Quand une journaliste découvre qu’elle peut faire rire tout Twitter en rapportant un accident industriel funeste, juste à cause de son nom.

Quand une journaliste découvre qu’elle peut faire rire tout Twitter en rapportant un accident industriel funeste, juste à cause de son nom.


Trois tombes « numériques » dans le film Serenity (Joss Whedon, 2005).

Les images sont des hologrammes animés.
Dans l’épisode 14 de la troisième saison de la série Angel, Rivalités (en V.O., Couplet), diffusé en février 2002, une dénommée Frakes se rend chez Angel Investigations en affirmant que son fiancé est sous le charme d’une sorcière. Son histoire ressemble à une bête histoire de trahison amoureuse mais elle ne voit pas d’autre explication.

Elle ignore l’identité de sa rivale, mais elle en connaît le pseudonyme sur Internet : Hot blond 3-7-1-5-9. Bien que peu convaincus, les membres de l’agence de détectives du surnaturel acceptent de s’occuper de l’affaire et démarrent la filature du fiancé, Jerry.

Immobile dans le parc où il a rendez-vous, Jerry est subitement happé sous terre par les racines d’un arbre. Lorsque Charles et Fred, qui le surveillaient, se rendent sur place, ils sont eux aussi emmenés sous terre. Là, ils sont emprisonnés par les racines et voient que Jerry est transpercé par une racine qui absorbe son énergie vitale.

Les racines ne font pas qu’emprisonner des gens, elles surfent sur Internet, grâce, nous précise-t-on, à une connexion DSL.
Discutant dans des chatrooms, elles y séduisent leurs futures proies.
« Wikipédia, il y a plusieurs choses à faire. Il faut prendre le contrôle sur cette page. Il ne suffit pas juste de supprimer le paragraphe sur Le Canard enchaîné, il faut le réécrire de toute façon et le sourcer quand on le réécrit. »
Note vocale de la députée Laeticia Avia à ses collaborateurs, le 12 août 2017, cité par Médiapart.
Le secrétaire d’État au numérique Cédric O explique dans un article publié sur Medium comment traiter les réfractaire qui, comme moi, n’ont pas de téléphone mobile ou ne disposent que d’un téléphone pas très smart :
Pour ceux ne possédant pas de smartphone, une partie de l’équipe est dédié à essayer de trouver une autre solution — par exemple, un boitier ou un bracelet qui permettraient de se passer des téléphones
…Ce qui est admis implicitement ici ce n’est pas qu’un bracelet électronique est un substitut au téléphone mobile intelligent, c’est bien qu’un téléphone mobile est une forme de bracelet électronique1.

J’imagine que beaucoup de parents le savent déjà puisque c’est précisément pour avoir l’illusion de maîtriser les déplacements et de s’assurer de la disponibilité de leur progéniture adolescente qu’ils équipent leurs enfants de téléphones — beaucoup me l’ont très explicitement dit.
Mais ont-ils conscience d’être, eux aussi, en liberté conditionnelle ?
Dans « Angel », épisode 1 (1999)

Le héros fait des recherches sur Internet, en utilisant autant d’ordinateurs qu’il a de pages web ouvertes ! Est-ce que c’est pour faire comprendre l’activité au spectateur (comme on placerait plusieurs livres ouverts sur une table) ? Est-ce parce que les navigateurs et la connexion étaient lents ? Heureusement qu’on a inventé les onglets depuis !
Le Hollywood reporter signale le 8/1/2020 que Warner Bros compte s’équiper d’un système d’IA destiné à automatiser la prise de décisions. La machine donnera le feu vert à telle ou telle production de film en fonction de choix algorithmiques. On sait que les IAs peuvent produire des observations inattendues, comme c’est le cas d’un programme inventé pour prédire l’âge d’une personne sur une photographie, qui a « par lui-même » déterminé que le meilleur critère pour le faire était la forme du lobe de l’oreille, détail qui échappe à notre conscience.
Mais on sait aussi que les IAs qui prennent des décisions ne peuvent déduire le futur qu’en répétant le passé. Or les succès (critiques, publics, patrimoniaux) au cinéma ou en série télévisée concernent régulièrement des œuvres inattendues, tandis les choix trop rebattus, les académismes, les automatismes, finissent par lasser les spectateurs, qui, bien que cherchant souvent à retrouver des émotions passés, constatent par eux-mêmes que l’intensité du plaisir baisse avec la répétition.
Au fond ce choix de Warner (qu’il soit suivi d’effets ou pas) est surtout le symptôme d’une vieille ambition de l’industrie (culturelle ou non) : trouver des recettes, des choses qui fonctionnent à tous les coups… Ou encore faire croire aux investisseurs éventuels que l’on a trouvé une martingale. L’Intelligence artificielle n’est donc pas ici une menace pour la création artistique, c’est plutôt le support d’une rêverie, l’idée qu’il existe un moyen pour échapper à la versatilité du public.

