L’IA pour une ville heureuse

On parle pas mal de la communication à base d’IA de Sarah Knafo, mais l’IA est aussi une partie de son programme.

Sarah Knafo, candidate d’extrême-droite à la mairie de Paris, diffuse sur les réseaux-sociaux une vidéo dans laquelle elle annonce combattre l’insécurité grâce à l’Intelligence Artificielle. Face caméra, elle commence :
« Tant de femmes ont peur de sortir le soir aujourd’hui en plein cœur de Paris… ». Mais subitement, un hurlement l’interrompt, la caméra tremble, et, en alerte, la députée européenne souverainiste se retourne…

…Une femme se fait agresser dans une sombre rue pavée. Une légende incrustée dans l’image nous avertit que la séquence a été réalisée par Intelligence artificielle. Pourtant, lorsque la caméra revient sur elle, Sarah Knafo nous explique que « ce n’est pas une fiction. C’est la réalité que vivent des milliers de parisiennes chaque soir dans notre ville ».

Pour remédier à ce problème, la candidate a imaginé quelque chose. Elle propose de déployer dans Paris des réverbères intelligents équipés de capteurs1 et d’intelligence artificielle, « entraînés des millions de fois » [sur quoi exactement ?] à reconnaître les sons caractéristiques d’une agression : « le cri d’une femme ou le bris d’un verre [?] sur une voiture ». Alerté, le réverbère se mettra alors à éclairer le malfrat, ce qui, si on en croit l’image, le paralysera le temps que la maréchaussée arrive.

Je ne vais pas chercher à retrouver ce que j’ai lu sur le sujet mais de mémoire, la question de la lumière est controversée : on sait que dans certains endroits très spécifiques (sous un pont où les joggeuses se font systématiquement agresser par exemple) l’installation d’un éclairage change la donne, mais on sait aussi qu’il y a nettement plus d’agressions qui ont lieu l’après-midi qu’en pleine nuit, et que la première cause des agressions qui ont lieu la nuit n’est pas le manque d’éclairage mais le degré d’alcoolémie des agresseurs. Le sentiment d’insécurité, effectivement, est plus fort dans une rue déserte la nuit que dans un lieu passant en pleine journée. Et c’est bien le sentiment d’insécurité que Sarah Knafo entend combattre.

L’IA sécuritaire est à la mode et semble être devenue une proposition courante dans les programmes des candidats aux élections municipales. Ci-dessus, une liste d’opposition de ma ville (20e ville la plus sûre de France) propose de l’IA dans les bois…

L’IA fait des progrès saisissants, mais son premier effet est et reste celui du techno-solutionnisme : on délègue une tâche à la machine, et peu importe si elle s’en charge mal, ce qui compte c’est la fiction d’une solution automatisée. Dans son propre film Sarah Knafo se retourne lorsqu’elle entend crier une femme dans la nuit, mais elle revient aussitôt nous parler sans chercher à secourir la victime, et c’est au fond exactement ce que propose sa solution miracle : un outil permettant aux passants de ne pas se sentir concernés par les cris d’une inconnue… Il y aura bien un réverbère pour faire le job.

  1. Sarah Knafo utilise le mot « capteur » pour évoquer un dispositif capable de percevoir les sons. « Capteur » ça fait sérieux, ça fait j’ai-bossé-mon-dossier. Mais on peut aussi dire « microphone », pour évoquer un capteur sonore. []

Le dossier 51

La séquence d’ouverture (et générique) de ce film de Michel Deville et Gilles Perrault, sorti en 1978, est exempte d’êtres humains.

Après le titre et le nom des auteurs, sur fond de musique classique au piano, on passe à un cliquetis mécanique qui accompagne l’apparition à l’écran d’un télex. Une voix off lit le texte au fur et à mesure.

Le reste de la bande son n’est constitué que de bruitages mécaniques, tandis que la caméra circule parmi les appareillages informatiques : terminaux, dérouleurs de bande, imprimantes…

Le film fait le récit du traitement inhumain et cynique d’un haut-fonctionnaire (et de son entourage) par des « services » qui cherchent des éléments pour le contrôler.