Profitez-en, après celui là c'est fini

Esthète automatique

mai 10th, 2009 Posted in Images, logiciels | 56 Comments »

acquinelogoUne équipe de recherche en sciences et technologie de l’information de l’université d’état de Pennsylvanie vient de rendre public son système Acquine (Aesthetic Quality Inference Engine), dont la mise au point a commencé en 2005.
Ce logiciel partiellement auto-apprenant sert à évaluer la qualité esthétiques de photographies.
Selon James Z. Wang, un des principaux chercheurs à s’être investis dans ce projet (avec Ritendra Datta, Dhiraj Joshi et Jia Li), Acquine est une étape importante dans l’analyse des réactions humaines à des stimuli visuels.

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Le principe est d’analyser les images non pour leur contenu sémantique (le logiciel n’identifie pas les objets, les visages ou les expressions) mais pour leur qualité purement optique : contrastes, variété, texture, formes,…
Évaluer la qualité esthétique d’une image indépendamment de son sujet et de sa signification n’est pas absurde, car l’évolution a rendu notre regard émotionellement sensible à tout ce que nous voyons, même à ce que nous ne comprenons pas. Nous pouvons supposer que notre cerveau réagit à toute perception (visuelle notamment) qui se rapporte, même vaguement, à la survie de l’homo sapiens cueilleur-chasseur : recherche de baies, identification de proies, identification de prédateurs ou de plantes toxiques, recherche de certains types de lieux pour se cacher, pour s’abriter, pour récolter ou pour chasser, etc.

C’est moi qui brode sur les raisons qui font qu’une image peut nous plaire ou nous déplaire, nous angoisser ou nous relaxer, car les communications scientifiques des chercheurs responsables d’Acquine ne traitent pas des raisons qui rendent une image plaisante et une autre déplaisante, ils se contentent d’en faire le constat et d’en déterminer les règles empiriquement.

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Pour avoir effectué quelques tests1, j’ai du mal à jurer que le système fonctionne bien, du moins je ne suis pas sûr que ses résultats correspondent systématiquement à mes goûts esthétiques personnels et son analyse réserve des surprises. Il semble notamment que les images très géométriques et traitées par applats déplaisent au programme.
Acquine peut s’améliorer puisque le programme demande à ses utilisateurs d’évaluer les images, indépemment de la note (sur cent) qu’il a donné, et afin de prendre en compte ces notes pour de futures évaluations. Les «universels» qui en découleront risquent cependant d’être sommaires car chaque individu a un parcours esthétique propre.

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On pourrait imaginer d’utiliser le système à l’envers, en créant des images à partir des règles découvertes par le programme.

Il me semble étonnant que ce genre d’expérience ne frappe pas autant l’imaginaire populaire que les combats entre ordinateur et joueur d’échec ou entre ordinateur et joueur de dames2. Comme si l’on craignait plus la concurrence sur le plan de l’intellect que sur celui de la sensibilité.

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Dans le film 2001 l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, le premier signe de dysfonxionnement de l’ordinateur Hal 9000 est précisément le moment où la machine porte un jugement esthétique sur les dessins du commandant Bowman, et de la même manière, l’ordinateur Edgar, dans Electric Dreams, commence vraiment à dérailler lorsqu’il prend plaisir à écouter de la musique. La science fiction contient d’autres exemples de ce type, où l’ordinateur acquiert une compétence ou un goût en matière esthétique. Ces épisodes laissent peut-être penser que la sensibilité artistique doit être moins considérée comme une caractéristique fondamentale des humains que comme une faiblesse psychologique, le début des problèmes.

Mise à jour du 10/01/2011 : Andrew Kuprenasinin, professeur en Digital Media Design à l’école d’art de Berlin a créé avec ses étudiants un prototype d’appareil photographique qui utilise les algorithmes d’Acquine pour évaluer la qualité esthétique du cliché avant le clic.

  1. sur cette page, une image graphique créée par programmation  et des photographies à empruntées à Hannah, Jlggb et Valérie Belin. []
  2. il y a quelques mois, un logiciel créé par des chercheurs de l’université d’Alberta au Canada a réglé le sort du jeu de dames (checkers) et achevant le calcul, après dix-huit ans, de toutes les parties possibles. []

Un ordinateur pour $4,99 (1967)

mai 9th, 2009 Posted in Modèles abandonnés, Vintage | 3 Comments »

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Annonce trouvée dans le comic-book The Mighty Thor #137, de février 1967.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Thor est un super-héros Marvel créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1962. Il s’agit du dieu de la mythologie scandinave Thor, fils d’Odin, qui partage ses aventures entre le royaume d’Asgard, où il se bat notamment contre son demi-frère le fourbe Loki, et la ville de New York, où il fait partie de l’équipe des Vengeurs, avec Hulk, Iron Man, et bien d’autres super-héros, tout en se cachant sous l’identité du chirurgien handicapé Donald Blake.
Le réalisateur Shakespearien Kenneth Brannagh prépare actuellement une version cinématographique des aventures du dieu au puissant marteau.

(publicité) Pour effectuer mon scan, j’ai emprunté le précieux exemplaire du comic-book de 1967 à la boutique de mon frère Jérôme : bd-ciné, 83 rue Pajol, 75018 Paris, métro Marx Dormoy.

Digi-Comp I, par la marque de jouets ECR.
Vendu en kit, l’objet est en plastique, il mesure 30 x 9 x 10 centimètres une fois assemblé. Il est accompagné d’un manuel de 28 pages.  Le montage dure moins d’une heure. Quatre dollars et quatre-vingt-dix-neufs cents (ce qui équivaut à une vingtaine ou une trentaine d’euros de 2009). Satisfait ou remboursé. 

Éducatif, Amusant pendant les fêtes, résoud les énigmes, dit la bonne fortune, permet de vérifier l’équilibre des finances familiales.  Imaginez à quel point vos camarades seront épatés en vous voyant résoudre des problèmes de compte à rebours de missiles !

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Cette annonce prend presque une demi-page, elle se trouve parmi des réclames de taille plus modeste destinées à vendre par correspondance des objets plus ou moins farfelus : lunettes à rayons X ($1), lunettes pour regarder derrière soi (75¢), appareils photos miniaturisés ($1), longue vue miniature ($2,98), manuels de prestidigitation (25¢) ou de culturisme, méthode pour savoir jouer de la guitare en sept jours ($2,98), moyen pour transformer un téléviseur noir et blanc en téléviseur couleur ($2,98),…

Le Digi-Comp I, même s’il n’avait rien d’électronique, était bel et bien une machine à calculer binaire. Aujourd’hui réédité par Minds-on toys, ce jouet mécanique lancé en 1963 constitue une initiation sérieuse à la manipulation des nombres binaires et à l’utilisation de la logique booléenne. De nombreux informaticiens aujourd’hui âgés de la cinquantaine ou de la soixantaine, réunis en clubs d’amateurs du Digi-Comp I, racontent que ce jouet a provoqué leur vocation.
Ce n’est pas tout à fait le premier jouet de ce type puisque le pionnier de l’informatique Edmund Berkeley a commercialisé des ordinateurs pour enfants aux fonctions comparables depuis 1955 : Geniac (Genius Almost-Automatic Computer), Brainiac (Brain-Imitating Almost-Automatic Computer), Tinyac (Tiny Almost-Automatic Computer) et Weeniac (Weeny Almost-Automatic Computer).

