Sous des yeux attentifs
mars 28th, 2009 Posted in Parano | 39 Comments »
On polémique beaucoup en ce moment sur le sujet de la vidéosurveillance. Le Figaro a en effet lancé une statistique enthousiaste : la criminalité de rue connaîtrait un effondrement dans les zones placées sous la surveillance de caméras. Beaucoup de médias ont d’ailleurs répété cette information exclusive sans la vérifier, mais il s’avère au final que l’enquête a été menée sans méthodologie et même sans déontologie. En effet, les chiffres ne concernent qu’une sélection de villes (celles où les chiffres valident ce qu’on veut leur faire dire) et l’auteur du papier, Jean-Marc Leclerc, est membre du Groupe de contrôle des fichiers de police et de gendarmerie, une commission du ministère de l’intérieur.
Il ne s’agit donc pas de journalisme, mais bien d’une publi-information qui ne dit pas son nom. Les maires, après avoir alourdi les budgets de leurs communes en achetant des caméras (coût : 20 000 euros par caméra en moyenne), cherchent à rassurer leurs administrés et ce rapport tombe à pic. Le ministère, de son côté, a enfin une étude (qui n’est ni journalistique ni scientifique, donc) à opposer à ceux qui jusqu’ici pointaient la totale absence d’études, et veut y voir un argument en faveur de ce qu’a planifié Michelle Alliot-Marie : tripler le nombre de caméras de surveillance placées sur la voie publique en 2009. Mouais.
Habituellement, les articles destinés à nous « vendre » la surveillance filmée sont composés de trois parties : d’abord un petit exposé sur l’insécurité en hausse (angoisse) suivi d’un début de solution dont l’efficacité éventuelle n’est pas même évoquée (la commune x s’équipe de caméras) et, pour finir, en contrepoint faussement objectif, on donne la parole à un quelconque représentant d’association des droits de l’homme qui déclare s’inquièter des dérives possibles qui découlent de la vidéosurveillance, ce qui angoisse encore plus le lecteur, qui a l’impression qu’un enfant gâté irresponsable nie ses peurs. L’angoisse de l’insécurité est une forme d’hypocondrie : celui qui en est atteint (nous tous) ne commence à être rassuré que lorsqu’on lui dit qu’il a absolument raison d’avoir peur.
La question de l’efficacité n’était jusqu’ici jamais mentionnée dans ce type d’article. Donc très paradoxalement je pense que l’article du Figaro, si grossièrement orienté soit-il, constitue une sorte de progrès, puisqu’on quitte le registre de l’émotion brute, qui court-circuite la réflexion, pour se rendre sur le terrain des statistiques, où la raison a légèrement plus de chances, à terme, de s’imposer.

En attendant, la technologie progresse à pas de géants et pose des questions quand à l’usage véritable qu’il sera possible, dans un avenir proche, de faire de la vidéosurveillance. Pour l’instant, ces « yeux » de la ville sont eux-mêmes surveillés par des agents municipaux qui sont censés vérifier, jour et nuit, si tout se passe normalement. À l’exception notable des graffiti-artists (ceux qui prennent le temps de réaliser de belles fresques en tout cas), peu d’auteurs de délits ou de crimes restent à l’endroit où ils ont commis leurs méfaits pour y attendre les forces de police. L’efficacité des caméras face aux situtations criminelles est donc souvent vantée en amont (se pensant regardé, le criminel hésite) ou en aval (après coup, les images enregistrées peuvent permettre de retrouver les personnes, les véhicules, ou de comprendre ce qu’il s’est passé précisément).
Le premier point est difficile à évaluer (comment mesurer ce qui ne s’est pas passé ?), et c’est sur le second que des chiffres seraient bienvenus. Les seules statistiques qui soient vraiment connues sont celles de la ville de Londres, qui a le plus grand maillage de vidéosurveillance au monde1, et où le taux d’élucidation d’enquêtes réalisées grace aux caméras est d’environ 3%.
Cela semble peu, et si l’efficacité en matière de sécurité était l’unique préoccupation des décideurs du domaine, ce genre de statistique aurait de quoi faire réfléchir car on peut imaginer que d’autres solutions plus souples et moins coûteuses (présence visible d’une police de proximité par exemple), fonctionneront aussi bien.

Le monde de la surveillance est amené à fonctionner de manière semi-automatique, et donc à permettre de nouveaux usages.
On sent poindre entre autres le projet de faire converger surveillance et communication couplant les caméras à des écrans publicitaires ou en mélangeant la sécurité avec les études marketing. La société Visiowave propose par exemple de faire financer la surveillance par la publicité. J’ai déjà parlé du système Numériflash qui est actuellement testé par la RATP et Métrobus, où le panneau publicitaire surveille (pour des raisons exclusivement commerciales pour l’instant) le comportement de ses spectateurs.
Outre l’identification des visages, de plus en plus performante, l’interprétation d’expressions, la poursuite (tracking) d’objets ou de personnes et la détection des comportement suspects (quelqu’un qui laisse passer plusieurs rames de métro sans embarquer, par exemple), on peut imaginer que les technologies d’imagerie les plus à la pointe, utilisées par Google (les caméras mobiles de street views), mises au point par Microsoft (recomposition d’une scène en 3D à partir de plusieurs sources d’images,…) et bien d’autres (le procédé Gigapan), vont trouver des applications dans le domaine de la surveillance. On ne parle jamais de surveillance sonore, cela semble interdit pour l’instant2, mais la lecture sur les lèvres, qui progresse au grand galop3 permet de contourner les problèmes habituellement posés par l’enregistrement qui ne permet pas toujours d’isoler précisément les sons à enregistrer de leur environnement et qui est par ailleurs beaucoup plus mal vécue que la surveillance visuelle muette.

