Profitez-en, après celui là c'est fini

Lost in Picardie

mai 25th, 2026 Posted in Bande dessinée, Fictionosphère | 5 Comments »

(avertissement : dans les lignes qui suivent, j‘évoque des propos tenus par des auteurs de bande dessinée en privé ou devant un auditoire restreint. Bien qu’il y ait peu matière à polémique, je fais le choix de ne nommer personne. Par ailleurs, si j’en ai lu beaucoup d’extraits, je suis forcé d’admettre que je n’ai pas lu intégralement Picardie Splendor1.)

Le député amiénois François Ruffin se retrouve embarqué dans une séquence embarrassante liée au langage de la bande dessinée. Je ne vais pas donner mon avis sur les enjeux politiciens de la question, tout le monde l’a fait suivant ses préférences politiques et son besoin de charger ou au contraire de défendre le plus médiatique et le plus populaire des renégats du mouvement La France Insoumise. Nous nous trouvons à un an d’une élection présidentielle à l’issue fort incertaine, alors le carnage commence, et de préférence à l’intérieur de chaque famille politique — il suffit de voir à droite la campagne menée contre Dominique de Villepin par exemple.
Je vois un intérêt plus large à cette affaire, d’une part pour ce qu’elle dit sur le dessin, et d’autre part pour ce qu’elle dit de la nature même de la représentation politique.

J’ai entendu parler de la bande dessinée qu’a publié François Ruffin2 quand, au tout début de la promotion du livre, le député a évoqué les angoisses de ses dessinateurs face à l’Intelligence Artificielle. Bien qu’on ne trouve que le nom de François Ruffin (« député-reporter ») sur la couverture et bien qu’il ne les nomme pas souvent, François Ruffin a travaillé avec un scénariste et onze dessinateurs différents.

Ruffin s’était indigné de ce que le festival Partir en livre, organisé par le CNL, avait choisi de communiquer avec une affiche réalisée à l’aide d’une intelligence artificielle générative. Mauvaise pioche : l’affiche, peu bavarde, contient le titre et le numéro de l’événement, ses dates, et le nom de l’illustrateur, à savoir Julien Neel. Celui-ci avait à peine besoin d’être mentionné tant son style est identifiable et son œuvre populaire. Victime de ce faux-positif, Julien a publié une courte vidéo pour dire que non, il n’était pas une IA. En commentaire, François Ruffin a fait un mea culpa et les choses en sont restées là, mais il est dommage qu’un sujet aussi important et actuel que celui du remplacement du travail humain soit abordé de manière aussi approximative3. Sur le coup, je m’étais dit que Ruffin avait maladroitement tenté de rebondir sur une autre affaire le concernant, celle du cahier de coloriage de Fakir, un livre qui entendait s’attaquer aux dérives du capitalisme et dont les illustration se sont révélées être des dessins réalisés par IA.
Cette histoire d’IA a été vite éclipsée par une autre, celle de _la_ case. Cette case :

Même Ruffin a dit qu’il ne se reconnaissait pas dans ce dessin : « Ça n’est pas moi, jamais je ne me comporte comme ça »4). La séquence est plutôt indéfendable.
Et c’est là où l’affaire est passionnante, car comment est-ce que deux scénaristes (dont un se met lui-même en scène), un dessinateur, une maison d’édition sérieuse et probablement l’équipe de communication d’un candidat à la présidentielle ont-ils pu laisser passer un dessin (et plus généralement, une séquence) où Ruffin se montre en white savior qui obtient la reconnaissance contrite d’un homme à la peau brune à qui il (Ruffin) a intimé l’ordre de parler correctement aux policiers. C’est tellement gros qu’un auteur se demandait récemment si il n’y avait pas une part de sabotage volontaire de la part du dessinateur. En tout cas, cette case est du petit-lait pour les sympathisants de LFI qui ont submergé les réseaux sociaux de commentaires indignés, voyant ici la preuve qu’ils attendaient d’un supposé racisme de la part de François Ruffin. De manière assez curieuse, personne ne fait de reproches au dessinateur lui-même, qui est pourtant responsable du choix des physionomies, des expressions, des postures ou de la mise-en-scène. J’imagine qu’il se fait petit. « Les dessinateurs de l’album, j’aimerais pas être à leur place en ce moment », me disait un auteur. Un des dessinateurs relativise : « ça va, c’est à peu près ce à quoi je m’attendais quand j’ai embarqué sur le projet ». Parmi les contempteurs de Ruffin, certains vont jusqu’à imaginer que son propos est maîtrisé, qu’il s’agissait de faire le buzz (fut-ce un bad-buzz) et d’aller chercher les votes d’extrême-droite en manifestant une forme d’esprit néo-colonial.