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La publicité parue dans The Mighty Thor #137 montre un symbole atomique, mentionne les fusées et bien entendu les ordinateurs. Ce sont les trois grands domaines technologiques nés ou fortement perfectionnés à la fin de la seconde guerre mondiale.
L’informatique s’inscrit donc dans l’imaginaire des jeunes lecteurs de comics de 1967 comme un objet moderne, futuriste et sans doute désirable malgré le caractère abstrait des bénéfices que l’on peut en tirer (épate-t-on vraiment ses copains en effectuant des calculs ballistiques de lancers de missiles ?).
À l’époque, le micro-processeur n’a pas encore été mis au point et les ordinateurs sont donc restés aussi chers qu’encombrants.

Confidentialité

mai 7th, 2009 Posted in Parano, Pas gai | 7 Comments »

hadopi_tf1Un picard envoie à un de ses collègues de travail un SMS dont le contenu était : « Pour faire dérailler un train, t’as une solution ? ».  Le destinataire et l’expéditeur du message sont aussitôt convoqués par la police et placés en garde à vue pendant 24 heures et leurs domiciles sont perquisitionnés. Les gens qui ont été mis en garde à vue racontent toujours cet épisode de leur existence comme un moment traumatisant : l’endroit sent fortement l’urine et souvent le vomi, on y attrappe des poux, des puces et la gale. Au terme de plusieurs heures d’audition, les activistes du SMS sont libérés, l’enquête ayant conclu, assez logiquement, qu’il ne s’agissait pas de la préparation d’un attentat mais d’une blague entre collègues. Ouf. Mais ça ne s’arrête pas là : Le courrier picard médiatise l’affaire1, plusieurs journaux embrayent, maître Eolas en parle sur son blog, un député mentionne l’affaire pendant les débats sur la loi Hadopi. La question se pose alors de savoir comment un SMS échangé entre deux particuliers a pu atterrir dans un commissariat. La loi ne permet théoriquement pas l’analyse des échanges électroniques. L’opérateur (Bouygues) et la police fournissent alors une explication embrouillée : un technicien tombé par hasard sur le message l’aurait ensuite transmis à la maréchaussée… Surtout ne pas affoler la population, surtout ne pas laisser entendre que tous les SMS sont filtrés et analysés pour y trouver des mots comme «bombe», «déraillement» et que sais-je encore.  C’est pourtant le plus probable, non ? Techniquement, l’analyse de messages de 160 caractères transmis numériquement est une opération qui peut être aussi simple que discrète, et se faire à l’insu de la quasi-totalité des employés des opérateurs. L’unique problème est légal puisque la confidentialité de la correspondance privée est garantie par la loi, mais la loi antiterroriste de 2006, au nom de la sécurité de l’état, permet bien des vérifications discrètes. Du reste, la raison d’état ne se soucie pas toujours de respecter la loi.

grenade_usnavyAu milieu des années 1980, Nathalie a reçu par la poste, d’un ami yougoslave adolescent comme elle, un schéma de grenade issu de ses cours de défense civile agrémenté de dessins potaches. À l’époque la Yougoslavie était un pays en paix, pour quelques années, en revanche la France venait d’être secouée par quelques attentats. La lettre est donc arrivée avec deux policiers en civil qui voulaient en savoir plus sur ce schéma de dispositif guerrier accompagné d’écritures en cyrillique. Le malentendu a été vite réglé d’autant que le schéma était assez sommaire. Cette anecdote montre que la confidentialité de la correspondance n’a jamais été respectée de manière très stricte lorsque la sécurité nationale était en jeu. Il faut bien comprendre que ce qui était possible en 1986 en plaçant une lettre venue d’un pays de l’est sur une table lumineuse afin d’en voir le contenu par transparence devient un jeu d’enfant lorsque l’on parle de correspondance informatique non cryptée. Rien ne m’étonne dans l’affaire du SMS picard sinon la manière dont Bouygues et la police cherchent à se défausser en invoquant la coïncidence extraordinaire qui aurait abouti à la divulgation d’un SMS : en réparant un portable, un technicien aurait découvert le texto en question, Bouygues promet d’effectuer une enquête interne. Quelle bonne blague ! 

Toujours chez Bouygues, l’affaire du jour racontée par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts dans Libération fait sans doute plus froid dans le dos : un employé de TF1, Jérôme Bourreau-Guggenheim, a envoyé à titre personnel (et depuis son compte gmail privé, mais sans cacher son parcours professionnel) un courrier à sa députée du XVIIe arrondissement, Françoise de Panafieu, pour lui exposer les raisons de son opposition à la loi Hadopi. Le courrier du citoyen se termine par «Madame la députée, je compte sur votre clairvoyance pour porter ma voix». L’assistante de la députée, interpellée par le contenu du mail, l’a transmis au ministère de la culture «pour obtenir un argumentaire».  Jusqu’ici tout va bien, on est entre adultes qui discutent poliement d’un projet de loi.  Mais les choses dérapent : Jérôme Bourreau-Guggenheim est convoqué par Arnaud Bosom, son employeur, qui dirige e-TF1, la branche internet de la première chaîne. Ce monsieur a entre les mains l’e-mail de son employé et le lui lit mot pour mot, en lui expliquant qu’il s’agit d’une faute grave. Jérôme Bourreau-Guggenheim défend alors son point de vue mais aussi son droit à la correspondance privée. Il est alors licencié. Le groupe TF1 justifie ce licenciement pour cause de «divergence forte avec la stratégie» de la société. Au passage la DRH laisse filtrer, toujours dans des courriers officiels, que TF1 est fortement mobilisée pour que la loi Hadopi soit votée.

