Je ne suis pas au courant de tout, loin de là, mais tout de même étonné d’être passé à côté de cet évènement de la 53e biennale de Venise (où je n’irais sans doute pas cette année), l’innauguration du premier Pavillon Internet. Pour la première fois en effet, Internet est représenté par un pavillon, au même niveau qu’une soixantaine de nations. Les organisateurs de la biennale n’ont cependant pas eu vraiment envie de médiatiser cette nouveauté puisqu’elle n’apparaît pas sur le site officiel.
Le pavillon est évidemment situé dans le monde virtuel (www.padiglioneinternet.com et sites liés) mais aussi dans le monde actuel, au Sign and Lyrics Emporium (S.a.L.E.), à côté du bâtiment qui abrite la collection Peggy Guggenheim.
Le concept est de Miltos Manetas et le commissariat de l’exposition est assuré par Jan Aman.
Les personnes impliquées (performances, webdesign, musique, etc.) sont : Petra Cortright, Martijn Hendriks, Aleksandra Domanovic, Harm van den Dorpel, Sinem Erkas, Elna Frederick, Parker Ito, Scott Kildall, Oliver Laric, Guthrie Lonergan, Miltos Manetas, Rafael Rozendaal, Pascual Sisto, Nathaniel Stern, Aids-3D+ Helga Wretman,Tobias Bernstrup, Mai Ueda, Howie B., Mark Tranmer, Digital Club, Sonja Kroop, M/M, Christian Wassmann, Marina Fokidis, Colin Payne, The Media Machine, Mikael Altemark, Johan Allgoth, Jon Cullblad, Kristin Eketoft, Magnus Eriksson, Thomas Frössman, Christopher Kullenberg, Susanne Lindblad, Rasmus Fleischer, Lina Persdotter, Sara Sajjad, Peter Sunde, Palle Torsson, Sara Wolfert, Yvonne Force, Casey Fremont, Doreen Remen, Pelle Strandberg, Chloé Nelkin, Chiara Lunardelli, Mara Sartore et, semble-t-il, The Pirate Bay.
On notera pour l’anecdote que la cité-état du Vatican a elle aussi demandé à disposer cette année de son propre pavillon pour la biennale, sans succès.
Une publicité pour l’Atari 520 ST, en novembre 1991, que l’on peut consulter sur le site de l’INA.
Lors d’un dîner, deux couples discutent de leur progéniture. Les plans montrant les adultes ont des couleurs chaleureuses. En alternance, on voit les enfants, qui se trouvent à l’étage, dans le noir, éclairés par la lumière froide de l’écran d’ordinateur : «Ils sont où les enfants ?» — «Ils sont là-haut» — «C’est l’âge bête», déplore le père du garçon. Chaque affirmation est démentie par l’image. Lorsqu’un des parents observe «Ils n’ont goût à rien», on voit le garçon jouer avec un enthousiasme non dissimulé à un jeu de courses automobiles. Une des mères, parlant de sa fille, explique : «La musique et elle, ben ça fait deux». On voit alors la jeune fille devant un logiciel de séquence musicale. Le père du garçon explique de son côté : «Et lui il ne sait même pas tenir un crayon» (nouveau démenti : avec la souris de son Arari ST, le jeune homme dessine un dauphin). Pour finir, la mère du garçon, en dépressive un peu guindée, avale des cachets en demandant : «Vous ne connaîtriez pas un bon psychologue ?».
Le spot se termine sur la réponse : «Dites-leur Atari».
Aujourd’hui, le concept d’ordinateur personnel n’a plus besoin d’être vendu de manière aussi didactique, tout le monde sait à quoi il lui sert et personne ne se pose vraiment la question «est-ce que j’en ai besoin ?».
Ici il fallait montrer les utilisations une par une. L’insistance sur la créativité (fabriquer plutôt que simplement consommer) me semble très intéressante.
Sorti en 1985, l’Atari 520ST a marqué son époque jusqu’à la fin de sa commercialisation en 1993.
Ordinateur familial, il embarquait un très puissant processeur Motorola 68000, le même que celui qui équipait les Macintosh d’Apple. En revanche la version de base n’avait ni moniteur (on le branchait sur son téléviseur) ni disque dur (on passait son temps à charger et décharger les programmes, sur disquettes 3 pouces 1/4).
À un niveau professionnel, l’Atari était très populaire dans le domaine de la musique, tandis que son concurrent direct l’Amiga 500 était plus utilisé pour la création visuelle.
L’Artari ST de base coûtait 2500 francs. L’Amiga 500 valait 4500 francs. Enfin, les macintosh LC de la même époque valaient 15000 francs.
La publicité montre l’ordinateur personnel comme moyen, pour les enfants, d’échapper au contrôle des parents (le jeu, les activités artistiques, oui, mais pour soi, sans demander la permission, hors du cadre traditionnel) et pour les parents, d’avoir l’assurance que l’enfant se tient calme dans sa chambre : c’est l’âge bête nous dit-on, mais ce garçon et cette fille sont très sages.
À comparer aux publicités produites par le ministère de la famille dont le message est inverse : on ne peut pas faire confiance à un enfant devant son ordinateur — car entre temps l’ordinateur est devenu synonyme de point d’accès à Internet, présenté comme une véritable brèche de sécurité dans le foyer.
