Profitez-en, après celui là c'est fini

Petit pas

juillet 21st, 2009 Posted in Images, Sciences, Vintage | 6 Comments »

(publié à la minute exacte du quarante-quatrième anniversaire de l’évènement…)

Mon père était ingénieur à la Thomson (à présent Thales), fleuron de l’industrie française, à Gennevilliers. Lorsqu’il en avait le temps, il faisait un tour à la médiathèque de l’entreprise pour emprunter des livres, des disques ou des films. À l’époque, c’est à dire pendant les années 1970, les films ne s’empruntaient pas en vidéo mais sur pellicule super-8. Ils duraient quelques minutes seulement. On aimait surtout regarder des Disney (des Donald Duck, des documentaires animaliers ou des vues de Disneyland) , des Tom et Jerry, des Chaplin, des films du commandant Cousteau, et puis le film, qu’on a emprunté très souvent, celui des premiers pas de l’homme sur la lune.

peace_and_tranquility

Puisque c’était une projection, il y avait toujours un peu de cérémonie dans ces visionnages : l’écran perlé qu’il fallait installer et dont je me rappelle distinctement et l’odeur et le bruit, le projecteur qu’il fallait sortir et surélever… C’était toujours un peu la fête.

Voir les images muettes de ces bonshommes prudemment sautillants avait quelque chose d’un peu magique. Même petit, je pense que j’avais conscience que c’était un évènement, un vrai, et un évènement de portée universelle. Et même si j’y ai assisté avec quelque chose comme dix ans de retard, j’avais l’impression de le voir en direct.
Aujourd’hui, on parle de retourner sur la lune, il y aurait 180 bonnes raisons à ça.  Mais l’envie véritable, la motivation, ne semble plus être là, et cette résignation ne concerne à mon avis pas que l’exploit technique et humain de l’alunissage, c’est toute une croyance dans un futur meilleur qui, à mon avis, fait défaut.

Lire ailleurs : La lune est pour demain. La promesse des images (André Gunthert)

Fragilisation du tangible

juillet 18th, 2009 Posted in indices, Interactivité, Lecture, Parano | 35 Comments »

kindle_refus_de_servirOù l’on reparle d’eBooks

Quand quelqu’un évoque ses réticences vis à vis du livre électronique il parle souvent de la qualité visuelle ou de la sensation tactile : un écran et du papier, c’est différent. Les fabricants communiquent sur ce même terrain et assurent, à chaque sortie d’un nouveau produit qu’il est d’une qualité visuelle meilleure ou que la sensation se rapproche plus que jamais de celle du papier. À mon avis, la question du numérique n’a jamais été celle-ci et il suffit pour s’en convaincre de considérer les kilomètres de texte que chacun de nous stocke sur son ordinateur (nos e-mails pour commencer) ou consulte sur Internet. Une part énorme de notre «scriptosphère» (de notre environnement écrit, je ne sais pas si j’ai raison de recourir à ce néologisme ni s’il existe à cet usage) n’existe que sur nos ordinateurs ou bien sur des serveurs dont personne ne sait parfois où ils se trouvent1.

Je viens de lire sur le site Numérama une information qui a de quoi faire bondir : Amazon, qui commercialise son eBook Kindle, a sciemment effacé, à distance, des livres électroniques légalement acquis sur le lecteur d’eBooks de leurs propriétaires — livres parmi lesquels figurent ironiquement 1984 et La Ferme des animaux de George Orwell. Les clients ont été dédommagés et Amazon tente de faire passer le message que la situation est exceptionnelle et due à des problèmes de droits d’auteur puisqu’un éditeur commercialisait des livres sans en avoir le droit et qu’un autre a changé de politique, ces deux cas forçant Amazon à supprimer les textes existants.
Comme il ne s’agit que d’histoires de droit d’auteur et d’argent, tout cela se règle sans trop de surprise — l’argent est la motivation la plus banale et donc la plus rassurante qui soit. Mais si demain un tribunal impose à Amazon de détruire un livre numérique parce qu’il contient des secrets d’état, des passages diffamatoires, ou qu’il est en contravention avec une loi sur l’histoire officielle, puisqu’à présent on vote des lois pour dire à l’historien ce qu’il doit penser de la Turquie, de la colonisation ou de la Shoah ?
Pire encore, les documents numériques pourront être simplement modifiés : des noms qui changent, des passages escamotés, des images retouchées, tout est imaginable.

