Profitez-en, après celui là c'est fini

Le futur a quarante ans

juillet 13th, 2009 Posted in indices, Sciences, Vintage | 9 Comments »

appollo11Le 21 juillet 1969, c’est à dire il y a quarante ans moins quelques jours, Neil Armstrong était le premier homme à poser le pied sur notre satellite naturel, la Lune. Je suppose que l’anniversaire sera fêté par tous les médias, d’autant que ça ne leur coûtera pas cher puisque les photographies d’archive de la Nasa appartiennent au domaine public, comme tout ce que produisent les administrations fédérales américaines — politique qu’il faudrait comparer avec celles de l’IGN, l’INA, les musées nationaux, etc., dont le financement repose lui aussi sur l’investissement public mais qui revendent en revanche leurs données, parfois à prix d’or et parfois même dans des conditions de légalité douteuse puisque certains musées tentent par exemple (au bluff) de nier le droit du public à photographier des œuvres qui sont tombées dans le domaine public. Enfin ne nous plaignons pas trop, en Grande-Bretagne c’est pire puisque le bluff est là-bas soutenu par la jurisprudence, sous le nom Sweat of the brow (sueur du front) qui permet d’appliquer sans création originale un copyright à des œuvres tombées dans le domaine public. Fin de la digression.

J’ai trouvé ce disque 45 tours dans une braderie, c’est un document à la fois banal et émouvant. Je ne peux rien dire du contenu audio n’ayant plus vraiment de moyen d’écouter des disques vinyl (flemme de retrouver et de brancher mon vieux pick-up). Sur une face se trouve 1″30 de la bande originale des Sept Mercennaires, par Elmer Bernstein et un extrait de même durée du Rigoletto de Verdi. Sur l’autre face, on trouve une évocation audio des premiers pas de l’homme sur la lune. Un petit texte prévient que le document comporte des erreurs volontaires : ceux qui les identifieront pourront être tirés au sort pour un voyage à Cap Kennedy.

Cosmos1970Grundig

Offert par la marque de Hi-Fi Grundig, ce disque utilise la modernité de la mission Appollo 11 pour vendre la modernité des enregistrements 10 pistes du label Phase 4 Stereo de Decca. Si nous ne disposons pas du meilleur matériel Hi-Fi, les revendeurs Grundig se feront un plaisir de nous faire, gracieusement, une démonstration sur leur propre matériel.

Je ne sais pas si cela a un rapport avec les erreurs que l’auditeur doit découvrir sur le disque mais le titre Cosmos 70 est doublement mal choisi : l’évènement évoqué s’est déroulé en 1969 et non en 1970 (date qui sonne plus «moderne» ? Il est vrai que le disque date quant à lui de 1970), mais surtout le mot «cosmos» est utilisé par les russes pour parler de l’espace intersidéral : le cosmonaute est russe, l’astronaute américain, le spationaute français et le taïkonaute, chinois.

neil_armstrong_grundig

Ce disque n’a sans doute pas grand intérêt mais il montre, je pense, l’importance du sentiment de modernité en 1970, et la place que la conquête spatiale tenait là-dedans. L’humanité entière avait encore l’impression d’avoir une limite à dépasser, et cela était confusément lié aux chauds-et-froids qui séparaient le bloc du pacte de Varsovie des pays adhérents à l’Otan. Existe-t-il toujours une foi moderniste, c’est à dire une croyance active dans la marche du progrès, en 2009 ? La manière dont on traite les cultures scientifiques et techniques, dont je reparlerai bientôt, me rappelle un peu la décadence romaine : le public a un sentiment d’accomplissement, pense que la science sait à peu près tout ce qu’elle a à savoir, et cela provoque (budgets en baisse, négligences pédagogique, et ne parlons pas de la conquête spatiale, réduite à peu de choses en dehors de ce qui rapporte directement à l’industrie des télécommunications) un ralentissement du progrès et une montée en puissance des obscurantismes divers et variés. Je sais bien que comparer un temps T (le nôtre, en plus) à la décadence romaine est une opinion lourde et mélodramatique, je n’ignore pas que je ne suis ni le premier ni le dernier à l’avoir fait, mais ça me semble justifié, j’ai l’impression de découvrir chaque jour des indices qui me donnent raison. On en reparlera !

Mise à jour du 15 juillet : Le contenu du disque a été digitalisé par Emoc (voir commentaires), on peut l’écouter à l’aide de ce lecteur :

Pause frénétique

juillet 12th, 2009 Posted in Dans le poste, indices | No Comments »

courte_pauseDes dizaines de fois chaque jour, la présentatrice d’iTélé s’interrompt en disant : «On se retrouve après une courte pause». Juste une fois, pour rire, j’adorerais que cette pause consiste à voir les animateurs boire un café et discuter du film de la veille, mais à la télévision, depuis un peu plus (mais pas beaucoup plus) de deux décennies maintenant, le mot «pause» est devenu synonyme d’«écran publicitaire», du moins pour le spectateur puisque les animateurs, eux, profitent effectivement de ces moments pour boire un verre d’eau, s’éclaircir la voix ou obtenir un raccord maquillage.
Ce qui me semble intéressant dans ce terme de «pause» que nous avons tous admis (nous le comprenons en tout cas), c’est qu’il est évidemment mensonger et, mieux, qu’il décrit quelque chose qui se trouve à l’opposé même de la définition du mot «pause», qui évoque le repos et le silence.
D’une part, le mode de diffusion des plages publicitaires ne semble pas calculé pour être reposant et peut même provoquer un certain stress : quand est-ce que ça s’arrête ? Est-ce que j’ai le temps de faire quelque chose d’autre ? Les durées sont extrèmement variables, notamment sur les chaînes d’information où l’on attend constament quelque chose (la météo, les titres, le reportage promis) et où l’on est régulièrement soumis à des plages publicitaires plutôt courtes et diffusées de manière apparemment erratique : deux spots publicitaires, puis la météo, puis dix spots, puis un écran de type «ident» (une publicité pour la chaine elle-même) puis encore une ou deux publicités, puis les titres du journal, etc.

Dans les publicités elles-mêmes, tout est fait pour obtenir un maximum d’attention de la part du spectateur.
La dynamique audio est «compressée» en augmentant les niveaux moyens (le niveau maximal ne change pas mais les niveaux faibles deviennent moyens), les basses et les aigus sont amplifiés. Ce traitement donne la désagréable illusion d’une subite augmentation du volume sonore.

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Les images, quant à elles, sont diffusée à une cadence accélérée qui a un effet physiologique mesurable sur le spectateur : son rythme cardiaque ralentit, il se trouve dans un état d’extrème vigilance qui le ramène à l’homme des cavernes à l’affut qui est en chacun de nous et qui avait intérêt à bien se concentrer et de s’orienter correctement lorsqu’il était prédateur ou proie. Cette frénésie des changements de plans de coupe (en dessous d’un certain seuil bien entendu) stimule la mémoire1 et plonge le spectateur dans un état d’apparente relaxation (l’abaissement du rythme cardiaque)  plutôt agréable qui prive même de l’envie ou de la volonté d’éteindre le poste2. La vitesse à laquelle sont diffusés les publicités a par ailleurs l’effet d’empêcher le spectateur de filtrer correctement leur propos : plus un message est dit rapidement et moins on est capable de s’empêcher d’y souscrire implicitement3. La vigilance et la capacité à mémoriser qui sont exacerbés par les publicités ne se font donc pas au profit de l’intelligence rationnelle mais exploitent au contraire des mécanismes pulsionnels, approximatifs et confus. Ce qui, dans des conditions préhistoriques, permettait au primate d’attrapper un lézard ou d’échapper à un fauve, est utilisé par la publicité pour nous vendre des choses dont nous n’avons pas nécéssairement besoin.

