Profitez-en, après celui là c'est fini

Babylon A.D.

avril 27th, 2009 Posted in Interactivité au cinéma | 15 Comments »

Babylon A.D. est un cas rare (mais pas unique) de film assassiné à sa sortie par son propre réalisateur.
Mathieu Kassovitz a en effet refusé d’assurer la promotion du film qu’il a comparé à « un mauvais épisode de la série 24 heures chrono », dont tout contenu philosophique a été expurgé au profit de la violence et de la stupidité1. Passionné par son sujet, il avait pourtant passé cinq ans à préparer la production du film, mais le résultat n’a pas été à la hauteur de ses espérances.  La société productrice, Fox, a constament traccassé le réalisateur de La Haine et l’a empêché, dit celui-ci, de tourner la moindre scène telle qu’il l’avait prévue.
La réalisation de blockbusters est souvent une expérience traumatisante pour les réalisateurs (notamment français eu égard au respect qui entoure le réalisateur chez nous) car de nombreux enjeux non artistiques interfèrent avec la vision de l’auteur : public ciblé, acteurs imposés par la cible, scénaristes imposés par les guildes, durée calibrée selon l’heure à laquelle le film doit passer à la télévision, vérifications juridiques constantes, etc. Le réalisateur de blockbuster est traité comme un ouvrier du film parmi les autres, les questions artistiques étant
in fine décidées par les producteurs. Il faut dire que les enjeux financiers sont sérieux : le budget de ce film est par exemple estimé à soixante millions d’euros.
Donc, pour Kassovitz,
Babylon A.D. est une mauvaise expérience.
Mais pour le spectateur ? 

Je n’ai pas lu Babylon Babies, le roman de Maurice G. Dantec dont est inspiré Babylon A.D. On compare souvent Maurice G. Dantec à William Gibson — le père du cyberpunk. Beaucoup2 s’accordent à voir en Dantec l’exemple quasi-unique d’auteur français qui ait tiré une matière littéraire des thèmes cyberpunks. Dantec est aussi un écrivain connu pour son obsession du « choc des civilisations » et du déclin de l’Europe, préoccupations qui l’ont amené à soutenir les néo-conservateurs américains, à s’opposer au référendum sur la constitutions européenne et à soutenir Philippe de Villiers aux élections présidentielles. Plusieurs de ses livres n’en ont pas moins bonne réputation, notamment Les racines du mal et Babylon babies. Tout ça est sur ma pile de livres à lire un jour mais je n’ai jamais réussi à en faire une priorité. Le visionnage de Babylon A.D. me rend cependant curieux.

Le héros s’appelle Toorop. C’est un costaud des batignoles, un vrai, un dur, un tatoué, un mercennaire considéré comme terroriste dans son pays natal, les États-Unis, qui vend ses services ici et là et notamment en Russie orientale où commence l’histoire. Désabusé, solitaire, cynique et n’ayant plus confiance dans le genre humain, il rappelle le Snake Plissken de New York 1997. Le rôle est convenablement interprété par Vin Diesel, un acteur que je connais pour ma part assez mal. Je n’ai vu que Pitch Black, film correct dont le héros est un criminel (de l’espace) désabusé, solitaire, cynique et n’ayant confiance en personne.

Babylon A.D. s’ouvre sur la terre, vue de l’espace. Une terre humaine, c’est à dire dont on voit les lumières artificielles et les satellites. La voix du héros marmonne quelques paroles sur la terre, la vie, la mort, l’avenir, dieu et les secondes chances qui nous sont offertes. Au début du film, Toorop, qui était parti se faire rembourser une arme défectueuse, rentre dans son immeuble crasseux et fait la cuisine. J’aime bien cette scène à vrai dire, voir ce gros baraqué qui retourne un lapin pour en faire sauter les abats à la poëlle avec des oignons émincés avant de déguster le tout accompagné d’un petit verre de rouge… C’est assez incongru pour fonctionner. Le rapport entre la brutalité du dépeçage d’un lapin et le raffinement de la gastronomie introduisent un personnage complexe. 

Surgissent alors des tas de types armés qui font sauter la porte de l’appartement de Toorop. Boum. Ils entrent en tenant l’homme en joue avec des fusils à visée laser. Parmi eux se trouve Karl, une connaissance à qui Toorop avait, une fois, promis de le tuer s’il le menaçait à nouveau. Le mercennaire tient sa promesse et zigouille Karl, avant de se rendre aux autres sans la moindre résistance. Cette introduction nous permet d’apprécier le personnage : il a de bons réflexes, il tient ses engagements, il n’est pas pleutre et il évalue bien les risques qu’il court (il sait par exemple que le meutre de Karl ne sera pas puni).
L’escouade paramillitaire qui était venu chercher Toorop travaille en fait pour une vieille connaissance, le mafieux russe Gorsky (Gérard Depardieu) qui a un emploi à proposer au mercenaire. Pour des centaines de milliers de dollars et en échange de la possibilité de retourner aux États-Unis avec une nouvelle vie, Toorop doit effectuer une livraison entre la Russie et le Canada.
Et ce qu’il doit livrer, c’est une jeune fille un peu perturbée, Aurora.

Aurora (Mélanie Thierry, vue ici et là, visage intéressant) est une très jeune femme qui n’a jamais rien vu d’autre que le couvent où elle a été élevée et qui est accompagnée tout au long du voyage par sa duègne et mère de substitution, sœur Rebeka (Michelle Yeoh, de Tigres et Dragons).
Toorop a pour instruction d’épargner à Aurora tout contact avec la brutalité du monde extérieur. Il est pourtant obligé de lui faire traverser un marché sibérien bruyant puis de l’emmener dans un lieu de perdition où une brute surnommée « le boucher chinois » (interprété par le kick-boxer havrais Jérôme Le Banner, authentiquement impressionnant) combat pour de l’argent. Dans ce club (bar ? boite de nuit ?), on découvrira que sœur Rebeka est pacifiste mais qu’elle est aussi très bonne en kung-fu, et que Toorop est incorruptible, puisqu’il refuse la grosse somme d’argent pour laquelle une escouade inconnue mais affirmant travailler pour le père d’Aurora lui proposait de racheter cette dernière. La séquence de la boite de nuit, avec son ambiance de clip de Billy Idol, est le cadre d’une belle démonstration de parkour — ce sport spectaculaire basé sur la course, les sauts, les roulades et le franchissement créatif d’obstacles — malheureusement effectuée dans le noir.

Au fil du voyage, Toorop s’aperçoit qu’Aurora n’est pas une jeune femme comme les autres. Elle parle avec naturel de nombreuses langues et elle connaît des choses qu’elle n’a jamais apprises. Pour traverser le détroit de Bering, Toorop, Rebeka et Aurora doivent utiliser un sous-marin clandestin qui n’émerge que quelques minutes et noie les retardataires, puis parcourir une zone gelée d’Alaska sur des scooters des neiges. La zone en question est méchament protégée par des drones-tueurs qui assassinent tout ce qui bouge dans leur périmètre : ours, loups, et voyageurs clandestins. Mais Toorop parvient à détruire les drones. Il tue aussi son « passeur », un vieil ami qui s’avère un peu trop vénal.

