The creative use of networks makes them organisms. The work is never in a state of completion, how could it be so? Telematique is a decentralising medium; its metaphor is that of a web or net in which there is no centre, or hierarchy, no top nor bottom. It breaks the boundaries not only of the insular individual but of institutions, territories and time zones.
Roy Ascott, Art and Telematics : towards a network consciousness, Art Telecommunications, éd. Heidi Grundmann, The Western Front, 1984.
Enquête de satisfaction

Un pop-up qui me demande de donner mon avis sur une page alors que j’essaie juste de régler ma facture…
Internationale anticybernétique


Le texte en anglais :
Fire to the Cybernetic Prison
It’s never too late to resist
Artificial Intelligence
AI labs, recipients of several $100M in government funding, are working to put “machine learning” algorithms in the service of a long list of industries. Under an “ethical” facade, some applications will simply allow well-placed capitalists to further enrich themselves. Others aim to reinforce repression, whether detecting shoplifters at the supermarket with automated video surveillance, developing facial recognition tools that work even on partly covered faces, or “predicting” crime or the probability of a prisoner re-offending.5g Wireless Networking
The unprecedented bandwidth of 5G technology enables the deployment of AI on the scale of a city in real time. Every movement becomes trackable thanks to thousands of cameras integrated into a centralized surveillance apparatus. This vision is already in practice in more than one European “smart city”. Countless sensors dotting public spaces, in businesses, cars and public transit, and worn on our bodies aim to make every action the object of calculation, prediction and control, all under an eco-friendly label. By its pervasiveness, a web of algorithms is made invisible and therefore impossible to resist.Robotics and Automation
Self-driving cars. Robotized warehouses. Cashierless stores. Delivery robots that call the cops when they are attacked. An infrastructure is being deployed that will change the world of work and our living environment permanently. We don’t mourn the disappearance of back-breaking and boring jobs. A dehumanizing pace is imposed on the remaining workers, who must keep up with the machines and productivity software or be shown the door. Meanwhile, what measures of social control and what exploitative schemes await the new excluded masses of an age of technological unemployment?Life in Front of a Screen
Possibilities for authentic relations between humans and with our surroundings are increasingly erased in service of a virtual hyper- connectivity. Understanding, discovery, and the search for meaning are reduced to production of data. Attention deficit, memory problems, loss of emotional skills and imagination, disrupted sleep, musculo-skeletal pain, anxiety, loneliness, depression: the symptoms of addiction to online technologies are worsening as the proportion of the population that has spent their entire lives immersed in touch screens grows.
For free and full lives, open to the unknownBe the outage in their network!
On remarquera l’emploi, comme visuel, d’une photographie de presse montrant l’incendie d’une grue de chantier sur un site logistique d’Amazon à Achim (vers Brême) en Allemagne, incendie qui, selon la police, avait été revendiqué par un groupe politique.
Data center fashion

Défilé Chanel, Paris, le 4 octobre 2016, Grand Palais.
Acheter son billet de train
Toutes les semaines, j’achète mon billet de train sur une borne de la gare Saint-Lazare. Et toutes les semaines, on me demande de renseigner mon adresse e-mail (que la SNCF connaît car elle est associée à ma carte « grand voyageur ») et mon numéro de téléphone mobile.

Le but affirmé est de pouvoir m’envoyer un SMS pour m’avertir d’un problème de train. C’est gentil, c’est sans doute pratique, mais je n’ai pas de téléphone mobile.
Or si j’essaie de passer l’écran sans renseigner l’information, un message déplaisant me bloque :

Alors toutes les semaines, j’écris 06 00 00 00 00.

Et ça fonctionne.

