Profitez-en, après celui là c'est fini

Charmantes petites filles

novembre 27th, 2011 Posted in indices, Interactivité, Pas gai | 17 Comments »

Florence, ma cadette, passe un temps certain chaque semaine sur Ohmydollz. J’avais aperçu ce site du coin de l’œil : dessin mignon, un peu manga, un peu Bruno Bellamy1, jeu de poupées-mannequin associé à un forum de discussion.

La présentation du site résume son fonctionnement comme ceci : « Ohmydollz est un divertissement à la croisée d’un site de jeu et d’un site communautaire. Les joueuses s’occupent de leur dollz, leur poupée virtuelle, en la personnalisant : couleur de peau et des yeux, coiffure, look, etc. Au fil de sa progression, la Doll devra soigner son look, dévaliser les boutiques et pourra même participer à un super défilé de mode ! Elle pourra aussi montrer ses talents de séductrice et vivre de nombreuses petites aventures qui lui permettront peut être de devenir la Doll la plus célèbre du jeu ». Ce jeu a quatre ans et rencontre un succès important, au point d’être devenu une des premières communautés de pré-adolescentes sur Internet — l’éditeur, Feerik2, revendique « quinze millions de joueuses ».

Je ne suis pas vraiment le cœur de cible de ce genre de site, je n’y avais donc prêté aucune attention particulière, jusqu’à ce que ma fille me rapporte une controverse : une participante a créé sa poupée en se donnant le pseudonyme « Raciste2 », accompagné d’une description sans ambiguïté que je préfère ne même pas reproduire ici.

Cela a déclenché une logique avalanche de protestations. Certaines menacent de saisir la HALDE, d’autres s’empressent de signaler l’affaire aux modérateurs du site, et d’autres encore se lancent dans des réponses qui laissent penser que leur compréhension de la définition du mot « racisme » est assez médiocre :

Au fil de la lecture de cette page, on est un peu mal à l’aise face à l’étrange mélange des genres : des dessins mignons, un peu puérils, qui servent d’avatars pour des dialogues insultants, parfois orduriers, intercalés par d’autres totalement indifférents au débat mais cherchant à obtenir un avantage de la part de la titulaire de la page :

(l’intervention qui précède signifie en substance : « je te promets de te donner des points si tu m’en donnes toi aussi »).

Un petit extrait de la conversation — qui s’étend sur cinq pages :

Certains propos sont complètement incompréhensibles, entre l’orthographe, le vocabulaire vernaculaire et les codes intrinsèques à la génération et au support.
La plupart des messages sont des réactions assez fortes et plutôt saines à la provocation d’origine, mais certains viennent au contraire l’appuyer :

Ça fait un peu drôle, tout de même, d’imaginer des préoccupations pareilles, et une pareille dose de haine sordide, parfois, dans la tête de gamines, et sous le masque avenant de poupées kawaii.

En envisageant de créer un compte sur Ohmydollz pour aller suivre toutes ces conversations, j’ai pensé à une campagne paranoïsante de l’association Action Innocence, qui montrait des petits blondinets aux yeux vides dont le visage servait à masquer la figure sombre d’hommes adultes : et si les enfants que l’on croise sur Internet n’étaient en réalité que des adultes mal intentionnés ? En me rappelant de cette publicité je me suis dit que non, à quarante-trois ans, je ne pouvais pas décemment me faire passer pour une pré-adolescente.

Ici, les intervenants les plus âgées sont de jeunes adultes (j’ai lu jusqu’à vingt-deux ans comme âge annoncé mais la manière de s’exprimer semblait indiquer un âge nettement inférieur) et je doute qu’il s’agisse d’une imposture. Comme dans un bon film d’horreur, les monstres sont donc des petites filles !
La bêtise et la méchanceté qui s’étalent sont dérangeantes, mais Internet, ou le jeu Ohmydollz (dont ces échanges sont peu représentatifs, me dit ma fille) ne sont sans doute pas déterminants ici, et ne font que servir de déversoir (ce que l’anonymat propre à ce genre de sites, certes, favorise) pour des idées nées ailleurs et qui s’expriment sans doute aussi sous les préaux des cours d’école. Ce qui est positif, je l’espère, c’est que ces provocations suscitent à leur tour des confrontations de point de vue argumentées qu’un échange d’injures ne permet pas toujours dans la « vraie vie ».
Néanmoins cette banalisation du racisme est assez sombrement pathétique.