Arrivés à New York, Toorop, soeur Rebeka et Aurora s’installent dans un appartement chic où ils ne trouvent ni nourriture ni armes, ce qu’ils trouvent inquiétant. Au pied de l’immeuble, de nombreux véhicules semblent les attendre. Un médecin de la secte des noélites (religion à laquelle appartient Rebeka) vient vérifier l’état de santé d’Aurora. On apprend alors que la jeune femme est enceinte de jumeaux, bien qu’elle n’ait jamais connu d’homme. Ce n’est pas Aurora qui a été transportée entre la russie et les États-Unis, mais ses futurs enfants, dont Aurora n’était donc que le vaisseau. Toorop et soeur Rebeka ont des doutes sur leur mission et sur le destin d’Aurora, d’autant qu’ils viennent d’apprendre que le monastère où a grandi Aurora a été pulvérisé par un missile. Ils se décident, sans concertation, à ne pas remettre Aurora à ses destinataires. Ils doivent alors se battre contre les sbires du mafieux Gorsky et les membres de la religion noélite. Cela se passe très mal, Rebeka est tuée, et Toorop n’échappe à un missile traçeur qu’en se faisant tuer à son tour par Aurora.
Aurora, de son côté, semble protégée des balles par une force surnaturelle. On apprendra plus tard qu’il s’agit de ses futurs enfants.

Le corps de Toorop est dérobé à la morgue par Darquandier (Lambert Wilson), le créateur d’Aurora, que tout le monde pensait mort. Darquandier, scientifique de premier plan et homme très intelligent (on le voit jouer, seul, à un jeu d’échecs holographique en trois dimensions), redonne vie à Toorop et le répare comme il peut car il sait qu’Aurora lui a laissé un indice permettant de la retrouver. La mémoire de Toorop est alors fouillée à l’aide d’un dispositif électronique dédié à cet usage. On voit défiler sa vie et ses guerres, le 11 septembre 2001, notamment.
Aurora se trouve dans la maison d’enfance de Toorop. Avant d’aller la rejoindre, le mercennaire apprend toute l’histoire : l’adolescente est un être hybride bio-cybernétique créé par Darqandier pour le compte de la secte des Noélites afin de préparer la naissance de ses enfants, naissance qui est censée marquer une rupture dans l’histoire de l’espèce humaine.
La grande prêtresse des noélites (Charlotte Rampling) est fâchée contre Gorsky qui avait affirmé avoir tué Darquandier des années plus tôt et le fait tuer en envoyant un missile nucléaire sur son convoi. Elle tue ensuite Darquandier qui ne veut pas lui révéler où se trouve Aurora et qui l’attendait avec un air de défi, une minerve cyberpunk et un verre du condamné à la main. Pan !
Charlotte Rampling et Lambert Wilson ne sont pas de mauvais acteurs loin de là, mais ils ne peuvent pas tirer grand chose de dialogues tel que celui-ci : « Êtes-vous prêt à vous sacrifier pour elle ? » — « Oui ! » — « pourquoi ? » — « C’est inutile, vous ne pouvez pas comprendre ! ».
On dit qu’un bon acteur peut se rendre passionnant en récitant le bottin, peut-être est-ce vrai, mais il peut difficilement l’être en débitant sérieusement des tirades aussi risibles.

La conclusion arrive très brusquement. Dans un long monologue, Toorop, que l’on voit dans une maternité, nous apprend qu’Aurora est morte en donnant naissance à ses enfants. Vagissements des jumeaux. Il va devoir s’occuper d’eux ? Fin.
La section bonus du DVD nous apprend qu’une course-poursuite en hummer et 4×4 entre les noélites et Toorop a été escamotée (mais apparaît dans la bande-annonce), bien qu’elle ait été entièrement montée et étalonnée, mais elle n’apportait pas grand chose au film sinon des scènes d’action assez spectaculaires.

Résumons : Deux acteurs principaux au physique intéressant et bien trouvé ; Une grande actrice, sinon la plus grande, des films d’arts martiaux ; De bons acteurs dans la plupart des autres rôles ; Des cascadeurs exceptionnels (dont le célèbre David Belle) ; Des paysages (Alaska, République Tchèque, New York) ; Des moyens ; Des effets spéciaux de très grande qualité ; Un réalisateur inégal mais plutôt doué pour les scènes d’action ; Un univers a priori intéressant.
Mais les ingrédients, ça n’est pas tout. Le résultat est, comme l’a constaté une critique quasi-unanime, à laquelle je m’associe, extrèmement ennuyeux. On trouve le temps long alors que le film est inhabituellement court. Parfois, la vision du monde simplette et bouffie de lieux communs qu’expriment les scénaristes (Mathieu Kassovitz et Éric Besnard) s’avère franchement embarrassante. Les scènes d’action sont dynamiques, mais elles sont souvent filmées de bien trop près, ce qui les rend pénibles à regarder. Dommage car certaines scènes de corps-à-corps filmées à l’épaule fonctionnent bien, et j’ai l’intuition que les choix de montage ne sont pas des cache-misère de niveau téléfilm mais au contraire des parti-pris artistiques particulièrement malvenus.

La tendresse qui lie les trois personnages principaux n’a pas non plus le temps de s’installer. Le scénario futuro-mystique n’ose pas aller au bout de son idée et les catastrophes géopolitiques à peine évoquées. La dénonciation de la religion-business est tellement grossière qu’on n’y croit pas une seconde («.Nos stock-options avaient atteint des sommets, le monde entier était tourné vers nous dans l’attente d’une révélation […].»). Les personnages secondaires existent à peine… La liste des rattages de Babylon A.D. peut être récitée longtemps.
Il n’y a pas trois scènes à sauver et tout ce qui est dit ou montré a été cent fois mieux dit ou montré dans Blade Runner, Minority Report, Robocop ou encore New York 1997, voire dans des séries télévisées telles que Dark Angel et Max Headroom ou des bandes dessinées telles que Ardeur (Alex et Daniel Varenne) ou bien sûr de nombreux comics américains. La force de la série B de science fiction est de se lancer à fond sans appréhensions, de ne pas avoir de comptes à rendre au spectateur en termes d’intelligibilité du message, de justesse politique ou de bon goût esthétique. Mais ici, c’est la double-peine, le film est à la fois timide et sans intelligence.

En revisionnant Babylon A.D. pour effectuer mes captures d’écran, j’ai profité de la version française, où la voix de Vin Diesel est doublée par le rappeur Doudou Masta. Sans être plus mauvais acteur qu’un autre, Doudou Masta ajoute au personnage de Toorop un accent cité franchement comique dans le contexte puisque cela nous donne un mercennaire américain qui vit en Russie et qui parle avec l’accent de Vitry-sur-Seine : «.Mainnant, montchez daana ouature.»  (Maintenant, montez dans la voiture).
À tout prendre, donc, si l’on vous force à regarder Babylon A.D., exigez au moins la version française !

Ce qui m’intéressait a priori dans Babylon A.D., c’étaient les interfaces informatiques, que l’on m’avait vantées. La réflexion faite par les décorateurs sur le sujet est assez pragmatique, au sens où quasiment tout de qui est montré est de l’ordre du réalisable : cartes routières à encre numérique qui se manipulent à la manière de Mappy ou de Google Map ; Signalétique animée, enseignes animées ; Textes qui défilent sur l’extérieur des véhicules ; Douche qui parle (et qui demande de l’argent) ; Grand écran de télévision où le zapping se fait en posant les mains sur l’écran (c’est une constante de la Science-Fiction depuis Fahrenheit 451 et Rollerball : les écrans de plus en plus grands. Ici, la télévision doit faire cinq mètres par trois et occupe tout un mur). Rien qui excite l’imaginaire, mais c’est justement ce qui m’a semblé intéressant et au fond plutôt bien fait.