autodafe

Je vois deux signes inquiétants ici. Le premier, c’est bien entendu la fragilité du support numérique où les données ne connaissent pas d’altération mais peuvent subir un effacement intentionnel ou pâtir de l’évolution des supports (avez-vous toujours un lecteur de CDI ?) qui imposent leur actualisation régulière. Comme programmeur pour des artistes, je suis souvent confronté à ce besoin de mettre à jour des œuvres.
Mais bon, ça on le sait, un fichier numérique, un livre ou une peinture ne vieillissent pas du tout de la même manière mais cela peut se gérer, notamment par la diffusion (y compris le téléchargement illégal) et par une réflexion sur l’ouverture des formats de données.
Ce qui est moins gérable et plus angoissant, c’est de comprendre qu’un objet «intelligent» et «communiquant», c’est aussi un objet qui peut obéir à son constructeur plus qu’à son propriétaire. Cela fait quelques temps que des logiciels commerciaux peuvent être modifiés mais aussi désactivés et altérés (de manière non intentionnelle en tout cas, par des mises à jour ratées)  à distance par leurs éditeurs. De temps en temps, je vois que la console Wii des enfants se met à émettre une lumière bleue comme si elle voulait attirer mon attention : en réalité, elle me fait juste savoir qu’elle échange des données avec Nintendo, la maison mère. Il s’agit d’aller chercher la bulletin météo et les titres de l’actualité, mais cela pourrait aussi bien servir à inhiber des fonctions ou à vérifier si je n’emploie pas de puce permettant de lire des jeux piratés.
Mais qu’un dispositif qui se réclame de la tradition du livre — un des objets les plus robustes qui aient jamais été pour conserver et transmettre la pensée — soit capable de changer de contenu sans l’accord de son propriétaire…

sterling_objets_bavardsJ’ai peur que ce ne soit qu’un tout petit aperçu du monde de demain, où les objets seront sans doute insoutenablement interactifs et traçables. À chaque instant, ils pourront se retourner contre nous, la lampe Ikéa refusera d’éclairer un numéro de Que Choisir? qui évoque les allergies dues au taux de formol contenu dans les meubles de la marque suédoise, l’automobile boycottera les pompes à essence de telle compagnie (ou inversement), l’appareil photo nous interdira de prises de vue dans des zones du monde choisies ou à des périodes précises, etc. : toutes les entraves à nos libertés (ventes liées ou forcées déguisées, publicité masquée, désinformation, collecte d’information illégale…) qui sont organisées artisanalement par les sociétés pourront s’effectuer de manière discrète, automatique et unilatérale.
Nous en avons déjà un aperçu avec Internet ou avec la téléphonie mobile. Beaucoup se refusent à la paranoïa vis-à-vis de l’information : les caméras qui nous filment ? Le téléphone ou la connexion qui nous fliquent ? C’est presque sans gravité dans une social-démocratie plutôt stable : que la gendarmerie sache que j’ai dit du mal de tel ministre sur Facebook ou que j’étais à la station Pyramides il y a trois jours, au fond, ça ne change rien à ma vie.
Mais si justement on pouvait modifier mon existence à distance ? Si subitement ma clef refusait, exprès, d’ouvrir la serrure pour laquelle elle est conçue ? Si la machine à laver n’acceptait de lancer son programme qu’après que l’on ait regardé une publicité pour une cafetière tout aussi désagréable ? On rentre là dans un monde un peu magique à la Disney, avec des theières animées, des voitures qui sourient et des portes qui peuvent bouder. L’idée du tangible, du manipulable, pourraient bien disparaître en partie des objets comme nous perdons prise sur les services.

Tout ceci me rappelle que je suis assez impatient de lire l’essai de Bruce Sterling sur le futur des objets, intitulé Objets bavards (22 euros, quand même !), qui, je le suppose, évoque ces sujets, dans une perspective apparemment plus positive que celle qui est la mienne2.

