Profitez-en, après celui là c'est fini

Sacré Charly !

mars 17th, 2014 Posted in Parti | No Comments »

Hier soir, je regardais la liste des gens qui me demandent de devenir leur « ami » sur Facebook. Ils sont nombreux. Pour aucune raison justifiable, j’essaie d’éviter de me mettre en connexion sur ce réseau avec des gens que je ne connais pas personnellement d’une manière ou d’une autre. Enfin des gens que je ne connais pas ou que je ne reconnais pas, par exemple ceux qui se sont donné un pseudonyme impossible à identifier et qui utilisent une photographie qui ne les représente pas, ou une photo sur laquelle ils cachent leur visage.

Parmi les auteurs des deux cent trente et une « demandes d’ajout à la liste d’amis » actuellement en souffrance, se trouvent sans doute des étudiants, des amis, des collègues, qui doivent me trouver bien impoli de ne pas avoir donné suite à leur requête parce qu’ils n’imaginent pas que j’ignore qui ils sont.
Hier, donc, je tombe sur cette demande, l’avant-avant-dernière de la liste, donc une des plus anciennes. Cela faisait manifestement longtemps que je n’avais pas effectué de fouilles aussi profondes dans le passé, et peut-être même que je ne l’avais jamais fait :

charly

Sacré Charly !
Je ne sais pas comment il est possible que je ne l’aie pas vu. Peut-être est-ce qu’il avait mis une autre image à l’époque. La demande date du dix janvier deux mille onze. Si j’avais vu sa tête, j’aurais certainement cliqué sur le bouton « confirmer ». Le nom seul ne m’aurait rien dit : je pouvais reconnaître « Éric Benard », son véritable nom, « Charly Benard », ou même « Charly » tout court, mais pas « Charly Sokora ».
Charly a été le technicien vidéo de l’école d’art du Havre, jusqu’il y a cinq ans. On disait qu’il avait été rocker, qu’il avait voulu aller à Londres, mais qu’il s’était arrêté arrivé à la mer, au Havre, puis qu’il était devenu docker, entre autres. Charly a décidé de quitter l’école, puis Le Havre, pour aller vivre en Côte d’Ivoire laissant derrière lui d’innombrables légendes.
Mais bon, puisque je n’ai pas compris de qui il s’agissait, je n’ai pas cliqué.
À présent, je pourrais le faire, mais j’hésite, car entre temps, Charly est mort.

Je ne suis pas superstitieux, mais peut-on, doit-on accepter la demande d’amitié virtuelle de quelqu’un qui n’existe plus autrement qu’à l’état de souvenir ?

charly_horoscope

Sur la page Facebook de Charlie, entre le six septembre deux mille douze et le huit juillet deux mille treize, on peut lire trente-six messages de condoléances, souvent écrits sur le mode du tutoiement, bien que le destinataire ne puisse plus les lire.

Ensuite, seule une application nommée « Horoscope du jour » semble avoir encore quelque chose à lui dire. Son tout dernier message est :

Votre passion sera récompensée. Prenez votre temps. Que vous pensiez ou pas en être capable, vous avez souvent raison. Une consommation modérée de café vous aidera peut-être à remédier à votre insomnie et à vos maux de tête. Dans les mois qui viennent, une augmentation substantielle de vos revenus sera évidente.

Sacré Charly !

Six ans

mars 9th, 2014 Posted in Le dernier des blogs ? | 4 Comments »

Je me rends compte avec un jour de retard que j’ai oublié de célébrer, comme j’en ai l’habitude, l’anniversaire du présent blog. Il a six ans depuis hier. Neuf cent dix articles, dix fois plus de commentaires et près de cent-cinquante articles en brouillon.

Quoi de neuf cette année ? Mon article le plus lu aura été celui qui raconte le violent antagonisme qui a séparé Thomas Alva Edison et Nikola Tesla. Vient ensuite un article sur une loi incroyable qui punit les possesseurs de dessins à caractère pédophile, suivi d’articles sur les affiches de La manif « pour tous », la fermeture de ma maison de presse, le plagiat dans les mémoires universitaires, l’avenir du travail, le fait de savoir si les artistes sont de sales types, le bilan d’une année de master de création littéraire et, sans rapport, le bilan d’un an de la nouvelle Gare Saint-Lazare.