On dit que Michel Drucker avait refusé de le passer dans son émission à l’époque de Off The Wall, non pas parce qu’il n’aimait pas sa musique mais parce qu’il avait peur que le public fuie en voyant un noir à la télé. C’était il y a un peu moins de trente ans, et si ça peut faire sourire aujourd’hui, il faut se rappeler qu’à l’époque, les chansons Motown ou Atlantic arrivaient au grand public français avec les voix de Dalida, Claude François et Sacha Distel. Les mêmes, augmentés de Régine et Sheila ont ensuite représenté la musique disco…
Pour la télévision française, en 1980, passer un chanteur noir américain à une heure de grande écoute était aussi inenvisageable que, aujourd’hui, diffuser une diva indienne comme Asha Boshle ou une icone de la musique pop vietnamienne. Je crois que Bob Marley est mort quasiment inconnu de la télévision française par exemple, alors qu’il avait pourtant un public très étendu ici, comme l’a prouvé son grand concert au Bourget. Il faut dire qu’avant la libéralisation des radios et la création du célèbre Top 50, un abysse séparait ce que les médias diffusaient (la variété française, pour dire les choses vite) de ce que les gens écoutaient véritablement chez eux.
La gloire Michael Jackson est vraiment arrivée en France avec l’album Thriller. La photo de couverture était un peu ridicule, mais la musique, ma foi, c’était quelque chose et tout le monde a passé l’été 1983 à n’écouter que ça. L’énergie du gamin, la qualité jamais vue de ses clips (les plus chers jamais produits, les premiers qui aient été annoncés au vingt heures aussi), la production impeccable par le grand jazzman Quincy Jones… Presque chaque titre est devenu aujourd’hui un standard, non ?
Petit à petit, le «king of pop» a commencé à faire rire avec son refus de grandir, ses costume de roi d’on ne sait quelle principauté ridicule, son gant à paillettes et sa voix douce. Des plus «méchants» que lui se faisaient connaître, l’immense Prince ou encore les rappeurs Run DMC (qu’on voyait piétiner le gant de Michael Jackson dans leur premier clip, King of Rock). Son chant du cygne artistique a été la chanson We Are The World, écrite avec Lionel Richie et Quincy Jones. Les ventes de ses albums n’ont fait que décroitre, jusqu’à ne plus sortir que dans l’indifférence médiatique.
Les rumeurs de chirurgie esthétique, d’excentricités diverses et plus tard, de perversion, ont eu raison de son image mais aussi sans doute de son propre rapport à la réalité.
Il faut dire que Michael Jackson a eu une enfance assez hors-norme. Il était le plus jeune et le plus talentueux de sa fratrie, sa carrière a commencé alors qu’il n’avait pas dix ans et on peut dire qu’il n’a jamais vraiment eu une vie normale. À l’âge où les enfants regardent des dessins animés, il était lui-même le héros d’une série de dessins animés. Joe Jackson, père violent et manager sadique, l’appelait «big nose». On dit qu’il voulait ressembler à Diana Ross (sa marraine dans le métier) et à Elizabeth Taylor (qui est restée une de ses fidèles amies). À cinquante ans, il ne ressemblait plus à rien du tout mais il est certain que depuis longtemps, personne ne pouvait plus l’appeler «big nose».
Comme dans toute bonne tragédie, il meurt au moment où on annonçait son grand retour, sur scène.
Je n’ai découvert la carrière de Michael Jackson enfant que bien après avoir assisté à son déclin d’adulte. C’est pourtant cette image solaire et joyeuse que j’ai envie de garder pour moi aujourd’hui : I want to be where you are (Dailymotion) The love you save (Youtube). À réécouter, aussi : Lookin’ through the windowI Want you backNever can say goodbyeI Want to be where you are.
Juan Pablo Gutierrez est étudiant à l’université Paris 8. Lundi 15 juin, vers une heure du matin, il est agressé par un groupe de personnes qui lui réclamaient une cigarette. Il parvient à se réfugier dans le hall de son immeuble et téléphone à la police qui arrive assez vite pour interpeller un de ses agresseurs.
Une fois au commissariat, où il vient porter plainte, les choses se déroulent de manière anormale : il est traité sans aucun ménagement, puis avec brutalité croissante, jusqu’à se faire insulter puis frapper par les policiers, déshabiller, et enfin mettre en cellule pour la nuit. Il est finalement relaché au matin avec cinq minutes d’avance sur son agresseur de la veille et une perte définitive de 40% des capacités auditives d’une de ses oreilles.
Ce jeune homme colombien de 27 ans est un photographe de reportage très doué comme le prouve son site web et comme en atteste le fait qu’il ait été le récipendiaire du prix du public au concours Paris Match du photoreportage étudiant en 2008, pour une série de photos consacrée à témoigner de l’existence des enfants qui vivent dans des bidonvilles aux alentours de Paris.
Une enquête de l’inspection générale des services est en cours. On peut lire sur le sujet : MetroL’Humanité (1)L’Humanité (2)LibérationRFILe communique du MrapLa radio nationale colombienneRCN TelevisionEl TiempoEl EspectdorWRadioLAFMTeleSur
Cette histoire m’a rappelé celle d’une écossaise logée par mes parents il y a quelques années alors qu’elle était venue en France comme assistante d’anglais au lycée. Tard dans la nuit en rentrant d’une fête, elle s’est fait agresser et voler son sac. Elle s’est alors rendue au commissariat qui se trouve dans la gare Saint-Lazare, sur son chemin, pour porter plainte. Sans raison, les policiers l’ont fait déshabiller et mettre dans une cellule de dégrisement dont elle n’est sortie qu’au matin, sans le moindre justificatif. Complètement traumatisée par son expérience, elle est repartie pour l’Écosse le lendemain.
Une autre affaire ? Il y a deux semaines à Argenteuil, un retraité algérien de 69 ans, Ali Ziri, se retrouve menotté pour avoir protesté lors d’un contrôle de police. Il n’avait jamais eu affaire à la police et il était passager du véhicule d’un autre algérien, âgé de 61 ans. Emmené sans raison dans le fourgon, molesté, il est tombé dans le coma et il est mort. Les commissariats d’Argenteuil et de Bezons (la ville voisine) ont refusé de prendre la plainte du conducteur du véhicule.