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Au delà de leur forme, le contenu des publicités provoque lui aussi un effet sur le spectateur, puisque ce dernier est sollicité par des signes divers qu’il faut interpréter très rapidement (jingles, logos, micro-récits, situations) et est soumis en permanence à des spectacles pour le moins frustrants (objets de désirs divers et variés) et même parfois humiliants, tels que la vision de belles personnes disposant des apparences du succès (aisance matérielle, succès sexuel, etc), vision qui provoque des émotions négagives chez ceux du même sexe qui se sentent rabaissés, souffrent d’une mauvaise opinion d’eux-mêmes et de leur propre apparence physique, et ressentent paradoxalement le besoin subit de manger des aliments sucrés4.

En bref, la dite «pause», à la télévision, n’est en rien reposante. On va me dire que j’enfonce encore des portes ouvertes, mais il faut bien que quelqu’un s’en charge !

  1. cf. les expériences rapportées par Sébastien Bohler dans 150 petites expériences de psychologie des médias, éd. Dunod 2008, pp134-138. Ce livre est un outil précieux car il donne les références précises de milliers d’expériences réalisées par des laboratoires de neurologie, sciences cognitives, psychologie, etc. []
  2. Sébastien Bohler, op. cit. pp28-31 []
  3. Sébastien Bohler, op. cit. pp225-228 []
  4. Sébastien Bohler, op. cit. pp146-151  []

Google images et les licences Creative Commons

juillet 10th, 2009 Posted in Brève, Images | 6 Comments »

Une nouvelle fonctionnalité de Google qui risque de changer la vie de pas mal de gens : depuis hier, le moteur de recherche d’images de Google contient une nouvelle option, on peut choisir de n’afficher que les images soumises à une licence «libre» de type Creative Commons :

google_images_advanced

Il existe déjà sur Internet de nombreux moteurs de recherche d’images par licence d’utilisation (à commencer par FlickR), mais additionné à la qualité et à l’étendue de la base de données de Google images, je pense que cette nouveauté n’est pas un fait annodin.

Machines hostiles

juillet 10th, 2009 Posted in indices | 10 Comments »

montfermeilIl y a dix jours, Henri Guaino, le conseiller spécial du président de la république, s’est fait caillasser dans un véhicule de Police qui effectuait une ronde nocturne dans la cité des Bosquets à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis.
Je ne sais pas ce qu’il faisait à cet endroit et à cette heure mais je suppose qu’il aurait été un peu déçu s’il ne lui était rien arrivé de palpitant, s’il n’avait pas eu droit à un petit frisson, d’autant qu’il ne se déplaçait pas, si j’ai compris, dans une voiture de police normale, mais dans un véhicule (voire un convoi, me souffle mon mauvais esprit) de la BAC, la brigade anti-criminalité : voyant et hostile, autant de raisons de se faire mal recevoir. Il cherchait la preuve qu’il existe des «zones de non-droit» au delà du périphérique, les autochtones du lieu ont eu l’amabilité de réagir conformément à ce qu’il attendait d’eux.
Je n’habite pas à Montfermeil, et aucun homme politique ne fait de Safari dans des véhicules blindés de police en face de chez moi. Je ne sais pas ce que ça fait d’être observé comme une bête fauve. Ce que je sais en revanche, c’est que chaque fois que je dois quitter ma propre banlieue pour me rendre à Paris, une ou deux fois par semaine en fait, je trouve la capitale excitée, bruyante et brutale.

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Tout à l’heure par exemple, un portillon de la station Pyramides s’est refermé sur moi avant que je ne passe : problème de synchronisation… À un centimètre près, j’étais bon pour racheter mes lunettes. De la même façon, Nathalie s’est une fois fait violemment écraser les tempes par ce même genre de portillons. Évidemment, des parisiens agguéris (bien dressés ?) connaissent mieux le rythme de ces machines que nous, mais je suppose qu’il se produit malgré tout des accidents de gravité variable tous les jours.
Or le problème ce ne sont pas ces portes-automates. Le problème, ce sont les intentions qui motivent leur programmation. Pour les gens de la RATP qui ont réglé ces portillons, il est plus important d’empêcher au maximum la fraude que de s’assurer que les voyageurs qui ont dûment payé leur billet puissent se déplacer sans risquer d’être brutalisés par des portes.
Les robots, les interfaces, les machines, sont bel et bien animés par des sentiments, non pour quelque raison science-fictionnesque, mais parce qu’ils ne font rien d’autre que d’appliquer ce pourquoi on les a conçus.
Je pense que l’hostilité de ces portes mécaniques en dit long sur le rapport de force, sur la suspicion et peut-être même le mépris qui sépare les organisateurs du service des usagers de ce même service. Il y a peut-être même ici l’intention délibérée de faire mal à celui qui tente de passer en même temps qu’un autre.

Amusement 5

juillet 9th, 2009 Posted in Amusement, Brève, Interactivité | 2 Comments »

amusement_5Le cinquième numéro du magazine hype des cultures interactives sort incessament. Au sommaire, les Sims 3 par l’actrice Sara Forestier notamment ;  le circuit bending, le DIY et la transformation de jouets made in Taïwan ; Une interview de Viktor Antonov et Antoine Charreyron, les auteurs de la très ambitieuse adaptation animée du roman La Nuit des enfants rois, film réalisé en motion capture et dont la sortie est prévue en 2010 ; Les data centers comme on ne les a jamais vus ; Un dossier sur la parité entre hommes et femmes vis à vis de la geekitude ; Une interview de Laurent Garnier ; Des articles technostalgiques… (je fais la liste rapidement en le feuilletant, je n’ai encore rien lu !)

Les rédacteurs de ce numéro sont Étienne Armand Amato, François Bliss de la Boissière, Alexis Blanchet, Abdel Bounane, Léo Bourdin, Whitney Butts, Vincent Brunner, Sarah Constantin, Antonin Gauthier, Florian Henn, Erwan Higuinen, Jonas Kaloustian, Peter Krell, Jean-Noël Lafargue, Cyril Lener, Melody Lutz, Nicolas Mattioni, Sylvain Menétrey, Thomas Mondémé, Nicolas Nova, François Pannequin, David Peyron, Brice Roy, Éric Simonovici, Pierrick Thiébault, Rémi Vermont ; Les photos et les illustrations sont signées Sébastien Agnetti, Grégoire Alexandre, Xavier Barrade, Nicolas Coulomb, Clément Dauvent, Matthieu Deluc, Pierre Hourquet, House of kids, Thomas Klein, Jean-Yves Lemoigne, Marc Da Cunha Lopes, Aurélien Marrel, Florian Marrel, Mathilde Nivet, Floriane Pech, François Rousseau, Florence Tétier, Vincent Sannier, Grégoire Vieille, Quentin Vijoux, Virassamy et Julien Weber.