jeanpierrepernautOn voit ici à l’œuvre deux types de surveillance distincts. La surveillance cachée et la surveillance ostentatoire. La surveillance cachée ne se dévoile que lorsqu’elle n’en a pas le choix, elle permet aux états de prévoir plutôt que de constater. Elle est souvent illégale (les dérives qui en découlent étant bien entendu terribles) tout en étant compréhensible lorsque la sécurité du pays entier est en jeu. Et puis il y a la surveillance ostentatoire, celle qui dit «je vous surveille». Caméras visibles ; courriers qui arrivent censurés (comme en temps de guerre chez nous, ou comme en temps de paix dans de nombreux pays du monde) ; courriers qui atteignent des gens qui n’en étaient pas les destinataires, etc. Cette forme de surveillance sert à terroriser, à empêcher de penser. C’est cette forme de surveillance qui est employée ici par TF1, car si Jérôme Bourreau-Guggenheim ignorait que l’expression de son opinion dans un courrier privé allait aboutir à un licenciement (qui sera sans doute jugé aux prud’homes, et qui lui permettra d’obtenir des indemnités), à présent les autres employés de TF1 sont au courant de l’étendue de leur liberté d’expression !  Je me suis infligé ce midi la douleur de regarder de bout en bout le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaud sur TF1. J’ai appris qu’il existait un refuge pour les perroquets blessés, un concours de pétanque pour handicapés, j’ai appris que les antillais avaient été punis de leurs grèves par des pluies diluviennes (après les grèves, les intempéries…), j’ai appris que les mères de famille s’inquiètent du passage d’examens de leurs enfants, j’ai vu des images de prises de sang,… Mais je n’ai entendu parler ni du SMS transmis par Bouygues télécom ni de l’employé de TF1 indélicatement viré. Or j’imagine mal que ce n’est pas le sujet du jour dans les couloirs de la première chaîne. Mieux encore, le fameux amendement 138 qui a été voté par les députés européens hier et qui risque d’annuler les dispositions voulues par la loi Hadopi n’a pas trouvé sa place, au chapitre culturel, entre la lutherie des binious bretons et un sujet consacré à la retraite de Johnny Halliday.

Et bien évidemment, le journal de TF1 n’évoque pas une seule seconde les débats qui entourent la loi Hadopi elle-même, alors même que la directrice des ressources humaines de TF1 explique que la chaine est fortement mobilisée pour faire adopter cette loi.
L’expression de cet engagement, de cette mobilisation, ce n’est donc pas de convaincre du bien fondé de la loi, mais de surtout ne pas en parler, de profiter de l’hégémonie du journal de la première chaîne pour éviter au public toute conscience des débats qui entourent cette loi.
Les gens n’ont pas besoin de tout savoir, n’est-ce pas.
Et puis on fait des refuges formidables pour les perroquets blessés qui ne peuvent pas être remis en liberté.

  1. Le Courrier Picard, samedi 2 mai 2009, Abbeville: 24 heures de garde à vue pour un SMS. []

Hadopi, une loi générationnelle

mai 6th, 2009 Posted in indices, Pas gai | 10 Comments »

Lutter contre le piratage, facile à tout âge avec l'OpenOffice dans l'InternetJe continue à suivre le débat parlementaire consacré au projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet (Hadopi), et je dois dire que la consternation me gagne, car le refus total de discussion de la part de la majorité, du rapporteur et de la ministre montrent un visage assez affligeant de nos législateurs. Ils n’en sont plus du tout à réfléchir et semblent à présent obnubilés par le mot d’ordre de Jean-François Copé : il faut évacuer cette loi, en finir, à tout prix. Du coup de nombreux amendements de compromis, de précision des intentions ou de cohérence, qui avaient été acceptés en première lecture et qui sont souvent de bon sens, sont à présent impitoyablement rejetés. Or malgré quelques piques typiques des débats parlementaires (le socialiste L’ex membre du PCF Jean-Pierre Brard1 prend un plaisir taquin à accuser l’UMP de s’inspirer de Kim Jong-Il ou de Hu Jintao, par ex.), les opposants au texte ne sont pas excessifs dans leur manière d’aborder le débat, leurs amendements ne sont pas (ou pas tous) destinés à constituer une obstruction et devraient pouvoir être envisagés. Demander qu’un article de loi précise son propos ou délimite précisément son champ d’application ne me semble pas excessif. Ces propositions d’amendements semblent pourtant désormais vécues, sur les bancs de la majorité, comme autant de tentatives de gêner, d’entraver. Il n’y a donc pas de débats, la ministre et le rapporteur se contentent d’un sobre avis «défavorable» qu’ils se donnent rarement la peine de justifier.  
Les députés de la majorité manquent totalement de courage politique, ils ont une besogne à exécuter bon gré mal gré, qu’ils y croient sincèrement ou non, et ils semblent à présent avoir du ressentiment envers ceux dont les positions dénoncent leur propre lâcheté. C’est au point que du côté de la majorité, le peu de députés qui assistent aux débats préfèrent pousser des grognement de singes que de s’expliquer à un niveau cognitif. 
Le spectacle est navrant.
Plus navrant encore, peut-être, le silence qui entoure ces débats dans les grands journaux télévisés, où il semble bien plus crucial de savoir si Didier Deschamps va quitter tel club de football pour être embauché par tel autre plutôt que d’apprendre qu’une loi à venir piétine de nombreux principes républicains (égalité des citoyens, droit à la défense vis-à-vis d’une sanctios, confidentialité des données et de communications,…). 

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Au fil du débat, on en apprend de belles, comme cette anecdote pour le moins effrayante racontée par Patrick Bloche2 :
«En écoutant le débat sur la labellisation des offres commerciales, sur le pouvoir de labellisation donné à l’HADOPI, cela m’a rappelé – les collègues qui étaient là sous la précédente législature s’en souviennent – l’avant-projet DADVSI. Le salon attenant à l’hémicycle, espace pourtant sanctuarisé, avait été annexé pour y présenter des offres commerciales. Les employés de Virgin et de la FNAC chargés de ces présentations portaient au revers de leur veston un badge « cabinet du ministre » qui leur donnait la possibilité de se mouvoir au sein de l’hémicycle. Cela avait créé un incident. Une première à l’Assemblée nationale !»
christine_annefe_albanelRéponse de la ministre, du rapporteur, ou d’autres députés de la majorité ? Aucune ! L’accusation est pourtant lourde, car ce type de lobbying, organisé par une alliance entre le secteur privé et l’état, est aux limites de la légalité. 

Ce qui ressort tout de même des rares explications fournies par les défenseurs du texte, c’est qu’ils ne comprennent pas bien eux-mêmes le problème qu’ils sont censés traiter ni même le contenu de la loi qu’ils entendent voter. Si on proposait une loi au contenu similaire mais adaptée au courrier postal, aux transports ou au droit de la presse, ils seraient scandalisés, mais ici ils ne le sont pas car ils ne se sentent pas bien concernés.
Les explications techniques embrouillées de Christine Albanel feraient rire n’importe quel enfant de douze ans3, je ne résiste pas au plaisir de les reproduire :

« Lorsque l’on achète un pack Microsoft avec Word, Excel, Powerpoint, qui ne sont pas des logiciels libres, il existe des pare-feux, des logiciels de sécurisation ; mais les logiciels libres peuvent aussi être assortis de pare-feux. Ainsi, au ministère de la culture, nous utilisons le logiciel libre Open Office, et un logiciel de sécurisation l’accompagne. Les éditeurs de logiciels libres fournissent les pare-feux, et même des pare-feux gratuits. »

On ne félicitera pas les conseillers de la ministre qui ont réussi à lui faire confondre le piratage de fichiers et le piratage d’ordinateurs et à la laisser imaginer que les suites bureautiques ont quelque chose à voir avec ces questions de sécurité.