Mise à jour du 19 juillet : Je viens par ailleurs de lire sur le blog Automates Intelligents un texte plutôt dense mais passionnant qui traite de la mutation du rapport de l’homme aux objets : L’expression des systèmes anthropotechnique dans les cerveaux et les génomes individuels, par Jean-Paul Basquiast.
Mise à jour du 20 juillet : J’apprends qu’Amazon ne s’est pas contenté d’effacer certains ouvrages mais a aussi effacé les notes de lecture qui y sont associées. Ainsi, le NY Times publie le témoignage de Justin Gawronski, un jeune homme de 17 ans, qui a eu la mauvaise surprise de voir le roman 1984 disparaître de sa lectrice Kindle, mais aussi de constater que les notes qu’il avait prises pendant sa lecture avaient été effacées elles aussi. Difficile de ne pas noter l’ironie que constituent ces pratiques concernant 1984, roman dystopique dans lequel l’information et la connaissance du passé sont constament modifiées par les armées de censeurs du ministère de la vérité.
Mise à jour du 31 juillet : les autodafés numériques ont aussi été pratiqués sur iPhone.

  1. Lire à ce sujet le texte Dataware et infrastructure du cloud computing, par Christian Fauré, dans l’ouvrage Pour en Finir avec la Mécroissance (Stiegler, Giffard, Fauré), éd. Flammarion 2009. []
  2. Note ajoutée le 31 juillet : j’ai acheté le livre, je me le réserve pour les vacances. Je dois avertir les éventuels lecteurs qu’il est hors de prix : le format est celui d’un Que Sais-je? mais le prix est de 22 euros ! L’original, Shaping things, est disponible en anglais pour 14 dollars. []

Appareil numérique à vision binoculaire

juillet 16th, 2009 Posted in Filmer autrement, Images | 9 Comments »

fujifilm3DFujifilm se lance dans une nouvelle voie en photographie numérique, celle de l’appareil à deux objectifs. Présenté lors du salon Photokina à Cologne en septembre dernier, cet appareil devrait sortir au Japon cet été et dans le reste du monde à la rentrée.

La photographie stéréoscopique, qui permet de donner une illusion de relief aux prises de vues, est une invention plutôt ancienne, puisque ses premiers développements datent des débuts du daguerréotype. Il a d’ailleurs existé plusieurs modèles d’appareils numériques à deux objectifs destinés au grand public, tous réputés assez médiocres. Les systèmes professionnels sont quant à eux hors de prix. Mais si la photo en trois dimensions est bien un des usages de ce nouvel appareil, ce n’est pas le seul ni, sans doute, le plus intéressant.

Profitant de la capacité qu’a l’appareil d’effectuer à la volée un traitement numérique de l’image et de piloter les deux objectifs indépendamment l’un de l’autre, le FinePix Real 3D System sera capable de prendre des photographies panoramiques à très grand angle (en associant les deux images obtenues), de capter des images avec deux angles différents en même temps (une vue large et une vue en gros plan) et même en vidéo et en photographie en même temps. On pourra aussi associer les deux images pour gagner en précision et en densité, et tout ceci en 10 mégapixels et avec un capteur nouveau, le Fujifilm Super CCD EXR.

fujifilm3D_1

Pour ce qui est de la visualisation stéréoscopique proprement dite, Fuji propose un écran à cristaux liquides 8 pouces qui diffuse les deux images simultanément mais avec un angle légèrement différent qui donne à l’oeil l’illusion de relief sans qu’il soit besoin de chausser des lunettes colorées ou polarisantes. Un système analogue d’impression sur une surface plastique a aussi été mis au point : les utilisateurs commanderont sur Internet l’impression de leurs photographies en relief.
Par ailleurs, l’écran LCD de l’appareil lui-même sera capable d’afficher des images en relief.

fujifilm3D_2

Je suis curieux de voir fonctionner l’objet, non tant pour ses fonctionnalités que pour la manière dont l’interface permettra de les exploiter de manière intuitive et simple.
Cet appareil devrait se vendre aux environs de 600 dollars. Le prix des impressions simulant le relief n’est pas connu mais on sait qu’il sera inférieur à 5 dollars l’unité.

Vantage Point

juillet 16th, 2009 Posted in Au cinéma, Filmer autrement | 4 Comments »

vantagePointdvdAh, ces bandes-annonces prometteuses qui survendent les films…  En m’y fiant, je pensais que Vantage Point (Angles d’attaque, 2008) était une sorte de 24 heures chrono version cinéma, un film astucieux et bien ficelé, dans lequel une situation devenait compréhensible après-coup par le visionnage de divers films : caméras de télévision, films amateurs,… Sur le papier, l’idée est bonne, et le casting tout aussi prometteur, mais la réalisation s’avère nettement plus décevante.