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Il y a deux heures, dans mon jardin. Les fruits oranges qui pendent sont des kiwis – Nathalie en a ramassé plusieurs dizaines de kilos cet automne, mais il en reste.

Mes critiques des films Elysium, Oblivion et Robocop, ma relecture du Vendredi de Robert Heinlein et ma découverte de Iain M. Banks et d’Orson Scott Card ont eu leur succès, tout comme mes articles consacrés aux photographies de Vivian Maier et aux peintures de… George Bush.

À titre personnel, je retiens de cette période un grand nombre d’événements, dont la publication de ma traduction et de ma postface de L’Homme le plus doué du monde, d’Edward Page Mitchell, mon article sur les mémoires en école d’art pour la revue Étapes, mon passage dans l’émission Place de la Toile, pour parler de l’ordinateur au cinéma, au printemps dernier, puis pour faire mon « autobiographie numérique », plus récemment1. Toujours à la radio, j’ai enregistré avec plaisir une émission sur la bande dessinée et une autre sur l’Apocalypse pour Radio Goliards.
Enfin, et je le dois à la solidarité de mes collègues, mon poste de maître de conférences associé à l’Université a été reconduit pour trois ans, ce qui n’était pas du tout gagné, en ces périodes d’économies où les emplois précaires servent de variable d’ajustement.

Et quoi d’autre ? Rien, ou plein de choses, des collaborations, des rencontres, des projets, dont au moins un très ambitieux, de nouveaux collègues, de nouveaux lieux, et ces jours-ci — je l’écris pour me le rappeler quand je me relirai —, une fin d’hiver exceptionnellement clémente.

  1. Cette semaine, c’est Sylvie Tissot qui a fait son autobiographie numérique. []

Paper Man (1971)

mars 6th, 2014 Posted in Hacker au cinéma, Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | 1 Comment »

paper_manPaper Man est un téléfilm américain a petit budget, mais qui m’intéresse car il annonce des thèmes tels que le piratage informatique et l’usurpation d’identité, qui nous sont plutôt familiers aujourd’hui mais qui étaient passablement inédits à l’époque. On entend même parler de fantôme qui hante un ordinateur — même si le dénouement nous fait comprendre qu’il s’agissait d’un coup monté.

J’aime bien l’annonce par CBS : « l’ordinateur le plus diabolique depuis HAL ». C’est une référence, bien sûr, à Hal 9000, l’ordinateur conscient de 2001 l’Odyssée de l’espace, sorti trois ans plus tôt. La figure de l’ordinateur assassin ou servant à assassiner n’est pas neuve à l’époque mais a effectivement sans doute été popularisée auprès du grand public avec 2001 (1968), l’épiside Killer de la série Chapeau Melon et bottes de cuir (1969) et le film Colossus: The Forbin Project (1970). Cette figure continuera d’être exploité avec succès dans les années suivantes, par exemple avec les romans L’Ordinateur des pompes funèbres (1972), et Demon Seed (1977), qui seront tous deux adaptés au cinéma.
On savourera les métaphores utilisées par différents protagonistes pour désigner l’ordinateur : « almighty brain » (cerveau tout-puissant) ou « big ugly the great brain » (son affreuse grandeur le grand cerveau ») : la machine devient un souverain, voire une divinité.

Paper Man a été diffusé sous le titre français L’Homme de papier, et utilisé comme prétexte pour un débat sur l’informatique dans l’émission Les dossiers de l’écran du 3 avril 19791.
On peut le visionner intégralement sur Youtube, dans sa version en anglais non sous-titré.

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Au début du récit, un dénommé Joel Fisher reçoit par hasard une carte de crédit adressée à une personne qui n’existe pas, Henry Norman. Avec trois amis étudiants à l’université, il décide de profiter de l’occasion pour monter un canular, ou plutôt une escroquerie, en utilisant les moyens de paiement de ce Henry Norman inexistant pour effectuer des achats. Puisqu’Henry Norman n’existe que par des documents administratifs, la petite bande crée un mannequin de papier pour le représenter, et lui donne le titre de « premier homme du XXIe siècle ». Assez rapidement, les quatre sont forcés de s’associer à un cinquième, Avery (Dean Stockwell, qui est le « Al » de la série Code Quantum), le meilleur informaticien du campus, affligé d’un tempérament mélancolique et introverti, qui, de prime abord, apprécie peu l’idée de participer à une action illégale, mais qui est séduit par la belle Karen (Stéfanie Powers, la « Jennifer Hart » de la série L’amour du risque), une diplômée en psychologie au brushing impeccable qui ne cesse de se vanter de ne rien comprendre aux ordinateurs. Avery intercepte et modifie les flux de données qui sont traités par l’ordinateur2 de l’université pour rendre plus crédible le personnage de Henry Norman, en lui créant un numéro de sécurité sociale, un permis de conduire, etc.

