Profitez-en, après celui là c'est fini

Echelon conspiracy

avril 8th, 2013 Posted in Hacker au cinéma, Ordinateur au cinéma, Surveillance au cinéma

conspiracy_dvdSorti en 2009, Echelon Conspiracy (diffusé directement en France au format DVD sous le titre Conspiracy) a un scénario proche de celui d’Eagle Eye, sorti un an plus tôt : un ordinateur géant mis au point par les États-Unis d’Amérique devient conscient de lui-même et décide de remplir sa mission comme il l’entend. Ici, l’ordinateur despote n’est pas une machine imaginaire, c’est Echelon, l’immense système de surveillance globale mis au point par la National Security Agency (NSA). Mais Echelon (le vrai) n’est pas un seul ordinateur, ni un seul logiciel, et n’est pas situé dans un lieu précis, c’est au contraire essentiellement un réseau mondial d’antennes qui interceptent toutes les communications par satellite, et qui emploie des traducteurs et des analystes biologiques ou logiciels pour traiter tout ce qui a été capté et en extraire des informations signifiantes en rapport avec les intérêts du pays. Le titre original du film, et plus encore le titre français, sont un peu hors-sujet aussi puisque la notion de « conspiration » implique forcément que plusieurs personnes soient liées entre elles par un projet. Or ici, s’il y a bien un projet, il n’y a aucune conspiration, puisqu’il n’y a qu’un seul conspirateur, Echelon.

Le héros du film, Max Peterson (Shane West), est un informaticien spécialisé dans l’installation de systèmes de sécurité informatique. Il reçoit un jour par colis un téléphone mobile dernier cri qui lui donne des conseils : ne pas prendre tel avion, profiter de telle promotion, acheter telle valeur boursière ou jouer sur telle machine à sous au casino.

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Il ne tarde pas à découvrir qu’il est de son intérêt de suivre les instructions qui lui sont mystérieusement et anonymement envoyées : l’avion qu’il n’a pas pris s’écrase, les actions qu’on lui a dit d’acheter triplent de valeur et la machine à sous lui fait remporter le jackpot. Ce téléphone, dont il ignore toujours l’origine, est un objet presque magique. La fortune subite de Max ne passe pas inaperçue et la direction du Casino compte bien comprendre comment le jeune homme a eu autant de chance dans divers jeux de hasard et même, lui reprendre l’argent qu’il a gagné. Il échappe aux gros bras du casino, mais ce n’est que pour tomber dans ceux de l’agent spécial du FBI Grant (Ving Rhames), qui finit par lui apprendre qu’il y a, comme dans les contes, une contrepartie à l’usage qu’il fait de son objet merveilleux : après lui avoir offert la richesse, celui qui communique avec lui par téléphone exigera une obéissance aveugle et le poussera à travailler contre les intérêts de son pays, avant de provoquer sa mort, tout comme c’est arrivé à plusieurs personnes avant lui. Aussitôt, Max se place aux ordres des États-Unis d’Amérique, tout comme John (Edward Burns), qui est employé par Mueller (Jonathan Pryce, l’acteur britannique qui tenait le premier rôle dans le Brazil de Terry Gilliam), le propriétaire du casino, pour tirer l’affaire au clair. La première mission de Max est de recevoir trois messages sur son téléphone : c’est le nombre dont ont besoin les services secrets pour découvrir leur origine (contrainte technique assez difficile à justifier à mon avis mais qui rappelle les soldats des tranchées qui disaient qu’il ne fallait pas allumer trois cigarettes : le première dénonçait leur présence à l’ennemi, la seconde permettait de viser et à la troisième, il tirait). Assez vite, le responsable de la NSA Raymond Burke (Martin Sheen) découvre que les messages en question émanent d’Echelon soi-même : l’ordinateur omniscient est en roue libre, il faut le neutraliser.

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Si Echelon avait besoin de Max, c’était pour réactiver des serveurs qui se trouvent dans un local du Nebraska, et qui vont lui servir de base pour quitter les locaux de la NSA, se reconfigurer soi-même puis se disperser dans tous les ordinateurs qui se trouvent sur le réseau Internet, rien moins que ça. Et il est impossible de débrancher les machines, car sinon, d’immenses quantités de données financières seront supprimées, déstabilisant l’économie mondiale toute entière. Par ailleurs, le responsable de la NSA ne veut pas qu’on empêche Echelon de poursuivre ses plans qui sont aussi les siens : quelques jours plus tôt, un vote du Sénat lui avait refusé un projet d’extension des prérogatives d’Echelon.