Anti-jeunes ? Au contraire !

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Une accusation qui revient souvent, depuis les bancs des opposants à la loi, c’est qu’elle stigmatise la jeunesse. Pourtant en se penchant en détails sur ce projet de loi, c’est exactement le contraire qui émerge : la loi dite Hadopi ne vise pas les jeunes, elle vise les gens qui disposent d’un accès à Internet mais qui n’y comprennent rien. Ceux qui n’ont pas la moindre idée du fait qu’ils utilisent, eux aussi, comme les méchants pirates, une adresse dite «IP» ;  Ceux qui croient avoir une «neufbox» avec télévision et qui utilisent en fait un modem-routeur ; Ceux qui croient que leur connexion est «sécurisée» parce qu’ils ont acheté l’anti-virus que le vendeur de Surcouf leur a conseillé ; Ceux qui n’y comprennent rien du tout et qui appellent leurs enfants pour savoir s’ils doivent donner leur coordonnées bancaires à la veuve du fondé de pouvoir d’un dictateur africain ou à une version russe de PayPal alors même qu’ils n’ont pas de compte chez PayPal.
Ce sont nos parents, nos grands parents, ceux qui trouvaient le minitel plus pratique, ceux qui sont nés avant Internet, ceux qui s’y sont mis récemment, ou en trainant des pieds, ceux qui l’utilisent sans avoir la moindre idée du potentiel de l’outil et sans savoir que leur ado boutonneux, depuis sa chambre où est écrit «défense d’entrer», est sans doute capable de télécharger Bienvenue chez les Ch’tis et qu’il est même peut-être précisément en train de le faire à l’instant. Les gens qui lisent les conseils informatiques du Parisien, de Micro Hebdo, et qui croient que les vendeurs de la Fnac sont des ingénieurs informaticiens.
Ce n’est pas complètement une question d’âge bien sûr, mais la loi Hadopi va être votée par des gens tellement techno-incompétents qu’ils ne voient pas qu’elle les vise eux en tout premier lieu. Cela s’appelle se tirer une balle dans le pied.
En effet («annéfé», comme dirait Christine Albanel), la loi en question ne s’attaque pas directement à la contrefaçon au droit d’auteur (pirater un film par exemple), mais au «manquement à l’obligation de sécuriser sa connexion Internet». Un tel concept n’est pas idiot en lui-même : le propriétaire d’une arme à feu ou d’un véhicule sont censés maîtriser l’usage qui est fait de ces objets et le fait de ne pas avoir provoqué l’accident ou pressé sur la détente ne les exonère d’aucune responsabilité s’ils ont été négligents. Seulement cacher une arme ou ranger les clés de sa voiture semble un peu plus facile que de sécuriser sa connexion Internet — la sécurité informatique, c’est un métier ! 

On peut visionner les séances passées sur le site de l’assemblée nationale

  1. cf. commentaires []
  2. Deuxième séance, lundi 4 mai 2009 []
  3. Première séance du 1er avril 2009 []

Valérie Belin

mai 6th, 2009 Posted in Brève, Images | No Comments »

Dans la série « sites web pour lesquels j’ai donné un coup de main », je suis fier d’annoncer le nouveau site de Valérie Belin. Sans chichis, il s’ouvre sur un diaporama qui présente des séries de photographies de l’artiste. Si l’on se décide à cliquer, le défilement s’interrompt et on accède aux séries (repérées par des numéros) de l’artiste et à différentes rubriques informatives.

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J’aurais beaucoup de mal à résumer le travail de Valérie Belin et la littérature que l’on trouve à son sujet, si pertinente soit-elle, ne fournit à mon avis jamais toutes les clés. Aucun détail remarquable (noir et blanc, lumière, immobilité, nature morte traitée comme du portrait et inversement, neutralité, humour, sérieux…) n’est limitatif puisque l’on trouvera toujours une série pour le contredire.

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Pourtant ses photographies s’identifient au premier coup d’œil.

Il me semble alors que sa spécificité se situe du côté de la rigueur des prises de vues — ce ne sont pas là des photographies rattrappées ou créées au tirage ou à la retouche.

valeriebelin

Les sujets, présentés sans explications, semblent souvent choisis pour leur ambiguité.
Le puissant sentiment général d’irréalité tire donc, paradoxalement, sa matière du réel. 

http://www.valeriebelin.com

Chaises

mai 6th, 2009 Posted in Brève, Études | 6 Comments »

L’université Paris 8 était très temporairement bloquée mardi dernier.

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Une semaine plus tard, les escalators restent impraticables (alors on utilise les escaliers).

Sunshine

mai 3rd, 2009 Posted in Interactivité au cinéma, Ordinateur au cinéma | 29 Comments »

sunshineAvant Slumdog Millionnaire (2008) et après 28 days Later (2002) et Millions (2004), le réalisateur Danny Boyle a réalisé le film de science-fiction Sunshine (2007). Je ne pense pas en avoir entendu parler à sa sortie et je ne dois pas être le seul car il semble que les foules ne se sont pas déplacées en masse pour le voir.

L’action se déroule en 2057. La terre est en train de geler car le soleil s’éteint et il n’y a sans doute rien à y faire. Sept ans plus tôt, un équipage a été envoyé vers notre étoile. Son vaisseau, Icarus, poussait devant lui une bombe atomique apte à provoquer un mini-big bang, à supprimer la cause de la mort rapide du soleil et à relancer son activité. Quand il est devenu évident que la mission avait échoué, un second vaisseau, l’Icarus II, a été envoyé dans le même but que son prédécesseur. La charge atomique qu’il mène vers le soleil est, nous dit-on, de la taille de l’ïle de Manhattan.

Le film commence lorsque Icarus II s’est trop approché du soleil pour pouvoir communiquer avec la terre. Les huit membres de l’équipage, dont chacun est sans doute le meilleur au monde dans sa spécialité, connaissent leurs faibles chances de revoir leur planète natale et sont focalisés par une seule tâche : achever leur mission. Ils sont cependant distraits, alors qu’ils passent à proximité de la planète Mercure, par l’interception d’un message de détresse qui émane d’Icarus I.
Dans leur situation, il serait irrationnel de compromettre les dernières chances de survie de l’humanité en modifiant le plan de vol pour secourir d’éventuels rescapés d’Icarus I, mais les passagers d’Icarus II ont une motivation forte de le faire malgré tout : un second vaisseau leur permettra de disposer de deux charges nucléaires au lieu d’une seule ainsi que d’augmenter leurs réserves d’oxygène, ce qui constitue peut-être leur unique espoir de succès. La décision est donc finalement prise d’aller à la rencontre d’Icarus I.