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Je remarque un rapport à la morale qui serait difficilement admis dans un film actuel : les héros des scénarios actuels commettent parfois des crimes ou des délits, mais toujours contraints et forcés, soumis à un chantage quelconque ou ayant une bonne raison de jouer un tour à un affreux escroc. Ici, aucune excuse : cinq jeunes gens trouvent assez naturel de voler une banque, sans se donner d’excuse particulière. Leur légèreté, cependant, va leur coûter cher.

Peu à peu, les cinq jeunes gens se rendent compte que l’existence de Henry Norman leur échappe et devient de moins en moins virtuelle : ce personnage « de papier » effectue des achats par lui-même, et de nouveaux documents qu’Avery n’a jamais forgés apparaissent, comme un acte de naissance. Et si c’était l’ordinateur lui-même qui avait fini par lui donner vie ? Joel, qui reçoit un traitement inadapté pour son diabète, à cause d’une information erronée fournie par un ordinateur, meurt.
Lisa, qui travaille sur l’apprentissage du langage par les ordinateurs, constate que la machine interprète mal ce qu’elle dicte et transforme tous les mots qu’elle dit en paroles macabres : « breath » est transcrit en « death »,…

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Elle se demande alors si l’ordinateur n’est pas hanté par Joel et, en s’enfuyant de son laboratoire, est sectionnée par un ascenseur bloqué entre deux étages dont elle tentait de s’extraire. Pour finir, Jerry, un étudiant en médecine farceur se fait électrocuter par un mannequin d’étude, au cours d’une séquence « uncanny valley » assez ridicule. Bref, trois des cinq jeunes gens sont morts, il ne reste plus que la belle Karen et le mélancolique Avery.

Du fait de son comportement introverti et de ses compétences, Avery est un temps soupçonné, mais le responsable des meurtres s’avérera être le discret Art Fletcher (James Olson), un technicien de l’université, méprisé par la plupart des membres de la petite bande. On ne comprend pas toujours bien comment il a commis ses meurtres (toujours à distance, par le truchement de l’ordinateur), ni pourquoi il a tenu à le faire avec des mises-en-scène qui rappellent l’humour macabre d’un Fantômas — et je parle ici du Fantômas des romans d’origine, pas de celui des films des années 1960. On apprendra finalement qu’Art Fletcher, dont le véritable nom est Claude Hennessy, est un ingénieur de génie recherché pour le meurtre de son ancien associé, qui se servait de l’identité d’Henry Norman pour retrouver une place dans une société technologique de premier plan : il fallait qu’il se débarrasse des jeunes gens qui savaient que Henry Norman n’existait pas.

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Alors qu’il était encore soupçonné par la police, Avery a réussi à faire déclarer Henry Norman mort. Lorsque des agents du FBI viennent le rencontrer pour comprendre comment il peut être à la fois vivant et mort, Art Fletcher panique et se jette du haut d’un immeuble.
Un petit clin d’œil fantastique, pour finir : alors qu’Avery s’était contenté de déclarer Henry Norman mort, la base de données du FBI spécifiait une défenestration, pour l’heure exacte où Art Fletcher s’est effectivement jeté par la fenêtre de son bureau, comme s’il l’avait prévu (ordinateur oracle) ou provoqué (ordinateur démiurge).

Le shérif termine sur une phrase énigmatique. Parlant des ordinateurs, il dit : « vous savez ce que je pense ? Dans peu de temps, ils n’auront plus besoin de vous, tout ce dont ils auront besoin, c’est d’un autre Henry Norman » (« You know what I think? Pretty soon, they’re not going to need you. All they’re going to need is another Henry Norman ».). En bref, un jour, les personnalités virtuelles prendront le pas sur d’autres, l’homme aura fini par devenir obsolète.