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La sortie de ce numéro a été fêtée au water bar de chez Colette, pour une session Colette Amusement club, qui a par ailleurs permis à ceux qui s’y sont rendus de tester en avant première le frénétique jeu DanceDanceRevolution Hottest Party 2.

Le jour où j’ai croisé le fer (blanc) avec Pierre Assouline

juillet 9th, 2009 Posted in Les pros, médiatisation, Wikipédia | 9 Comments »

rfiJe viens d’écouter sur France Inter un débat entre Dominique Wolton et Pierre Assouline sur le thème «Internet rend-il idiot ?» — débat qui semble surtout répondre sans le vouloir à la question «La manière dont les médias plus anciens débattent d’Internet est-elle idiote ?». Sans surprise, la discussion n’a pas volé bien haut, avant tout parce que dès le départ on réclame aux adversaires du moment d’afficher des positions caricaturales, ce qui a par exemple amené Dominique Wolton à affirmer qu’un téléspectateur était aussi actif qu’une personne devant son écran d’ordinateur.
S’il avait eu une minute pour formuler sa réponse, celle-ci aurait sans doute été bien plus mesurée : le bonhomme n’est quand même pas idiot.

Tout ça m’a rappelé une expérience assez éprouvante,  mon débat avec Pierre Assouline sur RFI au sujet de la fiabilité de Wikipédia il y a deux ans. Je reproduis ici (légèrement modifié) un texte publié en d’autres lieux sur cet épisode. Avec les médias dits «de masse», le public se voit toujours infliger un résultat sans trop savoir comment il a été obtenu et il me semble intéressant d’en parler.

Tout a commencé par un article paru dans Libé qui évoquait l’étude consacrée à Wikipédia qu’avaient réalisé des étudiants de Pierre Assouline à l’Institut d’études politiques de Paris («Sciences po»). Ces derniers m’avaient contacté quelque temps plus tôt par e-mail pour m’interroger au sujet de mon expérience pédagogique de Wikipédia (j’organise chaque année depuis cinq ans à Paris 8 un atelier consacré à Wikipédia). Puisqu’ils voyaient dans mon activité une utilisation intéressante de Wikipédia, et qu’ils en parlaient dans leur rapport, mon nom a été évoqué dans l’article de Libé.
Cet article parlait aussi et surtout d’une expérience menée par ces mêmes étudiants de Sciences po et qui a consisté à inclure sciemment des erreurs à Wikipédia afin de vérifier en combien de temps et de quelle façon ces erreurs seraient corrigées. L’épisode a été relativement traumatisant pour les wikipédiens qui ont suffisamment de travail avec le vandalisme potache ou les malveillances diverses : s’il faut en plus surveiller les très sérieux établissements de formation des journalistes qui veulent prouver qu’il y a des erreurs dans Wikipédia en les ajoutant eux-mêmes, où va-t-on ? À ce sujet, je me dis au moins que ça y est, c’est bon, c’est fait, l’expérience a été tentée, on peut espérer qu’elle ne le sera pas à nouveau. Il est intéressant de voir que dans le livre La Révolution Wikipédia (éd. Mille et une nuits), les auteurs de l’étude se font plutôt discrets quant à cette manipulation déontologiquement douteuse.
Enfin bref.

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Quelqu’un chez RFI, qui avait vraisemblablement lu l’article de Libé, me contacte pour que je participe à un débat avec Pierre Assouline. Je commence par refuser en expliquant à l’assistante du journaliste chez qui le débat doit avoir lieu que je ne suis pas un «bon client». Un «bon client» est une personne qui est à l’aise pour s’exprimer derrière un micro. Je pense que les journalistes de médias de flux (télé, radio) séparent plus ou moins consciemment les êtres humains en deux catégories : les bons clients et les autres.
Pour différentes raisons depuis mes débuts comme graffiteur (il y a 25 ans… j’étais petit, il y a prescription hein !), il m’est arrivé de participer à des émissions de radio, de télé, ou à me faire interviewer par la presse écrite. Et chaque fois j’ai été forcé de constater une chose : je ne suis pas un «bon client» pour les médias comme la télévision et la radio en tout cas. J’hésite, je baffouille, je réfléchis pendant qu’on me parle, je réponds réellement aux questions qu’on me pose, je n’ai pas un débit fluide, enfin je commets toutes les erreurs qui font que, pour le spectateur/auditeur et plus encore pour le journaliste qui m’interviewe, la prestation est pénible.
La raison pour laquelle ce sont toujours les mêmes gens que l’on reçoit dans tous les talk-shows est à mon avis celle-ci : le spectateur (et plus encore le journaliste, qui devance cette demande) ne réclame pas qu’on l’édifie, qu’on lui apprenne des choses qu’il ne savait pas, qu’on modifie sa perspective. Il ne veut pas non plus rencontrer des «vrais gens» (il pense en voir suffisamment dans la «vraie vie»). Il veut des gens à détester ou à adorer, des numéros de guignol entre des «personnalités» au discours parfois totalement dénué d’intérêt mais capables de parler de tout. Des bavards pittoresques. Des gens avec qui passer un moment agréable. Un «bon client» se résout entre autres à simplifier son opinion au maximum et souvent aussi à la radicaliser. Le bon client doit émettre un avis «type» (un peu caricatural, qu’on peut rejeter ou au contraire auquel on peut souscrire). Enfin, un bon client doit appliquer une grande règle du journalisme, qui est de se limiter à une seule idée. S’il veut faire savoir quelque chose, il doit le répéter sans se laisser distraire : ce qui se passe au Darfour est terrible ; Wikipédia c’est la porte ouverte à toutes les dérives ; mon film sort mercredi dans les salles allez le voir ; mon nouvel album est bien plus personnel que le précédent oui je sais je dis ça à chaque fois mais là c’est vraiment vrai.
Bon, bref, je sais que je ne suis pas un bon client, mais je n’ai pas réussi à en convaincre RFI, et pourtant j’ai insisté. Donc le rendez-vous fut pris pour le 25 juillet,  à la maison de la radio, pour un débat en direct d’un quart d’heure. Entre temps, on m’a réclamé toutes sortes de renseignements : mes noms, titres, qualifications diverses,… J’insiste lourdement pour qu’on ne m’appelle pas «Professeur à l’Université Paris 8» (professeur est un titre universitaire, pas juste un emploi). Malheureusement, le site de RFI comme le journaliste Jean-François Cadet prétendront que je suis «professeur». Car «professeur», c’est simple, tout le monde sait ce que c’est (ou croit le savoir) contrairement à «maître de conférences associé». Donc comme tout le monde sait ce que c’est, on dit «professeur». C’est un peu comme si on appelait les rhododendrons des coquelicots car les coquelicots, tout le monde sait ce que c’est. Voilà encore le genre de détail qui distingue le journaliste de flux du wikipédiste : dans le flux, les paroles s’envolent, les détails n’ont pas d’importance. L’adage est pourtant bien connu : le diable est dans les détails.
Tout dépend un peu de l’émission, ceci dit. À une même période, vers mes quinze ans, j’ai été longuement interviewé par France Culture d’une part, et très brièvement par José Arthur pour France Inter (dans un salon du Fouquet’s !) d’autre part. La première expérience s’est très bien déroulée, alors que je garde de la seconde l’impression d’un très humiliant happy-slapping.
Je ne savais pas trop quoi penser de RFI : il y passe de bonnes choses, mais je ne connaissais pas l’émission à laquelle j’étais invité.