(Attention je raconte le film)
Le récit se déroule à Salamanque en espagne, où le président américain s’apprête à prendre la parole au milieu de la foule de la grand place. Le commentaire nous apprend qu’un nombre extravagant de chefs d’états (150 !) sont réunis pour s’accorder au sujet du traitement du terrorisme. On ignore où se cachent les 149 autres chefs d’état mais le seul qui apparaisse dans le film est le président américain. Bon.
La réalisatrice du direct, interprétée par Sigourney Weaver, fait des remontrances à son reporter, la jolie Angie, qui évoque à l’antenne le fait que l’Amérique n’a pas que des amis dans le monde. Angie ravale sa chique et dit avec son plus beau sourire : «I’m cool with censorship, I know the american people love that» (Je n’ai pas de problème avec la censure, les américains aiment ça). Distrayant point de départ en forme de dénonciation ironique d’on ne sait trop quoi. On ne saura pas, d’ailleurs, car quelques minutes plus tard la jeune femme est victime d’une explosion. Avant cela, elle a eu le temps de voir le président américain (William Hurt) recevoir deux coups de feu. Sur les lieux, un agent secret (Dennis Quaid) particulièrement dévoué au président (pour qui il a autrefois intercepté une balle) voit des choses, des rideaux qui bougent, l’endroit d’où est tiré le coup de feu. Il intercepte finalement un policier espagnol en civil dont le comportement est suspect, mais ne se trompe-t-il pas de bonhomme ?

Au début du film, les séquences sont régulièrement rembobinées et vues d’un nouveau point de vue : ce type à l’air louche, c’était en fait une victime de chantage (on a enlevé son frère), et cet autre, qui semblait tout aussi louche est juste victime de l’amour. Bien entendu, d’autres qui étaient au dessus de tout soupçon font partie du complot. Rapidement, la mécanique du rembobinage est négligée, le minutage perd un peu en rigueur et le film devient un film d’action assez banal. Un touriste américain, interprété par Forrest Whitaker, filme tout avec le professionalisme d’un cadreur de reportage. Il a le temps de sympathiser avec une petite fille, Anna, mais aussi avec Suarez, un jeune homme à l’air oriental et à l’accent français qui affirme être un peu d’ici et d’ailleurs et n’avoir pas de famille, interprété par Saïd Taghmaoui. On se dit bien sûr que ça ne va pas être lui le méchant, que ce serait trop facile ! Mais bon, désolé d’éventer le suspense, c’est bien lui le méchant : depuis son smartphone, il pilote un ventilateur-fausse-piste et des fusils robots, il commande à un caméraman complice, à un agent secret complice, à un groom bombe-humaine, etc. Malgré une certaine frénésie, on perçoit vite que le plan des terroristes, censément calé au milimètre, est bourré de failles. Car s’il savent par avance que le président va être remplacé par un sosie (c’est le cas), les terroristes ne semblent pas vraiment savoir dans quel but ils kidnapent le président authentique… Je parie que les scénaristes ont négligé de réfléchir à tout cela eux-mêmes : qui sont ces terroristes ? Pourquoi font-ils ça ? Quel est leur but précis ? Si même les auteurs l’ignorent, le récit ne peut pas tenir debout.

vantage_point_1

À la fin de l’histoire, un journaliste de télévision explique que le président se remet de ses blessures et que l’opération terroriste était en fait l’initiative d’un homme seul. La moralité du film est donc qu’on nous cache tout et qu’on ne nous dit rien, et que, selon le point de vue, selon les informations dont on dispose, tout change.
Mouais.

Le résultat tient plutôt moins bien debout qu’un épisode de la première ou de la seconde saison de 24 heures chrono, évoqué plus haut. L’addition des points de vue, au lieu de révéler au spectateur un récit inédit et complexe lui révèle plutôt le triste manque d’imagination et d’ambition des scénaristes. Je ne crois pas que ça valait le coup d’embarquer de vrais bons acteurs dans ce qui n’est finalement qu’un petit film d’action américano-centriste aux poncifs énormes (Pourquoi as-tu trahi ?Cette guerre ne finira jamais… hahaaaargh) et où les méchants sont tellement méchants qu’ils passent leur temps à se tuer les uns les autres, où le président est un chic type qui se refuse à pulvériser un camp terroriste au Maroc malgré les bons conseils de ses conseillers : «nous n’allons quand même pas bombarder un pays arabe ami ! C’est justement ce que nos ennemis espèrent !».
Dans la tradition des présidents-américains-hommes-d’action de Air Force One ou d’Independance Day, celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à cogner les vilains terroristes ou à lâcher des tirades telles que «J’en ai assez de me cacher !».
Le moyen-orient et l’Islam sont pointés du doigt comme origine de la menace, mais de façon particulièrement discrète (hypocrite ?) : le groom qui se ceinture de dynamite pour faire exploser l’hôtel où se trouve le président regarde sentimentalement la photo d’une femme voilée…

