De la fast-fashion en IA générative.

Les client·e·s risquent d’être déçu·e·s si les articles ne sont jamais envoyés, et sans doute encore plus déçus de ce qu’ils auront si les articles sont effectivement envoyés !
De la fast-fashion en IA générative.

Les client·e·s risquent d’être déçu·e·s si les articles ne sont jamais envoyés, et sans doute encore plus déçus de ce qu’ils auront si les articles sont effectivement envoyés !

La partie sélectionnée, dans la capture ci-dessous, était invisible puisque rédigée en blanc sur fond blanc.

ChatGPT connaît cette technique…

Et a priori, ça ne prend plus…


(Allianz)
Afin de célébrer les femmes dans la Résistance, et de surfer sur la vague de l’IA générative — notamment des reconstitutions historiques produites de cette manière et censées rendre l’Histoire vivante —, le service d’information gouvernemental a eu l’idée d’évoquer le parcours imaginaire d’une résistante, et d’en tirer un petit film destiné aux réseaux sociaux mais aussi au site officiel du gouvernement.
Entre l’image terne (genre URSS dans les films des années 1960), le croassement du corbeau, la résistante qui porte un brassard tricolore ; le journal clandestin qui s’appelle Clandestine (ou Clandestne ?) ; la main de l’héroïne de l’ombre qui met trois heures pour poster un tract (mais pourquoi faire ?) dans une boite-aux-lettres qui fait un bruit de déchiqueteuse ; et enfin le soldat de l’armée allemande dans le défilé à la Libération — défilé où on croit voir fugacement apparaître un drapeau japonais ! Le texte en surimpression pourrait être le prompt qui a été utilisé pour générer la vidéo…
Rien ne va.
La vidéo a été rapidement supprimée en raison d’« une » erreur (la présence de ce qui semble être un soldat allemand paradant à la Libération, donc), mais, Michaël Nathan1, du Service d’Information Gouvernementale revendique le procédé et projette de remettre en ligne une version améliorée de la vidéo : « les outils d’IA ne sont jamais utilisés seuls et chaque script est préparé et validé par des agents, ministères et spécialistes, à partir d’éléments fiables et sourcés. La traduction visuelle du script n’a en revanche pas fait l’objet d’un visionnage par ces derniers, mais la nouvelle version qui sera publiée a été vérifiée par des historiens de la Fondation de la Résistance ».

On parle beaucoup d’IA et de droit d’auteur.
Dans le cas qui suit, pas de pillage, au contraire, l’auteur de la publication Facebook attribue à Robert Doisneau une image produite par Midjourney (ou équivalent). Mais pas sûr que le photographe du Paris populo d’après-guerre y gagne :

Le grain est suspect, et on peut s’interroger sur de nombreux détails, par exemple les tenues des femmes en arrière-plan, qui mélangent plusieurs époques (ligne 1900, tee-shirt moderne), et comme toujours, s’amuser de la bizarrerie des mains… En effet, aucune contorsion ne permet que la jeune femme de gauche oriente la main qu’elle passe sous le bras de l’autre jeune femme de cette manière. Par ailleurs, entre les deux mains de la jeune femme au haut noir, on repère des formes bizarres qui ressemblent à une série de doigts égarés…

Mais surtout, cette image ne ressemble absolument pas à une photo de Doisneau et le lieu n’a rien à voir avec la rue de Nantes à Paris…
Doisneau a effectivement intitulé une de ses photographies Une épaule rue de Nantes. Il y montre une rue en fête en 1959, d’une manière autrement plus intéressante et vivante.

En comparant les éléments (robes à rayure, ceinture, jupe blanche, haut noir, pavés, tables, on supposera que le prompt utilisé pour obtenir l’image d’en haut est une description de celle du bas.
Si je ne comprends pas bien pourquoi on voudrait faire passer une image générée pour du Doisneau (un test pour collecter les comptes de personnes faciles à abuser avec des images ?), je trouve la comparaison intéressante en ce qu’elle fait apparaître la médiocrité stéréotypée de l’image générée.












Cette image a été partagée plus de six cent fois, généralement au premier degré, et, à côté d’alertes (« C’est de l’IA, tout est faux ! »), d’innombrables commentaires louent le charme et la beauté des jeunes-femmes-d’autrefois-forgées-par-une-IA : « sublimissimes » ; « la classe » ; « ça avait de la gueule » ; « C’était notre France avant la dégradation et Invasion » (hrem) ; « Quel beau pays c’était ! » ; « Belle tenu [sic] et belle présentation l époque avec elegance« (gneuh?) ; « Le charme à la française » ; « La nostalgie m’accapare, tellement vous étiez merveilleuses mesdames » ; « ELLES SONT SUPERBES QUAND ON VOIT CES JEANS TROUES C EST ECOEURANT C EST SE MOQUER DE LA PAUVRETE » (what?) ; « En ce temps là le diable était encore dans un profond sommeil en ce qui concerne l’habillement de femmes » (okay…) ; « Voilà les grands mère qui gardaient leurs virginités jusqu’au jour de leurs mariages. Mais les filles d’aujourd’hui c’est pas la peine » (les grand-mères gardaient leur virginité !?) ; « Belles et désirables avec classe » ; … Allant jusqu’aux faux-souvenirs (« 1959 j’habitais le 19 ème ma maman était concierge d’un immeuble. J’avais alors 8 ans. sur cette belle photo c’est ps moi malheureusement photo magnifique » ; « ça me rappelle ma jeunesse » ; « C’était vraiment la belle époque merci pour ces beaux souvenirs » ; « je me retrouve dans ces jeunes filles!!! » ; « J’étais ainsi à cette époque, c’est ma génération » ; « Je me souviens. Nous étions élégantes »), et même à une forme perverse de validation par l’envie que l’image dise vrai malgré la supercherie avérée : « On s’en fou [Sic] que ce soit IA ou non les femmes étaient mieux habillées avant et mieux proportionnées bref elles cultivait [sic] l’élégance ».
À défaut de faire honneur à l’œuvre de Robert Doisneau, ce genre d’imposture nous apprend des choses sur les défauts des IAs… Et sur les biais des regardeurs.

Sur Instagram, une pub pour un service qui rédige un mémoire de Master en dix minutes… Mémoire qui nous dit-on est « totalement exempt de plagiat ». Je sais pas si « ça marche », mais le rapport de confiance entre l’étudiant et l’enseignant n’a pas fini de souffrir.

T’as voulu voir Facebook et on a vu Facebook
T’as voulu voir Twitter et on a vu Twitter
T’as voulu voir Insta et on a vu insta
T’as voulu voir BlueSky et on a vu BlueSky
J’ai voulu voir TikTok, on a revu Facebook
J’ai voulu voir Threads et on a vu whatsapp, comme toujours…
T’as plus aimé Facebook, on a quitté Facebook
T’as plus aimé Twitter, on a quitté X
T’as plus aimé Insta on a quitté Insta
T’as plus aimé BlueSky on a quitté BlueSky
T’as voulu voir TikTok, on n’a vu que Snapchat
T’as plus aimé Messenger, on à quitté Mastodon, comme toujours…
Mais je te le dis, je n’irai pas plus loin
Mais je te préviens, j’irai pas sur Cara,
D’ailleurs j’ai horreur de son interface immonde
Et peut-être encore plus de faire comme tout le monde.
T’as voulu voir Cara et on a vu Cara…
(par Erwan Obion, sur Facebook, évidemment librement inspiré de Jacques Brel)