J’ai cherché à détendre l’atmosphère sur plusieurs réseaux sociaux en m’indignant plutôt de ces deux cases, où Ruffin téléphone dans la voiture du train et non sur les plate-formes (dans la vie ça me rend effectivement fou), ce qui a été reçu par pas mal de rires, de gros débats politiques bien sûr, mais aussi des discussions très sérieuses sur le fait de savoir si Ruffin était en train de se diriger vers la plate-forme, ce qui selon certains rendrait son manque de savoir-vivre excusable.

On dit souvent qu’une mauvaise idée était bonne « sur le papier », mais là, c’est sur le papier qu’elle est mauvaise ! Virtuellement, il y avait un potentiel. En s’inspirant du American Splendor de Harvey Pekar — bande dessinée autobiographique dont les scénarios sont illustrés par de multiples auteurs, tel le légendaire Robert Crumb, mais aussi Jim Woodring, Joe Sacco, Alison Beschdel et bien d’autres5 —, François Ruffin voulait faire un portrait de la France, ou en tout cas de la Picardie, en montrant de manière vivante les points de vue des uns et des autres et en cherchant à prouver que les petites gens n’ont aucune raison de s’entre-détester sur des bases raciales, sociales, culturelles… Laisser la parole aux uns et aux autres, provoquer la discussion entre un groupe de femmes voilées et le restaurateur qui a refusé de les servir, écouter un contrôleur qui ne se veut pas raciste faire des statistiques personnelles sur l’origine des gens qu’il verbalise6, etc.
On peut se demander si François Ruffin a bien compris American Splendor. En effet, si cette série est bien servie par une multitude de dessinateurs et si elle parle de l’ordinaire, son personnage principal n’est pas forcément un héros. Harvey Pekar s’y présente, sans auto-dérision particulière, comme un homme assez banal, employé d’un service d’archives, angoissé, paranoïaque, solitaire, pas très doué pour les relations sociales ou amoureuses, mais passionné de disques.

À aucun moment Harvey Pekar ne cherchait à nous expliquer le monde, il ne parlait au fond que de lui-même. C’est peut-être là, paradoxalement, que le projet Picardie Splendor peut être rapporté à American Splendor : dans les deux cas, l’auteur est sur chaque case du livre ou à peu près. Loin de réussir une une œuvre mosaïque à la manière de Balzac, Zola, ou de films tels que Le joli mai, Magnolia ou Shortcuts, Ruffin tente de faire une photographie de son pays, mais la gâche en performant lui-même un photobombing permanent. Et ça, ce n’est pas par inadvertance, je sais que des dessinateurs qui ont fait des propositions différentes n’ont pas été retenus.
Ceci dit, de nombreux auteurs ont réussi à parler du monde en se mettant en scène eux-mêmes, ce n’est pas forcément le problème. Les livres de Guy Delisle, comme Pyongyang ou Shenzhen parviennent à nous montrer la Corée du Nord ou la Chine populaire par les yeux de l’auteur, mais celui-ci ne fait pas semblent d’avoir des solutions et des idées sur tout, il n’est pas un homme politique, tout bêtement, il met en scène son étonnement, sans surplomb.