  1. Bruno Bellamy dessinait des pin-ups cartoon et girondes (mais tout ce qu’il y a de chastes) dans le journal ST-Mag, que lisaient les possesseurs d’ordinateurs Atari ST au milieu des années 1980. Cette intervention incongrue dans un journal d’informatique participait à la personnalité du magazine, qui a existé pendant une douzaine d’années, c’est à dire longtemps après qu’Atari ait cessé de produire des ordinateurs. Bruno Bellamy dessine toujours, bien sûr, on le croise notamment sur Internet. []
  2. Feerik est une start-up de Montpellier qui produit une quinzaine de jeux en ligne, parmi lesquels Élevez un dragon, Eredan, Mafia Rox, Tara Duncan et Poney Vallée.  []

Auto-archivage immédiat – Lorient, les 7-8-9 décembre

novembre 27th, 2011 Posted in Conférences, Dans la boite-aux-lettres, Mémoire | No Comments »

Les 7, 8 et 9 décembre 2011 aura lieu à l’école des Beaux-Arts de Lorient un séminaire de recherche intitulé Auto archivage immédiat, qui traite de ce qu’implique l’extraordinaire prolifération des supports de mémoire et de la collecte de données que fait chacun de nous. Ce séminaire s’inscrit dans le cadre de la ligne de recherche « de l’auto-archivage immédiat comme œuvre », piloté par Julie Morel, avec une équipe composée de Reynald Drouhin, Dominique Moulon, Grégory Chatonsky, Karine Lebrun, Sylvie Ungauer et Gwenola Wagon.

Les intervenants seront Julie Morel, Yann Sérandour, Jean-Noël Lafargue, Maurice Benayoun, Christophe Bruno, Joëlle Bitton, David Guez, Reynald Drouhin, Jérome Joy, Sylvie Ungauer, Dominique Moulon, Damien Schultz, Manuel Schmalstieg, Hassan Helahi, Lionel Broye et Gwenola Wagon.
J’interviendrai pour ma part le 7 décembre pour parler de la manière dont j’utilise mes blogs non seulement pour communiquer, pour penser à voix haute, disons, mais aussi pour suppléer à ma mémoire défectueuse.

Littératures graphiques contemporaines #2 : Isabelle Boinot

novembre 20th, 2011 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons la dessinatrice Isabelle Boinot.

Née en 1976, diplômée de l’École des Beaux-Arts d’Angoulême, elle fait partie en 2004 des fondateurs de Frédéric Magazine (d’abord site internet et collectif d’artistes dont tous prétendaient se prénommer Frédéric, et à présent revue de dessin) avec Frédéric Fleury, Emmanuelle Pidoux, Frédéric Poincelet et Stéphane Prigent. On lui doit entre autres la bande dessinée Nicoptine (2007), le carnet de voyage Sumimasen (2009), le livre de cuisine Mes recettes à emporter (2011) ainsi que les illustrations pour l’Humanisme de Michel Foucault (2008), un essai philosophique de Didier Ottaviani.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 30 novembre à 18h, dans la salle A1-174.
Ouvert au public dans la limite des places disponibles.

Nouveau blog : Percevoir

novembre 20th, 2011 Posted in Études, Personnel, Sciences | 4 Comments »

Encore un nouveau blog, oui. Il se nomme Percevoir et il s’agit d’un bloc-notes dédié à l’étude des phénomènes de perception, au sens le plus large, et qui cherche à répondre à une seule question : comment notre cerveau appréhende-t-il le monde qui nous entoure ? Pourquoi est-ce que deux choses identiques peuvent nous sembler différentes et inversement ? Pourquoi les femmes se maquillent-elles ? (et bientôt : à quoi servent les talons hauts ?). Il ne s’agit pas d’une théorie générale de la perception, juste d’une modeste compilation d’informations glanées au fil des années.

En essayant de ne pas trop faire mon savant américain point com, je n’aurai pas peur d’extrapoler certaines connaissances factuelles ou de rapprocher des disciplines aux traditions distinctes et parfois même distantes (physiologie, psychologie sociale, sciences cognitives, neurologie, éthologie,…), ni de recourir à l’art comme preuve ou comme but.
Pas si modeste que ça, tout compte fait.

Toutes ces questions pourraient bien entendu être traitées sur le présent blog ou sur le fourre-tout pédagogique Whatever, créé avec Nathalie, mais j’ai préféré créer un lieu spécifiquement destiné à les accueillir, et c’est ici, donc : hyperbate.fr/voir.

Museomix

novembre 14th, 2011 Posted in Cimaises, Design, Interactivité | 4 Comments »

Vendredi dernier j’ai vu apparaître quantité de tweets1 qui contenaient le hashtag2 #museomix. J’avais entendu parler de Museomix par un de ses organisateurs, le talentueux et entreprenant Julien Dorra, concepteur d’évènements créatifs, qui avait commencé à annoncer la chose dès la fin de l’été.

Mais ce qui m’a intrigué, c’est que les messages qui défilaient sur ma « tweet-list » étaient émis par des gens que je connais parfois de longue date, en ligne ou pas, mais qui eux ne se connaissent pas, ou dont j’ignorais qu’ils aient pu se connaître : des wikipédiens, des vétérans du multimédia interactif, des scientifiques, d’anciens étudiants, d’anciens collègues,… Bref, j’ai vu de la lumière sur Twitter, alors je suis entré, je me suis rendu au musée des Arts-Décoratifs où tout cela se passait, rendu curieux par la diversité des participants autant que par l’effervescence suscitée par la première matinée de Museomix.