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J’arrive avec une heure d’avance. À l’accueil, je rencontre l’assistante du journaliste qui va animer le débat. Elle me propose d’aller me servir un café avant de me conduire dans un bureau où je patiente en lisant les journaux. Une demi-heure plus tard, arrive Pierre Assouline, que l’on fait patienter dans le même bureau. Il est assez à l’aise, il connaît bien la maison de la radio. Lui c’est un «bon client». On échange quelques mots et il me prévient d’emblée – c’est un pro – qu’il faut que l’on parle de tout sauf du débat, car sinon, on n’aura rien à se dire une fois devant les micros. Malgré son conseil, je lui parle un peu de l’atelier encyclopédique que j’anime à la fac, et comme il me l’avait prédit, j’oublierai totalement d’en parler une fois l’émission commencée. Je dis à Assouline que son livre  sur Hergé a bonne réputation mais que je ne l’ai pas lu. Lui, me dit que finalement, Le Parisien est le meilleur quotidien. Même si mon grand-père y travaille toujours (à 92 ans !), j’ai du mal à être d’accord, la presse nationale me semble devenue très uniformément médiocre : peu de différences d’un journal à l’autre, une vague «culture maison» persistante (le Figaro «de droite», Le Monde «de référence», Libé «moderne», le Parisien «populaire»… Mais sur le fond les nouvelles sont les mêmes et elles sont dites pareil en plaçant les débats sur le même terrain, sans mise en perspective aussi ambitieuse qu’il le faudrait).
On dit souvent que les Wikipédiens n’aiment pas tellement les journalistes. C’est peut-être partiellement vrai, je ne sais pas… Personnellement je n’aime pas tellement les pratiques journalistiques : pas le temps de réfléchir, pas le temps de s’extraire des poncifs, pas le temps d’être original… Au fond les journalistes papier et, pire, télé, ont très peu de choses à raconter, ils sont obnubilés par la question de leur survie mais ne voient pas que celle-ci passera par la différence. Le public ne s’y trompe pas : les journaux «gratuits» qui se contentent de recopier les dépêches AFP ont désormais de très forts tirages : pourquoi payer si toutes les informations sont similaires ? Et il faut rappeler l’histoire du blog {sciences²} de Sylvestre Huet, chez Libération, qui a eu un public plus large que l’ensemble des autres pages du site du journal lors de la mobilisation des universitaires, parce que ce blog était presque l’unique source d’information, parmi les médias installés, à évoquer cette mobilisation dans des termes qui ne soient pas ceux qu’a choisi le ministère de l’enseignement supérieur.
Je ne veux pas dire du mal de la presse et des médias en général, j’ai juste envie de rappeler cette évidence qui est que ce qu’attend le public, c’est de la singularité, des informations originales, une diversité de point de vue forte. Fin de la digression.

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C’est l’heure d’approcher du studio… On nous fait patienter en régie, puis il faut s’installer le temps d’un jingle ou d’une liaison avec un journaliste en direct de je-ne-sais-où, j’ai oublié. Ma gorge qui se sèche, je ne me sens pas très bien,… Le journaliste, un type rond avec des lunettes aussi rondes, reprend le micro : «bla bla bla… et pour ce débat… Bonjour Pierre Assouline». Pierre Assouline répond «bonjour», puis je suis apostrophé à mon tour : «bonjour».
La suite est un supplice. Le journaliste comprend très vite que j’ai la capacité de planter une émission (rappelez-vous, je ne suis pas un bon client), donc il me coupe la parole une fois et ne me la rend plus tellement ensuite. Dès le départ, je m’étais surtout promis de ne pas tomber dans le registre «wikipédodule» (puisque je ne le suis pas) et d’admettre qu’il y a des problèmes, que, oui, on peut lire des conneries sur Wikipédia, que, effectivement, tout le monde n’est pas bien intentionné… Et alors ? Un problème, c’est quelque chose à régler, j’essaie de défendre le fait que Wikipédia est un processus et non un ouvrage fini. Assouline, un rien déstabilisé je pense, embraye alors sur une autre idée : il me trouve bien sympathique, bien sincère et bien honnête (comprendre : idiot) mais tous les wikipédiens ne sont pas comme moi, pensez, ma bonne dame, il y a aussi les négationnistes qui sont «très organisés» (trois blaireaux depuis leurs chambres de bonne qui se sentent immensément puissants en jouant  les Goebels 2007 sur des forums, tu parles d’une menace organisée !) et qui ont placé un livre notoirement anti-dreyfusard en tête de la bibliographie de l’affaire Dreyfus dans l’article en rapport.
Au passage, Assouline explique que les professionnels (il cite en exemple RFI), au moins, ne disent pas n’importe quoi. L’animateur ne relève pas cette idée, puisqu’il y souscrit, qui est qu’il existe une information «professionnelle» et que seule celle-ci mérite d’avoir pignon sur rue1. Pourtant Assouline venait juste de dire que ses étudiants, qui avaient le bac avec mention (dixit) et qui représentent une forme d’élite sont des fainéants finis qui copiaient-collaient wikipédia sans en vérifier les articles.

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Le journaliste n’avait pas lu le «brief» que j’avais envoyé : il ne me pose de question sur aucune de mes activités, il me parle comme si j’étais un représentant officiel de Wikipédia et il me qualifie de «professeur»… Pfff…  Mais je ne l’intéresse pas tellement, de toute manière, il veut juste que je dise «oui, Wikipédia est fiable» afin de donner le change à Pierre Assouline qui dit que «non, Wikipédia n’est pas fiable». J’ai l’air un peu sur la défensive (les questions qu’on me pose ne servent qu’à me placer dans cette position et je n’ai pas la présence d’esprit suffisante pour esquiver la manœuvre de manière audible)… je tente une percée sur le caractère douteux de la fiabilité en racontant que les encyclopédies ont toujours été le reflet de leur époque y compris dans l’erreur et la déformation. Je ne pense pas à raconter l’histoire de Socrate qui, après avoir longtemps cherché un homme qui soit plus sage qu’il ne l’était se dit que, à ignorance égale, le plus sage est encore celui qui ne croit pas en sa propre sagesse2.

Le supplice n’est pas très long : un quart d’heure, c’est extrêmement court, en fait. Fin de l’émission, je n’ai strictement rien dit d’intéressant. Assouline non plus, mais il l’a mieux fait. Il s’est contenté d’anoner ce pourquoi il avait été convoqué : «wikipédia n’est pas fiable». Le journaliste, qui ne s’intéresse visiblement pas du tout au sujet ne risquait quand à lui pas du tout d’être intéressant non plus : un quart d’heure de vacuité médiatique pure.
Fin de l’émission, J.-F. Cadet vient serrer la main à Pierre Assouline, les deux hommes ne se connaissent pas mais ont apparemment des fréquentations en commun : et comment va machin ? et truc, qu’est-ce qu’il devient ?
Je me sens subitement comme le mec qui n’était pas invité, qui est là quand même et qu’on dévisage en se demandant ce qu’il fout ici. Peter Sellers dans The Party.
Bah.
Je me dirige vers l’ascenseur que je prends avec Assouline qui n’avait visiblement pas l’intention de faire de vieux os. Je suppose que dans un certain rapport de forces professionnel que je ne peux pas comprendre n’appartenant pas au microcosme journalistique, Assouline est plus important que l’intervieweur Jean-François Cadet – donc ça ne l’intéresse pas de rester pour un quart d’heure de salamalecs.