Bien entendu, simplifier un événement factuel est une chose parfaitement naturelle : le réel est mal scénarisé, et si l’on veut se servir d’une expérience pour produire un récit qui tienne la route, il faut en changer les détails, l’enjeu moral pour l’auteur n’étant pas tant de coller aux faits avec exactitude mais d’être honnête dans le mensonge. Il est sans doute dommage que Ruffin n’ait pas choisi de raconter cette histoire de chèque : le chevalier blanc défenseur des vrais gens qui finalement est comme d’autres députés ignorant de certaines réalités pratiques au point de ne pas connaître son propre code de carte-bancaire est certes une position difficile à assumer pour quelqu’un qui prétend faire de la politique autrement, mais le fossé qui sépare un geste noble de sa concrétisation permet d’amener un peu d’auto-dérision et permet de retourner la question de la condescendance. Peut-être qu’un peu d’humour, de capacité à se traiter soi-même avec recul, aurait complètement changé le propos général, et même, aurait permis de faire un bon livre. Malgré ses coups d’éclat (venir à l’Assemblée en maillot de foot, soutirer quelques milliers d’euros à Bernard Arnault7, François Ruffin est bien un homme politique, acculé au mythe de l’omniscience, de la perfection et du sérieux.

Un point qui me choque aussi est la composition des textes dans les phylactères. Toutes les cases que j’ai vues sont écrites avec une fonte numérique de comic-book sans personnalité, du type de Wild Words ou autres typographies diffusées par la fonderie spécialisée Comicraft. Ce n’est visiblement pas la même personne qui a composé tous les textes, car l’opération est plus ou moins bien effectuée, avec des blancs tournants, des interlignages, une approche et des corps qui varient d’un auteur à l’autre. Les traits des différents dessinateurs étant parfois fort différents, le fait d’employer une seule et même fonte produit une unité artificielle mais pas vraiment heureuse : un bon lettrage doit s’intégrer harmonieusement au dessin, sembler être de la même main8. Dans le cas des pages dessinées par Jul (ci-dessus, case de droite), le résultat est franchement raté.

Enfin bref

La première chose qu’enseigne cette histoire est que les mandats de représentation politique sont pourvus par des gens à l’ego surgonflé, et c’est particulièrement inévitable dans le cas des politiciens qui se donnent un destin national, tel François Ruffin qui se voit chef de l’État. Je crois qu’on ne peut pas viser la présidence de la République française sans avoir le sentiment d’être surnaturellement important10. La couverture de Picardie Splendor nous montre une foule de femmes et d’hommes de toutes origines, que l’on suppose réunis par leur condition d’humains. Mais il y en a un qui est au centre de l’image, un qui n’est pas anonyme, et c’est François Ruffin.

Le second point que nous rappelle cette affaire, c’est que le dessin, que la bande dessinée, sont des arts sensibles qui, loin de « simplifier » des idées, les rendre « accessibles », « ludiques », etc., peuvent les compliquer en véhiculant, par le découpage, par les choix de dessin, de mise-en-scène, par le trait lui-même, par la composition des textes, un propos parallèle au scénario, parfois même un propos antagoniste au scénario. Et cela se joue parfois sur des détails difficilement perceptibles. Croire que ce qui fonctionnait au cinéma peut se transposer dans un album de bande dessinée était en tout cas naïf. Loin de faciliter quoi que ce soit, le recours à la bande dessinée comme médium impose beaucoup de travail et d’habileté.
Je vois ici une énième expression de la puissance magique du dessin, toujours aussi vive des dizaines de milliers d’années après Chauvet et Lascaux : une matière salissante (ici de l’encre) disposée de manière plus ou moins habile (à un poil de distance, le même trait peut changer un regard, une attitude,…) sur une surface plus ou moins plane (ici de la pâte de bois laminée, autrement nommée « papier ») peut changer des destins ‒ parlez-en à Charb, Cabu &c. —, et en tout cas mener à une confusion entre le réel et sa représentation11.