Le principe est semblable à celui du Artgame Week-end qui s’est tenu à la Cantine en 2010 et 2011 : des équipes se constituent autour de projets-marathon. Pour le Artgame Week-end, les réalisations étaient des jeux vidéo à vocation artistique. Cette fois, il s’agit de propositions muséologiques novatrices. Le Musée des Arts-décoratifs a ouvert pendant trois jours l’accès à un certain nombre de ses espaces : des salles d’exposition, mais aussi la charmante bibliothèque où s’était tenue, rappelez-vous, une performance de Marie-Ange Guilleminot il y a un an et demie.

Chaque équipe investit un des lieux et y propose un nouvel accès au contenu muséal, en profitant éventuellement de nouvelles technologies (et parfois même de technologies nouvelles) amenées là par des partenaires de l’évènement : impression 3D, découpe laser, motion-capture, canon sonore, écrans mobiles, bornes interactives,… Les propositions n’étaient pas forcément high-tech. Il s’agissait d’abord de mettre au point des prototypes permettant à l’expérience de la visite du musée d’être améliorée, complétée, étendue, reliée à d’autres,… Les idées trouvées étaient très diverses : inviter le public à manipuler et à inspecter (numériquement) sous toutes les coutures un meuble qu’il est interdit de toucher ; sonoriser un lieu pour le replacer (un peu) dans son contexte et faire voyager le spectateur dans le temps ; faire un relevé de parcours ou une prise de notes virtuelles permettant de mémoriser sa propre expérience ou pour permettre de prendre connaissance de celle de précédents visiteurs ; etc.

Certains projets, s’ils étaient généralisés, me rendraient sans doute la fréquentation des musées insupportable — je pense notamment aux projets qui reposent sur une sonorisation des salles —, mais je ne trouve pas pour autant inutile de les avoir tentés. D’autres projets me semblent incontestablement utiles et répondent à de vraies problématiques. Je remarque une tendance à l’extrème personnalisation de l’expérience de la visite du musée.

Au delà du résultat — sur lequel je suis mal placé pour dire quoi que ce soit, étant arrivé dimanche à l’heure où les salles fermaient —, je suis impressionné par le dispositif qui a permis de faire éclore tout cela. En trois jours continus (vendredi, samedi, dimanche), des gens qui ne se connaissaient pas se sont improvisés en véritables petites start-up concentrées sur le fait de faire aboutir des projets ambitieux. Leur emploi du temps était plutôt rempli, avec des tâches précises (synthèse, documentation,…) pour chaque jour.

Les noms des équipes ont été générés au hasard avec, chaque fois, un nom d’animal associé à un nom de courant artistique : les lamantins rococo, les lions cubistes, les lapins bio-art, les lémuriens neo-pop, les cachalots pointillistes, etc., au total ont été constituées onze équipes de six ou sept personnes aux compétences et aux parcours divers : artistes, graphistes, développeurs, designers, qu’ils soient professionnels ou étudiants3. Autour d’eux, pour donner un coup de main, pour encourager ou juste pour observer on pouvait croiser des gens tels que Elifsu SabuncuSylvie Tissot, Omer Pesquer, Geoffrey Dorne, Astrid Girardeau, ou encore des jeunes gens de Knowtex, partenaire de l’évènement.

Au sous-sol, j’ai eu la surprise de retrouver le rennais John Lejeune, de Hackable-devices, dans un fab-lab où ronronnaient une makerBot et une découpeuse laser.

Pour couvrir l’évènement, La Chambre à air, émission de radio itinérante, s’était installée dans le salon des boiseries, avec une centaine de chambres à air fauteuils,  avec des sessions « live » de A Child Rasputin  et Soe Joe.

Bref, une expérience intéressante, plaisante et utile. Je suis persuadé que le succès de cette session se perpétuera dans de futures éditions de Museomix.