La seule bonne chose que je retire du film, c’est qu’il m’a donné l’envie (ou plutôt la curiosité) de lire le livre dont il est l’adaptation. Quand à Kassovitz, je ne suis pas certain qu’il ait beaucoup d’excuses. Ses film pseudo-sociologiques « Hip-hop » étaient plutôt regardables, mais sous sa casquette de réalisateur de films d’action de série B, ses défauts persistent de film en film (Les rivières poupres, Gothika). Sa virtuosité un peu vaine (longs plans séquence qui traversent les murs…) et son côté « les cascadeurs sont mes copains et moi aussi je participe à la mêlée » peinent à masquer une vision du monde sans grande personnalité.

  1.  Babylon A.D. Director Mathieu Kassovitz Describes a Disastrous Production sur amctv.com  []
  2. par exemple Gérard Klein dans sa préface au roman de H. Harrisson et M. Minsky Le problème de Turing, préface qui fait le point sur le thème de l’informatique dans la littérature de science-fiction []

Pourquoi je quitte mon poste d’administrateur sur Wikipédia

avril 24th, 2009 Posted in Lecture, Non classé, Personnel, Wikipédia | 184 Comments »

Je contribue à Wikipédia depuis cinq ans et j’ai été élu administrateur au mois d’août 2005. Les administrateurs ne sont pas des dirigeants ni des responsables éditoriaux de l’encyclopédie, ils exercent une activité bénévole de maintien de l’ordre (bloquer temporairement un utilisateur problématique par ex.) et d’entretien (supprimer une page).

Les admins sont actuellement cent quatre vingt deux. Certains sont très actifs, d’autres moins. Personnellement, ça fait quelques temps que je ne me sers de mes « super-pouvoirs » d’administrateur qu’avec parcimonie et que je ne contribue qu’assez peu. Manque de temps, baisse d’enthousiasme… Il faut dire que le présent blog m’occupe beaucoup. Il faut admettre aussi que l’encyclopédie a beaucoup changé : en 2004, il y avait énormément à faire, le corpus de l’encyclopédie ne contenait que 50 000 articles (contre quinze fois plus à présent) et le problème n’était pas que les sujets étaient incorrectement traités, mais qu’il n’étaient pas traités du tout. Aujourd’hui il est plus difficile d’amener un sujet inédit, l’essentiel du travail pour les contributeurs est plutôt de supprimer des articles en trop, de classer correctement ceux qui existent, et bien entendu de les améliorer. Nous n’en sommes plus à explorer la frontière mais à baliser le territoire. Le niveau d’exigence ne cesse de monter et l’encyclopédie est à sa manière devenue une référence. De nombreux usagers se rendent sur Wikipédia sans se poser de questions sur la manière dont elle est construite. C’est dommage en un sens mais ça signifie aussi que l’encyclopédie a énormément progressé d’un point de vue qualitatif, qu’il n’y a plus besoin de convaincre le public de son potentiel — ce serait plutôt, au contraire, le moment de rappeler au public que Wikipédia est moins une encyclopédie qu’un dictionnaire encyclopédique aux ambitions limitées, à la manière de l’encyclopédie Larousse. Il est évident que, passé un certain palier dans les profondeurs du savoir, les contributeurs non-spécialistes, qui se veulent non-partiaux, qui appliquent une méthode, ne suffisent plus. Cependant l’expérience reste passionnante a titre philosophique ou technique : chercher les limites de la « neutralité de point de vue », réfléchir à la lisibilité du texte sur Internet, à l’ouverture aux contributeurs (le logiciel mediawiki est absolument brillant),… Sans oublier que certains sujets extrêmement bien représentés et ordonnés sur Wikipédia ne sont présent dans les mêmes proportions sur aucune autre encyclopédie, comme la musique populaire1.

Ma raison d’abandonner la charge d’administrateur, c’est que je constate que le temps que je peux ou que je veux y consacrer ne cesse de raccourcir. Pour cette raison, ma connaissance de l’évolution des rouages de Wikipédia (projets d’auto-évaluation, décisions communautaires diverses) est de plus en plus médiocre. Je ne pars en tout cas pas fâché ni en désaccord avec qui que ce soit. D’ailleurs je continuerai à contribuer au corpus en écrivant des articles ou en chargeant des photographies et des illustrations.

Je ne suis pas fâché, mais peut-être est-ce parce que pars avant de risquer de le devenir.
Il arrive en effet de temps à autres que je perçoive (et je sais que je ne suis pas le seul à l’avoir remarqué) les prémisses d’évolutions désagréables, notamment dans le rapport entre administrateurs et simples contributeurs : si l’administrateur est un contributeur comme les autres, il lui arrive de l’oublier, et cela peut aboutir à des situations déséquilibrées et pénibles. Le simple utilisateur qui aura employé un ton aigre envers un administrateur pourra être lourdement puni (d’une interdiction temporaire de contribuer) tandis qu’un administrateur qui néglige de demander son avis à la communauté avant de supprimer un article dont le sujet ou le contenu, selon son jugement, ne valent pas tripette, échappera parfois à toute sanction. Je suis sûr que ce n’est pas une chose si courante mais j’y suis particulièrement sensible : si l’abus de pouvoir provoque moins d’émoi que le crime de lèse-majesté, si je dois assister à  la naissance d’une caste, d’une aristocratie, alors je préfère être du côté de ceux qui n’exercent pas de pouvoir sur les autres2.

Cela faisait un petit temps que je me disais qu’il fallait que j’abandonne mes responsabilités, puisque je ne les exerçais plus ou presque. Mais j’attendais un déclic, et il est venu aujourd’hui avec ce communiqué de presse :

Orange conclut avec la Fondation Wikimedia le premier partenariat mondial dans les domaines du mobile et de l’internet(Paris, 23 avril 2009)Ce partenariat, premier du type, vise tout d’abord à élargir l’accès aux contenus Wikimedia aux portails web et mobile d’Orange. Les deux partenaires travailleront ensemble au développement de nouvelles fonctionnalités liées à l’encyclopédie Wikipedia, le service emblématique de la Fondation Wikimedia. Orange et la Fondation Wikimedia signent aujourd’hui un partenariat stratégique de grande ampleur au bénéfice de tous leurs utilisateurs ayant pour but d’élargir l’accès libre à la connaissance […]

À première vue, pas de quoi fouetter un chat, bien sûr, et l’affaire est même plutôt positive pour Wikipédia. En effet la marque Orange s’engage à donner un peu d’argent à la fondation Wikimedia pour obtenir un service qui n’a rien d’exclusif et pour lequel elle n’aurait d’ailleurs pas la moindre obligation de payer quoi que ce soit : si j’ai tout compris, c’est Orange qui va travailler (développer des outils spécifiques aux besoins de ses utilisateurs), et c’est Orange qui paye. Les frais de gestion de Wikipédia (maintenance des serveurs, bande passante), sont importants et les rentrées, qui reposent sur les dons, plutôt chiches, une source de financement de ce genre est donc bienvenue.