vantage_point_2

Le «point de vue» est une question cruciale lorsque l’on parle de terrorisme et de géopolitique.
Ici, l’approche pseudo-technique (vue de près, une scène change de signification…) est un cache-misère qui ne parvient même pas à être vaguement astucieux. L’idée d’utiliser des caméras de divers formats, à une époque où certains faits-divers sont enregistrés par trois ou quatre téléphones portables simultanément et où divers longs-métrages ([Rec], Cloverfield, Redacted) tirent parti des nouvelles images que cela produit, était prometteuse, mais c’est raté : pas de téléphones, d’appareils photo numériques ou de caméras de surveillance, juste quelques personnages (y compris le témoin fortuit) qui passent beaucoup de temps à courir les uns après les autres sans grande logique. De plus, je ne connais pas la circulation de la ville de Salamanque, mais je soupçonne une grande absurdité dans le choix des lieux de tournage et dans les distances qui sont censées être parcourues par les uns et les autres.
Les récits qui reposent de manière plus ou moins astucieuse sur l’opposition ou la complémentarité de plusieurs points de vue, il y en a eu plus d’un : Jackie Brown, Gosford Park, MagnoliaMulholland Dr, Elephant… Je ne trouve pas que Vantage Point fasse partie du haut du panier. Il y avait là l’idée d’une idée, mais rien de mieux, aucun effort n’a été fait pour la concrétiser le projet ou, tout simplement, pour surprendre un peu le spectateur.

Des vacances O.K. pour madame

juillet 15th, 2009 Posted in Brève, Science & Vie | 2 Comments »

Petit florilège de publicités trouvées dans le numéro 489 (juin 1958) de Science et Vie. Ce n’est pas leur disposition d’origine, j’ai remonté ces annonces qui se présentaient sur trois colonnes au lieu de deux. Outre les méthode relatives au bien-être personnel (mémoire, apprentissage de la guitare, moyen de se faire des amis, gymnastique des yeux…) il y avait de nombreuses publicités pour des appareils divers (ohmètres, posemètres, microscopes, aspirateurs).

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J’aime beaucoup l’éditeur bordelais qui propose, pour monsieur, un élégant agenda, et pour madame, un «Passeport O.K.» pour des vacances réussies, document qui s’avère être un guide pratique pour la méthode de contraception du docteur Kyusaku Ogino1. De nombreux guides de ce genre ont été publiés à l’époque, car la méthode Ogino était, depuis 1950, l’unique système de contrôle des naissances admis par l’église catholique — tolérance qui a disparu en 1968 où toute méthode de régulation de grossesse, même naturelle et même indirecte (comme l’abstinence), est redevenue «péché mortel».

Ces annonces pour tout et pour rien, parfois mensongères malgré le label BVP, ont disparu de Science et Vie après les années 1980. Le Bureau de vérification de la publicité, devenu Autorité de régulation professionnelle de la publicité en 2008, existe toujours.

  1. Ce «O.K.» très américain fait peut-être écho au passage des G.I.s lors de la Libération, un peu moins de quinze ans plus tôt : dans son paquetage, chaque soldat recevait, outre les chewing-gums et les cigarettes, des préservatifs []

La guerre des cerveaux électroniques

juillet 14th, 2009 Posted in Ordinateur célèbre, Science & Vie | 1 Comment »

s&v_mai_1957La guerre des cerveaux électroniques est déclenchée, article de Georges Martin-Champier, dans Science et Vie numéro 476 (mai 1957).

