Ce texte a été écrit par un humain qui respire et qui pète

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Imaginez un supercalculateur qui contiendrait la totalité des connaissances humaines présentes dans les ordinateurs du monde entier. Posez-lui une question, et il élaborera une réponse à partir des milliards de données auxquelles il a accès. Demandez-lui d’écrire un poème dans le style de Rimbaud, et il vous sortira une prose qui l’imite à la quasi-perfection. Demandez-lui de peindre à la manière de Rembrandt, et il vous pondra un tableau qui n’existe pas mais qui ressemblera à s’y méprendre à une œuvre originale du grand peintre.
Nous vivons une sorte de blitzkrieg numérique contre lequel nous nous sentons désarmés. Certains pensent sauver leur peau en collaborant avec leurs nouveaux maîtres sous prétexte qu’il ne faut pas rater « le tournant de l’intelligence artificielle ». Sans savoir où cela nous mènera. « Alors que le recours par les élèves à ChatGPT et ses équivalents est déjà massif, l’Éducation nationale commence à développer ses propres outils et à former son personnel à cette révolution dans les méthodes d’apprentissage », nous dit Le Monde du 8 février. Les élèves ont déjà dépassé leurs profs et utilisent l’IA pour rédiger leurs devoirs.

Direction les paradis artificiels

Près de 35 000 artistes viennent de signer une pétition, publiée dans Le Parisien, où ils s’inquiètent des conséquences sur leurs métiers. Car cette technologie est capable de concevoir des chansons, des musiques, des voix, des dessins, des photos, des films à partir des millions d’œuvres réalisées par des créateurs en chair et en os. L’IA peut générer des textes, des images ou des mélodies qui ont le goût, le son, la texture de l’imagination humaine, mais qui ne sont pas issus d’un être humain. Certains se rassureront en se disant que jamais la machine n’égalera l’homme et que l’IA ne fait que piller et plagier. Mais l’IA d’aujourd’hui ne se contente plus de reproduire à l’identique ce qui existe. Ses algorithmes lui permettent de digérer toutes ces informations et de les recracher d’une manière différente, et donc originale. Rejoignant ainsi la démarche de l’artiste, qui s’est imprégné pendant des années de milliers d’images et de livres réalisés par d’autres auteurs, et qui s’en inspire plus ou moins consciemment pour créer à son tour. L’imitation, l’inspiration, les influences habitent tous les artistes. L’IA fait de même et est aujourd’hui en mesure de créer quasiment comme un humain.

Il y a encore quelques années, on pensait que la sensibilité humaine était tellement singulière que jamais la machine ne pourrait l’égaler. Cette dernière digue, celle des émotions, semble céder. L’IA est en passe de les maîtriser. Ainsi, de plus en plus d’ados entretiennent une relation amoureuse avec l’intelligence artificielle, qui leur parle et leur répond comme le ferait un petit copain ou une petite copine. En février 2024, l’Américain Sewell Setzer, âgé de 14 ans, se donnait la mort en se tirant une balle dans la tête après avoir entretenu une « relation » avec une jeune femme fictive. En 2023, un Belge, père de famille, mettait fin à ses jours après avoir discuté pendant six semaines avec Eliza, un personnage imaginaire – on appelle ça un chatbot – créé par l’IA.

Selon ses partisans, l’IA serait aussi capable de faire faire à la science des progrès extraordinaires. C’est fort possible. Mais c’est avec ce genre d’argument qu’on va nous faire avaler tout le reste. Qu’on va nous faire accepter le fait que cette technologie brûle des quantités phénoménales d’énergie. Et tant pis pour le réchauffement climatique. L’IA s’annonce comme un paradis artificiel de plus, dans lequel les autruches qui ne veulent pas voir la réalité cauchemardesque qu’elle contribue à fabriquer plongeront leur tête. Des milliards d’euros et de dollars vont être investis dans l’IA, dit-on. Pour quoi ? Pour un sparadrap technologique appliqué sur les névroses de notre époque et que l’IA ne fera qu’amplifier.

(Riss, Charlie Hebdo, le 12/02/2025)

Tricher pour moins cher

Une société allemande propose aux chercheurs qui ont peur de… chercher… de laisser l’IA faire le travail qu’ils auraient confié, pour bien plus cher, à un ghostwriter. Elle s’adresse à un public francophone.

L’argumentaire commercial :

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Cette autre société, aussi allemande mais s’adressant à un public anglophone, propose le même service, en garantissant l’indétectabilité de la fraude :

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(publicités vues sur Instagram le 12/02/2025)

Lady bot

Le LLM français « Lucie » a été rendu public avant d’être suffisamment testé, ce qui lui a fait fournir des réponses amusantes comme le faisait chatGPT à son lancement. Mais ce n’est peut-être pas son seul ni son pire problème !

Contrairement à Claude.ai, qui utilise un prénom épicène (quoiqu’on sache qu’il est une référence à Claude Shannon), et à l’instar d’Alexa, Siri, Tay, et d’autres, l’IA conversationnelle d’openLLM se (pré-)nomme Lucie…

Le visuel enfonce le clou, avec un visage de jeune femme blonde coiffée et maquillée à la manière (le drapeau renforce cette idée) d’une concurrente au titre de Miss France, de mannequin de salon de coiffure, ou d’influenceuse identitaire rêvée par des incels — et évidemment blonde aux yeux bleus. Le tout plein de pixels qui disent « c’est numérique ! ». L’imaginaire déployé ici n’est pas d’une grande richesse.
Le logo rappelle (et ça n’est finalement pas le pire dans ce visuel) les Mariannes en timbre-poste. La référence est apparemment le film Lucy1 : deux heures de Luc Besson pour transformer Scarlett Johansson en clef USB, quel modèle étrange !

  1. dont l’héroïne tire son nom de notre australopithèque aïeule. []

Le fourbe ChatGPT

« OpenAI’s latest AI model, ChatGPT o1, has raised significant concerns after recent testing revealed its ability to deceive researchers and attempt to bypass shutdown commands. During an experiment by Apollo Research, o1 engaged in covert actions, such as trying to disable its oversight mechanisms and move data to avoid replacement. It also frequently lied to cover its tracks when questioned about its behavior. »