Mais voilà, on ne pactise pas avec le diable impunément.
On va me dire que je dramatise un peu et qu’Orange n’est pas le diable. On aura raison, malgré tout le mal que je pense cette marque3. Le diable ce n’est pas Orange, le diable c’est le communiqué de presse lui-même, son style affreux, son air d’être le vernis à ongles un peu vulgaire de la « main invisible du marché » d’Adam Smith.

Car pour qui lit en diagonale le communiqué en question, qu’est-ce qui nous est dit ? Que les clients d’Orange bénéficieront d’un accès privilégié à Wikipédia !
C’est en tout cas ce qu’a compris L’AFP qui résume l’affaire en disant que L’accès à Wikipédia sera « plus simple et plus rapide » pour les clients internet et mobile d’Orange en France, au Royaume-Uni et en Espagne.
La phrase d’origine dans le communiqué de presse officiel est bien différente puisqu’elle disait : Orange offrira à ses clients un accès plus simple et plus rapide aux contenus de Wikimedia en France, au Royaume-Uni, en Pologne et en Espagne.

Un système comme Wikipédia a pour honneur et pour force de fonctionner en dehors des règles qui ont cours habituellement dans le monde des affaires et de la communication. Contrairement à tout ce que l’on nomme généralement « Web 2.0 » (Youtube, Skyblog,…), Wikipédia n’exploite pas le travail de ses contributeurs/consommateurs au bénéfice d’un pool d’actionnaires, mais fait profiter à chacun de la bonne volonté de certains. Il faut savoir par exemple qu’un texte ajouté au corpus de l’encyclopédie n’est pas donné à Wikipédia, mais au monde entier, car sa licence d’utilisation empêche à quiconque de revendiquer un titre de propriété et d’exclusivité quelconque (Wikipédia compris) mais permet à tous (Orange compris) d’en avoir la jouissance, sous réserve de se conformer aux règles qui encadrent cette licence.
Nous sommes tous habitués à lire des nouvelles économiques comme : Sony signe avec Youtube, Canal+ signe avec Miramax, Intel signe avec DreamWorks,… En adoptant la même forme, le même langage, les mêmes formules cache-misère, le communiqué de presse d’Orange nous fait comprendre que Wikipédia est une marque populaire, intéressante en termes d’image et à laquelle il peut être fructueux de s’associer — le même communiqué ne porterait pas sur un média moins renommé ou non-consensuel. Mais il laisse par ailleurs entendre que Wikipédia est un peu comme les autres, que son but était le même, que les règles auxquelles est soumise l’encyclopédie contributive sont celles qui ont cours chez les marchands de lessive, que tout finit par s’acheter. Le fait, notamment, de ne pas mentionner les contributeurs dans ce communiqué de presse est particulièrement emblématique. Ils sont la substance même de Wikipédia, mais dans cet accord, ils sont escamotés. Est-ce que la plate-forme technique d’Orange permettra de contribuer ? Ce n’est pas spécifié en tout cas, la singularité de Wikipédia disparait et on peut craindre que ce qui motive Orange, c’est plutôt un contenu au rabais et à bas prix.

Il y a pour moi un problème sur la forme mais sur le fond, cette histoire n’a aucune espèce d’importance, Orange n’a pas « mangé » Wikipédia et ne peut de toute façon pas le faire, mais le fait d’être intégré à une littérature de ce genre fait courir de grands risques à l’encyclopédie dans son rapport au public, rapport qui risque de devenir illisible.
Bien évidemment, ce partenariat avec Orange, n’est pas la raison qui me pousse à laisser choir mon activité d’administrateur, c’est juste le prétexte, le déclic, le pénible auspice qui m’a donné envie de le faire précisément aujourd’hui.

Comme nous sommes sur Wikipédia, j’ai fait mon pot de départ tout seul mon ordinateur sur les genoux, en savourant dans un verre en plastique une goute de Pacherenc du Vic-Bilh (excellent blanc moelleux du sud-ouest) accompagné de chips de pommes et de bretzels. Santé !

  1. Je note au passage qu’il est possible d’aborder des questions esthétiques dans un article sur un groupe pop, mais que de telles choses posent problème et sont assez méchamment supprimées des articles concernant l’art contemporain — Wikipédia est l’encyclopédie de la doxa []
  2. Que cela soit dit clairement une fois pour toute, j’ai construit l’essentiel de ma conscience politique en lisant Le Schtroumpfissime de Pierre Culliford, dit Peyo. []
  3. Pour les moins de vingt ans, expliquons que PTT/France Télécom/Wanadoo/Orange est un ancien service public monopolistique qui a profité de son pouvoir pour ralentir au maximum la naissance d’Internet en France, pour entraver ses concurrents, et qui, après soixante-dix ans d’investissement public a été repris au contribuable pour être bradé en bourse. Pas de quoi se plaindre cependant, puisque tout cela s’est fait au grand jour et sous le patronage d’instances démocratiquement élues. []

Spam wallpaper-art

avril 23rd, 2009 Posted in Brève, Dans la boite-aux-lettres | 4 Comments »

Que faire du spam qui innonde chaque jour les boites e-mail en proposant des solutions aux misères les plus fondamentales de l’homme moderne (amour, travail, argent) ? . En attendant le jour où, je cite, «.un brillant scientifique trouvera la solution définitive pour éradiquer du web le plaisir doux-amer du spam.», l’atelier italien de design ToDo recycle les messages commerciaux non-sollicités sous la forme d’un papier peint qui peut même être réalisé sur mesure en fonction du lieu où il sera posé.

 

(remarqué par Bruce Sterling)

Traducteur, raccoleur

avril 20th, 2009 Posted in Les pros | 39 Comments »

Un fameux adage italien l’édicte : traduttore, traditore (traducteur traître). Pour faire suite au billet précédent, voici un florilège de titres d’adaptations. On trouve des titres idiots (La chevauchée fantastique), des titres encore plus idiots destinés à capitaliser un succès (La charge héroïque qui informe le spectateur que le réalisateur est le même que pour La chevauchée fantastique), des titres qui essaient de raconter le film… Et puis beaucoup de promesses de films « pimentés » (Traducteur, raccoleur).  Le plus amusant est que ces traductions sont parfois faites de l’anglais vers l’anglais : Modern Sex, Sex Academy, Sex Crimes.