L’article porte sur la concurrence entre deux modèles d’ordinateurs : le Gamma 60 de la compagnie française Bull (dont le nom nous rappellera, sans doute pas par hasard, celui de l’ordinateur d’Alphaville, Alpha 60), et l’IBM 704 des américains Industrial Business Machines.
Il est intéressant de noter que l’auteur oppose tout d’abord deux gammes de «cerveaux électroniques» : les «gamma» et les «ordinateurs». Forgé par le philologue Jacques Perret en 1955 à la demande d’IBM qui trouvait le nom calculateur trop restrictif, ordinateur est un terme d’origine religieuse.
Voici comment Jacques Perret l’a décrit à IBM, par une lettre du 16 mai 1955 :

Que diriez-vous d’ordinateur? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe ordiner, un nom d’action ordination. L’inconvénient est que ordination désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signification (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d’ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l’inconvénient est peut-être mineur. D’ailleurs votre machine serait ordinateur (et non ordination) et ce mot est tout à fait sorti de l’usage théologique.

Dans la même lettre, il évoque aussi les mots Systémateur, Combinateur, Congesteur, digesteur, Synthétiseur, Ordinatrice, Sélecto-ordinateur, ordinatrice électronique.
Deux ans après sa création, «ordinateur» n’est pas encore un nom générique et Science et Vie parle donc de «cerveaux électroniques».

guerre_des_cerveaux_electroniques

L’article, qui rappelle au passage l’importance de Joseph Marie Jacquard dans l’histoire de l’informatique mais ne mentionne pas Charles Babbage, raconte en détail les capacités de l’IBM 704, capable de traiter jusqu’à 42 000 opérations à la seconde. En revanche les spécifications du Gamma 60 ne sont pas annoncées, mais son architecture évolutive est prématurément vantée. Sorti l’années suivante dans un contexte de forte concurrence, le Gamma 60 a été produit en vingt exemplaires, tandis que l’IBM 704 a été produit en cent-vingt-trois exemplaires.

imb705

La liste des clients potentiels pour un «cerveau électronique» est donnée : université, banque, bourse, RATP, SNCF, assurances, compagnies aériennes, compagnies maritimes, industries chimiques et pétrolières, mines et charbonnages, EDF, GDF, PTT, défense nationale, énergie atomique, travaux publics, sécurité sociale, constructions aéronotique et automobile, sidérurgie, grands magasins,… Le résultat des calculs, qui mobilisent quarante ingénieurs et coûtent 350000 francs de l’heure (3500 fois le prix du magazine Science et Vie) aux utilisateurs, peuvent être au choix perforés, imprimés ou traduits en graphiques sur l’écran T.V. qui pourra à son tour être filmé pour conservation.

une_affaire_de_memoireLes «cerveaux électroniques» permettent de faire des calculs jusqu’ici hors de portée des capacités humaines, mais on nous rassure, ces machines ne sont pas là pour nous remplacer :

Il faudra toujours, avant de consulter une machine, une étude faite par l’homme, il faudra toujours lui fournir un programme de travail : c’est en ce sens qu’on peut parler de machine à gouverner, sans pour autant craindre les rébellions de robots chers à la science-fiction. L’électronique restituera à l’homme du temps libre en le déchargeant des besognes mécaniques.

À la page 28 du même numéro, les intentions pacifiques de l’ordinateur sont un peu moins claires comme en témoigne une brêve de la rubrique Le Monde en marche qui nous informe que les cerveaux vont être dotés d’yeux et que, nous dit-on, le règne des robots se rapproche :

La compagnie anglaise Solartron a mis au point une machine appelée E.R.A. (Electronic Reading Automation, ou automate liseur électronique) qui rapproche considérablement le règne des robots en éliminant le point faible des cerveaux électroniques usuels : ceux-ci ne savent pas lire.

Ce système qui permet d’identifier 240 caractères dactylographiés à la seconde divise chaque forme lue en 100 carrés qu’il compare aux caractères qu’il connaît déjà. Avec le Scandex d’IMR et l’OCR d’IBM, ERA est effectivement un des tout premiers systèmes de reconnaissance de caractères.

Où nous mènent les savants ? Le Monde de demain

juillet 14th, 2009 Posted in Science & Vie, Sciences | No Comments »

s&v_mai_1965_les_savants

Un document intéressant au sujet de l’évolution du sentiment de progrès scientifique : Où nous mènent les savants ?, article de Roland Harari paru dans Science et Vie #572 (mai 1965). Les citations exactes de l’article sont en italique.

La science commande l’avenir. Dans quelles voies engagera-t-elle l’humanité du XXIe siècle ? Celle du XXe siècle est partagée : les uns voient s’ouvrir une ère radieuse. Pour les autres, les savants, ces « apprentis sorciers », préparent une société inhumaine. Interrogés par Science et Vie, quelques-uns des plus grands savants de notre temps s’efforcent de trancher ici le débat.