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À la suite d’une infime erreur de calcul du navigateur Trey, la trajectoire du vaisseau est faussée et son bouclier contre la lumière du soleil est mal orienté. La catastophe n’est pas loin et il faut que Kaneda, le commandant, et Capa, le physicien, effectuent une sortie dans l’espace. Cela se passe très mal, et Kaneda doit se sacrifier au profit de Capa, car ce dernier sera le seul membre de l’équipage à savoir manipuler la bombe en cas de défaillance des instruments de bord. Mais il y a plus grave. L’absence temporaire de protection contre le feu solaire aboutit à un incendie dramatique à l’intérieur de la ferme d’Icarus II. Cette serre constituait l’unique source de renouvellement d’oxygène et de nourriture du vaisseau.
Aborder et visiter Icarus I est alors devenu une question vitale.

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Icarus I est retrouvé en assez bon état de marche, ses serres abandonnées sont luxuriantes et son électronique semble fonctionner, à l’exception notable de l’ordinateur de bord. L’équipage, par contre, est retrouvé en poussière dans une attitude appaisée qui évoque un suicide collectif par exposition directe à la lumière solaire. Dans une vidéo testament retrouvée sur le vaisseau, le commandant d’Icarus I, Pinbacker, tient des propos incohérents, des propos d’illuminé, au propre comme au figuré. Il fustige la vanité des humains qui osent vouloir contrarier la marche de l’univers.

Les deux vaisseaux sont désolidarisés par un accident inattendu et Icarus I est victime d’une fuite d’oxygène. Les quatre hommes qui étaient montés à son bord doivent se projeter vers leur vaisseau. Deux d’entre eux n’y parviennent pas. La catastrophe s’avère avoir été causée par un sabotage dont le seul suspect possible est Trey, devenu dépressif et suicidaire. L’équipage décide d’assassiner Trey, autant pour les soupçons qui pèsent sur lui que parce que l’oxygène se raréfie dangereusement. Mais au moment de l’éxécuter, l’ingénieur Mace découvre que Trey s’était déjà donné la mort depuis longtemps, ce qui le disculpe de tout soupçon de sabotage. Juste avant d’être lui-même victime d’un sabotage, l’ordinateur de bord informe Capa qu’il reste cinq passagers en vie sur le vaisseau et non quatre, comme le voudraient les lois de l’arithmétique…
Je ne raconte pas la fin.

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Extrèmement bien réalisé, ce film constitue l’improbable synthèse du classique 2001: A Space Odyssey, par Stanley Kubrick et du comique Dark Star, de John Carpenter. On pense logiquement aussi un peu à Alien le huitième passager — qui est la version sérieuse de Dark Star — ainsi qu’à Solaris, d’Andrei Tarkovski. Quelques petites choses ont sans doute été prises aussi à Space: 1999 (en français, Cosmos 1999), une série télévisée britannique de 1975, dans laquelle les occupants d’une base lunaire dérivent dans l’espace, le satellite naturel de la terre ayant quitté son orbite à la suite d’un accident nucléaire. Certains détails, comme l’écoute du « son de l’espace » (intelligemment figuré par un bain de lumière verte) de l’officier des communications Harvey rappellent furieusement les récits qui se déroulent dans un sous-marin, comme Das Boot ou À la poursuite d’octobre rouge.
Tout au long du film, on redoute de voir le récit parasité par des péoccupations métaphysiques de supermarché, mais l’action parvient à prendre le pas sur toute autre considération et peu importe, au fond, de savoir si le commandant Pinbacker et son équipage ont vu Dieu en face ou non, l’essentiel est d’achever la mission. La distribution est plutôt une réussite, avec notamment Michelle Yeoh, toute en retenue (et sans kung-fu), Cillian Murphy et Rose Byrne (le premier vu dans 28 jours plus tard, la seconde dans la suite 28 semaines plus tard). Aucun rôle n’est médiocrement écrit, on ne peut pas dire d’entrée quels personnages ont vocation à atteindre la fin du film et quels autres ne sont là que pour mourir.

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Sunshine n’est jamais un film drôle, il ne contient quasiment aucun gag, aucun bon mot, aucun sourire ni même le moindre détail ironique, et le seules paroles qui contiennent un semblant d’humour visent en quelque sorte à punir les défaillances passagères d’Harvey, l’uniquel membre de l’équipage qui pense de temps à autres à sa survie propre. C’est au contraire un film à la logique implacable où les sacrifices sont consentis sans effusions exagérées, sans regrets, et où personne ne peut se permettre d’avoir d’espoirs pour lui-même, connaissant l’absolue importance de ce qui est en jeu : la survie de la planète terre. Le courage des protagonistes n’est même plus un enjeu ici, il est tacitement acquis dès le départ et n’empêche d’ailleurs pas les arrières-pensées. La marche inéluctable du destin rappelle les meilleurs films catastrophe, comme La Tour Infernale (1975), où le professionalisme du chef des pompiers (Steve McQueen) et de l’architecte (Paul Newman) s’exercent avec pragmatisme parce que c’est, au fond, l’unique attitude possible. La grande différence entre La Tour Infernale, c’est qu’ici, tout se déroule à huis-clos, qu’il n’y a aucune fuite possible. Par ailleurs l’équipage, qui s’approche au plus près de phénomènes aux proportions titanesques vit dans une constante fascination du déchaînement des éléments. Dans une jolie scène, Corazon (Michelle Yeoh), la biologiste du bord, découvre une minuscule plante rescapée de l’incendie de la serre. Cette force vitale, qui résume bien l’action désespérée de l’équipage, est un autre motif d’émerveillement.

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Au chapitre informatique, je remarque l’omniprésence de l’ordinateur de bord, qui ne se distingue pas du vaisseau puisque tout le monde l’appelle «Icarus», du nom du navire, qui est bien entendu une référence à Icare, le fils de l’ingénieur Dédale, mort de s’être trop approché du soleil. Comme Hal 9000 (2001), Mother (Dark Star, Alien) et bien d’autres ordinateurs de bord de la science-fiction, l’interface principale d’Icarus est la parole. Dotée de la voix douce et agréable de l’actrice sino-zimbabwéenne Chipo Chung, Icarus est extrèmement fiable et comprend très bien les ordres qui lui sont donnés selon le contexte, elle ne demande pas «quelle porte dois-je fermer ?» lorsqu’on lui demande de couper l’accès à un lieu ravagé par un incendie. Son autonomie décisionnaire est limitée mais elle peut émettre spontanément des suggestions, et même refuser d’exécuter un ordre qui lui semblerait apte à mettre en péril la mission entière, à moins que l’ordre soit confirmé par un nombre suffisant de membres de l’équipage. C’est, finalement, un ordinateur de bord plutôt classique.

The earth room

On croise des écrans et des objets futuristes divers, tous relevant des technologies qui nous sont familières et qui sont ici à peine améliorées. Ce qui m’a le plus intéressé, c’est la salle « terre » (earth room), une pièce de base carrée dont chaque paroi interne est un écran et qui permet d’offrir à celui qui se trouve à l’intérieur un spectacle immersif complet. En le voyant fonctionner dans le film j’ai pensé au système de projection de panoramas vu au ZKM dernièrement.