(Lire ailleurs : Le « musée-légo », par Samuel Bausson (Knowtex) ; Le numérique au musée : les expériences de Gonzague et Omer, par Gayané Adourian (Knowtex) ; Museomix en dix moments rigolos, par Gayané Adourian (Knowtex), où on apprend que mon irruption impromptue sans badge dans la bibliothèque du Musée est un moment rigolo)

  1. Le mot tweet n’a plus besoin d’être expliqué ou écrit en italique ou entre guillemets car il se trouve dans le dictionnaire Le Petit Robert, édition 2012. []
  2. Un hashtag est un mot-clé qui commence par le caractère dièse (#) et qui est interprété par Twitter comme lien hypertexte. []
  3. Parmi les participants que je fréquente en ligne ou ailleurs, je note Frédérique Santune, Stéphanie de Vanssay, Alain Romang, Marion Coville, Jade Le Maître, Silvère Mercier []

Game Story, au Grand-Palais

novembre 11th, 2011 Posted in Interactivité, Mémoire, Vintage | 22 Comments »

Sur le carton d’invitation à la soirée de vernissage de l’exposition Game Story au Grand-Palais, il était écrit que Frédéric Mitterrand me priait de venir. Ce genre de mention signifie souvent que la visite risque d’être un peu contraignante, du fait de la présence du ministre de la Culture : pointage des invités, fouille minutieuse à l’entrée, et attente devant les portes de l’exposition car « le ministre n’est pas encore arrivé » (j’ai eu un peu peur que cela s’éternise, mais en fait il est arrivé rapidement). Dans la file d’attente se trouvaient des personnes apparemment importantes que l’on venait chercher en priorité en s’excusant de les avoir laissé frayer quelques minutes avec le petit peuple. Comme ces gens importants sont très bien élevés, ils prennent leur aventure avec le sourire, et peut-être raconteront-ils à leurs enfants et à leurs petits enfants qu’un jour, on leur a fait faire la queue comme tout le monde, et qu’ils ont même du passer sous une barrière.

En entrant, j’entends quelqu’un dire derrière moi : « lui, c’est le prince Emmanuel de Savoie, voyons » — « aaahhh bien sûr, bien sûr ». À quoi ressemble un prince de Savoie ? Je le cherche vaguement des yeux mais les seules personnes qui portent des couronnes et des capes, ce sont des personnages de jeu vidéo. Un instant, j’ai craint de me retrouver dans un cauchemar jet-set comme ceux qui fascinent les Pinçon-Charlot, mais le public du vernissage m’a semblé plutôt normal dans l’ensemble, et généralement à peine plus apprêté que moi qui ne l’étais pas du tout. Un nombre certain d’enfants (sages) faisait la visite, ce qui change un peu des vernissages protocolaires habituels.

Au contraire de Museo Games, présenté aux Arts et métiers il y a un an et demie, qui se parcourait dans le noir, le parti qui a été pris ici a été de laisser de la lumière au public, et j’avoue avoir trouvé ça plutôt agréable. L’exposition se situe dans une grande salle séparée en deux dans sa longueur par une cloison. Dans les allées sont disposées des bornes d’arcade, des consoles et des ordinateurs, que le public est invité à manipuler. Peut-être est-ce parce que c’était le jour du vernissage, mais tout fonctionnait, tous les jeux étaient accessibles dans des conditions tout à fait agréables. Enfin quand je dis que tout fonctionnait, j’exagère un peu : un Pong Atari presque quarantenaire avait dû être éteint car il chauffait trop, et deux jeux pour PC avaient eu un bug, notamment une version du jeu Doom qui a cessé de fonctionner au moment où j’en ai pris les commandes. Quelqu’un est ensuite prestement venu redémarrer la machine. Est-ce que le même souci de maintenance sera toujours présent dans deux mois ?
Il fallait évoquer toute l’histoire du jeu vidéo, depuis Pong en Arcade jusqu’à Angry Birds sur iPad en passant par une quantité de titres classiques. Mais puisque tous les jeux devaient être jouables, les jeux d’action étaient seuls représentés : pas de Civilization, pas de Sims, pas de Sim City, pas de Myst, pas d’Ultima, pas de Defender of the Crown, pas de Day of the tentacle, pas de Little big adventure (mais tout de même, Alone in the dark et Zelda), rien que des jeux auxquels on peut jouer immédiatement. Évidemment, aucune sélection de ce genre ne satisfera tout le monde, chacun a ses « classiques ». J’aurais aimé voir, par exemple, les jeux Lemmings et Joust. Je suis assez étonné de ne pas avoir croisé de Tétris. Je ne suis pas sûr d’avoir vu Wipeout.
Les jeux sont accompagné d’une documentation sous verre : boites d’origine, magazines d’époque, objets en rapport, œuvres se rapportant aux jeux de près ou de loin (notamment quelques estampes japonaises).