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Il y a beaucoup de naïveté dans ce petit téléfilm, et on ne peut pas dire qu’il soit très bien réalisé, mais l’idée de départ — un profil inventé que ses créateurs ne maîtrisent plus — n’est pas mauvaise et on imagine comment elle pourrait être exploitée à l’ère d’Internet. On retiendra une scène de poursuite dans un couloir, lorsque Lisa comprend qu’elle est traquée par quelque chose qu’elle ne voit pas : les néons s’éteignent peu à peu derrière elle et il faut qu’elle coure pour échapper à l’ombre.

  1. Le principe de l’émission état simple : un film était diffusé puis suivi d’un débat qui, généralement, ne portait pas sur le film, mais sur son thème politique, historique ou social. La musique de générique était dramatique, un peu angoissante, et mettait le spectateur dans une certaine ambiance.
    Je rêve de voir le débat qui a suivi la projection de ce film, mais il n’est malheureusement pas (encore ?) disponible sur le site de l’INA. []
  2. Les gros ordinateurs étaient souvent utilisés en « time-sharing », c’est à dire que leur capacité de traitement d’un seul ordinateur était louée et partagée par de nombreux utilisateurs. []

Littératures graphiques contemporaines #3.6 : Laurent Maffre

février 26th, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Laurent Maffre, auteur de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 4 avril à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.
Cette première séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #3.5 : Gabriel Delmas

février 26th, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Gabriel Delmas, artiste et auteur de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 28 mars à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.
Cette cinquième séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #3.4 : David Vandermeulen

février 25th, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | 1 Comment »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons David Vandermeulen, auteur de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 21 mars à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.

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Cette quatrième séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #3.1 : Xavier Guilbert

février 25th, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Xavier Guilbert, critique de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 28 février à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.
Cette troisième séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #3.2 : Aude Picault

février 21st, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Aude Picault, auteure de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 7 mars à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.
Cette seconde séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #3.3 : Lisa Mandel

février 20th, 2014 Posted in Bande dessinée, Conférences | 4 Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Lisa Mandel, auteure de bande dessinée.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 14 mars à 18 heures, dans la salle A1-175 ou la salle voisine A-1-172.
Cette première séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Robocop

février 20th, 2014 Posted in Robot au cinéma | No Comments »

robocop_afficheAprès le remake qui vient de sortir, penchons-nous sur le RoboCop originel de 1987, qui marque le début de la carrière américaine de Paul Verhoeven.

Le cinéma de Verhoeven est presque toujours très stimulant. Il est parcouru par un humour ravageur et par des leçons politiques et sociales qui, par chance pour la liberté artistique de l’auteur, semblent ne jamais être bien comprises par la grande majorité de son public. Hollywood se méfie des leçons politiques et on ne peut lui en servir qu’à condition de les enrober dans le divertissement. Verhoeven produit des films « de genre » (thriller, science-fiction), registre pour lequel on demande rarement à l’auteur de s’expliquer sur ses positions et qui, pour cette raison, constitue un substrat formidable pour la subversion. Les films de Verhoeven font pourtant toujours débat, mais sur des thèmes aptes à drainer un public nombreux : le sexe et la violence.
Les cinéastes non-étasuniens qui tentent l’aventure hollywoodienne en reviennent souvent abîmés ou frustrés, car même s’ils sont au départ accueillis à bras ouverts, leur liberté d’auteur se heurte vite à un système industriel très lourd où les réalisateurs et les scénaristes ne sont souvent que des ouvriers du film parmi d’autres. Le « hollandais violent », comme beaucoup surnomment Verhoeven, semble s’en être tiré bien mieux que d’autres, car il joue le jeu, il fournit du divertissement, de la perversité, de la violence1, de la volupté, et même, du succès, puisque ses films américains ont été pour la plupart extrêmement rentables2.

Le message politique ou moral de Verhoeven reste toujours recevable par un large public, car il n’est jamais explicité lourdement. Le cinéaste se plait à faire partager au public des sensations libératoires suspectes (la vengeance par exemple), mais il le fait sans user d’aucun artifice habituel : pas de récit complaisant qui présenterait le meurtre comme une urgence nécessaire, pas non plus d’injonction à avoir honte de nos pulsions réactionnaires, pas de recours à des personnages secondaires sans noblesse qui se chargent de la besogne à la place du héros… Verhoeven compte énormément sur l’intelligence du spectateur et sème des indices, mais nous laisse libres face à nos réflexions et nous accule à chercher à observer nos propres émotions.