  1. Je suis certes curieux mais 22 euros c’est trop cher pour un non-chef-d’œuvre du neuvième art. []
  2. Picardie Splendor, scénarisé par François Ruffin et Laurent Galandon, avec des contributions d’Olivier Berlion, Benoît Blary, Damien Cuvillier, A.Dan, Anaïs Depommier, Jul, Malo Kerfriden, Olivier Martin, Dominique Mermoux, Jean-Denis Pendanx et Amandine Puntous. Édité par Les Arènes. []
  3. N’en déplaise à tous mes amis créateurs inquiets, la question artistique est une anecdote dans cette séquence de la mutation du travail causée par l’IA. Une anecdote car le public n’est pas forcément demandeur d’œuvres de l’esprit non-incarnées par des créateurs et parce que, malgré la visibilité des affaires liées aux arts en IA, c’est plutôt dans le secteur tertiaire qu’il va y avoir des cadavres. Sans pour autant nier le problème que pose le déluge d’œuvres sans intérêt qui, bien que n’ayant pas de public, noient les autres œuvres sur Spotify, Youtube ou encore Amazon Kindle Direct Publishing. []
  4. Racisme : François Ruffin, la BD du malaise, par Sacha Nelken dans Libération (19/05/2026 []
  5. American Splendor a par ailleurs donné lieu à une adaptation cinématographique très réussie, produite par HBO en 2003. Harvey Pekar est mort en 2010. []
  6. Ces pages, dessinées par Jul, ont provoqué un forte indignation, il est reproché à Ruffin de ne pas contredire l’agent lorsqu’il dit que les érythréens sont pauvres, que certains soudanais refusent que des contrôleuses leur adressent la parole, etc. C’est un reproche un peu curieux quand dans d’autres cas c’est le fait de se poser en héros qui est reproché à Ruffin. []
  7. Merci Patron !, film de 2016. []
  8. Je renvoie le lecteur à mon article sur le travail de Jean-François Rey, le typographe le plus célèbre de la bande dessinée en France. []
  9. On m’a donné la raison : les cases reproduites par Mizane.info sont issues d’un pdf pirate qui circule. []
  10. On se demande ce qu’on sert à la cantine du lycée catho La Providence, à Amiens, car c’est de là que sort François Ruffin, mais c’est aussi là qu’Emmanuel Macron était scolarisé. []
  11. Par exemple lorsque l’on pense tout savoir sur la psycholgie d’une personne en se fiant à un dessin raté fait par une autre personne… []

Littératures graphiques contemporaines #14.6 : Magali Le Huche

mars 13th, 2026 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 20 mars 2026, pour son ultime séance de l’année, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Magali Le Huche.

Passée par l’atelier d’illustration des Arts décoratifs de Strasbourg, elle a publié, seule ou en collaboration, plus d’une centaine d’ouvrages, très majoritairement dédiés à jeunesse. En tant qu’autrice de bande dessinée, elle explore notamment son rapport à la musique et la manière dont celle-ci l’a accompagnée lors de caps critiques de son existence.

La rencontre aura lieu le vendredi 20 mars 2026 à 15 heures, en salle A-070, à l’Université Paris 8.
Elle est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #14.5 : Laurent Lolmède

mars 5th, 2026 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 13 mars 2026, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Laurent Lolmède.

Ancien étudiant de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, Laurent Lolmède a participé à de nombreuses publications, à commencer par les Extraits naturels de carnets qu’il auto-édite à partir de 1992.

La rencontre aura lieu le vendredi 13 mars 2026 à 15 heures, en salle A-070, à l’Université Paris 8.
Elle est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #14.4 : Claire Braud

février 25th, 2026 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 6 mars 2026, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Claire Braud.

Claire Braud est artiste, illustratrice et autrice de bande dessinée depuis plus de vingt ans. Elle explore des thèmes divers et inattendus avec un trait libre et vivant.