J’imagine que chaque fois qu’un train est en retard, et ça arrive assez souvent, des SMS sont adressés à un numéro inexistant…
Pourquoi faire ? Qu’est-ce qui justifie qu’on n’ait pas la possibilité, sur cette borne en tout cas, d’acheter un billet sans indiquer un numéro de mobile ? Mystère. Il me semble qu’il n’existe pas de lien logique entre cette information et le droit à voyager.
Mobile obligatoire à La Banque postale
(J’ai eu mon premier abonnement régulier à Internet en 1996. Cela me coûtait cher, et quand la mode des téléphones mobiles est arrivée — assez rapidement —, je ne pouvais pas avoir l’un et l’autre. De plus, l’idée se faire sonner comme un domestique1 partout où on se trouve, sans répit, ne me plaisait pas beaucoup. Je n’ai donc jamais eu de mobile, je n’en ai toujours pas et je ne compte pas m’en équiper. Avec le temps, ma constance (qui n’est en rien forcée, je n’ai pas l’impression d’être privé de quelque chose) me permet de témoigner des situations où l’on n’imagine plus que l’on soit dépourvu de cet accessoire de communication et de pistage.)
Depuis un certain temps déjà, lorsque je me connecte à l’interface en ligne de ma banque2 — La Banque Postale3 —, on me propose de souscrire à un service d’authentification dite « forte », Certicode+.

En effet, La Poste, comme toutes les banques, se conforme à la directive européenne qui impose aux banques de proposer des dispositifs d’authentification dite « forte »4. Ce genre d’authentification s’appuie sur plusieurs paramètres : login + mot de passe, puis saisie d’un code reçu par SMS, par exemple. Ou login + mot de passe, puis recours à une interface d’identification biométrique,… Les possibilités sont infinies, mais à La Banque Postale, le système Certicode+ impose l’usage d’une application, sur smartphone ou sur tablette.
Je n’ai pas de téléphone mobile (ni smart ni dumb), mais je dispose d’une tablette, et j’ai une fois tenté d’y activer le fameux service. L’opération fût laborieuse, il fallait faire une demande, attendre un courrier, saisir un code, sans être bien sûr d’y comprendre quoi que ce soit… J’ai tout fait consciencieusement, mais dès l’activation je n’ai plus eu accès à la moindre opération sur mes comptes en ligne, que ce soit avec l’interface web ou avec l’application, apparemment devenues interdépendantes dans leur défectuosité.
J’ai heureusement pu annuler le service.
Hier, j’ai tenté d’effectuer un virement, mais après avoir saisi puis confirmé l’opération, j’ai eu droit à ce déplaisant résultat :

Hmmm. Je m’attendais évidemment à ce que ça arrive un jour. Mais ce que je n’attendais pas, c’était ce maigre espoir en fin de message :

Je ne comprends pas très bien ce qu’il faut activer, car je suis déjà souscripteur d’un service intitulé « Certicode », qui m’appelle sur mon téléphone fixe lorsque j’effectue un paiement auprès d’une des rares sociétés qui le prennent en compte — service d’approvisionnement en électricité ou en eau, notamment.
Mais j’ai décidé de suivre la consigne de de me rendre dans mon bureau de poste. Je savais néanmoins par avance ce qu’on m’y répondrait quelque chose comme « Gneuh !? ».
J’ai fait la queue dehors une bonne demi-heure, sagement, restant placide lorsque les habituels impatients ont obtenu de passer devant tous les autres au motif de leur droit naturel à le faire (puisque terriblement pressés, n’ayant qu’une toute petite chose à faire, etc.).
Et puis ce fut mon tour.
J’ai expliqué à l’agente mon problème : je ne peux plus effectuer de virement et on m’a demandé de venir en personne activer le service « certicode ». Elle me reprend :
« — Certicode plus !
— Non non, Certicode, sur votre site ils disent qu’on peut activer Certicode-tout-court si l’on ne dispose pas d’un smartphone.
— Ah bon, alors pouvez-vous me présenter une pièce d’identité, un chéquier ou une carte-bleue ?
— J’ai tout ça.
— Ah, et par hasard vous n’avez pas amené avec vous un justificatif d’abonnement téléphonique ?
— Ah non, je n’y ai pas pensé, mais vous avez mon numéro sur votre ordinateur, il n’a pas changé depuis trente ans !
— Oh oui mais ça hein… »
L’absence du document ne doit pas être rédhibitoire car l’agente commence à remplir un formulaire. Mais subitement elle me regarde, foudroyée par la surprise, les yeux écarquillés, et me dit :
« — Mais votre numéro, c’est un zéro-un ! Il faut un zéro-six !
— Euh… Comme je vous disais, je n’ai pas de téléphone mobile. J’ai bien un téléphone fixe, en revanche.
— Ah mais c’est impossible, alors, il faut absolument un mobile.
— Je vous assure que votre site web ne dit pas ça ! Il dit :