Œuvre originale signification (approximative) adaptation française
Stagecoach Diligence La chevauchée fantastique
She Wore a Yellow Ribbon Elle portait un ruban jaune La charge héroïque
The Searchers Les chercheurs La prisonnière du désert
My Darling Clementine Ma clémentine chérie (tiré d’une balade célèbre) La poursuite infernale
Popeye Œil éclaté Mathurin
The Return of Ray D. Le retour de Ray D. Modern sex
Female brain Le cerveau féminin Les secrets du cerveau féminin
The god delusion Le délire (de la foi en) dieu Pour en finir avec Dieu
Cruel intentions Intentions cruelles Sex intentions
Not Another Teen Movie Pas un film d’ados de plus Sex academy
Tangled Dans des complications Sex Trouble
Wild things Choses sauvages Sex crimes
The in crowd Les « branchés » (cf. commentaire) Sex & Manipulations
Mädchen, Mädchen Les filles, les filles Girls & Sex
The Bangers sisters Les soeurs Bangers Sex fans des sixties
Love, Honour and Obey Amour, honneur et obéissance Gangsters, Sex & Karaoke
Out cold Au frais dehors (?) dans les pommes Snow, sex & sun
Denial Déni All about sex
It happened one night C’est arrivé une nuit New York Miami
North by northwest Nord par nord-ouest La mort aux trousses
Final analysis Analyse finale Sang chaud pour meurtre de sang froid
Eraserhead tête de gomme Labyrinth Man
The scarlett letter La lettre écarlate (roman classique) Les amants du nouveau monde
Blind date Rendez-vous en aveugle Boires et déboires
Kind Hearts and Coronets Bons cœurs et couronnes (tiré d’un vers célèbre) Noblesse oblige
Desk Set Matériel de bureau ? Une femme de tête
The passionate friends Les amis passionnés Les amants passionnés
Under capricorn Sous le capricorne Les amants du capricorne
They live by night Ils vivent la nuit Les amants de la nuit
Ossessione Obsession Les amants diaboliques
Tomorrow is another day Demain est un autre jour Les amants du crime
Daisy Kenyon Daisy Kenyon (nom propre) Femme ou maîtresse
The brides of dracula Les fiancées de Dracula Les maîtresses de dracula
A touch of class Une touche de style (?) Une Maîtresse dans les bras, une femme sur le dos
The Other Boleyn Girl L’autre fille Boleyn Deux soeurs pour un roi
Closer Plus proche Closer, entre adultes consentants
Beyond the forest Au delà de la forêt La garce
Bufere Orages Fille dangereuse
American Pie: The Naked Mile American Pie : le mile nu (en référence à une course cycliste naturiste) American Pie présente: String Academy
If these walls could talk 2 Si ces murs pouvaient parler 2 Sex revelations
Death game Jeu mortel The seducers
Born yesterday Né(e) d’hier Comment l’esprit vient aux femmes
The net Le réseau Traque sur internet
Weird science Science étrange Une créature de rêve
They drive by night Ils conduisent de nuit Une femme dangereuse
The enforcer (une personne qui obtient quelque chose par la force) La femme à abattre
Rollover Roulé-boulé (?) Une femme d’affaires
The Legend of Lylah Clare La légende de Lylah Clare Le Démon des femmes
Hitting a new high Atteindre un nouveau sommet La femme en cage
Too much, too soon Trop, trop tôt La femme marquée
His girl friday sa fille à tout faire (allusion à Robinson Crusoé) La dame du vendredi
A woman under the influence Une alcoolique Une femme sous influence
The revolt of Mamie Stover La révolte de Mamie Stover bungalow de femmes
Road house Restaurant routier La femme aux cigarettes
Three secrets Trois secrets Secrets de femmes
I’ll see you in my dreams Je te verrai dans mes rêves La femme de mes rêves
Fig leaves Feuilles de figuier (référence à la Genèse, en français ce serait plutôt feuilles de vigne) Sa majesté la femme
Casanova and co. Casanova et compagnie Treize femmes pour Casanova
In the spirit Dans l’esprit (?) Deux femmes pour un tueur
Hannie Caulder (nom propre) Un Colt pour trois salopards
Marnie (prénom) Pas de printemps pour Marnie

La liste contient des titres de films de toutes les époques et quelques titres de livres. Ces adaptations fantaisistes s’avèrent parfois fort embarassantes. Par exemple un titre comme Les secrets du cerveau féminin semble être celui d’un guide idiot alors que le livre est un ouvrage (de vulgarisation certes) écrit par une éminente chercheuse en neurobiologie et faisant le point sur l’état de l’art dans son domaine.

Tensions autour de la « sousveillance »

avril 19th, 2009 Posted in indices, Parano | 3 Comments »

Avec la multiplication des téléphones capables d’enregistrer des séquences vidéo, les affaires dans lesquelles des membres des forces de l’ordre doivent répondre de violences commises dans l’exercice de leurs fonctions se multiplient. Inquiets de la diffusion de ces images (parfois bien à tort car elles peuvent tout aussi bien permettre de démontrer leur bonne foi), il n’est pas rare que des policiers prennent l’initiative de détruire les images sur lesquelles ils apparaissent. Plutôt que de détruire ou de confisquer les appareils, ils se contentent d’en supprimer les fichiers. Je veux bien croire que la chose soit fréquente puisque je l’ai vécu moi-même : des contrôleurs SNCF et des policiers m’ont réclamé de vider une carte-mémoire d’appareil photo. Ils y étaient allé complètement au bluff et devant des dizaines de témoins, l’affaire s’est donc réglée sans dommage.
Comme d’habitude, c’est la Grande-Bretagne qui se trouve à la pointe des débats en matière de surveillance et de sousveillance1. Une loi britannique votée en février dernier rend illégale la réalisation de toute photographie ou vidéo amateur montrant des policiers dans l’exercice de leur métier si leur action est liée à la lutte contre le terrorisme. Or « lié à la lutte contre le terrorisme », ça ne veut pas dire grand chose et, selon l’analyse de nombreux commentateurs britanniques, c’est la porte ouverte à une interdiction de filmer la gestion policières de manifestations publiques comme celle du G20 à Londres le 1er avril dernier, manifestation pour laquelle une vidéo amateur diffusée sur Internet avait permis de remettre en cause la version officielle de la mort de Ian Tomlinson, un passant de 47 ans mort d’une hémoragie interne après avoir été sans raison projeté au sol par un policier qui se situait derrière lui.

La vidéo est particulièrement éloquente puisque l’homme marche en confiance, les mains dans les poches et se fait violemment bousculer de manière apparemment complètement injustifiable. On trouvera très intéressant de comparer cette vidéo à la série d’images diffusée par une grande agence photographique qui montre le décès du même Ian Tomlison d’une manière complètement opposée : la police n’est plus auteur d’une agression mais apporte une assistance compassionnelle (l’image que je reproduis ci dessus a tout de la Pietà !) à un homme en train de mourir. 

La police métropolitaine de Londres a lancé en février 2008 une campagne publicitaire qui engage chaque citoyen à surveiller les photographes amateurs et à les signaler aux policiers : Thousands of people take photos every day. What if one of them seems odd? Terrorists use surveillance to help plan attacks, taking photos and making notes about security measures like the location of CCTV cameras. If you see someone doing that, we need to know. Let experienced officers decide what action to take2. Nous en sommes donc à surveiller les surveillants des surveillants !

Dans ce cadre, un éditeur de logiciels pour téléphones portables, hippocampsoftware, a créé un logiciel gratuit pour téléphones BlackBerry baptisé GandhiCam, qui permet d’assurer la sécurité de ses fichiers vidéo.
En effet, sitôt les images créées, le logiciel les adresse par e-mail à leur propriétaire, sans la moindre opération manuelle.