Parmi les nouveautés, j’apprends que l’on met actuellement au point un système permettant d’identifier une personne par ce qu’elle a le plus de mal à déguiser : son attitude corporelle. Le Jet propulsion laboratory de la Nasa s’intéresse au sujet sous un angle inatendu puisqu’il propose d’analyser la démarche des personnes que l’on souhaite identifier grâce à leur ombre. L’avantage (et le rapport avec la Nasa), c’est que cela peut servir pour des images qui sont prises non pas de côté mais d’au dessus des personnes, par exemple des images prises par des avions ou des satellites4.
On dit souvent que la surveillance sert à combattre le sentiment d’insécurité et non l’état d’insécurité lui-même. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai. Une expérience amusante a été tentée par le département de psychologie de Newcastle. Dans la salle détente de l’université où est disposée une machine à café et une boite permettant à chacun de contribuer à l’achat du café, deux posters ont été affichés successivement pendant plusieurs semaines. Le premier poster montrait un bouquet de fleurs, et le second, une paire d’yeux. Or lorsque c’est la paire d’yeux qui se trouvait au mur, les usagers de la salle se sont mis à contribuer 2,7 fois plus que lorsque c’est le bouquet de fleurs qui était accroché. Sauf à imaginer que la vision des fleurs rend les gens malhonnêtes, on peut supposer que ça signifie que le regard, c’est à dire la surveillance, modifie le comportement de celui qui y est soumis5.

Il y a dans la surveillance vidéo le projet clair de voir en étant vu, car la plupart des caméras situées dans l’espace public n’ont rien de véritablement discret. En Grande-Bretagne, certaines caméras sont équipées de hauts-parleurs qui permettent à ceux qui les contrôlent d’interpeller (au sens littéral et non au sens policier actuel) les personnes qui seraient vues en train de commettre un délit.
Cette surveillance est nettement plus familière au public que la surveillance dite invisible que nous ne pouvons pas maîtriser ni même parfois percevoir : constitution de fichiers (policiers ou commerciaux), traçage de nos déplacements (pass navigo, carte bleue,…), et ne parlons pas de notre existence sur le réseau qui est elle aussi plutôt transparente et fait d’Internet un paysage panoptique dans laquelle nous sommes observateurs et observés6. Néanmoins, comme le démontre l’énumération de technologies logicielles de traitement de l’image des systèmes de surveillance ci-dessus, l’augmentation du nombre de caméras disposées dans l’espace public est peut-être moins inquiétant que les usages nouveaux que l’on pourra en faire.
- en tête de l’article, l’affiche Secure beneath the watchful eyes – En sécuritué sous les yeux attentifs. Il ne s’agit pas d’un pastiche d’affiche de propagande de la seconde guerre mondiale (quoique j’y voie un humour certain pour ma part) ni d’un extrait de film d’anticipation, mais d’une très officielle campagne de publicité pour les circuits de surveillance, par la municipalité de Londres et le métro de la capitale britannique, en 2002. [↩]
- La CNIL a en tout cas rendu ce mois-ci un avis négatif à Transpole, à Lille, qui voulait procéder à un enregistrement sonore en continu dans ses bus. Il est cependant possible que la chose finisse par être acceptée à condition que ce soit le chauffeur du bus qui active l’enregistrement en cas d’agression mais que le dispositif ne permette pas de vérifier s’il discute au volant, c’est en tout cas ce que réclament les syndicats de chauffeurs. [↩]
- cf. les recherches de Richard Harvey, à l’université d’East Anglia. On pense tout de suite à 2001, l’Odyssée de l’espace, où l’ordinateur de bord Hal 9000 espionne la conversation de deux membres de son équipage en lisant sur leurs lèvres. [↩]
- voir les travaux d’Adrian Stoica , qui explique que pour attrapper Osama Ben Laden, il faut trouver son ombre : http://www.shadowbiometrics.info/ [↩]
- M Bateson, D Nettle, G Roberts, Cues of being watched enhance cooperation in a real-world setting, Biology Letters, Vol. 2, No. 3. (22 septembre 2006). [↩]
- lire à ce sujet : Jérôme Glicenstein, « Le paysage panoptique d’Internet, remarques à partir de Jeremy Bentham », Autres sites, nouveaux paysages, Revue d’esthétique n° 39 (2001) [↩]






Sans aucun anniversaire-prétexte particulier, 




Le troisième plus important lieu de production cinématographique au monde (et le tout premier en Afrique) est le Nigeria. Environ 200 films destinés au marché de la vidéo y sont réalisés chaque mois. On nomme souvent cette industrie 


Olia Lialina a utilisé le gif animé dans des pièces telles que 
Sorti en 2001, G@mer (Zak Fishman) souffre d’une réputation épouvantable. Il faut dire que ce n’est effectivement pas un très bon film même si je n’en trouve pas le scénario beaucoup plus naïf que celui d’une réalisation Besson lambda.






Le 