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La salle « terre » est utilisée à trois moments importants du film. Tout d’abord,  son usage est prescrit à titre thérapeutique à Mace par le psychologue du bord, Searle. L’ingénieur Mace a eu quelques heures plus tôt un coup de sang en réalisant que Capa avait épuisé les dernières minutes de communication avec la terre et s’était, pour cette raison, brièvement battu avec lui. Afin d’apaiser son humeur, il est immergé dans des images terrestres fortement dépaysantes : mer, forêt.
La même salle est utilisée par Capa pour visualiser une simulation informatique du possible arrimage d’Icarus I par Icarus II.

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Enfin, c’est dans la salle « terre » qu’est retrouvé le corps de Trey, qui s’est suicidé. Aux murs, pas de paysages terrestres mais juste un vol d’oiseaux noirs sur les parois blanches.

Exactitude scientifique

Je ne pense pas que Sunshine soit un film appelé à marquer à jamais l’histoire de la science-fiction, puisqu’il est la perpétuation d’une tradition plutôt que l’invention de quelque chose de véritablement neuf, mais sa qualité visuelle et l’angoisse froide qui le parcourt tiennent le spectateur en alerte, sans pour autant l’exténuer, tout au long du récit. Ce ne sont pas les rebondissements et les surprises qui priment, mais une question unique, qui est de savoir si les forces des survivants seront suffisantes pour mener la mission à son terme.

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La fascination du scénariste et du réalisateur pour l’immensité vertigineuse des forces du cosmos est évidente à l’image, elle l’est même plus que dans aucun film d’exploration spatiale — de ceux dont j’ai le souvenir en tout cas. Les effets visuels, exclusivement informatiques, d’une grande sobriété et d’une rare qualité artistique, sont l’œuvre de The Moving Picture Co (MPC), une société londonienne à qui l’on doit aussi les effets de Watchmen, Narnia, Le seigneur des anneaux, Kingdom of heaven, Harry Potter et bien d’autres films.

sunshine_physiciensAfin d’être conseillé tout au long du tournage et même dès l’écriture du scénario, Danny Boyle a embauché un authentique physicien, le docteur Brian Cox, de l’université de Manchester, qu’il avait aperçu dans un documentaire de la BBC. Cox sert en partie de modèle au personnage de Capa. Il partage avec lui la jeunesse, le talent et même le champ de recherches puisque le savant britannique fait partie de l’équipe du « Large Hadron Collider », au Cern, projet qui se trouve au centre des recherches en physique fondamentale. Dans la section bonus du DVD, on peut entendre le commentaire du jeune scientifique sur Sunshine. Bien que le film contienne quelques erreurs et de nombreux choix qui relèvent de la licence artistique, le témoignage de Brian Cox montre que le film a été scénarisé et réalisé de manière scientifiquement plausible, dans la tradition du 2001 de Kubrick. Le scientifique a apporté sa touche personnelle sur un plan supérieur, celui de la conscience même du fonctionnement de l’univers et de sa vertigineuse puissance. Alors que (pour résumer caricaturalement) 2001: a Space Odyssey se questionnait sur l’existence de l’intelligence, que Solaris s’émouvait de l’existence de l’amour et qu’Alien le huitième passager s’étonnait de l’existence de la vie (et de son moteur, la survie), Sunshine parle du miracle que constitue l’existence même de la matière, du fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien.
Pour résumer, Sunshine est un film hautement regardable.

Hadopi contre la science-fiction

mai 1st, 2009 Posted in indices, Pas gai | 19 Comments »

christine_albanel_lcpLe vote surprise contre la loi Hadopi a créé un petit choc dans la majorité. Le mot d’ordre, depuis, est que pas une tête ne doit dépasser. Plusieurs députés UMP hostiles à la loi Hadopi se sont plaints d’avoir été privés de parole à l’assemblée par leur propre groupe politique : Lionel Tardy, Christian Vanneste ou encore Alain Suguenot. On a même rapporté que le député Nouveau Centre Jean Dionis du Séjour avait reçu des menaces verbales précises de la part du président de la république : « Tu fermes ta gueule ou tu es mort politiquement ». Le député a démenti, mais le simple fait que l’information ait été largement diffusée montre qu’il est clair pour tous les observateurs que l’Élysée est particulièrement à cran sur le sujet de la loi Diffusion et protection de la création sur internet. Par ailleurs Jean Dionis du Séjour, tout en maintenant une partie de ses réserves, devrait finalement voter en faveur de la loi Hadopi.
Cette tension est bien entendu motivée par le camouflet qu’a constitué le vote  du 9 avril dernier, où la majorité, parfaitement convaincue de sa domination numérique a négligé d’être présente en bonne proportion à l’heure du scrutin (belle illustration de la fable du lièvre et de la tortue !). Personne ne me semble avoir avancé l’idée que les réticences des députés à venir voter le texte étaient peut-être dues à son contenu, comme c’est par exemple le cas de Frank Marlin, député-maire UMP d’Étampes… En tout cas il n’est apparemment plus question de discuter. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’assemblée, a ingénument déclaré, au sujet de la deuxième lecture du texte,  « ce n’est désormais plus la teneur de ce texte qui est en cause. Ce qui importe c’est le problème politique créé par son rejet surprise et par le comportement absurde de l’opposition ». Le contenu du texte n’a plus d’importance, c’est devenu une question d’honneur à retrouver1. Bigre.

Christine Albanel : le soupçon de surveillance généralisée des réseaux évoqué par certains groupuscules libertaires n'est absolument pas honnêteChristine Albanel, de son côté, croit toujours à l’importance du texte. Dans son laborieux2 second discours de présentation du projet de loi, la ministre a à nouveau parlé de ce vote comme d’une urgence, parlant des trois semaines qui ont séparé les deux lectures du texte comme d’un temps perdu aux conséquences dramatiques. On se croirait dans un Die Hard ou 24 heures chrono : il ne reste plus que quelques secondes avant l’explosion, faut-il couper le fil rouge ou le fil bleu ? Tu vas voir, on va s’en sortir, Johnny (Halliday) ! Et de sortir des chiffres absurdes se son chapeau, comme le milliard de places de cinéma qui ne sont pas payées chaque année, manque à gagner certes vertigineux mais qui ne parviendra jamais bien à expliquer comment le cinéma est parvenu à augmenter ses revenus de 80% sur les dix dernières années. De même, la confusion entre ventes de CDs (en nette baisse) et revenu global de l’industrie musicale (nettement moins inquiétant) persiste à être faite sans discernement. Les habituelles comparaisons à Internet qui ne doit pas être, je cite, une «jungle», un «far-west», ni s’affranchir du droit, font doucement rire si l’on songe que l’ordre du jour est précisément de proposer une loi d’exception qui singularise le droit applicable à Internet et qui s’ajoute, mais ne se substitue pas3, à des dispositifs existants, ainsi que l’a rappelé Patrick Bloche.

patrick_bloche_lcp_hadopi

En trois semaines, la loi s’est même durcie. Il semble par exemple acquis que les internautes dont l’accès à Internet est suspendu en représailles de leur activité de téléchargement illégal devront malgré tout continuer à s’acquitter de leur abonnement auprès de leur opérateur, qui pourtant n’assurera pas le service. Intéressant ! La députée Martine Billard (Verts — je ne connaissais pas cette députée de Paris mais je dois dire que j’ai trouvé son discours particulièrement clair et posé) avait proposé qu’au moins la somme correspondant à l’abonnement soit affectée aux créateurs. L’idée a séduit beaucoup de députés de la majorité, mais elle a finalement été repoussée. Le principe d’une amnistie pour les auteurs de contrefaçons antérieures à l’application de la loi Hadopi est aussi laissé de côté.

