Profitez-en, après celui là c'est fini

G@mer

mars 21st, 2009 Posted in Interactivité au cinéma, Programmeur au cinéma

Sorti en 2001, G@mer (Zak Fishman) souffre d’une réputation épouvantable. Il faut dire que ce n’est effectivement pas un très bon film même si je n’en trouve pas le scénario beaucoup plus naïf que celui d’une réalisation Besson lambda.
C’est un film assez particulier pour moi car mon frère, Jérôme, a travaillé dessus, au poste d’accessoiriste de plateau si je me souviens bien.
Après ses longues journées de travail (les journées sont longues dans la déco au cinéma, puisqu’il faut être là avant et après les tournages), il nous racontait comment l’équipe avait pu tester en avant-première des jeux et du matériel. Il y avait notamment un fauteuil pour joueur, mais aussi une des deux premières consoles PlayStation 2 à avoir été introduites en Europe — l’objet était si rare et si précieux qu’il avait un gardien sur le plateau de tournage.  

Pour l’anecdote, dans un des premiers décors du film, on voit subrepticement apparaître un stand indien de restauration ambulante fabriqué avec deux roues de vélo et un meuble métalique. Après le tournage, cet accessoire de cinéma assez pitoresque a atterri dans mon jardin où il a eu tout le loisir de rouiller et d’encombrer pendant quelques années. Il pesait extraiment lourd. Pour finir, un ferrailleur a bien voulu nous en débarasser moyennant quelques dizaines de francs.  
Je ne sais pas si j’aurais entendu parler de G@mer sans tout cela. Sa sortie discrète n’a attiré que 80 000 spectateurs selon Allocine, malgré un budget qu’on devine beaucoup trop important (effets spéciaux, tournage à Los Angeles) pour ce gentillet « trip » d’ado attardé de qualité téléfilm.
Je n’ai pas vu le film à sa sortie mais j’ai acheté le DVD pour quelque chose comme deux euros, quelques années plus tard.

On peut absolument se dispenser du visionnage de G@mer, mais ce film a tout de même une vertu, c’est bien un des rares films français à évoquer la culture du jeu vidéo. 

Tony Reversi (Saïd Taghmaoui) est une petite frappe qui effectue des mauvais coups avec le brutal Rico (Bruno Salomone), pour le compte d’Albert (Jean-Pierre Kalfon), un caïd minable. Tony est obsédé par les jeux vidéo et profite d’un séjour en prison (causé par sa confusion totale entre la « vraie vie » et le jeu « Wipeout ») pour réfléchir à sa reconversion : il veut réaliser le jeu vidéo du siècle. Seulement voilà, il souffre de plusieurs handicaps. Tout d’abord, il n’est ni programmeur ni graphiste, il faut donc qu’il monte une équipe de production. Ensuite, il n’a pas le sou et ne peut promettre ni matériel ni salaires à qui que ce soit. Pour finir, il fait face à la mauvaise volonté d’Albert qui préfère ruiner ce projet que de laisser son lieutenant lui échapper.  Mais rien ne semble pouvoir arrêter Tony qui veut créer le jeu ultime, meilleur dit-il que Tomb Raider, Metal Gear et Tekken réunis.

Il essaie au passage de conquérir le cœur de la mignonne Nina (Camille de Pazzis), qui s’entraine à la boxe française dans la salle de sport d’Albert. Cette amourette très convenue ne parvient pas une seconde à intéresser le spectateur.

Dans Les sept boules de cristal (si ma mémoire est bonne), le Capitaine Haddock tente de reproduire un tour de magie (la transformation de l’eau en vin) en répètant tous les gestes qu’il a vu effectuer par un prestidigitateur. Cela ne fonctionne évidemment pas. L’approche de la conception d’un jeu vidéo par Tony est de ce même niveau, et le film lui-même cultive une forme de naïveté comparable vis à vis de la création du jeu vidéo et même vis à vis de la création d’un film. On confond ici le rôle de joueur et de concepteur de jeux, celui de spectateur et celui de cinéaste.

Pour constituer son équipe, Tony retrouve Luc, son souffre-douleur au collège, devenu ingénieur en informatique, qu’il parvient à faire chanter après l’avoir entraîné dans un traquenard et qui n’a d’autre choix que de l’aider à créer sa maquette de jeu vidéo. Les ordinateurs et les locaux sont prêtés par un ami de Tony dont le métier consiste à surveiller les serveurs d’un service de diffusion de vidéos pornographiques sur Internet. Tony fait aussi la rencontre de Marcus Lambert, un acteur de films d’action dont le personnage rappelle Jean-Claude Van Damme. Il parvient à convaincre Valérie Fischer (Arielle Dombasle), directrice de la société GameStart, du potentiel de son projet de jeu qu’il baptise « Double Fight ».
Mais Valérie Fischer ne signera de contrat que si on lui fournit une première ébauche du jeu.