La rencontre aura lieu le vendredi 6 mars 2026 à 15 heures, en salle A-070, à l’Université Paris 8.
Elle est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #14.3 : Ilan Manouach

février 12th, 2026 Posted in Bande dessinée, Conférences | 3 Comments »

Vendredi 20 février 2026, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Ilan Manouach. Attention, cette séance n’aura pas lieu à l’Université Paris 8 mais dans la galerie Huberty & Breyne Matignon.

Ilan Manouach est un plasticien contemporain dont le support favori est le livre. Ses bandes dessinées conceptuelles, souvent largement construites à l’aide de technologies numériques (micro-travail, Intelligence artificielle,…), puisant volontiers dans l’œuvre d’autres artistes (Spiegelman, Hergé, Schulz,…) sont assez inclassables. Ses livres qui ne sont pas nécessairement destinés à être lus, et il joue avec le statut d’auteur d’une manière qui le rapproche d’une certaine tradition de l’art contemporain plutôt que de celle de la bande dessinée. Il est aussi éditeur et chercheur, titulaire d’un doctorat.

La rencontre aura lieu le vendredi 20 février 2026 à 15 heures, à la galerie Huberty et Breyne, 36 avenue Matignon à Paris.

Littératures graphiques contemporaines #14.2 : Sophie Savapa

janvier 31st, 2026 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 6 février 2026, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Sophie Savapa.

Le travail de Sophie Savapa est à la fois expressif, narratif et abstractisant, empruntant autant à la bande dessinée qu’au design graphique, avec un intérêt marqué pour des techniques d’impression telles que la sérigraphie et la riso.

La rencontre aura lieu le vendredi 6 février 2026 à 15 heures, en salle A-070, à l’Université Paris 8.
Elle est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

[Workshop] Perretpunk

janvier 26th, 2026 Posted in Fictionosphère, workshop | No Comments »

À la suite des Cyberpunk (dystopie technologique), Steampunk (si la source d’énergie actuelle était toujours la vapeur), Solarpunk (réconciliation entre technologie et nature), Oceanpunk (un monde futur exclusivement maritime), etc., on peut imaginer d’innombrables sous-genres spéculatifs avec le suffixe « –punk », comme l’a fait l’artiste Florent Deloison avec le Giscardpunk, un registre rétrofuturiste qui s’inspire des promesses de modernité de la France de la fin des années 1970 : fusée Ariane, Minitel, TGV…

Ce workshop propose à ses participants de s’engager dans une autre forme de réflexion uchronique, que nous pourrions baptiser Perretpunk. La question posée est la suivante : à quoi ressemblerait le monde actuel s’il dérivait des formes produites lors de la reconstruction du Havre (Auguste et Gustave Perret, Marguerite Huré…) ? À quoi ressemblerait le Havre si cette ville avait dix millions d’habitants ? Si l’avion n’avait pas supplanté la navigation transatlantique ? Si Le Havre redevenait une place-forte pour protéger Paris des Anglais ? À quoi ressemblerait le Havre victime de la montée des eaux ?

Ou inversement (et là il faudra d’autres noms – franciscopolispunk ? Degrâcepunk ?), est-ce que Le Havre aurait pu être reconstruite autrement ? Ne pas subir de destruction à la fin de la guerre ?
Ou encore, et si le Havre avait une histoire « underground » inconnue ?, etc.
Le workshop, atelier d’urbanisme spéculatif, sera consacré à apporter des réponses à ces questions par les moyens que les étudiants, collectivement ou non, jugeront appropriés : maquette, montage photographique, cinéma, animation, édition, affiches, illustration, écriture, pièces sonores, réalité virtuelle, etc.

Ce Workshop durera du 9 au 13 février (avec une journée de relâche/autonomie le 11 février) et sera animé par Stéphane Trois Carrés et Jean-Noël Lafargue.
Toutes années, 20-25 participants.

