions fortes chez le spectateur. Rien de ce genre ici. [↩]

Littératures graphiques contemporaines #2.5 : Marion Montaigne

avril 3rd, 2013 Posted in Bande dessinée, Conférences | 3 Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Marion Montaigne, auteur de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 10 avril à 18 heures, dans la salle A1-175.
La séance est ouverte au public dans la limite des places disponibles.