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L’histoire se déroule dans un futur proche, à Détroit3, dont la police a été en partie privatisée. La société Omni Consumer Product (OCP), qui dirige les forces de l’ordre, est spécialisée dans le rachat de services a priori non-rentables comme ceux de la santé, des prisons, du spatial ou la sécurité civile. Pour rentabiliser ces services publics, OCP utilise des méthodes de management assez radicales. Alors que la ville va subitement s’agrandir, OCP décide d’automatiser en partie l’action policière en mettant au point des gardiens de la paix robotiques : un robot ne dort pas et ne se met pas en grève. Le premier projet du genre est un échec total. Un énorme robot, ED 209, qui émet des rugissements de fauve (plus tard dans le film, le même robot, tombé sur le dos, poussera de comiques cris de bébé colérique), massacre un employé d’OCP nommé Kinney au cours d’une démonstration. À la demande de son patron, Kinney avait pointé une arme à feu sur le robot, qui lui avait donné vingt secondes pour s’en dessaisir. Mais lorsque le malheureux cadre jette son arme, le robot ne l’entend pas choir sur l’épaisse moquette, et refuse d’interrompre son décompte. Aucune discussion n’est possible, les ingénieurs qui manipulent le robot sont affolés et commencent à démonter la console qui leur sert à le contrôler. Kinney tente de fuir. Aussi paniqués que lui, ses collègues s’en écartent comme s’il était pestiféré et le pauvre homme est finalement déchiqueté par un déluge de balles. Ce qui reste de lui tombe sur la maquette immaculée de Delta City, la nouvelle ville de Détroit rêvée par OCP. En sortant, les collègues du pauvre homme ironisent sur son destin : « That’s life in the big city ». La cruauté des sphères dirigeantes en entreprise, où l’on se réjouit de l’éviction d’un collègue puisque celui-ci est autant un concurrent qu’un collaborateur, est assez bien exposée dans cette séquence d’une drôlerie littéralement abominable.

Le président d’OCP, que l’on ne connaît que par son surnom « The old man », se dit très déçu de ce qu’il a vu. Ce n’est pas la mort d’un homme qui le gêne, mais bien le fait que l’incident retarde son programme. Pour construire Delta City, il faudra faire venir des centaines de milliers d’ouvriers, et ceux-ci devront être protégés de la criminalité. Si les robots-policiers ED 209 ne fonctionnent pas, il faut se rabattre sur un projet alternatif, celui d’un policier cyborg, dont la partie organique devra être issue du corps d’un policier mort et ayant signé une décharge qui l’autorise.

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Justement, Alex Murphy (Peter Weller), courageux officier de police qui venait tout juste de changer de commissariat, est torturé puis tué par Clarence Boddicker (Kurtwood Smith), le caïd de la ville. Parmi les hommes de main de Boddicker, on note deux acteurs qui nous sont depuis devenus familiers : Paul McCrane (l’antipathique docteur Romano de Urgences) et Ray Wise (Leland Palmer dans Twin Peaks). L’équipière de Murphy, Anne Lewis (Nancy Allen), assiste à la scène sans pouvoir intervenir. À l’hôpital, on déclare finalement Alex Murphy mort.

Suivent des scènes en vue subjective, qui nous présentent le monde tel que le voit RoboCop, strié de lignes qui rappellent celles de téléviseurs, et encombré de texte surimprimé. Devant lui se déroule une succession de scènes plus ou moins incompréhensible, avec des gens qui lui vissent des choses devant les yeux ou qui fêtent la nouvelle année. Ces gens sont les ingénieurs qui s’occupent de créer RoboCop. Parmi ces scènes, on assiste à une discussion entre un un ingénieur et Bob Morton (Miguel Ferrer), qui dirige le projet, et une de ses employées, qui lui annonce avec fierté avoir pu sauver le bras gauche d’Alex Murphy. Morton se montre assez courroucé : « on s’était mis d’accord pour un corps à cent pour cent robotique, alors on jette le bras ! ». L’anecdote montre le peu de cas qui est fait par Morton de l’existence d’Alex Murphy : il a signé une décharge, il est légalement mort, il n’a rien à dire. Pourtant, on découvrira rapidement que Bob Morton est loin d’être le plus méchant chez OCP, puisque le numéro deux de l’entreprise, Dick Jones (Ronny Cox), qui mérite lui aussi littéralement sa réputation de « tueur » dans l’entreprise, se débrouillera pour faire assassiner Morton, qui l’a humilié en imposant le projet RoboCop contre ses robots ED 209.