Franck Riester LCPDe toutes les modifications apportées à la loi, la plus angoissante est l’amendement soumis par le député UMP Franck Riester qui porte sur la confidentialité des e-mails ou des messages instantanés. Il était en effet proposé que le titulaire d’un accès à Internet soit astreint à surveiller les e-mails et les communications instantanées des personnes qui profitent de son accès à Internet. Ainsi afin de se dédouanner de toute utilisation frauduleuse de son accès, l’abonné aurait dû surveiller les communications privées de ses « invités » : le cousin, le voisin, l’épouse, l’enfant. Cela signifie aussi, me semble, que les fournisseurs de connexions publiques (cybercafés, bibliothèques, universités, etc.) auraient eu le droit et même l’obligation de fouiller les communications privées qui transitent par leur accès internet. Tout ça est bien entendu difficilement applicable et, pas la peine de le dire, extrèmement dangereux. Il n’est pas très explicitement précisé si le droit d’intercepter les communications électroniques est étendu aux organismes professionnels de défense des droits d’auteur, mais il me semble que le principe d’une telle extension tombe sous le sens, puisque dans l’esprit de la loi Hadopi, si l’on ne veut ou ne peut pas surveiller l’usage qui est fait de sa connexion, on doit laisser les organismes concernés le faire à l’aide d’un logiciel de surveillance installé sur nos ordinateurs.
On voit en tout cas mal pourquoi le secret de la corrspondance, qui est un droit constitionnel européen et un droit garanti par le code pénal français serait caduc sur Internet s’il s’agit de prouver un délit qui ne relève a priori pas de la sécurité nationale.
Certains craignent d’y voir trop clair, comme Numerama, pour qui la loi Hadopi sert essentiellement à introduire les exceptions au droit pénal qui permettront ensuite de faire passer facilement la future loi de sécurité intérieure qui devrait instaurer la surveillance policière et le filtrage des communications.

jean-pierre Brard : Monsieur Franck Riester n'est pas sans talent pour un nouveau député, mais ce n'est pas la peine néanmoins d'utiliser la déclaration des droits de l'homme comme linceul pour nos libertésUn peu gros tout de même. Ça a été vu. Le député s’est donc finalement dégonflé hier, et, avant même que la presse ne fasse de la publicité à son projet ahurissant, a proposé de supprimer de l’article de loi la mention de «communication électronique» qu’il avait discrètement ajoutée, au milieu d’un certain nombre d’amendements au contenu anodin et destinés à modifier des tournures sans rien changer à l’esprit du texte. Cette méthode est celle qu’emploient les scientologues pour diffuser leur propagande dans les articles qui sont consacré à leur société sur Wikipédia : noyé au milieu de changements sans aucun intérêt et destinés à endormir la vigilance de ceux qui surveillent les articles, ils glissent ou suppriment un mot véritablement signifiant. L’air de rien. Aussi fourbe qu’efficace.

Christine Albanel expliquait hier que tous les artistes étaient favorable à cette loi, « y compris ceux qui ne sont pas de notre bord » précisait-elle, peut-être pour rassurer Thomas Dutronc, qui soutient la loi mais qui s’inquiétait le mois dernier : «(…) je pensais qu’il y aurait aussi des députés de gauche. J’espère qu’on ne va pas verser dans la politique politicienne. On vit un truc surréaliste où des artistes de gauche montent au créneau avec des politiques de droite»4.

Elle n’a pas évoqué les ressortissants du « peuple de la science-fiction » (écrivains, illustrateurs, traducteurs, éditeurs, libraires,… Eux aussi concernés par les questions de droit d’auteur) réunis par Roland C. Wagner autour du texte Qui contrôlera le futur?. Je ne vais pas citer la liste des signataires, mais je note la présence amusante du baron Vladimir Harkonnen. Ce petit gag est un clin d’œil à la pétition de 10 000 signatures de la Sacem qui contenait un dénommé Paul Atreides. Si vous avez lu Dune, de Frank Herbert, vous goûterez la plaisanterie.

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Alors que la ministre de la culture parle de la loi Hadopi comme d’une loi résolument « moderne », les professionnels de la science-fiction estiment qu’ il est, je cite «une aberration de légiférer sur des pratiques nées de la technologie du XXIe siècle en se basant sur des schémas issus du XIXe siècle».

Dans une interview par Erwan Cario pour Écrans, Roland C. Wagner, tout en expliquant qu’il comprend très bien que les artistes aient peur, complète :

«S’il est quelque chose que la science-fiction m’a appris, c’est que cela ne sert à rien de craindre l’avenir, et si j’avais un conseil à donner à ceux qui nous gouvernent, ce serait de lire de la science-fiction. Car la science-fiction, en nous montrant des avenirs auxquels nous voulons échapper aussi bien que des avenirs dans lesquels nous aimerions vivre, ouvre notre esprit sur une vérité fondamentale : l’avenir sera ce que nous en ferons, et rien d’autre».

L’intrusion inattendue de la science-fiction dans le débat me semble un fait extrèmement intéressant. Le métier de ces gens est de réfléchir aux modifications antropologiques qu’amènent les technologies, et je ne pense pas qu’ils le fassent beaucoup moins bien que des prospectivistes professionnels comme Alain Minc ou Jacques Attali, d’autant que leur imagination n’est pas soumise aux mêmes contraintes. Les premiers observent le présent et le futur — des présents et des futurs potentiels — avec comme contrainte d’en tirer de bons livres, tandis que les consultants en futurologie utilisent l’avenir comme produit d’appel pour eux-mêmes.

L’examen de la loi reprend lundi prochain.