Ce que j’ai trouvé plutôt appréciable, c’est que l’exposition n’était pas un musée des vieilles consoles, mais bien un lieu destiné à expérimenter toutes sortes de jeux. Et ce qui est sans doute le plus appréciable c’est de constater que des jeux réalisés il y a trente ans, dont le programme n’occupait que quelques kilo-octets, tiennent toujours la route face à des jeux aux budgets pharaonesques et qui ont mobilisé des centaines de personnes.
Le petit frisson de la visite, pour moi, aura été de me retrouver devant un pac-man d’époque. L’écran cathodique bombé, les couleurs vives, la sensation de la manette, tout est revenu d’un coup. Plus de vingt-cinq ans après avoir vu cette borne pour la dernière fois — l’été 1983 à Loctudy en Bretagne, pour être très précis —, les sensations et les gestes me sont revenus instantanément. La lourdeur de la manette, la manière dont il fallait anticiper les virages, tout était là. Il ne me manquait, en fond sonore, que L’aventurier, par Indochine, Rosanna par Toto ou Let’s Dance, par David Bowie

J’ai fini par tomber sur le ministre de la Culture, que j’ai photographié en train de se faire photographier, et en train de se faire expliquer un jeu musical par un jeune homme tandis qu’une chaîne d’information filmait l’évènement et que les badauds immortalisaient l’instant avec leur iPhone. Ce genre d’exercice est toujours un peu bizarre, le ministre doit faire semblant de s’intéresser au jeu mais calcule ses mots, ses gestes et ses expressions pour qu’aucune photo désobligeante ou aucune vidéo bizarre ne soit diffusé par un média taquin. On m’a appris que Frédéric Mitterrand était très engagé envers le jeu vidéo, et la rumeur parle d’un projet de musée dédié au thème…

Je m’attendais à ce qu’on finisse par m’empêcher de prendre des photos, et ça n’a pas raté, mais beaucoup plus tard que je ne l’aurais cru. Le ministre était parti depuis longtemps, j’avais fait deux fois le tour de l’exposition et je me demandais si j’allais me rendre dans la partie VIP (je n’étais pas sûr que mon carton d’invitation, un e-mail imprimé, me le permette) quand une dame du service de communication de la Réunion des musées nationaux est venue me voir en me demandant à quoi allaient servir mes photographies. J’ai essayé de dire avec naturel : « c’est pour mon blog ! ». Avec une point de perversité, j’ai savouré les trois secondes d’intense réflexion qui ont été provoquées par ma réponse, j’avais presque l’impression de voir, derrière les yeux de cette dame, les rouages tourner à toute vitesse pour décider de ce qu’il était approprié qu’elle me rétorque à son tour : on sait quoi dire aux paparazzis, on sait quoi dire aux amateurs, on sait comment traiter les journalistes, mais que faire des blogueurs ? Et des blogueurs invités, donc ayant, peut-être, un public intéressé par le thème de l’exposition.
Sans surprise cependant, la dame a conclu qu’il allait falloir que je range mon appareil : pour ce soir, me dit-elle, il fallait être un journaliste accrédité, et si je veux prendre des photos, eh bien je n’ai qu’à revenir un autre jour. Discipliné, j’ai rangé mon appareil, sans avoir la présence d’esprit de protester contre le conseil fallacieux : évidemment, un autre jour, on ne me laissera pas plus photographier, sans doute moins.

Ce qui m’intéresserait, ce serait de savoir ce qui fait que l’on m’a identifié comme photographe non accrédité, sachant que les photographes « professionnels » présents n’étaient pas équipés d’un badge particulièrement voyant, et que les purs amateurs, qui prennent des photos avec leurs téléphones, n’étaient pas du tout inquiétés. Je vois de nombreuses différences entre les photographes sérieux et moi, mais je me demande lesquelles sont déterminantes. Mon reflex n’a pas un très gros objectif, ni un gros flash externe (du reste je n’utilise jamais le flash). Je ne fais pas non plus de gestes curieux comme les « pros », qui poursuivent les jolies filles d’un air de prédation autoritaire plutôt inquiétant, qui pointent le plafond avec leur coude lorsqu’ils photographient en biais, et qui s’appuient sur leurs jambes comme s’ils étaient des surfers en train de résister à une vague géante. Il y a, clairement, une gestuelle précise pour avoir l’air d’un photographe. Je n’ai jamais tenté de l’imiter pour me donner une contenance, il faudra que j’essaie un jour.
Peut-être aussi que les photographes professionnels se reconnaissent à ce qu’ils photographient. Juste avant que l’on vienne me tracasser, je photographiais les photographes en train de photographier et les écrans d’erreur des programmes qui avaient planté.

Interdit de photos, je commençais à me dire qu’il était temps de quitter l’exposition, lorsque je suis tombé sur Fabien Delpiano, de Pastagames, studio parisien qui a produit Maestro! Jump in music, excellent jeu musical pour Nintendo DS. Pastagames a réalisé une application pour l’exposition, pour Android et pour iPhone.

Fort de cette excellente compagnie, j’ai osé aller boire un verre dans l’espace dédié. Fabien me racontait que pour lui aussi, le choc de l’exposition, c’était de retrouver Pac-Man. Il y avait joué, enfant, c’était même le premier jeu auquel il ait joué, et il s’était juré que ce serait, un jour, ce métier-là qu’il ferait. Et c’est bien ce qui s’est produit. Nous nous sommes rappelés des Sinclair ZX81 et des Atari ST de nos adolescences respectives… Le thème de l’exposition se prête, évidemment, assez bien à ce genre d’épanchements nostalgiques.