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Une fois opérationnel, le policier cyborg RoboCop est installé dans le commissariat d’où venait Alex Murphy, mais sans qu’aucun de ses anciens collègues ne sache qui il est. Il y est surveillé, réparé, nourri, par techniciens. On lui a ôté tout souvenir de l’homme qu’il a été, mais il lui arrive de faire des cauchemars ou de vivre des rencontres perturbantes avec des gens qui le reconnaissent, comme son ancienne équipière Anne Lewis (Nancy Allen) ou un de ses assassins, Emil. Grâce aux bases de données de la police, il comprend vite qui il a été. Il finit par visiter son ancienne maison, désertée par son épouse et son fils, partis refaire leur vie ailleurs, dans une scène assez émouvante où les images d’une maison à vendre finissent par faire resurgir celles d’un bonheur familial mort et enterré4.
Les motivations de RoboCop sont, en théorie, soumises à un programme, une suite de directives : être au service de l’intérêt public, protéger les innocents et faire respecter la loi5. Perturbé par des questions d’identité, RoboCop enquête sur le meurtre qui a fait de lui l’être hybride qu’il est devenu, et cherche à arrêter ou à tuer ceux qui sont responsables de sa condition.

Mais lorsqu’il parvient enfin face à Dick Jones, RoboCop découvre qu’il lui est impossible d’arrêter le numéro deux d’OCP, car il bute sur une directive secrète de son programme qui lui interdit de porter atteinte à des cadres de la société dont il est la propriété. C’est finalement « The old man » qui le libérera de cette entrave, en licenciant son sous-directeur : « Dick, you’re fired ! ». Puisqu’il ne fait plus partie de l’organigramme de l’entreprise, Dick Jones peut alors être tué par RoboCop. En apparence, le policier robot a été libéré, mais en réalité, il ne fait que débarrasser la société OCP d’un personnage gênant. RoboCop ne quitte à aucun moment sa position d’esclave, ou de bien mobilier. Pour l’Omini Consumer Corp, les affaires continuent.

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RoboCop est ni plus ni moins qu’un pamphlet politique sur la cruauté du monde de l’entreprise et les méfaits d’une société qui abandonne l’espace politique aux intérêts financiers. On peut y voir une charge contre le principe des « Partenariats public-privé », qui étaient encore balbutiants à l’époque et dont le nom n’est venu que quelques années après la sortie du film. Je remarque que Rollerball puis RoboCop ont dénoncé la disparition du service public tandis que leurs remakes plus récents ont évacué ces questions de leurs scénarios respectifs, alors même que la situation dénoncée n’a fait que progresser6.
Dans RoboCop, les policiers de la ville de Détroit sont montrés comme des gens honnêtes, une forme de rempart contre l’amoralité d’Omni Consumer Products. Dans le remake, plusieurs policiers sont corrompus et travaillent directement sous les ordres d’Antoine Vallon, le caïd mafieux de la ville. En fait, dans ce nouveau film, c’est par la faute de ses propres collègues qu’Alex Murphy est assassiné ! Autant dire qu’il n’y a plus dans ce remake beaucoup de foi en le service public, alors que c’est justement ce que défendait Verhoeven il y a vingt-cinq ans.
La vie civique est aussi évoquée de manière tragi-comique avec l’histoire d’un conseiller municipal évincé après des élections, qui prend le maire de la ville en otage et qui réclame à retrouver son siège. C’est RoboCop qui se chargera de lui faire respecter le verdict des urnes, en le défenestrant mortellement.

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Dans ce RoboCop, Verhoeven et son scénariste Ed Neumeier recourent à l’inclusion de séquences de journaux télévisés, procédé qu’ils ont réutilisé dix ans plus tard dans Starship Troopers. L’humour déployé par ces séquences est plutôt sombre et nous présente un monde médiatique déconnecté de tout sens des réalités et des priorités, où une menace de guerre est prétexte à un bon mot et où les pires tragédies sont évoquées par des euphémismes. En filigrane, derrière le ton badin, on comprend que le monde va plutôt mal. Les extraits de journal télévisé sont souvent interrompus par des publicités qui, elles aussi, participent à nous faire comprendre que le futur proche dont parle RoboCop est celui d’un monde malade.
Toujours à la télévision, on voit de temps en temps passer les images d’une émission de divertissement incompréhensible dont le personnage principal, généralement entouré de deux belles femmes, répète, hilare et rougeaud : « I’d buy that for a dollar ».