  1. tout les moyens seront bons pour faire travailler les députés, puisqu’après les menaces de retenues de salaire ou de limitation du cumul des mandats pour les députés absentéistes, Roger Karouchi, secrétaire d’état aux relations avec le parlement (absent lors du vote du 9 avril) veut acheter ses collègues en valorisant la présence plutôt qu’en sanctionnant l’absence []
  2. Elle fourche à de nombreuses reprises, commençant par « le deux avril dernier j’avais l’honneur de sous-merde à votre vote (…) » et est huée de manière assez irrespectueuse par ses adversaires politiques  []
  3. La loi Hadopi ne remplace pas les lois applicables au droit d’auteur que je sache. On pourra reçevoir ses e-mails d’avertissement «hadopi» depuis la prison où on aura été envoyé pour contrefaçon au droit d’auteur. Une loi pédagogique, a dit Mme Albanel. []
  4.  Thomas Dutronc : «Mon but n’est pas de défendre mon casse-croûte ou celui de Johnny Hallyday», 20 Minutes, 10/03/2009 []

Gribouille

avril 30th, 2009 Posted in Brève, Mémoire, Personnel, Sciences | 2 Comments »

On me dit souvent que je passe mon temps à dessiner. En fait, je dessine principalement lorsque je suis en situation d’écouter un exposé, typiquement lors d’une réunion ou pendant une conférence.
Je ne remercierai jamais assez mes profs de mathématiques de collège (Mmes Thévard et Gilles, notamment) de m’avoir constament laissé griffonner pendant leurs cours, chose que m’interdisaient les profs de français, par exemple.
Même si je crois que je l’ai toujours su, au fond, je n’ignore à présent plus d’où me vient ce besoin impérieux de dessiner dans certaines situations.

gribouiller

…Bon, l’article vient de l’édition de mai de Science & Vie, journal qui aime bien transformer des études scientifiques arides aux résultats complexes ou même équivoques en nouvelles excitantes, stimulantes et suffisament simples pour être répétées au journal de 13h — démarche qui est à mon sens à peine plus rigoureuse que celle de Scientists of America.

Je n’ai pas de communication scientifique sur cette recherche précise mais j’ai lu en anglais des déclaration du professeur Jackie Andrade1, qui enseigne la psychologie cognitive à l’Université de Plymouth et qui explique que ce qui est important pour la concentration est moins de dessiner que de s’empêcher de rêvasser et de se distraire. Or le gribouillage (doodling), dit-elle, court-circuite la rêvasserie (j’évite à dessein le mot rêverie).
Mais qu’en est-il du dessin un peu appliqué, concentré ? Je suis assez impatient d’en savoir plus.

  1. Andrade, J. (2010), What does doodling do?. Appl. Cognit. Psychol., 24: 100–106. doi: 10.1002/acp.1561 []

In the year 2889

avril 30th, 2009 Posted in Bande dessinée, Personnel, Vintage | No Comments »

in_the_year_2889_couvIl est dix heures, on sonne à la porte, c’est le facteur, pour un cadeau qui sent bon l’encre d’imprimerie toute fraîche. Ce sont mes exemplaires de  La journee d’un Journaliste Americain en 2889, de Guillaume Guerse d’après Michel Verne, édité par 6 Pieds sous terre.

Je ne vais pas raconter la genèse et la paternité du texte adapté, questions complexes et disputées, puisque l’illustre Monsieur Vandermeulen, directeur du programme Science Fiction pour Tous du collège de la Petite Bibliothèque des Cultures contemporaines fait le point sur le sujet dans une postface à sa manière. 
Pour dire les choses vite et en espérant ne pas éventer le suspense, expliquons que le texte d’origine a été publié en anglais sous le titre In the year 28891, puis a connu plusieurs rééditions francophones avec des changements de noms (Fritz Napoleon Smith devient Francis Bennett) ou de dates. Il est par ailleurs vraisemblable que l’on puisse intégralement attribuer ce texte à Michel Verne, le fils de Jules.

Le texte raconte la journée d’un magnat de la presse du futur, Francis Bennett, qui fait et défait la politique et l’économie à son profit. Les plus grands pays l’implorent de médiatiser leurs points de vue et il n’hésite pas à imposer ses propres options politiques. L’adaptation de MM. Guerse et Vandermeulen rend justice à la causticité de la nouvelle d’origine qui, à ce sujet, rappelle celle de Paris au XXe siècle, un texte de jeunesse de Jules Verne que l’on n’a retrouvé dans le coffre de Michel Verne que des années après la mort de ce dernier.

Guillaume Guerse, que l’on connaît pour ses pages d’humour en collaboration avec Marc Pichelin pour les éditions Les Requins Marteaux (dont il est un des fondateurs) et 6 pieds sous terre, ainsi que pour le mensuel Fluide Glacial, s’est pris au jeu de l’adaptation en apposant à son dessin un traitement discrètement dix-neuvième, en accord avec le sujet. L’adaptation de cette fable steampunk est claire et efficace, bien plus que la nouvelle d’origine, du reste. 

2889_1

En janvier dernier, j’ai assisté à une réunion des Algoristes à Paris, et il y a justement été question de la nouvelle de Michel et/ou Jules Verne, La Journée d’un journaliste américain en 2889, d’ailleurs publiée sur le site de cette association d’artistes programmeurs. Trois jours plus tard, en parcourant les allées du festival d’Angoulême, je croise Jean-Philippe Garçon (de 6 pieds sous terre) et David Vandermeulen (apparenté, si l’on en croit la rumeur, à Monsieur Vandermeulen), qui me proposent d’ajouter au livre — dont j’avais aperçu des dessins du coin de l’œil — quelques lignes consacrées à la qualité visionnaire du texte de Michel Verne : télévision, ordinateur, cryogénisation et centres d’appels téléphoniques modernes, notamment. 

Le résultat des efforts des uns et des autres est un bien bel ouvrage de quarante-huit pages imprimé en quadrichromie sur papier offset satin de 170gr/m2, mesurant vingt-et-un par vingt-sept centimètres cinquante et ne coûtant, tenez-vous bien, que treize euros. Mais oui messieurs et mesdames  vous m’avez bien lu, treize. Non pas seize euros, non pas quinze euros, non pas quatorze euros, mais bien treize euros et pas un de plus, messieurs et mesdames.
L’ouvrage est publié en collaboration avec l’Association des parents désespérés de France, on peut donc l’employer comme support pédagogique sans la moindre hésitation.

La journee d’un Journaliste Americain en 2889
Éd. 6 pieds sous terre, coll. Monotrème, mai 2009
ISBN 978-2-35212-046-9

  1. Il existe un téléfilm de science-fiction post-apocalyptique américain de 1967 intitulé In the year 2889, mais celui-ci n’a aucun rapport avec la nouvelle de Michel Verne, pas plus que la chanson In the year 2525, par Zager and Evans,  sortie elle aussi en 1967 et qui distilait une vision sombre de l’avenir depuis la première place du hit-parade américain au moment précis où Neil Armstrong plantait le drapeau de son pays sur la surface de la lune. En 1969, justement, Richard Anthony puis Dalida ont chanté une reprise de In the year 2525 intitulée L’an 2005. La meilleure version de cette chanson est pour moi celle du groupe new wave Visage, quinze ans plus tard. Hmmm… tout cela nous entraîne bien loin de Michel Verne ! []