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Sur le chemin, je discute quelques minutes avec lui : plutôt sympathique, mais il n’écoute pas tellement ce que je lui dis, il ne rebondit que sur ce qui va dans son sens. Apprendre qu’un quotidien national a paraphrasé un article de Wikipédia pour faire la nécrologie de Jacques Faizant en dit pour moi plus long sur le journaliste que sur Wikipédia, mais pour lui c’est le contraire. Encore un problème des journalistes à mon avis : une fois leur idée arrêtée (souvent sur la foi d’un préjugé ou de l’air du temps), ils dépensent plus d’énergie à convaincre/transmettre qu’à comprendre/analyser, ce qui est d’autant plus dommage qu’ils le font en employant les apparences de l’objectivité. C’est ça, les pros. Moi, je suis un amateur. C’est sans doute un peu orgueilleux de dire ça, mais j’entends bien rester un amateur.

Quelques jours plus tard, j’apprendrai qu’un employé de la maison de la radio vandalise régulièrement Wikipédia, en écrivant notamment au milieu d’un article : «[…]  les meilleures universités françaises, où vous feriez mieux d’aller plutôt que lire ce site. Vous y apprendriez qu’un site dans lequel n’importe qui peut corriger n’importe quoi n’est pas sérieux. Vous feriez mieux de vous inscrire à une bibliothèque pour y prendre un bon livre.» Encore un pompier pyromane qui veut démontrer que Wikipédia contient des vandalismes en vandalisant Wikipédia. J’écris à l’administrateur réseau de Radio France pour lui signaler qu’un employé de ce bâtiment dégrade sciemment le projet Wikipédia, mais je ne reçois aucune réponse.

  1. Au cours du débat face à Dominique Wolton, Assouline a cette fois défendu la position contraire et rappelé qu’une des raisons du succès d’Internet pour l’information est justement qu’on y trouve d’autres informations. []
  2. La jolie histoire de Socrate pose cependant d’autres problèmes, puisque si les thuriféraires du philosophe y verront la modestie du sage, d’autres feront remarquer que le sage est méchamment imbu de sa personne. []

Le programme télé de Direct Soir

juillet 7th, 2009 Posted in Dans le poste, Les pros | 21 Comments »

direct_soirLe quotidien gratuit «Direct Soir» est une leçon permanente de prestidigitation communicationnelle.
Ce n’est pas son contenu creux comme du bois qui m’épate. Ce ne sont pas les éditos des impayables Jean-Marc Morandini et Alain Minc. Ce n’est pas non plus la manière dont se succèdent, jour après jour, les couvertures qui alternent des personnalités positives du show business avec des photographies de politiciens néo-conservateurs (ça donne : Charlize Theron un jour, Christine Boutin le lendemain, puis Angelina Jolie suivie de Christine Lagarde, José Manuel Barrosso puis George Clooney, Tzipi Livni puis Madonna, John McCain puis Leonard Cohen…) — méthode en forme de montagne russe qui mériterait une analyse poussée1.

Non, ce force mon admiration, c’est le programme télé de Direct Soir, qui est invariablement construit de la même manière.
Tout d’abord, en page 8 (dans le numéro du jour que j’ai sous les yeux, c’est en page 8), une série d’articles brefs évoque les programmes télévisés de la soirée. La plus grande photo et le plus grand article de cette page concernent un téléfilm avec Eddy Mitchell, intitulé La tête haute. Le second article le plus important concerne un documentaire consacré à Christian Estrosi, maire de Nice et ministre de l’Industrie. Ces deux programmes sont diffusés sur la chaîne Direct 8, l’un en première partie de soirée et l’autre en seconde partie de soirée.
Deux pages plus tard, on trouve le programme proprement dit. Il contient, à un premier niveau, TF1, France 2, France 3, France 5, M6, Arte et Direct 8. Il y a un intrus dans cette liste, qui est Direct 8, la seule de ces chaînes qui ne soit diffusée de manière analogique. Il y a aussi une absence notable, celle de Canal+.
À un second niveau sont regroupées toutes les autres chaînes de la TNT : W9, TMC, NT1, NRJ12, LCP, France 4, BFM TV, I Télé, Virgin 17 et Gulli. Si l’on est attentif, on remarquera qu’il manque une chaîne importante de la TNT, France Ô, la chaîne (nationale) des collectivités d’outre-mer.

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Sur la gauche, se trouve une publicité au format dit «skyscraper» (gratte-ciel) qui nous annonce une émission consacrée à Christian Estrosi. Pour séparer la rangée des chaînes analogiques et de Direct 8 de la rangée des chaînes de la TNT, on peut lire trois encarts qui entendent sélectionner pour nous les meilleurs programmes du soir. Le premier est un documentaire intitulé La folle histoire du disco, diffusé sur France 3. Direct Soir donne à ce programme deux étoiles (sur trois) correspondant à la mention «Très bien». Le second programme s’intitule Les Report-Terre, diffusé par France 5, dont le résumé est : Dix jeunes reporters présentent leur travail à un expert et un invité, ce soir la chanteuse Anaïs. Mention : deux étoiles aussi. Enfin, la troisième sélection est le téléfilm La tête haute, avec Eddy Mitchell, sur Direct 8, que nous avions rencontré trois pages plus tôt. Ce téléfilm bénéficie de trois étoiles, correspondant à la mention «À voir absolument». Je n’ai trouvé qu’une critique de ce téléfilm sur Internet, celle du programme télé de Orange qui résume les choses ainsi : «Un honnête téléfilm qui permet de retrouver le très sympathique Eddy Mitchell».

Pourtant, en ce 7 juillet 2009, l’évènement télévisuel devrait être ailleurs, puisque pas moins de six chaînes (France 4, W9, NRJ12, Virgin 17, BFM et iTélé) diffusent un même programme, à savoir la retransmission en direct du concert-hommage rendu à Michael Jackson au Staple Theatre de Los Angeles. De plus, TF1, qui préfère diffuser en première partie de soirée la série policière Les Experts: Miami (30 à 40% de parts d’audience !), diffusera en seconde partie de soirée un ancien concert de Michael Jackson, la tournée Dangerous.

selectiondirectsoir

Cette programmation, vraisemblablement décidée en urgence (la famille Jackson a annoncé la cérémonie et la gratuité des droits de retransmission avant-hier), a semble-t-il pris de court Direct Soir qui n’a actualisé que la grille de la chaine W9 mais semble ignorer que cinq autres chaines vont diffuser le même programme.
Pourtant, en page 3, «l’homme du jour» était bel et bien Michael Jackson (la cérémonie est évoquée mais pas le moment de sa retransmission). En page 8, on apprend qu’un hommage sera rendu au même par Jean-Marc Morandini, sur Direct 8, à 18h50. En page 14, enfin, on nous annonce la programmation par Arte d’une émission consacrée notamment à Michael Jackson (dont le portrait est opposé à celui de Prince) et qui sera diffusée… le 4 août.