À présent, le bilan : cette exposition vaut-elle la peine d’être visitée ? J’ai envie de répondre que oui, mais le visiteur éventuel doit avoir conscience que Game Story n’est rien d’autre qu’une grande salle d’arcade, propre et lumineuse, où l’on retrouve des sensations oubliées — si on les a éprouvées — et où l’on découvre ou redécouvre une sélection de jeux choisis parmi quatre décennies d’applications vidéoludiques. Si l’on espère faire des découvertes, si l’on pense apprendre des choses, ce n’est pas l’endroit. Est-ce que cela vaut le prix du ticket d’entrée (huit euros à partir de 13 ans) ? Je ne sais pas trop, parce que j’ignore comment va tourner l’exposition, s’il y aura foule, s’il sera difficile d’accéder aux joysticks et aux pads, si les jeux tomberont en panne les uns après les autres. Le jour du vernissage, c’était plutôt bien. Ensuite, je ne peux pas dire.
L’exposition dure jusqu’au 9 janvier 2012.

Rencontre avec Cizo

novembre 2nd, 2011 Posted in Après-cours, Brève, Conférences, Images | 1 Comment »

Une nombreuse assemblée d’étudiants était présente pour écouter Cizo expliquer sa manière de travailler et raconter plus de quinze ans de carrière. Je remarque la présence de plusieurs étudiants très connaisseurs du travail des éditions Les Requins-Marteaux, mais aussi de Magali Boudissa, récemment honorée du titre de docteur en esthétique avec une thèse sur la bande dessinée numérique.

J’en profite pour remercier Maren Köpp sans qui la conférence aurait du se faire dans un couloir, et sans projecteur.

Mathématiques — un dépaysement soudain

novembre 2nd, 2011 Posted in Cimaises, Sciences | 16 Comments »

Du 21 octobre dernier au 18 mars 2012, la Fondation Cartier propose une exposition intitulée « Mathématiques — un dépaysement soudain » qui, comme son nom le suggère, cherche à explorer la fascination que peut susciter la science des mathématiques. Des chercheurs célèbres, comme Cédric Villani, Michael Atiyah, Alain Connes ou Mikhaïl Gromov, ont participé à la création de l’exposition, rejoints ensuite par des artistes précédemment exposés dans le même lieu tels que Michel Alberola, Takeshi Kitano, Raymond Depardon ou David Lynch. Un tel programme était plutôt intriguant.

Il faut faire la queue un certain temps, car le flux des visiteurs est adapté au lieu, qui n’est pas immense. Le ticket d’entrée vaut neuf euros cinquante. En arrivant, une jeune fille nous oriente vers le sous-sol où est projeté un film de Raymond Depardon, qui donne la parole à des mathématiciens de haute volée. Je prends quelques photos mais une seconde jeune fille vient m’expliquer que je n’en ai pas le droit. Bon. Et puis, au bout de dix minutes de projection, les lumières se rallument et Micha Gromov voit son image gelée en plein milieu de ses explications scientifico-métaphysiques : pour une raison obscure, le public doit s’en aller. Ouste ! Dehors ! Sur le côté de l’écran, la traduction anglaise persiste, seule et sans spectateurs, à défiler. Le film avait l’air bien : chaque fois, un scientifique débite un discours apparemment écrit d’avance qui nous apprend d’où lui vient sa vocation et ce qui le fait vibrer dans sa discipline. Joli noir et blanc, beau grain d’image.
En quittant la projection, on tombe sur un grand mur peint par Michel Alberola qui cartographie subjectivement les mathématiques. Ce n’est ni du très bon graphisme didactique, ni du très bon Alberola. Sur un petit écran pénible à regarder, puisque disposé dans un couloir encombré, est diffusé un film réalisé par Alberola, encore lui, et consacré à Cédric Villani. Il semble nettement plus intéressant que la fresque qui lui fait face.

À côté se trouve une mystérieuse fonction. Yasmine tente de la photographier avec son téléphone, mais se fait à son tour rabrouer par les gardiens. Il ne s’agit pourtant que d’une formule mathématique, ce qui n’est pas soumis à droits patrimoniaux — eh oui, nous avons le droit de dire ou d’écrire que « E=mc² » sans nous acquitter d’une quelconque redevance. Cédric fait remarquer que l’évolution des mathématiques a toujours précisément profité de l’échange d’informations entre savants, mais la Fondation Cartier n’est pas dans une logique de colloque scientifique. À côté de la fonction se trouve une sculpture métallique en forme de trompe : c’est l’objet que l’on obtient en appliquant la fonction.