— Alors là ! Je n’ai jamais entendu parler de ça !
— Je vous assure, vérifiez !
— Je vous crois. Mais vous savez, c’est la première fois que la question se pose. Je vais aller voir une collègue un peu plus au courant, parce que je n’ai jamais entendu parler de ça, jamais ! [J’ignore si « ça » désigne les gens qui n’ont pas de téléphone mobile] »
Je la vois alors faire une tournée des portes de bureaux, d’où elle se fait systématiquement envoyer paître : personne n’a de temps pour elle.
Elle finit par intercepter une collègue plus expérimentée, à qui j’expose mon problème.
« — Ah mais monsieur, c’est impossible, on ne peut pas faire ces opérations sans smartphone.
— Ce n’est pas ce que dit le site !
— Je vous assure que ça n’est pas possible.
— Mais sur le site il y a bien écrit que…

… [je continue] Et vous savez, tout le monde n’a pas de téléphone mobile, on ne naît pas avec un téléphone mobile dans la main ! Quand j’ai ouvert mon compte à la poste5, les téléphones mobiles n’existaient pas ! Je ne vais pas prendre un abonnement à un service de téléphonie mobile juste pour pouvoir utiliser mon compte en banque !
— Il n’y a pas d’autre solution.
— Vous avez tort ! [mon exclamation la fait sourire], enfin vous êtes mal renseignée, le site dit…
— Il n’y a pas de solution, monsieur.
Elle esquisse un sourire supérieur qui signifie « tôt ou tard, on t’aura ! » et tourne les talons.
La première agente écrit sur un post-it le numéro de téléphone (fixe !) et l’adresse e-mail de ma conseillère — redoutable personne, si c’est la même, qui avait réussi à me faire souscrire à une assurance obsèques bizarre alors que je venais tenter (sans y être jamais parvenu) d’ouvrir un autre compte bancaire —, afin que je lui demande si elle dispose de plus d’informations.
Je lui écrirai, malheureusement certain que sa réponse sera quelque chose comme : « Gheuh ?! »
Je sens que mon existence sans téléphone mobile est partie pour ressembler chaque année un peu plus à une farce triste à mi-chemin entre le sketch des croissants de Fernand Raynaud et Le Procès de Franz Kafka.
- Pour reprendre le mot d’Edgar Degas : « C’est ça le téléphone ? On vous sonne comme un domestique et vous accourez ! » [↩]
- Je crois que j’ai eu mon compte courant à la Poste en 1986 ou 1987… À l’époque, le web n’existait pas, les tablettes étaient de la science-fiction, et le téléphone mobile de Gordon Gekko dans le film Wall Street devait peser plusieurs kilos et n’était pas spécialement « smart ». Je n’ai jamais signé pour qu’on m’impose un service reposant sur des technologies à venir. [↩]
- Contrepèterie ! [↩]
- Directive sur les services de paiements, ou DSP2. [↩]
- Je me demande depuis quand je suis à la Poste : 1987 ou 1988, sans doute… À l’époque c’était un service public et, d’après Que Choisir?, et c’est ce qui avait motivé mon choix, le plus honnête qui soit. [↩]
Humain contre algorithme

(gare du Havre, le 20 novembre 2021)
Solange contre les algorithmes
Le Havre, novembre 2020

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