Tout en bas de chacune des deux pages du programme, un petit encart nous signale les «coups de cœur» de demain : Le Jardin des plantes, un téléfilm avec Claude Rich, et Sixième classique, un téléfilm avec Line Renaud. L’un et l’autre de ces «coups de cœur» sont diffusés sur la chaine Direct 8.

On remarque donc que la chaîne Direct 8 est nettement favorisée par ce programme télé, et ça se passe de la même manière tous les jours : un vague téléfilm avec Jean Carmet devient «un des derniers films de Jean Carmet, très émouvant» (à voir absolument) ; Les films de Max Pécas, comme Deux enfoirés à St Tropez, sont qualifés de «brillante satire sociale» ; Les films que Darry Cowl, Daniel Prévost, Jean Lefevre, Michel Galabru et bien d’autres ont manifestement accepté de tourner pour payer leurs impôts deviennent ici «désopilants», «hilarants», «émouvants», etc. Le pire comique troupier devient une «brillante fable antimilitariste».
Enfin quoi que l’on fasse, ce sera toujours bien, le film de Direct 8 sera invariablement «à voir absolument».

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Tout est fait en revanche pour minimiser les programmes des autres chaînes. Les émissions les plus regardées (Dr House, Lost, etc.) sont mentionnées de la manière la plus discrète. Par contre la sélection contient toujours des programmes de chaînes concurrentes à Direct Soir, mais peu enthousiasmants, ce seront souvent des documentaires-déprime, du genre que l’on se dit qu’on devrait regarder par devoir, puisque leur sujet est important, mais pas par plaisir, et donc que l’on ne regardera finalement pas et que l’on se sentira coupable de ne pas avoir regardé : l’avortement dans une république ex-soviétique, les autistes, les catastrophes sanitaires en Chine, etc.
Entre un déprimant documentaire sur Pol Pot noté «deux étoiles» et Arrête de ramer, t’attaques la falaise (trois étoiles), «désopilante relecture d’un classique de la littérature» (j’imagine ce qui serait dit), avec Michel Galabru et Bernadette Lafont, qu’est-ce qu’on choisit ?
Évidemment, Direct Soir et Direct 8 sont liés : le journal et la chaîne appartiennent tous deux à Vincent Bolloré, PDG de Havas, dirigeant de la SFP (production télévisuelle), de Médiamétrie (mesure d’audience audiovisuelle) et de CSA (un des principaux instituts de sondage), milliardaire de la communication, donc, mais aussi personnage considérable en Afrique de l’ouest dont il contrôle une partie des transports ferroviaires et maritimes.
Le groupe Bolloré publie par ailleurs le journal Direct Matin, en association avec le groupe Le Monde (qui ne se vante pas d’imprimer et de publier un «gratuit»), journal dont le contenu est un peu différent de celui de Direct Soir. Le programme télé est le même (sauf que Canal+ n’est pas oublié) et les sélections du soir aussi, mais il n’y a en revanche aucun système de notation étoilée.

michael_jackson_dans_mon_scannerCe soir, certaines personnes seront rentrées chez elles en se disant (puisque Direct Soir, qui paraît l’après-midi, est la dernière chose qu’ils aient lu sur leur trajet) qu’elles ont le choix entre un documentaire au sujet pas clair sur France 5 (bof), un documentaire sur l’histoire de la musique disco (bof, déjà vu quelque chose du genre il n’y a pas longtemps) et pour finir, un émouvant téléfilm avec Eddy Mitchell.
Et le lendemain, ils se feront raconter par le premier collègue rencontré un épisode de la série Les Experts ou de Desperate Housewives, et ils pesteront contre eux-mêmes d’avoir oublié que c’est le mardi que ces séries passent… Et pire, à la cantine, tous leurs autres collègues ne parleront que d’une chose : la cérémonie d’hommage à Michael Jackson, moment planétaire dont on s’attend à ce qu’il soit le programme le plus regardé de toute l’histoire de la télévision.
Seuls les plus courageux oseront avouer à ce moment là qu’ils se sont assoupis devant un médiocre tire-larme avec Eddy Mitchell.

Bon, sur ce, je file regarder la retransmission de l’hommage au «roi de la pop», histoire de voir si je vibre avec trois milliards d’êtres humains et, le cas échant, de vérifier quel effet ça fait.

  1. Pour l’été en revanche, les couvertures de Direct Soir ne montrent pas des personnalités mais des faits de société : la Japan expo, l’astrologie, Twitter. []

Les machines incertaines

juillet 2nd, 2009 Posted in Bande dessinée | 10 Comments »

Les machines incertainesEn feuilletant une réédition récente des aventures de l’hôtesse de l’air Natacha, je suis tombé avec surprise sur une page des Machines Incertaines qui mentionnait Babbage1, Wiener2 ou encore Von Neumann3. Je dois avouer que j’ai été extrèmement surpris, car si j’ai lu et relu ce récit à l’époque où il a été publié, j’étais un peu passé à côté de son rapport à l’informatique.
Pourtant, au tout début des années 1980, alors même que l’ordinateur personnel était loin d’être répandu en France ou en Belgique, l’informatique était un sujet très présent dans le journal de Spirou. J’aurai l’occasion d’en reparler — je me replonge en ce moment avec délectation dans mes reliures d’époque.

Natacha

Quelques mots sur Natacha. Apparue dans Spirou au début de l’année 1970, cette héroïne de papier est une hôtesse de l’air sexy à qui il arrive diverses aventures, souvent en rapport avec son métier. Les lois françaises sur les publications destinées à la jeunesse forçaient les éditeurs belges comme Dupuis, Lombard ou Dargaud à faire extrèmement attention à ne pas franchir la ligne sur plusieurs sujets moraux4. Bien qu’elle ne soit pas expressément mentionnée, la représentation trop détaillée de l’anatomie féminine était visée par la commission chargée de vérifier la conformité à la loi, et il n’a donc longtemps existé que deux types de personnages féminins dans Spirou et Tintin : les fillettes (Sophie) et les femmes mûres (la Castafiore). Certains dessinateurs se sont progressivement lâchés sur le sujet avec leurs personnages secondaires : Uderzo, Morris, Will et bien d’autres.
Quand Natacha est née, en 1970, il s’était passé beaucoup de choses : Barbarella (1964) , Jodelle (1966), Pravda la survireuse et Epoxy (1968) avaient fait sortir la bande dessinée érotique du cercle underground des amateurs spécialisés, et le cinéma connaissait le même genre d’évolution avec des évocations assez directes de la nudité ou même de la sexualité dans le cinéma sérieux de Jean-Luc Godard, Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini, Luis Buñuel, Arthur Penn, Mike Nichols, etc.
Puisqu’une certaine libéralisation était dans l’air à l’époque5, Natacha n’a pas été tracassée par la commission chargée de vérifier l’application de la loi, à la surprise de son auteur. Elle a été, avec sa contemporaine Colombe Tiredaile dans la série Olivier Rameau (Dany/Greg), une des toutes premières héroïnes de bandes dessinées pour enfants à avoir des formes féminines aptes à titiller (gentillement) la libido de ses lecteurs.