Pas besoin d’être étranger pour redouter l’arbitraire de la police française, j’ai encore l’histoire toute récente d’un ami de mon frère placé lui aussi en garde à vue pour avoir osé répondre (prudemment et poliment selon les témoins) à des fonctionnaires de police dans une affaire de stationnement.
Il me semble normal de redouter d’avoir affaire à la police, mais est-il normal d’en avoir peur, y compris lorsque l’on n’a strictement rien à se reprocher ?
En découvrant la jaquette du DVD Robo C.H.I.C. dans une solderie spécialisée dans les faillites et les saisies de douane au milieu de films inconnus au titres improbables et destinés à en rappeler d’autres (Squale, Gallacticops, Space Mutiny, Combat mortel, Invasion Ninja 3), j’ai eu du mal à contenir un certain sentiment de jubilation : une bimbo toute en épaulettes de la fin des années 1980, avec mini-jupe en cuir, perruque lionne-caniche platine, qui est, je cite, «moitié flic, moitié machine, 100% femme». Un mélange entre Married to the mob et Robocop, donc. Et pour 0,49 centimes d’euro s’il vous plait.
Irrésistible.
Renseignements pris, l’éditeur de ces DVDs, Prism Vision, est spécialisé dans les productions crapuleuses. Les jaquettes sont généralement mensongères (titres inventés, visuels qui ne correspondent pas, acteurs qui n’y sont pas, résumés sans rapport avec le contenu, mentions techniques bâclées) et la qualité d’image terrible, car la copie qui a servi à faire le DVD est souvent une cassette VHS. Évidemment, on ne peut pas visionner ces films dans leur version originale mais uniquement avec leur mauvais doublage français.
Le film Robo C.H.I.C., sorti en 1989, peut aussi se trouver sous le titre Cyber-C.H.I.C.
Dès les premiers dialogues, on sent une envie de s’amuser et d’amuser le spectateur chez les scénaristes-réalisateurs (Ed Hansen et Jeffrey Mandel). Je dis bien «on sent», car le résultat est rarement à la hauteur de l’intention. Les gags s’enchaînent mais ne sont pas toujours très bons et, même s’ils l’étaient, la réalisation, toute en raccords douteux et en mouvements lourdauds, ne les sert pas réellement. Et ne parlons pas des piques un brin réactionnaires : la présentatrice du journal télévisé est forcément une cruche qui essaie de convaincre ses collègues masculins qu’il faut parler de la mode de l’été avant de parler de politique et qui se plaint de devoir traiter des sujets aux noms imprononçables. De temps en temps on sourit tout de même, devant des blagues pourtant éculées — peut-être parce qu’elles sont éculées —, comme celle du poursuivant qui ordonne à un chauffeur de taxi «suivez cette voiture» et qui est exaucé sans avoir eu le temps d’embarquer : le taxi part donc sans lui.
Parmi les gags récurrents, on remarque la présence de guides pratiques pour tout et n’importe quoi (rencontrer de jolies filles, fabriquer une bombe atomique, etc.) et le fait que certains protagonistes du récits s’adressent subitement au spectateur.
Robo C.H.I.C. est une gynoïde créée par le docteur Von Colon, un savant génial qui rêve d’utiliser son invention pour combattre toutes les injustices du monde. Dotée de l’apparence d’une femme que l’on nous dit parfaite (au point que sa vue trouble jusqu’à son créateur), elle possède une force herculéenne et quelques pouvoirs extraordinaires comme une ouïe sans égal et la capacité d’émettre des rayons lasers ou des ondes «ioniques» (les deux effets spéciaux du film, aussi cheap l’un que l’autre). Elle manque un peu d’expérience de la vie et a l’habitude constante d’imiter la gestuelle et les expressions de ses interlocuteurs. L’idée du mimétisme, piquée àD.A.R.Y.L., est bonne mais assez mal exploitée.
Le docteur Von Colon a fabriqué au moins deux autres robots : une chaise sur roulettes qui n’en fait qu’à sa tête et qu’il doit réprimander, et une voiture noire autonome, inspirée du véhicule K.I.T.T. dans K2000.
De son côté, Harry Truman Hodgekins, un exterminateur de cafards complexé, met au point les derniers détails d’un plan infaillible : il installe une vingtaine de bombes atomiques dans le pays et avertit le monde qu’il ne les désamorcera, une à une, que si l’on accepte de satisfaire ses trois demandes. Tout d’abord, il réclame un milliard de dollars, laissant entendre assez évasivement qu’il les redistribuera à des oeuvres s’il s’aperçoit que cela fait plus d’argent qu’il n’en a besoin. Ensuite, il exige qu’on le laisse en paix. Et pour finir, il veut rencontrer des femmes attirantes.
La première bombe explose dans une souffrière naturelle, empuantissant l’atmosphère. Mis en prison par un chef de la police particulièrement incompétent, Hodgekins est incapable de désamorcer sa seconde bombe, qui explose.
Mademoiselle Robo C.H.I.C. (l’acronyme n’est jamais expliqué) sort du laboratoire du professeur Von Colon pour aller sauver le pays du chaos. On la voit notamment corriger les hommes de main de Thalian, un parrain multicartes (cambriolage, proxénétisme, drogue).