À l’étage, on trouve  une « bibliothèque des mystères », lieu où sont projetées deux animations aux messages obscurs et une troisième qui fait défiler les couvertures de livres liés à l’histoire des sciences (Platon, Aristote, Buffon,…). L’image est volontairement brouillée, altérée à l’aide de toute une palette de filtres simulant des interférences. C’est du David Lynch. On dirait à la fois une publicité et un générique de film de tueurs en série du début des années 2000. Sur ce, Patti Smith se met à chanter au plafond. « Bon, on s’en va ? » demande Elifsu. Oui on s’en va.
Dans la dernière salle, on trouve un écran concave où sont projetées des démonstrations géométriques qui s’apparentent à de l’art optique, et je dois dire que je trouve ça assez plaisant. Derrière, sur un autre écran, la main d’un chercheur dessine la manière dont le boson de Higgs , après collision, se trouve transformé en d’autres genres de particules,… Les dessins n’ont pas de sens particulier pour qui ne connaît pas le conventions de représentation de la physique mais semblent suivre une logique plastique. L’image est montrée en négatif. De temps en temps, elle est remplacée par un écran de contrôle qui nous permet de savoir en temps réel ce qui se passe à l’intérieur du Grand Collisionneur de Hadrons, au Cern. Enfin presque en temps réel, puisque l’horloge est réglée sur une demi-heure plus tôt. Par ailleurs, cet écran high-tech indique surtout qu’il n’y a aucune activité en cours dans le collisionneur : pas un quark, pas un gluon, rien.
À côté se trouve une application imaginée par Takeshi Kitano et qui repose sur le principe du jeu des chiffres et des lettres, si ce n’est que l’on doit atteindre le nombre 2011 et que l’on ne peut pratiquer des opérations, pour ce faire, qu’à l’aide de chiffres, et forcément dans l’ordre croissant : 1, 2, 3, 4, 5,…
C’est peut-être ce modeste jeu qui rapproche le mieux le spectateur du plaisir des mathématiques qu’était censé transmettre l’exposition entière.

Dans un espace circulaire, enfin, se trouvait l’installation Ergo-robots, sans doute passionnante, mais que je n’aurai pas vu, découragé par une file d’attente qui semblait éternelle.

Je dois avouer que l’ensemble m’a plutôt déçu : l’exposition est vite vue, la magie des mathématiques ne fonctionne que lointainement (avec mon niveau classe de troisième dans cette discipline et ma méconnaissance du milieu des mathématiques en tout cas) et plusieurs éléments semblent disposés là de manière un peu gratuite. On évite le didactisme « cité des sciences » et les tartes-à-la-crème du genre Nombre d’or ou autres décorations fractales, et c’est toujours ça de pris, mais une approche un tout petit peu plus généreuse, un tout petit peu plus tournée vers le public, aurait été plus agréable, d’autant qu’une telle exposition ne s’adresse sans doute pas non plus vraiment aux mathématiciens. La morale de l’exposition, c’est qu’il y a des gens qui se passionnent, qui s’éclatent avec les maths, mais aussi qu’on n’en fait pas partie. Et même pire, j’ai eu le sentiment étrange et hautement subjectif que cette exposition nous cache des choses, qu’un spécialiste du domaine (que je ne suis pas) verra plus les noms et les objets qu’il y manque plutôt que ceux qui y sont présents.

Frustré, donc, j’ai dépensé mes économies à la boutique, notamment pour acquérir le tee-shirt de l’exposition (la vendeuse m’ayant juré que, bien qu’il soit en taille L et non XL, il m’allait idéalement — cette vile flatterie prend toujours avec moi) et le livre publié pour l’occasion, vendu quarante-quatre euros. Mis en page par Werner Jeker, cette publication est un objet très agréable et au contenu apparemment infiniment plus clair que n’est l’exposition qu’il complète.

Littératures graphiques contemporaines #1 : Cizo

octobre 29th, 2011 Posted in Bande dessinée, Conférences | 1 Comment »

Dans le cadre du cycle de conférences « Littératures graphiques contemporaines » que je propose ce semestre à l’Université Paris 8, nous rencontrerons Lyonnel Mathieu, dit Cizo, graphiste et auteur de bandes dessinées.

Cizo, qui tire son pseudonyme de la paire de ciseaux avec laquelle il signait ses premières œuvres, prétend ne pas savoir dessiner et n’a publié à titre individuel qu’un seul album (Just You and Me, éd. En Marge) mais produit depuis près de vingt ans des travaux d’une grande liberté formelle qui exploitent notamment des langages stéréotypés tels que le mode-d’emploi, la signalétique et le graphisme institutionnel. Revisitant sans complexes l’imagerie populaire du XXe siècle, il recourt fréquemment au pastiche : graphisme soviétique, cinéma d’animation des années 1930, affiches de séries Z des années 1950, etc.