La constatation désabusée de nos aïeux, «rien ne change sous le soleil»1, ne peut plus avoir cours. Nous voyons que le monde change, et très vite. Napoléon mettait pour aller de Paris à Rome à peu près le même temps que César2, alors que dans les vingt dernières années la vitesse «limite» des engins construits par l’homme est passée de 700 à 30 000 km/h ! […] Chaque jour, amenant sa brassée de nouvelles inouïes, avive notre sentiment tour à tout euphorique et angoissé que la vieille aventure humaine entre dans une phase sans précédent. Apocalypse ou utopie ? Cet avenir qui fond sur nous a une allure de vertige, qui déjà aspire notre présent, de quoi sera-t-il fait ? Tout le monde le sent confusément, la science commande désormais notre destin. Mais de la science, théoriquement, tout peut surgir, le meilleur comme le pire, aussi bien la fin des hommes que le commencement d’un nouveau règne humain.

Robert Oppenheimer, un des pères de la bombe atomique et à l’époque militant  de longue date contre l’utilisation de sa création considère que la science n’a jamais connu une telle accélération estime que 99% de nos connaissances sont dues à des hommes actuellement en vie. Ce n’est pas l’avis de Pierre Auger, ancien directeur de l’enseignement supérieur et pionnier de la recherche spatiale (notamment), qui tout en admettant que les progrès poursuivront leur croissance reste cependant réservé sur leur accélération et rappelle que c’est au tournant du XXe siècle, entre 1895 et 1905, qu’ont été effectué les bonds décisifs de la science : Les développements ultérieurs ont été en quelque sorte fatals. Pour lui, l’augmentation du nombre de chercheurs et l’augmentation des budgets dans le domaine est loin de se traduire par une augmentation des découvertes.

pierreauger

Louis de Broglie, de son côté, affirme qu’On a trop tendance aujourd’hui à mettre l’accent sur la science appliquée, la technologie […] on n’aurait jamais découvert les rayons X si l’on avait cherché seulement le moyen de «voir à l’intérieur du corps humain» […] Les deux formes de science ne sont pas séparables et ne tarderaient pas à mourir si on les séparait.

À côté d’un discours philosophique sur la science, l’article livre de nombreuses considérations prospectives. Jean Rostand prophétise (Science et Vie parle d’«hallucinantes perspectives») par exemple que l’homme finira par savoir modifier son ADN, permettant à l’hérédité de cesser d’être une loterie de gènes. Chacun aurait les enfants qu’il souhaiterait avoir, on fabriquerait des génies sur commande. Le grand biologiste évoque d’autres pistes pour modifer l’humain en doublant le nombre de cellules du cerveau. D’autres scientifiques interrogés rêvent de supprimer le sommeil à l’aide d’injections d’hormones ou de substances chimiques diverses… Bref, nous disent-ils, la science va permettre à l’homme de dépasser ses limites intrinsèques : hérédité, sommeil, niveau intellectuel.

jeanfourastie

Jean Fourastié, économiste3 explique que l’élévation du niveau de vie [favorisée par le progrès] s’accompagne toujours d’une baisse du temps de travail. On ne travaillera à l’avenir, dit-il, que 40 000 heures par vie en 1995. L’ère des 40 000 heures sera l’ère des loisirs. L’homme moyen pourra enfin accéder à la culture. Ses besoins satisfaits, il se servira de ses facultés à d’autres fins qu’à se nourir, s’abriter et se vêtir […] [dans le monde du travail] Les femmes deviendront de plus en plus égales de l’homme [mais] le welfare state, le règne du confort, semble aviver une insécurité, une anxiété fondamentale […] l’homme moderne sait moins que jamais pourquoi il est sur terre, pourquoi il doit mourir et ce que tout cela signifie.

Le discours des divers scientifiques interrogés n’est pas candidement positiviste, il est en quelque sorte fataliste : pour eux la modernité, le progrès technique et scientifique, peuvent avoir des effets négatifs (Jean Rostand, bien qu’athée notoire, se demande par exemple comment l’homme apprendra le métier de Dieu), mais leur marche est, quoi qu’il advienne, inévitable.

