Les recettes

Le Hollywood reporter signale le 8/1/2020 que Warner Bros compte s’équiper d’un système d’IA destiné à automatiser la prise de décisions. La machine donnera le feu vert à telle ou telle production de film en fonction de choix algorithmiques. On sait que les IAs peuvent produire des observations inattendues, comme c’est le cas d’un programme inventé pour prédire l’âge d’une personne sur une photographie, qui a « par lui-même » déterminé que le meilleur critère pour le faire était la forme du lobe de l’oreille, détail qui échappe à notre conscience.
Mais on sait aussi que les IAs qui prennent des décisions ne peuvent déduire le futur qu’en répétant le passé. Or les succès (critiques, publics, patrimoniaux) au cinéma ou en série télévisée concernent régulièrement des œuvres inattendues, tandis les choix trop rebattus, les académismes, les automatismes, finissent par lasser les spectateurs, qui, bien que cherchant souvent à retrouver des émotions passés, constatent par eux-mêmes que l’intensité du plaisir baisse avec la répétition.

Au fond ce choix de Warner (qu’il soit suivi d’effets ou pas) est surtout le symptôme d’une vieille ambition de l’industrie (culturelle ou non) : trouver des recettes, des choses qui fonctionnent à tous les coups… Ou encore faire croire aux investisseurs éventuels que l’on a trouvé une martingale. L’Intelligence artificielle n’est donc pas ici une menace pour la création artistique, c’est plutôt le support d’une rêverie, l’idée qu’il existe un moyen pour échapper à la versatilité du public.

Fibre et parasol

Cormeilles-en-Parisis, le 06/07/2019

Il paraît que la fibre ne progresse pas dans mon quartier car ce placard avait été oublié sur les plans de la ville, et les récentes vagues de travaux de réfection de la chaussée n’en ont pas tenu compte. La bonne nouvelle est que ce placard a été retrouvé. Ce matin, deux ouvriers y triaient des fils, sous un parasol à fleurs. Je leur ai demandé si je pouvais prendre une photo, mais il a fallu reformuler ma question en anglais car ils étaient lusophones.

Compteur d’entrées

(illustration : un portique qui compte ceux qui le franchissent, par Fanny Tobia, à l’école supérieure d’art du Havre)

Témoignage de Jen Gé, sur Facebook :

Il y a quelques jours dans une enseigne de vêtements. Pendant que j’essaie un jean, ma mère, qui a fini ses essayages, sort dans la rue avec le chien qui commence à en avoir marre. Puis revient jeter un œil, puis ressort. Et ne peut plus entrer, car la jeune gérante (pardon, la « représentante ») lui demande de ne plus passer la porte. En effet, il y a un capteur qui compte les entrées et les sorties. Et les corrèle au nombre de ventes. Et remonte les chiffres à la maison-mère. Pour booster la motivation des vendeuses à améliorer leurs résultats. La gérante (pardon, « représentante ») trouve ça très bien, « ça évite de se ramollir et de se reposer sur ses lauriers ! ». « C’est comme ça dans toutes les grandes enseignes maintenant ! »

Belle illustration de la manière dont un outil d’évaluation altère l’objet qu’il est censé évaluer.