Profitez-en, après celui là c'est fini

L’informaticien lit Playboy

mars 25th, 2009 Posted in Vintage

Comme le signale Étienne Mineur sur son blog, le magazine Playboy met ses archives à disposition du public. L’interface de navigation, au format Silverlight (le concurrent à Flash chez Microsoft) est agréable à utiliser et assez intuitive.
Apparemment (pour l’instant ?) il n’y a que 53 numéros, mais ceux-ci ont été scannés de la première à la dernière page. Cette sélection ne montre pas les plus belles couvertures de la meilleure période du journal (fin 1950 – début 1970), c’est un peu dommage, cependant on les trouve facilement sur d’autres sites. Ici l’intérêt, c’est le contenu. Outre la fille de la page centrale (d’une grande chasteté jusqu’au début des années 1970), les dessins d’humour coquin (assez proche de ce que Le Sourire publiait en France dans les années 1930), et les articles de société ou les publications littéraires (de contributeurs souvent prestigieux), on remarque surtout des publicités. Voitures, alcool, cigarettes, parfum français, hi-fi et matériel de photographie y sont les principaux thèmes publicitaires des années soixante. 

Je tombe sur cette page intéressante :  

Il s’agit d’une auto-promotion de 1968, qui cherche à rassurer le lecteur de Playboy sur son appartenance à une la upper middle-class, et à vendre aux annonceurs le fait que ces lecteurs ont un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne.

Le rédactionnel nous explique que le lecteur du magazine de charme est débrouillard et ambitieux, qu’il a des responsabilités, que sa situation professionnelle est bonne et ne cesse de progresser.
L’illustration montre deux hommes et deux femmes, situation extrêmement courante dans les publicités ou les photographies d’illustration de Playboy (pas de couple — qui exclut — mais des combinaisons potentielles dans lesquelles le spectateur peut s’inclure). La femme au premier plan lit attentivement un listing informatique, un des hommes tient à la main une bande magnétique et l’autre bichonne une console pleine de lumières clignotantes sur lequel on lit distinctement le nom IBM. On ne sait pas trop ce que fait la seconde femme mais on peut sans difficulter supposer qu’elle est elle-même employée dans une occupation professionnelle en rapport avec l’informatique ou le secrétariat quoiqu’elle se montre ici distraite par l’activité de ses collègues. La situation rappelle furieusement les visuels IBM de l’époque (comme la vignette ci-contre) mais le cadrage en biais, très roman-photo, et la manière dont les protagonistes sont ramassés, rend la situation plus narrative, plus dramatique et y ajoute même une pointe de tension sexuelle. 

Le message sémiologique me semble clair : l’homme moderne et attirant est un informaticien. Et réciproquement, les carrières informatiques sont celles des hommes modernes et attirants. Nous sommes loin des clichés du « geek » et du « nerd » qui seront amenés par l’informatique personnelle dix ans plus tard et qui présenteront précisément l’amateur d’ordinateur comme le contraire du « bon parti ».

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