  1. je souligne le « désabusé » qui en dit long sur la vision du rédacteur : il aurait pu considérer le «rien ne change sous le soleil» comme une opinion rassurante, mais en homme de son temps il y voit une constatation désabusée.  []
  2. Napoléon ne chevauchait pas plus vite que César, en revanche le télégraphe de Chappe avait déjà accéléré la vitesse de circulation de l’information d’une manière considérable []
  3. Jean Fourastié est l’inventeur de l’expression «les trentes glorieuses», c’est à dire la période qui court depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’au premier choc pétrolier en 1974. Certains parlent, pour qualifier l’époque contemporaine, des «trente piteuses». En 1965, Jean Fourastié a publié un livre intitulé les 40 000 heures. []

Modernisme et Bikini

juillet 14th, 2009 Posted in Images, Science & Vie | No Comments »

Science et Vie numéro 489, Juin 1958 : «Mademoiselle Narié, Cambodgienne». Portant des robes occidentales ou des costumes traditionnels, cette jeune habitante de Phnom Penh dont la famille est proche du roi apprend la conduite et travaille comme secrétaire dans une société américaine. Avec son salaire, elle achète des disques de Frank Sinatra et de Gilbert Bécaud. Le Cambodge, qui avait quitté son statut de protectorat français cinq ans plus tôt, était alors en plein essor, avant de devenir un enjeu de la guerre froide, indirectement impliqué dans la guerre du Viet Nam puis soumis à la dictature de Khmers rouges.
Preuve absolue de la modernité de Mademoiselle Narié, elle se baigne en bikini.

modernisme_bikini

Comme chacun le sait, le bikini est un maillot de bains deux pièces inventé par le français Louis Réard en 1946. Le nom de ce vêtement est un hommage à la science triomphante de l’après-guerre puisqu’il fait référence à l’atoll de Bikini, dans l’Océan Pacifique, où un essai d’explosion atomique venait d’avoir lieu quelques jours avant la toute première présentation publique du célèbre maillot de bains.

bikini_explosion

Le maillot deux pièces ne date cependant pas de 1946, comme le prouvent les mosaïques de la Sala delle Dieci Ragazze de la villa du Casale à Piazza Armerina en Sicile.

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Ensevelie au XIIe siècle, la villa a commencé à être redécouverte au XIXe siècle mais cette (désormais) célèbre mosaïque du IVe siècle n’a été mise à jour qu’à partir de 1950. La villa Casale est classée à l’inventaire du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1997.

Le circorama à champ total (360°)

juillet 13th, 2009 Posted in Filmer autrement, Vintage | No Comments »

Trouvé dans Science et Vie numéro 489 (juin 1958), p114.
Il s’agit vraisemblablement du Circarama (et non Circorama), ou Circle-Vision 360°, un procédé de cinéma panoramique mis au point par Disney qui associe onze vues simultanées tournées en 16mm.

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Comme le rappelle l’article, un procédé analogue a été breveté en 1897, le Cinéorama de l’inventeur français Raoul Grimoin-Sanson. Présenté lors de l’exposition universelle de 1900, le Cinéorama n’a été montré que quatre jours, car la chaleur extrème des dix projecteurs employés faisait craindre pour la sécurité du public et un projectionniste s’est même évanoui. Le film de démonstration était tourné depuis une montgolfière et permettait au public de revivre l’ascension d’un ballon.

cineorama

De nombreux procédé de diffusion cinématographique recourant à plusieurs caméras et projecteurs ont existé : le Vitarama (1939, 11 caméras), le Cinérama (1952, 3 caméras), le Circlorama (1958, 11 caméras), l’Hexiplex (1992, 6 caméras), etc. On peut consulter une liste assez complexe de ces procédés sur la Wikipédia anglophone.
Pour le Futuroscope de Poitiers, le réalisateur Patrick Besenval a mis au point en 1990 un procédé de cinéma panoramique utilisant neuf caméras nommé… Circorama.
Depuis 2007, les véhicules du programme Google Street View parcourent le monde en collectant des images de 360° horizontalement et 290° verticalement. Les caméras employées, fabriquées par la société Immersive Media, permettent de restituer non seulement des images fixes à 360° comme dans Google Street View, mais aussi des séquences animées.

Regardez-le

juillet 13th, 2009 Posted in Vintage | No Comments »

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Trouvé dans Science et Vie numéro 572 (mai 1965)
1300 francs était une bonne paie en 1965, où le salaire minimum garanti était de deux francs l’heure.