À ce stade, le spectateur croit avoir la berlue : l’actrice a changé ! À Kathy Shower («la playmate de Playboy», selon la jaquette) se substitue une dénommée Jennifer Daley1. Kathy Shower est officiellement la productrice exécutive du film, mais selon Internet Movie Database, elle a quitté le plateau dès les premiers jours du tournage. Présente au générique d’épisodes épars de séries telles que Chips, Supercopter ou K2000, il semble que les deux sommets de la sa carrière soient son titre de Playmate de l’année en 1986 et sa présence au générique de American Kickboxer 2 (1993), suite de Kickboxer (1989) mais où Jean-Claude Van Damme n’apparaît plus que sous forme de flash-backs. Quand une actrice de dernière zone abandonne le film dont elle est productrice exécutive et actrice principale, ce n’est pas très bon signe2.
Assez rapidement, Robo C.H.I.C. rencontre le journaliste John Kent. Kent est d’abord vexé en comprenant que Robo C.H.I.C. n’est pas de nature humaine (elle portait pourtant un badge qui l’indiquait clairement) mais finit par accepter la situation. Tous deux tentent de mettre la main sur Hodgekins, qui a été enlevé par des bikers, et sur son attaché-case, qui est en possession de la pègre. En effet, le mafieux Thalian souhaite se servir des codes de désammorçage qui se trouvent dans l’attaché-case comme monnaie d’échange : si on le laisse faire ses affaires sans tracasseries, il désamorcera les bombes. Le marché est soumis au chef de la police et à son supérieur, qui est appelé «préfet» dans l’adaptation française et dont j’ignore le véritable titre (juge ?). Malgré un sursaut de révolte du chef de la police, le «préfet» accepte le marché en devenant lui-même complètement corrompu — on ne le verra plus dans le film autrement qu’en train de prendre son bain avec quatre ou cinq créatures dénudées fournies par le parrain Thalian.
La pègre règne alors sur la ville, en toute impunité, mais commence à rencontrer un problème de taille : puisque tout est permis dans le registre criminel et que la police n’est plus un problème pour eux, les voyous commencent à se craindre les uns les autres. Les voleurs volent les voleurs et les assassins assassinent les assassins. Thalian demande sans succès au préfet d’intervenir pour que la police protège ses affaires.
De son côté, Robo C.H.I.C. intervient, terrorisant les cambrioleurs et redonnant l’espoir à la population par son exemple courageux. Elle finit par se rendre chez Thalian, qui passe toute sa vie à l’intérieur de son appartement où de jeunes femmes plus ou moins captives l’entourent de caresses voluptueuses. Il envisage bien la gynoïde parmi ses employées/maîtresses mais celle-ci démolit l’appartement et casse la figure de son propriétaire.
Piégée par le Dr Bourgeus, un savant fou concurrent jaloux de Von Colon, Robo C.H.I.C. est électrocutée et mise hors-service, tandis qu’il semble impossible d’empêcher les dernières bombes atomiques d’exploser en même temps.
Revenue à elle et parvenue sur les lieux où se trouve la bombe qui va déclencher toutes les explosions, le robot finit par sauver in extremis l’humanité entière.
Pour conclure, le chef de la police fait un long discours à sa propre gloire, provoquant l’indignation puis le départ de tous ceux qui y assistent. Je suppose que la plupart des spectateurs du film en ont fait autant bien avant le générique de fin et même l’amateur de navets cinématographiques que je suis a plutôt souffert de la molesse du film dont chaque idée est volée et neutralisée par une réalisation sans relief. Rien à sauver ici, donc.
Tout cela me rappelle qu’il faudra un jour que j’écrive sur Galaxina, un film de 1980 dont le rôle-titre, un robot du 31e siècle, est interprété par Dorothy Stratten, playmate de l’année 1980, assassinée par son mari juste après la sortie du film. [↩]
La première promotion du (jeune) département design graphique à atteindre la cinquième année à l’école supérieure d’art du Havre vient de passer le Diplôme national supérieur d’expression plastique, avec un succès total :
Lina Yu ( Mention)
Amaury Percheron (Félicitations)
Lin Zhenyu (Admis)
Insang Kwak (Admis)
Par manque de temps à y consacrer (il travaille aux heures de cours), un cinquième étudiant inscrit en cinquième année a cependant décidé de ne pas passer son diplôme cette année.
Le DNAP (3e année) avait eu un succès proportionné puisque, si je compte bien, sur quinze étudiants qui se sont présentés il y a eu 14 diplômés, dont sept avec félicitations et un étudiant non-admis.
Après les Faucons pèlerins, les capricornes-cyborgs.
Un laboratoire du département d’ingénérie électronique et d’informatique de l’université de Berkeley en Californie vient de réussir le pilotage électronique à distance de coléoptères. Cette recherche a été menée pour le compte de l’agence publique américaine de recherche militaire Darpa1.
Le responsable du projet, Michel Maharbiz, s’intéresse à tout ce qui concerne le détournement cybernétique d’organismes, de processus de croissance ou de transformation issus de la nature, animaux ou végétaux. Le but est ici de transformer ces braves insectes en drones partiellement biologiques, afin d’en faire à terme des caméras ou des micros mobiles et discrets.
L’ingénérie s’inspire souvent de la nature mais dans bien des cas, les solutions produites de longue date par l’évolution restent les meilleures. Le capricorne (et autres coléoptères utilisés comme le Megasoma elephas) a plusieurs qualités précises : une capacité à voler et à transporter des charges «lourdes» (quatre grammes), un système nerveux et musculaire simple et bien compris par les biologistes (six servo commandes suffisent à contrôler son vol), une taille importante, une vitesse et une endurance non négligeables et enfin, un organisme sur lequel il est relativement aisé d’agir à l’état de nymphe — car ces scarabbées ont grandi avec cet équipement électronique, il ne leur a pas été greffé à l’âge adulte. D’autres insectes comme l’immense papillon de nuit sud-américain Thysania agrippa (30 cm d’envergure) sont aussi utilisés.