Comme à la fin de Wargames (1984), ou de l’épisode de la série Star Trek intitulé The Ultimate Computer (1968), il ne reste plus qu’un moyen pour stopper Echelon : la logique. Alors qu’Echelon est parvenu à s’auto-transférer à 99%, Max lui pose la bonne question : puisque sa mission est d’éradiquer tout ce qui menace les libertés des Américains, et que son existence est justement une menace pour ces libertés, n’est-il pas logique de s’autodétruire ? Cela semble de bon sens à l’ordinateur qui se suicide. Fin.
Je vous épargne l’histoire de la fille qui espionne Max mais qui finalement tombe amoureuse et l’histoire du sympathique taxi-man et hacker à mi-temps Yuri qui s’avère finalement être un haut-gradé de l’armée russe. Le vocabulaire et les explications techniques sont assez drôles et même un peu vieillots, on aurait pu les entendre dans un film fait quinze ans plus tôt.

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En voyant les deux acteurs principaux, on a l’impression que les producteurs ont cherché un ersatz du binôme Matt Damon/Ben Affleck. Les scènes avec Martin Sheen, qui se déroulent dans un même décor d’un bout à l’autre du film, ont dû être tournées en une après-midi au plus. Les scénaristes semblent ignorer que la Russie n’est plus soviétique, qu’il y a deux mille kilomètres entre Prague et Moscou et que l’Europe et les États-Unis ne sont pas dans le même fuseau horaire. Divertissement sans ambition, Echelon Conspiracy n’est pas un film très sérieusement réalisé, et je ne vois pas trop ce qu’on pourrait en sauver. Le public n’a pas vu non plus. Ce qui est intéressant ici, c’est avant tout qu’Echelon Conspiracy s’inscrit, même si c’est avec beaucoup de nonchalance, dans la veine des films qui se penchent sur la surveillance et sur les abus qui en sont faits, notamment après le vote du célèbre Patriot Act aux États-Unis.
Le sujet du film n’est donc pas l’intelligence artificielle, l’ordinateur qui devient autonome, mais bien la machine juridique et administrative — l’État — qui s’emballe et devient incontrôlable et dangereuse à force de vouloir maîtriser ce que le monde a d’hostile.

  1. 5 Responses to “Echelon conspiracy”

  2. By Jukhurpa on Avr 9, 2013

    C’est marrant, il y a plus de 10 ans quand j’ai lu le rapport de Duncan Campell rédigé pour le Parlement européen (http://www.amazon.fr/dp/2844850529), ça avait un coté « Big Brother » assez effrayant. Aujourd’hui avec le recul et la progression des nouvelles technologie, ça fait presque bisounours. :)

  3. By damien on Avr 11, 2013

    comment ? wargames est cité, mais même pas un petit renvoi au <em cerveau d'acier* ? sans doute un effet de votre distraction, mon cher, car c’est tout de même d’un autre niveau cinématographique (et en plus le film finit mal, ce qui est toujours plus classe).

    *Colossus: The Forbin Project – Joseph Sargent – 1970

  4. By Jean-no on Avr 11, 2013

    @damien : j’aime beaucoup Colossus, qui est d’ailleurs un des premiers films sur lesquels j’ai écrit (mais pas très sérieusement malheureusement) sur ce blog. Je l’ai cité dans l’article sur Eagle Eye, dont celui-ci semble inspiré…

  5. By damien on Avr 11, 2013

    bon ça ira pour cette fois… j’avais ‘oublié’ ta série sur les ordinateurs célèbres, mais après rapide relecture de ton compte rendu de colossus, je ne peux que vanter cette amusante et glaçante phrase qui mériterait développement (surtout la parenthèse, que je souligne) : les dangers qu’il y a à abdiquer ses prérogatives, tel le libre-arbitre, à des systèmes électroniques (plus encore si ceux-ci sont fiables)

  6. By _dylan on Mai 12, 2015

    s’il vous plait j’aimerai savoir ce que yuri dit à la fin du film à son collègue

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