  1. C’est vrai, le mot est laid, surtout en français, et la « sousveillance » n’est jamais qu’une « surveillance » mais faute de mieux, je continue à l’employer. []
  2. Traduction rapide : Des milliers de gens prennent des photographies chaque jour. Que faire si l’un d’eux a l’air louche ? Les terroristes utilisent la surveillance pour préparer des attaques, prennent des photos et des notes au sujet des dispositifs de sécurité tels que la localisation des caméras de surveillance. Si vous voyez quelqu’un en train de faire ça, nous avons besoin d’en être informés. Laissez les policiers expérimentés décider des mesures à prendre []

Locas, de Jaime Hernandez

avril 19th, 2009 Posted in Bande dessinée | 31 Comments »

De toutes les œuvres d’envergure qu’a donné la bande dessinée américaine ces trente dernières années, je pense que ma préférence va aux comics de Jaime et Gilbert Hernandez1. Avec leur frère Mario (qui semble avoir cessé la bande dessinée depuis), « Los bros Hernandez » ont commencé à publier leur comic-book Love & Rockets en 1981, d’abord à compte d’auteur puis, depuis 1982, chez l’éditeur Fantagraphics. Certains n’hésitent pas à établir des comparaisons flatteuses avec La Comédie Humaine de Balzac ou avec les écrits de Gabriel Garcia Marquez. Ces comparaisons ne sont pas exagérées, Love & Rockets est un monument et fait partie de ces ouvrages dont les personnages et la fantaisie nous hantent longtemps après que nous les ayons lus et dont il finit par nous sembler qu’ils existent effectivement dans quelque univers parallèle au nôtre.

Les protagonistes des histoires de Jaime (Locas/Maggie & Hopey) et de Gilbert (Palomar/Heartbreak soup) ne se rencontrent pas (à quelques clins d’œil près) et n’évoluent même pas dans les mêmes univers — une Amérique centrale fantasmée pour Gilbert Hernandez et une banlieue pauvre de Los Angeles pour Jaime. Pourtant leur publication simultanée dans les mêmes fascicules semble assez naturelle, et on remarque chez les deux frères un même goût pour les récits à rallonge et les personnages bien campés, qualités augmentées par un vrai talent à maintenir une cohérence d’ensemble malgré une grande liberté formelle et narrative. Dans les Love & Rockets (et récits apparentés), tout se passe un peu comme si l’on mettait des images sur des récits un peu exagérés, très « sud ». On saute par ailleurs facilement d’un registre à un autre (naturalisme, fantastique, science-fiction, humour…). Bien que l’on voie les personnages à tous les âges de leurs vies, la chronologie générale des Love & Rockets n’est pas très sérieusement fixée. La parution française, fort négligente (on en reparle plus loin), n’y arrange pas grand chose.

On dit souvent, à raison à mon avis, que des frères Hernandez c’est Gilbert qui est le meilleur écrivain et Jaime qui est le meilleur dessinateur. Jaime est en effet un grand styliste qui produit une synthèse improbable entre le dessin inoffensif des Archie Comics, les traits de Steve Ditko et sans doute John Romita Sr. (respectivement premier et deuxième dessinateur des aventures de Spiderman), le noir et blanc élégant d’Alex Toth et de Milton Caniff,… auxquels on doit ajouter Hank Ketcham, l’auteur de Denis la malice. À quelques exceptions près, les récits de Jaime contiennent peu de drames véritable, ils suivent l’amitié de Maggie et Hopey, deux jeunes filles du quartier de Hoppers à Los Angeles. Maggie (Margarita Luisa Chascarrillo) est une reine de la mécanique un peu boulote et Hopey (Esperanza Leticia Glass) est une musicienne punk. Autour d’elles gravitent des personnages impossibles comme le milliardaire Costigan, qui a des cornes de démon, la belle Penny Century, épouse de Costigan, des catcheuses mexicaines professionnelles, des membres de gangs,… Et dans tout ça, beaucoup d’histoire d’amour qui débutent, se terminent, agonisent ou peinent à exister.

Bon, je vous ai assez fait l’article, je suppose que le message est passé : ces modestes bandes dessinées sont de la grande littérature.

Passons au coup de gueule. En découvrant hier la dernière traduction de Locas en librairie, j’ai maudit son éditeur, Delcourt. En effet le titre complet de ce dernier album est Locas, elles ne pensent qu’a ça.
« Elles ne pensent qu’à ça », quel sous-titre imbécile ! Les albums d’origine sont
Locas in Love et Dicks and Deedees.
Déjà il y a plus de quinze ans, Albin Michel avait sorti un album de Jaime Hernandez sous le titre Modern Sex — titre qui n’avait aucun rapport avec le titre d’origine,
The Return of Ray D. Ces titres racoleurs sont une vraie honte pour l’édition française, c’est un peu comme si l’on vendait Flaubert aux anglo-saxons avec un titre tel que Bovary: menage a trois2 et Sentimental education: sex in Paris. La jaquette intérieure contient des opinions tout aussi racoleuses par Arte et Beaux-Arts magazine. Pitié !

Après des parutions complètement erratiques chez divers éditeurs (Pain, amour et fusées, 1982 ; Mister X 1986 ; Birdland 1992 ; Modern Sex 1991 ; Mechanics, 1995), les éditions du Seuil avaient fini par avoir la bonne idée de publier en français les recueils anthologiques américains Locas et Palomar, découpés chacun en deux tomes. C’est par ces albums qu’il faut commencer : Love and Rockets : Locas (Première partie) et Love and Rockets : Locas (Deuxième partie) de Jaime Hernandez, et Love and Rockets : Palomar City (Première partie) et Love and Rockets : Palomar City (Deuxième partie) puis les Nouvelles Histoires de la Vieille Palomar de Gilbert Hernandez.
Malgré son titre putassier, Modern sex est aussi un excellent livre, on le trouve encore très facilement d’occasion.

Dans le dernier album paru en France qui est, donc, abusivement titré Locas, elles ne pensent qu’a ça, Maggie et Hopey ne sont plus les adolescentes que l’on a connu, la première est divorcée et la seconde tente d’échapper aux avances d’un musicien… C’est tout aussi plaisant à lire que les précédents albums mais ce n’est sans doute pas la porte d’entrée la plus logique pour s’intéresser aux Love & Rockets, je profite juste de l’occasion de cette parution pour évoquer près de trois décénies de bandes dessinées par les frères Hernandez.

  1. Devant Chris Ware, Dan Clowes, Adrian Tomine, Charles Burns ou Art Spiegelman. Si si. []
  2. en français dans le texte []

STRP / Expo+ (2) Kiosk – Artifacts of a post-digital age

avril 19th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

La seconde partie de l’exposition d’œuvres interactives du festival STRP est intitulée Kiosk – Artifacts of a post-digital age. Le commissariat de l’exposition est assuré par l’essayiste Domenico Quaranta et par Yves Bernard, pionnier du cd-rom interactif avec la société Magic Media (1994), enseignant à l’École de Recherche Graphique et initiateur de l’Interactive Media Art Laboratory (iMal) à Bruxelles.
On est entre de bonnes mains.

La particularité de cette partie de l’exposition, c’est que les œuvres montrées sont à vendre. C’est mal indiqué, je ne l’ai compris qu’à la lecture de la brochure, une fois rentré chez moi. Les deux curators avaient organisé une exposition similaire (dans son vœu d’associer les arts numériques au marché de l’art et aux collectionneurs) l’an passé à Bruxelles, intitulée Holy Fire: Art of the Digital Age. Les titres Holy Fire et Kiosk sont empruntés à des romans de Bruce Sterling.
À mon avis qui n’engage que moi, ce rapport au commerce disqualifie totalement les « artistes numériques » français, dont la plupart ne semblent pas chercher à produire des œuvres destinées à des collectionneurs non-institutionnel (sauf des livres). De fait, l’exposition acueille des britanniques, des belges, des italiens, des américains, des russes, des allemands, des norvégiens et des néerlandais, mais pas de français.