Littératures graphiques contemporaines #14.1 : Morvandiau

janvier 23rd, 2026 Posted in Non classé | No Comments »

Vendredi 30 janvier 2026, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Morvandiau.

Auteur de bandes dessinées et de dessins de presse, Morvandiau peut être qualifié de militant de la bande dessinée alternative, puisqu’il a fondé et présidé l’association rennaise Périscopages et le festival du même nom. En 2023, il a soutenu une thèse de doctorat en arts plastiques intitulée L’art de la contrebande ? : une cartographie de la bande dessinée alternative francophone (1990-2015).

La rencontre aura lieu le vendredi 30 janvier 2026 à 15 heures, en salle A-070, à l’Université Paris 8.
Elle est ouverte au public extérieur dans la limite des places disponibles.

Littératures graphiques contemporaines #14 (cycle de conférences)

janvier 18th, 2026 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines1 s’est tenu avec succès en 2011-20122012-20132013-2014, 2014-20152015-20162016-20172017-2018, 2018-20192019-20202020-20212021-20222022-2023 et 2024-2025 à l’Université Paris 8. Au fil des ans, nous avons eu le plaisir de recevoir CizoIsabelle BoinotAgnès MaupréPapier gâché (Volker Zimmermann et Bastien Contraire), Loo Hui PhangNine AnticoThomas CadèneSingeonMarion MontaigneBenjamin RennerXavier GuilbertAude PicaultLisa MandelDavid VandermeulenGabriel DelmasLaurent MaffreIna MihalachePochepCharles BerberianGeneviève GaucklerDaniel GoossensPaul LelucNathalie Van CampenhoudtJulien Neel, Delphine MauryÉtienne LécroartClémentine MéloisThomas MathieuJean-Yves DuhooJulie MarohIsabelle BauthianBouletDorothée de MonfreidGilles RochierKekColonel MoutardePauline MermetTiphaine RivièreThomas RagonLaetitia CorynStéphane OirySébastien VassantRonan LancelotHéloïse ChochoisAurélia AuritaGaby BazinAntoine SausverdFred BootAppolloAnne SimonGwen de BonnevalMélakaSophie GuerriveJonathan HagardNylsoJean-Philippe GarçonAnne TeufMarie DuboisHélène BrullerPascal ValtyWandrilleBéhéNatacha SicaudLéa Murawiec, Jean-Christophe Menu, Sophie Darcq, Philippe Morin, Claire Bouilhac, Stanislas Gros et Béatrice Lussol.

Le cycle de rencontres reprend pour la quatorzième fois.
Le programme est le suivant :

N’hésitez pas à consulter régulièrement cette page pour vérifier les dates des interventions car celles-ci peuvent changer. Les étudiants sont invités à venir avec un carnet de croquis et de quoi dessiner.

  1. Code administratif : DA36EN02 19B []

Supergirl : The romance machine (1970)

décembre 29th, 2025 Posted in Bande dessinée, Robot célèbre | No Comments »

(attention, je raconte toute l’histoire)

La vie affective de Supergirl est assez compliquée, on l’a vu dans le précédent article.
Dans les numéro 388 et 389 de Adventure comics (janvier et févruer 1970), l’affreux Brainiac — un androïde à la peau verte dotée d’une intelligence « du douzième niveau », qui s’avérera être une intelligence artificielle puisqu’il a été créé par les ordinateurs-tyrans de la planète Colu — envoie un robot de sa fabrication séduire Supergirl avec pour mission de lui briser le cœur. Brainiac est un des principaux antagonistes de Superman1, et après une série d’échecs, il décide de s’en prendre à la cousine de son ennemi, histoire de se faire la main.