Des recherches parallèles, toujours financées par Darpa, sont en cours de développement au Erickson Lab de l’université de Cornell, qui s’intéresse aux nano-technologies.
Darpa : Defense Advanced Research Projects Agency. On doit à cette agence la création initiale d’Internet ainsi que celle du système de localisation GPS. [↩]
Où l’on reparle de filmer autrement. Peregrine Falcons Visit Moyross (2008) est une vidéo de l’irlandais Seán Lynch, né en 1978.
L’artiste s’est ici intéressé au quartier difficile de Moyross à Limerick, la quatrième ville d’Irlande avec 50 000 habitants.
Il a introduit dans le périmètre de lotissements trois faucons pélerins au cou desquels sont fixées de petites caméras.
Outre la préparation de l’opération, la vidéo montre les images réalisées par les oiseaux apprivoisés qui volent d’un point surélevé à un autre.
Plus de la moitié des habitants du quartier de Myross sont âgés de moins de vingt-quatre ans et le taux de chômage est de vingt-et-un pour cent. Le lieu est connu pour son taux de criminalité très élevé et pour une série de faits-divers sordides, comme l’incendie volontaire, à l’aide d’un cocktail molotov en 2006, d’une voiture dans laquelle se trouvaient deux enfants, Gavin et Millie Murray, âgés de cinq et sept ans. Les coupables Jonathan O’Donoghue, John Mitchell et Robert Sheehan étaient âgés de dix-sept à dix-huit ans. Le plus jeune des trois, Robert Sheehan, n’a été condamné qu’à deux ans de prison (contre huit et sept pour les deux autres) car il a été tenu compte de ses efforts pour sauver les deux enfants emprisonnés dans le véhicule en feu.
Le faucon pélerin est l’animal le plus rapide du monde, il est capable de fondre en piqué sur ses proies (aériennes essentiellement) à cent-quatre-vingt kilomètres à l’heure. Il existe à l’état sauvage sur tous les continents et on l’utilise pour la chasse depuis trois-mille-cinq-cent ans au moins. Ses premiers dresseurs ont été les nomades d’asie centrale. Symbole de menace dans de nombreuses cultures, il est l’animal du pouvoir aristocratique (son usage a souvent été un privilège royal ou seigneural, en orient comme en occident), l’outil qui permet à l’homme d’atteindre ce qu’il ne peut atteindre par aucun autre moyen. On l’a utilisé jusqu’à la seconde guerre mondiale pour empêcher les pigeons voyageurs d’atteindre leur destination et on l’utilise encore aujourd’hui pour chasser les petits oiseaux des alentours des aéroports.
Décimée par les pesticides, l’espèce s’est raréfiée jusqu’à devenir menacée d’extinction, notamment dans l’ouest de l’Irlande où se trouve Limerick.
Bien qu’un cameraman de Richard Attenborough ait participé au projet, l’image de Peregrine Falcons Visit Moyross n’est pas fluide comme celle des documentaires animaliers actuels, très produits. Elle est saccadée et brute, peut-être en rapport avec le tissu urbain qu’elle illustre. La destruction du quartier de Moyross a été planifiée par le conseil muncipal de Limerick qui a pour projet d’en réformer l’organisation en profondeur et de lui conférer une échelle plus humaine. Le relevé vidéo réalisé par les trois faucons de Seán Lynch est donc un témoignage original sur une réalisation urbanistique appelée à disparaître.
(signalé par Gwenola qui précise que la version visible sur Internet est malheureusement nettement moins belle à voir que la vidéo originale)
Je me suis réveillé ce matin après un rêve étrange : j’avais invité Édouard Balladur à intervenir à l’université mais je n’étais finalement plus trop sûr de mon coup et dans le bus, j’essayais de faire comme si je ne le voyais pas, afin d’éviter d’avoir à lui parler. Les locaux de la fac ressemblaient beaucoup à ceux du ministère où j’ai fait mon service national — sous le gouvernement Balladur d’ailleurs, je le réalise en l’écrivant. L’histoire se finit en queue de poisson, à nouveau dans le bus qui refuse d’avancer et qui me semble coincé dans les bois qui se trouvent au dessus de chez moi.
Ce genre de rêve incongru me réjouit toujours, je ne sais pas pourquoi, alors j’ai eu envie d’écrire quelque chose de drôle pour Scientists of America (que je néglige depuis quelques mois) ou pour un autre projet pour l’instant top-secret et dont je ne parlerai pas avant qu’il se concrétise.
En prenant mon café, j’ai épluché la liste des blogs auxquels je suis abonné. J’ai bien ri avec une vidéo anti-darwiniste où un preacher montypythonesque explique avec sérieux que la preuve de l’existence de Dieu se trouve dans la parfaite adaptation de la banane à la main humaine ; J’ai apprécié le court-métrage futuriste Le dernier cri ; J’ai trouvé le nouveau clip de Lily Allen assez réussi, en vue à la première personne retouchée interactivement. Il y avait plein d’occasions de se distraire aujourd’hui.
Et puis sur le blog d’André Gunthert, je tombe sur un article qui en signale un autre consacré à l’importance des réseaux sociaux dans le mouvement populaire de protestation qui a en ce moment lieu en Iran. Et cet article me renvoie à (attention, image pénible) une vidéo publiée sur Facebook, la mort d’une jeune femme prénommée Neda, qui se trouvait en marge d’une manifestation et qu’un gardien de la révolution a tuée d’un coup de feu tiré à distance.