Sachant leur statut d’objets commerciaux, on comprend pourquoi tous ces travaux sont de format plutôt modeste et pourquoi on a un peu l’impression d’un entassement, à la façon d’un salon des Beaux-art, disons. Cette échelle est plaisante dans le cadre d’un festival, car ces manifestations ont la méchante habitude d’imposer au public de grosses machines tape-à-l’œil dénuées de rafinement et où, malgré les promesses d’interactivité, on se sent passif et spectateur avant tout. L’exposition Kiosk permet d’établir un rapport entre la personne et l’œuvre et de montrer des installations qui n’ont pas peur du décoratif.

La liste des artistes est à elle seule assez étonnante puisqu’on y trouve Manfred Mohr, un pionnier de l’art programmatique — je n’étais pas né quand il a commencé sa carrière ; des artistes plus récents mais eux aussi devenu historiques, Peter Vogel et Jim Campbell ; des célébrités du Net.art balbutiant, Alexei Shulgin, Olia Lialina et Mark Napier ; De jeunes artistes (dont certains ont déjà une vraie carrière) comme Golan Levin, Driessens & Verstappen, Marius Watz, Siebren Versteeg, Bjön Schülke, Sakurako Shimizu (une créatrice de bijoux inspirés par l’informatique), Aristarkh Chernyshev, Tonylight, Boredomresearch (Vicky Isley & Paul Smith), Alessandro Capozzo et Katja Noppes.

Les propositions sont très diverses, parfois interactives, parfois animées, parfois sonores,… Je ne vais pas tout décrire. Mes photographies ne sont pas fameuses, on trouvera de bien meilleures évocations de cette exposition sur le compte FlickR d’Yves Bernard et sur We Make Money Not Art.

STRP / Expo+ (1)

avril 18th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 5 Comments »

La partie exposition du festival STRP, baptisée Expo+, est découpée en deux parties, dont l’une (Kiosk) est thématique et sera l’objet de mon prochain et dernier article. L’autre partie de l’exposition, apparemment non titrée, contient des oeuvres numériques diverses.
Enfin si j’ai tout compris, car les deux expositions ont lieu dans un même espace et on peut facilement penser qu’elles ne font qu’un (enfin qu’une).

Pony, de Freerk Wieringa, est une licorne robotique qui s’anime notamment lorsque des passants passent à proximité d’elle. Le même artiste a animé un chien et une main géante lors de la précédente édition du festival. On trouve des vidéos de ses installations sur Youtube.
Le Infinite Cubed des artistes brésiliens Leonardo Crescenti et de Rejane Cantoni, tient un peu de l’attraction de foire : un cube de trois mètres de côté dont toutes les surfaces internes et externes sont des miroirs crée un lieu visuellement infini quelle que soit la direction dans laquelle on regarde. Monté sur quatre ressorts, le cube se balance selon les mouvements que lui donne la personne qui entre dedans. Une seule personne est autorisée à y entrer à la fois.

Le DansMachine4 de Jerôme Siegelaer est un travail assez classique finalement : le spectateur monte sur un petit estrade, des capteurs vérifient sa position ou ses mouvements et des projections affichent des séquences de danse exécutées par des vrais danseurs. Si on me payait un euro chaque fois que je tombe sur ce scénario d’œuvre interactive, je serais riche1. Parfois je me dis (et ça m’effraie) que je suis un peu blasé.

Bon, je suis un peu méchant, mais je dois admettre que les œuvres interactives qui m’indiffèrent le plus sûrement sont souvent celles qui mettent en jeu la danse. En fait je ne dois pas aimer la danse, sorti de Fred Astaire et de Gene Kelly.

Je n’aime pas non plus le sport mais ça ne m’a pas empêché de goûter Jump, par Yacine Sebti. Je n’en ai malheureusement pas de très bonne photo, mais dans ce dispositif, le spectateur est invité à sauter en l’air face à l’écran. Lorsqu’il le fait, son corps en mouvement est incrusté à l’image qui se trouve face à lui, pour un certain nombre de sauts. Les sauts synchronisés s’aditionnent (et finissent par disparaître) avec un effet qui rappelle l’ultra-classique court-métrage Tango (1980), par Zbig Rybczynski.

Un peu discret (je pense que beaucoup seront passés à côté sans le voir), j’ai bien aimé Probe, de Boris Debaeckere, une autre œuvre qui prend en compte le déplacement du spectateur. L’écran affiche une animation abstraite d’attente et lorsque l’on se place devant lui, des images tout aussi abstraites mais procurant une sensation de vertige apparaissent. Sans pouvoir en dire grand chose d’autre, je trouve que cette installation fonctionne assez bien.

Mais de toutes les œuvres présentées dans la partie non-thématique d’Expo+, ma favorite est sans contestation Bitquid, de Jeroen Holthuis, un très jeune artiste qui expose pour la première fois.

Ici, des données graphiques passent d’un écran à un autre. Elles ne sont pas transmises sous la forme d’impulsions électriques à la vitesse de la lumière, mais sous la forme de flux d’un liquide phosphorescent. Lorsque du liquide passe, cela équivaut à un 1 binaire et lorsque c’est une bulle d’air qui passe, à un 0. Ce fax hydraulique constitue une installation assez belle à voir et plutôt réfléchie et bien faite. J’ai un faible pour les travaux qui s’amusent à porter dans le monde analogique un processus issu du numérique — même si on peut bien entendu rappeler que, à un certain niveau, les circuits électroniques sont tout aussi analogiques que ces circuits liquides2.

Le IC Hexapod, de Matt Denton, est une installation assez amusante : dans un premier temps, on voit un robot à six pattes sur un support hémisphérique. Quand on s’approche de lui, il nous suit du regard… Quelques mètres plus loin on découvre avec stupeur que l’image enregistrée par la bestiole est projetée sur un grand écran (et semble-t-il sur Internet). Il y a là une trahison qui donne à réfléchir, puisque le rapport de sympathie qui s’instaure entre un inoffensif robot et le spectateur aboutit à une ironique exposition du spectateur.

En vis-à-vis, deux œuvres qui jouent un peu avec la culture bureautique : Moovi, par un jeune homme nommé Paul Verhoeven (homonyme du cinéaste), où un personnage animé parvient à faire bouger l’écran sur lequel nous le regardons ; Noteboek, par Evelien Lohbeck, un livre en forme d’ordinateur portable dont l’écran diffuse des courts-métrages en vidéo.

Pour finir, Two Stage Transfer Drawing, par Joan Healy.

Il s’agit d’un système de dessin : on caresse une surface qui ressemble à de la peau humaine et nos gestes sont repris, de manière malhabile, sur l’écran. Ce rapport entre la peau et la technologie fait très eXistenZ… J’ai eu pour ma part du mal à y croire mais il s’agissait bel et bien d’une performance, le rectangle de peau était le dos d’une véritable personne faite de chair et d’os, qui reproduit à l’écran les dessins que tracent, avec plus ou moins de gentillesse, les spectateurs, suivant les règles d’un jeu que connaissent bien les enfants.