Une fois la maquette achevée, Luc est bien décidé à ne plus jamais croiser la route de Tony. Ce dernier présente les premières images du jeu à Valérie Fischer qui accepte de signer le contrat espéré. Seulement Tony comprend vite qu’il aurait dû lire attentivement son contrat plutôt que de se laisser distraire par les charmes de Valérie Fischer. En effet il touchera des royalties minimales sur le jeu et perd tout autre droit dessus.
Abattu, il décide de tout laisser tomber, mais c’est Luc lui redonne la motivation de repartir à zéro. En effet, l’informatitien vient de découvrir que sa femme entretenait une liaison adultère avec son chef de service, ce qui lui fait rompre brutalement tout à la fois avec son foyer et avec son employeur. Tony et Luc partent en quête de financiers. À cette occasion, le spectateur assiste avec consternation à une scène de repas avec un mécène potentiel, son épouse, leur grand fils et deux femmes rémunérées pour accompagner les créateurs du jeu, mais dont l’une des deux se méprend sur son rôle et offre un strip-tease au jeune adulte de la maison qui n’en demandait pas tant. Le diner est un échec mais le jeune homme s’avèrera prêt à ponctionner le coffre de ses parents pour réunir l’argent nécéssaire à l’achat des ordinateurs

C’est donc reparti. L’équipe, qui manque de temps, pirate les serveurs de la société GameStart pour récupérer le moteur du jeu « Double Fight » et créer quelques tableaux de leur propre version. Nina accepte de servir de modèle au personnage féminin du jeu pour les séances de motion capture.
Je note que certains détails du processus de création d’un jeu, bien que simplifiés, sont décrits avec un certain réalisme. Le code informatique que l’on voit discrètement apparaître est par exemple du C++ et non du HTML (en revanche on croise des jolies guirlandes animées de zéro et de un, manière Matrix, qui n’ont aucun sens). La modélisation 3D ou le motion capture sont montrés de façon tout aussi crédible.

Arrive l’explication finale, au cours d’un salon du jeu vidéo.
Valérie Fischer présente le jeu (dont l’héroïne a ses traits) mais en pleine démonstration, son personnage devient obèse et elle est la risée de tous. Elle comprend que Tony y est pour quelque chose et va cyniquement lui expliquer qu’elle l’a escroqué et qu’il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Seulement voilà, ses aveux ont été filmés et diffusés en direct sur les écrans géants de son stand. Tony est donc enfin connu comme étant l’auteur du jeu. Albert vient lui proposer un partenariat, Tony embrasse Nina, happy-end, le film se finit sur une partie de Double-Fight.

On croise ici plusieurs archétypes d’informaticiens. Il y a le geek barbu à lunettes, José, amateur de junk food un peu enrobé, créateur de sites pornographiques qui ne voit jamais la lumière du soleil et qui ne fait donc pas la différence entre le jour et la nuit. Il n’est pas programmeur mais il a des ordinateurs, il peut dessiner et faire de la 3D. Il y a Luc, l’ingénieur propre sur lui, jeune, sérieux, qui porte un costume, qui travaille pour la société IBN, qui prétend ne plus jouer aux jeux vidéo et qui vit dans un petit pavillon avec une desperate housewife aguicheuse vêtue de rose. Enfin, on croise un personnage de développeur star (l’auteur de Wipeout Fusion nous dit-on) qui vit dans un appartement plein de jouets, qui est physiquement décrit comme « Genre David Halliday avec les cheveux longs et des pellicules ». Il roule en scooter, il porte une veste de treillis et un tee-shirt.

Que retenir de ce film ? Quelques images d’une visite dans le salon du jeu vidéo E3 à Los Angeles ; une bande originale complètement de son temps par Cut Killer et Dj Abdel ; de bien meilleurs acteurs dans les rôles secondaires que dans les rôles importants.
Enfin, les effets spéciaux sont étonnament variés et réussis. Signés par l’agence de réalisation d’effets visuels Mac Guff (ContactVidocqAzur et Asmar…), ils interviennent à plusieurs moments du récit pour montrer la manière dont Tony confond sa vie avec les jeux auxquels il joue. Une bagarre devient un tableau de Tekken, une course-poursuite avec des policiers devient une séquence de Wipeout, et lorsque Tony visite les bureaux de Game Start, il hallucine une réalité augmentée, ou plutôt une réalité commentée, à la manière de la vision du robot Terminator.

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