Natacha, objet de désir, moquée par Yann et Conrad (Spirou numéro 2200, 12 juin 1980)

Il faut dire que Natacha est une fille sérieuse, puisque (jusqu’au début des années 1980 en tout cas, je n’ai pas lu les albums ultérieurs), elle est célibataire et résolument chaste, éconduisant ses prétendants et ne laissant pas une once d’espoir à son éternel co-équipier le stewart Walter qui, du reste, semble satisfait de sa situation de soupirant non déclaré au point de continuer à voussoyer respectueusement sa collègue jusque sur une île déserte où ils se trouvent tous deux naufragés et à demi-nus.
L’auteur principal de Natacha est François Walthéry (précédemment assistant de Peyo sur la série Benoit Brisefer), qui s’est volontiers entouré de nombreux co-scénaristes ou co-dessinateurs. Au fil de sa carrière, Walthéry a précisé ses intentions en publiant des albums érotiques (sans rapport avec Natacha) ou en diffusant des illustrations mettant en scène son hôtesse de l’air (ou des sosies) dans des situations qui n’auraient pas pu êtres montrées dans le journal de Spirou.

Natacha - instantanés pour CaltechInstantanés pour Caltech

En album, le récit est découpé en deux parties : Instantanés pour Caltech et Les Machines incertaines, mais dans le journal de Spirou, l’ensemble a été pré-publié sous le titre unique Les machines incertaines. Walthéry travaille ici avec deux collègues : Jidéhem — collaborateur de Franquin et grand spécialiste du dessin de véhicules notamment avec la rubrique Starter — et Étienne Borgers, qui n’a participé qu’à deux récits en bande dessinée, à savoir celui-ci et La mémoire de métal, une aventure précédente de Natacha. Ingénieur de profession et camarade de chambrée de Walthéry lorsqu’il effectuait son service militaire, Borgers a eu une activité très soutenue d’amateur, au sens le plus noble, publiant ici et là (et notamment sur Internet, dès le milieu des années 1990) des récits, des interviews, des critiques et des articles, dans les domaines de la science-fiction et du roman noir notamment.
Il n’est pas difficile de deviner la passion de Borgers pour la science fiction en lisant Les machines incertaines.  D’un point de vue thématique, il emprunte partout : Rencontres du 3e type (1978), La planète des singes (1963 pour le roman, 1968 pour le film) et les lois de la robotique d’Isaac Asimov (1942) pour ne citer que les références les plus transparentes.

Au début du récit, Natacha et Walter se rendent aux États-Unis. Comme il doit y rester un mois, Walter décide d’effectuer un reportage sur le pays. Dans l’avion, il est témoin de l’apparition dans le ciel d’un mystérieux point lumineux. Par hasard, il le photographie avec un film infrarouge. Très excité, il convainc Natacha de le suivre en Californie où il veut montrer ses photographies au professeur Warring, de l’institut de technologie de Californie (Caltech).

En 1980, il était possible qu'un personnage positif d'un récit destiné à la jeunesse (ici, le professeur Warring) soit fumeur ! On remarquera aussi que l'héroïne du récit ne dit pas 'j'ai mal à la tête' lorsqu'on lui donne des explications scientifiques mais 'c'est passionnant'. À comparer à des fictions plus récentes où les héros interrompent généralement les explications scientifiques et réclament moins de pédagogie et plus de certitudes.

Les photos sont effectivement des documents capitaux, car le fait qu’elles aient été prises avec une pellicule infrarouge fournit des informations que n’avaient pas les chercheurs de Caltech, pourtant déjà très documentés au sujet de cette vague d’apparitions d’objets volants non-identifiés. Mais voilà, le FBI (dont un des officiers emprunte ses traits à Sergio Aragones, un dessinateur célèbre de Mad Magazine) s’en mêle et tente de gêner Warring dans ses travaux6. Grâce aux photos aux infrarouges, Warring conçoit un moyen pour contacter les auteurs d’évènements lumineux inexpliqués : il répond à leurs signaux par des signaux de même longueur d’onde. Cela fonctionne et une sorte de rendez-vous est donné à Warring dans un lieu isolé aux environs d’Altadena. Walter et Natacha suivent le savant sur les lieux. Arrivés là, ils constatent la présence d’un vaisseau spatial, une soucoupe volante.

natacha_caltech_soucoupe

Walter s’approche de manière un peu imprudente pour prendre des photos mais il est repéré et soumis au contrôle mental d’un passager du vaisseau, qui le force à le suivre à l’intérieur. Natacha et Warring sortent de leur cachette et proposent de suivre Walter. Les agents du FBI, qui se trouvaient dans les parages, tentent d’intervenir mais sont victimes de paralysie. La soucoupe s’envole pour une destination inconnue…
À bord, Walter retrouve le contrôle de lui-même. Lui et Natacha sont séparés de Warring qui, d’après le commandant de bord, est en train de se familiariser avec la technologie de ceux qui nous semblent être des extra-terrestres. Mais Walter trouve tout ça suspect et se rebelle lorsqu’on lui parle de pratiquer des tests et des expériences sans danger sur lui. Il parvient à s’échapper avec l’aide de Natacha (qui reste cependant captive) et arrive dans une pièce étrange où sont entassés divers objets terrestres. À côté, il voit Warring, ligoté sur une table, et dont on est apparemment en train de vider l’esprit. Brrr… Cette scène rappelle furieusement le film Flash Gordon (Mike Hodges), sorti six mois plus tard, où le professeur Zarkov se fait lui aussi vider l’esprit de tout son savoir.

natacha_caltech_vaisseau

Ayant trouvé un fusil mitrailleur, Walter tire par réflexe sur un extra-terrestre. Il fait alors une découverte capitale : ces extra-terrestres au regard creux sont en réalité des robots androïdes. On peut les tuer sans contrevenir à la loi sur les publications destinées à la jeunesse. De son côté, Natacha se fait imposer de retourner sur terre accompagnée de Warring, qui a subi un lavage de cerveau, et de Klay, un des robots, dans le but de supprimer toutes les preuves de leur existence qui sont conservées à Caltech.
C’est là que s’achève le premier album.

Les machines incertaines

Tandis que Natacha retourne sur terre pour accompagner, contre son gré, la mission du robot Klay qui doit détruire les preuves de l’existence des objets volants non identifiés, Walter débarque incognito sur la planète des robots. Il rencontre des humains à l’accent difficilement compréhensible et finit par apprendre qu’il se trouve toujours sur terre, mais en l’an 2484. Au XXVe siècle, les robots ont trouvé le moyen de protéger les humains d’eux-mêmes : ils les ont asservis et privés de volonté propre à l’aide d’un implant électronique. Devenus des légumes, les humains permettent donc aux robots de respecter les trois lois d’Asimov qui sont d’ailleurs rappelées en page de garde : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain être exposé au danger ; Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains sauf si ces ordres sont en contradiction avec la première loi ; Un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n’est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Afin de protéger l'espèce humaine contre elle-même, les robots décident d'éradiquer toute volonté individuelle