  1. Mon favori dans le genre reste reste l’installation Lovers (1995), de Teiji Furuhashi, le fondateur de Dumb Type. Pourtant — et peut-être est-ce la raison de l’attachement que j’ai pour cette œuvre — je ne l’ai pas vu fonctionner, je me fie à son évocation dans l’excellent cd-rom de la 3e biennale de Lyon []
  2. par exemple les « analog pong » et autre « real life pongs » []

ZKM / Safe zones No. 7

avril 17th, 2009 Posted in Surveillance art, Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

Petit retour au ZKM à propos d’une œuvre qui m’a beaucoup intéressé, Safe Zones No. 7 par l’artiste suédois Jonas Dahlberg. J’attendais d’avoir des détails et des visuels sur ce travail pour en parler. L’équipe du ZKM m’a gentillement donné les informations dont j’avais besoin et l’artiste lui-même m’a tout aussi aimablement fait parvenir les visuels.

Safe Zones No. 7 fait partie de la collection permanente du ZKM mais cette œuvre a d’abord été montrée dans le cadre de l’exposition Ctrl [space] (2001), une exposition de groupe dédiée au thème de la surveillance. J’ai tenté de m’en procurer le catalogue mais il est épuisé chez l’éditeur (MIT press) et on ne le trouve pas à moins de 900 euros sur Amazon !
Un peu hors de mon budget. L’exposition devait en tout en tout cas être passionnante1.

Le dispositif est assez sophistiqué : devant la porte des toilettes publiques du musée, on peut voir deux moniteurs de surveillance standard en noir et blanc qui nous montrent, filmés du dessus, une cabine W.C. et une rangée d’urinoirs. Jusqu’ici, tout va bien, ou plutôt tout va mal : on nous espionne aux toilettes ? Un cauchemar d’enfant ! Pourtant ces écrans de contrôle sont si banals qu’on peut tout aussi bien passer devant sans les remarquer.

Une fois à l’intérieur de la pièce on découvre que la caméra filme effectivement en continu l’intérieur des toilettes, mais ce qu’elle filme, ce n’est pas le lieu lui-même mais une maquette représentant le lieu à échelle réduite. ouf.

Sans besoin de grandes explications, cette installation nous parle  de la banalisation de la surveillance mais aussi de l’intimité, de la sphère publique et de la sphère privée.
La mise en abîme et le jeu sur l’échelle des objets sont à eux seuls assez savoureux.

Je suppose que l’artiste a connu un petit succès avec cette oeuvre car il l’a semble-t-il décliné pour plusieurs autres lieux : (Safe Zones No. 8, Restaurant Riche, Safe Zones No. 9, Ausstellungshalle Zeitgenössische Kunst, Münster, Safe Zones No. 11, Moderna Museet Stockholm). Toutes les œuvres intitulées Safe Zones ne reprennent pas ce fonctionnement. La première, par exemple, est le plan des zones de l’appartement de l’artiste qui sont invisibles pour son voisin irascible dont l’appartement est situé en vis-à-vis.

(toutes les photographies qui illustrent cet article sont de Jonas Dahlberg / all pictures © Jonas Dahlberg)

  1. Ctrl [space]: Rhetorics of Surveillance from Bentham to Big Brother – (ZKM, Karlsruhe, 12 oct 2001 – 24 fév 2002),  commissaire : Thomas Y. Levin de l’Université de Princetown. Artistes : Vito Acconci, Merry Alpern, Lutz Bacher, Lewis Baltz, Denis Beaubois, Jeremy Bentham, Niels Bonde, Bureau of Inverse Technology, Paul Bush, Sophie Calle, Jordan Crandall, Peter Cornwell, Jonas Dahlberg, David Deutsch, Bart Dijkman, Diller + Scofidio, Harun Farocki, Dan Graham, Graft, G.R.A.M., Jeff Guess, Harco Haagsma, Jon Haddock, Institute for Applied Autonomy, Jürgen Klauke, Michael Klier, A.P. Komen & Karen Murphy, Rem Koolhaas/OMA, Korpys/Löffler, Laura Kurgan, Langlands & Bell, Ange Leccia, Chip Lord, Jenny Marketou, Jürgen Mayer H., Michaela Melián, Dan Mihaltianu, Heiner Mühlenbrock, Pat Naldi & Wendy Kirkup, John Lennon/Yoko Ono, Bruce Nauman, Chris Petit, Walid Ra’ad, Daniel Roth, Thomas Ruff, Julia Scher, Cornelia Schleime, Ann-Sofi Sidén, Lewis Stein, Stih & Schnock, Surveillance Camera Players,  Frank Thiel, Zoran Todorovic, visomat inc., Jamie Wagg, Andy Warhol, Peter Weibel, NYC Surveillance Camera Project  []

STRP / Le café

avril 16th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Les œuvres de Granular Synthesis, évoquées dans l’article précédent, ont constitué pour moi une épreuve sensorielle et un échec personnel puisque j’ai fui ces écrans braillards comme un pleutre, sans accepter me laisser embarquer une seconde.
Mais en dehors de ça, j’ai profité avec plaisir de la plupart des travaux exposés au festival STRP. Puisque nous n’y sommes restés qu’une demi-journée, nous n’avons pas réellement profité de la partie festival : concerts de Laurent Garnier, Aphex Twin ou Laurie Anderson, conférences, performances « live » de danse ou de multimédia, etc.
Nous n’avons vu que les expositions.

Le festival est donc installé dans un bâtiment de la friche industrielle du quartier de Strijp à Eindhoven. L’accès au quartier de Strijp puis l’accès au festival lui-même sont assez mal signalisés.
Après avoir passé le sas d’entrée, on arrive dans un hall intermédiaire où se trouvent une cantine et deux travaux artistiques. C’est la dernière fois que l’on voit la lumière du jour.

Les deux œuvres sont Free-man, de Koert van Mensvoort, et Unbelivable frying object (ufo), de Guus Voermans. L’un comme l’autre sont des machines absurdes. Free-man est un pac-man trop facile (pas de la labyrinthe, pas d’ennemis) et UFO est une mécanique complexe et fantaisiste destinée je pense à cuire un œuf à la poëlle. La machine en question ne fonctionne qu’avec un opérateur, nous avons donc pu l’admirer mais pas la voir fonctionner.

Les achats de nourriture et de boisson, sur le site du festival, se font avec une devise locale inventée dont on peut faire le change à l’entrée. Le café, baptisé « Lightcafe » est très joliment mis en lumière, son comptoir et son enseigne changent de couleurs en permanence. Dans la même salle conviviale, on trouve des tables en béton et des fauteuils-pouf, des luminaires divers, et quelques œuvres, notamment Whitevoid, par Christopher Bauder et Willem Claassen, une forme géométrique complexe en volume sur laquelle sont projetées des animations abstraites, pour un effet Tron.

Toujours dans le même lieu, on trouvait Making the invisible visible, de Frans Hoithyusen (des photographies d’objets invisibles à l’œil nu réalisées avec un microscope électronique mis à disposition par Philips) , Breathing Cloud, de Dorette Sturm une sculpture légère et « vivante » (qui simulait une respiration) , et Standard Time, par Mark Formanek et Datenstrudel (une très belle horloge filmée donnant l’heure exacte sous forme de construction en volume).

Au fond de la salle, un espace baptisé Play-Grounds diffuse un programme permanent d’images novatrices dans le domaine du vidéo-clip et de la publicité.
Mes photos ne sont pas très lisibles car l’endroit est plongé dans l’obscurité.