La vidéo est étrange : autour de la jeune fille, qui était extrèmement belle je pense et dont le voile noir ne tient plus, des hommes s’agitent. Ils tentent de la secourir mais en quelques secondes, son regard appeuré qui semble dirigé vers celui qui filme (et qui restera en tout cas adressé pour toujours à celui qui regarde) divague, du sang sort de son nez et de sa bouche. Des cris de tristesse sincère l’entourent, elle est morte. Et ça s’est passé hier.
Des réflexions absurdes m’assaillent, je me dis par exemple que je ne serais sans doute pas aussi marqué, ou pas de la même manière, par la mort d’un homme. Je voudrais tirer de tout ça une leçon sur la liberté, sur le droit à informer1, mais ce n’est pas si facile car la liberté que j’ai de voir mourir cette jeune fille ne changera rien à son destin et peut-être pas plus celui de son peuple entier. Je ne peux rien faire d’autre que constater cette réalité, voir et revoir cette séquence de vie qui s’enfuit, et tenter en même temps de me débarasser de ces images en les faisant circuler. Et je n’ai plus envie de m’amuser.
La diffusion de ce genre d’images amateur sur Internet alors que les journalistes étrangers se font reconduire à la frontière (et ils ont peut-être plus de chance que les journalistes iraniens), et alors que les télévisions occidentales ne parlent qu’assez peu de ces manifestations par manque d’images à diffuser, on peut remettre en perspective le trait d’une stupidité triomphante d’Henri Guaino, conseiller spécial à l’Élysée, qui ironisait récemment sur le fait que le conseil constitutionnel ait cru voir un rapport entre la liberté d’expression, défendue par la constitution, et l’accès à Internet: «On peut couper l’eau et l’électricité très facilement, mais [dans le cas de l’accès à Internet] c’est une violation des droits de l’Homme et – rendez-vous compte! – de la déclaration de 1789, dont vous vous souvenez d’ailleurs qu’internet était une préoccupation de ses rédacteurs». [↩]
En 1972, le romancier américain Ira Levin a publié un court roman, Stepford Wives, qui posait les hommes devant un choix : veulent-ils des compagnes bonnes ménagères, lisses comme des actrices de publicité, tout à la fois attirantes et soumises, ou veulent-il aimer autre chose que des images, des produits ? Sorti en pleine période d’émancipation des femmes, Stepford Wives n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui, notamment parce que sa signification profonde dépasse de loin les questions sexuelles.
On doit à Ira Levin (décédé l’an dernier) plusieurs classiques de la science-fiction et du fantastique : Rosemary’s Baby (1967), adapté au cinéma par Roman Polanski, A perfect day (Un bonheur insoutenable, 1970), et The Boys from Brazil (Ces garçons qui venaient du Brésil, 1976), adapté au cinéma par Franklin Schaffner.
Le thème de Stepford Wives a inspiré de nombreux réalisateurs puisque, outre la version de 1975, ont été tournés The Revenge of the Stepford wives, téléfilm de 1980 dans lequel les femmes de Stepford ne sont pas des automates mais ont subi un lavage de cerveau ; The stepford children, téléfilm diffusé en 1987 dans lequel les enfants et les hommes de la ville sont remplacés par des robots ; The Stepford husbands (1996), encore un téléfilm, où ce sont les hommes qui sont transformés en maris parfaits ; Enfin, au cinéma cette fois, The Stepford wives (2004), de Frank Oz, avec Nicole Kidman1. Malgré leur qualité très inégale, ces films sont tous produits par un même homme, Edgar J. Scherick. La version de 1975 a été réalisée par le britannique Bryan Forbes. Le choix d’un réalisateur britannique pour tourner un film profondément ancré dans la culture américaine était assez audacieux et aboutit à un résultat plutôt intéressant, comme nous alons le voir plus loin. La production a connu quelques aléas. Tout d’abord, le scénariste William Goldman (Marathon Man, The Princess Bride,…), oscarisé quelques années plus tôt pour Butch Cassidy and the Sundance kid, s’est très mal entendu avec le producteur comme avec le réalisateur. Ensuite, le producteur a imposé une actrice débutante pour le rôle principal — on ne connaît pas son identité, on sait juste qu’il s’agissait de son flirt de l’époque. Après quinze jours de tournage, ce même producteur a imposé le renvoi de l’actrice, avec qui il venait de rompre. La tournage a du être repris à zéro. Une situation assez ironique pour un film qui dénonce le statut de femme-objet.
De son côté, Bryan Forbes a aussi imposé une actrice, à savoir son épouse Nanette Newman, qui interprète Carol Van Sant, le troisième rôle féminin important du film. Ce choix de distribution n’a rien d’anecdotique, car Bryan Forbes ne voulait pas voir son épouse vêtue en «playmate», ce qui l’a poussé à imposer aux épouses de Stepford des robes longues à fleurs qui semblent sorties de La petite maison dans la prairie et qui sont plutôt éloignées de la description originelle d’Ira Levin (qui n’est pas très détaillée cependant) et surtout, de celle du scénariste William Goldman qui voulait que les femmes de Stepford soient vêtues de manière provocante. Beaucoup ont imputé l’échec du film lors de sa sortie à ce choix vestimentaire, mais il participe à la personnalité de Stepford Wives, en évitant le raccolage et en faisant de la ville de Stepford un lieu un peu hors du temps. Le réalisateur, et c’est un autre motif de sa dispute avec le scénariste, voulait par ailleurs que le caractère horrible du récit ne repose pas sur des effets trop faciles. Il a ainsi modifié la fin du scénario, qui aurait dû être nettement plus violente, et s’est attaché, selon ses propres termes, à tourner un «thriller en plein jour».