L’idée que la conclusion logique des lois d’Asimov impose une suppression de la liberté des humains n’est pas une invention d’Étienne Borgers bien entendu, mais il est un des premiers auteurs à avoir utilisé ces concepts dans la bande dessinée franco-belge destinée à un jeune public.
Les humains rencontrées par Walter sont en fait des rebelles accidentellement devenus conscients de leur situation et bien décidés à libérer leurs semblables du joug amical des robots. Ils ne connaissent pas bien leur histoire et n’ont aucune idée de ce à quoi servent les objets que les robots sont allés chercher au XXe siècle et parmi lesquels se trouvent des armes à feu. Walter décide de prendre la tête d’une insurection des humains du futur contre leurs bienveillants despotes les robots. Ils parviennent ainsi à assister à une curieuse cérémonie religieuse des robots, le «Computer Day».

machines_incertaines_ceremonie

On remarque sur l’écran géant du «mausolée» où se déroule la cérémonie l’utilisation d’une typographie de type MICR. Les noms célébrés aux cris de «Honneur et gloire éternelle» sont très intéressants. Outre Babbage, Von Neumann et Wiener, déjà cités, on note Claude Shannon (1916-2001, créateur de la théorie de l’information), Isaac Asimov (1920-1992, auteur de science fiction bien connu et inventeur du mot «robotique»), Korzybsky (Alfred Korzybski, 1879-1950, créateur de la théorie de la sémantique générale, popularisée par A.E. Van Vogt dans Le Monde des non-A) et Leibowitz (référence, je suppose, au classique de la science-fiction Un Cantique pour Leibowitz, publié en 1960 par Walter Miller). Enfin, sont cités deux références plus brumeuses pour moi : Uniac (référence à l’Univac, le premier ordinateur commercial ?) et Shaky7.
Dans le bâtiment, Walter découvre par ailleurs la raison des voyages dans le temps qu’effectuent les androïdes : ils se constituent un musée de la technologie.

machines_incertaines_musee

Des milliers d’appareils automatiques divers sont entassés : boites à musique, calculatrices, robots ménagers, métiers à tisser, etc. Dans un coin, on remarque même le célèbre joueur de flûte traversière de Jacques de Vaucanson. L’architecture interne comme externe du musée, en spirale, rappelle furieusement celle du Guggenheim de New York.

De son côté, sur la terre du XXe siècle, Natacha tente d’empêcher le professeur Warring d’être interné et essaie de contrecarer les plans du robot Klay. Walter fait un saut dans le temps, rejoint son amie à Caltech et lui explique toute l’affaire. Tous deux, accompagné d’un assistant de Warring, d’un homme du futur et d’un camionneur-séducteur se rendent à la clinique psychiatrique où est interné Warring, pour le libérer. À la fin du récit, Natacha et Walter quittent les États-Unis pour retrouver leur vie de tous les jours tandis que Warring embarque pour le futur : les tracasseries du F.B.I. lui pèsent et il pense qu’il sera plus utile en aidant les hommes du XXVe siècle.

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L’air de rien, ce modeste récit aborde de nombreux thèmes classiques de la science-fiction, genre très présent dans Spirou à l’époque (avec des auteurs tels que Devos, Lamquet, Leloup,…). Quand aux allusions à l’histoire de l’informatique, sujet sur lequel il n’existait pas beaucoup d’ouvrages de référence d’ailleurs, il faut savoir qu’elles étaient extrêmement atypiques en 1980, au point que le lecteur de l’époque n’y a sans doute pas prêté attention.

  1. Charles Babbage (1791-1871), inventeur de l’ordinateur. []
  2. Norbert Wiener (1894-1964), mathématicien est le fondateur de la cybernétique. []
  3. John Von Neumann (1903-1957), mathématicien, est le théoricien de l’architecture des ordinateurs tels qu’on les conçoit aujourd’hui encore. Pendant la seconde guerre mondiale, il a participé à la création de l’Edvac et à celle de la première bombe atomique. []
  4. [les publications destinées à le jeunesse] ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse. Loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, version consolidée au 5 janvier 1988. Cette loi motivée en son temps par un souci de protectionnisme économique et culturel a toujours cours et a posé problème à des séries aujourd’hui classiques telles que Gil Jourdan, par Maurice Tillieux, mais aussi au comic-book américain. []
  5. En 1970, évoquer la sexualité reste puni par la loi. On peut lire à ce sujet le très éditiant récit de l’affaire Olesniak par le sociologue Baptiste Coulmont : un couple de concierges soumis à une longue enquête policière pour avoir diffusé des films érotiques dans leur loge. []
  6. Je remarque que ce FBI suspect de vouloir cacher des preuves dans une histoire d’apparitions extra-terrestres intervient une douzaine d’années avant que les séries Twin Peaks ou X-Files n’achèvent d’établir comme poncif l’évidence d’un rapport entre le bureau fédéral d’investigation et les objets volants non identifiés. []
  7. Je ne voyais pas, mais en commentaire, on me propose le robot Shakey (1966), célébrité du domaine de l’intelligence artificielle. []

Carrières

juillet 1st, 2009 Posted in Les pros, Non classé, Vintage | 5 Comments »

Trouvé dans le Journal de Spirou numéro 2203 (3 juillet 1980), page 9.
L’annonce est accompagnée d’un bulletin à découper qui propose l’envoi gratuit d’une documentation sur les métiers choisis. Il est précisé que l’on peut commencer ses études à tout moment de l’année.
La société, Unieco/Educatel, de Rouen, existe toujours.

exercersunmetierlibreetcreatif

J’ai toujours été fasciné par ce genre d’annonces qui invitent qui veut à rêver de son avenir en cochant des cases. Les métiers proposés ici sont des métiers créatifs. Un métier varié, intéressant, qui vous permette de vous exprimer librement. Dans d’autres journaux, la même société propose (ou proposait) aussi des formations de secrétariat, de comptabilité, des carrières administratives, etc.).
Je me rappelle avoir déjà coché les petites cases d’annonces de ce genre : dessinateur de bandes dessinées, journaliste, reporter, scénariste, photographe,… Je n’avais parfois aucune idée de ce dont il s’agissait réellement, mais cela semblait plus intéressant que de se lever tôt le matin pour aller porter un costume dans un bureau.  Je n’ai jamais envoyé le bulletin de demande d’informations, d’autant que j’avais douze ou treize ans, comme la plupart des lecteurs de Spirou du reste. Mais en cochant ces cases, sans le savoir, je faisais un choix de vie, je me faisais savoir à moi-même que je ne voulais pas travailler uniquement pour remplir mon frigo (préocupation lointaine pour un collégien), mais que je voulais faire des choses intéressantes.

Guêpe téléguidée (1980)

juillet 1st, 2009 Posted in Bande dessinée, Vintage | 6 Comments »

En écho au précédent article L’Espion qui bourdonnait, qui évoque des recherches sur le pilotage par radiocommande d’insectes, je viens de re-tomber sur cette case extraite du du journal de Spirou (1980) :

les_petits_hommes

Les Petits Hommes est une série de science-fiction dessinée et généralement scénarisée par Pierre Seron, publiée depuis 35 ans par les éditions Dupuis. Elle raconte les aventures des habitants d’un village réduits au format d’insectes par une mystérieuse météorite.
Dans cette histoire, le Duc de la Fourrière, savant fou mégalomane et ennemi juré des vilageois d’Eslapion contre qui il utilise de nombreuses technologies (vidéo-surveillance, par exemple), recourt cette fois à des guêpes téléguidées.