Au delà de la satire politique, RoboCop met aussi en scène l’histoire d’un être humain dont la vie a été volée, qui continue à exister alors qu’il ne lui reste plus rien, ni amis, ni famille, ni passé, ni souvenirs, ni même l’envie d’exister. Cet aspect est traité avec distance, mais pas sans sens tragique ni même poétique, et c’est peut-être cet aspect singulier qui fait que je trouve le film particulièrement attachant7.

  1. À sa sortie, le film a failli être classé X, c’est à dire strictement interdit aux spectateurs de moins de dix-sept ans, à cause de la violence qui était montrée à l’image et que l’on jugeait extrême à l’époque. Cette violence, a expliqué le réalisateur, se voulait comique de par son outrance, comme dans les films « gore », dont on se rapproche d’ailleurs avec la scène où l’assassin Emil, qui a percuté une citerne de produits toxiques, prend un aspect monstrueux et fond littéralement. Afin que le film soit classé R (autorisé aux spectateurs de moins de dix-sept ans s’ils sont sous la responsabilité d’un adulte), la production a supprimé de nombreux détails sanglants et a rendu le spectacle plus acceptable. Paradoxalement (toujours selon Verhoeven), en perdant son caractère bouffon, la violence devient plus complaisante, et à la rigueur, plus choquante. En re-visionnant le film, je me suis demandé en quoi RoboCop était plus brutal qu’un blockbuster moyen actuel, et il ne me semble pas évident de répondre. Dans le remake, par exemple, il y a aussi des morts, on entend aussi un déluge de détonations d’armes à feu, et il y a sans doute aussi quelques images bien sanglantes, mais l’ensemble est plus lisse, moins brutal, plus acceptable. Est-ce une question de montage ? D’habitude ? []
  2. Les trois premiers films américains de Paul Verhoeven sont Robocop (1987), Total Recall (1990) et Basic Instinct (1992). Chacun a rapporté quatre à sept fois plus qu’il n’a coûté. Le quatrième film, Showgirls (1995), détesté par la critique, a peiné à atteindre son seuil de rentabilité. Le suivant, Starship Troopers (1997), a touché un large public mais a été peu rentable, puisque son budget était extrêmement élevé. Enfin, le négligé Hollow Man (2000), qui utilise le prétexte de l’homme invisible pour disserter de la morale personnelle (c’est parce que l’on se trouve sous le regard du reste de la société que l’on se conduit moralement, semble-t-il dire), a rapporté près de deux cent millions de dollars pour un investissement deux fois moindre. []
  3. En réalité, le film a été tourné à Pittsburg et à Dallas. []
  4. Je me demande si Pierre Bismuth et Michel Gondry ont eu cette scène en tête en créant leur très belle installation The All Seing Eye, qui montrait un lieu peu à peu vidé de ses objets. []
  5. Lire : Les trois lois de la robotique contre les dix commandements. []
  6. Aujourd’hui, l’usage toujours plus étendu des « partenariats public-privé » est préconisé par l’OCDE et la Banque mondiale, bien qu’il ne soit pas rare qu’ils provoquent des catastrophes. Pour « lisser » leur trésorerie, certaines collectivités publiques souscrivent à ces contrats qui diminuent leur budget de fonctionnement en déportant le coût des services  (hôpital, prison, restaurant de collectivité, aéroport, gare,…) sur l’endettement, les frais augmentent, puisque le partenaire privé doit en tirer un bénéfice (et si les frais n’augmentent pas, c’est que la qualité baisse, bien souvent), mais ils apparaissent différemment dans le bilan, ils sont cachés. []
  7. Pour la suite, Paul Verhoeven voulait pousser l’aspect poétique en rendant RoboCop amoureux d’une femme sans corps, mais le scénario finalement choisi a été bien différent. On trouve en revanche un personnage de femme devenue une intelligence artificielle dans la série RoboCop. []