(Attention, je raconte tout le film) L’histoire de Stepford Wives commence à New York, qu’une petite famille, les Eberhart, s’apprête à quitter. On voit qu’ils habitent un immeuble cossu de Manhattan. La première scène est l’occasion d’un clin d’œil à la suite du film : Joanna et ses deux filles voient passer un homme qui tient sous le bras un mannequin féminin de taille humaine. Plus tard, une des filles raconte cette vision à Walter, son père : «J’ai vu un homme porter une femme toute nue» — «C’est pour ça que nous déménageons», lui répond son père. Les Eberhart emménagent à Stepford, dans le Connecticut, une ville où tout le monde se connaît et où les nouveaux arrivants ont les honneurs d’un article dans la presse locale. Le gazon est impeccablement tondu, tout est propre et bien rangé. Walter est juriste. Joanna, en plus d’être mère de famille, a une passion pour la photographie.
Walter ne tarde pas à être accueilli par le club des hommes de Stepford, qui se réunit régulièrement dans la plus ancienne maison de la ville, un bâtiment centenaire. Quand Joanna l’interroge sur les activités du club, il se montre un peu évasif et évoque l’organisation d’évènements locaux.
En ville, Joanna a du mal à se faire des amies. Les femmes de Stepford n’ont aucune conversation et semblent obsédées par l’idée d’être des épouses parfaites. Un jour, elle surprend sa voisine, Carol Van Sant dans une situation équivoque avec un homme qui n’est sans doute pas son époux. Un autre jour, la même Carol Van Sant a un accident mineur sur le parking du centre commercial. Une ambulance vient la chercher et Joanna remarque que le véhicule part dans la direction opposée à celle de l’hôpital. Quelques jours plus tard, lors d’un barbecue, Carol se met à répêter une même phrase en boucle : «Si on ne me donne pas cette recette, j’en mourrai !». Plus tard elle viendra voir Joanna pour s’excuser de son comportement et expliquer qu’elle souffre d’un problème de boisson.
Joanna finit tout de même par faire la connaissance de Bobbie (Paula Prentiss, ici excellente dans un rôle comique), arrivée à Stepford un mois avant elle et tout aussi avide de se faire des amies qui aient autre chose en tête que de faire briller leurs casseroles. Toutes deux décident de créer un groupe de discussion féministe à Stepford mais elles sont confrontés à un refus catégorique. Pourtant, en enquêtant, Joanna et Bobbie découvrent qu’il a existé un club féministe à Stepford et que nombre des femmes qui leur refusent de participer à de telles activités l’avaient pourtant fait en leur temps. Un peu par hasard, elles découvrent que les femmes de Stepford ignorent l’existence du mot «archaïque». Au cours de leurs recherches, les deux femmes entrent sans frapper dans la maison du pharmacien de la ville. Elles surprennent d’impressionnants râles de plaisir provenant de l’étage supérieur. L’épouse du pharmacien, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, qualifie son mari, un homme sans charisme particulier, de «dieu». En gloussant, Joanna et Bobbie quittent discrètement la maison.
Un soir, Walter invite à la maison plusieurs membres de son club, dont le chef semble être le lugubre Dale Coba, un entrepreneur multi-millionnaire en nouvelles technologies, docteur en sciences de l’université de Berkeley, qu’on surnomme «Diz» car il aurait travaillé pour Disneyland, chose que Joanna a beaucoup de mal à croire : «vous n’avez pas l’air de quelqu’un qui aime rendre les gens heureux». La soirée semble mortellement ennuyeuse à la jeune femme mais un des hommes présents, qui a passé toute la soirée à la dessiner, lui fait cadeau d’un beau portrait. Elle découvre qu’il s’agit d’Ike Mazzard, un grand artiste dont elle a toujours admiré les dessins de femmes bien qu’ils l’aient complexée. Un autre membre du club, Paul, lui demande un service : passionné de linguistique, il aimerait que Joanna dise et enregistre sur bande tout un lexique. Elle accepte de se prêter au jeu si les hommes du club convainquent leurs épouses de participer au club féminin de Joanna et de Bobbie.
La première et sans doute dernière réunion ne se passe pas très bien puisque la plupart des femmes présentes ne veulent parler de rien d’autre que des produits ménagers qu’elles emploient. L’une d’elle explique par exemple que si elle devient célèbre un jour, elle acceptera de tourner une publicité gratuitement pour l’amidon en aérosol. Elle dit cela avec un ton tout à la fois investi et artificiel, à la manière des mauvaises publicités de l’époque. Bobbie murmure entre ses dents : «Holy cow…».
Mais Bobbie et Joanna ont tout de même découvert une alliée, en la personne de la plantureuse Charmaine, une belle rousse passionnée de tennis et bien différente des autres épouses de la ville. Très indépendante, elle semble avoir un certain mépris pour la vie domestique et emploie une bonne. Son mari est un homme bedonnant qui, pense-t-elle, ne l’a épousée que pour son apparence physique — dans le roman, elle est comparée à l’actrice Raquel Welch — apte à impressionner les autres cadres de la chaîne de télévision qui l’emploie. Charmaine, qui est arrivée à Stepford quatre mois plus tôt, laisse un jour ses enfants à Bobbie pour partir en week-end avec son époux. À son retour, elle fait disparaître son terrain de tennis car son mari, dont elle semble à présent ennamourée de manière suspecte, préfère faire construire une piscine. Elle a renvoyé sa bonne et est devenue, comme toutes les femmes de Stepford, une ménagère parfaite.
Ce changement de caractère extrèmement brusque n’a aucun sens et Joanna et Bobbie commencent à s’inquiéter sérieusement et à se demander si l’eau courante de la ville ne contient pas une substance étrange, car la situation ne leur semble pas naturelle. Une analyse sanitaire de l’eau ne révèle cependant rien d’anormal. Les deux femmes prennent un peu peur pour elles-mêmes. Un soir, Joanna sort de la maison pour promener son chien. Son mari en profite pour faire visiter sa chambre à coucher aux membres du club. Le chien de Joanna l’entraine jusqu’aux portes de la maison du club, d’où un policier la chasse poliment, expliquant de manière assez vaseuse que le bâtiment est classé et doit être surveillé.