Pour s’assurer que Supergirl tombera amoureuse de son robot, Brainiac cherche un modèle idéal, et le trouve en la personne de Kimor Dinn, un détenu de Balton IV, une planète pénitentiaire pour délinquants juvéniles. Ce jeune homme narcissique (il collectionne les miroirs) connaît un succès immédiat avec toutes les femmes qui croisent son chemin. Il est un peu l’homologue masculin de Miss Dreamface la femme la plus belle du monde, si irrésistible que Superman envisage un jour de tout quitter pour elle et que son dessinateur, Joe Shuster ne la représente que de dos ou le visage caché par des fleurs ou autre artifice du genre2.

Brainiac le fait évader de prison afin de recopier sa personnalité et de l’implémenter dans un automate qui lui ressemble parfaitement, puis de se débarrasser de lui en l’envoyant sur une lointaine planète barbare. L’opération entière est un succès, et la version robot de Kimor peut être envoyée à l’Université de Stanhope sous l’identité de Kimberly O’Ryan, nouvel étudiant. En effet, Brainiac pense que Supergirl est, sous une autre identité, étudiante à Stanhope — ce qui est le cas.

Au même moment, Linda Danvers est nommée présidente par intérim du fan-club de Supergirl, c’est à dire d’elle-même. C’est à ce titre qu’elle rencontre d’abord Kim O’Ryan, dont le magnétisme animal lui fait perdre tous ses moyens : plus Kim est odieux et plus Linda/Supergirl se sent attirée. Le robot de Brainiac donne des ordres à Linda, la laisse payer seule la note au restaurant et la se sert d’elle comme bouclier afin d’éviter d’être aspergé d’eau.
Il ne fréquente Linda que parce qu’il sait qu’elle est proche de Supergirl.

Lorsqu’il rencontre enfin Supergirl, cette fois avec son costume et ses cheveux blonds, le robot feint l’indifférence, rendant la super-héroïne plus amoureuse que jamais. Sous son identité civile, elle offre une bague à Kim — qui la jette avec dédain. Sous son identité d’héroïne, elle lui construit une automobile tape-à-l’œil.
Tout est prêt pour l’exécution finale du plan de Brainiac : son robot doit humilier Supergirl en lui montrant à quel point elle s’est rabaissée par amour pour lui, avant de disparaître en déclenchant une bombe qu’il porte en médaillon. Selon les calculs de Brainiac, Supergirl, rongée par la culpabilité, quitterait son costume et sa vocation d’héroïne.

Mais voilà : le robot ne l’entend pas de cette oreille, car il n’est pas un robot, il est le véritable Kimor Din, qui est parvenu à se faire passer pour sa création aux yeux de Brainiac en plaçant un plastron de métal sur son torse. Supergirl emmène alors Kimor dans un mystérieux sanctuaire spatial où elle conserve ses anciens amoureux, qu’elle transforme en statues de pierre lorsqu’elle s’est lassée d’eux.
Elle compte faire subir le même sort au mufle Kimor.

Dernier coup de théâtre : Brainiac apparaît, et recouvre l’héroïne d’un produit composé de kryptonite avant de s’enfuir. Grâce à la bombe de Kimor, Supergirl échappe à la substance qui était en train de la tuer… Elle révèle à Kimor que son petit musée d’amants pétrifiés n’était qu’un décor, une mise-en-scène destinée à l’effrayer et attirer Brainiac.

Supergirl retourne sur Terre avec Kimor, qu’elle confie à une ferme proche de Stanhope où l’on s’occupe de réhabiliter les jeunes délinquants tels que lui.
L’héroïne s’en tire une fois de plus mais ne profite pas de l’occasion pour se poser la question de la toxicité de ses rapports aux hommes, elle qui s’est sentie irrépressiblement attirée par le plus odieux des goujats.

  1. Notons que Brainiac a eu un fils adoptif (qui passait pour son fils biologique avant qu’on découvre qu’il était de nature artificielle), Brainiac 2, qui est lui-même un parent de Brainiac 5, un membre de la Légion des super héros et des Teen Titans,… et un amoureux transi de Supergirl. []
  2. Joe Shuster et Jerry Siegel, Superman: Mr. Mxyzptlk, 1944. []