Dans le cadre des expositions Supermarché Ferraille et Musée Ferraille, il a aussi produit des objets humoristiques ou décoratifs.
Il a collaboré aux revues Jade, SVM, Picsou Magazine et surtout, Ferraille Illustré, dont il assurera un temps la co-direction artistique avec Winshluss, auteur avec lui de Monsieur FerrailleWizz et Buzz (Tome 1 Tome 2) ainsi que des courts-métrages Raging Blues et O’ boy, What nice legs !

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le mercredi 2 novembre à 18h, dans la salle A1-175 ou A1-174.
Ouvert au public dans la limite des places disponibles.

L’art, la vie, et les petits oiseaux

octobre 22nd, 2011 Posted in Images, L'art et moi, Les pros, Mémoire | 5 Comments »

J’aimais le dessin. J’hésitais à m’inscrire dans la modeste académie des Beaux-Arts de ma ville, pas certain que ce qu’on y faisait m’y intéresserait mais un ami m’avait promis-juré que c’était vraiment bien, et comme j’admirais son habileté, je l’ai accompagné pour une séance d’essai gratuite. Les professeurs de dessin étaient un couple âgé. Elle, aimable comme une porte de prison, et lui, semblant sorti d’une gravure second empire, avec une barbiche et une moustache blanche, une haleine chargée d’une forte odeur de pizza et un air de jubilation constante. Il semblait aussi jovial que son épouse était morgueuse, comme s’il existait un lien de cause à effet entre ces deux humeurs.
Ou peut-être était-ce un jour comme ça, je ne les ai jamais fréquenté après.

Dessin d'après carte postale, sans petits oiseaux (gauche), avec petits oiseaux (droite). Ce n'est pas le dessin dont je parle - je ne l'ai pas conservé - mais une (rapide) reconstitution de mémoire.

Le cours consistait à choisir une carte postale touristique et à la recopier au crayon.
Ceux qui étaient inscrits depuis plusieurs années faisaient exactement la même chose, mais à l’aquarelle, au fusain ou à l’huile. Pas vraiment convaincu de l’intérêt de l’exercice mais assez discipliné, j’ai fait ce qu’on me demandait sans protester. J’ai choisi une carte-postale représentant un quelconque château, et je l’ai reproduite. Le résultat était correct, je pense, et c’est d’ailleurs ce qu’a pensé le chef de l’atelier, qui a observé attentivement mon travail en se lissant la moustache et m’a dit « c’est pas mal, c’est pas mal… », puis s’est tourné vers moi d’un air malicieux en me disant : « mais on peut rendre ça plus vivant, il y a un truc… ». Il a saisi mon crayon et a dessiné trois petit « V » dans le ciel. Des oiseaux.
Je n’y suis jamais retourné.

à gauche, un extrait de la (nouvelle) série V. La ville est une photographie, artificiellement animée par une nuée de petits oiseaux et placée derrière un premier plan en 3D, flouté pour simuler une profondeur de champ. À droite, une image extraite de la série Life after people où les oiseaux servent à la fois à donner de la vie à un décor statique, à fournir des indications spatiales (les oiseaux partent vers l'horizon) et à montrer la disparition des humains, puisqu'il s'agit d'un stade sportif tel qu'il serait des décennies après la disparition de l'humanité : envahi par des végétaux et des animaux.

Ça m’amuse de voir aujourd’hui que, dans les décors en 3D calculée, souvent assez factices, on recourt souvent au même artifice (bien plus intéressant en animation qu’en dessin cependant) : on fait passer des nuées d’oiseaux dans le ciel pour donner un peu de vie à des univers statiques et limités. Même George Lucas s’est servi de cette astuce pour donner un peu de vie aux derniers films de la série Star Wars ou aux versions révisées des anciens films, sauf que ce ne sont plus des oiseaux qui encombrent les cieux de Tatooine et Coruscant, mais des vaisseaux spatiaux.

Cela me rappelle un dessin de Pierre Bonnard, qui était exposé à la galerie Claude Bernard quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts. Ce dessin, un dessin modeste et sans doute passablement inconnu, représentait un enfant sur une balançoire. Le crayon léger, vibrant, irrégulier, rendait parfaitement la sensation de lumière et de vie. Aucun artifice, juste l’envie de transmettre un petit moment de bonheur, et le talent pour le faire.

Le dessin en question doit aujourd’hui se trouver dans un tiroir sombre d’une collection privée quelconque, et je n’en retrouverai sans doute jamais de reproduction. En guise d’illustration, je ne résiste pas au plaisir d’afficher ici un tableau de Pierre Bonnard, sa Salle à manger à la campagne (1913).
Les rendus 3D progressent, et certains films sont même visuellement extraordinaires (tout le début de Wall-E, par exemple), ou soutenus par des scénarios impeccables et une belle animation, mais je pense que nous sommes encore loin du jour où on saura transmettre un regard chargé d’affect et de vie comme ont su le faire les plus grands peintres.