Un jour, Bobbie rentre à son tour d’un week-end avec son époux. Son caractère a changé du tout au tout. Elle qui se faisait une fierté du désordre de sa cuisine est à son tour devenue une fée du logis. Elle explique à Joanna qu’elle doit bien ça à son mari qui rentre tous les soirs du travail épuisé et qui peut légitimement demander à pouvoir mettre les pieds sous la table. Par ailleurs, elle semble avoir une poitrine nettement plus importante qu’avant.
Cette fois, Joanna panique pour de bon et dit à son mari qu’elle veut déménager le plus rapidement possible. À sa grande surprise, celui-ci accepte sans résistance mais pose comme condition que les enfants finissent leur semestre à l’école.
Joanna, qui se demande si elle n’est pas folle, prend un rendez-vous chez une psychologue dans une ville voisine. En parlant, elle finit par exprimer le fond de sa pensée : pour elle, les femmes de Stepford ont été modifiées par un procédé quelconque, elles sont peut-être même devenues des robots. Dans le roman, elle évoque les automates saisissants de réalisme, dit-elle, que l’on peut voir à Disneyland, les célèbres robots audio-animatroniques, sur lesquels le mystérieux «Diz» a sans doute travaillé. Elle se rappelle au passage que la plupart des hommes qui vivent à Stepford travaillent dans le domaine de l’électronique : tout se recoupe. La psychologue est finalement convaincue qu’il se passe quelque chose de suspect et conseille à Joanna de rentrer chez elle pour récupérer ses filles et de s’éloigner temporairement de Stepford. Joanna veut s’exécuter mais lorsqu’elle arrive chez elle, ses filles ont disparu. Il ne reste là que son mari, dont les explications et le comportement sont extrèmement suspect. Joanna comprend que c’est le jour qui a été choisi pour la remplacer par un robot à son image. Et elle a raison.
Elle échappe à la surveillance de Walter et se rue chez Bobbie, où elle espère trouver ses filles. Elle plante un couteau dans le ventre de celle qui a été son amie : Bobbie ne saigne pas et ne souffre pas, elle se contente de dire «Regarde un peu ce que tu viens de faire ! Et moi qui voulais juste t’offrir une tasse de café !». Elle déraille ensuite de manière assez comique, répètant les mêmes gestes absurdes. Revenue chez elle, Joanna assomme son mari qui lui avoue que leurs filles se trouvent au club des hommes de Stepford. C’est évidemment un piège, et sur place elle ne trouve que l’antipathique «Diz», qui lui promet qu’elle ne souffrira pas et qu’il faut qu’elle voie ce qui va lui arriver (être tuée et remplacée par un robot qui lui ressemble donc) comme une évolution dans son existence. Et à la question «pourquoi faites-vous ça ?», Diz répond : «parce que nous le pouvons».
En cherchant à s’enfuir, Joanna atterrit dans une pièce familière : une réplique exacte de sa propre chambre à coucher. Elle y rencontre une femme qui lui ressemble en tout point, à l’exception des yeux que l’on devine inachevés, et de la poitrine, nettement plus imposante. Sans qu’on le voie, on devine que Joanna est assassinée par la gynoïde qui va la remplacer.
À la fin du film, on voit les épouses de Stepford en train de faire leurs courses au supermarché. Elles portent toutes de longues robes à fleur et des chapeaux et se saluent. On voit aussi un couple de nouveaux habitants de la ville, les premiers noirs de Stepford, dont la presse locale avait annoncé la venue. La jeune femme se dispute avec son époux, elle n’est pas certaine d’être faite pour vivre dans une ville où les femmes ne pensent à rien d’autre qu’à soigner leur intérieur. Son mari lui demande d’être patiente et lui promet qu’elle s’habituera à cette vie…
En son temps, cette satire a été considéré par certains (et certaines, surtout), comme un pamphlet contre le féminisme. J’ai du mal à comprendre par quel biais puisque les hommes n’y sont pas franchement montrés à leur avantage. L’intelligence ou l’ambition de leurs épouses leur font peur ou les complexent, et sitôt que ces dernières leur ont donné deux ou trois enfants, ils ne veulent plus les voir qu’en amantes décérébrées, en fées du logis maniaques et potiches aptes à susciter la jalousie d’autres hommes. Des choses plutôt que des personnes.
Cependant, le film, qui est plutôt un bon film d’ailleurs, ne traite pas tant (ou pas seulement) du machisme, de la veulerie masculine, et moins encore de robotique que du culte des apparences. Les épouses de Stepford parlent comme des actrices de publicité, ont des physiques parfaits et arborent d’imposantes poitrines mais n’ont guère d’autre occupation que d’entretenir un simulacre de vie sociale et de satisfaire servilement leurs époux.
(mise à jour du 29/10/2012 : en cette période où les effets de la pilule contraceptive sur la libido — et donc la psychologie — des femmes sont dénoncés par certaines (1, 2, 3), je m’aperçois d’un fait étonnant : Stepford Wives est paru l’année où la cour suprême américaine a autorisé la commercialisation de la pilule, en 1972)
Je suis très circonspect face à la version de 2004, dont l’épilogue me semble finalement assez réactionnaire : elle absout la veulerie masculine, qui est présentée comme le résultat de deux attitudes féminines, l’ambition féminine dévirilisante d’un côté, et la féminité traditionaliste de l’autre… [↩]